Chapitre 19 · 1 h 5 min de lecture · 1 h 23 min d’écoute
L’intendance
1844.
TRÉSORS TERRESTRES ET TRÉSORS CÉLESTES—CHERCHER LE ROYAUME DE DIEU—LA COMMUNION AVEC LE PÈRE—LE NÉGOCIANT CHRÉTIEN—EXEMPLES—ERREURS.
En terminant cette partie de mon récit, je voudrais ajouter quelques remarques sur certains passages de la parole de Dieu, d’abord parce que j’ai très souvent constaté que les chrétiens y prêtent peu d’attention, et ensuite parce que j’en ai éprouvé, dans une certaine mesure, le prix dans ma propre expérience ; je souhaite donc que tous mes frères et sœurs dans la foi partagent cette bénédiction avec moi.
I. En Matthieu 6:19-21, il est écrit : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Remarquez, cher lecteur, les points suivants au sujet de cette partie du témoignage divin :
1. C’est le Seigneur Jésus, notre Seigneur et Maître, qui prononce ces paroles en législateur de son peuple,—lui dont la sagesse est infinie et l’amour pour nous insondable, qui sait donc ce qui fait notre véritable bien et notre bonheur, et qui ne peut exiger de nous rien qui soit incompatible avec cet amour qui l’a conduit à donner sa vie pour nous.
2. Son conseil, sa tendre supplication et son commandement à nous, ses disciples, c’est : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre. » Le sens en est évidemment que les disciples du Seigneur Jésus, étant étrangers et voyageurs sur la terre, c.-à-d. n’appartenant pas à la terre et ne comptant pas y demeurer, ne doivent pas chercher à accroître leurs biens terrestres, quels que soient ces biens. C’est une parole pour les croyants pauvres aussi bien que pour les croyants riches ; elle concerne autant le fait de déposer des shillings à la caisse d’épargne que celui de placer des milliers de livres dans les fonds publics, ou d’acheter une maison ou une ferme après l’autre. On dira peut-être : Mais toute personne prudente et prévoyante ne cherche-t-elle pas à accroître ses ressources, afin d’avoir une belle part à laisser à ses enfants, ou d’avoir quelque chose pour sa vieillesse, ou pour le temps de la maladie, etc. ? Je réponds : il est bien vrai que c’est là l’usage du monde. Mais s’il en est ainsi dans le monde, et si nous avons toute raison de croire qu’il en sera toujours ainsi parmi ceux qui sont du monde et qui ont donc leur part sur la terre, nous, disciples du Seigneur Jésus, qui sommes nés de nouveau, qui sommes enfants de Dieu, non de nom, mais en réalité, qui sommes véritablement participants de la nature divine, qui sommes en communion avec le Père et le Fils, et qui avons en perspective « un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir » (1 Pierre 1:4), nous devrions agir en tout autrement que le monde, et donc sur ce point aussi. Si nous, disciples du Seigneur Jésus, recherchons, comme les gens du monde, l’accroissement de nos biens, ceux qui sont du monde ne peuvent-ils pas se demander à juste titre si nous croyons ce que nous disons, lorsque nous parlons de notre héritage, de notre vocation céleste, de notre qualité d’enfants de Dieu, etc. ? Ce doit souvent être une triste pierre d’achoppement pour l’incrédule de voir quelqu’un qui fait profession de croire au Seigneur Jésus agir sur ce point exactement comme lui. Pensez-y, chers frères dans le Seigneur, si cette remarque vous concerne.
3. Notre Seigneur dit de la terre qu’elle est un lieu « où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ». Tout ce qui est de la terre, et qui s’y rattache de quelque manière, est sujet à la corruption, au changement, à la dissolution. Il n’y a de réalité, de substance, en rien d’autre que dans les choses célestes. Souvent, les biens terrestres amassés avec soin finissent par être perdus en un instant, par un incendie, par un vol, par un revers dans les affaires commerciales, par la perte du travail, etc. ; mais à supposer même que rien de tout cela n’arrive, encore un peu de temps, et ton âme te sera redemandée ; ou bien, encore un peu de temps, et le Seigneur Jésus reviendra ; et quel profit auras-tu alors, cher lecteur, si tu as cherché avec soin à accroître tes biens terrestres ?
4. Notre Seigneur, toutefois, ne nous ordonne pas seulement de ne pas amasser de trésors sur la terre ; car s’il n’en avait pas dit davantage, on pourrait abuser de son commandement, et certains pourraient y trouver un encouragement à leurs habitudes de prodigalité, à leur amour du plaisir, à leur habitude de dépenser tout ce qu’ils ont ou peuvent obtenir pour eux-mêmes. Cela ne veut donc pas dire, selon l’expression courante, que nous devions « vivre à la hauteur de nos revenus » ; car il ajoute : « mais amassez-vous des trésors dans le ciel ». On peut amasser dans le ciel aussi véritablement que l’on amasse sur la terre ; s’il n’en était pas ainsi, notre Seigneur ne l’aurait pas dit. De même qu’on dépose une somme après l’autre à la banque, qu’elle est portée à notre crédit et que nous pouvons nous servir de l’argent par la suite, de même, en vérité, le penny, le shilling, la livre, les cent livres, les dix mille livres donnés pour l’amour du Seigneur, et sous la contrainte de l’amour de Jésus, à des frères pauvres, ou dépensés de quelque manière que ce soit dans l’œuvre de Dieu, il les inscrit dans le livre de souvenir, il les considère comme amassés dans le ciel. L’argent n’est pas perdu, il est placé dans la banque du ciel ; mais avec cette différence que, si une banque terrestre peut faire faillite, ou si, par suite de circonstances terrestres, nous pouvons perdre nos biens terrestres, l’argent ainsi mis en sûreté dans le ciel ne peut être perdu. Mais ce n’est de loin pas la seule différence. Je relève encore quelques points : les trésors amassés sur la terre entraînent avec eux bien des soucis ; les trésors amassés dans le ciel ne donnent jamais de souci. Les trésors amassés sur la terre ne peuvent jamais procurer de joie spirituelle ; les trésors amassés dans le ciel apportent avec eux, dès maintenant, la paix et la joie par le Saint-Esprit. Les trésors amassés sur la terre ne peuvent procurer ni paix ni consolation à l’heure de la mort, et lorsque la vie est finie, ils nous sont enlevés ; les trésors amassés dans le ciel font naître la reconnaissance de ce qu’il nous a été permis, et de ce que nous avons été jugés dignes, de servir le Seigneur avec les ressources qu’il lui a plu de nous confier comme à des intendants ; et lorsque cette vie est finie, nous ne sommes pas privés de ce qui y a été amassé, mais en allant au ciel nous allons là où sont nos trésors, et nous les y trouverons. On entend souvent dire, quand quelqu’un est mort : il est mort riche de tant. Mais quelles que soient les expressions courantes dans le monde, il est certain qu’une personne peut mourir riche de cinquante mille livres sterling, selon le calcul du monde, et ne posséder pourtant pas, aux yeux de Dieu, mille livres sterling, parce qu’elle n’était pas riche pour Dieu, elle n’avait pas amassé de trésors dans le ciel. Et de même, à l’inverse, nous pouvons imaginer un homme de Dieu qui s’endort en Jésus, et dont la veuve trouve à peine de quoi suffire aux frais des funérailles, et qui était néanmoins riche pour Dieu : aux yeux de Dieu, il possède peut-être cinq mille livres sterling, il a peut-être amassé cette somme dans le ciel. Cher lecteur, votre âme aspire-t-elle à être riche pour Dieu, à amasser des trésors dans le ciel ? Le monde passe, et sa convoitise aussi. Encore un peu de temps, et notre intendance nous sera retirée. À présent, nous avons l’occasion de servir le Seigneur de notre temps, de nos talents, de nos forces corporelles, de nos dons, et aussi de nos biens ; mais bientôt cette occasion peut cesser. Oh, combien elle peut cesser bientôt ! Avant même que ceci soit lu par qui que ce soit, je me serai peut-être endormi ; et le lendemain même du jour où vous l’aurez lu, cher lecteur, vous pourriez vous endormir ; c’est pourquoi, pendant que nous en avons l’occasion, servons le Seigneur.
5. Le Seigneur ajoute enfin : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Où le cœur du disciple du Seigneur Jésus devrait-il être, sinon dans le ciel ? Notre vocation est une vocation céleste, notre héritage est un héritage céleste, et réservé pour nous dans le ciel ; notre cité à nous est dans les cieux ; mais si nous, croyants au Seigneur Jésus, amassons des trésors sur la terre, il en résulte nécessairement que nos cœurs seront sur la terre ; bien plus, le fait même que nous le fassions prouve qu’ils y sont ! Et il n’en sera pas autrement tant que l’on n’aura pas cessé d’amasser des trésors sur la terre. Le croyant qui amasse des trésors sur la terre peut, au début, ne pas vivre ouvertement dans le péché ; il peut encore, dans une certaine mesure, faire honneur au Seigneur en certaines choses ; mais les effets nuisibles de cette habitude se manifesteront de plus en plus, tandis que l’habitude d’amasser des trésors dans le ciel attirerait le cœur toujours davantage vers le ciel ; elle fortifierait sans cesse sa nature nouvelle, sa nature divine, ses facultés spirituelles, parce qu’elle mettrait en œuvre ses facultés spirituelles, qui en seraient ainsi fortifiées ; et il aurait de plus en plus, alors même qu’il est encore dans le corps, son cœur dans le ciel et attaché aux choses célestes ; et ainsi le fait d’amasser des trésors dans le ciel apporterait avec lui, dès cette vie, de précieuses bénédictions spirituelles comme récompense de l’obéissance au commandement de notre Seigneur.
