Chapitre 16 · 11 min de lecture · 14 min d’écoute
L’ancrage de l’âme
« Imitez ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses. »
HÉBREUX 6:12.
LES PROMESSES DE DIEU ! Voilà le mot clé de ce passage. héritent des promesses (v. 12) ; Dieu fit la promesse (v. 13) ; obtint l’effet de la promesse (v. 15) ; les héritiers de la promesse (v. 17). Mais peut-être la répétition de ce mot n’éveille-t-elle pas l’intérêt et ne remue-t-elle pas le cœur de ceux qui le lisent. Il nous est si familier ; et surtout, nous ne nous trouvons pas dans des circonstances qui rendent les promesses divines particulièrement précieuses. Il faut que la nuit de la douleur obscurcisse notre ciel, sans quoi nous ne pourrons jamais découvrir ni apprécier les étoiles de la promesse qui scintillent comme des joyaux au firmament de l’Écriture. Ceux qui sont riches, qui se sont enrichis et qui n’ont besoin de rien ne peuvent comprendre ce que signifient réellement les promesses de Dieu.
Quand on possède un bon revenu qui garantit la satisfaction de tous ses besoins, il importe peu que Dieu se soit engagé à pourvoir à toutes les choses nécessaires pour ceux qui cherchent premièrement son royaume. Quand on est environné de troupes d’amis fidèles, comme d’autant de lignes de défense successives retranchées dans la forte citadelle de la position et du rang, on porte moins d’intérêt à l’assurance que Dieu sera pour ses saints un bouclier et une cuirasse, des rochers fortifiés, un abri contre la tempête. Mais quand les richesses s’amenuisent, que les amis font défaut, que la santé décline, et que la difficulté, la persécution et l’épreuve menacent, alors l’âme se réfugie dans les promesses de Dieu ; elle les repasse, elle les étudie des heures entières, jusqu’à ce qu’elle s’éveille pour découvrir des mines de trésors sous des pages qui étaient aussi vides que les landes sous lesquelles dorment les gisements de houille. Il serait bon pour certains d’entre nous que Dieu nous dépouillât de toutes ces choses en lesquelles nous plaçons une telle confiance ; afin que nous fussions contraints, peut-être pour la première fois de notre vie, de chercher en lui-même tout ce que nous avons maintenant coutume de chercher dans ses dons. Oh ! bienheureuse perte, qui nous enseignerait notre vraie richesse ! Oh ! heureuse privation, qui nous révélerait nos ressources inépuisables ! Oh ! discipline pleine d’amour, qui briserait les citernes où croupit l’eau de pluie saumâtre, et nous contraindrait à recourir au fleuve de Dieu, qui sortait du trône de Dieu et de l’agneau !
La manière lâche et superficielle dont nous lisons des pages tout émaillées de promesses divines vient en grande partie de ce que nous n’avons jamais été réduits à de telles extrémités de douleur et de privation que nous en puissions apprécier la valeur. Une seule épreuve écrasante ouvrirait des étendues entières de promesses qui sont maintenant comme les portes closes d’un corridor dans un palais royal. C’est l’une des raisons pour lesquelles un homme tel que le héros chrétien Gordon passait des heures sur la Parole de Dieu, comptant les promesses de son Père, les élevant comme des joyaux au soleil, et s’en réjouissant comme celui qui trouve un grand butin ; les hommes de sa trempe n’ont guère eu autre chose ; ils n’ont pas eu d’autres ressources sur lesquelles se replier ; ils ont été contraints de s’y attacher pour leur existence même. Et ainsi ils ont accompli l’énigme de l’apôtre : « … comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses. » Ceux qui ont conscience de leur pauvreté sont ceux qui deviennent riches en la foi, et héritiers du royaume.
C’est précisément dans une telle condition que se trouvaient les Hébreux auxquels s’adressent ces lignes. On leur avait enlevé leurs biens ; ils avaient soutenu un grand combat au milieu des souffrances ; ils avaient été exposés comme en spectacle aux opprobres et aux tribulations ; tout ce sur quoi les hommes ont coutume de s’appuyer leur avait été arraché ; et c’est pourquoi le Saint-Esprit, dans ces pages, dirige leur pensée vers les plus grandes et les plus précieuses promesses, par lesquelles Dieu s’engageait à pourvoir à tous leurs besoins, et à leur fournir de ses propres trésors tout ce qu’ils avaient perdu, et plus encore ; non pas en le leur donnant en possession visible, mais en y pourvoyant à mesure qu’ils en avaient besoin, et en proportion de leur foi. C’était assurément un bon échange, que de tout perdre et de tout retrouver en Dieu !
