Une vie de confiance
S’appuyer sur Jésus

Chapitre 7 · 39 min de lecture · 50 min d’écoute

S’appuyer sur Jésus

1830-1832.

UNE PORTE OUVERTE—SIGNES FAVORABLES—LA CONFIANCE EXERCÉE DANS L’ÉTUDE ET LE MINISTÈRE DE LA PAROLE—L’ÉPÉE DE L’ESPRIT—COMPTER SUR DIEU POUR LE PAIN QUOTIDIEN—BONHEUR D’ATTENDRE LE SEIGNEUR—« NE DEVEZ RIEN À PERSONNE »—« QU’IL VOUS SOIT FAIT SELON VOTRE FOI »—LE DON DE LA FOI ET LA GRÂCE DE LA FOI.

Après avoir prêché environ trois semaines à Exmouth et dans les environs, je me rendis à Teignmouth, dans l’intention d’y rester dix jours, pour prêcher la parole parmi les frères avec qui j’avais fait connaissance l’été précédent, et pour leur raconter la bonté du Seigneur envers moi. Le lundi soir, je prêchai pour le frère Craik, à Shaldon, en présence de trois pasteurs, dont aucun n’aima le sermon ; et pourtant il plut à Dieu de s’en servir pour amener une jeune femme à la connaissance de son Fils bien-aimé. Combien le Seigneur juge autrement que l’homme ! C’était là pour le Seigneur une occasion toute particulière de se glorifier lui-même. Le prédicateur était un étranger, qui rencontrait sur son chemin de grands obstacles naturels, car il ne savait pas parler couramment l’anglais ; mais il désirait servir Dieu, et son cœur avait aussi été amené, à cette époque, à un état tel qu’il désirait que Dieu seul eût la gloire, si quelque bien se faisait par son moyen.

Le mardi soir, je prêchai à la chapelle Ebenezer, à Teignmouth, la chapelle même à l’inauguration de laquelle j’avais fait la connaissance du frère dont le Seigneur s’était ensuite servi comme d’un instrument pour me faire tant de bien.

Au cours de la semaine qui suivit, M. M. prêcha presque tous les jours au même endroit, et une bénédiction accompagna ses travaux.

À ce moment-là, un nombre croissant de frères avaient exprimé à plusieurs reprises le désir que je reste à Teignmouth et que je devienne le pasteur de cette chapelle ; mais d’autres s’opposaient résolument à ce que j’y demeure. Cette opposition servit à affermir dans mon esprit la décision de rester quelque temps, du moins jusqu’à ce que je fusse formellement rejeté.

Je prêchai de nouveau trois fois le jour du Seigneur, sans que personne me dît : Nous ne voulons pas que vous prêchiez, bien que beaucoup d’auditeurs n’écoutassent pas avec plaisir. Certains s’en allèrent et ne revinrent jamais ; d’autres s’en allèrent, mais revinrent au bout de quelque temps. D’autres encore vinrent à la chapelle, qui n’avaient pas l’habitude de la fréquenter avant mon arrivée. Il y eut une grande agitation, un esprit de recherche, et l’on sondait les Écritures pour voir si ce qu’on leur disait était exact. Et, ce qui est plus que tout, Dieu mit son sceau sur l’œuvre en convertissant des pécheurs. Je restai douze semaines dans cette même situation, tandis que le Seigneur pourvoyait dans sa grâce à mes besoins matériels par le moyen de deux frères, sans que j’eusse rien demandé. Au bout de ce temps, toute la petite Église, au nombre de dix-huit membres, m’invita à l’unanimité à devenir son pasteur. On m’offrit de pourvoir à mes besoins matériels en me donnant cinquante-cinq livres par an, somme qui fut quelque peu augmentée par la suite, en raison de l’accroissement de l’Église.

Ce que je considérais désormais comme la meilleure manière de me préparer au ministère public de la parole — manière que je n’adoptais plus par nécessité, faute de temps, mais par conviction profonde, et parce que j’avais éprouvé la bénédiction de Dieu sur elle, tant pour ma propre joie que pour le bien des saints et la conversion des pécheurs — est la suivante. Premièrement, je ne prétends pas savoir par moi-même ce qui est le meilleur pour les auditeurs, et je demande donc au Seigneur, en premier lieu, qu’il veuille bien, dans sa grâce, m’enseigner sur quel sujet je dois parler, ou quelle portion de sa parole je dois expliquer. Or, il arrive parfois qu’avant même que je le lui demande, un sujet ou un passage me soit venu à l’esprit, sur lequel il m’a paru bon de parler. Dans ce cas, je demande au Seigneur si je dois parler sur ce sujet ou sur ce passage. Si, après avoir prié, je suis persuadé que je le dois, je m’y arrête, mais de manière à rester disponible, selon mon désir, pour que le Seigneur le change s’il lui plaît. Souvent, cependant, il arrive que je n’aie aucun texte ni aucun sujet en tête avant de me mettre à prier afin de connaître la volonté du Seigneur à cet égard. Dans ce cas, j’attends quelque temps à genoux une réponse, cherchant à écouter la voix de l’Esprit pour qu’il me dirige. Si alors, pendant que je suis à genoux, ou après que j’ai fini de prier pour obtenir un texte, un passage ou un sujet me vient à l’esprit, je demande de nouveau au Seigneur, et cela parfois à plusieurs reprises, surtout si, humainement parlant, le sujet ou le texte est d’un genre particulier, si c’est sa volonté que je parle sur tel sujet ou tel passage. Si, après avoir prié, mon esprit est en paix à ce sujet, je le tiens pour le texte, mais je désire encore rester disponible à la direction du Seigneur, au cas où il lui plairait de le changer, ou au cas où je me serais trompé. Souvent aussi, en troisième lieu, il arrive non seulement que je n’aie ni texte ni sujet en tête avant de prier pour être guidé en cette affaire, mais encore que je n’en obtienne pas après avoir prié une fois, deux fois ou davantage. Autrefois, j’étais parfois très perplexe en pareil cas ; mais depuis plus de vingt ans, il a plu au Seigneur, en général du moins, de me garder en paix à cet égard. Ce que je fais alors, c’est de poursuivre ma lecture régulière des Écritures là où je l’avais laissée la dernière fois, en priant (tout en lisant) pour obtenir un texte, et en posant aussi de temps à autre ma Bible pour prier, jusqu’à ce que j’en reçoive un. C’est ainsi qu’il m’est arrivé de devoir lire cinq, dix, et même vingt chapitres avant qu’il plût au Seigneur de me donner un texte ; bien plus, il m’est arrivé bien des fois de devoir me rendre au lieu de réunion sans en avoir, et de ne le recevoir, peut-être, que quelques minutes avant de prendre la parole ; mais jamais l’assistance du Seigneur ne m’a manqué au moment de prêcher, pourvu que je l’eusse recherchée avec ardeur dans le secret. Le prédicateur ne peut connaître l’état particulier des diverses personnes qui composent l’assemblée, ni ce dont elles ont besoin, mais le Seigneur le connaît ; et si le prédicateur renonce à sa propre sagesse, il sera assisté par le Seigneur ; mais s’il veut choisir selon sa propre sagesse, qu’il ne s’étonne pas alors de ne voir sortir que peu de fruit de ses travaux.

