Le pasteur réformé
Dédicace

Chapitre 2 · 23 min de lecture · 29 min d’écoute

Dédicace

À mes révérends et bien-aimés frères, les fidèles pasteurs de Christ en Grande-Bretagne et en Irlande : que la grâce et la paix vous soient multipliées en Jésus-Christ

RÉVÉRENDS FRÈRES

Le sujet de ce traité vous touche de si près, vous et les Églises confiées à vos soins, qu’il m’enhardit à vous adresser ces lignes, malgré les imperfections de la manière dont je l’ai traité et le sentiment de ma grande indignité à me faire votre conseiller.

Avant d’en venir à mon principal objet, je vous rendrai compte des raisons de l’ouvrage qui suit, et de la liberté de langage dont j’y ai usé, qui pourra déplaire à certains. Lorsque le Seigneur eut réveillé ses pasteurs du comté de Worcestershire et de quelques régions voisines au sentiment de leur devoir dans l’œuvre de la catéchisation et de l’instruction particulière de tous ceux de leurs paroisses qui ne refuseraient pas obstinément leur aide, et lorsqu’ils eurent signé un accord contenant leurs résolutions de s’en acquitter désormais, ils jugèrent qu’il ne convenait pas d’entreprendre cette œuvre sans humilier solennellement leurs âmes devant le Seigneur pour avoir si longtemps négligé un devoir si grand et si nécessaire. Ils convinrent donc de se réunir à Worcester le 4 décembre 1655, pour s’y joindre dans l’humiliation et dans une prière ardente à Dieu, afin qu’il nous pardonne nos négligences, qu’il nous accorde son assistance particulière dans l’œuvre que nous avions entreprise, et qu’il la fasse prospérer auprès des gens que nous nous étions engagés à instruire ; et, entre autres, ils me demandèrent de prêcher en cette occasion. Pour répondre à leur désir, je préparai le discours qui suit ; et bien qu’il se soit révélé trop long pour être prononcé en un ou deux sermons, j’avais l’intention de l’aborder à ce moment-là, d’en donner ce qui convenait le mieux à la circonstance et de réserver le reste pour une autre fois. Mais, avant la réunion, l’aggravation de mes douleurs et de ma faiblesse ordinaires m’empêcha de m’y rendre ; et, pour réparer cette absence involontaire, je cédai sans peine à la demande de plusieurs frères de publier sans délai ce que j’avais préparé, afin qu’ils pussent lire ce qu’ils n’avaient pu entendre. Si l’on objecte que je n’aurais pas dû parler si franchement et si durement contre les péchés du ministère, ni les exposer aux yeux du monde, ou du moins que j’aurais dû le faire dans une autre langue, et non aux oreilles du vulgaire — surtout en un temps où les quakers et les papistes s’efforcent de jeter le mépris sur le ministère, et où le peuple n’est que trop enclin à prêter l’oreille à leurs insinuations —, j’avoue que l’objection m’a paru très sérieuse ; mais si elle n’a pas réussi à changer ma résolution, il faut l’attribuer, entre autres, aux raisons suivantes :

1. C’était une humiliation solennelle que nous avions résolu de tenir, et c’est pour elle que ce discours avait été préparé et destiné. Or comment nous humilier sans confesser franchement notre péché ? 2. C’étaient principalement nos propres péchés que cette confession concernait ; et qui pourrait s’offenser de ce que nous confessons nos propres péchés et prenons sur nous le blâme et la honte, comme notre conscience nous disait que nous devions le faire ? 3. Ayant dû nécessairement le préparer en anglais, je n’avais pas de temps libre pour le traduire en latin. 4. Quand le péché est exposé aux yeux du monde, il est vain de chercher à le cacher ; toutes ces tentatives ne feraient qu’aggraver et accroître notre honte. 5. Une confession franche est la condition d’une pleine rémission ; et quand le péché est public, la confession doit l’être aussi.

