Le chemin du lieu très saint
Les deux alliances

Chapitre 20 · 12 min de lecture · 15 min d’écoute

Les deux alliances

« … je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » HÉBREUX 8:10.

UN mot nouveau entre dans ce merveilleux traité, qui en rebutera peut-être quelques-uns par sa résonance théologique, et qui pourtant renferme pour nous tous des profondeurs nouvelles de sens et d’intérêt. C’est le mot alliance. Nous comprenons tous assez clairement les conventions que les hommes passent entre eux au sujet de leurs biens ou d’autres affaires de la vie courante. Un homme s’engage à faire certaines choses, à condition qu’un autre s’engage de son côté à en faire certaines autres. Lorsque ces engagements réciproques sont arrêtés, on les transcrit sur parchemin, on les signe et on les scelle ; et dès cet instant chacune des parties est tenue, sur l’honneur, d’accomplir sa part de la transaction.

C’est de quelque manière semblable, en s’adaptant à nos façons de penser et d’agir, que le Dieu éternel est entré en alliance avec les âmes fidèles et obéissantes. Et il est impossible d’estimer trop haut la condescendance dont il fait preuve, ni l’honneur et l’avantage que met à notre portée une telle relation. Cela paraît trop merveilleux pour être vrai ; et pourtant cela doit être vrai, car sur aucun autre fondement que sa vérité révélée cela n’aurait jamais pu devenir l’objet d’une affirmation ou d’un débat humains. L’alliance entre un prince et un mendiant, ou entre un homme comme William Penn et les rudes peaux sombres d’Amérique, se réduit à une insignifiance et à une petitesse totales, quand on la cite dans le même souffle que l’alliance entre Dieu et l’âme de l’homme.

Les théologiens ont discerné plusieurs sortes d’alliances au cours de l’histoire humaine et dans la peinture qu’en fait la Bible. Mais il nous suffit de considérer les deux alliances, l’ancienne et la nouvelle, dont parle ce passage. Et le fondement de tout l’argument se trouve dans Jérémie 31:31-34, où une distinction est faite entre l’alliance conclue avec les pères, quand Dieu les fit sortir du pays d’Égypte, et cette alliance nouvelle qui, aux jours de Jérémie, était encore à venir. Moïse fut le médiateur de la première, comme Jésus l’est de la seconde.

L’ALLIANCE MOSAÏQUE. Elle fut souvent réitérée en des termes pleins de grâce et pénétrants. Prenez, par exemple, la scène qui se déroula lorsque l’immense multitude défila dans la plaine, au pied du Sinaï, le troisième mois de l’Exode. Il n’y avait encore ni nuée ni feu au sommet du Sinaï ; mais Moïse fit au peuple une proposition : si, de leur côté, ils obéissaient à la voix de Dieu et gardaient sa parole, Dieu, de son côté, ferait deux choses : il les regarderait comme son trésor particulier entre tous les peuples, et il les prendrait pour lui comme un royaume de sacrificateurs et une nation sainte (Exode 19:5, 6). Et le peuple, sans guère calculer ce qu’il en coûterait ni mesurer tout ce que cela impliquait, s’écria d’une seule voix, unanime et légère : « Nous ferons tout ce que l’Éternel a dit. » Ils entrèrent ainsi dans l’alliance.

Peu après, quand les dix commandements eurent été donnés, les termes de l’alliance, du côté de Dieu, furent considérablement élargis. Moyennant l’accomplissement, de la part du peuple, de l’ancienne condition d’obéissance, Dieu alla plus loin que jamais dans ses promesses, qui embrassaient une grande diversité de besoins et comportaient de nombreuses parties (Exode 23:22-31). Et de nouveau le peuple poussa une puissante clameur d’assentiment unanime (24:3).

Ce ne fut pas tout ; car lorsque, afin de conserver ces engagements solennels, on les consigna dans le livre de l’alliance et qu’on les lut publiquement, au milieu de la ratification solennelle du sang répandu par aspersion, le peuple dit encore : « Nous ferons tout ce que l’Éternel a dit, et nous obéirons » (24:7). Mais combien peu ils se connaissaient ! Une semaine ou deux plus tard, ils dansaient éperdument autour du veau d’or ; et quelques mois après, il n’y en avait pas un seul qui osât affirmer avoir gardé l’alliance jusqu’au moindre iota. Bien au contraire : « Alliance qu’ils ont violée, dit l’Éternel. » Que pouvait-on attendre d’autre de leur part ! Moïse eut beau leur écrire, dans le livre du Deutéronome, un second exposé détaillé des conditions de l’alliance, avec cette exigence réitérée qui revient comme un refrain : « Vous ferez avec soin. »

Cette ancienne alliance avait deux grands défauts, qui provenaient de la faiblesse de la pauvre nature humaine : d’abord, elle ne donnait aucune force, aucune énergie morale, pour rendre les contractants humains capables de faire ce qu’ils avaient promis ; ensuite, elle ne pouvait pourvoir à l’effacement efficace des péchés qui découlaient de leur manquement à accomplir les vœux de leur alliance (Hébreux 9:9).