Avant de quitter cette partie du sujet, je voudrais simplement signaler une tentation qui concerne le choix d’un texte. Il peut nous arriver de voir un sujet si riche que nous pensons qu’il conviendrait mieux à une autre occasion. Par exemple, il arrive qu’un texte qui nous vient à l’esprit pour une réunion de semaine paraisse mieux convenir au jour du Seigneur, parce qu’il y aurait alors un plus grand nombre d’auditeurs. Or, en premier lieu, nous ne savons pas si le Seigneur nous permettra jamais de prêcher un autre jour du Seigneur ; et, en second lieu, nous ignorons si ce sujet-là ne convient pas tout spécialement à une ou à plusieurs des personnes présentes justement ce soir-là. C’est ainsi qu’un jour, peu de temps après mon arrivée à Teignmouth, je fus tenté de garder pour le jour du Seigneur suivant un sujet qui venait de m’être ouvert. Mais ayant pu, par la grâce de Dieu, surmonter la tentation grâce aux raisons ci-dessus, et ayant prêché aussitôt sur ce sujet, il plut au Seigneur de le bénir pour la conversion d’un pécheur, et cela, qui plus est, d’une personne qui ne comptait plus venir à la chapelle qu’une seule fois, et au cas de laquelle le sujet convenait de façon tout à fait remarquable.

2. Or, quand le texte a été obtenu de la manière décrite ci-dessus, qu’il s’agisse d’un, de deux ou de plusieurs versets, ou d’un chapitre entier ou davantage, je demande au Seigneur qu’il veuille bien, dans sa grâce, m’enseigner par son Saint-Esprit pendant que je le médite. Depuis vingt-cinq ans, j’ai trouvé que la méthode la plus profitable était de méditer la plume à la main, en notant les grandes lignes à mesure que la parole m’est ouverte. Je le fais, non pour les apprendre par cœur, ni comme si je ne voulais rien dire d’autre, mais pour la clarté, car cela m’aide à voir jusqu’à quel point je comprends le passage. Je trouve aussi utile de me reporter ensuite à ce que j’ai ainsi écrit. Je n’utilise que très rarement une autre aide que le peu que je comprends du texte original des Écritures, et quelques bonnes traductions en d’autres langues. Ma principale aide est la prière. Jamais de ma vie je n’ai commencé à étudier une seule partie de la vérité divine sans recevoir quelque lumière à son sujet, lorsque j’ai pu véritablement me consacrer à la prière et à la méditation sur elle. Mais cela, je l’ai souvent trouvé difficile, en partie à cause de la faiblesse de la chair, et en partie aussi à cause d’infirmités corporelles et de la multiplicité de mes occupations. Voici ce que je crois très fermement : nul ne doit s’attendre à voir beaucoup de bien résulter de ses travaux dans la prédication et l’enseignement, s’il n’est pas très adonné à la prière et à la méditation.

3. Après avoir prié et médité sur le sujet ou le texte, je désire m’abandonner entièrement entre les mains du Seigneur. Je lui demande de me remettre en mémoire ce que j’ai vu dans ma chambre au sujet de ce dont je vais parler, ce qu’il fait en général avec une grande bonté, et souvent il m’enseigne encore beaucoup d’autres choses pendant que je prêche.

À propos de ce qui précède, je dois toutefois déclarer qu’il me semble y avoir une préparation au ministère public de la parole plus excellente encore que celle dont je viens de parler. La voici : vivre dans une communion si constante et si réelle avec le Seigneur, et méditer la vérité si habituellement et si fréquemment, que, sans l’effort décrit plus haut, pour ainsi dire, nous ayons déjà reçu de la nourriture pour les autres et connaissions la pensée du Seigneur quant au sujet ou à la portion de la parole sur laquelle nous devons parler.

