Chapitre 13 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute
Le secours au temps du besoin
« Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins. » HÉBREUX 4:16.
BESOIN ! Temps du besoin ! Chaque heure que nous vivons est un temps de besoin ; et nous ne sommes jamais plus en sûreté ni plus heureux que lorsque nous ressentons le plus vivement nos besoins. Si vous dites que vous êtes riche, que vous vous êtes enrichi, et que vous n’avez besoin de rien, vous êtes dans le plus grand dénuement ; mais quand vous vous savez malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu, alors le marchand ambulant se tient déjà sur votre seuil, et il frappe (Apocalypse 3:17-20). C’est lorsque la provision vient à manquer que le Roi de Cana fait remplir les vases de vin jusqu’au bord.
Avez-vous été convaincu de votre besoin ? Sinon, il est fort probable que vous vivrez et mourrez sans entrevoir la riche provision que Dieu a préparée pour y répondre. À quoi bon parler de riches provisions et de mets somptueux à ceux qui sont déjà rassasiés ? Mais quand l’âme, pressée par l’étreinte de sa nécessité, a été amenée au bord du désespoir, quand nous crions avec les lépreux d’autrefois : « Si nous songeons à entrer dans la ville, la famine est dans la ville, et nous y mourrons; et si nous restons ici, nous mourrons également », alors nous sommes sur le point de découvrir la riche provision qui nous attend (2 Rois 7:8) : toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes (Éphésiens 1:3), et tout ce qui contribue à la vie et à la piété (2 Pierre 1:3). Il y a donc deux raisons pour lesquelles tant de chrétiens mènent une vie si appauvrie : ils n’ont jamais pris conscience de leur propre besoin, qui est infini ; et ils n’ont jamais fait usage des ressources infinies qui pendent à portée de leur main, comme les fruits aux branches ployées d’un verger en automne.
Nos besoins sont de deux ordres. Nous avons besoin de miséricorde. C’est là notre besoin fondamental. Miséricorde quand nous sommes au plus bas, oui, et aussi quand nous sommes au meilleur de nous-mêmes ; miséricorde quand la serpe de l’émondeur taille profond, oui, et quand nous sommes couverts de feuillage, de fleurs ou de fruits ; miséricorde quand nous sommes brisés et cruellement affligés, oui, et quand nous nous tenons sur l’ouvrage de saphir, au sommet de la montagne, pour parler avec Dieu. Le plus grand saint d’entre nous ne peut pas plus subsister sans la miséricorde de Dieu que les insectes éphémères d’un midi d’été ne peuvent vivre sans le soleil.
Nous avons besoin de grâce pour être secourus. Secours pour traverser les vallées, et pour marcher sur les hauts lieux, où le chamois peut à peine tenir pied. Secours pour souffrir, pour nous tenir tranquilles, pour attendre, pour vaincre, pour faire verdir un tout petit coin de jardin dans le grand champ que Dieu cultive. Secours pour vivre et pour mourir.
À chacun de ces besoins il est répondu au trône. Venez, allons-y. Ce n’est pas le grand trône blanc du jugement, mais le trône de la grâce, environné d’un arc-en-ciel. « Non, vous écriez-vous, jamais ! Je suis un homme dont les lèvres et le cœur sont impurs ; je n’ose paraître devant celui devant qui les anges se voilent la face ; le feu de sa redoutable pureté jaillira sur moi pour me dessécher et me consumer. Je suis épouvanté et tout tremblant ; ou, si je trouve assez de courage pour y aller une fois, je ne pourrai jamais y aller aussi souvent que j’en ai besoin, ni demander les dons ordinaires et menus qu’exige la vie de chaque jour. » Silence, mon âme ! tu peux t’approcher aussi souvent et avec autant d’assurance que tu le voudras ; car nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, et non pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses.
UN SACRIFICATEUR. — Au plus profond du cœur des hommes, il y a une exigence forte et instinctive d’un prêtre, qui soit arbitre et médiateur, qui pose une main sur l’homme et l’autre sur Dieu, et qui se tienne entre les deux. L’esprit moqueur et le sarcasme peuvent bien lancer leurs épigrammes contre ce besoin primordial ; autant vaudrait essayer d’éteindre par les mêmes moyens la faim du corps pour la nourriture, celle de l’intelligence pour la vérité, celle du cœur pour l’amour. Et aucune religion n’est appelée à répondre aux aspirations les plus profondes de la race humaine, si elle ne porte, brûlante en son cœur, la provision d’un sacrificateur qui se tienne devant le trône de la grâce ; comme autrefois le sacrificateur se tenait devant le propitiatoire, qui en était la préfiguration littérale sous l’économie de la loi lévitique.
