Le chemin du lieu très saint
L’enseignement par contraste

Chapitre 22 · 13 min de lecture · 16 min d’écoute

L’enseignement par contraste

« combien plus le sang de Christ, qui, par un esprit éternel, s’est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, afin que vous serviez le Dieu vivant! » HÉBREUX 9:14.

DANS ce paragraphe admirable (v. 6-14), il y a cinq contrastes frappants et bien définis entre les symboles en images du Lévitique et les réalités révélées dans les Écritures du Nouveau Testament. Nous allons les considérer sans plus tarder, en remerciant Dieu de ce que nous vivons au cœur même des choses célestes elles-mêmes, et non parmi les ombres, qui, si elles ont sans doute aidé et nourri les âmes pieuses d’un âge plus ancien, étaient, de l’aveu de tous, impuissantes à satisfaire les besoins plus profonds de la vie spirituelle de l’homme.

LE PREMIER TABERNACLE EST MIS EN CONTRASTE AVEC LE VÉRITABLE (v. 6, 8, 11). Ce dut être un spectacle beau et charmant à contempler que le jour où, pour la première fois, dans les plaines du Sinaï, le tabernacle fut dressé, avec son mobilier d’or et ses somptueuses tentures. Les anges eux-mêmes ont peut-être désiré y plonger leurs regards, et y suivre le contour de pensées qui commençaient peut-être seulement à se dévoiler à leur intelligence. Mais, si beau qu’il fût, il portait toutes ces marques d’imperfection qui s’attachent nécessairement à l’ouvrage humain, et qui font paraître grossière, sous le microscope, jusqu’à la pointe d’une aiguille. Il était « construit de main d’homme ». En outre, il était destiné à vieillir et à périr sous la dent rongeuse ou l’usure du temps. Il devait déjà montrer des signes de délabrement lorsqu’on lui fit traverser avec soin le Jourdain ; et, au temps de David, les vénérables souvenirs qui s’y rattachaient ne purent aveugler le roi sur la nécessité de le remplacer au plus tôt.

Combien différent est le véritable tabernacle, dont il était le type, et qui est tellement « plus grand et plus parfait » ! Quel est ce tabernacle ? et où est-il ? Il semble parfois à la méditation pieuse que l’univers entier soit un seul grand temple : les montagnes en seraient les autels ; les mers et les océans, avec leurs vastes profondeurs, les cuves ; les cieux, les tentures bleues ; les espaces plus élevés, avec leurs étoiles et le mystère de leurs couleurs, le souffle parfumé de leur encens et le culte des anges, le lieu saint ; tandis que la salle même du trône de Dieu, où l’œil du voyant contempla le trône entouré de l’arc-en-ciel, correspondrait au lieu très saint, où la lumière de la Shekina brillait au-dessus du propitiatoire taché de sang.

Mais de tels envols poétiques nous sont interdits par la prose sobre qui nous dit que le véritable tabernacle n’est pas « de cette création » (v. 11). Il ne fait point partie de ce monde créé, qu’il s’agisse de la terre ou du ciel ; il subsisterait quand même l’univers matériel tout entier se résoudrait en son chaos primitif ; c’est un édifice spirituel, dont les nefs sont foulées par les esprits des saints dans leurs expériences les plus hautes, lorsque, oubliant qu’ils sont des créatures du temps, ils s’élèvent jusqu’à la communion avec Dieu et goûtent des moments de ravissement qui semblent des siècles, tant ils sont riches d’un sens bienheureux. Tel est le véritable tabernacle, qui a été dressé par le Seigneur et non par un homme (8:2).

LES SOUVERAINS SACRIFICATEURS SONT MIS EN CONTRASTE AVEC CHRIST (v. 7, 11). Le parvis extérieur du sanctuaire pouvait être foulé, à certaines conditions, par de simples Israélites ; mais, la plupart du temps, ils en étaient exclus, et le service était accompli par les Lévites et les sacrificateurs, à la tête desquels se tenait le souverain sacrificateur, resplendissant dans ses vêtements de gloire et de beauté. La tunique de fin lin blanc qu’il portait à même le corps ; la ceinture de lin nouée autour de ses reins, qui le disposait au service (Jean 13:4) ; la robe de l’éphod, tissée tout entière de bleu et bordée de glands écarlates en forme de grenades ; l’éphod lui-même, fait des mêmes matières que le voile ; et sur sa poitrine les douze pierres précieuses, gravées des noms d’Israël. Quel spectacle grandiose !

Et pourtant il y avait là deux défauts irrémédiables. La mort l’empêchait d’être permanent (7:23) ; et c’était un homme pécheur, qui avait besoin d’offrir un sacrifice pour lui-même (9:7). Au grand jour des expiations, il était expressément prescrit qu’il n’entrerait pas au-delà du voile pour plaider la cause du peuple avant d’avoir fait l’expiation pour lui-même et pour sa maison par le sang du jeune taureau qu’il avait immolé auparavant (Lévitique 16:11, 12, 13).

