Le chemin du lieu très saint
Les choses célestes elles-mêmes

Chapitre 21 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute

Les choses célestes elles-mêmes

« Un tabernacle fut, en effet, construit. » HÉBREUX 9:2.

L’ŒIL est plus prompt que l’oreille. C’est pourquoi aucun langage n’est aussi expressif que celui des symboles. La foule saisira mieux votre pensée par un seul symbole bien choisi que par mille paroles. L’esprit recule devant l’effort intellectuel qu’exige l’étude de l’essence subtile des choses, et il aime que la vérité lui soit présentée sous une forme que l’œil, l’oreille ou le toucher peuvent aisément saisir.

Voilà qui explique cette pente vers le ritualisme qu’on observe dans l’Église romaine et dans l’Église anglicane. Là où la vie spirituelle de l’homme est forte, elle se passe des formes extérieures ; mais quand elle est faible, elle s’appuie languissamment sur des secours du dehors. Et c’est parce que les enfants d’Israël étaient encore dans un état si enfantin que Dieu enferma ses pensées profondes et saintes dans des formes extérieures et des ombres matérielles. Ce peuple sans instruction avait besoin que la vérité spirituelle lui fût exprimée par des symboles capables de frapper les esprits les plus obtus. Pendant quinze cents ans, le culte juif se déploya donc autour du cérémonial le plus magnifique que le monde ait jamais vu —

cérémonial que ces chrétiens hébreux regrettaient amèrement, maintenant qu’ils étaient passés aux simples ordonnances célébrées dans quelque chambre haute dépouillée.

Arrêtons-nous un instant pour étudier ces symboles antiques.

Choisissez une étendue de sable ; tracez-y un rectangle de quarante-cinq pieds de long sur quinze pieds de large. Posez tout le long de ce tracé une ceinture continue de bases d’argent, creusées de manière à recevoir l’extrémité des planches qui forment les parois du tabernacle. Allez chercher ensuite ces planches elles-mêmes, poutres de bois d’acacia hautes de quinze pieds, recouvertes de l’or le plus pur et assemblées par trois longues barres d’or qui courent d’un bout à l’autre. L’entrée doit faire face à l’orient ; elle se compose de cinq colonnes d’or, sur lesquelles retombent les plis d’un rideau riche et lourd. Mesurez ensuite trente pieds à partir de là, et qu’un autre rideau sépare le lieu saint du lieu très saint. Allez chercher encore d’autres tentures pour former le plafond et pour retomber de chaque côté sur les poutres d’acacia dorées qui forment les parois extérieures : d’abord, une tenture somptueuse, tissée de couleurs éclatantes et couverte de figures de chérubins ; puis un voile de pur lin blanc ; en troisième lieu, une solide couverture de peaux de béliers teintes en rouge ; et enfin, pour protéger le tout contre les intempéries, une couverture ordinaire et grossière de peaux de blaireaux. Le parvis est formé de lourdes tentures qui pendent tout autour et dérobent aux regards les allées et venues des sacrificateurs à l’intérieur.

Jetons un bref regard sur chacun de ces objets, en passant rapidement du parvis extérieur au sanctuaire intérieur.

L’AUTEL D’AIRAIN, avec ses cornes saillantes, auxquelles on attachait les animaux destinés au sacrifice (Psaume 118:27), ou que le fugitif saisissait pour y trouver asile et abri (Exode 21:14), se dressait dans le parvis extérieur. On y offrait le sacrifice pour le péché, l’holocauste et le sacrifice d’actions de grâces. Il était tenu pour très saint (Exode 29:37). Et il méritait bien de l’être, car il était le symbole de la croix du Calvaire, cette croix merveilleuse où Jésus s’offrit lui-même en sacrifice pour le péché, étant à la fois le sacrificateur, la victime, et l’autel aussi.

Nul ne pouvait entrer dans le lieu saint sans passer devant cet emblème sacré, pas plus que nous n’aurions jamais pu entrer en communion avec Dieu, si n’avait été accompli pour nous, sur la croix, cet unique sacrifice et cette unique offrande pleinement suffisante pour les péchés, qui purifie notre cœur d’une mauvaise conscience. Plus nous vivons, plus nous connaissons Dieu, et plus cette croix nous paraît précieuse et indispensable : notre espérance dans le chagrin, notre phare dans la nuit, notre abri dans la tempête, notre refuge aux heures de conviction, notre lieu de rendez-vous avec Dieu, notre fierté et notre joie.