Le livre des Juges nous donne une preuve curieuse de ce besoin humain d’un prêtre. Sur la crête de la montagne d’Éphraïm s’élevait la demeure ancestrale d’une famille riche, qui renfermait dans son enceinte un sanctuaire privé où, bien qu’il y eût des théraphim, un éphod et des vêtements sacrés, il n’y avait pourtant point de prêtre. Rien, cependant, ne pouvait compenser ce manque fatal. Et Mica dit à un Lévite qui venait à passer : « Reste avec moi; tu me serviras de père et de prêtre. » Et quand celui-ci, sans se faire prier, eut consenti, Mica se consola en disant : « Maintenant, je sais que l’Éternel me fera du bien, puisque j’ai ce Lévite pour prêtre. » Mais les sentiments qui l’animaient étaient partagés par une partie de la tribu de Dan, en route pour coloniser une contrée reculée du pays. Eux aussi devaient avoir un prêtre ; et ainsi, tandis que six cents guerriers armés se tenaient à l’entrée de la porte, cinq hommes se glissèrent dans la cour, forcèrent la petite chapelle, emportèrent ses images et ses autres objets de culte, et, par l’offre d’un salaire plus élevé, décidèrent le prêtre à les accompagner ; et, bien avant que le vol fût découvert, toute la troupe avait repris sa route et était déjà loin.
Toutes les familles de l’humanité ont suivi le même programme général. Partout où elles se sont bâti des demeures, elles ont élevé le wigwam, la pagode, le parthénon, le temple gardé par ses obélisques, la cathédrale gothique façonnée sur le modèle de la clairière forestière, oracle de feuillage pétrifié dans la pierre ; et elles ont choisi l’un des leurs, mis à part du travail ordinaire et consacré par des rites particuliers pour y exercer le ministère, en fouler les parvis et plaider à ses autels, intercéder pour elles aux temps de famine, de peste et de fléau ; bénir leurs armes quand elles partaient au combat, et recevoir les dépouilles de leurs victoires ; faire la propitiation pour le péché, et donner l’assurance du pardon.
Ce besoin trouvait une réponse préparée avec le plus grand soin dans cette religion vénérable où ces chrétiens hébreux avaient été élevés. Les fils d’Aaron étaient les sacrificateurs d’Israël. Ils portaient un vêtement particulier, mangeaient une nourriture particulière et habitaient des villes particulières ; et tout était mis en œuvre pour accentuer leur mise à part en vue de traiter les affaires spirituelles de la nation. Pendant seize siècles ce système avait prévalu, ralliant autour de lui les émotions les plus profondes et les plus sacrées, et s’enroulant, comme le lierre, autour du chêne de la vie nationale. Et, comme nous l’avons vu, ce n’était pas une mince privation pour ces nouveaux convertis que de s’arracher à un tel système, pour accepter une religion où il n’y avait ni temple visible, ni cérémonial, ni sacrificateur.
Mais nous apprenons ici que Jésus-Christ est la réponse parfaite à ces besoins instinctifs qui, à tâtons, le désignaient à tous les âges de l’histoire humaine et de l’histoire hébraïque. Tel est le but de ces premiers chapitres, et deux lignes de preuve nous ont conduits à la même conclusion. Devant nous se dressent deux puissantes colonnes : l’une se trouve aux chapitres 1 et 2 de cette épître ; l’autre aux chapitres 3 et 4. Elles ont une base commune d’où elles s’élancent : la filiation divine du Christ. La première colonne a pour nom : Christ supérieur aux anges ; et voici l’inscription qui s’enroule autour de son chapiteau : Jésus, comme représentant de l’homme, est entré dans les gloires promises au psaume huitième. La seconde colonne a pour nom : Christ supérieur à Moïse ; avec cette inscription autour de son chapiteau : Jésus, comme notre représentant, est entré dans le repos de Dieu. Et chacune d’elles contribue à soutenir un chapiteau commun : le sacerdoce du Christ. Les deux premiers chapitres s’achèvent par la description du souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle, qui fait l’expiation des péchés du peuple (2:17-18). Les deux chapitres suivants se terminent par les paroles sur lesquelles nous méditons maintenant, au sujet du grand souverain sacrificateur (4:14). Toute parole s’établit sur la déclaration de deux témoins. Nous n’avons besoin d’aucun sacrificateur humain. Leur œuvre est accomplie, leur charge est abolie, leurs fonctions ont pris fin. S’arroger quelque fonction sacerdotale de sacrifice, d’absolution ou de communication d’une grâce sacramentelle, c’est empiéter sacrilègement sur un domaine qui appartient en propre au Fils de Dieu ; et, si royaux que soient de tels hommes par leur port ou leur intelligence, il faut leur résister, comme Azaria résista à Ozias en disant : « Tu n’as pas le droit d’offrir des parfums au Seigneur ; ce droit appartient à Jésus, notre grand souverain sacrificateur. Sors de sa charge, car tu commets un péché! Et cela ne tournera pas à ton honneur devant l’Éternel Dieu. »
UN SOUVERAIN SACRIFICATEUR. Un sacrificateur des sacrificateurs, capable d’offrir le sacrifice non seulement pour le peuple, mais pour tous les sacrificateurs de sa maison ; seul responsable des rites du grand jour des expiations, où tout autre sacrificateur était écarté de l’enceinte du temple, tandis que le souverain sacrificateur, revêtu d’un simple vêtement blanc, faisait l’expiation pour ses propres péchés, pour ceux de sa famille et pour ceux de son peuple.
