Chapitre 15 · 10 min de lecture · 13 min d’écoute
Impossible de ramener à la repentance
« Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie. » HÉBREUX 6:4-6.
L’écrivain sacré énumère quatre principes fondamentaux : le renoncement aux œuvres mortes, que l’ancienne économie symbolisait par divers baptêmes, ou ablutions ; la foi en Dieu, préfigurée par l’imposition des mains sur la tête des victimes offertes en sacrifice ; la résurrection des morts ; et le jugement éternel. Puis il se propose, non de les poser de nouveau, mais de les laisser. Il n’est pourtant nullement question de les abandonner. Les grands principes sur lesquels Dieu sauve l’âme sont identiques à toutes les époques, et indispensables.
Nous ne pouvons les laisser que comme l’enfant laisse la table de multiplication, quand il l’a bien apprise, alors qu’elle demeure à la racine de toutes ses études ultérieures ; comme la plante laisse la racine, quand elle s’élève en arbuste majestueux qui tire toute sa vie de cette humble origine ; et comme le bâtisseur laisse le fondement, pour élever pierre sur pierre, et s’appuie de tout son poids sur le fondement au moment même où il l’a laissé le plus loin au-dessous de lui. Et il nous est enseigné pourquoi ces principes ne sont pas posés de nouveau. Ce serait inutile ; cela ne servirait à rien de bon ; cela laisserait dans l’état même où il les aurait trouvés ceux qui avaient apostasié la foi. Et nous voici ainsi conduits à l’un de ces passages que des esprits sensibles ont retournés à leur propre tourment et à leur propre angoisse ; de même que les hommes savent distiller le poison le plus violent de certaines des fleurs les plus suaves.
JUSQU’OÙ NOUS POUVONS ALLER, ET TOMBER POURTANT. Ces disciples apostats avaient été éclairés (v. 4). Ils avaient été amenés à voir leur péché et leur danger, la nature passagère du judaïsme, la dignité et la gloire du Sauveur. D’autres Hébreux pouvaient demeurer dans l’ignorance, les plis du voile pesant lourdement sur leur vue ; mais il n’en pouvait jamais être ainsi pour eux, puisqu’ils s’étaient tenus au milieu de la lumière méridienne de l’Évangile, et avaient été éclairés.
Ainsi en peut-il être de nous. Non pas comme le sauvage accroupi devant son fétiche, ou errant à travers les terres incultes ; non pas comme le disciple de Confucius, de Bouddha ou de Mahomet, tâtonnant dans le crépuscule de la nature ou des conjectures religieuses ; non pas comme des myriades d’hommes dans notre propre pays, dont le cœur est aussi ténébreux que le chaos dans lequel Dieu commanda au rayon primordial de briller : nous avons été éclairés. Nous pouvons savoir que nous sommes pécheurs ; nous pouvons avoir appris dès l’enfance le plan du salut ; nous pouvons être familiers avec les mystères du royaume des cieux, dans lesquels les anges désirent plonger leurs regards : et pourtant nous pouvons tomber.
Ces Hébreux, dont il est ici question, avaient aussi goûté le don céleste. Quel est ce don ? J’entends une voix que nous connaissons bien, qui parle du puits de Sychar et qui dit : « L’eau que je te donnerai deviendra en toi une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » C’est la vie de Dieu dans l’âme ; c’est Christ lui-même ; et il veut bien être en nous comme une source intarissable, que la sécheresse ne tarit pas, que le gel ne fige pas, jaillissant dans une beauté fraîche et vivante, comme quelque source chaude qui fait un paradis dans le cercle arctique.