Assurément, la plupart des hommes qui aspirent à une vie religieuse traversent une expérience semblable. Quand nous sommes d’abord rachetés par le sang de l’Agneau et introduits dans la vie nouvelle, il nous semble nous tenir de nouveau au pied du mont Sinaï ; ou mieux encore, notre conscience devient notre Sinaï, et de son sommet nous semblons entendre la voix de Dieu s’engageant à être notre Dieu si, en toutes choses, nous obéissons à sa voix. Et cela, nous nous engageons aussitôt à le faire. Nous ne sommes pas hypocrites ; nous avons réellement l’intention de l’accomplir ; nous sommes épris de l’idéal de vie qui nous est présenté. Il n’est pas seulement désirable comme condition des bénédictions ; il est éminemment attrayant et beau.

Mais nous commettons une profonde erreur en nous engageant ainsi ; car nous entreprenons une chose qui est totalement hors de notre portée. Autant vaudrait qu’un paralytique entreprît de gravir le mont Blanc, ou qu’un failli s’engageât à payer ses dettes. Nous apprenons vite que le péché a paralysé tous nos nerfs moteurs moraux. Le bien que nous voulons, nous ne le faisons pas ; le mal que nous ne voulons pas, nous le faisons. Nous sommes rendus captifs de la loi du péché qui est dans nos membres, et qui lutte contre la loi de notre entendement. Nous sortons pour nous dégager comme les autres fois ; mais nous ne savons pas que le rasoir a passé sur nos boucles de force, nous laissant sans pouvoir et sans secours.

Il semble regrettable que chacun doive apprendre par lui-même l’inutilité de ces tentatives, au lieu de profiter de l’expérience des autres et des annales du passé. C’est pourtant ainsi. L’un après l’autre, on se met en devoir de mériter le privilège de la présence, du sourire et de la bénédiction de Dieu en étant bon, obéissant et ponctuel à se conformer aux règles, aux formes et aux règlements. Cela va bien pendant quelque temps, mais s’effondre bientôt complètement. Nous sommes déjoués et battus, comme ces oiseaux de mer qui, dans la tempête, se précipitent contre la tour d’un phare, puis retombent blessés dans l’écume bouillonnante. Nous sommes lents à apprendre que, comme nous recevons la justification, ainsi nous devons recevoir la sanctification des mains de Dieu, comme son don gratuit.

Si quelque lecteur de ces lignes s’efforce d’entretenir des relations amicales avec Dieu sur ce principe d’essayer, de faire et d’observer, plus tôt cette âme comprendra la certitude de l’échec — non par manque de volonté, mais par la faiblesse de la nature morale — et s’abandonnera à la grâce révélée dans la seconde et meilleure alliance, plus vite elle trouvera un lieu de repos sûr et heureux, d’où elle ne sera ni troublée ni chassée, aux siècles des siècles.

LA MEILLEURE ALLIANCE. Elle est tellement meilleure que celle de Moïse, en ceci : tandis qu’elle engage Dieu à de meilleures promesses encore (v. 6) que celles de l’alliance antérieure — promesses qui méritent un moment notre attention —, elle n’exige de nous aucun gage ni aucun engagement d’aucune sorte. Point de si; point d’injonctions du type « Vous ferez avec soin » ; point de conditions d’obéissance à remplir. Du commencement à la fin, elle consiste dans les « je ferai » du Très-Haut. Comptez-les dans cette merveilleuse énumération (v. 10, 11, 12), puis osez réclamer que chacun s’accomplisse dans votre expérience personnelle ; car c’est là l’alliance sous laquelle nous vivons, et par laquelle nous avons accès auprès de Dieu.

« … je mettrai mes lois dans leur esprit.» Cela se rapporte à la faculté intellectuelle, qui pense, se souvient, raisonne. Il sera d’un prix inestimable de les avoir là pour s’y reporter sans cesse, de sorte qu’elles se tiennent toujours inscrites sur les poteaux et le linteau de la vie intérieure, réclamant la révérence et imposant chaque jour l’attention.

