Le chemin du lieu très saint
Une seule fois

Chapitre 24 · 14 min de lecture · 17 min d’écoute

Une seule fois

« à la fin des siècles, il a paru une seule fois pour abolir le péché par son sacrifice. » HÉBREUX 9:26. (Voir aussi 9:27, 28 ; 10:2, 10.)

IL y a ici un mot qui revient, comme une note d’orgue sous le tumulte d’une musique majestueuse. Cinq fois au moins, il fait rouler son tonnerre, retentissant à travers tous les âges, se répercutant à travers tous les mondes, annonçant à tout l’univers de Dieu le caractère définitif d’une rédemption accomplie : « UNE SEULE FOIS ! »

Et il y a une autre parole qu’il nous faut joindre à celle-là, prononcée par les lèvres desséchées du Sauveur mourant, et pourtant d’une voix forte, comme si c’était le cri d’un vainqueur : « Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit. » Il est bien rare que l’homme puisse jeter un regard en arrière sur l’œuvre achevée de sa vie. Le ciseau tombe de la main paralysée avant que la statue soit terminée ; les doigts qui se glacent refusent de guider la plume le long d’une ligne de plus, alors que le livre est presque fini ; l’homme d’État doit laisser ses plans et ses vastes desseins à un autre, peut-être à son rival, pour qu’il les achève. Mais lorsque, du haut de sa croix, Jésus-Christ notre Seigneur considéra l’œuvre de la rédemption qu’il avait entreprise, et pour laquelle il avait souffert jusqu’à voir se voiler la face de son Père, il ne put découvrir un seul point, une seule pierre, une seule parcelle qui manquât. Pour des myriades innombrables, pour toi, pour moi, pour tous, fut accompli ce qui n’aurait jamais besoin d’être accompli de nouveau, mais demeurerait à jamais un fait accompli.

LE « UNE SEULE FOIS » D’UNE ŒUVRE ACHEVÉE (9:26). Il y a dans ces mots un soupir de soulagement. Une pensée avait un instant traversé la page ensoleillée de l’Écriture, qui avait fait entrevoir une horreur infinie. En poursuivant les parallèles entre les événements du grand jour des expiations et ceux du grand jour où Jésus mourut, nous avions été soudain rappelés au fait que ce spectacle solennel se renouvelait une fois par an : « le souverain sacrificateur entre chaque année dans le sanctuaire avec du sang étranger » (v. 25). Chaque année les mêmes rites accomplis, le même sang versé, la même propitiation faite. Supposez que, selon la même analogie, Jésus eût souffert chaque année ! Chaque année l’agonie du jardin plongé dans l’ombre ! Chaque année l’angoisse amère de la croix ! Chaque année l’ensevelissement dans le tombeau du jardin ! Alors la terre eût été couverte d’une nuit de minuit, et la vie n’eût été qu’agonie ! Qui pourrait supporter de le voir souffrir souvent ?

Mais il n’était nullement nécessaire qu’il souffrît plus d’une fois, car la répétition signifie l’imperfection, dont il n’y a, dans son œuvre, ni signe ni trace. La répétition des sacrifices de la loi juive signifiait qu’ils ne pouvaient ôter le péché, ni amener les assistants à la perfection. Encore et encore, la foule des Juifs pieux se rassemblait, poussée à chercher la délivrance de la conscience des péchés qui pesait lourdement et sombrement sur leurs âmes. Peut-être recevaient-ils un répit passager en voyant ce cérémonial si élaboré, et en sentant qu’ils étaient compris dans la confession et la bénédiction du souverain sacrificateur. Et ils reprenaient ainsi le chemin de leur demeure ; mais bientôt un sentiment las d’insatisfaction s’emparait de nouveau d’eux : ils réfléchissaient à l’insuffisance d’une expiation qui ne consistait qu’en l’offrande de la vie de bêtes égorgées. Les péchés étaient rappelés, mais non ôtés ; il était impossible que le sang des taureaux et des boucs fît cela (10:4). Et ainsi, sans doute, chez les plus réfléchis, les cœurs ont dû défaillir, et les consciences faire entendre, inapaisées, leur plainte lasse. C’est pourquoi les sacrifices devaient être offerts continuellement.