Ce que j’ai trouvé de plus profitable, d’après mon expérience de ces vingt-six dernières années dans le ministère public de la parole, c’est l’explication suivie des Écritures, et surtout le fait de parcourir de temps à autre un évangile ou une épître tout entiers. Cela peut se faire de deux manières : soit en entrant dans le détail de la portée de chaque point qui se présente dans le passage, soit en donnant les grandes lignes, et en amenant ainsi les auditeurs à saisir le sens et l’enchaînement de l’ensemble. Les bienfaits que j’ai vu résulter de l’explication des Écritures sont les suivants : 1. Les auditeurs sont ainsi, avec la bénédiction de Dieu, conduits aux Écritures. Ils en trouvent, pour ainsi dire, un usage pratique dans les réunions publiques. Cela les pousse à apporter leur Bible, et j’ai remarqué que ceux qui, au début, ne l’apportaient pas, ont ensuite été amenés à le faire ; si bien qu’en peu de temps, peu de personnes (parmi les croyants du moins) avaient l’habitude de venir sans elle. Ce n’est pas une petite affaire ; car tout ce qui, de nos jours, peut amener les croyants à estimer les Écritures a de l’importance. 2. L’explication des Écritures est en général plus profitable aux auditeurs que si l’on fait quelques remarques sur un seul verset, ou sur un demi-verset, ou sur deux ou trois mots d’un verset, de sorte que la portion de l’Écriture n’est guère plus qu’une devise placée en tête du sujet ; car peu de gens ont la grâce de beaucoup méditer la parole, et ainsi l’explication peut non seulement servir à leur ouvrir les Écritures, mais aussi faire naître en eux le désir de méditer par eux-mêmes. 3. L’explication des Écritures laisse aux auditeurs un fil conducteur, de sorte qu’en relisant la portion de la parole qui a été expliquée, ils se souviennent de ce qui a été dit, et ainsi, avec la bénédiction de Dieu, il en reste dans leur esprit une impression plus durable. Cela est particulièrement important pour les illettrés, qui n’ont parfois ni beaucoup de mémoire ni une grande capacité de compréhension. 4. L’explication de grandes portions de la parole, comme un évangile ou une épître tout entiers, outre qu’elle amène l’auditeur à saisir l’enchaînement de l’ensemble, présente aussi pour celui qui enseigne cet avantage particulier qu’elle le conduit, avec la bénédiction de Dieu, à considérer des portions de la parole qu’autrement il n’aurait peut-être pas considérées, et qu’elle le garde de trop parler de ses sujets favoris et de trop pencher vers certaines parties de la vérité, tendance qui ne peut manquer, tôt ou tard, de lui nuire, à lui et à ses auditeurs. L’explication de la parole de Dieu n’apporte guère d’honneur au prédicateur de la part de l’auditeur non éclairé ou insouciant, mais elle contribue beaucoup au bien des auditeurs en général.

La simplicité de l’expression, tandis que la vérité est exposée, est, en lien avec ce qui vient d’être dit, de la plus haute importance. Celui qui enseigne doit avoir pour but de parler de telle sorte que les enfants, les domestiques et les gens qui ne savent pas lire puissent le comprendre, autant que l’esprit naturel peut saisir les choses de Dieu. Il faut aussi se souvenir qu’il n’existe peut-être pas une seule assemblée où ne se trouvent pas des personnes des catégories ci-dessus, et que si elles peuvent comprendre, les personnes instruites ou lettrées comprendront aussi ; mais que l’inverse n’est pas vrai. Il faut en outre se souvenir que celui qui explique la vérité de Dieu parle pour Dieu, pour l’éternité, et qu’il n’est pas le moins du monde probable qu’il fasse du bien à ses auditeurs, à moins d’user d’un langage simple, lequel n’a pourtant pas besoin d’être vulgaire ou grossier. Il faut considérer aussi que si le prédicateur s’efforce de parler selon les règles de ce monde, il pourra plaire à beaucoup, surtout à ceux qui ont le goût des lettres ; mais, dans la même mesure, il est moins probable qu’il devienne un instrument entre les mains de Dieu pour la conversion des pécheurs ou pour l’édification des saints. Car ce n’est ni l’éloquence ni la profondeur de pensée qui font le prédicateur vraiment grand, mais une vie de prière, de méditation et de spiritualité telle qu’elle fasse de lui un vase utile à son maître, propre à être employé tant à la conversion des pécheurs qu’à l’édification des saints.

S’étant convaincu, après un examen des Écritures accompagné de prière, que le baptême ne devait être administré que par immersion, M. Müller fut alors baptisé au printemps de 1830.

Il m’arrivait si habituellement de prêcher avec une assistance particulière, surtout pendant les premiers mois de cette année, qu’une fois où il en fut autrement, cela fut fort remarqué par moi-même et par d’autres. Voici ce qui se passa. Un jour, avant de prêcher à Teignmouth, j’avais plus de temps que d’habitude, et je priai et méditai donc environ six heures pour me préparer à la réunion du soir ; et je crus voir de nombreuses vérités précieuses dans le passage que j’avais médité. C’était la première partie du premier chapitre de l’épître aux Éphésiens. Après avoir parlé quelque temps, je sentis que je parlais par ma propre force, et, étant étranger, je ressentis tout particulièrement le manque de mots, ce qui ne m’était pas arrivé auparavant. Je dis aux frères que je me sentais livré à moi-même, et je leur demandai de prier pour moi. Mais après avoir continué encore un peu, et me sentant toujours de même, je m’arrêtai et proposai que nous tenions une réunion de prière, afin que le Seigneur voulût bien encore me venir en aide. C’est ce que nous fîmes, et la fois suivante je fus particulièrement assisté.

Le 7 octobre 1830, je fus uni par le mariage à Mlle Mary Groves, sœur du frère dont le nom a déjà été mentionné. Cette démarche fut faite après prière et réflexion, dans la pleine conviction qu’il valait mieux pour moi me marier ; et je n’ai jamais regretté depuis ni la démarche elle-même ni le choix, mais je désire être vraiment reconnaissant envers Dieu de m’avoir donné une telle épouse.