LES PROMESSES DE DIEU SONT DIGNES DE CONFIANCE. La parole d’un homme de bien vaut un contrat. Et quand un tel homme nous a fait une promesse, notre anxiété s’apaise, nos craintes se calment, nous trouvons un puissant encouragement. Mais si, en plus de la promesse, notre ami s’est solennellement lié par un serment, prenant à témoin le ciel et la terre, et Dieu pour garant, l’affirmation est si grave, l’appel si redoutable, l’impression produite sur l’esprit si profonde, que, quoi qu’il arrive, l’âme s’abrite dans l’immuabilité de sa résolution. Il lui est doublement impossible de changer ou de tromper. Et tel est le lien par lequel Dieu s’est lié lui-même.
Dans ses rapports avec Abraham, Dieu lui fit des promesses répétées : d’abord celle du pays, puis celle de la postérité, et aussi celle de la bénédiction qui devait en découler, par lui, pour toutes les générations des hommes. Une fois, il accomplit les formes de l’alliance en usage chez les peuples d’alentour (Genèse 15:17). Mais sur le mont Morija, lorsque le fidèle patriarche eut donné la seule preuve prodigieuse de foi et d’obéissance jusqu’à la mort, Dieu jura, et, « ne pouvant jurer par un plus grand que lui, il jura par lui-même ». « Je le jure par moi-même, parole de l’Éternel! » (Genèse 22:16).
Ainsi en est-il de nous. Nous qui, par la foi, sommes la postérité spirituelle d’Abraham, nous sommes bénis avec lui. « La promesse est assurée à toute la postérité, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui a la foi d’Abraham, notre père à tous » (Romains 4:16). Toutes les promesses de Dieu sont Oui et Amen. Il n’est point un homme pour mentir, Ni fils d’un homme pour se repentir. Il a bien calculé ses ressources avant de s’engager ; et une fois qu’il l’a fait, il est impossible qu’il manque à sa parole. Jetez-vous de tout votre poids sur les promesses divines ; cramponnez-vous-y comme un marin naufragé à l’espar qui flotte ; risquez tout sur elles ; leur accomplissement est garanti par l’alliance et par le serment ; par le sang, l’agonie et la mort ; par la lumière du matin de la résurrection et la gloire du mont de l’ascension ; par l’expérience de myriades d’hommes qui ne les ont jamais vues faillir. Si quelque homme vivant a trouvé une seule promesse indigne de confiance, qu’il le publie au monde ; et les cieux se revêtiront de sac, et le soleil, la lune et les étoiles chancelleront sur leurs sièges, l’univers sera ébranlé, et un vent sourd gémira à travers la création, apportant la nouvelle que Dieu est changeant, que Dieu peut mentir. Et cette voix sera le héraut de la dissolution universelle. Mais cela ne peut jamais, jamais être. Héritiers de la promesse ! La puissance de Dieu est éternelle, son conseil est immuable. Le ciel et la terre peuvent passer, mais sa parole ne passera jamais. Vous pouvez donc avoir un puissant encouragement ; même si vous perdez tout le reste, votre héritage dans la parole et le serment de Dieu demeurera intact, aux siècles des siècles.
LES PROMESSES DE DIEU, AINSI GARANTIES, OFFRENT À L’ÂME UN ANCRAGE. Il est peu de choses plus importantes pour le marin que de s’assurer un bon mouillage, où le fond ne cède pas sous le poids du navire et la tension de la tempête. Et avec tous ces penchants à la dérive que nous avons déjà considérés, nous avons un besoin pressant de découvrir quelque chose de permanent, d’immuable et de satisfaisant, à quoi nous puissions nous accrocher par l’ancre de notre espérance.
