Chapitre 17 · 41 min de lecture · 53 min d’écoute
Article 2
Ayant employé ces moyens pour les amener à venir se soumettre à vos instructions, il nous faut maintenant considérer comment vous pourrez traiter avec eux le plus efficacement possible dans ce travail. Et je dois redire ici que je tiens pour une chose bien plus aisée de composer et de prêcher un bon sermon que de bien s’y prendre avec un ignorant pour l’instruire des principes les plus essentiels de la religion. Autant ce travail est méprisé par certains, autant je ne doute pas qu’il mettra à l’épreuve les dons et l’esprit des pasteurs, et vous montrera la différence entre un homme et un autre plus pleinement que ne le fera la prédication. Et je transcrirai ici, comme convenant à mon propos, les paroles d’un homme très savant, orthodoxe et pieux, l’archevêque Ussher, dans son sermon prêché devant le roi Jacques à Wanstead sur Éphésiens 4:13 : « On ne saurait jamais assez louer le soin de Votre Majesté, qui a ordonné que les principaux articles du catéchisme soient, dans le ministère ordinaire, diligemment proposés et expliqués au peuple dans tout le pays ; et je souhaiterais que cela fût partout exécuté aussi fidèlement que vous l’avez pieusement voulu. De grands savants penseront peut-être qu’il ne convient pas tellement à leur réputation de s’abaisser ainsi et de passer tant de leur temps à enseigner ces rudiments et ces premiers principes de la doctrine de Christ ; mais ils devraient considérer que poser le fondement avec habileté, de même que c’est l’affaire la plus importante de tout l’édifice, est aussi le chef-d’œuvre même du plus sage bâtisseur. “Selon la grâce de Dieu qui m’a été donnée, j’ai posé le fondement comme un sage architecte”, dit le grand apôtre. Et que le plus savant d’entre nous en fasse l’essai quand il lui plaira : nous trouverons que poser comme il faut ce fondement (c’est-à-dire nous mettre à la portée de l’auditoire ordinaire, et faire comprendre ces mystères dans une bonne mesure à un ignorant) mettra notre habileté à l’épreuve et nous donnera bien plus de peine que s’il nous fallait débattre une controverse ou traiter un point subtil d’érudition dans les écoles. Cependant Christ a donné ses apôtres, ses prophètes et ses évangélistes, aussi bien que ses pasteurs et docteurs ordinaires, pour nous amener tous, savants et ignorants, à l’unité de cette foi et de cette connaissance ; et négliger cela, c’est frustrer toute l’œuvre du ministère. Car nous aurons beau prêcher au peuple autant de sermons qu’il nous plaira, notre peine est perdue tant que le fondement n’est pas posé et que ne sont pas enseignés les premiers principes sur lesquels toute autre doctrine doit être bâtie. »
Voici les directives que j’estime nécessaire de donner pour bien conduire ce travail :
1. Quand vos gens viennent à vous, une famille ou plusieurs, commencez par une brève introduction, pour adoucir leurs esprits, ôter tout sujet d’offense, de répugnance ou de découragement, et les disposer à recevoir vos instructions. « Mes amis, pourrez-vous dire, ce à quoi je vous convie paraîtra peut-être à certains d’entre vous une chose inhabituelle et pénible ; mais j’espère que vous ne la jugerez pas inutile : car si je l’avais jugée telle, je vous aurais épargné cette peine, et à moi aussi. Mais ma conscience m’a dit, oui, Dieu m’a dit dans sa Parole, si solennellement, ce que c’est que d’avoir la charge des âmes, et comment le sang de ceux qui périssent sera redemandé de la main du pasteur qui les néglige, que je n’ose plus en être coupable comme je l’ai été jusqu’ici. Hélas ! toute notre affaire en ce monde est d’arriver sains et saufs au ciel ; et Dieu nous a établis pour être les guides de son peuple, pour l’aider à y parvenir en sûreté. Si cela est bien fait, tout est fait ; et si cela n’est pas fait, nous sommes perdus pour toujours. Le Seigneur sait combien peu de temps vous et moi resterons peut-être ensemble ; il nous importe donc de faire ce que nous pouvons pour notre salut et pour le vôtre avant que je vous quitte ou que vous quittiez ce monde. Toutes les autres affaires du monde ne sont que jouets et songes en comparaison de celle-ci. Les travaux de votre état ne servent qu’à étayer une chaumière d’argile, tandis que vos âmes se hâtent vers la mort et le jugement, qui sont peut-être déjà tout proches. J’espère donc que vous serez heureux d’être aidés dans une œuvre si nécessaire, et que vous ne trouverez pas excessif que je vous impose cette peine, alors que les bagatelles du monde ne s’obtiennent qu’au prix d’une peine bien plus grande. » Ces paroles, ou d’autres dans le même sens, pourront les rendre plus disposés à vous écouter, à recevoir l’instruction et à vous rendre quelque compte de leur connaissance et de leur conduite.