Vers ce temps-là, je commençai à éprouver des scrupules de conscience à continuer de recevoir un salaire fixe. Mes raisons étaient les suivantes :

1. Le salaire était constitué par la location des bancs ; or la location des bancs est, d’après Jacques 2:1-6, contraire à la pensée du Seigneur, puisqu’en général le frère pauvre ne peut avoir une aussi bonne place que le riche. 2. Un frère peut faire volontiers quelque chose pour mon entretien s’il est laissé libre de choisir son moment ; mais lorsque le trimestre est échu, il a peut-être d’autres dépenses, et je ne sais pas s’il paie son argent avec tristesse et par contrainte, ou avec joie ; or Dieu aime celui qui donne avec joie. Bien plus, je savais pertinemment qu’il n’avait parfois pas été commode à certaines personnes de payer l’argent quand les frères qui le recueillaient le leur avaient demandé. 3. Bien que le Seigneur m’eût fait la grâce d’être fidèle, de sorte que j’avais pu ne pas cacher la vérité quand il me l’avait montrée, je sentais néanmoins que la location des bancs était un piège pour le serviteur de Christ. Ce fut pour moi une tentation, du moins pendant quelques minutes, au moment où le Seigneur m’avait poussé à prier et à sonder la parole au sujet de l’ordonnance du baptême, parce que trente livres de mon salaire étaient en jeu si je me faisais baptiser.

Pour ces raisons, je déclarai aux frères, à la fin d’octobre 1830, que je renoncerais désormais à tout salaire régulier. Après leur avoir exposé mes raisons, je lus le chapitre 4 de l’épître aux Philippiens, et je dis aux saints que, s’ils avaient encore le désir de faire quelque chose pour mon entretien par des dons volontaires, je ne voyais aucun inconvénient à les recevoir, si petits fussent-ils, soit en argent, soit en provisions. Quelques jours plus tard, il me sembla qu’il y avait une manière meilleure encore ; car si je recevais personnellement chaque don offert en argent, mon temps et celui des donateurs en seraient fort occupés ; de cette manière aussi, les pauvres pourraient, par tentation, être retenus d’offrir leurs pence, privilège dont ils ne devaient pas être privés ; et certains pourraient aussi, de cette manière, donner davantage que si l’on ignorait qui était le donateur, de sorte qu’il resterait encore douteux si le don était fait avec tristesse ou avec joie. C’est surtout pour ces raisons qu’on plaça dans la chapelle un tronc, au-dessus duquel il était écrit que quiconque désirait faire quelque chose pour mon entretien pouvait déposer son offrande dans le tronc.

En même temps, il me parut juste de ne plus rien demander désormais à personne, pas même à mes bien-aimés frères et sœurs, pour m’aider, comme je l’avais fait quelquefois, à leur propre demande, lorsque mes dépenses, à cause de mes nombreux voyages au service du Seigneur, étaient trop élevées pour être couvertes par mon revenu habituel. Car, sans m’en rendre compte, j’avais ainsi été de nouveau amené, dans une certaine mesure, à me confier en un bras de chair, allant à l’homme au lieu d’aller directement au Seigneur. Parvenir à cette conclusion devant Dieu exigea plus de grâce que de renoncer à mon salaire.

Vers la même époque, ma femme et moi reçûmes aussi la grâce de prendre à la lettre le commandement du Seigneur : « Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumônes » (Luc 12:33), et de le mettre en pratique. Notre appui et notre soutien en cette affaire furent Matthieu 6:19-34 et Jean 14:13, 14. Nous nous appuyions sur le bras du Seigneur Jésus. Il y a maintenant vingt-cinq ans que nous nous sommes engagés dans cette voie, et nous ne regrettons pas le moins du monde la démarche que nous fîmes alors. Comme j’ai noté par écrit la manière dont il a plu au Seigneur d’agir envers nous depuis lors, je pourrai rapporter quelques faits à ce sujet, dans la mesure où ils peuvent servir à l’édification.

18 nov. 1830. Notre argent était réduit à environ huit shillings. Pendant que je priais le matin avec ma femme, le Seigneur m’a remis en mémoire l’état de notre bourse, et j’ai été conduit à lui demander de l’argent. Environ quatre heures plus tard, une sœur m’a dit : « Avez-vous besoin d’argent ? » « J’ai dit aux frères, chère sœur, ai-je répondu, quand j’ai renoncé à mon salaire, que désormais je ne parlerais de mes besoins qu’au Seigneur. » Elle a répliqué : « Mais il m’a dit de vous donner de l’argent. Il y a une quinzaine de jours, je lui ai demandé ce que je devais faire pour lui, et il m’a dit de vous donner de l’argent ; samedi dernier, cela m’est revenu à l’esprit avec force, et ne m’a pas quittée depuis, et je l’ai senti si vivement la nuit dernière que je n’ai pu m’empêcher d’en parler au frère P. » Mon cœur s’est réjoui en voyant la fidélité du Seigneur, mais j’ai jugé préférable de ne rien lui dire de notre situation, de peur qu’elle ne fût influencée à donner en conséquence ; et j’étais aussi assuré que, si cela venait du Seigneur, elle ne pourrait que donner. J’ai donc détourné la conversation sur d’autres sujets, mais au moment où je partais, elle m’a donné deux guinées. Nous étions remplis de joie à cause de la bonté du Seigneur. J’invite le lecteur à admirer la douceur du Seigneur, qui n’a pas beaucoup éprouvé notre foi au commencement, mais nous a permis de voir combien il était disposé à nous secourir, avant qu’il lui plût de l’éprouver plus pleinement.

