Une vie de confiance
L’épreuve

Chapitre 12 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute

L’épreuve

1838.

LE MINISTÈRE DE LA MALADIE—LA PAIX DE L’ESPRIT—JÉSUS, UN SECOURS PRÉSENT—PROFONDE PAUVRETÉ—PLAIDER AUPRÈS DE DIEU—LA PRIÈRE EN COMMUN.

6 janvier 1838. Je ne me sens guère mieux de la tête, bien que ma santé générale semble s’être améliorée ; mais mon bon médecin dit que je vais beaucoup mieux, et il me conseille à présent un changement d’air. Ce soir, une sœur qui habite à une cinquantaine de milles d’ici, et qui ignore tout de l’avis médical qu’on m’a donné ce matin, m’a envoyé quinze livres dans le but exprès d’un changement d’air ; elle m’écrivait qu’elle avait la certitude, ayant été elle-même atteinte d’un mal semblable, que rien ne me ferait autant de bien, humainement parlant, que le repos et un changement d’air.

7 janvier. C’est le neuvième jour du Seigneur où je suis empêché d’exercer le ministère de la Parole. Mon affliction s’accompagne d’une grande tendance à l’irritabilité ; oui, de certains sentiments sataniques, étrangers même à mon naturel.

10 janvier. Aujourd’hui je suis allé avec ma famille à Trowbridge. 14 janv. Jour du Seigneur. J’ai passé aujourd’hui plusieurs heures en prière ; j’ai lu à genoux, et j’ai prié pendant deux heures sur le psaume 63. Dieu a beaucoup béni mon âme aujourd’hui. Mon âme est maintenant amenée à cet état où je fais mes délices de la volonté de Dieu en ce qui concerne ma santé. Oui, je puis dire à présent, du fond du cœur, que je ne voudrais pas que cette maladie me soit ôtée avant que Dieu, par son moyen, m’ait accordé la bénédiction pour laquelle il l’a envoyée.

15 janvier. Depuis hier après-midi, j’ai moins souffert de la tête que pendant les huit derniers jours, bien qu’elle soit encore loin d’être guérie. J’ai toujours l’assurance intérieure, à cause des bénédictions spirituelles que le Seigneur m’a accordées, que par cette affliction il ne fait que me purifier pour son service béni, et que je serai bientôt rendu à l’œuvre. Aujourd’hui encore, Dieu m’a conservé la ferveur d’esprit dont je jouis maintenant depuis trois jours de suite. Aujourd’hui encore, il a attiré mon âme dans une communion très réelle avec lui, et dans de saints désirs d’être rendu plus conforme à son Fils bien-aimé. Quand Dieu donne un esprit de prière, qu’il est facile alors de prier ! Pourtant, cela m’a été donné dans l’usage des moyens, lorsque samedi dernier je me suis mis à genoux pour lire sa Parole en la méditant et pour la changer en prière. Aujourd’hui j’ai passé environ trois heures en prière sur les psaumes 64 et 65. À propos de cette précieuse parole : « O toi, qui écoutes la prière » (Psaume 65:3), j’ai présenté au Seigneur les requêtes suivantes, en le suppliant de les inscrire dans le ciel et d’y répondre.

1. Qu’il me donne la grâce de le glorifier par un esprit soumis et patient dans mon affliction.

2. Que, puisqu’il m’était donné maintenant, et maintenant seulement du fond du cœur, de louer Dieu pour cette affliction, il ne retire pas sa main de dessus moi avant de m’avoir rendu plus propre à son œuvre que je ne l’ai été jusqu’ici.

3. Qu’il veuille bien accorder que l’œuvre de conversion, par le moyen du frère Craik et de moi-même, ne cesse pas, mais se poursuive autant maintenant que lorsque nous sommes arrivés à Bristol, oui, plus abondamment encore qu’alors.

4. Qu’il veuille bien donner à l’Église confiée à nos soins une prospérité spirituelle plus réelle que tout ce dont nous avons joui jusqu’ici.

5. Après l’avoir loué pour la vente de tant d’exemplaires de mon Récit en si peu de temps, je l’ai supplié de faire en sorte que tous les exemplaires trouvent preneur.