2. Quand vous leur aurez ainsi parlé à tous, prenez-les un par un et traitez avec chacun, autant que vous le pourrez, en privé, hors de la portée des oreilles des autres ; car certains ne peuvent parler librement devant autrui, et d’autres ne supporteront pas d’être interrogés devant autrui, parce qu’ils pensent qu’il sera à leur honte que d’autres entendent leurs réponses ; et certaines personnes qui savent mieux répondre seront promptes, une fois parties, à raconter ce qu’elles ont entendu et à couvrir de honte ceux qui ne parlent pas aussi bien qu’elles ; ainsi les gens se décourageront, et ceux qui sont rétifs à cet exercice auront des prétextes pour s’en abstenir et l’abandonner, et pour dire : « Ils ne viendront pas pour qu’on se moque d’eux et qu’on les tourne en ridicule. » Vous devez donc prendre grand soin de prévenir tous ces inconvénients. Mais la principale raison est que, comme je l’ai appris par expérience, les gens accepteront mieux qu’on leur parle franchement et de près de leur péché, de leur misère et de leur devoir quand on les a seuls que devant d’autres ; et si vous n’avez pas l’occasion de faire pénétrer la vérité et de traiter librement avec leurs consciences, vous ruinerez tout. Si donc vous disposez d’un lieu commode, que les autres attendent dans une pièce pendant que vous vous entretenez avec chaque personne en particulier dans une autre ; seulement, pour éviter le scandale, nous ne devons parler aux femmes qu’en présence de quelques autres personnes ; et si nous y perdons quelque avantage, il n’y a pas de remède. Mieux vaut agir ainsi que de ruiner tout le travail en donnant aux malveillants une occasion de reproche. Nous pouvons cependant nous arranger de telle sorte que, même si d’autres sont dans la pièce, les choses qui conviennent moins à leur attention soient dites à voix basse, pour qu’ils ne les entendent pas ; on peut donc les placer à l’extrémité la plus éloignée de la pièce ; ou du moins, que personne ne soit présent hormis les membres de la même famille, qui sont plus familiers les uns avec les autres et moins enclins à se faire des reproches. Et puis, dans vos examens et vos réprimandes les plus pressants, occupez-vous surtout des ignorants, des insouciants et des vicieux, afin d’avoir un fondement plus clair pour parler de près, et pour que ceux qui écoutent, à qui vous ne semblez pas l’appliquer si directement, en soient réveillés. Ces petites choses méritent l’attention, parce qu’elles servent une œuvre qui n’est pas petite ; et de petites erreurs peuvent empêcher beaucoup de bien.
3. Commencez votre travail en vous rendant compte de ce qu’ils ont appris des paroles du catéchisme, et en recevant leur réponse à chaque question ; et s’ils ne peuvent en réciter que peu de chose ou rien, voyez s’ils savent réciter le Credo et le Décalogue.
4. Choisissez ensuite quelques-uns des points les plus importants, et vérifiez, par d’autres questions, jusqu’où ils les comprennent. Et en cela, prenez garde aux choses suivantes :
(1) Ne commencez pas par les points moins nécessaires, mais par ceux dont ils peuvent eux-mêmes sentir qu’ils les concernent de plus près. Par exemple : « Que pensez-vous que deviennent les hommes quand ils meurent ? Que deviendrons-nous après la fin du monde ? Croyez-vous que vous avez du péché, ou que vous êtes né avec le péché ? Que mérite chaque péché ? Quel remède Dieu a-t-il préparé pour sauver les âmes pécheresses et misérables ? Quelqu’un a-t-il souffert pour nos péchés à notre place, ou devons-nous en souffrir nous-mêmes ? Qui sont ceux à qui Dieu pardonnera, et qui sera sauvé par le sang de Christ ? Quel changement doit s’opérer en tous ceux qui seront sauvés, et comment ce changement s’accomplit-il ? En quoi consiste notre principal bonheur ? Et à quoi nos cœurs doivent-ils être le plus attachés ? » Et d’autres questions semblables.
(2) Gardez-vous de leur poser des questions subtiles, inutiles, douteuses ou très difficiles, même sur des sujets qui sont en eux-mêmes du plus grand poids. Certaines personnes infatuées d’elles-mêmes s’affaireront autour de questions qu’elles ne sauraient résoudre elles-mêmes, et censureront aussi sévèrement les pauvres gens incapables d’y répondre que si la vie et la mort en dépendaient.
Vous leur demanderez peut-être : « Qu’est-ce que Dieu ? » ; et quelle réponse imparfaite ne devez-vous pas donner vous-mêmes ! Vous pourrez dire ce qu’il n’est pas plus tôt que ce qu’il est. Si vous demandez : « Qu’est-ce que la repentance, qu’est-ce que la foi, ou qu’est-ce que le pardon du péché ? », combien de pasteurs pourriez-vous interroger avant d’obtenir une réponse juste, sans quoi ils ne seraient pas si divisés sur ce point ! De même si vous leur demandez ce qu’est la régénération, ce qu’est la sanctification. Mais vous direz peut-être : « Si les hommes ne savent pas ce qu’est Dieu, ce que sont la repentance, la foi, la conversion, la justification et la sanctification, comment peuvent-ils être de vrais chrétiens et être sauvés ? » Je réponds : c’est une chose de savoir exactement ce qu’elles sont, et une autre de les connaître dans leur nature et leurs effets, fût-ce d’une connaissance plus générale et indistincte ; et c’est une chose de savoir, et une autre de dire ce qu’est ceci ou cela. Le nom même, dans son usage courant, leur signifie la chose, et la leur fait exprimer sans définition ; et ils comprennent en partie ce que ce nom signifie, alors qu’ils ne sauraient vous le dire en d’autres termes ; ainsi savent-ils ce que c’est que se repentir, croire, être pardonné. Par l’habitude du langage ils savent ce que ces mots veulent dire, et pourtant ils ne peuvent les définir, et vous renverront peut-être avec la réponse paysanne : « Se repentir, c’est se repentir ; et être pardonné, c’est être pardonné » ; ou, s’ils peuvent dire : « C’est recevoir le pardon », c’est bien. Je ne vous dissuade pourtant pas absolument d’user de telles questions ; mais faites-le avec prudence, au cas où vous soupçonnez sur ce point quelque ignorance grossière, surtout au sujet de Dieu lui-même.