Si les pasteurs d’Angleterre n’avaient péché qu’en latin, je me serais arrangé pour les reprendre en latin, ou bien je ne leur aurais rien dit. Mais s’ils veulent pécher en anglais, il faut qu’ils en entendent parler en anglais. Le péché non pardonné ne nous laissera jamais ni repos ni prospérité, quelque soin et quelque peine que nous prenions pour le couvrir : notre péché nous atteindra sûrement, même si nous ne le découvrons pas nous-mêmes. L’œuvre de la confession a précisément pour but de faire connaître nos péchés et de prendre librement la honte sur nous ; et si « celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde », il n’est pas étonnant que « celui qui cache ses transgressions ne prospère point ». Si nous sommes si indulgents envers nous-mêmes et si peu disposés à confesser, Dieu sera d’autant moins indulgent envers nous, et il rédigera lui-même nos confessions à notre place. Ou bien il contraindra notre conscience à la confession, ou bien ses jugements proclameront nos iniquités devant le monde.

6. Trop nombreux sont ceux qui, ayant entrepris l’œuvre du ministère, persistent si obstinément dans la recherche d’eux-mêmes, la négligence, l’orgueil et d’autres péchés, que les reprendre est devenu pour nous un devoir nécessaire. Si nous voyions qu’ils veuillent se corriger sans être repris, nous nous abstiendrions volontiers de publier leurs fautes. Mais quand les répréhensions elles-mêmes se montrent si inefficaces qu’ils s’offensent davantage de la répréhension que du péché, et qu’ils aimeraient mieux nous voir cesser de reprendre que cesser eux-mêmes de pécher, je pense qu’il est temps de rendre le remède plus énergique. Que pourrions-nous faire d’autre ? Abandonner nos frères comme incurables serait une cruauté, tant qu’il reste d’autres moyens à employer.

Nous ne devons pas les haïr, mais les reprendre franchement, et ne pas laisser le péché sur eux. Supporter les vices du ministère, c’est favoriser la ruine de l’Église ; car quel chemin plus rapide y a-t-il pour pervertir et perdre le peuple que la dépravation de ses conducteurs ? Et comment pourrions-nous favoriser plus efficacement une réforme qu’en nous efforçant de réformer les conducteurs de l’Église ? Pour ma part, j’ai agi comme je voudrais qu’on agisse envers moi ; et c’est pour la sûreté de l’Église, et par un tendre amour pour les frères que j’ose reprendre — non pour les rendre méprisables et odieux, mais pour guérir les maux qui les rendraient tels —, afin qu’aucun ennemi ne trouve parmi nous ce sujet d’opprobre. Mais c’est surtout parce que nos fidèles efforts sont d’une si grande nécessité pour le bien de l’Église et le salut des âmes, qu’on ne saurait, sans manquer d’amour pour l’une et pour les autres, être soi-même négligent ou fermer les yeux en silence sur la négligence d’autrui. Si vous étiez des milliers à bord d’un navire qui fait eau, et que ceux qui devraient pomper l’eau et boucher les voies d’eau étaient à s’amuser ou à dormir, ou même seulement à se ménager dans leur travail, au péril de vous tous, ne les réveilleriez-vous pas pour qu’ils se mettent à l’ouvrage, et ne les presseriez-vous pas de travailler comme pour sauver vos vies ? Et si vous usiez de quelque rudesse et de quelque insistance envers les paresseux, tiendriez-vous pour sensé celui qui le prendrait mal, et qui vous accuserait d’orgueil, de suffisance ou d’impolitesse pour avoir osé parler avec tant d’impertinence à vos compagnons de travail, ou qui vous dirait que vous leur faites tort en diminuant leur réputation ? Ne diriez-vous pas : « Il faut que le travail se fasse, ou nous sommes tous morts. Le navire est sur le point de sombrer, et vous parlez de réputation ? Aimeriez-vous mieux nous mettre en péril, vous et nous, que d’entendre parler de votre paresse ? » Tel est notre cas, frères. L’œuvre de Dieu doit absolument se faire ! Les âmes ne doivent pas périr pendant que vous vous occupez de vos affaires ou de vos plaisirs mondains, que vous prenez vos aises ou que vous vous querellez avec vos frères ! Et nous ne devons pas non plus nous taire pendant que vous précipitez les hommes vers la perdition, et que l’Église est jetée dans un péril et une confusion plus grands, de peur de paraître trop incivils et trop impolis à votre égard, ou de déplaire à vos âmes impatientes ! Si seulement vous étiez aussi impatients envers vos péchés qu’envers nos répréhensions, vous n’entendriez plus parler de nous, et nous serions tous d’accord ! Mais ni Dieu ni les gens de bien ne vous laisseront tranquilles dans de tels péchés. Pourtant, si vous aviez embrassé une autre vocation, si vous ne péchiez que pour vous-mêmes et deviez périr seuls, nous n’aurions pas autant de raisons de vous importuner que nous en avons maintenant ; mais si vous voulez entrer dans la charge du ministère, qui existe pour la conservation nécessaire de nous tous, de sorte qu’en vous laissant tranquilles dans votre péché nous livrerions l’Église au dommage et au péril, ne nous blâmez pas si nous vous parlons plus librement que vous ne le voudriez. Si votre propre corps était malade et que vous méprisiez le remède, ou si votre propre maison était en feu et que vous restiez à chanter ou à vous quereller dans la rue, je pourrais peut-être le supporter et vous laisser tranquilles (ce que pourtant, par charité, je ne ferais pas aisément) ; mais si vous entreprenez d’être le médecin d’un hôpital, ou d’une ville entière infectée de la peste, ou si vous entreprenez d’éteindre tous les incendies qui s’allumeront dans la ville, votre relâchement est intolérable, si fort que cela vous déplaise. Prenez-le comme vous voudrez, il faut qu’on vous le dise ; et si cela ne suffit pas, il faudra vous le dire plus clairement encore ; et si cela ne suffit pas, et que vous soyez rejetés aussi bien que repris, vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-mêmes. Je ne dis tout cela qu’aux coupables.

