Le chemin du lieu très saint
Le sacerdoce de Christ

Chapitre 17 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute

Le sacerdoce de Christ

« Tu es sacrificateur pour toujours Selon l’ordre de Melchisédek. » HÉBREUX 7:17.

DIVERSES imaginations se sont attachées à la personne de Melchisédek, lui prêtant des qualités extraordinaires ; mais il vaut bien mieux voir simplement en lui le chef d’une grande famille ou d’un clan, rassemblé autour du lieu qui devait être connu, dans les siècles suivants, comme la ville sainte. Son nom s’annonçait déjà dans le terme « Salem », qui désignait ce groupe de huttes ou de tentes grossières. Au milieu de l’anarchie et de la dépravation presque universelles qui submergeaient la Palestine, la justice et la paix semblent s’être réfugiées dans cette petite communauté, la seule où fût rendue la révérence due au Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre.

Comment cette oasis avait pu naître au milieu du désert moral environnant, nous ne saurions le dire ; mais elle était peut-être due à l’ascendant personnel du roi qui, selon la coutume patriarcale, en tant que père de famille, n’était pas seulement le chef de la vie familiale, mais aussi celui qui présidait au culte de la famille ; ainsi, tandis que Melchisédek était roi de Salem, il était aussi sacrificateur du Très-Haut. De plus, il semble qu’il ait reçu une mission particulière et qu’il ait été suscité dans un dessein précis, comme le messager établi entre Dieu et les hommes, et pour offrir en sa personne un saisissant portrait du sacerdoce que le Fils de Dieu devait exercer en faveur de l’homme.

Remarquez la portée de ces mots : rendu semblable au Fils de Dieu (v. 3). Le sacerdoce éternel de Christ était la réalité première, à la ressemblance de laquelle celui de Melchisédek fut façonné. C’était comme si le Père ne pouvait attendre le jour où son Fils entrerait en sacrificateur au-delà du voile, et devait anticiper les merveilles de son ministère en en traçant en miniature les traits principaux. Étudions-en maintenant quelques-uns.

CHRIST EST ROI AUSSI BIEN QUE SACRIFICATEUR (v. 1). L’histoire prononce un jugement unanime contre la réunion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel entre les mains d’un même homme. En Israël, les deux charges étaient rigoureusement séparées ; et lorsqu’un jour un roi franchit la barrière sacrée et, saisissant un encensoir, s’avança à grands pas dans le parvis intérieur, il fut aussitôt poursuivi par les remontrances de la troupe des sacrificateurs, tandis que la blanche flétrissure de la lèpre inscrivait sa condamnation sur son front ; « et lui-même se hâta de sortir, parce que l’Éternel l’avait frappé ». Mais le simple monarque dont nous parlons, vivant avant que les abus accumulés n’eussent interdit cette union, réunissait en sa personne le sceptre royal et l’encensoir sacerdotal. Et en cela il préfigurait le Christ.

Jésus est Roi et Sacrificateur. Il est Roi parce qu’il est sacrificateur. Il est souverainement élevé, réclamant l’hommage de tout genou et la confession de toute langue, parce qu’il s’est rendu obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. Il fonde ses droits royaux, non sur une descendance héréditaire, bien que le sang de David coulât dans ses veines ; non sur la conquête ou sur une force supérieure ; non sur la législation qui soutient le royaume des cieux parmi les hommes ; mais sur ceci : il nous a rachetés pour Dieu par son sang. Il est le Roi de gloire, parce qu’il est l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. La croix fut le marchepied de son trône.

Et il ne peut remplir son office de Sacrificateur que s’il est d’abord reconnu comme Roi. Beaucoup ne retirent pas toute la bénédiction offerte aux hommes par le sacerdoce de Christ, parce qu’ils ne veulent pas reconnaître ses droits de Roi. Ils ne le révèrent pas et ne lui obéissent pas. Ils n’ouvrent pas à son sceptre tout leur royaume intérieur. Ils s’efforcent de servir deux maîtres, et de se tenir en bons termes avec des empires aussi opposés que la lumière et les ténèbres, le ciel et l’enfer, Dieu et Satan. Il faut la consécration avant que la foi puisse être parfaite ; le couronnement avant la délivrance ; le Roi avant le Sacrificateur.