(3) Disposez vos questions de telle sorte qu’ils puissent saisir ce que vous voulez dire, et que ce n’est pas une définition subtile, mais simplement une réponse que vous attendez ; ne vous attachez pas aux mots, mais aux choses, et laissez-les même répondre par un simple Oui ou Non, ou par le simple choix entre deux descriptions que vous aurez vous-même proposées. Par exemple : « Qu’est-ce que Dieu ? Est-il fait de chair et de sang comme nous, ou est-il un Esprit invisible ? Est-il un homme, ou non ? A-t-il eu un commencement ? Peut-il mourir ? Qu’est-ce que la foi ? Est-ce croire toute la Parole de Dieu ? Qu’est-ce que croire en Christ ? Est-ce la même chose que devenir un vrai chrétien, ou croire que Christ est le Sauveur des pécheurs, et se confier en lui comme en votre Sauveur, pour qu’il vous pardonne, vous sanctifie, vous gouverne et vous glorifie ? Qu’est-ce que la repentance ? Est-ce seulement être affligé du péché, ou est-ce le changement de l’esprit qui se détourne du péché pour aller à Dieu, et l’abandon du péché ? ou cela comprend-il les deux ? »
(4) Quand vous vous apercevez qu’ils ne comprennent pas le sens de votre question, vous devez tirer d’eux la réponse par une question équivalente ou explicative ; ou, si cela ne suffit pas, vous devez enfermer la réponse dans votre question et n’exiger en retour qu’un Oui ou un Non. J’ai souvent demandé à des gens très ignorants : « Comment pensez-vous que vos péchés, qui sont si nombreux et si grands, puissent être pardonnés ? » Et ils me répondent : « En nous repentant et en amendant notre vie », sans jamais mentionner Jésus-Christ. Je leur demande encore : « Mais pensez-vous que votre amendement puisse donner à Dieu quelque réparation ou satisfaction pour le péché passé ? » Ils répondent : « Nous l’espérons, sinon nous ne savons pas ce qui le pourra. » On penserait alors que ces gens n’ont aucune connaissance de Christ, puisqu’ils ne font aucune mention de lui ; et certains, je le constate, n’en ont réellement aucune connaissance ; et quand je leur raconte l’histoire de Christ, ce qu’il est, ce qu’il a fait et souffert, ils restent à s’en étonner comme d’une chose étrange ; et certains disent qu’ils n’en avaient jamais entendu autant auparavant, ni ne le savaient, bien qu’ils vinssent à l’église chaque jour du Seigneur. Mais certains, je m’en aperçois, donnent de telles réponses parce qu’ils ne comprennent pas la portée de ma question, et supposent que je tiens la mort de Christ pour acquise et que je leur demande seulement : « Qu’est-ce qui donnera satisfaction à Dieu, pour leur part, sous Christ ? » – bien qu’en cela aussi ils révèlent une triste ignorance. Et quand je leur demande « si leurs bonnes œuvres peuvent mériter quoi que ce soit de Dieu », ils répondent : « Non ; mais nous espérons que Dieu les acceptera. » Et si je demande encore : « Pouvez-vous être sauvé sans la mort de Christ ? », ils disent : « Non. » Et si je demande plus avant : « Qu’a-t-il fait ou souffert pour vous ? », ils diront : « Il est mort pour nous ; ou il a versé son sang pour nous », et déclareront que c’est là qu’ils placent leur confiance pour le salut. Beaucoup d’hommes ont dans l’esprit ce qui n’est pas mûr pour être exprimé ; et, faute d’une bonne éducation et d’habitude, ils sont étrangers à l’expression de choses dont ils ont pourtant quelque idée. Et, soit dit en passant, vous pouvez voir ici pourquoi vous devez traiter avec beaucoup de douceur les gens du peuple quant à la connaissance et au défaut d’expression, s’ils sont dociles et maniables, et disposés à user des moyens ; car beaucoup, même parmi les vieillards pieux, ne peuvent s’exprimer avec une justesse tant soit peu passable, ni même apprendre quand on leur met les expressions dans la bouche. Quelques-uns des chrétiens les plus pieux, les plus expérimentés et les plus éprouvés que je connaisse (des gens âgés) se plaignent à moi, avec larmes, de ne pouvoir apprendre les paroles du catéchisme ; et quand je considère leurs avantages – qu’ils ont joui des secours les plus excellents, dans une pratique constante et dans la meilleure compagnie, pendant quarante, cinquante ou soixante années de suite –, cela m’enseigne ce que je dois attendre de pauvres ignorants qui n’ont jamais eu une telle compagnie ni de tels entretiens, fût-ce une année ou une semaine ; et à ne pas les rejeter aussi hâtivement que voudraient nous le faire faire certains chrétiens de profession trop ardents et trop exigeants.
(5) Si vous les voyez embarrassés et incapables de répondre à vos questions, ne les pressez pas trop fort ni trop longtemps, question après question, de peur qu’ils ne s’imaginent que vous voulez seulement les embrouiller et les couvrir de honte ; mais quand vous vous apercevez qu’ils ne peuvent répondre, intervenez vous-même, déchargez-les de ce fardeau et répondez vous-mêmes à la question ; et faites-le à fond et clairement, en leur donnant une explication complète de toute la vérité, afin que, par votre enseignement, ils soient amenés à la comprendre avant que vous les quittiez. Et pour cela il est d’ordinaire nécessaire de reprendre la matière dès le commencement et de la suivre dans l’ordre jusqu’à ce que vous arriviez au point en question.
5. Quand vous aurez fait ce qui vous semble utile pour éprouver leur connaissance, passez ensuite à les instruire vous-mêmes, et cela selon leurs diverses capacités. S’il s’agit de quelqu’un qui fait profession de piété et qui comprend les principes fondamentaux de la religion, abordez quelque point dont vous voyez qu’il a le plus besoin : soit en expliquant davantage quelqu’un des mystères de l’Évangile, soit en posant les fondements de quelque devoir dont il pourrait douter, soit en montrant la nécessité de ce qu’il néglige, soit en lui signalant ses péchés ou ses erreurs, selon ce qui pourra le plus le convaincre et l’édifier. Si au contraire c’est quelqu’un de grossièrement ignorant, faites-lui en peu de mots un exposé simple et familier de la somme de la religion chrétienne ; car bien qu’elle se trouve déjà dans le catéchisme, une manière plus familière pourra mieux l’aider à la comprendre. Ainsi : « Vous devez savoir que de toute éternité il y avait un seul Dieu, qui n’a pas eu de commencement et n’aura pas de fin, qui n’est pas un corps comme nous, mais un Être parfaitement pur et spirituel, qui sait toutes choses et peut toutes choses, et qui possède en lui-même toute bonté et toute félicité. Ce Dieu est un seul, et pourtant trois Personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, d’une manière qui dépasse notre entendement. Et vous devez savoir que ce Dieu unique a fait le monde entier par sa Parole ; il a fait les cieux pour être le lieu de sa gloire, et une multitude de saints anges pour le servir. Mais certains d’entre eux, par orgueil ou par quelque autre péché, sont déchus de leur haute condition et sont devenus des démons, et ils seront misérables pour toujours. Quand il eut créé la terre, il fit l’homme, comme sa plus noble créature ici-bas, un seul homme et une seule femme, Adam et Ève ; et il les fit parfaits, sans aucun péché, et les plaça dans le jardin d’Éden, et leur défendit de manger d’un arbre du jardin, et leur dit que s’ils en mangeaient, ils mourraient. Mais le diable, qui était lui-même tombé le premier, les tenta pour les faire pécher, et ils cédèrent à sa tentation, et tombèrent ainsi sous la malédiction de la loi de Dieu. Mais Dieu, dans son infinie sagesse et sa miséricorde, envoya son propre Fils, Jésus-Christ, pour être leur Rédempteur ; lorsque les temps furent accomplis, il fut fait homme, né d’une vierge par la puissance du Saint-Esprit, et il vécut sur la terre, parmi les Juifs, environ trente-trois ans ; pendant ce temps il prêcha lui-même l’Évangile et fit de nombreux miracles pour confirmer sa doctrine, guérissant les boiteux, les aveugles, les malades, et ressuscitant les morts par sa puissance divine ; et à la fin il fut offert sur la croix en sacrifice pour nos péchés, afin de porter cette malédiction que nous aurions dû porter.