Le mercredi suivant, je me rendis à Exmouth, notre argent étant de nouveau réduit à environ neuf shillings. Le jeudi, étant à Exmouth, je demandai au Seigneur de bien vouloir me donner de l’argent. Le vendredi matin, vers huit heures, pendant que je priais, je fus tout particulièrement conduit à demander de nouveau de l’argent ; et avant de me relever, j’eus la pleine assurance que nous aurions la réponse le jour même. Vers neuf heures, je quittai le frère chez qui je logeais, et il me donna un demi-souverain en disant : « Prenez ceci pour les frais de votre venue chez nous. » Je ne m’attendais pas à ce qu’on me remboursât mes frais, mais je vis la main paternelle du Seigneur dans l’envoi de cet argent moins d’une heure après que je le lui avais demandé. Mais même alors, j’étais si pleinement assuré que le Seigneur enverrait davantage ce jour-là, ou l’avait déjà fait, qu’en rentrant à la maison vers midi, je demandai à ma femme si elle avait reçu des lettres. Elle me dit en avoir reçu une la veille d’un frère d’Exeter, avec trois souverains. Ainsi, même ma prière de la veille avait été exaucée. Le lendemain, un des frères vint m’apporter quatre livres, qui m’étaient dues sur mon ancien salaire, mais que je n’aurais jamais pu attendre, puisque je ne savais même pas que cette somme m’était due. Je reçus ainsi, en trente heures, en réponse à la prière, sept livres dix shillings.

Vers Noël, alors que notre argent était réduit à quelques shillings, je demandai davantage au Seigneur ; et quelques heures après, un frère d’Axminster nous donna un souverain. Ce frère avait entendu dire beaucoup de mal de moi, et il avait fini par décider d’en juger par lui-même ; il était donc venu à Teignmouth, à quarante milles de chez lui, et, ayant entendu parler de notre manière de vivre, il nous donna cet argent.

Ainsi se termine l’année 1830. Tout au long de cette année, le Seigneur pourvut richement à tous mes besoins matériels, bien qu’au commencement je n’eusse aucune perspective humaine certaine pour un seul shilling ; de sorte que, même en ce qui concerne les choses temporelles, je n’avais pas été le moins du monde perdant en agissant selon ce que me dictait ma conscience ; et, quant aux choses spirituelles, le Seigneur avait agi envers moi avec libéralité et avait daigné se servir de moi comme d’un instrument pour accomplir son œuvre.

Les 6, 7 et 8 janv. 1831, j’avais demandé à plusieurs reprises de l’argent au Seigneur, mais je n’en avais pas reçu. Le soir du 8 janvier, j’ai quitté ma chambre pour quelques minutes, et j’ai alors été tenté de me défier du Seigneur, bien qu’il eût été si bon envers nous, puisque non seulement il avait, jusqu’à ce jour, pourvu à tous nos besoins, mais qu’il nous avait aussi accordé ces exaucements de prière dont je viens de mentionner une partie. J’ai été assez coupable, pendant environ cinq minutes, pour penser qu’il ne servirait à rien de se confier dans le Seigneur de cette manière. J’ai aussi commencé à me dire que j’étais peut-être allé trop loin en vivant ainsi. Mais, grâces soient rendues au Seigneur ! cette épreuve n’a duré que quelques minutes. Il m’a rendu capable de me confier de nouveau en lui, et Satan a été aussitôt confondu ; car lorsque je suis revenu dans ma chambre, dont je ne m’étais pas absenté dix minutes, le Seigneur avait envoyé la délivrance. Une sœur dans le Seigneur nous avait apporté deux livres quatre shillings : ainsi le Seigneur a triomphé, et notre foi a été fortifiée.

10 janv. Aujourd’hui, alors que nous n’avions de nouveau que quelques shillings, on nous a donné cinq livres, qui avaient été retirées du tronc. J’avais dit une fois pour toutes aux frères qui avaient la charge de ces choses matérielles d’avoir la bonté de me remettre l’argent chaque semaine ; mais comme ces frères bien-aimés oubliaient de le retirer chaque semaine, ou avaient honte de l’apporter en si petites sommes, on le retirait généralement toutes les trois, quatre ou cinq semaines. Cependant, comme je leur avais déclaré dès le commencement que je désirais ne regarder ni à l’homme ni au tronc, mais au Dieu vivant, je n’ai pas jugé bon de leur rappeler ma demande de recevoir l’argent chaque semaine, de peur que cela n’entravât le témoignage que je désirais rendre, celui de me confier au seul Dieu vivant. C’est pour cette raison que, le 28 janvier, alors que nous avions de nouveau peu d’argent, et bien que j’eusse vu les frères, le 24 janvier, ouvrir le tronc et en retirer l’argent, je n’ai pas voulu demander au frère qui l’avait entre les mains de me le remettre ; mais, en ayant besoin, car notre charbon était presque épuisé, j’ai demandé au Seigneur d’incliner son cœur à l’apporter ; et peu de temps après, on nous l’a donné, à savoir une livre huit shillings et six pence.

Je voudrais mentionner ici que, depuis que j’ai commencé à vivre de cette manière, j’ai été gardé de parler, directement ou indirectement, de mes besoins au moment où j’étais dans le besoin. La seule exception est que, dans quelques cas, il y a vingt ans ou davantage, j’ai, en de tels moments, parlé à des frères très pauvres, afin de les encourager à se confier dans le Seigneur, en leur disant que je devais en faire autant, me trouvant moi-même dans une gêne semblable ; ou bien, dans quelques cas, lorsqu’il était nécessaire de parler de mon propre besoin, de peur de paraître insensible parce que je n’apportais aucune aide dans des cas de détresse, ou pas autant qu’on aurait pu s’y attendre.

Le 14 février, nous avions de nouveau très peu d’argent, et, pendant que je priais, j’ai été conduit à demander au Seigneur de pourvoir dans sa grâce à nos besoins ; et à l’instant même où je me relevais, un frère m’a donné une livre, qui avait été retirée du tronc.