En revanche, l’œuvre de Christ n’a besoin d’aucune répétition. Elle est définitive parce qu’elle est parfaite. Sa perfection est attestée par le fait qu’elle n’a jamais été répétée. « c’est pour le péché qu’il est mort une fois pour toutes. » Notre Sauveur avait mis la main à l’œuvre pour nous sauver ; il n’entendait pas échouer ; il vint dans notre monde avec ce dessein précis ; il mourut pour l’accomplir ; et, l’ayant accompli, il retourna auprès de Dieu. Mais si, du haut du trône, en passant son œuvre en revue, il y avait discerné quelque insuffisance ou quelque défaut, il serait revenu pour y remédier ; et, puisqu’il ne l’a pas fait, nous pouvons être sûrs que la mort de la croix satisfait parfaitement. « maintenant, à la fin des siècles, il a paru une seule fois pour abolir le péché par son sacrifice. » Oh ! méditez ces paroles merveilleuses ! Une seule fois. Il est vivant aux siècles des siècles, et jamais plus il ne passera, ne fût-ce qu’un instant, sous l’ombre ténébreuse de la mort.

Il a paru (ou : il a été manifesté). Qu’en résulte-t-il ? C’est qu’il devait exister auparavant. L’incarnation ne fut que la manifestation, sous une forme visible, de celui qui existait avant tous les mondes ; et la mort de la croix fut le déploiement, en un seul acte, de faits éternels de la nature de Dieu. Comme le grand disque du soleil peut se refléter dans un minuscule lac de montagne, ainsi, en ce seul jour de la crucifixion, furent manifestés aux hommes, aux anges et aux démons l’amour, le sacrifice et la miséricorde rédemptrice, qui font partie de l’essence même de Dieu. Merveilleux, en vérité, ce voile déchiré, par lequel de telles merveilles sont révélées !

À la fin du monde (ou : des siècles). Dieu est appelé roi des siècles. Le temps est probablement une création, tout autant que l’espace, la distance ou la matière. C’est une concession faite à la pensée finie ; une parenthèse dans l’éternité ; un arc-en-ciel jeté à travers l’âge immense de la divinité. Nous divisons le temps en heures ; Dieu le divise en âges. Il y a des âges derrière nous, et des âges devant. Nous nous tenons sur un étroit isthme entre deux mers. Le premier âge dont nous sachions quelque chose est celui de la création. Le second, celui du Paradis. Le troisième, celui du monde d’avant le déluge. Le quatrième, celui des patriarches. Le cinquième, celui de Moïse, qui s’achève avec la chute de Jérusalem et la mort du Messie. Le sixième, celui des Gentils, dans lequel nous vivons. Et devant nous, nous distinguons confusément les formes de l’âge du Millénium, de l’âge de la Régénération et du Rétablissement, de l’âge du Jugement, et de l’âge où le royaume sera remis au Père. Il y a ainsi une analogie complète entre la création du monde matériel et la création des nouveaux cieux et de la nouvelle terre.

Les géologues aiment à énumérer les couches de la formation de la terre à travers lesquelles s’est poursuivie l’œuvre de la construction du monde ; et nous découvrirons sans doute un jour que Dieu a édifié la nouvelle création à travers des âges successifs d’histoire et de développement. Il est dit ici que la mort de Christ a eu lieu à la fin des siècles ; et nous en verrions aussitôt la force, quand bien même il resterait encore plusieurs grands âges à accomplir avant que le temps n’ait achevé sa course, si seulement nous savions combien d’âges l’ont précédée. Comparé au nombre de ceux qui ont été, celui-ci est la fin, le point culminant, la crête de la longue et pénible montée ; ce qui s’étend au-delà, ce sont les lieues de plateau, jusqu’à la brusque descente des falaises face à l’océan de l’éternité.