Sous ces rapports, combien est différent notre souverain sacrificateur, selon l’ordre de Melchisédek ! La mort essaya de se rendre maîtresse de lui ; mais il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle ; et par la mort il a anéanti celui qui a la puissance de la mort. Il est celui qui « demeure éternellement », celui qui est « toujours vivant ». Son sacerdoce est immuable. « Il est sacrificateur pour toujours. » Tout cela a été clairement démontré au septième chapitre. Mais maintenant il est affirmé qu’il était « sans tache » (v. 14). On le scruta de près ; mais nul ne put le convaincre de péché. Judas chercha quelque prétexte à sa trahison, mais il fut contraint d’avouer que c’était un sang innocent. Caïphe et Anne firent venir en vain de faux témoins, et le condamnèrent enfin sur des paroles sorties de ses propres lèvres, par lesquelles il revendiquait une autorité et une puissance divines. Pilate affirma à plusieurs reprises, allant jusqu’à se laver les mains pour le prouver, qu’il ne trouvait en lui absolument aucune faute.

Bien plus, le Seigneur lui-même découvrit sa poitrine devant le Père, dans la conscience de son innocence, à la différence des plus saints d’entre les hommes, qui, à proportion de leur bonté, confessent leur état de pécheurs. « Il nous convenait, en effet, d’avoir un souverain sacrificateur comme lui, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, qui n’a pas besoin […] d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses propres péchés ».

LE CHEMIN VOILÉ DU LIEU TRÈS SAINT EST MIS EN CONTRASTE AVEC NOTRE LIBERTÉ D’ENTRER EN LA PRÉSENCE DE DIEU. Ces paroles nous donnent l’assurance positive que le Saint-Esprit entendait signifier une vérité spirituelle directe par la construction du tabernacle juif (v. 8). Celui qui révélait la vérité divine par des prophètes inspirés la révélait aussi par la structure de l’édifice matériel. Les méthodes d’enseignement pouvaient varier ; le maître était le même. En vérité, tout le rituel était « une figure pour le temps actuel » (v. 9).

Tout enfant bien instruit connaît la distinction entre le lieu saint, avec ses chandeliers, sa table des parfums et ses pains de proposition, et le lieu très saint, avec son arche et sa nuée de gloire. Le premier tabernacle était séparé du second par de lourdes tentures, que nul n’écartait jamais, sinon le souverain sacrificateur, et lui seul une fois par an, au cours d’un rituel d’une solennité exceptionnelle. Assurément, l’Israélite le plus borné devait comprendre le sens de cette figure si expressive, et sentir que, même si sa race pouvait prétendre être plus proche de Dieu que tout le reste du genre humain, il y avait pourtant une profondeur d’intimité dont son pied était écarté par la défense de Dieu lui-même. « le chemin du lieu très saint n’était pas encore ouvert. »

Pour nous, cependant, le voile est déchiré. Jésus est entré une fois pour toutes dans le lieu saint, et, à son passage, les lourds plis du voile se déchirèrent en deux depuis le haut jusqu’en bas. Assurément, aucun des sacrificateurs qui en furent témoins ne put jamais oublier ce moment où, tandis que la terre tremblait sous le pavé du temple, le voile au tissu épais se fendit, retomba, et découvrit les choses solennelles que nul œil, hormis celui du souverain sacrificateur, n’osait contempler. Assurément, le plus obtus peut lire le sens que le Saint-Esprit a voulu signifier par là. Il n’y a pas d’autre voile entre Dieu et nous que celui que nous tissons nous-mêmes par notre péché ou notre ignorance. Nous pouvons pénétrer jusque dans les secrets mêmes de son amour. Nous pouvons nous tenir sans confusion là où les anges adorent la face voilée. Nous pouvons contempler des mystères cachés dès avant la fondation du monde. L’amour de Dieu n’a pas de secrets pour nous, qu’il appelle ses amis.

Oh ! pourquoi nous contentons-nous si aisément du superficiel et du passager, des bavardages et de la littérature éphémères de notre temps, des parvis extérieurs où les formalistes et les chrétiens mondains qui nous entourent se contentent de demeurer ? alors qu’il y a de telles hauteurs et de telles profondeurs, de telles longueurs et de telles largeurs à explorer dans la nature même de Dieu. Pourquoi des hommes, de nos jours, rétablissent-ils ce voile, bien qu’ils l’appellent « un jubé » ? Hélas ! ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles.

LES RITES DU JUDAÏSME SONT MIS EN CONTRASTE AVEC LES ORDONNANCES DE L’ÉVANGILE QUI PURIFIENT LA CONSCIENCE. Ils consistaient en aliments, en boissons et en diverses ablutions, qui n’étaient au mieux que des « ordonnances charnelles imposées seulement jusqu’à une époque de réformation » ; et s’ils rendaient l’adorateur pur selon le cérémonial, ils laissaient sa conscience sans apaisement.

Un grand nombre des fautes qu’il fallait ôter en ces temps anciens provenaient de la violation de lois cérémonielles. Celui qui touchait un mort ou une chose impure était souillé selon le cérémonial. Pour toute faute de ce genre, il devait se soumettre aux rites de purification prescrits avant de pouvoir entrer dans les parvis de la maison de l’Éternel. Les lois cérémonielles étaient parfaitement capables de régler de tels manquements ; mais elles étaient impuissantes à procurer l’expiation ou à assurer le pardon des actes de péché. Ces sacrifices « ne peuvent rendre parfait sous le rapport de la conscience celui qui rend ce culte ».