« Bénie la croix ! béni le sépulcre ! mais béni plutôt

L’Homme qui là fut mis à mort pour moi ! »

Et si l’autel d’airain parle de l’unique sacrifice, offert une fois pour toutes, du Calvaire, la cuve parle de la purification quotidienne des souillures contractées au cours de notre voyage dans le désert, comme Jésus lava les pieds de ses disciples (Jean 13).

LE CHANDELIER À SEPT BRANCHES, d’où se répandait la lumière qui éclairait le lieu saint, devait être le premier objet à frapper les regards du sacrificateur qui franchissait le seuil pour la première fois. Sa forme nous est familière par le bas-relief de l’arc de Titus. Avec quelle éloquence il nous parle de Christ ! Son or battu, dont chaque partie avait reçu les coups du marteau, parle des meurtrissures qu’il a endurées pour nous (Exode 25:36). L’union des six lampes plus petites avec la grande lampe du centre figure le mystère de cette union dans le rayonnement de la lumière qui fait de l’Église une seule chose avec son Seigneur, à jamais, pour éclairer un monde de ténèbres. L’huile dorée, coulant par les conduits d’or qu’il fallait tenir propres et libres, montre combien nous dépendons de lui pour recevoir, jour après jour, la grâce du Saint-Esprit (Zacharie 4:2). Et jusqu’aux mouchettes, toutes d’or, dont le souverain sacrificateur se servait avec sagesse pour raviver la flamme, ont leur signification : elles figurent ces opérations par lesquelles notre bien-aimé Seigneur est souvent obligé de retrancher les inégalités de la mèche, et de nous faire passer par un obscurcissement momentané de la lumière, afin que nous brûlions ensuite d’une flamme plus claire et plus égale. Sa vie est la lumière des hommes. Par sa lumière nous voyons la lumière. Il répand la lumière sur les cœurs et les foyers, sur les mystères et sur l’espace ; et plus tard l’Agneau sera la lumière du ciel.

LA TABLE D’OR DES PAINS DE PROPOSITION ne doit pas être oubliée, avec ses douze pains de fleur de farine, saupoudrés d’encens au doux parfum, que les sacrificateurs seuls mangeaient lorsqu’on les remplaçait, le septième jour, par des pains frais. Ici encore, comme dans le symbole précédent, apparaît cette union mystérieuse de Christ et de son peuple. Christ est le vrai pain de la présence. Il est le pain de Dieu. L’Éternel trouve dans son obéissance, dans sa vie et dans sa mort une satisfaction parfaite ; et nous aussi, nous nous nourrissons de lui. Sa chair est vraiment une nourriture. Nous mangeons sa chair et nous vivons par lui. La table était portative, afin d’être transportée dans les marches du peuple ; et nous ne pouvons jamais prospérer sans l’emporter, lui, partout où nous allons. C’est la manne céleste, notre pain quotidien, notre part de sacrificateurs. Mais le peuple aussi était représenté par ces douze pains, comme il l’était par les douze pierres du pectoral. Et sans doute y a-t-il un sens dans lequel tous les croyants se tiennent encore et toujours devant Dieu dans la pureté et le doux parfum de Christ : « Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain. » Oh ! m’est-il possible de donner à Dieu quelque satisfaction ? Le croire donnerait assurément un sens nouveau aux actes les plus ordinaires de la vie. Et pourtant il peut en être ainsi.

L’ENCENSOIR, OU AUTEL DES PARFUMS, est rangé avec le lieu très saint, non qu’il se trouvât derrière le voile, mais parce qu’il était étroitement associé au culte qu’on y rendait. Il était placé aussi près que possible de l’arche (Exode 30:6). Il nous rappelle l’autel d’or qui est devant le trône (Apocalypse 8:3). Jamais le sang n’en ternit l’éclat de l’or ; les charbons qui y rougeoyaient étaient pris sur l’autel des holocaustes ; et l’on y répandait l’encens, composé selon un art tout particulier (Exode 30:34-38). Ce précieux parfum, qu’il était puni de mort d’imiter, parle des grands mérites de Christ, en vertu desquels nos prières et nos louanges sont agréées. N’est-ce pas là son œuvre perpétuelle en notre faveur, maintenant qu’il se tient dans le ciel comme notre grand souverain sacrificateur, étant toujours vivant pour intercéder, recueillant nos pauvres prières et les présentant à son Père, tout embaumées du parfum de sa propre grâce, de sa beauté et de ses mérites ?