Il a aboli le péché. Ô parole merveilleuse ! On pourrait la rendre par : anéantir, faire comme s’il n’avait jamais été. La couronne de nuage peut disparaître, mais les gouttes séparées flottent encore dans l’espace. La bulle peut éclater sur la vague frangée d’écume, mais sa mince pellicule d’eau est allée ajouter son infime apport aux profondeurs de l’océan. Mais Jésus a aboli le péché comme lorsqu’une dette est payée, qu’une obligation est annulée, ou qu’une victime chargée de péché était immolée, brûlée et enfouie, aux anciens jours de Moïse. Tout péché, le péché du monde, le péché accumulé du genre humain, est venu se rencontrer en Jésus. Il a été fait péché. Il se tint devant l’univers comme s’il avait attiré sur lui-même tout le péché humain qui ait jamais déchiré l’air, souillé la terre ou fait rougir les étoiles de la nuit ; et, portant la honte, l’horreur, le châtiment, durant ces heures redoutables qui lui arrachèrent le cri d’un abandon désolé, il l’abolit et l’effaça pour toujours ; et, en faisant cela, il a aboli les conséquences pénales de la chute d’Adam.

Les tendances héréditaires au mal demeurent dans toute la race ; mais la peine spirituelle qu’Adam encourut pour lui-même et pour nous tous, comme notre représentant et notre chef, a été annulée par les souffrances et la mort de notre glorieux représentant et chef, le second Adam, le Seigneur venu du ciel. Les hommes auront encore à subir la peine des péchés qu’ils commettent volontairement, et dont ils ne cherchent pas le pardon et la purification par le sang ; mais ils n’auront pas à subir la peine qui autrement leur serait échue en tant que membres d’une race déchue — déchue avec leurs premiers parents et leur premier père —, parce que Jésus l’a abolie quand il est mort. Et c’est ainsi que les multitudes de doux petits enfants, d’idiots, et d’autres qui appartiennent à la race d’Adam mais n’ont eu aucune occasion de transgression personnelle, peuvent entrer sans obstacle ni empêchement dans le pays où il n’entre rien de souillé.

Par son sacrifice. Non par son exemple, si beau et si aimable qu’il fût. Non par son enseignement, bien qu’il soit la nourriture du monde. Non par ses œuvres, source et principe de la philanthropie moderne. Mais par sa mort, et par sa mort en tant que sacrifice. Si vous voulez comprendre un écrivain, il vous faut connaître le sens dans lequel il emploie ses mots caractéristiques, et étudier avec soin les définitions qu’il en donne. Et si vous voulez comprendre le sens de la mort de Christ, il vous faut remonter aux définitions, données en détail dans le Lévitique, du sens des mots sacrifice, expiation, et propitiation, par lesquels cette mort est ensuite décrite ; et vous n’osez l’interpréter que dans cette mesure. Quel que fût le sens de sacrifice dans le Lévitique, tel est son sens lorsqu’il s’applique à la mort de la croix. Et assurément, il ne saurait y avoir de controverse sur ce point : autrefois, ce mot signifiait la substitution de l’innocent au coupable ; l’annulation d’une peine méritée parce qu’un autre l’avait portée ; l’effacement du péché par l’effusion du sang. Tout cela, il doit le signifier lorsqu’il s’applique à la mort de Christ, avec cette différence qu’autrefois la souffrance était subie et la mort endurée involontairement, tandis que, dans le cas de notre Rédempteur béni, Dieu, en lui, prit sur lui-même, volontairement et librement, les conséquences accumulées du péché d’un monde, les souffrit, et en fit comme si elles n’avaient jamais été. « Il a aboli le péché par son sacrifice. »

Qu’était la mort de Christ ? « Un martyre », s’écrie la pensée moderne. « Un accident survenu dans un âge sans lumières », répond le critique. « Un aboutissement de tous les efforts de ce genre pour lutter contre le mal », dit le docteur de l’Église large.

« UN SACRIFICE ! » proclame ce Livre d’une voix de tonnerre. Un sacrifice volontaire ! Un sacrifice volontaire par lequel le péché a été porté et aboli. Ici nous nous reposons, contents de demeurer, dans un monde de mystère, au pied d’un mystère de plus, qui, en dépit de tout son mystère, répond au cri d’une conscience convaincue de péché, et répand dans nos cœurs la paix du ciel.