II. Le passage suivant, sur lequel je désire faire quelques remarques, est Matthieu 6:33 : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » Après que notre Seigneur, dans les versets précédents, eut montré à ses disciples « les oiseaux du ciel » et « les lis des champs », afin qu’ils soient sans inquiétude au sujet du nécessaire de la vie, il ajoute : « Ne vous inquiétez donc point (littéralement, ne soyez pas anxieux), et ne dites pas: Que mangerons-nous? Que boirons-nous? De quoi serons-nous vêtus? (Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent.) Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. » Remarquez ici tout particulièrement que nous, les enfants de Dieu, devons être différents des nations de la terre, de ceux qui n’ont pas de Père dans le ciel, et qui font donc leur grande affaire, leur premier et anxieux souci, de ce qu’ils mangeront, de ce qu’ils boiront et de quoi ils seront vêtus. Nous, les enfants de Dieu, devons, en ce point comme en tout autre, être différents du monde, et prouver au monde que nous croyons avoir dans le ciel un Père qui sait que nous avons besoin de toutes ces choses. Le fait que notre Père tout-puissant, qui est plein d’un amour infini pour nous, ses enfants, et qui nous a prouvé son amour par le don de son Fils unique, et sa toute-puissance en le ressuscitant des morts, sait que nous avons besoin de ces choses, devrait ôter toute inquiétude de nos esprits. Il y a cependant une chose dont nous avons à nous occuper, et dont nous devons nous occuper, en ce qui concerne nos besoins temporels ; elle est mentionnée dans notre verset : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu. » La grande affaire dont le disciple du Seigneur Jésus doit se soucier (car cette parole fut adressée à des disciples, à des gens qui faisaient profession de croire) est de chercher le royaume de Dieu, c.-à-d. de chercher, selon ma manière de voir, la prospérité extérieure et intérieure de l’Église de Christ. Si, selon nos capacités, et selon les occasions que le Seigneur nous donne, nous cherchons à gagner des âmes au Seigneur Jésus, cela me paraît être chercher la prospérité extérieure du royaume de Dieu ; et si, comme membres du corps de Christ, nous cherchons à faire du bien à nos frères membres du corps, en les aidant à avancer dans la grâce et la vérité, ou en prenant soin d’eux de quelque manière que ce soit pour leur édification, ce serait chercher la prospérité intérieure du royaume de Dieu. Mais en même temps nous avons aussi à « chercher sa justice », ce qui signifie (puisque cela fut dit à des disciples, à ceux qui ont un Père dans le ciel, et non à ceux du dehors) chercher à être de plus en plus semblables à Dieu, chercher à être intérieurement conformés à la pensée de Dieu. Si l’on s’occupe de ces deux choses (et elles impliquent aussi que nous ne soyons pas paresseux dans nos affaires), alors nous avons part à cette précieuse promesse : « Et toutes ces choses (c’est-à-dire la nourriture, le vêtement, ou toute autre chose nécessaire à la vie présente) vous seront données par-dessus. » Ce n’est pas pour nous être occupés de ces deux choses que nous obtenons la bénédiction, mais en nous en occupant.
Je vous pose maintenant, mon cher lecteur, quelques questions en toute charité, parce que je cherche véritablement votre bien, et que je ne veux pas vous les poser sans les avoir d’abord posées à mon propre cœur. Faites-vous votre affaire principale, votre premier grand souci, de chercher le royaume de Dieu et sa justice ? Les choses de Dieu, l’honneur de son nom, le bien de son Église, la conversion des pécheurs et le profit de votre propre âme sont-ils votre but principal ? Ou bien sont-ce vos affaires, votre famille, vos propres intérêts temporels qui, sous une forme ou une autre, occupent en premier votre attention ? S’il en est ainsi, alors, bien que vous ayez peut-être tout le nécessaire de la vie, pourriez-vous être surpris de ne pas l’avoir ? Souvenez-vous que le monde passe, mais que les choses de Dieu demeurent éternellement.
Je n’ai jamais connu d’enfant de Dieu agissant selon le passage ci-dessus dans l’expérience duquel le Seigneur n’ait pas accompli sa parole de promesse : « Toutes ces choses vous seront données par-dessus. »
III. La troisième portion du témoignage divin sur laquelle je désire livrer quelques réflexions se trouve en 1 Jean 1:3 : « Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. » Remarquez :
1. Les mots « communion », « participation », « coparticipation » et « association » signifient la même chose.
2. Le croyant au Seigneur Jésus n’obtient pas seulement le pardon de tous ses péchés, comme il l’obtient par l’effusion du sang de Jésus, par la foi en son nom ; il ne devient pas seulement juste devant Dieu, par la justice du Seigneur Jésus, par la foi en son nom ; il n’est pas seulement engendré de nouveau, né de Dieu et participant de la nature divine, et par conséquent enfant de Dieu et héritier de Dieu ; mais il est aussi en communion, ou en association, avec Dieu. Or, en ce qui concerne Dieu, et notre position dans le Seigneur Jésus, nous possédons cette bénédiction une fois pour toutes ; et elle n’admet ni augmentation ni diminution. De même que l’amour de Dieu pour nous, croyants, ses enfants, reste invariablement le même, quelles que soient les manifestations de cet amour ; et de même que sa paix envers nous reste la même, si troublée que puisse être notre paix ; ainsi en est-il de notre communion, ou association, avec lui : elle demeure invariablement la même en ce qui concerne Dieu. Mais alors,
3. Il y a une communion, ou association, d’expérience avec le Père et avec son Fils, qui consiste en ceci : tout ce que nous possédons en Dieu, en tant qu’associés ou compagnons de Dieu, est amené dans notre vie quotidienne, y est goûté, éprouvé et mis à profit. Cette communion, ou association, d’expérience admet une augmentation ou une diminution, dans la mesure où la foi s’exerce et où nous entrons dans la jouissance de ce que nous avons reçu dans le Seigneur Jésus. La mesure dans laquelle nous pouvons jouir de cette communion d’expérience avec le Père et avec le Fils est sans limite ; car nous pouvons sans limite faire usage de notre association avec le Père et avec le Fils, et puiser par la prière et la foi dans la plénitude inépuisable qui est en Dieu.
Prenons maintenant quelques exemples, afin de voir le fonctionnement pratique de cette communion, ou association, d’expérience avec le Père et avec le Fils. Supposons deux parents croyants qui n’ont été amenés à la connaissance de la vérité que quelques années après que le Seigneur leur eut donné plusieurs enfants. Leurs enfants ont été élevés dans des voies mauvaises et coupables, tandis que les parents ne connaissaient pas le Seigneur. Maintenant les parents récoltent ce qu’ils ont semé. Ils souffrent d’avoir donné le mauvais exemple à leurs enfants, car leurs enfants sont indociles et se conduisent très mal. Que faire maintenant ? De tels parents doivent-ils désespérer ? Non. La première chose qu’ils ont à faire est de confesser leurs péchés à Dieu, pour avoir négligé leurs enfants pendant qu’ils vivaient eux-mêmes dans le péché, puis de se souvenir qu’ils sont associés à Dieu, et donc de prendre courage, bien qu’ils soient encore, en eux-mêmes, tout à fait insuffisants pour la tâche de diriger leurs enfants. Ils n’ont en eux-mêmes ni la sagesse, ni la patience, ni la longanimité, ni la douceur, ni la mansuétude, ni l’amour, ni la décision et la fermeté, ni rien de ce qui peut être nécessaire pour bien conduire leurs enfants. Mais leur Père céleste a tout cela. Le Seigneur Jésus possède tout cela. Et ils sont associés au Père et au Fils, et ils peuvent donc obtenir par la prière et la foi tout ce dont ils ont besoin dans la plénitude de Dieu. Je dis par la prière et par la foi, car nous avons à faire connaître notre besoin à Dieu par la prière, à demander son secours, et ensuite nous avons à croire qu’il nous donnera ce dont nous avons besoin. La prière seule ne suffit pas. Nous pouvons prier autant que nous voudrons : si nous ne croyons pas que Dieu nous donnera ce dont nous avons besoin, nous n’avons aucune raison d’espérer recevoir ce que nous avons demandé. Ces parents auraient donc à demander à Dieu de leur donner la sagesse, la patience, la longanimité, la douceur, la mansuétude, l’amour, la décision et la fermeté nécessaires, et tout ce dont ils jugeraient encore avoir besoin. Ils peuvent, avec une humble hardiesse, rappeler à leur Père céleste que sa parole leur assure qu’ils sont associés à lui, et, puisqu’ils manquent eux-mêmes de ces qualités, lui demander de bien vouloir pourvoir à leur besoin ; et ensuite ils ont à croire que Dieu le fera, et ils recevront selon leur besoin.
