Chapitre 11 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute
L’Évangile du repos
« Il y a donc un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. » HÉBREUX 4:9.
LA note dominante de ce chapitre, c’est le Repos. Au deuxième verset, il en est parlé comme d’un évangile, d’une bonne nouvelle. Et y a-t-il un évangile qui ait plus besoin d’être prêché, en ces jours affairés et las à travers lesquels notre siècle se précipite vers sa fin, que l’Évangile du repos ? De tous côtés, nous apprenons que des ouvriers vigoureux et utiles sont terrassés à la fleur de l’âge par les effets épuisants du labeur intellectuel. Les tissus délicats du cerveau n’ont jamais été faits pour supporter l’usure formidable de notre temps. Il n’y a dans la nature humaine aucun mécanisme capable de réparer assez vite la déperdition d’énergie nerveuse qui s’opère continuellement. Il n’est donc pas étonnant que les symptômes de la fatigue cérébrale deviennent familiers à beaucoup de travailleurs ; ce sont autant de signaux d’alarme qui, s’ils ne sont pas aussitôt pris en compte, sont suivis de quelque terrible effondrement de l’esprit ou du corps, ou des deux.
Et pourtant, ce n’est pas tout à fait que nous travaillions tellement plus dur que nos pères ; c’est qu’il y a tellement plus d’agacement, d’irritation et de souci dans nos vies. La concurrence est plus serrée. La population est plus entassée. Les cerveaux sont plus vifs et plus rapides dans leur mouvement. Les ressources de l’ingéniosité et de l’invention, de la création et de la production, sont mises à contribution plus durement et plus constamment. Et le siècle semble si impitoyable et si égoïste ! Si l’esprit solitaire trébuche et tombe, il est foulé aux pieds dans la grande ruée en avant, ou abandonné à son sort ; et la crainte de voir les vautours fondre sur nous, dans un bruissement d’ailes, de hauteurs inconnues, comme sur leur proie, nous remplit d’une angoisse que nous connaissons sous le nom familier de souci. Nous supporterions mieux la tension du travail si seulement nous avions du repos loin du tracas, de l’anxiété et de l’agitation de la mer agitée, Qui ne peut se calmer, tandis qu’elle gémit autour de nous de ses vagues écumantes, avide de dévorer. Un tel repos est-il possible ?
Ce chapitre déclare qu’un tel repos est possible. « Efforçons-nous donc d’entrer dans ce repos. » Le repos ? Quel repos ? Son repos, dit le premier verset ; mon repos, dit le troisième verset ; le repos de Dieu, dit le quatrième verset. Et ce dernier verset est une citation de la toute première page de la Bible, qui raconte comment Dieu se reposa au septième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite. Et lorsque nous nous tournons vers cette merveilleuse apocalypse du passé, qui répond à tant d’égards à l’apocalypse de l’avenir que nous a donnée l’apôtre Jean, nous constatons que, tandis qu’il nous est expressément parlé du soir et du matin de chacun des autres jours de la création, il n’est fait aucune mention de l’aube ni du déclin du jour de repos de Dieu ; et nous sommes amenés à en conclure que ce jour échappe au temps, ne dépend d’aucune durée, qu’il est illimité et éternel ; que les âges de l’histoire humaine ne sont que des heures dans le jour de repos de l’Éternel ; et qu’en réalité nous passons nos années dans le sabbat de Dieu. Mais, ce qui vaut mieux que tout, il apparaît que nous sommes invités à y entrer et à le partager ; comme un enfant qui vit au bord des eaux paisibles d’un vaste lac d’eau douce peut y plonger sa coupe, boire et boire encore, sans en diminuer sensiblement le volume, ni rider sa surface.
Que faut-il entendre par le repos de Dieu ? Assurément pas le repos de la fatigue ! « Il ne se fatigue point, il ne se lasse point. » Bien qu’il eût déployé les cieux, posé les fondements de la terre, pesé les montagnes au crochet, Et les collines à la balance, et inventé dix mille formes d’êtres différentes, son pouvoir d’invention était aussi frais, son énergie aussi vigoureuse que jamais. Assurément pas le repos de l’inaction. « Mon Père agit jusqu’à présent », disait notre Seigneur. « En lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être. » Il est vrai qu’il ne produit plus aujourd’hui, autant que nous le sachions, ni soleils, ni systèmes, ni types d’êtres nouveaux. Mais sa puissance est toujours à l’œuvre, réparant, renouvelant et soutenant l’édifice de l’immense machinerie de l’univers. Pas un passereau ne tombe à terre sans lui. Le cri du jeune lion et le mugissement des bœufs dans les pâturages attirent aussitôt son regard. « Toutes choses subsistent en lui. » C’était le repos d’une œuvre achevée. Il s’était appliqué à l’œuvre particulière de la création et avait appelé à l’existence tout ce qui est ; et quand elle fut achevée, il déclara que cela était très bon ; et aussitôt il se reposa de toute son œuvre qu’il avait créée en la faisant. C’était le repos de la complaisance divine, d’une satisfaction infinie, d’un parfait contentement. Cela revenait à dire : « Cette création qui est mienne est tout ce que je voulais qu’elle fût, achevée et parfaite. Je suis pleinement satisfait ; il n’y a plus rien à faire ; tout est très bon. »
Tel est donc le repos que nous sommes invités à partager. Nous ne sommes pas appelés au lourd sommeil qui suit un labeur excessif, ni à l’inaction ou à l’indolence, mais au repos qui est possible au sein d’une activité rapide et d’un travail acharné ; à un équilibre parfait entre ce qui sort de notre vie et ce qui y entre ; à un cœur content ; à la paix qui surpasse toute intelligence ; au repos de la volonté dans la volonté de Dieu ; et au calme des profondeurs de notre être, que ne troublent pas les ouragans qui balaient la surface et poussent en avant les vagues puissantes. Ce repos tend ses deux mains aux âmes lasses des hommes à travers les âges, et leur offre son abri comme un port contre les tempêtes de la vie.