Voilà donc les raisons qui m’ont contraint à publier, en bon anglais, tout ce que j’ai dit des péchés du ministère dans le traité qui suit. Et je suppose que plus on est pénitent et humble, et plus on désire la vraie réforme de l’Église, plus on approuvera facilement et pleinement de telles confessions et de telles répréhensions franches. Mais je vois qu’il sera impossible d’éviter d’offenser ceux qui sont à la fois coupables et impénitents ; car il n’y a pour cela d’autre moyen que notre silence ou leur patience : or nous ne pouvons nous taire, à cause des commandements de Dieu ; et eux ne voudront pas être patients, à cause de leur culpabilité et de leur impénitence. Mais ceux qui parlent franchement seront toujours approuvés à la fin ; et le temps est proche où vous reconnaîtrez qu’ils étaient vos meilleurs amis. Mais mon principal objet reste encore à traiter. Je dois maintenant prendre la hardiesse, frères, de me faire votre conseiller au sujet de certains des devoirs nécessaires dont j’ai parlé dans le discours qui suit. Si quelqu’un d’entre vous m’accusait d’arrogance ou d’impudence pour cette entreprise, comme si par là je vous accusais de négligence, ou que je me jugeais capable de vous reprendre, je vous demande d’interpréter ma hardiesse avec bienveillance, vous assurant qu’en cela je n’obéis pas au conseil de ma chair, mais que je me déplais à moi-même autant qu’à certains d’entre vous, et que je préférerais le repos et la paix du silence, s’ils pouvaient s’accorder avec mon devoir et le bien des Églises. Mais c’est la seule nécessité des âmes des hommes, et mon désir de leur salut et de la prospérité de l’Église, qui me poussent à cette arrogance et à cette impudence, s’il faut les appeler ainsi. Car qui donc, ayant une langue, pourrait se taire, quand il y va de l’honneur de Dieu, du bien de son Église et du bonheur éternel de tant d’âmes ?