Autre exemple : supposons que je sois placé dans mes affaires de telle sorte qu’il surgisse jour après jour de telles difficultés que je m’aperçois continuellement que je fais de faux pas à cause de ces grandes difficultés. Comment la situation peut-elle s’améliorer ? En moi-même, je ne vois aucun remède à ces difficultés. En me regardant moi-même, je ne puis m’attendre qu’à commettre de nouvelles erreurs, et ainsi épreuve sur épreuve semble m’attendre. Et pourtant je n’ai pas à désespérer. Le Dieu vivant est mon associé. Moi, je n’ai pas assez de sagesse pour faire face à ces difficultés de manière à savoir quelles démarches entreprendre, mais lui est capable de me diriger. Voici donc ce que j’ai à faire : exposer avec simplicité mon cas à mon Père céleste et à mon Seigneur Jésus. Le Père et le Fils sont mes associés. J’ai à ouvrir mon cœur à Dieu, et à lui demander, puisqu’il est mon associé et que je n’ai en moi-même aucune sagesse pour faire face aux nombreuses difficultés qui surviennent continuellement dans mes affaires, de bien vouloir me guider et me diriger, et me donner la sagesse nécessaire ; et ensuite j’ai à croire que Dieu le fera, et à aller avec bon courage à mes affaires, et à attendre son secours dans la prochaine difficulté qui pourra se présenter. J’ai à guetter sa direction ; j’ai à attendre du Seigneur un conseil ; et aussi sûrement que je le fais, je l’aurai, je trouverai que je suis, non de nom, mais réellement, associé au Père et au Fils.
Autre exemple : voici un père et une mère avec sept petits enfants. Les deux parents sont croyants. Le père travaille dans une manufacture, mais ne peut gagner plus de dix shillings par semaine. La mère ne peut rien gagner. Ces dix shillings sont trop peu pour procurer une nourriture saine et substantielle à sept enfants en pleine croissance et à leurs parents, et pour les pourvoir des autres choses nécessaires à la vie. Que faire en pareil cas ? Assurément pas s’en prendre au fabricant, qui n’est peut-être pas en mesure de payer un salaire plus élevé, et encore bien moins murmurer contre Dieu ; mais les parents ont à dire avec simplicité à Dieu, leur associé, qu’un salaire de dix shillings par semaine ne suffit pas, en Angleterre, pour fournir à neuf personnes tout ce dont elles ont besoin sans que leur santé en souffre. Ils ont à rappeler à Dieu qu’il n’est pas un maître dur, ni un être sans bonté, mais un Père plein d’amour, qui a abondamment prouvé l’amour de son cœur par le don de son Fils unique. Et ils ont, avec une simplicité d’enfant, à lui demander, ou bien de disposer les choses de telle sorte que le fabricant puisse accorder un salaire plus élevé, ou bien qu’il (le Seigneur) leur trouve une autre place où le père pourrait gagner davantage, ou bien qu’il lui plaise, d’une manière ou d’une autre, comme il le jugera bon, de leur fournir davantage de ressources. Ils ont à le demander au Seigneur, avec une simplicité d’enfant, encore et encore, s’il ne répond pas tout de suite à leur requête ; et ils ont à croire que Dieu, leur Père et leur associé, leur donnera ce que leur cœur désire. Ils ont à attendre une réponse à leurs prières ; jour après jour, ils ont à la guetter, et à renouveler leur requête jusqu’à ce que Dieu l’exauce. Aussi sûrement qu’ils croient que Dieu leur accordera leur requête, aussi sûrement elle leur sera accordée.
De même, supposons que je désire plus de force contre les péchés qui m’enveloppent si facilement ; supposons que je désire plus de force contre certaines tentations ; supposons que je désire plus de sagesse, ou de grâce, ou toute autre chose dont je puis avoir besoin dans mon service parmi les saints, ou dans mon service envers les inconvertis : qu’ai-je à faire, sinon à mettre à profit ma communion avec le Père et avec le Fils ? Prenons par exemple un vieil employé fidèle, que l’on prend aujourd’hui même comme associé dans une maison de commerce immensément riche ; bien qu’il soit lui-même entièrement sans fortune, il ne se laisserait pas décourager parce que la maison doit effectuer un paiement important dans les trois jours, alors qu’il n’a lui-même pas un sou à lui, mais il se consolerait par les immenses richesses que possèdent ceux qui viennent si généreusement de l’associer à eux : de même nous, enfants de Dieu et serviteurs de Jésus-Christ, nous devrions nous consoler par notre communion, ou association, avec le Père et avec le Fils, bien que nous n’ayons par nous-mêmes aucune force contre les péchés qui nous enveloppent si facilement ; bien que nous ne puissions résister par nos propres forces aux tentations qui sont devant nous ; et bien que nous n’ayons ni assez de grâce ni assez de sagesse pour notre service parmi les saints, ou envers les inconvertis. Tout ce que nous avons à faire, c’est de tirer sur notre associé, le Dieu vivant. Par la prière et la foi, nous pouvons obtenir tout le secours et toutes les bénédictions temporelles et spirituelles nécessaires. En toute simplicité, nous avons à ouvrir notre cœur devant Dieu, et ensuite nous avons à croire qu’il nous donnera selon notre besoin.
Mais si nous ne croyons pas que Dieu nous aidera, pourrions-nous être en paix ? L’employé, pris comme associé dans la maison, croit que la maison fera face au paiement, si important soit-il, et bien qu’il doive être effectué dans trois jours, et c’est ce qui garde son cœur tranquille, quoiqu’il soit lui-même entièrement pauvre. Nous avons à croire que notre associé infiniment riche, le Dieu vivant, nous aidera dans notre besoin, et non seulement nous serons en paix, mais nous trouverons effectivement que le secours dont nous avons besoin nous sera accordé. Ne laissez pas, cher lecteur, le sentiment de votre entière indignité vous empêcher de croire ce que Dieu a dit à votre sujet. Si vous êtes vraiment un croyant au Seigneur Jésus, alors ce précieux privilège d’être associé au Père et au Fils est le vôtre, bien que vous et moi en soyons entièrement indignes. Si le sentiment de notre indignité devait nous empêcher de croire ce que Dieu a dit de ceux qui s’appuient sur le Seigneur Jésus et se confient en lui pour leur salut, nous trouverions alors qu’il n’est pas une seule bénédiction, parmi toutes celles dont nous avons été bénis dans le Seigneur Jésus, dont nous puissions, à cause de notre indignité, tirer une consolation ou une paix durable.
IV. Il y a encore un point que je désire présenter au lecteur croyant, en rapport avec plusieurs portions de la parole de Dieu qui touchent ce sujet ; il concerne la « manière scripturaire de surmonter les difficultés que rencontre aujourd’hui le croyant engagé dans un commerce, un métier, une profession ou une occupation terrestre quelconque, difficultés qui proviennent de la concurrence dans les affaires, du trop grand nombre de personnes occupées dans la même branche, de la stagnation du commerce, et autres causes semblables ». Les enfants de Dieu, qui sont étrangers et voyageurs sur la terre, ont eu de tout temps des difficultés dans le monde, car ils ne sont pas chez eux, mais loin de chez eux ; et ils ne doivent pas, jusqu’au retour du Seigneur Jésus, s’attendre à ce qu’il en soit autrement pour eux. Mais si cela est vrai, il est vrai aussi que le Seigneur nous a pourvus, dans toutes nos difficultés, de quelque chose dans sa propre parole pour y faire face. Toutes les difficultés peuvent être surmontées en agissant selon la parole de Dieu. Je désire en ce moment indiquer plus particulièrement les moyens par lesquels les enfants de Dieu engagés dans une occupation terrestre quelconque peuvent surmonter les difficultés qui proviennent de la concurrence dans les affaires, du trop grand nombre de personnes occupées dans la même branche, de la stagnation du commerce, et autres causes semblables.
1. La première chose que le croyant qui se trouve dans de telles difficultés doit se demander, c’est : Suis-je dans une occupation où je puis demeurer avec Dieu ? Si notre occupation est de telle nature que nous ne pouvons demander sur elle la bénédiction de Dieu, ou que nous aurions honte d’y être trouvés à l’apparition du Seigneur Jésus, ou qu’elle entrave nécessairement nos progrès spirituels, alors nous devons l’abandonner et nous engager dans quelque autre chose ; mais il n’en est ainsi que dans peu de cas. La plus grande partie, de loin, des occupations dans lesquelles sont engagés les croyants ne sont pas de telle nature qu’ils aient besoin de les abandonner pour garder une bonne conscience et pour pouvoir marcher avec Dieu, bien que certains changements doivent peut-être être apportés à la manière de conduire leur commerce, leurs affaires ou leur profession. Au sujet de ces aspects de notre occupation qui peuvent avoir besoin d’être changés, nous recevrons du Seigneur des instructions, si nous les désirons vraiment, si nous nous attendons à lui pour les recevoir et les espérons de lui.