LE « UNE SEULE FOIS » DE LA CONDITION MORTELLE (9:27). À quelques exceptions près, mentionnées dans les pages de l’Écriture où sont racontés des miracles de résurrection, les hommes ne meurent qu’une fois. Pour ceux-là, il y eut un berceau et deux cercueils ; une naissance et deux ensevelissements. Mais, pour la plupart, il est miséricordieusement réglé que l’agonie et la douleur de la dissolution ne soient éprouvées qu’une seule fois. Et cela, qui est le sort ordinaire de l’humanité, fut aussi celui de Jésus-Christ. Il ne pouvait mourir souvent, car il était véritablement homme, et il eût été inconséquent de violer, dans son cas, la loi universelle. Il lui fallait devenir homme, car ce n’était que par la porte de la naissance qu’il pouvait atteindre le terme de la mort ; mais, étant né et ayant pris notre nature, il devait obéir aux lois de cette nature, et ne mourir qu’une seule fois.

LE « UNE SEULE FOIS » DE LA DIVINITÉ (9:28). Il devait y avoir quelque chose de plus que mortel en celui qui, par sa seule mort, pouvait emporter les péchés de plusieurs. Des hommes bons et grands sont morts, qui auraient tout fait pour annuler ou expier les péchés de leur nation, de leur famille et de ceux qu’ils aimaient ; mais en vain. Combien merveilleuse doit donc être la valeur de celui dont les souffrances et la mort font contrepoids au péché d’un monde !

Et nous pouvons voir l’impérieuse nécessité que notre Sauveur fût Dieu manifesté en chair, et que celui qui s’est rendu obéissant jusqu’à la mort de la croix fût aussi celui qui, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu. S’il est vrai que sa mort, « une seule fois », a aboli le péché, alors apportez ici vos chants d’adoration, vos couronnes d’empire, vos hommages de la plus humble adoration ; car il faut qu’il soit Dieu. Nul être d’une nature inférieure n’aurait pu faire pour l’homme ce que, dans ces ténèbres brèves mais terribles, il a fait une fois pour toutes, et pour toujours.

LE « UNE SEULE FOIS » D’UNE CONSCIENCE PURIFIÉE (10:2). Nous ne sommes pas dans la situation des Juifs, qui devaient répéter leurs sacrifices d’année en année, dans une triste monotonie ; notre sacrifice a été offert une fois pour toutes. C’est pourquoi nous n’avons pas, comme eux, la conscience perpétuelle des péchés. Nos cœurs sont, une fois pour toutes et pour toujours, purifiés d’une mauvaise conscience (v. 22).

Il n’est pas nécessaire de demander à plusieurs reprises le pardon des péchés qui ont été une fois confessés et pardonnés. Dieu ne nous en accuse pas ; nous n’avons pas à nous en accuser nous-mêmes. Dieu ne s’en souvient plus ; nous pouvons bien les oublier, sinon pour qu’ils nous incitent à la reconnaissance et à l’humilité. Il est chaque jour nécessaire de confesser à nouveau le péché récent ; mais lorsqu’une fois l’âme a compris combien l’œuvre de Christ en sa faveur est complète, elle s’écrie avec une grande joie : « Autant l’orient est éloigné de l’occident, Autant il éloigne de nous nos transgressions. »

LE « UNE SEULE FOIS » D’UN DESSEIN ACCOMPLI (10:10). La place nous manque pour nous attarder davantage. Dans notre prochain chapitre, nous pourrons montrer combien complètement le dessein de Dieu a été réalisé en Jésus, et que, par conséquent, il n’est nul besoin que son œuvre sacrificielle soit répétée. La volonté ou le dessein de Dieu pour la rédemption de l’homme ne demande rien de plus que ce qui lui est donné dans la vie et la mort de notre Sauveur. Rien de plus n’est requis pour la gloire de Dieu, pour l’accomplissement des conseils divins, ni pour l’entière délivrance et la sanctification de ceux qui croient.

« Une fois pour toutes, pécheur, reçois-le !

Une fois pour toutes, mon frère, crois-le !

Attache-toi à la croix, ton fardeau tombera ;

Christ nous a rachetés une fois pour toutes. »

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