L’ordre est invariable : d’abord roi de justice, ensuite aussi roi de paix (v. 2). « Paix, donnez-nous la paix ! », telle est la requête insistante des hommes ; la paix à tout prix ; la paix par tous les moyens. Mais Dieu, dans les eaux profondes, pose le fondement de la justice ; « L’œuvre de la justice sera la paix, Et le fruit de la justice le repos et la sécurité pour toujours ». Il ne sert à rien de panser la plaie à la légère, en disant : « Paix! Paix! », quand il n’y a point de paix. Il est infiniment préférable de sonder jusqu’au fond, et de reconstruire depuis un fondement sain et vigoureux jusqu’à la surface de la chair. Et le Roi de paix n’entrera jamais dans votre âme tant que vous ne l’aurez pas d’abord reconnu comme Roi de justice, en vous soumettant à ses justes exigences et en renonçant à la justice qui vient de la loi pour celle qui s’obtient par la foi.

Il est affligeant de constater combien peu de chrétiens, relativement, saisissent la pleine signification ou la puissance du christianisme. Sans joie, sans fruit, sans force, ils sont une pierre d’achoppement pour le monde et un objet de moquerie pour les démons. Et la raison n’est-elle pas là ? Ils ne sont pas droits. Ils abritent dans leur âme des traîtres et des étrangers. Ils se condamnent sans cesse eux-mêmes dans ce qu’ils approuvent. Sans doute ils s’excusent, et inventent des raisons particulières pour atténuer leurs fautes, de sorte que ce qui serait inadmissible chez les autres devient chez eux pardonnable. Quel plaidoyer intéressé ! Quels arguments ingénieux ! Quelles acrobaties ! Mais tout cela en vain. Que ceux d’entre eux qui liront ces lignes apprennent qu’il est impérieux de faire de Christ leur Roi, et le Roi de justice, avant de pouvoir jamais goûter la paix qui découle de son sacerdoce en notre faveur.

LE SACERDOCE DE CHRIST NE FUT PAS HÉRITÉ (v. 3). Cela ressort clairement, là encore, de l’histoire du roi-sacrificateur de Salem. Le sacrificateur lévitique devait établir avec soin sa filiation avec Aaron ; de là les généalogies minutieuses dont certaines parties de la Bible sont remplies. Les sacrificateurs qui, au temps du retour de Babylone, ne purent prouver leur ascendance furent suspendus jusqu’à ce que se levât un sacrificateur avec l’urim et le thummim. Mais le sacerdoce de Melchisédek n’avait manifestement rien à voir avec sa naissance. Il ne dépendait d’aucune lignée sacerdotale. Il n’est évidemment pas nécessaire d’en conclure qu’il n’eut réellement aucun parent humain, ni qu’il ne connut ni naissance ni mort. Cela n’est ni affirmé ni supposé. L’argument repose simplement sur l’absence de toute mention de ces événements de la vie humaine ordinaire ; et il vise à prouver que ce sacerdoce des premiers âges du monde était donc entièrement indépendant des conditions qui avaient une importance capitale sous l’économie lévitique. Il était d’un ordre tout différent de celui qui officiait dans le Temple juif ; et il était, par là même, si propre à représenter celui de Christ.

Comme Dieu, notre Seigneur n’eut point de mère. Comme homme, point de père. Il n’était pas issu d’une famille de sacrificateurs ; car il est notoire que notre Seigneur est sorti de Juda, tribu dont Moïse n’a rien dit pour ce qui concerne le sacerdoce. Ce qui était vrai de Melchisédek en figure était littéralement vrai de Jésus, qui n’a eu ni commencement de jours ni fin de vie. Son sacerdoce est donc absolument unique. Il se tient parmi les hommes sans rival. Nul ne lui fut semblable, ni avant ni depuis. Ses fonctions ne lui viennent de personne, ne sont partagées avec personne, ne sont transmises à personne. Il fut fait ce qu’il était, de toute éternité, par la prescience et le conseil de Dieu.

Il n’y eut jamais de commencement au cœur sacerdotal de notre Sauveur. Il n’est point de date, dans le calendrier du ciel, pour l’éveil en lui de la miséricorde et de la pitié, et du dessein de se tenir comme l’Avocat et l’Intercesseur de notre race. Avant que les montagnes fussent nées, avant que fussent faits les cieux et la terre, il y avait déjà dans sa pensée le germe de ce drame merveilleux qui se déroule lentement sous le regard de l’univers. Il était Sacrificateur, aussi bien que l’Agneau immolé, dès avant la fondation du monde. L’amour est éternel. Le sacrifice est l’un des principes fondamentaux de l’être de Dieu. Le sacerdoce fait partie de la trame même de la nature de la seconde Personne de l’adorable Trinité. Il n’y a donc pas à craindre qu’il abandonne jamais sa charge, qu’il la dépose pour quelque autre dessein, ou qu’il cesse d’être indulgent pour les ignorants et les égarés, les tentés et les déchus.