2. Supposons maintenant que le croyant soit dans une occupation où il peut demeurer avec Dieu ; le point suivant à régler est celui-ci : « Pourquoi est-ce que je mène ces affaires, ou pourquoi suis-je engagé dans ce métier ou dans cette profession ? » Dans la plupart des cas, autant que mon expérience me permet d’en juger, expérience que j’ai recueillie dans mon service parmi les saints au cours des quinze dernières années et demie [c.-à-d. en 1845], je crois que la réponse serait : « J’exerce mon occupation terrestre afin de gagner de quoi me procurer, à moi et à ma famille, le nécessaire de la vie. » Voilà l’erreur principale d’où découlent presque toutes les autres erreurs qu’entretiennent les enfants de Dieu au sujet de leur occupation. Ce n’est pas un motif juste et scripturaire que d’être engagé dans un métier, des affaires ou une profession uniquement afin de gagner de quoi nous procurer, à nous et à notre famille, le nécessaire de la vie ; mais nous devons travailler parce que c’est la volonté du Seigneur à notre égard. Cela ressort clairement des passages suivants : 1 Thessaloniciens 4:11, 12 ; 2 Thessaloniciens 3:10-12 ; Éphésiens 4:28. Il est bien vrai qu’en général le Seigneur pourvoit au nécessaire de la vie au moyen de notre occupation ordinaire ; mais que ce ne soit pas là la raison pour laquelle nous devons travailler, cela ressort assez clairement de cette considération : si la possession du nécessaire de la vie dépendait de notre capacité de travailler, nous ne pourrions jamais être libres d’inquiétude, car nous aurions toujours à nous dire : Et que ferai-je lorsque je serai trop vieux pour travailler, ou lorsque la maladie m’empêchera de gagner mon pain ? Mais si, au contraire, nous sommes engagés dans notre occupation terrestre parce que c’est la volonté du Seigneur à notre égard que nous travaillions, et qu’en travaillant ainsi nous pourvoyions aux besoins de nos familles, et puissions aussi soutenir les faibles, les malades, les vieillards et les nécessiteux, alors nous avons une bonne et scripturaire raison de nous dire : S’il plaisait au Seigneur de me coucher sur un lit de maladie, ou de m’empêcher autrement, par suite d’infirmité, de vieillesse ou de manque de travail, de gagner mon pain par le travail de mes mains, ou par mes affaires, ou par ma profession, il pourvoira encore à mes besoins. Parce que nous qui croyons sommes serviteurs de Jésus-Christ, qui nous a achetés de son propre sang précieux, et que nous ne nous appartenons pas, et parce que ce précieux Seigneur et Maître nous a commandé de travailler, nous travaillons ; et en le faisant, notre Seigneur pourvoira à nos besoins ; mais que ce soit de cette manière ou d’une autre, il est sûr de pourvoir à nos besoins, car nous travaillons par obéissance envers lui ; et si même un maître terrestre juste donne un salaire à ses serviteurs, le Seigneur veillera assurément à ce que nous recevions notre salaire, si c’est par obéissance envers lui que nous sommes engagés dans notre occupation, et non pour nous-mêmes.
Combien grande est la différence entre agir selon la parole de Dieu et agir selon nos propres désirs naturels, ou selon les usages du monde, c’est ce que montrera clairement, je l’espère, le cas suivant. Supposons que j’exerce quelque métier utile. Supposons que j’aie la perspective humaine certaine que, pendant les trois prochains mois, mon travail ne me rapportera rien, pour certaines raisons liées à l’état des affaires commerciales. En homme du monde, je dirais : Je ne travaillerai pas du tout, puisque mon travail ne sera pas payé ; mais en chrétien qui désire agir selon la sainte parole de Dieu, je devrais dire : Mon métier est utile à la société, et je travaillerai, malgré toutes les perspectives humaines, parce que le Seigneur Jésus m’a commandé de travailler ; c’est de lui, et non de mon métier, que j’attends mon salaire. En outre, le chrétien devrait aussi dire : L’oisiveté est un piège redoutable du diable ; il a une occasion toute particulière de prendre l’avantage sur les enfants de Dieu lorsqu’ils sont inoccupés ; c’est pourquoi je travaillerai, bien que je n’aie aucune perspective humaine d’être payé pour mon travail, mais seulement d’obtenir le prix coûtant de la matière, et de devoir donner mon travail pour rien. De plus, le chrétien devrait dire : Bien que, selon la probabilité humaine, je doive travailler pour rien pendant les trois prochains mois, je travaillerai cependant, parce que le Seigneur peut rapidement changer l’état des choses, contrairement à toute attente humaine ; mais qu’il lui plaise de le faire ou non, je travaille parce que j’appartiens au Seigneur, racheté par son sang précieux, et qu’il me commande de travailler.
Mais il y a des motifs plus bas encore que celui d’exercer notre occupation terrestre uniquement afin de gagner de quoi nous procurer le nécessaire de la vie, pour lesquels même des chrétiens, de vrais enfants de Dieu, peuvent être engagés dans leur occupation : par exemple, pour obtenir une certaine somme d’argent, puis se retirer des affaires et vivre de ses rentes ; ou pour se mettre quelque chose de côté pour la vieillesse ; ou pour acquérir une certaine fortune, sans avoir l’intention de quitter les affaires. S’il est contraire à l’Écriture d’être engagé dans notre occupation même uniquement afin de gagner de quoi nous procurer, à nous et à notre famille, le nécessaire de la vie, combien plus est-il inconvenant qu’un enfant de Dieu soit engagé dans son occupation pour l’une ou l’autre des raisons mentionnées en dernier lieu.
Ce second point donc — Pourquoi est-ce que je mène ces affaires ? Pourquoi suis-je engagé dans ce métier ou dans cette profession ? — devrait d’abord être réglé dans la crainte de Dieu, et selon la volonté révélée de Dieu ; et si nous ne pouvons pas dire, en toute honnêteté de cœur : Je mène mes affaires, j’exerce mon métier, ou mon art, ou ma profession, en serviteur de Jésus-Christ, à qui j’appartiens, parce qu’il m’a acheté de son sang précieux, et il m’a commandé de travailler, c’est pourquoi je travaille,—je le répète, si nous ne pouvons pas dire cela en toute honnêteté de cœur, mais devons confesser que nous travaillons pour des motifs plus bas, par exemple pour gagner notre pain, ou pour des motifs plus bas encore, et tout à fait indignes d’un enfant de Dieu, qui n’est pas du monde, mais de Dieu, comme d’obtenir une certaine somme d’argent afin de pouvoir vivre de ses rentes sans avoir à travailler, ou de se mettre quelque chose de côté pour la vieillesse, ou d’acquérir une certaine fortune sans avoir l’intention de quitter les affaires ;—si tels sont nos motifs pour être engagés dans notre occupation, je le demande, pouvons-nous être surpris de rencontrer de grandes difficultés dans nos affaires, et de ce que le Seigneur, dans son amour surabondant pour nous, ses enfants égarés, ne nous permette pas de réussir ? Mais supposons que ce second point soit réglé selon l’Écriture, et que nous puissions dire honnêtement que c’est parce que nous sommes serviteurs de Jésus-Christ que nous sommes occupés comme nous le sommes ; nous avons encore à examiner,—
3. Si nous menons nos affaires, ou exerçons notre métier, notre art ou notre profession, en intendants du Seigneur. Il ne devrait pas suffire à l’enfant de Dieu d’être dans une occupation où il peut demeurer avec Dieu, ni d’exercer son occupation parce que c’est la volonté de son Seigneur et Maître qu’il travaille ; mais il devrait se considérer, dans son métier, ses affaires, son art ou sa profession, uniquement comme l’intendant du Seigneur pour ce qui est de son revenu. L’enfant de Dieu a été racheté par le sang précieux du Seigneur Jésus, et il est entièrement sa propriété, avec tout ce qu’il possède : ses forces corporelles, ses forces intellectuelles, ses capacités de toute sorte, son métier, ses affaires, son art ou sa profession, ses biens, etc. ; car il est écrit : « Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes; car vous avez été rachetés à un grand prix. » 1 Corinthiens 6:19, 20. Le produit de notre occupation n’est donc pas à nous, en ce sens que nous pourrions en user comme le voudrait notre cœur naturel, que ce soit pour le dépenser à satisfaire notre orgueil, notre amour du plaisir ou nos jouissances sensuelles, ou pour mettre l’argent de côté pour nous-mêmes ou pour nos enfants, ou pour en user de quelque manière que ce soit selon nos goûts naturels ; mais nous avons à nous tenir devant notre Seigneur et Maître, dont nous sommes les intendants, pour chercher à connaître sa volonté, à savoir comment il veut que nous employions le produit de notre occupation.
Mais est-ce bien là l’esprit dans lequel les enfants de Dieu exercent généralement leur occupation ? On ne le sait que trop : il n’en est rien ! Pouvons-nous donc nous étonner que même les chers enfants de Dieu se trouvent si souvent dans de grandes difficultés au sujet de leur occupation, et qu’on les entende si souvent se plaindre de la stagnation ou de la concurrence dans le commerce et de la dureté des temps, bien qu’il leur ait été donné des promesses aussi précieuses que : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » ; ou : « Que votre conduite (disposition ou tournure d’esprit) soit exempte d’avarice; contentez-vous de ce que vous avez; car Dieu lui-même a dit: Je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point. » Hébreux 13:5. N’est-il pas assez évident que lorsque notre Père céleste voit que nous, ses enfants, nous employons ou voudrions employer le produit de notre occupation comme le désirerait notre esprit naturel, il ne peut pas du tout nous confier de ressources, ou se verra obligé de les diminuer ? Aucune mère sage et vraiment affectueuse ne permettra à son petit enfant de jouer avec un rasoir ou avec le feu, quelque désir que l’enfant en ait ; et de même l’amour et la sagesse de notre Père céleste ne veulent pas, ne peuvent pas, nous confier des ressources pécuniaires, si ce n’est par voie de châtiment, ou pour nous en montrer finalement l’entière vanité, s’il voit que nous ne désirons pas les posséder comme ses intendants, afin de les dépenser comme il pourra nous l’indiquer par son Saint-Esprit, au moyen de sa parole.