L’insuffisance des sacrifices apparaissait même au grand jour des expiations, auquel il est évidemment fait allusion ici. Déposant les vêtements somptueux dont il était habituellement revêtu, le souverain sacrificateur se vêtait de simple lin. Les animaux qui devaient être offerts au cours de la journée étaient ensuite présentés à l’entrée du tabernacle ; et l’on tirait au sort lequel des deux taureaux serait pour lui-même, et lequel des deux boucs serait immolé. Puis, pour la première fois, il entrait dans le lieu très saint au milieu des fumées de l’encens parfumé, et faisait l’aspersion du sang du taureau pour l’expiation de ses propres péchés et de ceux de sa maison. Une seconde fois il entrait avec le sang du bouc, pour l’expiation des péchés du peuple, qui, pendant ce temps, se tenait dehors dans une douleur pénitente. Et quand tout était achevé, les péchés de la nation étaient confessés sur la tête du bouc vivant, que l’on envoyait dans la terre de l’oubli. Cependant, nul ne pouvait penser que l’immolation de l’un des boucs ou l’envoi de l’autre dans le désert expiât réellement la faute du peuple tout entier. Il y avait chaque année un souvenir des péchés ; mais non pas nécessairement une entière rémission pour tous ceux qui se tenaient dans cette vaste foule silencieuse. Et beaucoup ont dû s’en retourner dans le doute et l’inquiétude. David exprima ce sentiment lorsqu’il chanta le psaume 51 sous l’impression de son propre état de pécheur (voir aussi Michée 6:6).

Mais combien tout cela est différent aujourd’hui ! Nos consciences sont purifiées (v. 14). Nous n’avons plus aucune conscience de nos péchés. Nous sentons que la mort de notre Seigneur Jésus en est une expiation suffisante pour tous, et qu’il les a si entièrement ôtés de dessus nous et mis de côté qu’on ne saurait plus les trouver ; ils sont comme s’ils n’avaient jamais été ; ils se sont effacés de la mémoire même de Dieu. Il est vrai que certaines œuvres ne cessent de rendre notre conscience impure, comme autrefois la chair de l’Israélite était rendue impure par le contact de la mort. Mais le sang de Jésus fait pour notre conscience ce que la cendre de la génisse faisait pour la chair de celui qui était impur selon le cérémonial. « le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. » Nous n’avons donc plus de mauvaise conscience provenant d’un péché non expié.

LE SANG DES ANIMAUX EST MIS EN CONTRASTE AVEC LE SANG DE CHRIST. Des hécatombes de victimes n’ont pas la valeur d’un seul homme ; combien moins celle du Fils de Dieu ! Des fleuves du sang des bêtes n’équivalent pas à une seule goutte du sien. Ils n’offrent aucune mesure qui permette d’estimer son sang précieux. Cela est trop évident pour exiger ici d’autres commentaires, et nous devrons remettre à un autre chapitre notre estimation, si imparfaite soit-elle, de la valeur de ce sang.

Mais, en attendant, remarquons que c’est par l’Esprit éternel que Christ s’est offert lui-même sans tache à Dieu. Ce n’est pas, comme certains l’affirment faussement, que le Père ait contraint un homme innocent à souffrir pour des péchés qu’il n’avait jamais commis, ou que notre Sauveur ait souffert pour apaiser la colère du Père ; mais c’est que la nature éternelle de Dieu s’est manifestée dans le sacrifice du Calvaire. « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même. » Quand Dieu résolut de sauver les hommes, il ne délégua pas cette œuvre aux anges, et il ne permit pas non plus qu’un homme sans péché succombât sous le fardeau intolérable du péché d’un monde ; mais, en la personne de son Fils, il prit sur lui-même l’agonie, la malédiction et le prix du péché, et, en les portant, il les effaça pour toujours. C’est donc une rédemption éternelle (v. 12).

La mort de la croix fut un acte volontaire : « il s’est offert lui-même », à la fois sacrificateur et victime. Et ce fut un acte auquel participa l’éternelle Trinité : la manifestation, dans le temps, d’un fait éternel de la nature divine.

Et comment pourrions-nous jamais témoigner notre reconnaissance, sinon en servant le Dieu vivant (v. 14) ? Nous sommes rachetés pour servir ; achetés pour appartenir entièrement à un autre. Qui pourrait refuser un service si raisonnable, chargé d’une félicité si sublime ? Ma tête ! pense pour celui dont le front fut ceint d’épines. Mes mains ! travaillez pour celui dont les mains furent clouées à la croix. Mes pieds ! hâtez-vous d’accomplir les ordres de celui dont les pieds furent percés. Mon corps ! sois le temple de celui dont le corps fut tordu de douleurs inexprimables. Le servir — voilà la seule attitude et la seule conduite vraies pour ceux qui ne s’appartiennent pas à eux-mêmes, mais qui sont à lui.

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