Le premier et principal point que j’ai à vous proposer est celui-ci : n’est-ce pas le devoir incontestable de l’ensemble des pasteurs de ces trois nations de se mettre dès maintenant à l’œuvre de catéchiser et d’instruire individuellement tous ceux qui sont confiés à leurs soins et qui se laisseront persuader de s’y soumettre ? Je n’ai pas besoin de m’arrêter ici à le prouver, l’ayant suffisamment fait dans le discours qui suit. Pouvez-vous penser que la sainte sagesse y contredira ? Le zèle pour Dieu, le plaisir de le servir ou l’amour des âmes des hommes y contrediront-ils ?

1. Que le peuple doive être enseigné dans les principes de la religion et dans les choses les plus nécessaires au salut, cela ne fait aucun doute parmi nous.

2. Qu’il doive en être instruit de la manière la plus édifiante et la plus profitable, j’espère que nous en sommes d’accord.

3. Que l’entretien, l’examen et l’instruction personnels aient bien des avantages excellents pour leur bien, cela n’est pas moins hors de discussion.

4. Que l’instruction personnelle nous soit recommandée par l’Écriture et par la pratique des serviteurs de Christ, et qu’elle soit approuvée par les hommes pieux de tous les siècles, c’est, autant que je sache, incontesté.

5. Il ne fait aucun doute que nous devons accomplir ce grand devoir envers tout le peuple, ou envers autant de personnes que nous le pouvons ; car notre amour et notre souci pour leurs âmes doivent s’étendre à tous. S’il y a cinq cents ou mille ignorants dans votre paroisse ou votre assemblée, c’est bien mal vous acquitter de votre devoir que de parler de temps à autre à quelques-uns d’entre eux et de laisser les autres dans leur ignorance, si vous êtes en mesure de leur porter secours.

6. Il n’est pas moins certain qu’une œuvre aussi grande que celle-ci doit occuper une part considérable de notre temps. Enfin, il est tout aussi certain que tous les devoirs doivent être accomplis avec ordre, autant que possible, et doivent donc avoir leurs moments fixés. Et si nous sommes d’accord pour agir selon ces vérités communément reconnues, nous n’avons pas besoin de nous diviser sur des circonstances douteuses.