« … je les écrirai dans leur cœur. » C’est le siège de la vie émotive et des affections. Si elles y sont écrites, elles doivent gagner notre amour. Et ce qu’un homme aime, il est à peu près certain de le suivre et d’y obéir. « Un peu plus bas, dit le vieux soldat mourant, tandis qu’on sondait sa poitrine pour y chercher la balle qui s’y était profondément enfoncée, et vous trouverez l’Empereur » ; ainsi, chez le chrétien qui a été reçu dans l’alliance avec Dieu, la loi est inscrite dans les affections les plus profondes de son être. Il obéit parce qu’il aime obéir. Il demeure au service de son Maître, non parce qu’il y est contraint, mais parce qu’il le choisit lui-même, disant, tandis que son oreille est percée contre la porte : « J’aime mon maître, je ne veux pas sortir libre. »

« … je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. » La dernière proposition est meilleure encore que la première, car elle implique la puissance de Dieu qui garde. Son peuple élu s’égara tellement loin de lui qu’il l’appela un jour « Lo-Ammi », c’est-à-dire pas mon peuple (Osée 1). Mais si nous devons jamais être son peuple, un peuple qui lui appartienne en propre, cela ne peut résulter que de l’opération de son Esprit de grâce, qui nous garde, comme le soleil retient les planètes et les empêche de s’élancer dans l’espace pour devenir des astres errants.

« … tous me connaîtront. » Oh ! ravissement des ravissements ! cela se peut-il ? Connaître Dieu ! Connaître les profondeurs de Dieu. Le connaître, ou être connu de lui. Le connaître comme Abraham, à qui il confiait ses secrets ; comme Moïse, qui s’entretenait avec lui face à face ; ou comme l’apôtre Jean, lorsqu’il le contempla dans les visions de l’Apocalypse. Et que ce privilège soit à la portée du plus petit !

« … je pardonnerai leurs iniquités. » Dans l’ancienne alliance, il y avait peu de place pour la miséricorde. C’était une affaire d’accord volontaire ; si l’une des parties contractantes manquait au moindre point, l’autre n’était nullement obligée de rester fidèle à leur accord mutuel. Le manquement d’une partie annulait toute l’alliance. Mais il n’y a ici rien de tel. Au contraire, la miséricorde est admise dans la relation, et elle y exerce son empire bienfaisant.

« … je ne me souviendrai plus de leurs péchés. » Comme une marque s’oublie quand on l’a effacée d’une ardoise, ainsi le péché sera comme effacé de la mémoire de Dieu. Il sera oublié comme une dette payée depuis des années. Il sera si entièrement ôté de la pensée qu’il sera comme s’il n’avait jamais été. Si on le cherche, on ne le trouve pas. L’acte cloué de part en part. La pierre tombée au fond de l’océan. La nuée absorbée par la chaleur de l’été, tandis qu’elle s’évanouit dans le bleu profond du ciel. Les frères de Joseph, lorsqu’ils s’approchèrent de lui pour la dernière fois, après la mort de leur père, trahirent la crainte que, si son ressentiment était voilé, il n’était pas entièrement abandonné. Mais leurs craintes étaient tout à fait sans fondement. Ils découvrirent que l’offense avait complètement disparu de la pensée de leur frère, et « Joseph pleura, en entendant ces paroles ». C’est de quelque manière semblable que Dieu cesse de considérer nos péchés, et qu’il s’afflige si nous ne croyons pas à la plénitude de son abondant pardon.

Jouissez-vous des termes de cette alliance dans votre expérience quotidienne ? Dieu est prêt à les accomplir à la lettre. Comptez sur lui pour faire ce qu’il a promis. Faites fond sur sa fidélité. Réclamez que chaque engagement s’accomplisse en vous dans toute la mesure de sa richesse et de votre besoin. N’essayez pas d’inventer des conditions ou des termes qu’il n’a pas posés ; mais acceptez avec joie la position de celui qui ne fait rien pour mériter ou gagner, et qui reçoit tout ce que Dieu donne, sans argent, sans rien payer.

Demandez-vous comment Dieu peut appeler alliance un pacte où il n’y a pas de seconde partie contractante ? La réponse est facile : Jésus-Christ s’est tenu à notre place ; il n’a pas seulement négocié cette alliance, mais il a accompli en notre nom et pour nous toutes les conditions qui étaient nécessaires et justes. Il a porté le châtiment de la faiblesse et de la transgression humaines. Il a satisfait à toutes les exigences d’une obéissance parfaite et sans faille. Il s’est engagé à assurer en nous, par le don du Saint-Esprit, une sainteté que nos propres efforts n’auraient jamais pu obtenir. Et parce qu’il est devenu notre Répondant et notre garant, Dieu peut conclure avec nous ces termes généreux, sans rien dire de tout ce qu’ils ont coûté à son Fils, mais en nous permettant d’en partager tous les bienfaits, à cette seule condition : que nous nous identifiions à lui par une foi vivante, remettant entre ses mains toutes nos affaires spirituelles et nous conformant aux décisions de sa volonté. Telle est la nouvelle et meilleure alliance, qui a remplacé l’ancienne.

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