Le 7 mars, j’ai été de nouveau tenté de douter de la fidélité du Seigneur, et, bien que je ne fusse pas malheureux, je ne me reposais pourtant pas assez pleinement sur le Seigneur pour pouvoir triompher avec joie. Ce n’est qu’une heure après que le Seigneur m’a donné une nouvelle preuve de son amour fidèle. Une dame chrétienne nous a apporté cinq souverains, avec ces mots écrits sur le papier : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire », etc.

16 avril. Ce matin, j’ai constaté que notre argent était réduit à trois shillings, et je me suis dit : Il faut maintenant que j’aille demander instamment au Seigneur de nouvelles ressources. Mais avant que j’eusse prié, on nous a envoyé d’Exeter deux livres, preuve que le Seigneur entend avant que nous l’invoquions.

Je voudrais faire observer ici, en passant, que si quelqu’un des enfants de Dieu pensait qu’une telle manière de vivre éloigne du Seigneur et du souci des choses spirituelles, et a pour effet de remplir l’esprit de cette question : Que mangerai-je ?—Que boirai-je ?—et De quoi serai-je vêtu ?—je le prierais de considérer avec prière les remarques suivantes : 1. J’ai fait l’expérience des deux manières, et je sais que ma manière de vivre actuelle, quant aux choses temporelles, s’accompagne de moins de soucis. 2. La confiance dans le Seigneur, vers qui seul je regarde pour qu’il pourvoie à mes besoins matériels, me garde, lorsqu’un cas de détresse se présente à moi, ou lorsque l’œuvre du Seigneur réclame mon aide pécuniaire, de calculs anxieux comme celui-ci : Mon salaire suffira-t-il ? Aurai-je assez moi-même le mois prochain ? etc. Dans cette liberté qui est la mienne, je suis, par la grâce de Dieu, généralement du moins, en mesure de me dire à peu près ceci : Mon Seigneur n’est pas limité ; il peut pourvoir de nouveau ; il sait que ce cas présent m’a été envoyé ; et ainsi, cette manière de vivre, bien loin de conduire à l’inquiétude, est plutôt le moyen d’en préserver. Et, de fait, quelqu’un me dit un jour : Vous pouvez faire telle ou telle chose, et vous n’avez pas besoin de mettre de côté, car l’Église de tout le Devonshire se soucie de vos besoins. Ma réponse fut : Le Seigneur peut se servir non seulement de n’importe lequel des saints du Devonshire, mais de ceux du monde entier, comme d’instruments pour pourvoir à mes besoins matériels. 3. Cette manière de vivre a souvent été le moyen de ranimer l’œuvre de la grâce dans mon cœur, quand je devenais froid ; et elle a aussi été le moyen de me ramener au Seigneur, après que je m’étais égaré. Car cela ne va pas,—il n’est pas possible de vivre dans le péché et, en même temps, par la communion avec Dieu, de faire descendre du ciel tout ce dont on a besoin pour la vie présente. 4. Souvent aussi, un nouvel exaucement de prière, obtenu de cette manière, a été le moyen de vivifier mon âme et de me remplir d’une grande joie.

12 mai. Une sœur séjournait depuis quelque temps à Teignmouth pour sa santé ; et comme elle était sur le point de rentrer chez elle aujourd’hui, nous avons vu que c’était la volonté du Seigneur de l’inviter à rester quelque temps chez nous, car nous savions qu’elle resterait plus longtemps si ses moyens le lui permettaient. Nous étions persuadés que, puisque nous voyions que c’était la volonté du Seigneur de l’inviter, il paierait lui-même les frais de son séjour. À peu près au moment où elle est arrivée chez nous, un paquet contenant de l’argent a été envoyé de Chumleigh. Quelques semaines auparavant, j’avais prêché à Chumleigh et dans les environs. Les frères, connaissant ma manière de vivre, ont recueilli quelque argent pour moi après mon départ, et ainsi, en petites offrandes (cent sept en tout, à ce qu’on m’a dit), deux livres et un penny et demi ont été donnés. C’est ainsi que le Seigneur a payé les frais du séjour de notre sœur chez nous.

12 juin. Jour du Seigneur. Jeudi dernier, je suis allé avec le frère Craik à Torquay pour y prêcher. Je n’avais sur moi qu’environ trois shillings, et j’ai laissé ma femme à la maison avec environ six shillings. J’ai demandé à plusieurs reprises de l’argent au Seigneur ; mais à mon retour, ma femme n’avait plus qu’environ trois shillings, n’ayant rien reçu. Nous nous sommes encore attendus au Seigneur. La journée d’hier s’est passée, et aucun argent n’est venu. Il nous restait neuf pence. Ce matin, nous nous attendions encore au Seigneur, et nous espérions la délivrance. Il ne nous restait qu’un peu de beurre pour le déjeuner, de quoi suffire pour le frère E. et pour une parente qui vivait avec nous, à qui nous n’avons pas parlé de notre situation, afin qu’ils ne fussent pas mal à l’aise. Après la réunion du matin, le frère Y., de façon tout à fait inattendue, a ouvert le tronc, et, en me remettant l’argent, non moins inopinément, à un pareil moment, il m’a dit que sa femme et lui n’avaient pu dormir la nuit dernière, parce qu’ils pensaient que nous avions peut-être besoin d’argent. Le plus frappant, c’est qu’après avoir demandé à plusieurs reprises au Seigneur sans rien recevoir, j’ai prié hier pour que le Seigneur veuille bien faire sentir au frère Y. que nous avions besoin d’argent, afin qu’il ouvre le tronc. Il s’y trouvait une livre huit shillings et dix pence et demi.

16 novembre. Ce matin, j’ai proposé une prière en commun au sujet de nos besoins matériels. Au moment même où nous allions prier, un paquet est arrivé d’Exmouth. Dans la prière, nous avons demandé au Seigneur de la viande pour le dîner, n’ayant pas d’argent pour en acheter. Après la prière, en ouvrant le paquet, nous y avons trouvé, entre autres choses, un jambon, envoyé par un frère d’Exmouth, qui nous a servi pour le dîner.