6. Je lui ai demandé de continuer à faire reposer sa riche bénédiction sur ce petit ouvrage, et plus abondamment encore, afin que beaucoup soient convertis par son moyen, que beaucoup d’enfants de Dieu en tirent un vrai profit, et qu’ainsi je puisse maintenant parler par lui, bien que mis à l’écart du service actif.

7. Je lui ai demandé que sa bénédiction, sous forme de conversions, repose sur les orphelins, ainsi que sur les enfants de l’école du dimanche et des écoles de jour confiés à nos soins.

8. Je lui ai demandé des ressources pour faire marcher ces institutions et pour les agrandir.

Telles sont quelques-unes des requêtes que j’ai présentées à mon Dieu ce soir, en rapport avec cette parole qui est la sienne. Je crois qu’il m’a exaucé. Je crois qu’il manifestera en son temps qu’il m’a exaucé, et j’ai consigné ici mes requêtes, en ce 15e jour de janvier 1838, afin que, lorsque Dieu y aura répondu, il en reçoive par là gloire pour son nom. [En écrivant cette seconde partie, j’ajoute, à la louange du Seigneur et pour l’encouragement des enfants de Dieu, que les requêtes 4, 5, 6, 7 et 8 ont été pleinement exaucées, et les autres aussi, en partie.]

16 janvier. Mardi. Un jour béni. Que le Seigneur est bon ! Par sa grâce, la ferveur d’esprit m’est conservée ; pourtant ce matin, sans le secours de Dieu, je l’aurais de nouveau perdue. Il fait très froid depuis plusieurs jours ; mais aujourd’hui j’en ai beaucoup souffert, soit parce qu’il faisait plus froid qu’auparavant, soit parce que je le ressentais davantage, à cause de la faiblesse de mon corps et de tous les remèdes que j’avais pris. Je me suis relevé de mes genoux et j’ai tisonné le feu, mais je suis resté transi. Cela m’a un peu irrité. Je suis passé dans une autre partie de la pièce, mais j’y ai senti le froid plus encore. Enfin, après avoir prié quelque temps, j’ai été obligé de me lever et de sortir marcher pour activer la circulation. Pendant ma promenade, j’ai alors supplié le Seigneur de ne pas permettre que cette circonstance me ravisse la précieuse communion que j’avais eue avec lui ces trois derniers jours ; car c’était là le but que visait Satan. J’ai aussi confessé mon péché d’irritabilité à cause du froid, et j’ai cherché à avoir la conscience purifiée par le sang de Jésus. Il a eu pitié de moi, ma paix m’a été rendue, et à mon retour j’ai de nouveau cherché le Seigneur dans la prière, et j’ai joui avec lui d’une communion ininterrompue.

Sa santé demeurant faible, M. M. quitta l’Angleterre pour l’Allemagne le 6 avril, et revint à Bristol le 7 mai. Il poursuit son récit :

8 mai. Ce soir, je suis allé à la réunion de prière de Gideon. J’ai lu le psaume 103, et j’ai pu remercier publiquement le Seigneur pour ma récente affliction. C’est la première fois que je prends part aux réunions publiques des frères depuis le 6 novembre 1837.

12 juillet. Les fonds, qui s’élevaient il y a un an jour pour jour à environ sept cent quatre-vingts livres, sont maintenant réduits à une vingtaine de livres ; mais, grâces en soient rendues au Seigneur, ma foi est aussi forte, sinon plus forte, qu’au temps où nous avions en main la somme la plus importante ; et jamais, depuis le commencement de l’œuvre, il ne m’a laissé me défier de lui. Néanmoins, comme notre Seigneur veut qu’on le sollicite, et comme la foi véritable se manifeste pour ce qu’elle est en portant à la prière, je me suis mis à prier avec le frère T——, de la maison des garçons, qui était venu me voir, et qui, outre ma femme et le frère Craik, est la seule personne à qui je parle de l’état des fonds. Pendant que nous priions, on a amené un enfant orphelin de Frome, et quelques croyants de Frome, ayant recueilli entre eux cinq livres, ont envoyé cet argent avec l’enfant. Ainsi avons-nous reçu la première réponse en un temps de besoin. Nous avons fait savoir que sept enfants pouvaient entrer, et nous nous proposons de le faire savoir à cinq autres, bien que nos fonds soient si bas, espérant que Dieu regardera à nos besoins.