Mais est-il certain que les enfants des hommes ne sont pas déjà entrés dans ce repos et ne l’ont pas épuisé ? Cette question est pleinement examinée et résolue dans ce merveilleux passage. Le sabbat n’a pas réalisé ce repos (v. 3). Nous ne saurions estimer trop haut son ministère. Sa loi est écrite non seulement dans l’Écriture, mais dans la nature de l’homme. La bande impie des révolutionnaires français découvrit qu’elle ne pouvait remplacer la semaine par la décade, le jour sur sept par le jour sur dix. Comme un ange secourable, le sabbat soulage la monotonie du travail, fait taire la lourde machinerie de la vie et tisse son charme de repos ; mais il est trop intermittent et trop passager pour réaliser le repos de Dieu. Il peut en être la figure, il ne peut l’épuiser. De fait, il fut brisé par la rébellion de l’homme sitôt que Dieu l’eut sanctifié et consacré. Canaan n’a pas réalisé ce repos (v. 8). La Terre promise fut un grand soulagement après les marches et les privations du désert. Mais ce repos fut constamment interrompu, et enfin, lors de la captivité, rompu ; comme se brisent sur un lac les formes des montagnes sous une averse de grêle. De plus, dans le livre des Psaumes, écrit quatre cents ans après que Josué eut fait passer le Jourdain à Israël, le Saint-Esprit, parlant par David, désigne un repos encore à venir (Psaumes 95:7). Assurément donc, si aucun de ces événements n’a réalisé le repos de Dieu, il demeure encore, et nous attend, nous et tout le peuple de Dieu. « Il y a donc », inépuisé et non réalisé, « un repos de sabbat réservé au peuple de Dieu. »
Et il y a encore une autre raison de cette conviction que le repos de Dieu n’est pas épuisé. Jésus, notre précurseur et notre représentant, y est entré pour nous. Voyez ce qu’affirme le verset 10 : « celui qui entre dans le repos de Dieu » ; et qui peut-il être, sinon notre grand Josué, Jéhovah-Jésus ? Lui aussi s’est reposé de sa propre œuvre de rédemption, comme Dieu s’était reposé de son œuvre de création. Après l’acte créateur vint le sabbat, où Dieu se reposa de son œuvre et la déclara très bonne ; de même, après l’acte rédempteur, vint le sabbat du Rédempteur. Il reposa, durant le septième jour, dans le tombeau de Joseph, non parce qu’il était épuisé ou inactif, mais parce que la rédemption était achevée et qu’il n’avait plus rien à faire. Il s’est assis à la droite de la majesté divine dans les lieux très hauts ; et cette majestueuse séance n’est le signe ni de la fatigue ni de l’indolence. Il est toujours vivant pour intercéder ; il travaille avec ses serviteurs et confirme leur parole par des signes ; il marche au milieu des sept chandeliers d’or. Et cependant il se repose, comme peut se reposer un homme qui a quitté sa vie ordinaire pour accomplir quelque grand acte d’affranchissement et de délivrance, mais qui, l’ayant accompli, retourne au train ordinaire de sa vie d’autrefois, le cœur joyeux et satisfait. Et ce repos n’est pas pour Christ seul, mais aussi pour nous, qui sommes à jamais identifiés à lui dans sa vie glorieuse. Nous avons été ressuscités ensemble avec lui dans la pensée et le dessein de Dieu, et nous avons été assis avec lui dans les lieux célestes ; de sorte qu’en Jésus nous sommes déjà entrés dans le repos de Dieu, et que nous n’avons plus qu’à nous l’approprier par une foi vivante.