Maintenant donc, de la part de Christ, et pour l’amour de son Église et des âmes immortelles des hommes, je supplie tous les fidèles pasteurs de Christ de se mettre sans délai et efficacement à cette œuvre. Unissez-vous pour l’accomplir d’un commun accord, afin d’obtenir plus facilement la soumission de vos gens. Je dois avouer que je constate, par quelque expérience, que c’est là l’œuvre qui, par la grâce de Dieu, laquelle agit par des moyens, doit réformer véritablement ; qui doit chasser l’ignorance générale qui règne parmi nous ; qui doit plier les cœurs obstinés des pécheurs ; qui doit répondre à leurs vaines objections et lever leurs préjugés ; qui doit réconcilier leurs cœurs avec les pasteurs fidèles, et seconder le succès de notre prédication publique ; et rendre la vraie piété plus commune qu’elle ne l’a été jusqu’ici. Je constate que nous n’avions jamais pris, jusqu’à présent, le meilleur chemin pour démolir le royaume des ténèbres. Je m’étonne de moi-même, d’avoir été si longtemps tenu éloigné d’un devoir si clair et si excellent. Mais il en était de moi comme il en est, je suppose, des autres. J’en étais convaincu depuis longtemps, mais je me faisais une idée trop grande des difficultés et une idée trop petite du devoir, et ainsi j’ai été longtemps empêché de l’accomplir. Je m’imaginais que les gens s’en moqueraient, que personne ne s’y soumettrait sinon quelques-uns, ceux qui en avaient le moins besoin, et je pensais que mes forces n’y suffiraient jamais, ayant déjà sur moi de si lourds fardeaux ; et ainsi je l’ai longtemps différé, ce dont je supplie le Seigneur de miséricorde de me pardonner. Or, à l’essai, je trouve les difficultés presque nulles (sauf à cause de mon extraordinaire faiblesse corporelle) en comparaison de ce que j’imaginais ; et je trouve les bienfaits et les consolations de cette œuvre tels que je ne voudrais pas, pour toutes les richesses du monde, m’en être abstenu. Nous y consacrons le lundi et le mardi, du matin presque jusqu’au soir, recevant environ quinze ou seize familles par semaine, afin de faire le tour de la paroisse, qui compte plus de huit cents familles, en un an ; et je ne puis encore dire qu’une seule famille ait refusé de venir chez moi, et bien peu de personnes se sont excusées et dérobées. Et je vois chez la plupart de ceux qui viennent plus de signes extérieurs de fruit que n’en a produit toute ma prédication publique auprès d’eux. Si vous dites : « Il n’en est pas ainsi dans la plupart des endroits », je réponds : je souhaite que la faute n’en incombe pas pour une bonne part à nous-mêmes. Si cependant certains refusent votre aide, cela ne vous excusera pas de ne pas l’accorder à ceux qui l’accepteraient. Si vous me demandez quelle méthode je suis pour l’ordre et la promptitude, je puis mentionner ici qu’à la distribution des catéchismes je dresse la liste de toutes les personnes en âge de comprendre dans la paroisse, et que le clerc passe une semaine à l’avance dans chaque famille pour lui indiquer quel jour venir, et à quelle heure (une famille à huit heures, la suivante à neuf, la suivante à dix, etc.). Le nombre m’oblige à recevoir toute une famille à la fois ; mais d’ordinaire je n’admets la présence de personne d’une autre famille. Frères, est-ce que je vous invite maintenant à cette œuvre sans l’autorité de Dieu, sans l’accord de toute l’Antiquité, sans l’accord des théologiens réformés, ou sans la conviction de votre propre conscience ? Voyez ce que l’Assemblée de Westminster dit en passant dans le « Directoire », au sujet de la visite des malades : « C’est le devoir du pasteur, non seulement d’enseigner en public le peuple confié à sa charge, mais aussi de l’avertir, de l’exhorter, de le reprendre et de le consoler en particulier et individuellement en toute occasion favorable, autant que son temps, ses forces et sa sécurité personnelle le permettent. Il doit les avertir, au temps de la santé, de se préparer à la mort. Et à cette fin, ils doivent souvent s’entretenir avec leur pasteur de l’état de leurs âmes », etc. Relisez cela, et méditez-le. Écoutez Dieu, si vous voulez avoir la paix avec Dieu. Écoutez votre conscience, si vous voulez avoir la paix de la conscience. Je suis résolu à vous parler franchement, dussé-je vous déplaire. Il est peu vraisemblable qu’il y ait un cœur sincèrement consacré à Dieu chez l’homme qui, après avertissements et exhortations, ne veut pas se résoudre à un devoir si clair et si grand. Je ne puis concevoir que celui qui a une seule étincelle de la grâce qui sauve, et qui a donc cet amour pour Dieu et ce plaisir à faire sa volonté qui se trouvent chez tous ceux qui sont sanctifiés, puisse être amené à s’opposer à une œuvre comme celle-ci ou à la refuser ; à moins d’être sous l’empire d’une tentation pareille à celle de Pierre, quand il renia Christ, ou quand il le dissuada de souffrir et s’entendit adresser une demi-excommunication : « Arrière de moi, Satan! tu m’es en scandale; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes. » Vous avez mis la main à la charrue ; vous lui êtes doublement consacrés, comme chrétiens et comme pasteurs ; et oserez-vous, après cela, reculer et refuser son œuvre ? Vous voyez l’œuvre de la réforme arrêtée, et vous êtes tenus par bien des obligations de la faire avancer : et oserez-vous maintenant négliger les moyens par lesquels elle doit se faire ? Montrerez-vous votre visage dans une assemblée chrétienne, comme ministres de l’Évangile, pour y prier en faveur d’une réforme, de la conversion et du salut de vos auditeurs et de la prospérité de l’Église, et, cela fait, refuserez-vous d’employer les moyens par lesquels tout cela doit s’accomplir ? Je sais que l’esprit charnel ne manquera jamais de mots ni d’apparences de raison pour contredire la vérité et le devoir qu’il abhorre. Il est plus facile aujourd’hui d’ergoter contre le devoir que de l’accomplir : mais attendez la fin avant de prononcer votre jugement définitif. Pouvez-vous vous persuader que vous repenserez avec réconfort à ces négligences, ou que vous en rendrez à Dieu un compte qui vous réconforte ? J’ose prédire, d’après ce que je connais de la nature de la grâce, que tous les pasteurs pieux d’Angleterre se feront un devoir de conscience de cette tâche et s’y appliqueront, excepté ceux qu’un accident extraordinaire en rend incapables, ou qui sont sous l’empire de tentations comme celles que j’ai dites. Je ne vous y exhorte pas sans espoir, mais je tiens pour acquis que cela se fera. Et si quelques hypocrites paresseux, jaloux ou malveillants ergotent contre cela ou se tiennent à l’écart, les autres n’en feront pas autant ; ils saisiront l’occasion et ne résisteront pas aux avertissements du Seigneur. Et Dieu démasquera bientôt les hypocrites, et leur fera savoir, à leur grand regret, ce que c’était que de se jouer de lui. Malheur à eux, quand ils devront rendre compte du sang des âmes ! Les raisons qui les satisfaisaient ici-bas contre le devoir ne les satisferont pas alors contre le devoir ; mais il paraîtra qu’elles étaient les fruits de leur folie, et qu’elles procédaient, à la racine, de leur volonté corrompue et de leur intérêt charnel. Et leur conscience ne reconnaîtra pas, à l’heure de la mort, ces raisons qu’ils semblent maintenant reconnaître. Alors ils sentiront, à leur grand regret, qu’une âme qui s’en va ne trouve pas, en repassant un tel devoir négligé, la consolation que trouvent ceux qui se sont entièrement consacrés au service du Seigneur. Je suis sûr que mes arguments en faveur de ce devoir paraîtront les plus forts à la fin, quand on les considérera à l’heure de la mort, au jour du jugement et, surtout, à la lumière de l’éternité.