À ce propos, je donne au lecteur croyant quelques indications sur trois passages de la parole de Dieu. En 1 Corinthiens 16:2, nous trouvons ces mots adressés aux frères de Corinthe : « Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu’il pourra, selon sa prospérité ». Une collecte devait être faite pour les saints pauvres de Judée, et les frères de Corinthe étaient exhortés à mettre de côté pour elle, chaque jour du Seigneur, selon la mesure de succès que le Seigneur avait bien voulu leur accorder dans leur vocation au cours de la semaine. Or, les saints de notre temps ne devraient-ils pas, eux aussi, agir selon cette parole ? Il n’y a dans la parole de Dieu aucun passage qui nous empêche de le faire, et il est tout à fait conforme à notre caractère de pèlerins de ne pas examiner seulement une ou deux fois, ou quatre fois par an, combien nous pouvons donner aux saints pauvres, ou à l’œuvre de Dieu de quelque manière que ce soit, mais de chercher à le régler chaque semaine. Si l’on dit : Je ne puis savoir combien j’ai gagné par mon commerce au cours de la semaine, et je ne puis donc pas donner en proportion, voici ma réponse : Cherchez, chers frères, autant que possible, à établir vos affaires sur un pied tel que vous puissiez déterminer, d’aussi près que possible, combien vous avez gagné dans votre vocation au cours de la semaine. Mais supposé que vous ne puissiez l’établir exactement, au shilling ou à la livre près, vous saurez pourtant assez bien comment les choses ont été pour vous pendant la semaine ; donnez donc, selon ce que vous en savez le mieux, le prochain jour du Seigneur, pour les besoins des saints pauvres et pour l’œuvre de Dieu, selon qu’il vous conduira, après que vous aurez recherché sa direction.
Peut-être direz-vous : Les semaines sont si différentes ! En une semaine je puis gagner trois fois, et même dix fois autant que dans une autre ; si je donne selon ce que me rapporte ma vocation dans une très bonne semaine, comment ferai-je face aux semaines où je ne gagne presque rien, ou aux mauvaises créances ? Comment ferai-je quand la maladie frappera ma famille, ou quand d’autres épreuves entraînant des dépenses viendront sur moi, si je ne prends pas mes précautions pour de tels moments ? Ma réponse est celle-ci : 1. Je ne trouve pas dans tout le Nouveau Testament un seul passage où il soit exhorté, directement ou indirectement, à se prémunir par l’épargne contre le ralentissement des affaires, les mauvaises créances et la maladie. 2. Souvent le Seigneur est obligé de permettre que le ralentissement des affaires, ou les mauvaises créances, ou la maladie dans notre famille, ou d’autres épreuves qui augmentent nos dépenses, viennent sur nous, parce que nous n’agissons pas, en tant que ses intendants, selon notre intendance, mais comme si nous étions propriétaires de ce que nous avons, oubliant que le temps n’est pas encore venu où nous entrerons en possession de nos biens ; et il le fait afin que, par ces pertes et ces dépenses, les biens que nous avons amassés soient diminués, de peur que nous n’attachions de nouveau entièrement notre cœur aux choses de la terre et n’oubliions Dieu tout à fait. Son amour est si grand qu’il ne laisse pas ses enfants suivre tranquillement leur propre chemin quand ils l’ont abandonné ; mais si ses avertissements pleins d’amour, donnés par son Saint-Esprit, sont méprisés, il est obligé, dans son amour de père, de les châtier. Nous en avons une illustration frappante dans le cas d’Israël en tant que nation. Le commandement qui lui avait été donné était de laisser sa terre sans culture la septième année, afin qu’elle se reposât, et le Seigneur avait promis de suppléer à ce manque par une abondante bénédiction reposant sur la sixième année. Mais Israël n’agit pas selon ce commandement, disant sans doute, dans l’incrédulité de son cœur, comme le Seigneur l’avait annoncé : « Que mangerons-nous la septième année, puisque nous ne sèmerons point et ne ferons point nos récoltes? » (Lévitique 25). Mais que fit le Seigneur ? Il avait résolu que la terre aurait du repos ; et comme les Israélites ne le lui accordaient pas de bon gré, il les envoya en captivité pour soixante-dix ans, afin que la terre eût ainsi du repos. Voyez Lévitique 26:33-35. Bien-aimés frères dans le Seigneur, veillons à marcher de telle sorte que le Seigneur ne soit pas obligé de nous châtier en nous ôtant une partie de nos biens terrestres par de mauvaises créances, la maladie, le déclin des affaires et autres choses semblables, parce que nous n’aurions pas voulu reconnaître notre position d’intendants, mais aurions agi en propriétaires, gardant pour nous les moyens que le Seigneur nous avait confiés, non pour satisfaire notre esprit charnel, mais pour que nous les employions à son service et à sa louange.
Un frère dont le gain est modeste pourrait aussi dire : Dois-je, moi aussi, donner selon ce que je gagne ? Mon gain est déjà si petit que ma femme a la plus grande peine à le faire suffire aux besoins de la famille. Ma réponse est celle-ci : Avez-vous jamais considéré, mon frère, que la raison même pour laquelle le Seigneur est obligé de laisser votre gain si petit est peut-être que vous dépensez tout pour vous-mêmes, et que, s’il vous donnait davantage, vous ne l’emploieriez qu’à augmenter le bien-être de votre famille, au lieu de regarder autour de vous pour voir qui, parmi les frères, est malade ou n’a pas de travail du tout, afin de lui venir en aide, ou comment vous pourriez soutenir l’œuvre de Dieu dans votre pays ou à l’étranger ? Il y a une grande tentation, pour un frère au gain modeste, de se décharger de la responsabilité de secourir les saints nécessiteux et malades, ou de faire avancer l’œuvre de Dieu, pour la rejeter sur les quelques frères et sœurs riches avec lesquels il est uni dans la communion fraternelle, et de dépouiller ainsi sa propre âme !
On pourrait demander : Quelle part de mon revenu dois-je donner ? Le dixième, le cinquième, le tiers, la moitié, ou davantage ? Ma réponse est que Dieu ne pose aucune règle sur ce point. Ce que nous faisons, nous devons le faire avec joie, et non par contrainte. Mais si Jacob lui-même, aux premières lueurs de la lumière spirituelle (Genèse 28:22), promit à Dieu la dîme de tout ce qu’il lui donnerait, combien plus ne devrions-nous pas faire pour lui, nous qui croyons au Seigneur Jésus : nous dont la vocation est céleste, et qui savons clairement que nous sommes enfants de Dieu et cohéritiers du Seigneur Jésus ! Et pourtant, tous les enfants de Dieu donnent-ils seulement le dixième de ce que le Seigneur leur donne ? Cela ferait deux shillings par semaine pour le frère qui gagne une livre, quatre shillings pour celui qui en gagne deux, et deux livres par semaine pour celui dont le revenu est de vingt livres par semaine.
À propos de 1 Corinthiens 16:2, je voudrais mentionner deux autres passages : 1. « celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. » (2 Corinthiens 9:6). Il est certain que nous, enfants de Dieu, sommes si abondamment bénis en Jésus, par la grâce de Dieu, que nous ne devrions avoir besoin d’aucun aiguillon pour faire de bonnes œuvres. Le pardon de nos péchés, le fait d’avoir été faits pour toujours enfants de Dieu, la maison du Père placée devant nous comme notre demeure ;—ces bénédictions devraient être des motifs suffisants pour nous pousser, par amour et par reconnaissance, à servir Dieu abondamment tous les jours de notre vie, et aussi à abandonner de bon cœur, selon qu’il le demandera, ce qu’il nous a confié des choses de ce monde. Mais, bien qu’il en soit ainsi, le Seigneur nous présente néanmoins dans sa sainte parole des motifs de le servir, de renoncer à nous-mêmes, d’employer nos biens pour lui, etc., et le passage que je viens de citer est de ce genre. Ce verset est vrai à la fois pour la vie présente et pour celle qui est à venir. Si nous avons employé nos biens pour lui avec parcimonie, il n’y aura que peu de trésor amassé dans le ciel, et il se trouvera donc un petit capital dans le monde à venir, pour ce qui concerne la moisson. D’autre part, nous moissonnerons abondamment si nous cherchons à être riches pour Dieu, en employant abondamment nos ressources pour lui, que ce soit pour subvenir aux besoins des saints pauvres, ou en consacrant autrement nos moyens pécuniaires à son œuvre. Chers frères, ces choses sont des réalités ! Bientôt, très bientôt, viendra le temps de la moisson, et alors la question sera de savoir si nous moissonnerons peu ou abondamment.
