Le chemin du lieu très saint
La grandeur incomparable de Christ

Chapitre 18 · 12 min de lecture · 15 min d’écoute

La grandeur incomparable de Christ

« … il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. » HÉBREUX 7:25.

CE chapitre doit être lu sous un profond sentiment du péché pour être bien compris et apprécié. C’est le pécheur conscient de son péché qui a besoin du Sacrificateur. Nous nous accommodons fort bien de Christ comme Maître, comme Philanthrope, comme Homme idéal, tant que nous ne nous voyons pas tels que nous sommes aux yeux de Dieu ; mais lorsque cette vision nous est donnée, nos cœurs poussent de forts cris, pleins d’amertume, appelant le Sacrificateur qui peut se tenir pour nous devant Dieu, et pour Dieu auprès de nous.

Il est urgent que se réveillent une conscience et une conviction nouvelles de notre état de pécheurs, tant chez les incrédules que chez ceux qui font profession d’être chrétiens. Une idée légère du péché donne une idée superficielle du sacrifice du Calvaire, de la nécessité de la propitiation, et du terrible châtiment futur qui attend le mal commis volontairement. Si les hommes comprenaient vraiment ce qu’est le péché, ils ne parleraient pas avec tant de désinvolture de leur entière délivrance ; car ils confondent les quelques péchés dont ils ont connaissance avec la masse du mal qui gît encore dans leur nature, comme la vase au fond d’un lac limpide, qui n’attend que d’être remuée pour se montrer. Et si les hommes sentaient réellement leurs péchés, ils se précipiteraient unanimes vers le sang précieux et vers le seul Sacrificateur, pour y trouver l’absolution et le pardon.

Il est peu probable que ces pauvres paroles puissent infléchir le cours du courant ; pourtant, s’il était possible d’atteindre la grande masse des prédicateurs de ce temps, on les presserait de laisser de côté leurs essais littéraires, leurs discussions avec les évolutionnistes, leur poésie et leur rhétorique, pour faire porter l’enseignement tranchant de la Parole de Dieu sur la conscience et la vie des hommes. Qu’ils attaquent le péché en tant que péché. Qu’ils s’en prennent nommément aux péchés de leurs auditoires, comme le Boer choisit l’homme que visera sa balle. Qu’ils montrent ce que Dieu pense des péchés que nous traitons si légèrement. Et dès que nous reviendrons à la prédication d’autrefois, nous verrons renaître les conversions d’autrefois. Il ne sert à rien de nous plaindre, quand c’est nous-mêmes qui sommes à blâmer. La nature humaine n’a pas changé. La loi de Dieu est la même. Le cri de la conscience est étouffé, non réduit au silence. On entendra de nouveau parler de multitudes au cœur transpercé, criant pour obtenir miséricorde. Et alors le sacerdoce de Christ, tel qu’il est décrit ici, acquerra un prix nouveau.

C’EST UN GRAND SOUVERAIN SACRIFICATEUR (v. 4). Combien il est grand, l’épisode ici rappelé le montre. Tout enflammé de sa victoire, ramenant avec lui tous les captifs et tous les biens que Kedorlaomer avait enlevés de Sodome, le patriarche Abraham était près d’atteindre son propre camp. Mais comme il approchait de Salem, où la paix et la justice habitaient sous le règne de Melchisédek, il vit venir à sa rencontre cette sainte figure, portant entre ses mains les emblèmes sacrés du pain et du vin : type bien choisi de celui qui souvent nous aborde sur le chemin de la vie, quand nous sommes las du combat ou que nous entrons dans quelque tentation subtile, et qui nous restaure par le pain de sa chair et le vin de son sang. Et Abraham s’agenouilla pour recevoir de sa main une bénédiction, et lui donna la dîme de tout (Genèse 14:19, 20).

Cela ne prouve-t-il pas la grandeur de Melchisédek ? Les Lévites et les sacrificateurs avaient, il est vrai, le droit de lever la dîme sur leurs frères ; mais ce glorieux sacrificateur n’éprouve aucun scrupule à la recevoir d’un homme d’une autre race. Il s’élevait au-dessus des étroites frontières de la race ou du sang, et il était prêt à remplir son office avec le même soin pour un étranger que pour les siens. Cette manière de voir, sans esprit de secte, universelle, généreuse, ses devoirs envers l’homme en tant qu’homme, est une marque véritable de grandeur. Et en cela il manifeste un trait de la grandeur de notre cher Seigneur, dont le sacerdoce franchit les limites que pourraient fixer la nationalité ou la naissance, et s’occupe de l’homme en tant qu’homme ; de toi, lecteur, et de moi, si seulement nous voulons venir à lui.