« Et maintenant, si les pécheurs veulent seulement croire en lui et se repentir de leurs péchés, il leur pardonnera gratuitement tout le passé, il sanctifiera leur nature corrompue, et il les amènera enfin dans son royaume céleste et dans sa gloire. Mais s’ils font peu de cas de leurs péchés et de sa miséricorde, il les condamnera à une misère éternelle en enfer. Cet Évangile, Christ, ressuscité des morts le troisième jour, a chargé ses ministres de le prêcher au monde entier ; et après en avoir donné la charge à tous ses apôtres, il est monté au ciel sous leurs yeux, où il est maintenant dans la gloire, avec Dieu le Père, dans notre nature. Et à la fin de ce monde, il reviendra dans notre nature, ressuscitera les morts et les fera tous comparaître devant lui, afin qu’ils “rendent compte de toutes les œuvres faites dans le corps, qu’elles soient bonnes ou qu’elles soient mauvaises”. Si donc vous voulez être sauvé, vous devez croire en Christ, comme au seul Sauveur qui délivre de la colère à venir ; vous devez vous repentir de vos péchés ; vous devez, en un mot, être entièrement de nouvelles créatures, sinon il n’y aura pas de salut pour vous. » Un tel bref rappel des principes de la religion, de la manière la plus familière que vous puissiez imaginer, avec une courte application à la fin, sera nécessaire quand vous aurez affaire aux grossièrement ignorants. Et si vous voyez qu’ils ne vous comprennent pas, reprenez-le, demandez-leur s’ils le comprennent, et tâchez de le graver dans leur mémoire.
6. Qu’ils soient grossièrement ignorants ou non, si vous les soupçonnez d’être inconvertis, efforcez-vous ensuite de vous enquérir prudemment de leur état. La manière la meilleure et la moins blessante sera de les préparer à cette enquête en disant quelque chose qui puisse adoucir leurs esprits et les convaincre de sa nécessité, puis de prendre occasion de quelque article du catéchisme pour toucher leurs consciences. Par exemple : « Vous voyez que le Saint-Esprit, par la Parole, éclaire l’esprit des hommes, amollit et ouvre leurs cœurs, les fait passer de la puissance de Satan à Dieu par la foi en Christ, et “les purifie pour se faire un peuple qui lui appartienne” ; et que nuls autres que ceux-là n’auront part à la vie éternelle. Or, bien que je n’aie aucun désir de sonder inutilement les secrets de personne, cependant, parce que c’est l’office des pasteurs de conseiller leur peuple dans les choses du salut, et parce qu’il est si dangereux de se tromper sur des points où il y va de la vie éternelle ou de la mort éternelle, je vous prierais d’agir honnêtement et de me dire si, oui ou non, vous avez jamais éprouvé ce grand changement dans votre propre cœur. Avez-vous jamais senti l’Esprit de Dieu, par la Parole, pénétrer votre entendement avec une vie nouvelle et céleste, qui a fait de vous une nouvelle créature ? Le Seigneur, qui voit votre cœur, sait s’il en est ainsi ou non ; je vous prie donc de veiller à dire la vérité. » S’il vous dit qu’il espère être converti – que tous sont pécheurs –, mais qu’il est affligé de ses péchés, ou quelque chose de semblable, alors exposez-lui plus particulièrement, en peu de mots, quelques-unes des marques les plus claires de la vraie conversion, et renouvelez ainsi l’enquête en la pressant davantage, de cette manière : « Parce que votre salut ou votre damnation est en jeu, je voudrais bien vous aider un peu à ce sujet, afin que vous ne vous trompiez pas dans une affaire d’une telle importance, mais que vous découvriez la vérité avant qu’il soit trop tard ; car, de même que Dieu nous jugera avec impartialité, nous avons aussi sous les yeux sa Parole, par laquelle nous pouvons nous juger nous-mêmes ; car cette Parole nous dit avec la plus grande certitude qui sont ceux qui iront au ciel, et qui iront en enfer. Or l’Écriture nous dit que l’état d’un homme inconverti est celui-ci : il ne voit pas de grande félicité dans l’amour de Dieu et la communion avec lui dans la vie à venir, qui puisse attirer là son cœur, loin de ce monde présent ; mais il vit pour son moi charnel, ou pour la chair ; et le but principal de sa vie est que tout aille bien pour lui sur la terre ; et la religion qu’il a n’est qu’une petite chose accessoire, de peur d’être damné quand il ne pourra plus garder le monde ; de sorte que le monde et la chair sont au plus haut dans son estime et au plus près de son cœur, et que Dieu et la gloire viennent après eux, et tout le service que de tels hommes rendent à Dieu ne consiste qu’à lui donner ce dont le monde et la chair peuvent se passer. Tel est le cas de tout homme inconverti ; et tous ceux qui sont dans ce cas sont dans un état de misère. Mais celui qui est vraiment converti a eu dans son âme une lumière venant de Dieu, qui lui a montré la grandeur de son péché et de sa misère, et en a fait un lourd fardeau pour son âme ; et elle lui a montré ce qu’est Christ et ce qu’il a fait pour les pécheurs, et lui a fait admirer en lui les richesses de la grâce de Dieu. Oh ! quelle heureuse nouvelle c’est pour lui qu’il y ait encore de l’espérance pour des pécheurs perdus comme lui ; que des péchés si nombreux et si grands puissent être pardonnés ; et que le pardon soit offert à tous ceux qui veulent l’accepter ! Avec quelle joie il accueille ce message et cette offre ! Et pour le temps à venir, il se remet lui-même, avec tout ce qu’il a, à Christ, pour être entièrement à lui et pour qu’il dispose de lui, en vue de la gloire éternelle qu’il a promise. Il a maintenant une telle vue de l’état bienheureux des saints dans la gloire qu’il méprise tout ce monde comme des scories et du fumier en comparaison ; c’est là qu’il place son bonheur et ses espérances, et il ne regarde toutes les affaires de cette vie que comme autant d’aides ou d’obstacles sur le chemin qui y mène ; de sorte que le principal souci et la principale affaire de sa vie est d’être heureux dans la vie à venir. Tel est le cas de tous ceux qui sont vraiment convertis et qui seront sauvés. Maintenant, est-ce votre cas, ou non ? Avez-vous éprouvé dans votre âme un changement tel que celui-là ? »
S’il dit qu’il espère que oui, descendez dans quelques détails, ainsi : « Je vous prie donc de répondre à ces deux ou trois questions.
