Chapitre 3 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
Troisième entretien
Il me dit que le fondement de la vie spirituelle en lui avait été une haute idée et une haute estime de Dieu dans la foi ; que, l’ayant une fois bien conçue, il n’avait d’abord eu d’autre soin que de rejeter fidèlement toute autre pensée, afin de faire toutes ses actions pour l’amour de Dieu. Que, lorsqu’il lui arrivait de ne pas penser à Dieu pendant un bon moment, il ne s’en inquiétait pas ; mais qu’après avoir reconnu sa misère devant Dieu, il revenait à lui avec une confiance d’autant plus grande qu’il s’était trouvé plus misérable en l’oubliant.
Que la confiance que nous mettons en Dieu l’honore beaucoup et attire sur nous de grandes grâces.
Qu’il était impossible, non seulement que Dieu trompe, mais aussi qu’il laisse longtemps souffrir une âme qui s’est parfaitement abandonnée à lui et qui est résolue à tout endurer pour lui.
Qu’il avait si souvent éprouvé en toute occasion les prompts secours de la grâce divine que, fort de cette même expérience, lorsqu’il avait quelque affaire à faire, il n’y pensait pas d’avance ; mais que, quand le moment de la faire était venu, il trouvait en Dieu, comme dans un miroir clair, tout ce qu’il lui convenait de faire. Que depuis quelque temps il agissait ainsi, sans soin anticipé ; mais qu’avant l’expérience dont on vient de parler, il en usait dans ses affaires.
Quand les occupations extérieures le détournaient un peu de la pensée de Dieu, un nouveau souvenir venant de Dieu s’emparait de son âme, et l’embrasait et le transportait de telle sorte qu’il avait peine à se contenir.
Qu’il était plus uni à Dieu dans ses occupations extérieures que lorsqu’il les quittait pour faire ses dévotions dans la retraite.
Qu’il s’attendait à quelque grande peine de corps ou d’esprit pour l’avenir ; que le pire qui pût lui arriver serait de perdre ce sentiment de Dieu dont il avait joui si longtemps ; mais que la bonté de Dieu l’assurait qu’il ne l’abandonnerait pas tout à fait, et qu’il lui donnerait la force de supporter tout le mal qu’il permettrait qui lui arrivât ; et que c’est pourquoi il ne craignait rien et n’avait besoin de consulter personne sur son état. Que, lorsqu’il avait tenté de le faire, il en était toujours sorti plus perplexe ; et que, comme il se sentait prêt à donner sa vie pour l’amour de Dieu, il n’appréhendait aucun danger. Que le parfait abandon à Dieu était un chemin sûr pour aller au ciel, un chemin où nous avions toujours assez de lumière pour nous conduire.
Qu’au commencement de la vie spirituelle nous devions être fidèles à faire notre devoir et à nous renoncer nous-mêmes ; mais qu’après cela suivaient des délices ineffables ; que dans les difficultés nous n’avions qu’à recourir à Jésus-Christ et à lui demander sa grâce, et qu’avec elle tout devenait facile.
Que beaucoup n’avancent pas dans le progrès chrétien parce qu’ils s’arrêtent aux pénitences et aux exercices particuliers, tandis qu’ils négligent l’amour de Dieu, qui en est la fin. Que cela paraissait clairement dans leurs œuvres, et que c’était la raison pour laquelle on voit si peu de vertu solide.
Qu’il ne fallait ni art ni science pour aller à Dieu, mais seulement un cœur résolument déterminé à ne s’appliquer qu’à lui seul, ou pour l’amour de lui, et à n’aimer que lui.
Chapitre 3 terminé
Troisième entretien