19 novembre. Nous n’avions pas assez pour payer notre loyer de la semaine ; mais le Seigneur, dans sa grâce, nous a de nouveau envoyé aujourd’hui quatorze shillings et six pence. Je voudrais simplement faire remarquer que nous ne contractons jamais de dettes, ce que nous croyons contraire à l’Écriture (selon Romains 13:8) ; c’est pourquoi nous n’avons pas de notes chez notre tailleur, notre cordonnier, notre épicier, notre boucher, notre boulanger, etc. ; mais tout ce que nous achetons, nous le payons comptant. Avec l’aide du Seigneur, nous aimerions mieux souffrir des privations que de contracter des dettes. Ainsi, nous savons toujours combien nous avons, et combien nous avons le droit de donner. Je sais bien que bien des épreuves surviennent aux enfants de Dieu parce qu’ils n’agissent pas selon Romains 13:8.

27 novembre. Jour du Seigneur. Notre argent avait été réduit à deux pence et demi ; notre pain suffisait à peine pour aujourd’hui. J’avais plusieurs fois présenté notre besoin au Seigneur. Après le dîner, en rendant grâces, je lui ai demandé de nous donner notre pain quotidien, entendant par là, littéralement, qu’il nous envoie du pain pour le soir. Pendant que je priais, on a frappé à la porte de la pièce. Quand j’ai eu fini, une pauvre sœur est entrée et nous a apporté une partie de son dîner, ainsi que cinq shillings de la part d’une autre pauvre sœur. Dans l’après-midi, elle nous a aussi apporté un gros pain. Ainsi le Seigneur nous a donné non seulement, à la lettre, du pain, mais aussi de l’argent.

Le 31 décembre 1831, après que nous avons passé en revue les dispensations pleines de grâce du Seigneur envers nous au cours de l’année écoulée, dans sa manière de pourvoir à tous nos besoins matériels, il nous restait environ dix shillings. Peu après, la providence de Dieu nous les a demandés, de sorte qu’il ne nous restait plus un seul farthing. Ainsi avons-nous terminé la vieille année, au cours de laquelle le Seigneur avait été si bon en nous donnant, sans que nous eussions rien demandé à personne,—1. Par le moyen du tronc, trente et une livres quatorze shillings. 2. De la part de frères de l’Église de Teignmouth, en dons d’argent, six livres dix-huit shillings et six pence. 3. De la part de frères habitant Teignmouth et ailleurs, non rattachés à l’Église de Teignmouth, quatre-vingt-treize livres six shillings et deux pence. En tout, cent trente et une livres dix-huit shillings et huit pence. On nous avait également donné beaucoup de provisions, et quelques vêtements, d’une valeur d’au moins vingt livres. Si je mentionne ces choses avec tant de précision, c’est pour montrer que nous ne sommes jamais perdants à agir selon la pensée du Seigneur. Car si j’avais eu mon salaire régulier, humainement parlant, je n’aurais pas eu, à beaucoup près, autant ; mais, que cela eût été le cas ou non, une chose est claire : je n’ai pas servi un maître dur, et c’est ce que je prends plaisir à montrer.

7 janvier 1832. Nous avions de nouveau demandé à plusieurs reprises au Seigneur, aujourd’hui et hier, de pourvoir à nos besoins matériels, n’ayant aucun moyen de payer notre loyer de la semaine ; et ce soir, à une heure aussi tardive que onze heures, un frère nous a donné dix-neuf shillings et six pence,—preuve que le Seigneur n’est pas limité par le temps.

14 janvier. Ce matin, nous n’avions que du pain sec avec notre thé ; ce n’est que la deuxième fois depuis que nous vivons par la simple foi en Jésus pour nos ressources temporelles. Nous avons à la maison plus de quarante livres en argent comptant pour deux factures, qui ne seront exigibles que dans plusieurs semaines ; mais nous ne considérons pas cet argent comme le nôtre, et nous aimerions mieux, avec l’aide de Dieu, souffrir de grandes privations que d’y toucher. Nous regardions à notre Père, et il n’a pas permis que nous soyons déçus. Car au moment où il ne nous restait plus que trois pence et un petit morceau de pain, nous avons reçu deux shillings et cinq shillings.

18 février. Cet après-midi, un vaisseau sanguin s’est rompu dans mon estomac, et j’ai perdu une quantité considérable de sang. Aussitôt après, j’étais très heureux. 19 février. Ce matin, jour du Seigneur, deux frères sont venus me voir pour me demander quelles dispositions il fallait prendre aujourd’hui concernant les quatre villages où certains frères avaient l’habitude de prêcher, puisque, comme je n’étais pas en état de prêcher, l’un des frères devrait rester à la maison pour me remplacer. Je leur ai demandé, avec bienveillance, de revenir dans une heure environ, et que je leur donnerais alors une réponse. Après leur départ, le Seigneur m’a donné la foi pour me lever. Je me suis habillé, et j’ai résolu d’aller à la chapelle. J’ai pu le faire, bien que je fusse si faible en partant que parcourir la courte distance jusqu’à la chapelle me coûtait un effort. J’ai pu prêcher ce matin d’une voix aussi forte et aussi assurée que d’habitude, et pendant le temps habituel. Après la réunion du matin, un ami médecin est venu me voir et m’a supplié de ne pas prêcher de nouveau l’après-midi, car cela pourrait me faire grand mal. Je lui ai dit que je considérerais certes comme une grande présomption de le faire si le Seigneur ne m’avait pas donné la foi. J’ai prêché de nouveau l’après-midi, et cet ami médecin est revenu me voir et m’a dit la même chose au sujet de la réunion du soir. Néanmoins, ayant la foi, j’ai prêché de nouveau le soir. Après chaque réunion, je devenais plus fort, ce qui était une preuve évidente que la main de Dieu était dans cette affaire.

