Le pasteur réformé
Préface

Chapitre 1 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

Préface

WILLIAM BROWN

Voici le titre que portait cet ouvrage tel que l’auteur le publia : « Gildas Salvianus : Le Pasteur réformé, montrant la nature de l’œuvre pastorale, spécialement dans l’instruction particulière et la catéchisation ; avec une CONFESSION publique de nos PÉCHÉS trop publics : préparé pour un jour d’humiliation tenu à Worcester le 4 décembre 1655 par les pasteurs de ce comté qui avaient souscrit l’Accord pour la catéchisation et l’instruction personnelle, au moment d’entreprendre cette œuvre. Par leur indigne compagnon de service, Richard Baxter, prédicateur de l’Église de Kederminster. »

Il est presque impossible de parler en termes trop élevés de l’excellence de cet ouvrage. Ce n’est pas un manuel couvrant les diverses parties de la charge pastorale, et certains pourront, à cet égard, le juger incomplet ; mais pour la puissance, l’émotion, le mordant et la force d’un appel qui perce le cœur, nous ne connaissons aucun ouvrage sur la charge pastorale qui lui soit comparable. Si l’on pouvait supposer qu’il fût lu par un ange, ou par quelque autre être d’une nature non déchue, les raisonnements et les remontrances de notre auteur lui paraîtraient absolument irrésistibles ; et bien dur doit être le cœur du pasteur qui peut le lire sans être ému, attendri et accablé par le sentiment de ses propres manquements ; bien dur doit être son cœur s’il n’en est pas réveillé à plus de fidélité, de diligence et d’activité pour gagner des âmes à Christ. C’est un ouvrage digne d’être imprimé en lettres d’or : il mérite pour le moins d’être gravé dans le cœur de chaque pasteur.

Mais, avec toutes ses qualités, le « Pasteur réformé », tel que notre auteur le publia d’abord, souffre de défauts considérables, surtout quant à son utilité pour notre temps. Afin de remédier aux imperfections de l’ouvrage original, le révérend Samuel Palmer, de Hackney, en publia un abrégé en 1766 ; mais, bien qu’il fût presque impossible de présenter cet ouvrage sous quelque forme que ce soit sans offrir à la conscience des pasteurs des appels puissants et saisissants, il échoua pour l’essentiel à le présenter sous une forme améliorée. En réalité, l’ouvrage dans son état original, avec tous ses défauts, était de beaucoup préférable à l’abrégé de Palmer : si celui-ci était débarrassé de quelques-uns de ces défauts, il avait aussi perdu une grande part de son excellence. On peut souvent, avec profit, retrancher des écrits de Baxter des matières étrangères au sujet ; mais il est peu d’auteurs dont les œuvres se prêtent moins à l’abrégé. L’abrégé sacrifie leur plénitude et la richesse de leurs illustrations, énerve leur énergie, et fait s’évaporer leur puissance et leur pathétique.

L’ouvrage qui est maintenant présenté au public n’est pas, à proprement parler, un abrégé. Bien que sensiblement plus court que l’original, il a été réduit surtout par l’omission de matières étrangères et polémiques qui, quelque utiles qu’elles aient pu être lors de la première publication de l’ouvrage, ne conviennent pour la plupart plus aux circonstances de l’époque présente. J’ai aussi, en quelques endroits, changé l’ordre de certaines parties. Les « Motifs de la surveillance du troupeau », que notre auteur avait placés dans son Application, je les ai introduits dans la partie du discours à laquelle ils se rapportent, de même que nous avons les « Motifs de la surveillance de nous-mêmes » dans la partie précédente du traité. Quelques-uns des points qu’il range sous le titre de Motifs, je les ai introduits dans d’autres parties du corps du discours, auxquelles ils semblaient appartenir plus naturellement. Mais, bien que j’aie usé d’une certaine liberté dans ces transpositions, j’ai eu à cœur de ne pas sacrifier la force et la plénitude des illustrations de notre auteur à un simple ordre logique. Plusieurs des sujets déjà traités dans le corps du discours, par exemple, sont encore retenus dans l’Application, où ils sont touchés d’une main de maître ; ils auraient beaucoup perdu de leur à-propos et de leur énergie si je les avais séparés du contexte particulier où ils se trouvent pour les introduire dans une autre partie de l’ouvrage. J’ai aussi corrigé la langue de notre auteur ; mais j’ai pris soin de ne pas la moderniser. Si adopter la phraséologie et les tournures des écrivains de cet âge serait, chez un auteur d’aujourd’hui, une sotte affectation, il y a pourtant quelque chose de simple, de vénérable et de saisissant dans ce langage, tel que ces écrivains eux-mêmes l’employaient.

Cependant, tout en apportant ces changements à l’original, j’ose croire que je n’ai pas abîmé l’ouvrage, mais qu’au contraire je l’ai amélioré ; et que l’esprit de son grand auteur est si bien conservé que ceux qui connaissent le mieux ses écrits s’apercevraient à peine des modifications que j’y ai faites, si je ne les avais signalées ici. Avant de conclure, je ne puis m’empêcher de suggérer aux amis de la religion qu’ils ne pourraient peut-être pas faire plus de bien à moindres frais qu’en offrant des exemplaires de cet ouvrage aux pasteurs de Christ dans tout le pays. Il n’est aucune classe de la société dont la prospérité de l’Église de Christ dépende autant que de ses pasteurs. Si leur zèle et leur activité languissent, les intérêts de la religion risquent de languir dans la même proportion ; tandis que, d’autre part, tout ce qui est propre à stimuler leur zèle et leur activité doit servir, dans une égale mesure, les intérêts de la religion. Ils sont les principaux instruments par lesquels le bien doit s’accomplir en tout pays. Combien il importe donc de les exciter à un saint zèle et à une sainte activité pour la cause du Rédempteur ! Un traité donné à un pauvre peut être l’instrument de sa conversion ; mais un ouvrage comme celui-ci, offert à un pasteur, peut, par la fidélité et l’énergie accrues qu’il lui inspire, amener la conversion de multitudes. Les pasteurs eux-mêmes ne sont peut-être pas assez disposés à acheter des ouvrages de ce genre : ils achètent plus volontiers les livres qui les aident dans leur travail que ceux qui les y stimulent. Si donc l’on pouvait imaginer quelque moyen d’en offrir un exemplaire à chaque pasteur des diverses dénominations dans tout le Royaume-Uni, quel bien incalculable pourrait en résulter ! Il est beaucoup de personnes pour qui ce ne serait pas une lourde charge d’acheter vingt, cinquante ou cent exemplaires d’un ouvrage tel que celui-ci et de les envoyer à des pasteurs dans différentes parties du pays ; ou bien plusieurs personnes pourraient s’unir à cette fin. Je ne vois guère de moyen par lequel elles pourraient se rendre plus utiles. Qu’il me soit permis, j’espère, de faire une suggestion semblable aux diverses Sociétés missionnaires. Fournir à chaque missionnaire, ou du moins à chaque station missionnaire, un exemplaire du Pasteur réformé, serait, je n’en doute pas, un puissant moyen d’avancer le grand objet des missions chrétiennes. De ceci du moins je suis sûr : il n’est aucun ouvrage aussi propre à stimuler un missionnaire à un saint zèle et à une sainte activité dans ses travaux d’évangélisation.

Édimbourg

12 mars 1829

Chapitre 1 terminé

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