(1) Pouvez-vous dire en vérité que tous les péchés connus de votre vie passée font la douleur de votre cœur, et que vous avez senti qu’une misère éternelle vous est due à cause d’eux ; et que, sous le sentiment de ce lourd fardeau, vous vous êtes senti un homme perdu, que vous avez accueilli avec joie la nouvelle d’un Sauveur et que vous avez remis votre âme à Christ seul, pour obtenir le pardon par son sang ?
(2) Pouvez-vous dire en vérité que votre cœur est tellement détourné du péché que vous haïssez les péchés que vous aimiez autrefois, et que vous aimez cette vie sainte dont vous n’aviez auparavant aucune envie ; et que vous ne vivez plus maintenant dans la pratique volontaire d’aucun péché connu ? N’y a-t-il aucun péché que vous ne soyez de tout cœur disposé à abandonner, quoi qu’il vous en coûte, et aucun devoir que vous ne soyez disposé à accomplir ?
(3) Pouvez-vous dire en vérité que vous avez tellement pris la jouissance éternelle de Dieu pour votre bonheur qu’elle a la plus grande part de votre cœur, de votre amour, de vos désirs et de vos soins ; et que vous êtes résolu, par la force de la grâce divine, à abandonner tout ce que vous avez au monde plutôt que de la compromettre ; et que c’est votre affaire quotidienne et principale de la rechercher ? Pouvez-vous dire en vérité que, malgré vos défaillances et vos péchés, votre principal souci et la pente de toute votre vie est de plaire à Dieu et de jouir de lui pour toujours ; que vous donnez pour ainsi dire au monde les restes de Dieu, et non à Dieu les restes du monde ; et que vos affaires terrestres ne sont que la recherche de provisions par un voyageur au cours de son voyage, et que le ciel est le lieu que vous tenez pour votre demeure ? »
S’il répond affirmativement à ces questions, dites-lui quelle grande chose c’est pour un homme que son cœur ait le péché en horreur, qu’il place sincèrement son bonheur dans un autre monde et qu’il vive en ce monde pour un autre qui est hors de vue ; et, par conséquent, demandez-lui de veiller à ce qu’il en soit vraiment ainsi. Passez ensuite à quelques-uns des articles du catéchisme qui traitent des devoirs que vous le soupçonnez le plus de négliger, et demandez-lui s’il accomplit tel ou tel devoir, comme par exemple la prière dans sa famille ou en particulier, et la sainte observance du jour du Seigneur.
Je vous conseillerais toutefois d’être très prudents avant de porter des jugements trop hâtifs ou trop absolus sur ceux à qui vous avez affaire ; car il n’est pas aussi facile qu’on se l’imagine souvent de discerner avec certitude qu’un homme est sans grâce ; et vous pouvez faire l’œuvre présente aussi bien sans une telle conclusion absolue qu’avec elle.
7. Si toutefois, soit par la découverte antérieure d’une ignorance grossière, soit par ces dernières enquêtes sur son état spirituel, vous avez discerné une probabilité évidente que la personne est encore dans un état inconverti, votre tâche suivante est d’employer toute votre habileté à amener son cœur à sentir sa condition. Par exemple : « En vérité, mes amis, je n’ai aucune envie, le Seigneur le sait, de rendre votre condition pire qu’elle n’est, ni de vous causer sans motif aucune crainte ou aucun trouble ; mais vous me tiendriez, je suppose, pour un ennemi perfide et non pour un pasteur fidèle si je vous flattais au lieu de vous dire la vérité. Si vous consultez un médecin dans votre maladie, vous voudriez qu’il vous dise la vérité, fût-elle la pire. Combien plus ici ! Car là, la connaissance de votre mal peut l’aggraver par vos craintes ; mais ici, il faut que vous le connaissiez, sinon vous n’en serez jamais guéri. Je crains fort que vous ne soyez encore étranger à la vie chrétienne. Car si vous étiez réellement chrétien et vraiment converti, votre cœur même serait attaché à Dieu et à la vie à venir, et vous feriez votre principale affaire de vous préparer au bonheur éternel ; et vous n’oseriez pas, vous ne voudriez pas vivre dans quelque péché volontaire, ni dans la négligence d’aucun devoir connu.