Comment donc pouvons-nous réaliser et goûter dans la pratique le repos de Dieu ? — (1) Nous devons vouloir la volonté de Dieu. Aussi longtemps que la volonté de Dieu, qu’elle se révèle dans la Bible ou dans la providence, va dans un sens et notre volonté dans un autre, le repos est impossible. Peut-il y avoir du repos dans une famille d’ici-bas quand les enfants ne cessent de regimber contre les règles et l’autorité de leurs parents ? Combien moins pouvons-nous être en repos si nous entretenons un esprit incessant d’insubordination et de contestation, qui contredit la volonté de Dieu et lui résiste ! Cette volonté doit être faite sur la terre comme au ciel. Il n’y a personne qui résiste à sa main et qui lui dise: Que fais-tu? Elle s’accomplira avec nous, ou malgré nous. Si nous lui résistons, le joug contre lequel nous nous rebellons ne fera que nous écorcher la peau ; mais il nous faudra le porter quand même. Combien n’est-il pas plus sage, alors, de nous y soumettre avec douceur, de nous humilier sous la puissante main de Dieu, en disant : « Que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne ! » L’homme qui a appris le secret de Christ, qui dit un perpétuel « Oui » à la volonté de Dieu ; dont la vie est une suite de riche musique sur ce thème : « Oui, Père » ; dont la volonté suit le courant de la volonté de Dieu, comme la fumée de nos cheminées se laisse emporter par les vents d’automne, cet homme-là trouvera du repos pour son âme.
Nous devons accepter l’œuvre achevée de Christ. Il s’est reposé de l’œuvre de notre rédemption, parce qu’il n’y avait plus rien à faire. Nos péchés et les péchés du monde ont été ôtés. La puissance de l’adversaire a été anéantie. La porte du ciel a été ouverte à tous ceux qui croient. Tout était achevé, et tout était très bon. Cessons donc nos œuvres. Ne nous sentons plus obligés de faire quoi que ce soit, par nos larmes, nos prières ou nos œuvres, pour nous rendre agréables à Dieu. Pourquoi tenterions-nous d’ajouter un point à un vêtement achevé, ou d’apposer un trait de plume au décret de grâce signé et scellé qu’on a remis entre nos mains ? Nous n’avons pas à nous inquiéter de la perfection ni de la suffisance d’une chose achevée par Dieu. Apaisons nos craintes en considérant que ce qui satisfait Christ, notre Sauveur et notre Chef, peut bien nous satisfaire. Osons nous tenir sans le moindre trouble en la présence de Dieu, en vertu du sacrifice glorieux et parfait du Calvaire. Faisons taire chaque frémissement d’inquiétude en nous rappelant le cri du mourant sur la croix et le témoignage du tombeau vide.
Nous devons nous confier dans les soins de notre Père. « déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous. » Tantôt comme un déluge furieux qui emporte tout devant lui, tantôt comme l’eau qui tombe goutte à goutte sans cesse, le souci vient ainsi troubler notre paix. La crainte de périr un jour par la main de Saül ; d’être réduits à mourir de faim ou à languir nos jours dans quelque respectable hospice ; de ne jamais pouvoir traverser les difficultés des jours ou des semaines à venir ; soucis du ménage, soucis de famille, soucis d’affaires ; soucis au sujet des domestiques, des enfants, de l’argent ; soucis écrasants, et soucis qui bourdonnent autour de l’âme comme un essaim de moucherons par un jour d’été : quel repos peut-il y avoir pour une âme ainsi assiégée ? Mais quand une fois nous apprenons à vivre par la foi, croyant que notre Père nous aime, qu’il ne nous oubliera ni ne nous abandonnera, mais qu’il s’est engagé à pourvoir à tous nos besoins ; quand nous prenons la sainte habitude de lui parler de tout et de tout remettre entre ses mains, au moment même où la plus petite ombre est jetée sur l’âme ; quand nous acceptons l’insulte, le désagrément et l’importunité, de quelque côté qu’ils nous viennent, comme permis par lui, et donc comme faisant partie de sa volonté bien-aimée à notre égard, alors nous avons appris le secret de l’Évangile du repos.
Nous devons suivre la conduite de notre Berger. « nous qui avons cru, nous entrons dans le repos » (v. 3). Le chemin est obscur ; le sentier de montagne est souvent dérobé à notre vue par les épais brouillards qui pèsent sur les collines et les landes ; c’est à peine si nous distinguons un pas devant nous. Mais notre divin Guide connaît la route. Celui qui a foulé les sentiers de la terre marche invisible à nos côtés. Le bouclier de sa protection nous environne de toutes parts ; et sa voix, de ses accents clairs et doux, nous murmure la paix. Pourquoi craindrions-nous ? Celui qui nous touche touche son épouse, son bien racheté, la prunelle de son œil. Nous pouvons donc avoir confiance et ne rien craindre. Quand les montagnes s’éloigneraient, Quand les collines chancelleraient, son amour ne s’éloignera point de nous, et son alliance de paix ne chancellera point. Et au milieu de la tempête, des ténèbres et des assauts de nos ennemis, nous l’entendrons nous apaiser par le doux refrain de sa propre berceuse de repos : « Je vous donne ma paix ; vous aurez des tribulations dans le monde, mais vous aurez la paix en moi. »
Chapitre 11 terminé
L’Évangile du repos