LE VOILE, que le souverain sacrificateur franchissait une seule fois par an, en portant du sang, rappelait aux adorateurs que le chemin du lieu très saint n’était pas encore parfait. Il y avait des degrés de communion avec Dieu auxquels ces rites ne pouvaient donner accès. « le chemin du lieu très saint n’était pas encore ouvert. » « au travers du voile, c’est-à-dire, de sa chair » (Hébreux 10:20). Ô fin lin retors, dans ta pureté, tu ne fus jamais aussi pur que ce corps conçu sans péché ! Ô ouvrage exquis aux figures artistement brodées, tu ne saurais rivaliser avec les merveilleux mystères qui se rassemblent dans cette forme humaine ! Pourtant, jusqu’à la mort de Jésus, il y avait une barrière, un obstacle, un voile. Il était éclaboussé de sang, mais c’était encore un voile. Mais à l’heure où il rendit l’âme, le voile fut déchiré de haut en bas par de puissantes mains invisibles, révélant tous les mystères sacrés qu’il cachait aux yeux inaccoutumés des sacrificateurs qui, à ce moment-là, offraient peut-être l’encens à l’heure de la prière, tandis que toute la multitude se tenait dehors (Luc 1:9). C’est maintenant un voile déchiré, et le chemin du lieu très saint est ouvert. C’est une route nouvelle et vivante, marquée de sang ; nous pouvons donc la fouler sans crainte et sans erreur, et entrer avec une sainte assurance pour nous tenir là où les anges se voilent la face de leurs ailes dans une adoration sans fin (10:19, 20).

L’ARCHE. Un coffre de forme oblongue, long de quatre pieds et demi, large et haut de deux pieds huit pouces, fait de bois d’acacia et recouvert d’or ; son couvercle, une plaque d’or appelée le propitiatoire, sur laquelle se tenaient debout ou à genoux des figures de chérubins, les yeux fixés sur la plaque d’or tachée de sang placée entre eux ; car c’était sur le propitiatoire que le sang était abondamment répandu d’année en année, et là brillait sans cesse la lumière de la Shekina. Pendant les pérégrinations du désert, l’arche contenait les tables de pierre, non pas brisées mais entières, la manne et la verge. Mais lorsqu’elle parvint au lieu de son repos et qu’on en eut retiré les barres, la manne, nourriture des pèlerins, et la verge, symbole de la puissance de vie, n’y étaient plus ; seule la loi demeurait.

La loi ne peut jamais être abolie. Elle est sainte, juste et bonne. Pas un seul iota ou un seul trait de lettre ne peut en disparaître. Elle est au cœur de toutes choses. Sous toutes les surfaces, sous toutes les couvertures, plus profond que l’écume, le tumulte et les révolutions du monde, repose la loi, juste et inexorable. Nous devons tous nous soumettre à son empire souverain. L’athée lui-même doit bâtir ses murs selon les exigences du fil à plomb, sans quoi ils tomberont inévitablement en ruine.

Mais la loi est soumise à l’amour. Le propitiatoire d’or recouvrait et cachait exactement les tables, qui ne bondissaient plus de rocher en rocher, mais reposaient paisiblement sous lui. Une arche sans couvercle, d’où les tables de la loi de pierre vous regarderaient, serait vraiment terrible. Mais ceux qui savent que Dieu s’entretiendra avec eux du haut d’un propitiatoire qui répond entièrement à leur cas et qui est arrosé de sang n’ont rien à redouter. L’apôtre, qui avait bien lu le sens le plus profond de ces types, nous dit que « Dieu a établi le Christ Jésus comme propitiatoire, par la foi en son sang » (Romains 3:24, 25). Jésus a satisfait aux exigences de la loi par sa vie d’or et par sa mort sanglante ; et nous pouvons, en lui, faire face à la justice de Dieu. Notre propre justice serait une couverture insuffisante, trop étroite et trop courte ; mais notre Substitut a satisfait à toutes les exigences possibles. « Qui les condamnera? Christ est mort. » La grâce règne par la justice pour la vie éternelle.

Mais, hélas ! aucun sang de bouc ni de veau ne saurait dire le prix inestimable de son sang, par lequel nous avons accès dans le lieu très saint. Ô sang précieux ! qui parles d’un cœur brisé d’amour et de douleur ; qui révèles une vie répandue comme de l’eau sur la terre dans la plus extrême agonie ; qui rassembles tout le sens du Lévitique et de ses innombrables hécatombes de victimes ; gage de l’amitié la plus tendre, prix de notre rédemption, vin de la vie : ton cordon écarlate nous parle, des fenêtres du passé, en symboles de joie, d’espérance, de paix et d’amour immortel. Le sang précieux de Christ !

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