« Hélas ! qu’avez-vous fait ? comment avez-vous passé votre temps jusqu’à maintenant ? Ne saviez-vous pas que vous aviez une âme à sauver ou à perdre, que vous devez vivre pour toujours au ciel ou en enfer, et que vous aviez reçu votre vie et votre temps en ce monde principalement pour vous préparer à un autre ? Hélas ! qu’avez-vous fait tous les jours de votre vie pour être si ignorant, si peu préparé à la mort, si elle venait vous surprendre maintenant ? Si vous aviez seulement pensé au ciel autant qu’à la terre, vous en auriez su davantage, vous auriez fait davantage pour lui, et vous vous en seriez enquis plus diligemment que vous ne l’avez fait. Vous savez apprendre à faire vos affaires dans le monde ; et pourquoi n’avez-vous pas pu apprendre davantage de la volonté de Dieu, si seulement vous y aviez prêté attention ? Vous avez des voisins qui ont su apprendre davantage, qui ont eu autant à faire dans le monde que vous et qui ont eu aussi peu de temps. Pensez-vous que le ciel ne vaille pas votre peine ? ou qu’on puisse l’obtenir sans aucun soin ni aucune peine, alors que vous ne pouvez avoir sans eux les bagatelles de ce monde, et que Dieu vous a ordonné de chercher premièrement son royaume et sa justice ? Hélas ! mes amis, et si vous étiez mort avant cette heure dans un état inconverti ? que seriez-vous devenu alors, et où seriez-vous maintenant ? Hélas ! que vous ayez été si cruel envers vous-même que de jouer si désespérément votre état éternel comme vous l’avez fait ! À quoi pensiez-vous ? Ne saviez-vous pas pendant tout ce temps que vous deviez bientôt mourir, et être jugé dans l’état où l’on vous trouverait ? Aviez-vous une œuvre plus grande à faire, ou une affaire plus importante à soigner, que votre salut éternel ? Pensez-vous que tout ce que vous pourrez obtenir en ce monde vous consolera à l’heure de la mort, ou achètera votre salut, ou adoucira les tourments de l’enfer ? »
Faites pénétrer ces choses avec un sérieux tout particulier ; car si vous n’atteignez pas le cœur, vous ne faites que peu de chose ou rien ; et ce qui ne touche pas est vite oublié.
8. Concluez le tout par une exhortation pratique, qui doit comporter deux parties : premièrement, le devoir de croire en Christ ; et secondement, celui d’user à l’avenir des moyens extérieurs de la grâce et d’éviter les péchés d’autrefois. Par exemple : « Mon ami, je suis profondément affligé de vous trouver dans un état si triste, mais je serais plus affligé encore de vous y laisser ; laissez-moi donc vous supplier, pour l’amour du Seigneur et pour l’amour de vous-même, de prêter attention à ce que je vais vous dire pour le temps à venir. C’est par la grande miséricorde du Seigneur qu’il ne vous a pas retranché dans votre état inconverti, que vous avez encore la vie et du temps, qu’un remède vous est préparé dans le sang de Christ, et que le pardon, la sanctification et la vie éternelle vous sont offerts aussi bien qu’aux autres. Dieu n’a pas abandonné l’homme pécheur à une destruction totale, comme il l’a fait pour les démons ; et il n’a fait, dans l’offre du pardon et de la vie éternelle, aucune exception contre vous plus que contre aucun autre.
« Si seulement vous aviez maintenant un cœur qui saigne à cause du péché, si vous pouviez venir à Christ avec foi pour être relevé, vous remettre à lui comme à votre Sauveur et votre Seigneur, et être un homme nouveau pour le temps à venir, le Seigneur aurait pitié de vous en pardonnant vos péchés et en sauvant éternellement votre âme. Et je dois vous dire que, de même que ce doit être la grande œuvre de la grâce de Dieu de vous donner un tel cœur, de même, s’il veut jamais vous pardonner et vous sauver, il opérera en vous ce changement ; il vous fera sentir votre péché comme le plus lourd fardeau du monde, comme ce qu’il y a de plus odieux en soi et ce qui vous a exposé à sa colère et à sa malédiction ; il vous fera voir que vous êtes un homme perdu et qu’il n’y a pour vous que la damnation éternelle, à moins que vous ne soyez pardonné par le sang de Christ et sanctifié par son Esprit ; il vous fera voir le besoin que vous avez de Christ, et comment toute votre espérance et toute votre vie sont en lui ; il vous fera voir la vanité de ce monde et de tout ce qu’il peut vous offrir, et que tout votre bonheur est auprès de Dieu, dans cette vie éternelle au ciel où vous pourrez, avec les saints et les anges, contempler sa gloire, vivre dans son amour et être employé à ses louanges. Laissez-moi vous dire que, jusqu’à ce que cette œuvre soit faite en vous, vous êtes un homme misérable ; et si vous mourez avant qu’elle soit faite, vous êtes perdu pour toujours. Maintenant vous avez devant vous l’espérance et le secours, mais alors il n’y en aura plus.
« Laissez-moi donc vous supplier, si vous aimez votre âme : premièrement, de ne pas vous reposer dans la condition où vous êtes à présent. Ne soyez pas en repos dans votre esprit jusqu’à ce qu’un changement salutaire soit opéré dans votre cœur. Pensez, quand vous vous levez le matin : Oh ! et si ce jour devait être mon dernier, et que la mort me trouvât dans un état non renouvelé ? Pensez, quand vous êtes à votre travail : Oh ! combien plus grande est l’œuvre qu’il me reste à faire, obtenir que mon âme soit réconciliée avec Dieu et sanctifiée par son Esprit ! Pensez, quand vous mangez, ou buvez, ou regardez quoi que ce soit que vous possédez en ce monde : À quoi tout cela me servira-t-il, si je vis et meurs ennemi de Dieu, étranger à Christ et à son Esprit, et que je périsse ainsi pour toujours ? Que ces pensées occupent votre esprit jour et nuit, jusqu’à ce que votre âme soit changée. Secondement, je vous supplie de réfléchir sérieusement à la vanité de ce monde, et au peu de temps qu’il mettra à vous abandonner à une tombe froide et à une misère éternelle, si vous n’avez pas un meilleur trésor que lui. Et considérez ce que c’est que vivre en la présence de Dieu, régner avec Christ et être semblable aux anges ; et que c’est là la vie que Christ vous a acquise, qu’il vous prépare et qu’il vous offre, si seulement vous voulez l’accepter ; et oh ! demandez-vous si ce n’est pas folie que de mépriser une gloire si infinie, et de lui préférer ces songes charnels et ces ombres terrestres. Accoutumez-vous à de telles considérations quand vous êtes seul, et laissez-les demeurer dans votre esprit. Troisièmement, je vous supplie d’accepter dès maintenant, sans plus tarder, cette félicité et ce Sauveur. Attachez-vous au Seigneur Jésus qui vous offre cette vie éternelle : acceptez son offre avec joie et reconnaissance, comme le seul moyen de vous rendre heureux ; et alors vous pourrez croire que tous vos péchés seront effacés par lui. Quatrièmement, prenez dès maintenant la résolution de rompre avec vos péchés d’autrefois ; découvrez ce qui a souillé votre cœur et votre vie, et rejetez-le loin de vous comme vous rejetteriez un poison de votre estomac, et ayez en horreur la pensée de le reprendre.