Et maintenant, frères, je vous supplie instamment, au nom de Dieu et pour l’amour des âmes de vos gens, de ne pas bâcler cette œuvre, mais de l’accomplir avec vigueur et de toutes vos forces, et d’en faire votre grande et sérieuse affaire. Il faut beaucoup de discernement pour la mener. Étudiez donc à l’avance la manière de la faire, comme vous étudiez pour vos sermons. Je me souviens avec quelle insistance je pressai certains membres du dernier parlement d’établir des catéchistes dans nos assemblées ; mais, à vrai dire, je ne regrette pas que cela n’ait pas abouti, sauf pour quelques-unes des plus grandes assemblées. Car je m’aperçois que toute la vie de cette œuvre, sous la main de Dieu, réside dans la manière prudente et efficace de la conduire, en sondant les cœurs des hommes et en appliquant la vérité à leur conscience ; et le pasteur le plus capable n’est que trop faible pour cela, et peu d’hommes de moindres talents s’y trouveraient compétents. Car je ne crains rien tant que de voir beaucoup de pasteurs qui prêchent bien se révéler imparfaitement qualifiés pour cette œuvre, surtout pour la conduire avec des pécheurs âgés, ignorants et au cœur mort. Et, en vérité, si les pasteurs ne sont pas respectés par le peuple, celui-ci les dédaignera et disputera avec eux plutôt que d’apprendre humblement d’eux et de s’y soumettre : combien plus encore le ferait-il envers des hommes de moindre rang ? Puisque donc cette œuvre nous est remise, et que c’est nous qui devons la faire, faute de quoi elle restera à faire, levons-nous et agissons de toutes nos forces. Quand vous parlez à vos gens, faites-le avec la plus grande prudence et le plus grand sérieux, et soyez aussi pressants avec eux que s’il y allait de la vie ou de la mort ; et poursuivez-le avec autant d’application que vos exhortations publiques en chaire. Je le déclare encore : c’est pour moi l’œuvre la plus réconfortante, après la prédication publique (car là je parle à davantage de gens, bien qu’avec moins de profit pour chacun), à laquelle j’aie jamais mis la main. Et je ne doute pas que vous la trouverez telle vous aussi, pourvu seulement que vous l’accomplissiez fidèlement.