Nous avons été faits sacrificateurs pour Dieu ; mais notre œuvre sacerdotale consiste à offrir l’encens de la prière et de la louange, et le don de vies consacrées. Nous n’avons rien à voir avec l’expiation du péché ; elle nous est au contraire instamment nécessaire, non seulement pour nos péchés de simples membres de l’assemblée, mais pour ceux que, sciemment ou non, nous commettons dans l’exercice de notre office sacerdotal. Nos larmes de repentance ont besoin d’être aspergées du sang de Jésus ; nos heures les plus saintes ont besoin d’être agréées par ses mérites ; notre service le plus noble nous condamnerait, sans son sacrifice expiatoire.
UN GRAND SOUVERAIN SACRIFICATEUR. Tous les autres souverains sacrificateurs lui étaient inférieurs. Il est aussi supérieur aux souverains sacrificateurs que chacun d’eux l’était aux sacrificateurs de son temps. Mais cela n’épuise pas sa grandeur. Il n’appartient pas du tout à leur lignée, mais à une lignée plus ancienne, plus vénérable et plus grandiose, dont le fondateur fut ce personnage mystérieux à qui Abraham, le père d’Israël, donna la dîme et rendit hommage. « Dieu l’ayant déclaré souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédek. » Bien plus, sa grandeur est celle du Fils de Dieu, le compagnon et l’égal de la Divinité. Il est aussi grand que pouvaient le faire sa nature infinie, la désignation divine et l’idéal de son ministère.
QUI A TRAVERSÉ LES CIEUX. Entre le lieu saint, où le sacrificateur accomplissait chaque jour le service du sanctuaire, et le sanctuaire intérieur, interdit à tous sauf au souverain sacrificateur une fois chaque année, pendait un voile bleu. Et de quoi ce voile bleu était-il l’emblème, sinon de ces rideaux célestes, ouvrage des doigts de Dieu, qui pendent entre notre regard mortel et les merveilles de la chambre de sa présence ? Une fois par an, le souverain sacrificateur portait le sang de la propitiation à travers le voile bleu de la séparation, et en faisait l’aspersion sur le propitiatoire ; et par cet acte significatif et solennel il préfigurait l’entrée de notre bienheureux Seigneur dans la présence immédiate de Dieu, portant les marques et les emblèmes de sa mort expiatoire, et prenant là sa place comme notre Médiateur et notre Intercesseur, en qui nous sommes représentés, et à cause de qui nous sommes agréés et aimés.
QUI PEUT COMPATIR À NOS FAIBLESSES. Il hait le péché, mais il aime le pécheur. Sa haine pour l’un se mesure à sa croix ; son amour pour l’autre est infini comme sa nature. Et son amour n’est pas une extase rêveuse, mais une réalité pratique, parce que tout l’appareil de la tentation a été mis en œuvre contre lui. Il serait trop long d’énumérer les points par lesquels le grand adversaire des âmes nous assaille ; mais il n’est pas un sens, une faculté, une puissance qui ne puisse devenir la voie de son attaque. Par la porte de l’œil, la porte de l’oreille et la porte de la pensée, ses escadrons cherchent à s’engouffrer. Et, si merveilleux que cela soit, notre souverain sacrificateur a été tenté en tous ces points, dans son corps, son âme et son esprit ; sans qu’il y eût pourtant aucune défaillance dans sa sainte résolution, aucune hésitation ni ombre de variation, aucun désir de céder. « … le prince du monde vient. Il n’a rien en moi. »
Toutes ses expériences lui sont encore vivement présentes ; et chaque fois que nous allons à lui, implorant miséricorde ou secours, il sait aussitôt de combien nous avons besoin et en quel point, et immédiatement son intercession nous obtient, et ses mains nous dispensent, la forme exacte de l’une ou de l’autre qui peut nous être nécessaire. « Il compatit. » Ce cœur plein de sympathie est la métropole vers laquelle chaque nerf afférent porte un frisson immédiat depuis les membres les plus humbles et les plus éloignés de son corps, et d’où revient aussitôt le secours même et la grâce dont ils ont besoin. Oh ! vivre en contact avec Christ ! le toucher toujours, comme autrefois les femmes touchaient le bord de son vêtement ; et recevoir des réponses rapides comme l’éclair, pleines de la vertu de Dieu qui guérit et qui sauve (Marc 5:28).
Chapitre 13 terminé
Le secours au temps du besoin