La faculté d’espérer n’est pas autre chez le chrétien que chez l’homme du monde. C’est la même faculté ou la même qualité chez l’un et chez l’autre. Mais il y a une immense différence dans le fond où l’ancre est fixée. Pour l’homme du monde, c’est le sol meuble, léger, peu sûr des éventualités et des spéculations. Pour le chrétien, c’est la promesse et le serment inflexibles et immuables du Dieu éternel. C’est pourquoi la première est souvent assombrie de doute et de crainte ; tandis que la seconde s’écrie, sans l’ombre d’un doute : « … je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé. »
L’espérance est quelque chose de plus que la foi. La foi reçoit le témoignage et y ajoute crédit ; l’espérance anticipe. La foi dit que le fruit est bon ; l’espérance le cueille et le mange. La foi est le bouton ; l’espérance, la fleur. La foi présente le chèque ; l’espérance dépense la somme reçue. Et une telle espérance est l’ancre de l’âme. La comparaison entre l’espérance et une ancre est familière même aux écrivains païens, et il est facile de voir combien elle est juste. L’ancre affermit l’âme. Prenons un exemple de la vie ordinaire. Un jeune homme engage sa foi à une jeune fille pauvre, mais noble. Il est appelé à servir outre-mer et lui fait ses adieux pour de longues années. Pendant ce temps, elle est laissée à elle-même pour subvenir comme elle peut à son entretien. Le travail est rare, les salaires bas ; elle est parfois durement tentée et éprouvée. Mais, au milieu de tout cela, elle demeure fidèle à son fiancé absent et à ce qu’il y a de plus noble en elle, grâce au petit fil d’espérance qui la relie à un avenir heureux et uni. Ainsi, lorsque nous souffrons, que nous sommes tentés ou découragés, notre espérance s’élance vers l’avenir bienheureux, dépeint sous de vives couleurs à la page de l’Écriture, et promis par la parole de celui qui ne peut mentir ; et l’attente de cet avenir remplit l’âme de courage et de patience, de sorte qu’elle peut endurer les épreuves du temps, en vue de la félicité certaine de l’éternité.
L’ANCRAGE DANS LES PROMESSES A UNE TRIPLE VALEUR. Il est sûr : il n’y a pas à craindre qu’il cède ; sûr comme les grâces assurées de David ; sûr comme « une alliance éternelle, En tous points bien réglée et offrant pleine sécurité » ; sûr autant que Dieu peut le rendre. Il est solide, son effet sur l’âme est de la maintenir ferme : « … soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur. » Il pénètre au-delà du voile. Dans le monde antique, lorsqu’il n’y avait pas assez d’eau pour faire entrer un navire dans le port, un homme portait l’ancre par-dessus les hauts-fonds et la fixait dans les eaux calmes du bassin intérieur. C’est un peu de cette manière que notre Seigneur Jésus, lorsque, comme le souverain sacrificateur dans le tabernacle juif, il passa à travers le voile bleu qui cache le monde céleste au nôtre, emporta avec lui notre espérance, et l’y retient. Le Seigneur Jésus est notre espérance (1 Timothée 1:1 ; 1 Jean 3:3). Il est notre précurseur. Il nous a précédés dans la présence de son Père, les prémices de ceux qui sont morts. Il y est allé comme notre Représentant et notre Sacrificateur. Lorsqu’il se déroba majestueusement à la vue de ses disciples, et fut caché aux yeux qui le suivaient avec ardeur, il entra au-delà du voile. Là il est toujours vivant ; et c’est pourquoi nos espérances le suivent, se concentrent en lui, et nous rattachent déjà à cette demeure lumineuse dont il est le centre radieux.
IL EST CERTAINES QUALITÉS QUE NOUS DEVONS APPRENDRE À EXERCER. La foi et la persévérance peuvent seules hériter des promesses (v. 12). Abraham dut persévérer avec patience avant d’obtenir l’effet de la promesse (v. 15). Il n’est pas facile d’attendre, ou de laisser la patience accomplir parfaitement son œuvre ; et cela n’est possible qu’à la foi. Il n’y a pas d’exemple plus sublime d’une longue attente que l’histoire d’Abraham, à qui sa foi donna la force d’attendre, et pour qui la promesse fut littéralement accomplie. Et il en sera encore ainsi. Patience, cœurs las et impatients ! Le temps viendra où vous mettrez la main sur votre capital ; mais contentez-vous en attendant d’en goûter les intérêts. Le moment propice approche où vous connaîtrez et goûterez toute la félicité du paradis retrouvé ; mais nourrissez-vous en attendant des raisins d’Eschcol, des grenades et des autres produits du pays. Réclamez la persévérance du Christ, dont le dernier des apôtres, qui en avait besoin pour le soutenir durant la longue attente, parle si doucement (Apocalypse 1:9). « … soyez patients, affermissez vos cœurs, car l’avènement du Seigneur est proche. » « … courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, ayant les regards sur Jésus. » Ainsi nous manifesterons « la persévérance des saints » ; et ainsi, comme ceux qui nous ont précédés, nous hériterons enfin des promesses.
Chapitre 16 terminé
L’ancrage de l’âme