17 et 18 juillet. Ces deux jours, nous avons tenu deux réunions de prière spéciales, de six à neuf heures du soir, pour recommander publiquement au Seigneur la maison des garçons. Nos fonds sont maintenant très bas. Il y a une vingtaine de livres en caisse, et dans quelques jours il faudra au moins trente livres ; mais j’ai à dessein évité de rien dire de nos besoins présents, et je n’ai parlé qu’à la louange de Dieu, de l’abondance avec laquelle notre Père plein de grâce, « le père des orphelins », a pourvu jusqu’ici à nos besoins. J’ai agi ainsi afin que la main de Dieu, quand il enverra du secours, soit vue d’autant plus clairement.

22 juillet. Ce soir, je me promenais dans notre petit jardin, en méditant Hébreux 13:8 : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. » Tandis que je méditais sur son amour, sa puissance, sa sagesse immuables, etc., et que je changeais tout, au fur et à mesure, en prière pour moi-même ; et tandis que j’appliquais aussi son amour, sa puissance et sa sagesse immuables, etc., à ma situation présente, tant spirituelle que temporelle,—tout à coup les besoins présents des maisons des orphelins me sont revenus à l’esprit. Aussitôt j’ai été amené à me dire : Jésus, dans son amour et sa puissance, m’a jusqu’ici fourni ce dont j’avais besoin pour les orphelins, et, dans le même amour et la même puissance immuables, il me fournira ce dont je pourrai avoir besoin à l’avenir. Un flot de joie a envahi mon âme tandis que je saisissais ainsi l’immutabilité de notre adorable Seigneur. Environ une minute après, on m’a apporté une lettre contenant un effet de vingt livres.

18 août. Je n’ai pas un penny en caisse pour les orphelins. Dans un jour ou deux, il faudra de nouveau bien des livres. Mes yeux sont tournés vers le Seigneur. Soir. Avant la fin de ce jour, j’ai reçu d’une sœur cinq livres. Elle avait mis de côté, quelque temps auparavant, ses bijoux, pour qu’on les vende au profit des orphelins. Ce matin, pendant qu’elle priait, cette pensée lui est venue : « J’ai ces cinq livres, et je ne dois rien à personne ; il vaudrait donc mieux donner cet argent tout de suite, car il pourra se passer quelque temps avant que je puisse vendre les bijoux. » Elle l’a donc apporté, sans se douter le moins du monde qu’il n’y avait pas un penny en caisse.

29 août. Aujourd’hui seize croyants ont été baptisés. Parmi eux se trouvaient un frère âgé de plus de quatre-vingt-quatre ans, et un autre de plus de soixante-dix ans. Pour ce dernier, sa femme croyante avait prié trente-huit ans, et le Seigneur avait enfin exaucé ses prières en le convertissant.

31 août. J’ai attendu du Seigneur des ressources, car on m’a apporté les cahiers de comptes de la directrice de la maison des orphelines, et il n’y a pas d’argent en caisse à avancer pour le ménage. Mais jusqu’à présent le Seigneur n’a pas jugé bon d’envoyer du secours. Comme la directrice est venue aujourd’hui chercher de l’argent, l’un des ouvriers a donné deux livres de son propre argent pour les besoins présents.

1er septembre. Le Seigneur, dans sa sagesse et son amour, n’a pas encore envoyé de secours. D’où il viendra, ce n’est pas à moi de m’en soucier. Mais je crois que Dieu enverra du secours en son temps. Son heure n’est pas encore venue. Comme il fallait aussi de l’argent à la maison des garçons, le même frère dont je viens de parler a donné deux livres pour elle aussi. Ainsi avons-nous été délivrés cette fois encore. Mais maintenant ses ressources sont épuisées. C’est l’heure la plus éprouvante que j’aie connue jusqu’ici dans l’œuvre, quant aux ressources ; mais je sais que je louerai encore le Seigneur pour son secours.