Ma deuxième requête aux pasteurs de ces royaumes, c’est qu’ils veuillent enfin, sans plus de délai, se mettre d’un commun accord à pratiquer les parties de la discipline de l’Église qui sont incontestablement nécessaires et qui font partie de leur œuvre. C’est une triste chose que des hommes de bien s’installent si longtemps dans la négligence constante d’un si grand devoir. Le cri général est : « Nos gens n’y sont pas prêts ; ils ne le supporteront pas. » Mais la vérité n’est-elle pas plutôt que c’est vous qui ne voulez pas supporter la peine et la haine que cela suscitera ? Si, en effet, vous proclamez nos Églises incapables de l’ordre et du gouvernement de Christ, que faites-vous, sinon livrer la cause à ceux qui se séparent de nous, et encourager les hommes à chercher de meilleures communautés, où cette discipline puisse être exercée ? Car, bien que la prédication et les sacrements puissent être omis dans certains cas jusqu’à un moment plus favorable, et qu’il en soit de même de la discipline, c’est pourtant une grave chose que de s’installer dans une négligence constante pendant tant d’années, comme nous l’avons fait, à moins que l’œuvre ne soit absolument impossible. Et s’il en était ainsi, à cause de l’inaptitude des matériaux, cela nous appellerait clairement à changer notre constitution, afin que la matière devienne apte. J’en ai parlé franchement plus loin, et j’espère que vous l’examinerez en conscience. Je vous supplie seulement maintenant, si vous voulez rendre un compte réconfortant au souverain pasteur et ne pas être trouvés infidèles dans la maison de Dieu, de ne pas la différer volontairement ou par négligence, comme si c’était une chose inutile ; et de ne pas reculer devant elle à cause de la peine qu’elle cause à la chair ; car, de même que c’est là un triste signe d’hypocrisie, de même les devoirs les plus coûteux sont d’ordinaire les plus réconfortants ; et vous pouvez être sûrs que Christ en supportera le coût.

Ma dernière requête, c’est que tous les fidèles pasteurs de Christ veuillent, sans plus de délai, s’unir et s’associer pour s’aider les uns les autres dans l’œuvre du Seigneur et pour maintenir l’unité et la concorde dans ses Églises. Et qu’ils ne négligent pas leurs réunions fraternelles à ces fins, ni ne les passent inutilement, mais qu’ils les mettent à profit pour leur édification et pour faire avancer efficacement l’œuvre. Lisez cette excellente lettre d’Edmund Grindal, archevêque de Cantorbéry, à la reine Élisabeth, en faveur des réunions et des exercices des pasteurs. Vous la trouverez dans l’« Histoire de l’Église d’Angleterre » de Fuller.

Frères, je vous demande pardon pour les faiblesses de cette lettre ; et, désirant ardemment le succès de vos travaux, je demanderai chaque jour à Dieu de vous persuader d’accomplir ces devoirs que je vous ai recommandés ici, et de vous y garder et vous y faire prospérer, contre toute la ruse et toute la rage du serpent qui s’emploient aujourd’hui à vous combattre et à vous entraver.

15 avril 1656

Votre indigne compagnon de service

RICHARD BAXTER

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