« Ma dernière demande est que vous vous appliquiez à user diligemment des moyens de la grâce jusqu’à ce que ce changement soit opéré, puis que vous continuiez à en user jusqu’à ce que vous soyez affermi, et enfin rendu parfait.
(1) Comme vous ne pouvez pas opérer vous-même ce changement dans votre cœur et dans votre vie, recourez chaque jour à Dieu par la prière, et suppliez-le instamment, comme s’il y allait de votre vie, de pardonner tous vos péchés, de changer votre cœur et de vous montrer les richesses de sa grâce en Christ et la gloire de son royaume. Poursuivez Dieu jour et nuit de ces requêtes.
(2) Fuyez les tentations et les occasions de péché, abandonnez vos mauvaises compagnies d’autrefois, et recherchez la compagnie de ceux qui craignent Dieu et qui vous aideront sur le chemin du ciel.
(3) Veillez tout spécialement à passer le jour du Seigneur en saints exercices, publics et privés, et ne perdez pas un seul quart d’heure de votre temps ; mais surtout de ce temps si précieux que Dieu vous a donné tout exprès, afin que vous attachiez votre esprit à lui, que vous soyez instruit par lui et que vous vous prépariez à votre fin dernière. Que dites-vous de ces choses ? Le ferez-vous dès maintenant, ou du moins tout ce que vous en pourrez faire ? Voulez-vous me le promettre, et vous appliquer désormais à tenir cette promesse ? »
Et ici, veillez, si vous le pouvez, à obtenir leur promesse et à les engager à s’amender, surtout à user des moyens de la grâce, à changer de compagnie et à abandonner leurs péchés, parce que ces choses sont davantage à leur portée ; et de cette manière ils pourront attendre l’accomplissement de ce changement qui n’est pas encore opéré. Et faites-le solennellement, en leur rappelant la présence de Dieu, qui entend leurs promesses et qui en attendra l’exécution ; et quand vous en aurez plus tard l’occasion, vous pourrez leur rappeler leur promesse.
9. En les congédiant, faites ces deux choses :
(1) Adoucissez de nouveau leurs esprits par quelques mots, en écartant tout ce qui ressemblerait à une offense. Par exemple : « Je vous prie de ne pas prendre en mal que je vous aie imposé cette peine, ou que je vous aie parlé si librement. Ce n’est pas plus un plaisir pour moi que pour vous. Si je ne savais pas que ces choses sont vraies et nécessaires, je me serais épargné cette peine, et à vous aussi ; mais je sais que nous ne serons ici ensemble que peu de temps : nous sommes déjà presque dans le monde à venir ; il est donc temps pour nous tous de regarder autour de nous et de veiller à être prêts quand Dieu nous appellera. »
(2) Comme vous n’aurez peut-être pas de sitôt l’occasion de parler aux mêmes personnes, mettez-les sur la voie d’achever ce que vous avez commencé. Engagez le chef de chaque famille à réunir toute sa maison chaque jour du Seigneur pour lui faire réciter ce qu’elle a appris du catéchisme, et à poursuivre cette pratique jusqu’à ce qu’ils l’aient tous parfaitement appris ; et, quand ils l’auront appris, à continuer de les entendre le réciter régulièrement, afin qu’ils ne l’oublient pas ; car, même pour les plus judicieux, ce sera une aide excellente d’avoir en mémoire une Somme de la religion chrétienne, quant à la matière, à l’ordre et aux termes.
Quant aux chefs de famille eux-mêmes, ou à ceux qui sont sous des maîtres qui ne veulent pas les aider, s’ils n’ont appris qu’une partie du catéchisme, engagez-les soit à revenir vous voir (même avant leur tour) quand ils auront appris le reste, soit à aller trouver quelque voisin capable et expérimenté et à le lui réciter ; et servez-vous de l’aide de telles personnes quand vous ne pourrez pas avoir le temps vous-même.
10. Ayez auprès de vous, dans un registre, les noms de tous vos paroissiens ; et quand ils viennent réciter le catéchisme, notez dans votre registre qui vient et qui ne vient pas, qui est si grossièrement ignorant qu’il est inapte à la cène du Seigneur et à toute autre sainte communion, et qui ne l’est pas ; et selon que vous discernez les besoins de chacun, traitez avec eux à l’avenir. Mais quant à ceux qui sont entièrement obstinés, et qui ne veulent ni venir à vous ni être instruits par vous, traitez-les comme doivent être traités les contempteurs obstinés de l’instruction, à l’égard des ordonnances qui scellent et confirment ; c’est-à-dire évitez-les, et n’entretenez pas avec eux de communion sainte ou familière dans la cène du Seigneur ou dans les autres ordonnances. Et bien que quelques frères vénérables soient d’avis d’admettre leurs enfants au baptême (et soient offensés de ce que je les contredis), je ne le puis pour ma part, et je n’oserai pas le faire sous aucun prétexte tiré de la foi de leurs ancêtres, ou d’une foi purement dogmatique de ces parents rebelles.