LE SACERDOCE DE CHRIST EST PERPÉTUEL (v. 3). Pour les sacrificateurs de la lignée d’Aaron, la mort les empêchait d’être permanents. Mais de lui, « il est attesté qu’il est vivant » (v. 8). Alléluia ! un Sacrificateur s’est levé « selon la puissance d’une vie impérissable » (v. 16). « Le Seigneur a juré, et il ne se repentira pas: Tu es sacrificateur pour toujours » (v. 21). « Lui, parce qu’il demeure éternellement, possède un sacerdoce qui n’est pas transmissible » (v. 24). Il est « toujours vivant pour intercéder » (v. 25). « … parfait pour l’éternité » (v. 28). Quel témoignage explicite et abondant ! Notre souverain sacrificateur ne gravira jamais le mont Hor pour y être dépouillé de ses vêtements sacerdotaux et mourir. Les secrets qui lui ont été confiés n’auront jamais à être redits à un successeur. L’amour tendre qui l’unit à nous ne sera jamais rompu ni tranché par la mort. Nul autre ne sera jamais appelé à prendre sa place dans la conduite de nos âmes.

Cet enseignement condamne deux erreurs : (1) L’erreur de ceux qui enseignent l’absence de péché dans la chair. On ne saurait exagérer le mal que font en ce moment certains qui, profitant de l’aspiration universelle à une expérience plus élevée, font miroiter aux âmes crédules la perspective d’atteindre un état où elles n’auront plus besoin de confesser le péché, plus besoin d’être continuellement purifiées dans le sang de Christ, et où elles n’auront plus conscience d’être pécheresses.

Ceux qui parlent ainsi confondent le péché et les péchés. Ils appliquent le mot infirmité à des actes et à des dispositions que la Parole de Dieu désigne par des noms plus noirs et plus sombres. Cet enseignement abaisse la mesure du péché pour l’accorder à la doctrine erronée dont on s’est imprégné. Il est contraire à l’enseignement formel de l’Écriture, selon lequel la chair peut encore, chez le croyant, convoiter le dessus. Il s’oppose à toute expérience plus profonde de la vie chrétienne, laquelle montre que, même quand nous n’avons rien à nous reprocher, nous ne sommes pas pour cela justifiés ; car il peut exister bien des maux que, faute d’une lumière plus claire, nous ignorons complètement, mais qui apparaissent bien assez manifestes à l’œil de celui qui nous juge, le Seigneur qui sonde les cœurs et les reins.

L’erreur de ceux qui enseignent la perpétuité d’un sacerdoce sacrificiel. Tous les croyants sont, bien entendu, sacrificateurs, en ce sens qu’ils offrent le sacrifice de la louange et de la prière, les offrandes d’un amour qui renonce à lui-même. Mais il en est beaucoup parmi nous qui persistent à affirmer qu’ils sont appelés, en outre, à offrir constamment le sacrifice perpétuel du Calvaire dans les éléments de la Cène. Au milieu du cérémonial de la messe, telle qu’elle est célébrée dans un trop grand nombre de nos églises anglaises par des protestants déclarés qui se prétendent prêtres, on a peine à discerner la moindre trace de la simple institution de la Cène du Seigneur. Et l’on frémit d’une juste indignation à voir comment ces aveugles qui conduisent des aveugles trompent les foules, pour la ruine de leur âme. On souhaiterait parfois le sarcasme cinglant d’un Érasme, le robuste bon sens d’un Latimer, la véhémence d’un Knox, pour dénoncer les prétentions contraires à l’Écriture de ces hommes, affublés des oripeaux voyants de costumes païens et se livrant à des momeries qui prêteraient à rire, si tout ce système n’était si inexprimablement triste. « Jusques à quand, Seigneur, jusques à quand ! »

Mais, après tout, la vraie manière de répondre à ces erreurs est d’insister sur l’intercession et le sacerdoce continuels et immuables de notre Seigneur. Assurément, s’il vit et poursuit son œuvre, c’est une folie impertinente et arrogante que d’empiéter sur ses fonctions. Il nous faut revenir aux méthodes plus anciennes d’interprétation et d’exposition de l’Écriture, si nous voulons jamais prémunir notre jeunesse contre les erreurs monstrueuses de notre temps, ou ramener ceux qui ont été si désastreusement égarés.

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