De plus, puisque c’est sans contredit l’inférieur qui est béni par le supérieur, il est évident qu’Abraham, si grand et si bon qu’il fût, ami de Dieu et dépositaire des promesses, a dû sentir que Melchisédek lui était supérieur, sans quoi il ne l’eût jamais traité avec un respect si marqué (Hébreux 7:6, 7). Assurément donc, ce saint homme était un digne représentant de notre bien-aimé Seigneur, devant qui tout ce qu’il y a de plus noble dans le ciel et sur la terre fléchit le genou, confessant qu’il est Seigneur, et lui consacrant, non pas un dixième seulement, mais la totalité de ce qu’il possède et de ce qu’il est.

C’EST UN SOUVERAIN SACRIFICATEUR PLUS GRAND QU’AARON OU SES FILS. Quand Abraham s’agenouilla sous cette main royale et sacerdotale, il ne le fit pas pour lui seul, mais en homme représentatif. Premier et chef de sa race, il entraînait avec lui dans son acte tous ses descendants. Ainsi Lévi, qui perçoit la dîme, l’a payée en la personne du patriarche ; et, ce faisant, il prit pour toujours la seconde place, comme inférieur et en second rang.

« Arrêtez, s’écrie un contradicteur ; si vous affirmez cette infériorité du sacerdoce juif par rapport à celui de Melchisédek, vous avancez une assertion d’une portée si considérable qu’elle demande quelque confirmation supplémentaire. Êtes-vous bien sûr qu’il en est comme vous le dites ? »

« Certainement, lui répond-on ; sinon, pourquoi aurait-on fait, dans les Psaumes de David, une annonce si catégorique de la venue d’un autre Sacrificateur, longtemps après que le sacerdoce juif eut été mis en vigueur ? “Si donc la perfection avait été possible par le sacerdoce Lévitique, qu’était-il encore besoin qu’il parût un autre sacrificateur selon l’ordre de Melchisédek, et non selon l’ordre d’Aaron?” »

« Mais attendez, reprend le contradicteur ; si vous allez remplacer le sacerdoce lévitique, vous changez nécessairement toute cette loi cérémonielle qui reposait sur le sacerdoce comme une voûte sur sa clef. Êtes-vous prêt à balayer un système si vénérable, si religieusement maintenu, le rempart de la religion, l’institution de Dieu ? »

« J’y suis prêt, lui répond-on ; les commandements antérieurs qui concernent les sacrifices, les rites et les cérémonies devront disparaître. Ils étaient provisoires et imparfaits. Des types, non des réalités ; des moules, non les vrais vases ; des ombres, non la substance. Ils n’amenaient rien à la perfection. Leur rôle était de préparer l’introduction d’une meilleure espérance ; mais, maintenant qu’elle est venue, ils peuvent être abolis et mis de côté. »

Cela nous paraît peu de chose ; mais c’était d’une gravité extrême pour ceux à qui ces lignes s’adressaient. Pour eux, le sacerdoce et le cérémonial juifs étaient plus qu’une religion d’État ; ils étaient la religion même. Tradition, coutume, vénération des ancêtres, admiration et attachement personnels : tous ces liens devaient être brutalement rompus, à mesure qu’ils étaient contraints d’admettre la force de cet argument inspiré et irrésistible. Si Jésus était bien le Sacrificateur dont David parle au psaume 110 — et de cela il ne semblait y avoir aucun doute, puisque ce psaume lui était si souvent appliqué (Matthieu 22:44 ; Actes 2:34) —, alors il ne pouvait y avoir aucun doute que son sacerdoce ne fût meilleur que celui d’Aaron, et que tout le système dont le sacerdoce lévitique était le trait essentiel ne dût disparaître devant le système qui se rassemble autour de la personne et de l’œuvre du Seigneur Jésus.

Il nous faut distinguer entre la loi morale et la loi cérémonielle : la seconde est transitoire, et elle a été accomplie en Jésus-Christ ; la première, bien entendu, garde une force permanente et éternelle, inscrite dans la conscience de l’homme et dans le gouvernement du monde.

Nous ne pouvons nous arrêter ici qu’un instant pour montrer combien il est absurde que le prêtre romain ou le prêtre anglican fonde ses prétentions sur l’exemple de l’Ancien Testament. Le faire, c’est avouer son infériorité à l’égard du seul sacerdoce qui soit reconnu dans l’âge présent. Ils sont en fâcheuse posture. Pressez-les de produire le titre qui les autorise à exister. S’ils citent Apocalypse 1:6, alors nous avons tous un droit égal à porter leur habit et à remplir leur office. S’ils citent le Lévitique, les voilà irrémédiablement perdus ; car ce sacerdoce a été remplacé. Le temps vient où tout son peuple devra désavouer tout lien avec ces hommes dont les prétentions sont sans fondement, ou pis encore, trompeuses, et constituent une intrusion injustifiable dans les fonctions sacrées de Christ. Hélas ! pauvres âmes, abusées et dépouillées par eux !