11. Tout au long de votre entretien avec eux, veillez à ce que la manière aussi bien que la matière soient adaptées au but.
Et quant à la manière, observez ces points particuliers :
(1) Faites une différence selon le caractère des personnes à qui vous avez affaire. Aux jeunes gens, vous devez faire davantage honte de la volupté sensuelle, et leur montrer la nature et la nécessité de la mortification. Aux vieillards, vous devez vous appliquer davantage à discréditer ce monde présent, à leur faire saisir l’approche de leur départ et la gravité de leur péché s’ils vivent et meurent dans l’ignorance ou l’impénitence. Avec les inférieurs et les jeunes, vous devez être plus libre ; avec les supérieurs et les anciens, plus respectueux. Aux riches, vous devez montrer la vanité de ce monde, la nature et la nécessité du renoncement à soi-même, et ce qu’il y a de damnable à préférer l’état présent à celui qui vient ; ainsi que la nécessité de faire valoir leurs talents en faisant du bien aux autres. Aux pauvres, vous devez montrer les grandes richesses de gloire qui leur sont offertes dans l’Évangile, et combien l’on peut se passer du confort présent quand on peut obtenir une joie éternelle. Il faut aussi insister surtout sur les péchés auxquels l’âge, le sexe, le tempérament, la vocation ou l’emploi de chacun dans le monde l’inclinent le plus : comme, chez les femmes, le bavardage, les mauvais propos, l’emportement, la malice, l’orgueil ; chez les hommes, l’ivrognerie, l’ambition, etc.
(2) Soyez aussi condescendant, familier et simple que possible avec ceux dont la capacité est plus faible.
(3) Donnez-leur la preuve par l’Écriture de tout ce que vous dites, afin qu’ils voient que ce n’est pas vous seul, mais Dieu par vous, qui leur parle.
(4) Soyez aussi sérieux que vous le pouvez dans tout l’exercice, mais surtout dans la partie qui fait l’application. Je ne crains presque rien davantage que de voir des pasteurs négligents bâcler ce travail, tout faire superficiellement et sans vie, et le ruiner comme ils ruinent tous les autres devoirs, en le changeant en une pure formalité : posant à leurs gens quelques questions froides et leur donnant deux ou trois froides paroles de conseil, sans aucune vie ni aucun sentiment en eux-mêmes, et sans qu’il y ait chance de produire quelque sentiment chez ceux qui les écoutent. Mais assurément, celui qui fait cas des âmes et qui sait quelle occasion s’offre à lui accomplira cet exercice avec un profond sérieux, et les pressera aussi instamment que s’il y allait de la vie ou de la mort.
(5) Dans ce but, j’estimerais très nécessaire qu’avant le travail et pendant le travail, nous prenions un soin particulier de nos propres cœurs, pour exciter et affermir notre foi en la vérité de l’Évangile, et en la gloire et la misère invisibles qui sont à venir. Je suis certain que ce travail mettra extrêmement à l’épreuve la force de notre foi. Car celui qui n’est chrétien qu’en surface, et qui n’est pas sain au fond, sentira sans doute son zèle lui manquer tout à fait, surtout quand le devoir sera devenu ordinaire, faute de croire aux choses dont il doit traiter. Une ferveur affectée et hypocrite ne tiendra pas longtemps dans des devoirs de ce genre. Une chaire en aura davantage qu’un entretien avec de pauvres âmes ignorantes. Car la chaire est le théâtre du pasteur hypocrite : là, ainsi que dans ses écrits imprimés et dans les autres actes publics où il y a place pour l’ostentation, vous aurez le meilleur de lui-même, peut-être tout ce qu’il a. Ce sont des hommes d’une autre sorte qui doivent accomplir efficacement l’œuvre qui nous occupe maintenant.
(6) Il est donc très convenable que nous nous y préparions par la prière secrète ; et, si le temps le permet et qu’il y ait beaucoup de monde réuni, il serait bon de commencer et de finir par une courte prière avec nos gens.
(7) Conduisez tout, même les passages les plus pressants, avec des marques évidentes d’amour pour leurs âmes, et faites-leur sentir d’un bout à l’autre que vous ne visez à rien d’autre qu’à leur salut. Évitez tout langage dur et décourageant.
(8) Si vous n’avez pas le temps de traiter avec chacun aussi pleinement qu’il est ici prescrit, n’omettez pas du moins les parties les plus nécessaires. Prenez-en plusieurs ensemble qui sont amis et qui ne chercheront pas à divulguer les faiblesses les uns des autres, et dites-leur en commun tout ce qui les concerne tous. Seuls l’examen de leur connaissance et de leur état, celui de leur conviction de péché et de misère, et les directives particulières qui leur sont données, doivent être réservés aux individus seuls ; mais gardez-vous de bâcler le travail par une paresse infidèle, ou en étant trop bref sans réelle nécessité.
12. Enfin, si Dieu vous en donne les moyens, étendez votre charité aux plus pauvres avant qu’ils vous quittent. Donnez-leur quelque chose pour les soulager et pour le temps ainsi pris sur leur travail, surtout pour encourager ceux qui font le mieux. Et aux autres, promettez-leur autant quand ils auront appris le catéchisme. Je sais que vous ne pouvez donner ce que vous n’avez pas, mais je parle à ceux qui le peuvent. Et maintenant, frères, j’en ai fini avec mes conseils, et je vous laisse à la pratique. Bien que les orgueilleux puissent les recevoir avec mépris, et les égoïstes et les paresseux avec dégoût, voire avec indignation, je ne doute pas que Dieu ne s’en serve, en dépit de l’opposition du péché et de Satan, pour réveiller beaucoup de ses serviteurs à leur devoir et pour avancer l’œuvre d’une vraie réformation ; et que sa bénédiction n’accompagne l’entreprise présente, pour le salut de beaucoup d’âmes, pour la paix de vous qui l’entreprenez et l’accomplissez, pour pousser ses serviteurs dans toute la nation à vous seconder, et pour l’accroissement de la pureté et de l’unité de ses Églises. Amen
Chapitre 17 terminé
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