Chapitre 12 · 14 min de lecture · 18 min d’écoute
La parole de Dieu et son tranchant
« Car la parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et mœlles; elle juge les sentiments et les pensées du cœur. » HÉBREUX 4:12.
NOUS avons tous affaire à Dieu, tous un compte à lui rendre. « Celui à qui nous devons rendre compte. » Vous ne pouvez pas rompre ce lien. Vous aurez affaire à lui en rebelle, sinon en ami ; sur le terrain des œuvres, sinon sur celui de la grâce ; devant le grand trône blanc, sinon dans les jours fugitifs du temps. Vous ne pouvez pas vous passer de Dieu. Vous ne pouvez pas agir comme vous le feriez s’il n’y avait pas de Dieu. Vous ne pouvez pas éviter d’avoir affaire à lui ; car, même si vous disiez qu’il n’y a pas de Dieu, faisant violence aux instincts les plus clairs de votre être, vous n’en respireriez pas moins son air, vous n’en mangeriez pas moins sa nourriture, vous n’en habiteriez pas moins son monde, et vous n’en comparaîtriez pas moins, à la fin, devant son tribunal.
Et, si vous voulez bien me pardonner ce que l’image a de matériel, je suivrai l’indication de mon texte et je dirai que le Dieu à qui nous avons affaire a des yeux. « Les yeux de celui à qui nous devons rendre compte. » « Tu es un Dieu qui voit » : telle fut l’exclamation saisie d’une jeune esclave égyptienne dont l’enfance s’était passée au milieu des statues gigantesques de dieux qui avaient des yeux au regard de pierre perdu dans le lointain, mais qui ne voyaient pas. Et elle avait raison. « L’Éternel a son trône dans les cieux; Ses yeux regardent, Ses paupières sondent les fils de l’homme. »
Ces yeux n’oublient personne. « Nulle créature n’est cachée devant lui. » La bonté la plus vraie est celle qui s’impose le moins. Elle se glisse inaperçue à travers le monde, remplissant ses jours d’actes et de paroles d’une douce bienveillance, que seul le ciel connaît ; et elle y trouve une récompense suffisante. Elle prie derrière des portes closes ; elle pratique en secret un vigoureux renoncement à soi-même ; elle accomplit à la dérobée son œuvre de miséricorde. Aussi le grand monde bruyant des hommes, avec ses trompettes, ses hérauts et ses annonces dans les journaux, en sait-il peu de chose, et il ne peut trouver les recoins où les fleurs sauvages de Dieu s’épanouissent sur des hauteurs inaccessibles, pour son seul regard. Mais le Père voit dans le secret. Les yeux de l’Éternel sont sur les justes. Car l’Éternel étend ses regards sur toute la terre, pour soutenir ceux dont le cœur est tout entier à lui. Désirez-vous être guidé ? Levez les yeux ! ces yeux attendent de vous guider d’un regard. Êtes-vous dans la douleur ? ils se voileront de larmes. Vous égarez-vous ? ils vous feront signe de revenir et vous briseront le cœur, comme à Pierre. Vous en viendrez à trouver votre ciel dans la lumière qui rayonne de l’œil de Dieu, dès que vous aurez appris à soutenir ce regard, revêtu de la justice de Jésus.