Mais certains se contentent, non de le recevoir, mais seulement d’y goûter. C’est ce qu’avaient fait ces personnes. Elles avaient effleuré des lèvres la douceur de Christ. Elles avaient jeté un regard passager et superficiel dans son cœur. Comme les soldats de Gédéon, elles avaient recueilli dans leurs mains quelques gouttes du fleuve de Dieu, puis avaient poursuivi leur route en hâte. Ainsi nous pouvons trouver quelque plaisir à penser à Christ. Ses souffrances nous touchent ; sa beauté nous attire ; son histoire nous émeut et nous inspire. Mais ce n’est qu’un avant-goût ; et pourtant nous pouvons tomber. Elles avaient aussi eu part au Saint-Esprit. Il n’est pas dit qu’elles avaient été converties, régénérées ou remplies du Saint-Esprit. L’expression est très particulière, et elle est employée parce que l’écrivain sacré ne pouvait affirmer d’elles aucune de ces choses, tout en tenant à montrer qu’elles avaient été placées sous ses influences de grâce. Par exemple, il les avait convaincues de péché, avait lutté avec elles, les avait pressées d’avertissements et de supplications, de crainte et d’espérance. Et elles lui avaient cédé au point d’abandonner quelques-uns de leurs péchés et de revêtir l’apparence extérieure du christianisme.
De plus, elles avaient goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir. La première de ces choses désigne évidemment les Écritures ; et la seconde est l’expression habituelle pour l’âge dans lequel nous vivons, et qui, avec toutes ses forces spirituelles, commençait à faire vibrer le cœur des hommes lorsque ces paroles furent écrites. Elles aimaient un bon sermon ; la Bible était pleine d’intérêt et de charme à leurs yeux ; elles avaient entendu les prophètes et vu les apôtres de l’âge de la Pentecôte. Tout cela avait été analysé, pesé et compté ; et pourtant elles étaient en danger de retourner en arrière. Prenons donc garde !
QU’EST-CE QUE TOMBER ? C’est quelque chose de plus que faire une chute. Le véritable enfant de Dieu peut faire une chute, comme David ou comme Pierre ; mais il y a une immense différence entre faire une chute et tomber sans retour. Cette dernière expérience ne peut pas plus atteindre un vrai croyant qu’un second déluge ne peut venir sur la terre ; mais elle démasquera sûrement la contrefaçon et le faux-semblant.
Tomber sans retour, c’est abandonner la profession extérieure du christianisme, non pas pour un temps, mais définitivement ; non pas à la suite de quelque péché soudain, mais parce que la première impulsion extérieure est épuisée, et qu’il n’y a au cœur aucune vie véritable qui batte pour réparer ou ranimer la dévotion défaillante de la vie. C’est ressembler à ces planètes errantes qui n’ont jamais brillé de leur propre lumière, mais seulement de la lumière réfléchie de quelque soleil central, et qui, ayant rompu la laisse qui les guidait, s’élancent toujours plus loin dans l’obscurité des ténèbres, sans une étincelle de vie, de chaleur ni de lumière. C’est retourner comme le chien à ce qu’il a vomi, et comme la truie à son bourbier ; parce que la réforme n’était qu’extérieure et passagère, et que la nature du chien ou de la truie n’avait jamais été changée par l’œuvre de grâce du Saint-Esprit. C’est être un autre Judas ; commettre le péché contre le Saint-Esprit ; perdre tout sérieux du sentiment, tout désir de meilleures choses, toute capacité d’émotion tendre ; et devenir entièrement endurci et mort, comme le pavé sur lequel nous marchons, ou l’armure rouillée suspendue aux murs du vieux château.