Mais si ce passage se rapporte à la vie future, il se rapporte aussi à la vie présente. Selon que maintenant l’amour de Christ nous presse de faire part de ce que le Seigneur nous confie, ainsi sera la moisson présente, tant pour les choses spirituelles que pour les choses temporelles. Si donc un frère n’entre pas dans sa position de simple intendant du Seigneur dans sa vocation, et s’il ne tient aucun compte des avertissements du Saint-Esprit qui l’invite à faire part de ses biens à ceux qui sont dans le besoin ou à soutenir l’œuvre de Dieu, un tel frère peut-il s’étonner de rencontrer de grandes difficultés dans sa vocation et de ne pas pouvoir avancer ? Cela est conforme à la parole du Seigneur. Il sème peu, et c’est pourquoi il moissonne peu. Mais si l’amour de Christ pousse un frère à semer abondamment de ce que lui rapporte sa vocation, il moissonnera abondamment dès cette vie, tant en bénédictions pour son âme qu’en choses temporelles. Considérez à ce propos le passage suivant qui, bien que tiré du livre des Proverbes, n’a pas un caractère juif, mais est vrai aussi pour les croyants sous la dispensation présente : « Tel, qui donne libéralement, devient plus riche; Et tel, qui épargne à l’excès, ne fait que s’appauvrir. L’âme bienfaisante sera rassasiée, Et celui qui arrose sera lui-même arrosé. » (Proverbes 11:24, 25).
À propos de 1 Corinthiens 16:2, je voudrais aussi diriger mes frères dans le Seigneur vers la promesse faite en Luc 6:38 : « Donnez, et il vous sera donné: on versera dans votre sein une bonne mesure, serrée, secouée et qui déborde; car on vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servis. » Ceci se rapporte évidemment à la dispensation présente, et évidemment, dans son sens premier, aux choses temporelles. Que quelqu’un, pressé par l’amour de Jésus, agisse donc selon ce passage ; qu’il fasse part de ses biens, le premier jour de la semaine, selon que le Seigneur l’a fait prospérer, et il verra que le Seigneur agira selon ce que contient ce verset. Si c’est l’orgueil qui nous pousse à donner, si c’est la propre justice qui nous rend libéraux, si c’est un sentiment naturel qui nous porte à faire part de nos biens, ou si nous donnons alors que nous sommes insolvables, ne possédant peut-être pas plus de dix shillings par livre si nos créanciers venaient à nous réclamer leur dû, alors nous ne pouvons pas nous attendre à voir ce verset s’accomplir dans notre expérience ; et nous ne devrions jamais non plus donner dans le but de recevoir à notre tour des autres, selon ce verset ; mais si vraiment l’amour de Christ nous presse de faire part de nos biens selon la capacité que le Seigneur nous donne, alors nous verrons ce verset s’accomplir dans notre expérience, bien que ce ne soit pas là le motif qui nous ait portés à donner. D’une manière ou d’une autre, le Seigneur nous rendra abondamment, par l’intermédiaire de nos semblables, ce que nous faisons pour ses saints pauvres ou de quelque manière que ce soit pour son œuvre, et nous découvrirons qu’en fin de compte nous ne sommes pas perdants, même pour ce qui concerne les choses temporelles, tandis que nous faisons libéralement part des choses de cette vie que le Seigneur nous a confiées.
On pourrait faire ici cette remarque : Mais s’il est vrai que, même dans cette vie et pour ce qui regarde les choses temporelles, « à celui qui donne il sera donné une bonne mesure, serrée, secouée et qui déborde », et que « celui qui sème abondamment moissonnera abondamment », alors les personnes les plus libérales finiraient par être extrêmement riches. À cette remarque, nous devons répondre qu’il faut garder à l’esprit qu’au moment où des personnes commenceraient à donner dans le but de recevoir en retour du Seigneur, par l’intermédiaire de leurs semblables, plus qu’elles n’ont donné ; ou au moment où des personnes voudraient changer de conduite, et ne plus continuer à semer abondamment, mais avec parcimonie, afin d’accroître leurs biens, alors que Dieu leur permet de moissonner abondamment, le fleuve des largesses de Dieu envers elles cesserait de couler. Dieu les avait abondamment pourvues de ressources parce qu’il les voyait agir en intendants pour lui. Il leur avait confié un peu, qu’elles avaient employé pour lui, et il leur avait donc confié davantage ; et si elles avaient continué à employer aussi ce beaucoup pour lui, il se serait servi d’elles plus abondamment encore comme d’instruments pour répandre ses largesses. L’enfant de Dieu doit être disposé à être un canal par lequel coulent les largesses de Dieu, tant pour les choses temporelles que pour les choses spirituelles. Ce canal est peut-être étroit et peu profond au début ; il y a pourtant place pour qu’une partie des eaux des largesses de Dieu y passe. Et si nous nous livrons de bon cœur comme canaux dans ce but, alors le canal devient plus large et plus profond, et les eaux des largesses de Dieu peuvent y passer plus abondamment. Sans figure, voici ce qu’il en est : Au début, nous ne serons peut-être les instruments que pour distribuer cinq livres, ou dix livres, ou vingt livres, ou cinquante livres, ou cent livres, ou deux cents livres par an, mais ensuite le double ; et si nous sommes plus fidèles encore dans notre intendance, au bout d’un an ou deux quatre fois autant, ensuite peut-être huit fois autant, et à la fin peut-être vingt fois ou cinquante fois autant. Nous ne pouvons pas limiter la mesure dans laquelle Dieu peut se servir de nous comme d’instruments pour distribuer la bénédiction, temporelle et spirituelle, si nous sommes disposés à nous livrer comme instruments au Dieu vivant, et si nous nous contentons d’être seulement des instruments, et de lui rendre toute la gloire.
Mais pour ce qui regarde les choses temporelles, il en sera ainsi : si vraiment nous marchons selon la pensée de Dieu en ces choses, tandis que nous devenons de plus en plus des instruments de bénédiction pour les autres, nous ne chercherons pas à nous enrichir, mais nous nous contenterons, lorsque le dernier jour d’une nouvelle année nous trouvera encore dans le corps, de ne pas posséder plus que le dernier jour de l’année précédente, ou même considérablement moins, tout en ayant été, au cours de l’année, les instruments d’une large distribution aux autres, au moyen des ressources que le Seigneur nous avait confiées. Quant à mon âme, par la grâce de Dieu, ce me serait un fardeau, quel qu’ait pu être mon revenu au cours de l’année, de voir s’accroître mes possessions terrestres ; car ce serait pour moi la preuve évidente que je n’aurais pas agi en intendant pour Dieu, et que je ne me serais pas livré comme un canal par lequel passent les eaux de ses largesses. Je ne puis non plus m’empêcher de rendre ici témoignage que, dans la faible mesure où Dieu m’a rendu capable d’agir selon ces vérités pendant les quinze dernières années [ceci fut écrit en 1845], je l’ai trouvé profitable, très profitable à mon âme ; et quant aux choses temporelles, je n’ai jamais été perdant à agir ainsi, mais j’ai très abondamment éprouvé dans ma propre expérience la vérité de 2 Corinthiens 9:6, de Luc 6:38 et de Proverbes 11:24, 25. Je n’ai qu’à regretter d’avoir si peu agi selon ce que je viens d’exposer ; mais mon pieux dessein est, avec l’aide de Dieu, de passer le reste de mes jours à pratiquer ces vérités plus que jamais ; et je suis certain que, lorsque je parviendrai au terme de mon pèlerinage terrestre, soit par la mort, soit par l’apparition de notre Seigneur Jésus, je n’aurai pas le moindre regret d’avoir agi ainsi ; et je sais que, si je devais laisser derrière moi ma chère enfant, le Seigneur pourvoira abondamment à ses besoins, et montrera qu’il a été pourvu pour elle mieux que son père n’aurait pu le faire, s’il avait cherché à assurer sa vie ou à amasser de l’argent pour elle.
Avant de quitter cette partie du sujet, je signale au lecteur croyant que je connais exemple sur exemple où ce que je viens de dire s’est vérifié, mais je ne citerai que le suivant : J’ai connu, il y a bien des années, un frère qui dirigeait une grande manufacture. Dans cette fonction, il était libéral et donnait considérablement sur son traitement, qui était assez considérable. Le Seigneur le lui rendit ; car les patrons de l’établissement, sachant bien ce qu’il valait pour leur maison de commerce, lui firent de temps à autre, tandis qu’il employait ainsi libéralement ses ressources pour le Seigneur, de très grands présents en argent. Avec le temps, cependant, ce frère jugea bon de s’établir à son propre compte, très modestement. Il continua d’être libéral selon ses moyens, et Dieu le fit prospérer, et le fit prospérer si bien qu’aujourd’hui, au moment où j’écris, sa manufacture est aussi grande que celle qu’il dirigeait autrefois, ou même plus grande, bien que celle-ci fût très considérable. Et je suis certain que si ce frère est gardé par Dieu de mettre son cœur dans les choses de la terre et de chercher de plus en plus à accroître ses richesses terrestres, mais met sa joie à être employé par Dieu comme intendant, subvenant de bon cœur aux besoins des pauvres enfants de Dieu, ou à son œuvre d’autres manières, et cela non avec parcimonie, mais abondamment, le Seigneur lui confiera de plus en plus de ressources ; mais s’il en est autrement, s’il ferme la main, s’il cherche son propre intérêt, s’il désire acquérir assez de biens pour pouvoir vivre de ses rentes, alors ce à quoi il doit s’attendre, c’est que Dieu lui fermera la main : il subira de lourdes pertes, ou ses affaires tourneront mal, ou quelque chose de semblable.