20 février. Le Seigneur m’a rendu capable de me lever de bonne heure le matin et d’aller à notre réunion de prière habituelle, où j’ai lu, parlé et prié. Ensuite, j’ai écrit quatre lettres, expliqué les Écritures à la maison, et assisté de nouveau à la réunion le soir. 21 février. J’ai assisté aux deux réunions comme d’habitude, j’ai prêché le soir, et j’ai fait en outre mon autre travail. 22 février. Aujourd’hui, j’ai assisté à la réunion du matin, puis j’ai marché six milles avec deux frères, et je me suis rendu en voiture à Plymouth. 23 février. Je suis maintenant aussi bien portant qu’avant la rupture du vaisseau sanguin. En rapportant les détails de cette circonstance, je voudrais avertir instamment quiconque lira ces lignes de ne pas m’imiter en pareille chose s’il n’a pas la foi ; mais s’il l’a, elle sera très assurément honorée par Dieu, comme une bonne monnaie. Je ne pourrais pas dire que, si pareille chose se reproduisait, j’agirais de la même manière ; car lorsque je n’étais pas, à beaucoup près, aussi faible qu’au moment de la rupture du vaisseau sanguin, n’ayant pas la foi, je n’ai pas prêché ; pourtant, s’il plaisait au Seigneur de me donner la foi, je pourrais faire de même, fussé-je encore plus faible qu’à l’époque dont je viens de parler.

Vers ce temps-là, je priai à plusieurs reprises avec des croyants malades jusqu’à ce qu’ils fussent rétablis. Je demandais au Seigneur sans condition la bénédiction de la santé du corps (chose que je ne pourrais pas faire maintenant), et ma requête était presque toujours exaucée. Dans certains cas, cependant, la prière ne fut pas exaucée. De la même manière, pendant que j’étais à Londres, en novembre 1829, en réponse à mes prières, je fus immédiatement délivré d’une infirmité corporelle dont je souffrais depuis longtemps, et qui n’est jamais revenue depuis. Voici comment je m’explique maintenant ces faits. Il plut au Seigneur, je pense, de me donner en pareils cas quelque chose comme le don (et non la grâce) de la foi, de sorte que je pouvais demander sans condition et attendre une réponse. La différence entre le don et la grâce de la foi me paraît être celle-ci. Selon le don de la foi, je suis capable de faire une chose, ou de croire qu’une chose arrivera, alors que ne pas la faire, ou ne pas la croire, ne serait pas un péché ; selon la grâce de la foi, je suis capable de faire une chose, ou de croire qu’une chose arrivera, à l’égard de laquelle j’ai la parole de Dieu comme fondement sur lequel m’appuyer, et dès lors ne pas la faire, ou ne pas la croire, serait un péché. Par exemple, le don de la foi serait nécessaire pour croire qu’un malade sera rétabli, alors qu’il n’y a aucune probabilité humaine, car il n’y a pas de promesse à cet effet ; la grâce de la foi est nécessaire pour croire que le Seigneur me donnera le nécessaire de la vie, si je cherche premièrement le royaume et la justice de Dieu, car il y a une promesse à cet effet.

18 mars. Ces deux jours-ci, nous n’avons pas pu acheter de viande. La sœur chez qui nous logeons nous a donné aujourd’hui une partie de son dîner. Nous regardons toujours à Jésus pour la délivrance. Il nous faut de l’argent pour payer le loyer de la semaine et pour acheter des provisions. 19 mars. Notre logeuse nous a de nouveau envoyé de sa viande pour notre dîner. Il ne nous reste qu’un demi-penny. Je me sens très froid pour demander de l’argent ; pourtant, j’espère la délivrance, bien que je ne voie pas d’où l’argent doit venir. Nous n’avons pas pu acheter de pain aujourd’hui comme d’habitude. 20 mars. Ce fut de nouveau un jour de très grandes grâces. Le matin, nous nous sommes réunis autour de notre déjeuner, que le Seigneur nous avait procuré, bien qu’il ne nous restât pas un seul penny. Le dernier demi-penny avait été dépensé pour le lait. Nous regardions alors toujours à Jésus pour de nouvelles ressources. Nous ne doutions ni l’un ni l’autre que le Seigneur interviendrait. J’ai ressenti comme une épreuve le peu d’ardeur que j’avais à prier le Seigneur, et s’il n’en avait pas été ainsi, peut-être aurait-il été pourvu plus tôt à nos besoins. Nous avons environ sept livres à la maison ; mais, comme nous ne les considérons plus comme nôtres, le Seigneur nous a gardés d’y prendre quoi que ce soit dans l’intention de remplacer ensuite ce que nous aurions pris, comme j’aurais pu le faire autrefois. La viande qu’on nous avait envoyée hier pour notre dîner a suffi aussi pour aujourd’hui. Ainsi le Seigneur avait pourvu à un autre repas. Deux sœurs sont venues nous voir vers midi, qui nous ont donné deux livres de sucre, une livre de café et deux tablettes de chocolat. Pendant qu’elles étaient avec nous, une pauvre sœur est venue nous apporter un shilling de sa part et deux shillings et six pence de la part d’une autre pauvre sœur. Notre logeuse nous a aussi envoyé de nouveau de son dîner, ainsi qu’un pain. Notre pain aurait à peine suffi pour le thé, si le Seigneur n’y avait ainsi pourvu dans sa grâce. Dans l’après-midi, la même sœur qui avait apporté l’argent nous a aussi apporté, de la part d’une autre sœur, une livre de beurre et deux shillings, et de la part d’une autre sœur encore, cinq shillings.


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