Lecteur inconverti, souvenez-vous qu’il n’y a point d’écran contre l’œil de Dieu. Ses yeux sont comme une flamme de feu ; et nos écrans les plus solides se consument en crépitant, comme la gaze la plus fine, au contact de cette sainte flamme. Même les rochers et les collines ne suffisent pas à cacher de la face de celui qui est assis sur le trône. « Où irais-je loin de ton esprit, Et où fuirais-je loin de ta face? » Cette question reste sans réponse, et sans réponse possible. Elle se dresse sur la page de l’Écriture depuis trois mille ans, et personne encore, parmi les myriades qui l’ont lue, n’a pu imaginer de réplique. Le ciel dit : Pas ici. L’enfer dit : Pas ici. Ce n’est ni parmi les anges, ni parmi les perdus, ni dans les vastes espaces silencieux de l’éternité. Il n’y a nulle part de créature qui soit cachée à son regard. Celui qui a fait les vautours, capables de discerner, de hauteurs immenses, le moindre morceau sur l’étendue du désert, a des yeux aussi perçants que les leurs. Et pensez combien les yeux de Dieu sont terribles ! Quand la chevalerie de l’Égypte eut poursuivi Israël jusque dans les profondeurs de la mer, elle se retourna soudain pour fuir. Pourquoi ? Non à cause du tonnerre, des éclairs ou d’une voix, mais à cause d’un regard. « L’Éternel, de la colonne de feu et de nuée, regarda le camp des Égyptiens, et mit en désordre le camp des Égyptiens. » Ah ! pécheur, qu’il sera terrible pour toi de demeurer sous le regard courroucé de Dieu ! « Avec le pervers il agit selon sa perversité. »
Ces yeux n’oublient rien. « Tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte. » Il est dit du Seigneur Jésus qu’en une certaine occasion il entra à Jérusalem, dans le temple ; et, quand il eut tout considéré, il s’en alla. Ce fut son dernier, long regard d’adieu. Mais remarquez combien il embrassait tout. Rien ne lui échappa. Nous ne regardons que des parties des choses, et souvent nous regardons sans voir. Mais il n’en est pas ainsi du Seigneur : L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. « À nu et à découvert. » C’est une expression sacrificielle, qui désigne l’acte par lequel le sacrificateur renversait la victime sur le dos devant lui, de sorte qu’elle gisait, exposée à son regard, incapable de se redresser, prête pour le couteau. Ah ! avec quel empressement nous essayons de cacher et de voiler notre péché ! Nous n’osons pas tenir un journal véridique ; nous redoutons la maladie qui délierait notre langue en bavardages sans retenue ; nous nous dérobons au regard aimant de nos plus chers. Nous trompons les hommes, et parfois nous-mêmes ; mais non pas notre grand souverain sacrificateur. Il voit tout : ce péché secret ; cette inimitié qui rôde ; cette chambre close ; ce cambrioleur caché ; cet assassin masqué ; ce passager clandestin ; ce déclin du cœur ; cette petite fêlure dans le luth ; cette tache de pourriture dans le fruit savoureux. Et c’est ainsi que les hommes sont tenus hors du Canaan du repos de Dieu, parce qu’il voit le cœur mauvais et incrédule qui se détourne de lui ; et c’est à cause de ce cœur qu’il jure aujourd’hui, comme autrefois : « Ils n’entreront pas dans mon repos! »
N’est-ce pas une merveille que celui qui en sait tant sur nous nous aime encore ? Ce serait en vérité un mystère inexplicable, n’était la vérité des paroles qui suivent si doucement : « Ainsi, puisque nous avons un grand souverain sacrificateur. » Il a un cœur de sacrificateur. Son examen n’est pas celui d’une curiosité morbide ou oisive, mais celui d’un chirurgien qui scrute attentivement le siège du mal avec pitié et tendresse, et qui se résout à l’extirper aussi vite et aussi doucement que possible. N’arrive-t-il pas souvent qu’une connaissance plus complète fasse naître un amour qui semblait d’abord impossible ? Il est des gens dont le visage est si dur et le regard si froid que nous nous sentons aussitôt repoussés ; mais si nous savions tout, combien ils ont été transpercés, blessés et déçus, nous commencerions à avoir pitié d’eux, et la pitié est proche parente de l’amour. Le Sauveur nous a connus de toute éternité, quand nous nous asseyons et quand nous nous levons, nos possibilités secrètes de mal, nos profondeurs insondables d’égarement et de dépravation ; et pourtant il nous aime, et il nous aimera.