5 septembre. Notre heure d’épreuve continue encore. Le Seigneur, dans sa miséricorde, a donné assez pour subvenir à nos besoins quotidiens ; mais il donne maintenant au jour le jour, et presque d’heure en heure, à mesure que nous en avons besoin. Rien n’est entré hier. J’ai supplié le Seigneur maintes et maintes fois, hier comme aujourd’hui. C’est comme si le Seigneur disait : « Mon heure n’est pas encore venue. » Mais j’ai foi en Dieu. Je crois qu’il enverra sûrement du secours, bien que je ne sache pas d’où il viendra. Il faudra bien des livres d’ici quelques jours, et il n’y a pas un penny en caisse. Ce matin, deux livres ont été données pour les besoins présents par l’un des ouvriers de l’œuvre. Soir. Ce jour même, le Seigneur a de nouveau envoyé quelque secours pour m’encourager à continuer de m’attendre à lui et de me confier en lui. Comme je priais à ce sujet cet après-midi, j’ai eu la pleine assurance que le Seigneur enverrait du secours ; je l’en ai loué d’avance, et je lui ai demandé d’encourager par là nos cœurs. J’ai aussi été amené, hier et aujourd’hui, à demander tout particulièrement au Seigneur de ne pas permettre que ma foi défaille. Quelques minutes après ma prière, le frère T—— est venu m’apporter quatre livres un shilling et cinq pence, entrés en plusieurs petits dons. Il m’a dit en même temps que demain on apporterait les cahiers de comptes de la maison des tout-petits, et qu’il faudrait alors avancer de l’argent pour le ménage. J’ai pensé un instant qu’il serait peut-être bon de garder trois livres de cet argent à cette fin. Mais aussitôt cette parole m’est venue à l’esprit : « A chaque jour suffit sa peine. » Le Seigneur peut pourvoir d’ici demain à bien plus que ce dont j’ai besoin ; j’ai donc envoyé trois livres à l’une des sœurs dont le traitement trimestriel était échu, et le reste, une livre un shilling et cinq pence, à la maison des garçons pour le ménage. Me voilà donc encore sans un sou. Mon espérance est en Dieu ; il pourvoira.

6 septembre. Ce matin, on a apporté les cahiers de comptes de la maison des tout-petits, et la directrice a fait demander quand elle pourrait venir les reprendre, c’est-à-dire quand ils auraient été vérifiés et quand on avancerait de l’argent pour le ménage. J’ai répondu : « demain », bien que je n’eusse pas un seul penny en caisse. Environ une heure après, le frère T—— m’a fait parvenir un mot pour me dire qu’il avait reçu une livre ce matin, et que la veille au soir un frère avait envoyé vingt-neuf livres de sel, quarante-quatre douzaines d’oignons et vingt-six livres de gruau.

7 septembre. Le moment était venu où je devais envoyer de l’argent à la maison des tout-petits, mais le Seigneur n’en avait pas envoyé davantage. J’ai donc donné la livre entrée hier, ainsi que deux shillings et deux pence qu’on avait mis dans le tronc de ma maison, me confiant dans le bon Seigneur pour qu’il en envoie davantage.

8 septembre. Il n’a pas encore plu à mon Seigneur plein de grâce de m’envoyer du secours. Hier et aujourd’hui, j’ai plaidé auprès de Dieu onze arguments pour qu’il veuille bien, dans sa grâce, envoyer du secours. Voici les arguments que je présente à Dieu :

1. Que j’ai entrepris l’œuvre pour la gloire de Dieu, c.-à-d. afin qu’il y ait une preuve visible, par le fait que Dieu pourvoit aux besoins des orphelins en réponse à la prière seule, qu’il est le Dieu vivant, et tout disposé, même de nos jours, à exaucer la prière ; et qu’ainsi il veuille bien envoyer des ressources.

2. Que Dieu est « le père des orphelins », et qu’ainsi, comme leur père, il veuille bien pourvoir à leurs besoins. Psaume 68:6.

3. Que j’ai reçu les enfants au nom de Jésus, et qu’ainsi c’est lui qui, en ces enfants, a été reçu, est nourri et est vêtu ; et qu’ainsi il veuille bien prendre cela en considération. Marc 9:36-37.