Je mentionne encore deux autres cas, pour montrer que le Seigneur accroît notre capacité de faire part des bénédictions temporelles aux autres si nous distribuons selon les ressources qu’il nous a confiées, même si nous n’exerçons ni métier, ni commerce, ni profession. Je connais un frère qui, il y a bien des années, jugea bon de dépenser pour le Seigneur non seulement ses revenus, mais aussi son capital, selon que le Seigneur lui en indiquerait les occasions. Son désir n’était pas, comme il ne doit d’ailleurs jamais l’être, de se débarrasser de son argent aussi vite que possible ; mais il se considérait comme un intendant du Seigneur, et il était donc disposé à dépenser ses ressources selon que son Seigneur et Maître le lui indiquerait. Lorsque ce frère prit cette résolution, il possédait environ vingt mille livres sterling. Selon la lumière et la grâce que le Seigneur avait bien voulu lui donner, il agit ensuite en conséquence, dépensant l’argent pour le Seigneur, en sommes plus ou moins grandes, selon que le Seigneur lui en indiquait les occasions. Ainsi la somme diminua de plus en plus, tandis que le frère poursuivait fermement sa voie, servant le Seigneur de ses biens et consacrant aussi son temps et ses capacités au Seigneur, dans un service ou un autre parmi ses enfants. Enfin, les vingt mille livres étaient presque entièrement dépensées, lorsque, à ce moment même, le père de ce frère mourut, et il entra ainsi en possession d’un revenu de plusieurs milliers de livres par an. C’est une joie pour mon cœur de pouvoir ajouter que ce frère poursuit toujours sa pieuse carrière, vivant de la manière la plus simple, et donnant peut-être dix fois autant qu’il dépense pour lui-même ou pour sa famille. Vous voyez ici, cher lecteur, que ce frère, ayant employé fidèlement pour le Seigneur ce qui lui avait été confié au début, fut établi intendant sur davantage ; car il lui rentre maintenant en une année plus du tiers de ce qu’il possédait en tout au commencement.
Je mentionne un autre exemple : Je connais un frère à qui le Seigneur a donné un cœur libéral, et qui donnait abondamment de ce dont le Seigneur l’avait établi intendant. Le Seigneur, voyant cela, lui confia davantage encore ; car, par suite de circonstances de famille, il entra en possession de plusieurs milliers de livres, en plus des biens considérables qu’il possédait auparavant. J’ai la joie de pouvoir ajouter aussi, au sujet de ce frère, que le Seigneur continue à lui donner la grâce d’employer ses biens en intendant de Dieu, et qu’il ne lui a pas été permis, par l’accroissement très considérable de ses biens, de mettre son cœur dans ses richesses, mais qu’il continue à vivre en intendant du Seigneur, et non en propriétaire de toute cette fortune.
Et maintenant, cher lecteur, quand les frères dont j’ai parlé parviendront au terme de leur pèlerinage terrestre, auront-ils un seul instant de regret d’avoir employé leurs biens pour le Seigneur ? Cela causera-t-il à leur esprit la moindre parcelle d’inquiétude, ou leurs enfants s’en trouveront-ils plus mal ? Oh non ! Le seul regret qu’ils auront à ce sujet sera de n’avoir pas servi le Seigneur plus abondamment encore de leurs biens. Cher lecteur, agissons chacun dans notre mesure dans le même esprit. L’argent ne vaut réellement que dans la mesure où il est employé selon la pensée du Seigneur ; et la vie ne vaut que dans la mesure où elle est dépensée au service du Seigneur.
Bien que les trois points mentionnés—1. Que notre vocation doit être de telle nature que nous puissions y demeurer avec Dieu ; 2. Que nous devons travailler dans notre vocation pour le Seigneur, en tant que ses serviteurs, parce qu’il nous a rachetés par son sang et parce qu’il veut que nous travaillions ; 3. Que nous devons travailler dans notre vocation en tant qu’intendants, parce que le gain de notre vocation appartient au Seigneur et non à nous, puisqu’il nous a rachetés par son sang ;—bien que, dis-je, ces trois points doivent recevoir une attention toute particulière pour que la bénédiction du Seigneur repose sur notre vocation et que nous y prospérions, il y a néanmoins d’autres points auxquels il faut prendre garde, et je les mentionne par amour pour mes frères dans le Seigneur qui pourraient en avoir besoin.
4. Le point suivant est qu’un croyant au Seigneur Jésus ne doit rien faire dans sa vocation uniquement dans le but d’attirer le monde ; par exemple, aménager sa boutique ou ses bureaux de la manière la plus coûteuse. Je ne veux nullement dire que sa boutique ou ses bureaux ne doivent pas être propres, bien ordonnés, et d’un caractère tel que rien n’empêche positivement les gens d’y venir. Toutes les commodités nécessaires que l’on attend peuvent s’y trouver, et doivent s’y trouver. Mais si un enfant de Dieu cherche à faire aménager la devanture ou l’intérieur de sa boutique, ou de son lieu de commerce, de la manière la plus dispendieuse, simplement pour attirer l’attention, qu’il sache bien que, dans la mesure même où il se confie dans ces choses, il a peu de chances de réussir dans sa vocation, parce qu’il met la manière d’aménager sa boutique à la place de la confiance dans le Seigneur. Le Seigneur peut permettre que de telles choses réussissent dans le cas d’un incrédule, mais elles ne prospéreront pas dans le cas d’un enfant de Dieu, si ce n’est par voie de châtiment, tout comme le Seigneur accorda à Israël dans le désert ce que son cœur désirait, mais envoya le dépérissement dans son âme. Si quelque frère est tombé dans cette erreur, la première chose qu’il ait à faire, lorsque le Seigneur l’a instruit sur ce point, est de confesser son péché et, autant que cela peut se faire, de revenir sur ses pas à cet égard. Si cela ne se peut, qu’il se jette alors sur la miséricorde de Dieu en Jésus-Christ.
5. Du même ordre est le fait de chercher à attirer l’attention du monde par des « annonces vantardes », telles que : « Personne ne fabrique un article aussi bon », « Personne ne vend cet article aussi bon marché », « Nous vendons le meilleur article de la ville », etc. Supposé que ces affirmations fussent tout à fait exactes, elles ne conviennent pourtant pas à un enfant de Dieu, qui a le Dieu vivant pour prendre soin de lui et pourvoir à ses besoins, et qui n’a donc pas besoin de recourir à de telles vanteries, par lesquelles il chercherait à s’assurer la clientèle et à la détourner des autres. La loi de l’amour est : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux » (Matthieu 7:12). Or, que désiré-je, à cet égard, que les autres me fassent, sinon qu’ils ne cherchent pas à détourner les gens de traiter avec moi ? Mais si j’emploie dans mes annonces des expressions comme celles qui ont été citées, que signifient-elles, sinon que je désire que tout le monde vienne à moi et traite avec moi ? Si donc il était déjà dit sous l’ancienne alliance : « Tu ne convoiteras point », combien plus est-il coupable et tout à fait inconvenant pour nous, enfants de Dieu, qui sommes en communion avec le Père et le Fils, d’user de tels moyens pour nous assurer des avantages pécuniaires ! Mais, quelque prospérité que le Seigneur puisse accorder à un homme du monde qui use de tels moyens, ils ne sont qu’un obstacle à l’avancement de l’enfant de Dieu dans sa vocation, parce que le Seigneur voit qu’ils sont mis à la place de la confiance en lui ; et si le Seigneur permet pour un temps que son enfant en tire apparemment profit, ce ne sera que pour son châtiment, et accompagné de dépérissement dans son âme. C’est pourquoi, mes frères dans le Seigneur, je vous en supplie, bannissez toutes ces choses de votre vocation, de peur d’entraver au lieu de favoriser votre véritable bien.