« Il connaît tout, Mais il nous aime plus encore qu’il ne connaît. »
Et de cet amour, qui jaillit sans cesse du cœur de Jésus, que l’hiver de notre négligence ne glace point, que les exigences de notre inconstance ne tarissent point, procède la sévère discipline dont ce passage va maintenant parler. En un langage majestueux, le voyant de l’Apocalypse raconte comment il vit la Parole de Dieu s’avancer sur son coursier blanc comme la neige, vêtue d’habits pourpres, tandis que les nombreux diadèmes de l’empire étincelaient sur son front. Deux traits de son apparence sont spécialement relevés. Ses yeux étaient comme une flamme de feu ; ce trait regarde en arrière, vers les paroles que nous venons de considérer. De sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants ; ce trait regarde en avant, vers les paroles qui nous invitent maintenant. Nous ne devons jamais séparer ces deux choses : les yeux et l’épée. Pas les yeux seulement ; car à quoi servirait-il de voir sans frapper ? Pas l’épée seulement ; car frapper sans voir causerait une douleur inutile : ce serait de la chirurgie les yeux bandés. Mais le regard pénétrant et tendre, suivi de l’éclair rapide et décisif de l’épée qui ampute et qui délivre. Oh ! qui se soumettra maintenant à ce coup, porté par la douce main qui si souvent apporta la guérison et la bénédiction, et qui fut clouée à la croix ; guidé par une sagesse infaillible, et soutenu par une force toute-puissante ? Ce n’est pas la mort, mais la vie et la fécondité, la liberté et la bénédiction, qui attendent toutes cet unique coup d’affranchissement. Cette épée, c’est la parole de Dieu.
LA PAROLE DE DIEU EST VIVANTE. Les paroles qu’il prononce sont esprit et vie (Jean 6:63). Partout où elles tombent, fût-ce dans un sol inerte et sans vie, elles commencent à engendrer la vie et à produire des fruits semblables à elles-mêmes. Elles entrent dans le cœur d’une femme perdue ; et aussitôt suivent la componction pour le passé, les vœux d’amendement et la course empressée pour se faire évangéliste auprès des autres. Elles entrent dans le cœur d’un brigand mourant ; et aussitôt il cesse de blasphémer, reprend son compagnon et proclame la messianité, l’innocence et la gloire prochaine du Sauveur mourant. Elles entrent dans des cœurs épuisés par les excès effrénés des grands siècles païens, et insatisfaits, bien qu’enrichis des dépouilles de l’art, du raffinement et de la philosophie à l’apogée même de leur développement ; et voici que le désert moral commence à se couvrir de moissons de sainteté et à fleurir des roses du ciel. Si seulement on laisse ces paroles, tombées des lèvres de Christ, agir dans la conscience, la vie s’y éveillera aussitôt.
LA PAROLE DE DIEU EST EFFICACE, c’est-à-dire énergique. Sous son charme, les aveugles voient, les sourds entendent, les paralytiques reçoivent une vigueur nouvelle, les morts s’agitent dans leurs tombeaux et en sortent. Il est peu de choses plus énergiques que la vie. Mettez une graine dans la fissure d’un rocher, et elle le fendra en deux de haut en bas. Les murs, les rochers et les ruines ont beau entraver la croissance de la jeune pousse, elle se frayera un chemin vers la lumière, l’air et la pluie. Et quand la parole de Dieu entre dans le cœur, ce n’est pas comme un meuble ou un objet de rebut. Elle s’affirme, lutte pour la maîtrise, et oblige les hommes à renoncer au péché, à mettre fin à de longues querelles, à restituer des biens mal acquis, à s’efforcer d’entrer par la porte étroite. « Déjà vous êtes purs, disait notre Seigneur, à cause de la parole que je vous ai annoncée. » Les paroles de Christ sont son van, avec lequel il a coutume de nettoyer son aire, que ce soit dans le cœur ou dans le monde. Nous ne sommes donc pas surpris qu’un négociant en vue, dans un centre commercial prospère, ait déclaré que la visite de deux évangélistes, qui ne faisaient guère que répéter la parole de Dieu, avait valu une reprise des affaires, parce qu’elle avait amené tant de gens à payer des dettes que l’on tenait pour perdues.