C’EST LE PLUS GRAND DES SOUVERAINS SACRIFICATEURS. Parce qu’il a été fait sacrificateur par le serment de Dieu (v. 20, 21). Les sacrificateurs ordinaires n’avaient pas une telle sanction à leur établissement ; mais lui, il l’a reçue par un serment. L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point. Son établissement est définitif, absolu, immuable. Il ne pourra jamais être remplacé, comme l’a été celui d’Aaron. Le ciel et la terre passeront, mais il ne passera point.

Parce qu’il demeure éternellement. Son sacerdoce est celui où palpite la puissance d’une vie impérissable (v. 16). De lui, il est attesté qu’il est vivant. Il a dit : « … voici, je suis vivant aux siècles des siècles. » Quel contraste avec tous les sacrificateurs humains, sur la tombe desquels on pourrait toujours graver cette épitaphe : « … la mort les empêchait d’être permanents. » L’un après l’autre, ils vieillissent et meurent : l’œil, souvent voilé de larmes, se ferme ; le cœur s’arrête ; les mains, si souvent levées pour absoudre, se croisent humblement sur la poitrine, comme pour demander pardon. Mais lui est toujours vivant. Et de cette vie perpétuelle découlent deux résultats bénis. D’une part, il possède un sacerdoce qui n’est pas transmissible (v. 24) ; d’autre part, il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui (v. 25). Son salut n’a point de limite, point de barrière au-delà de laquelle il ne puisse passer. Jusqu’à l’extrême dans le temps, dans le caractère, dans le désespoir : vous pouvez être à l’une des extrémités de la terre, vous n’en serez pas moins élevé jusqu’au plus haut degré de la gloire. Parfaitement : des péchés de pensée comme des péchés de parole et d’action ; parfaitement : jusqu’à purifier les sentiments et les pensées du cœur.

Parce que son caractère est irréprochable. Saint envers Dieu ; innocent envers l’homme ; sans tache dans son cœur ; séparé des pécheurs dans sa vie. Il n’avait pas besoin d’offrir un sacrifice pour lui-même, comme les sacrificateurs le faisaient toujours avant d’offrir pour l’assemblée ; il n’avait pas à renouveler chaque jour ou chaque année ce sacrifice et cette oblation parfaits, offerts une fois pour toutes sur la croix (v. 26, 27).

Parce que sa Personne est d’une dignité suprême (v. 28). L’office de médiateur n’est plus confié à un homme ou à une classe d’hommes environnés de faiblesses. Voyez ! à travers les rangs resplendissants des êtres célestes s’avance le Fils, Lumière née de la Lumière, Compagnon de l’Éternel, égal à Dieu, un avec le Père et l’Esprit dans la Trinité éternellement bénie. Il est solennellement consacré à cette tâche : réconcilier et sauver les pécheurs. Le ciel tout entier entend le serment et le ratifie. Et nous pouvons bien méditer sur ce que doit être notre valeur dans la pensée de Dieu, et ce que doit être notre destinée, quand notre cause est prise en main, au milieu d’une telle solennité, par un Être si auguste, si glorieux, si divin que le souverain sacrificateur qui attend maintenant l’appel du plus humble pénitent de la race humaine. « Il nous convenait, en effet, d’avoir un souverain sacrificateur comme lui. »

« PARFAITEMENT. » Ces paroles tomberont peut-être sous les yeux, las de pleurer, de ceux que la grandeur et la virulence de leurs péchés ont réduits presque au désespoir. Non seulement le registre du passé leur paraît trop noir pour être pardonné, mais d’anciennes habitudes ne cessent de reprendre le dessus, se riant des résolutions les plus fermes et terrassant la vie intérieure de l’âme. En de tels moments, nous serions tentés d’envier le règne végétal et le règne animal, qui ne sont pas capables de pécher ; ou les myriades de doux enfants qui ont été recueillis auprès de Dieu avant que le temps de la rébellion consciente et du combat ait pu déchirer leur cœur d’enfant. Mais la grandeur de notre péché est toujours moindre que la grandeur de la grâce de Dieu. Là où l’un abonde, l’autre surabonde. Si nous descendons jusqu’aux racines des montagnes et touchons le cœur de l’abîme, plus profonde que tout est la miséricorde rédemptrice de Dieu. L’amour, la grâce et la puissance de Jésus dépassent nos indicibles besoins. Confiez-vous seulement à lui : il « peut sauver parfaitement » ; et il le veut autant qu’il le peut.

Il en est beaucoup, de nos jours, que remplissent des questions sur le cœur pur, sur la mesure dans laquelle nous pouvons être délivrés du péché, et autres spéculations semblables. À ceux-là nous disons : Cessez de penser à la purification, et considérez Celui qui purifie ; renoncez à spéculer sur la délivrance, et traitez avec le Libérateur ; ne soyez pas si avides de connaître la nature du salut, mais laissez entrer le Sauveur dans votre cœur ; et soyez sûrs que, tant qu’il sera en possession, il exercera une influence si salutaire que le péché, si puissant soit-il, perdra aussitôt son pouvoir sur l’âme battue par la tempête qui vient par lui à Dieu, la source de la sainteté.

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