6. D’un caractère semblable est encore le point suivant, que Dieu peut permettre de devenir un réel obstacle pour ses enfants dans leur vocation : c’est de chercher les emplacements les meilleurs, et donc les plus coûteux, que l’on puisse trouver dans une ville. Or, je ne veux nullement dire que, dans notre métier, notre commerce, notre art ou notre profession, nous devions chercher l’endroit le plus obscur, le plus retiré, le plus écarté possible, en disant : « Dieu y pourvoira, et je n’ai pas à me soucier du quartier de la ville où j’exerce ma vocation. » Il y a très certainement certaines choses à prendre en considération. Il faut tenir compte des personnes susceptibles d’acheter les articles que je vends, ou de m’employer, et je n’ai pas à dire : Peu m’importe que je les oblige à faire un ou deux milles pour venir chez moi, ou à venir dans le quartier le plus sale et le plus désagréable de la ville ; ce serait l’excès dans l’autre sens. Mais s’il faut avoir certains égards envers ceux qui peuvent nous employer dans notre vocation, toutefois, si la confiance de l’enfant de Dieu, quant à sa prospérité temporelle, repose sur le fait qu’il occupe le meilleur emplacement, le Seigneur le décevra assurément. Il devra payer un loyer très élevé pour le meilleur emplacement, et pourtant il ne réussira pas, parce que sa confiance est dans le meilleur emplacement. Il le met à la place de la dépendance du Dieu vivant pour ce qui est des clients. Il dépouille son âme, non seulement en ne recevant pas ses clients comme de la main du Seigneur, mais encore en obligeant son Père céleste, dans l’amour même de son cœur, à le décevoir, parce qu’il ne se confie pas en lui. Si l’enfant de Dieu parlait et agissait ainsi : Le meilleur emplacement me coûterait cinquante livres de loyer de plus par an qu’un autre qui n’est pas réellement incommode pour mes clients, ni situé dans un quartier inconvenant, et ainsi de suite ; ces cinquante livres, je les consacre au Seigneur, pour être versées par acomptes pour son œuvre ou pour ses saints pauvres, chaque fois que viendra le jour du loyer ;—un tel frère verrait qu’il n’est pas perdant, si vraiment cela se faisait dans la dépendance du Seigneur et sous la contrainte de l’amour de Jésus. Mais si les cinquante livres de plus sont payées pour le loyer, et que le Dieu vivant, dans l’amour même de son cœur, se trouve obligé de refuser la prospérité à son enfant dans sa vocation, parce qu’il voit qu’il attache une importance excessive à la situation de la maison, alors on perd non seulement les cinquante livres de loyer supplémentaire par an, mais encore ce que le Seigneur est obligé de refuser en outre à son enfant pour lui enseigner la leçon ; et ainsi, année après année, par notre propre faute, nous pouvons n’avoir presque rien à donner pour l’œuvre de Dieu.
7. Le prochain obstacle à la prospérité dans notre vocation que je voudrais maintenant mentionner, c’est que les enfants de Dieu emploient souvent, au sujet de leur vocation, des expressions comme celles-ci : « C’est notre saison chargée », ou « C’est notre morte-saison » ; ce qui implique qu’ils ne traitent pas jour après jour avec Dieu au sujet de leur vocation, mais qu’ils attribuent le fait d’avoir beaucoup ou peu à faire aux circonstances, ou aux temps et aux saisons. Que les gens du monde agissent ainsi, il n’y a pas lieu de s’en étonner ; mais que les enfants de Dieu, qui devraient rechercher le secours de Dieu dans les moindres affaires de la vie et traiter avec lui à leur sujet, agissent de la sorte, c’est un sujet de tristesse pour l’esprit spirituel, et cela ne convient nullement à des saints. Mais quel en est le résultat ? Le Seigneur, selon ce qu’attendent ses enfants, permet qu’ils restent sans ouvrage, parce qu’ils disent : « C’est notre morte-saison. » La parole « il ne fit pas beaucoup de miracles dans ce lieu, à cause de leur incrédulité » renferme une vérité qui trouve ici sa place. Mais quelle est la bonne manière d’envisager la chose ? La voici : l’enfant de Dieu devrait dire : Bien qu’en général, à cette époque de l’année, il y ait peu d’ouvrage à attendre, à regarder les choses naturellement, comme le manque d’ouvrage n’est bon ni pour l’homme extérieur ni pour l’homme intérieur, et comme je ne désire de l’ouvrage que pour servir Dieu dans mon commerce, pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans le besoin, ou pour aider de quelque autre manière l’œuvre de Dieu, je vais maintenant me livrer à la prière pour obtenir de l’ouvrage ; car je puis, par la prière et par la foi, comme enfant de Dieu, obtenir des bénédictions de mon Père céleste, même en dehors du cours ordinaire des choses. Si l’enfant de Dieu parlait et agissait ainsi, il aurait bientôt de l’ouvrage dans sa vocation, à moins que le Seigneur n’eût l’intention d’employer autrement son temps dans son œuvre, ce qu’il lui indiquerait.
8. Une autre raison pour laquelle Dieu peut être obligé de résister à ses enfants dans leurs affaires, c’est peut-être qu’ils cherchent avec le plus grand soin à se procurer, pour leur boutique, des personnes réputées « bons vendeurs », c’est-à-dire des personnes aux manières si persuasives qu’elles prennent l’avantage sur les clients et les amènent non seulement à acheter les articles qu’ils demandent, qu’ils leur conviennent ou non, mais encore à acheter des articles qu’ils n’avaient nullement l’intention d’acheter en venant à la boutique. Sur ce point, je remarque d’abord que, si l’enfant de Dieu met sa confiance dans les « bons vendeurs », qu’il ne s’étonne pas si son Père céleste se trouve obligé de le décevoir, parce qu’il voit son enfant s’appuyer sur un bras de chair, au lieu de se confier dans le Dieu vivant ; et c’est pourquoi les affaires ne réussissent pas. En outre, il est tout à fait mauvais qu’un enfant de Dieu amène les clients, au moyen de ces hommes ou de ces femmes à la langue persuasive, à acheter des articles, qu’ils leur conviennent ou non, et qu’ils en aient besoin ou non. Ce n’est rien de moins que frauder les gens d’une manière subtile, ou les entraîner dans le péché d’acheter au-delà de leurs moyens, ou du moins de dépenser leur argent inutilement. Quelque prospérité que l’on permette à ces artifices coupables dans le cas d’un homme du monde, ils ne prospéreront pas dans le cas d’un enfant de Dieu, à moins que Dieu ne le permette par voie de châtiment, tandis que le dépérissement et la misère sont amenés dans l’âme. J’ai connu un cas de ce genre où toute la pente d’esprit d’un homme qui faisait profession de croire était de se procurer de tels « bons vendeurs », et où l’on gardait même un Juif devant la boutique, faisant les cent pas, pour engager les gens à entrer et à acheter ; et pourtant ce même croyant de profession fit deux fois faillite dans ses affaires.
9. Un autre mal, en ce qui concerne les affaires, et une raison pour laquelle les enfants de Dieu n’avancent pas dans leur vocation, c’est qu’ils se lancent souvent dans les affaires sans aucun capital, ou avec trop peu. Si un croyant n’a pas de capital du tout, ou seulement un très petit capital en comparaison de ce qu’exige son commerce, ne devrait-il pas alors se dire : « S’il était dans la volonté de mon Père céleste que je m’établisse à mon propre compte, ne m’aurait-il pas, d’une manière ou d’une autre, confié les ressources nécessaires ? Et puisqu’il ne l’a pas fait, n’est-ce pas une indication claire que, pour le moment, je dois rester ouvrier (ou commis de boutique, ou employé de bureau, selon le cas) ? » Les ressources pourraient venir de diverses manières. Par exemple, un legs pourrait lui être laissé, ou de l’argent pourrait lui être donné dans ce but même par un frère dans le Seigneur, ou un frère ou une sœur pourrait lui proposer de lui prêter de l’argent, de telle sorte toutefois que, s’il était incapable de le rendre, on ne le considérerait pas comme débiteur. Mais si le Seigneur n’écartait pas l’obstacle de quelque manière semblable, et que le frère voulût néanmoins se lancer dans les affaires, non seulement il apporterait, par le système des lettres de change et par d’autres choses liées au manque de capital, une grande détresse dans son esprit, et s’exposerait à la possibilité d’être finalement incapable de payer ses créanciers, ce qui jetterait le déshonneur sur le nom du Seigneur, mais encore il ne pourrait s’étonner (puisqu’il s’est lancé dans les affaires contrairement à la volonté de Dieu, qui lui avait montré, par le manque de ressources, qu’il ne devait pas le faire) s’il trouvait qu’il ne peut pas avancer, et que la bénédiction de Dieu fait manifestement défaut. Dans un tel cas, si cela peut se faire, revenir sur nos pas est ce que nous pouvons faire de mieux ; mais souvent cela ne se peut, parce que d’autres sont engagés dans l’affaire, et alors nous devons confesser notre péché et rechercher le secours miséricordieux de Dieu pour nous amener dans une position juste.
10. Mais supposé que l’on ait pris garde à ces neuf points précédents, et que nous négligions de rechercher la bénédiction de Dieu sur notre vocation, nous ne devrions pas nous étonner de rencontrer difficulté sur difficulté et de ne pouvoir avancer du tout. Il ne suffit pas de rechercher le secours de Dieu pour ce qui est manifestement d’un caractère spirituel ; mais nous devons rechercher son secours et sa bénédiction, par la prière et la supplication, pour toutes les affaires ordinaires de la vie, et si nous négligeons de le faire, nous souffrirons sûrement de cette négligence. « Confie-toi en l’Éternel de tout ton cœur, Et ne t’appuie pas sur ta sagesse; Reconnais-le dans toutes tes voies, Et il aplanira tes sentiers. » (Proverbes 3:5, 6).
Bien que ces quelques remarques soient écrites par quelqu’un qui n’a jamais été lui-même dans les affaires, les vérités qui y sont exposées, il les a pourtant apprises à l’école de Dieu, et il les a vues abondamment confirmées dans ses travaux pastoraux au cours des quinze dernières années et demie. [Ceci fut écrit en 1845.]
Chapitre 19 terminé
L’intendance