LA PAROLE DE DIEU EST TRANCHANTE. Son tranchant est triple. Elle est tranchante pour transpercer. Le jour de la Pentecôte, tandis que Pierre maniait l’épée de l’Esprit, elle transperça le cœur de trois mille personnes ; et elles tombèrent devant lui, blessées à mort, en s’écriant : « Que ferons-nous? » Souvent depuis, des hommes forts ont été terrassés dans la poussière sous l’effet de cette même épée, habilement maniée. Et c’est ce genre de prédication qu’il nous faut. On presse les hommes d’accepter le don de Dieu, et beaucoup semblent répondre à l’invitation ; mais, avec le temps, ils retombent. La cause n’en est-elle pas en ceci : ils n’ont jamais été blessés à mort dans leur propre estime ; leur cœur n’a jamais été transpercé jusqu’à laisser couler le sang de leur propre vie ; ils n’ont jamais été réduits à la poussière de la mort ? Oh ! qu’il nous vienne des Boanergès, capables de transpercer l’armure des excuses, des vaines espérances, derrière laquelle les hommes s’abritent, afin que beaucoup s’écrient avec Achab, frappé au défaut de la cuirasse : « Tourne, et fais-moi sortir du champ de bataille, car je suis blessé. »
Elle est tranchante pour séparer. Avec son couteau aiguisé, le sacrificateur avait coutume de disséquer les jointures de l’animal et de mettre à nu jusqu’à la moelle des os. Chaque poil était examiné, chaque membre inspecté ; et c’est ainsi que l’offrande sacrée était agréée et pouvait être présentée dans le culte. Et l’examen de Dieu ne se contente pas de l’apparence extérieure et de la profession. Il va beaucoup plus profond. Il pénètre dans ces régions mystérieuses de notre nature où l’âme et l’esprit, le dessein, l’intention, le motif et l’impulsion tiennent leur cour secrète et font marcher la machinerie cachée de la vie humaine. Qui peut fouler les confins mystérieux où l’âme et l’esprit se touchent ? Quelle est la ligne de démarcation ? Où finit l’un, et où commence l’autre ? Nous ne saurions le dire ; mais cette mystérieuse parole de Dieu pourrait séparer l’un de l’autre aussi aisément que la lisière se sépare du drap. Elle est à l’aise dans des distinctions trop subtiles et trop menues pour l’entendement humain. Elle assume une fonction semblable à celle que Jésus refusa lorsqu’il dit : « Qui m’a établi pour être votre juge, ou pour faire vos partages? »
Elle est tranchante pour examiner et juger. « Elle juge les sentiments et les pensées du cœur. » Christ y tient tout particulièrement. Car ce qu’un homme pense et se propose dans son cœur, il le deviendra tôt ou tard dans sa vie. Nous devons nous attendre à voir nos pensées, nos relations et nos desseins les plus secrets mis en question, examinés et mesurés par la parole de Dieu. Jamais commission d’enquête ne fut présidée par un enquêteur plus exact que celui-là. Les cadavres du passé mort sont exhumés ; les vieux débarras, avec leurs coffres cadenassés, sont explorés ; les comptes des années révolues sont vérifiés et taxés. Dieu est le juge de tous les secrets du cœur. À mesure que chaque pensée, chaque intention, passe et repasse, il la sonde. Il pèse constamment dans la balance nos pensées et nos visées, fussent-elles légères comme l’air.
Un jour que Saül avait épargné le butin d’une ville vouée à l’interdit, ainsi que son roi, celui-ci vint à Samuel, non comme un criminel, mais d’un air délicat, comme un ami choyé. Et Samuel dit : « De même que ton épée a privé des femmes de leurs enfants, ainsi ta mère entre les femmes sera privée d’un fils. Et Samuel mit Agag en pièces devant l’Éternel. » C’est ainsi que nous avons épargné trop de nos péchés, au risque d’être irrémédiablement rejetés du trône de la vraie dignité d’homme et de la justice. Combien il vaut mieux laisser Christ accomplir son œuvre d’amputation et d’excision ! Si nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, demandons-lui de nous sonder. Si nous ne pouvons pas retrancher le membre qui nous fait tomber, attendons de lui qu’il nous en délivre.
Ne le craignez pas ; aussitôt après ces paroles terribles, comme le carillon qui succède au fracas de l’orage sur l’orgue de Fribourg, il nous est dit qu’« il a été tenté comme nous en toutes choses », et que « nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses ». « Chante-t-elle bien ? » demandait-on au professeur d’une nouvelle cantatrice d’opéra. « Admirablement, répondit-il ; mais si j’avais à la lancer, je commencerais par lui briser le cœur. » Il voulait dire que celui qui n’a pas été brisé par la douleur ne saurait toucher les cordes les plus profondes de la vie humaine. Ah ! notre Seigneur Jésus n’en a nul besoin : l’opprobre lui a brisé le cœur. Il comprend les cœurs brisés, et il peut apaiser et sauver tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui.
Chapitre 12 terminé
La parole de Dieu et son tranchant