POURQUOI IL EST IMPOSSIBLE DE RAMENER DE TELS HOMMES À LA REPENTANCE. Remarquez qu’il n’est rien dit ici de ce que Dieu peut faire. La seule question porte sur les limites du pouvoir humain et sur les moyens ordinaires d’agir sur la volonté humaine. Remarquez aussi qu’il ne nous est pas dit que Dieu ne pourrait pas sauver ceux qui sont tombés ; mais qu’il est impossible d’espérer qu’un homme qui a passé par les expériences que nous venons de décrire, et qui a néanmoins apostasié, puisse être atteint ou touché par aucun de ces arguments ou de ces motifs qui sont les armes familières de l’arsenal de l’Évangile. Si les arguments les plus puissants ont été appliqués en vain à la conscience ; si, après quelque légère réponse qui faisait espérer de meilleures choses, elle est retombée dans la torpeur et l’insensibilité de son état précédent, il ne reste plus rien à faire. Il n’y a rien de plus puissant que la plainte du cœur brisé du Calvaire, et le grondement du sommet du Sinaï ; et si l’on y a eu recours en vain, il ne reste aucun argument qui puisse toucher la conscience et réveiller le cœur. Si ces gens n’avaient jamais été exposés à ces appels, il y aurait eu quelque espoir pour eux ; mais quel espoir peut-il y avoir maintenant, puisque, les ayant traversés sans effet durable, ils se sont endurcis au cours de cette épreuve plus qu’ils ne l’étaient au début ?
Voici un homme retiré d’un étang gelé et porté à l’infirmerie. On lui applique aussitôt des flanelles chaudes ; on lui frictionne les membres ; on emploie tous les moyens connus de la science moderne pour rendre la vie. D’abord il semble que ces soins vont faire effet : il y a des tressaillements et des mouvements convulsifs ; mais, hélas ! ils s’apaisent bientôt, et le chirurgien secoue gravement la tête. « Ne pouvez-vous rien faire d’autre ? » « Rien, répond-il ; j’ai employé toutes les méthodes que je puis imaginer ; et si elles échouent, il est impossible de le ramener encore à la vie. »
Ce passage n’a rien à voir avec ceux qui craignent qu’il ne les condamne. La présence même de cette inquiétude, comme le cri qui trahit la vraie mère au temps de Salomon, établit hors de doute que vous n’êtes pas de ceux qui sont tombés au-delà de toute possibilité d’être renouvelés et amenés à la repentance. Si vous êtes encore touché par les prédications de l’Évangile, si vous désirez vous repentir, et si vous craignez pieusement d’être rejeté, prenez courage ! ce sont là des signes que ce passage ne vous concerne en rien. Pourquoi vous rendre malade avec le remède d’un malade ? Mais si vous devenez endurci et insensible sous la prédication de l’Évangile, regardez dans ce passage et voyez-y votre sort, à moins que vous n’arrêtiez promptement vos pas.
L’ILLUSTRATION TIRÉE DE LA NATURE (v. 7). Voyez ce champ, bien situé, préparé par une culture attentive et un travail pénible : la bonne semence y est répandue à pleines mains ; la pluie qui tombe souvent sur elle l’arrose ; le soleil le caresse ; les saisons, en passant, le sollicitent à porter du fruit. D’abord il semblerait qu’il va répondre aux espérances qu’on en a librement conçues. Mais voyez : la verdure qui couvre sa surface se révèle être une récolte des épines et des chardons. Le propriétaire pour qui il a été cultivé vient le visiter. « Quoi ! s’écrie-t-il, avez-vous fait tout ce que vous pouviez, ceci, et cela, et encore cela ? » « Tout », lui répond-on. Alors revient la sentence, sévère et triste : « Il est inutile d’y consacrer plus de temps ou de soin. Abandonnez-le à son sort. Que jamais fruit n’y croisse désormais et pour toujours. »
Nous pouvons ressembler à ce champ ; et pourtant, tant qu’il y a une étincelle de dévotion, un frémissement de sainte aspiration, un soupir après une vie meilleure, un désir ardent d’être pénitent et saint, il y a encore de l’espoir. Le grand Cultivateur ne nous rejettera pas, aussi longtemps qu’il restera un seul trait rédempteur dans notre condition. Il ne brisera point le roseau cassé, Et il n’éteindra point le lumignon qui fume. Il ne se découragera point et ne se relâchera point, jusqu’à ce qu’il ait fait du désert un jardin, et de la solitude comme le paradis de Dieu.
Chapitre 15 terminé
Impossible de ramener à la repentance