4. Que la foi de beaucoup d’enfants de Dieu a été fortifiée jusqu’ici par cette œuvre, et que, si Dieu retenait les ressources à l’avenir, ceux qui sont faibles dans la foi seraient ébranlés ; tandis que, si les ressources continuaient, leur foi pourrait être fortifiée plus encore.

5. Que beaucoup d’ennemis riraient, si le Seigneur retenait les ressources, et diraient : Ne l’avions-nous pas prédit, que cet enthousiasme n’aboutirait à rien ?

6. Que beaucoup d’enfants de Dieu, qui sont peu instruits ou dans un état charnel, se sentiraient justifiés de continuer leur alliance avec le monde dans l’œuvre de Dieu, et de poursuivre comme auparavant leurs procédés non scripturaires à l’égard d’institutions semblables, pour ce qui est de se procurer des ressources, s’il ne me venait pas en aide.

7. Que le Seigneur veuille se souvenir que je suis son enfant, qu’il veuille avoir pitié de moi dans sa grâce, et se souvenir que moi, je ne puis pourvoir aux besoins de ces enfants, et qu’ainsi il ne permette pas que ce fardeau pèse longtemps sur moi sans envoyer du secours.

8. Qu’il veuille se souvenir aussi de mes compagnons d’œuvre, qui se confient en lui, mais qui seraient éprouvés s’il retenait les ressources.

9. Qu’il veuille se souvenir que je devrais soustraire les enfants à notre instruction scripturaire et les renvoyer à leurs anciens compagnons.

10. Qu’il montre que ceux-là se trompaient qui disaient que, au début, on pouvait s’attendre à des ressources, tant que la chose était nouvelle, mais non par la suite.

11. Que je ne saurais, s’il retenait les ressources, quelle interprétation donner à toutes les nombreuses et très remarquables réponses à la prière qu’il m’a accordées jusqu’ici en rapport avec cette œuvre, et qui m’ont montré on ne peut plus pleinement qu’elle est de Dieu.

Dans une faible mesure, je comprends maintenant, par expérience, le sens de cette parole : « jusques à quand », qui revient si souvent dans les prières des Psaumes. Mais même maintenant, par la grâce de Dieu, mes yeux sont tournés vers lui seul, et je crois qu’il enverra du secours.

10 sept. Lundi matin. Ni samedi ni hier il n’était entré d’argent. Il m’a paru alors nécessaire de prendre quelques mesures à cause de nos besoins, c.-à-d. d’aller aux maisons des orphelins, de réunir les frères et les sœurs (qui, à l’exception du frère T——, n’avaient jamais été informés de l’état des fonds), de leur exposer la situation, de voir combien d’argent il fallait pour le moment, de leur dire qu’au milieu de toute cette épreuve de la foi je croyais toujours que Dieu nous aiderait, et de prier avec eux. Je comptais aussi y aller tout particulièrement pour leur dire qu’on ne devait plus acheter aucun article au-delà de ce que nous avions les moyens de payer, mais qu’il ne fallait rien laisser manquer aux enfants, en aucune façon, quant à une nourriture saine et aux vêtements nécessaires ; car j’aimerais mieux les renvoyer tout de suite que de les voir manquer de quelque chose. Je comptais encore y aller pour voir s’il restait des articles envoyés pour être vendus, ou s’il y avait des articles vraiment superflus, afin de les convertir en argent. Je sentais que l’affaire en était maintenant venue à une crise solennelle. Vers neuf heures et demie sont entrés six pence, qu’on avait mis anonymement dans le tronc de la chapelle Gideon. Cet argent m’a paru comme un gage que Dieu aurait compassion et en enverrait davantage. Vers dix heures, revenu de chez le frère Craik, à qui j’avais de nouveau ouvert mon cœur, tandis que j’étais une fois de plus en prière pour obtenir du secours, une sœur est venue et a donné deux souverains à ma femme pour les orphelins, disant qu’elle s’était sentie poussée à venir, et qu’elle n’avait déjà que trop tardé. Quelques minutes après, quand je suis entré dans la pièce où elle se trouvait, elle m’a donné deux souverains de plus, et tout cela sans rien savoir de notre besoin. Ainsi le Seigneur, dans sa grande miséricorde, nous a envoyé un peu de secours, au grand encouragement de ma foi. Quelques minutes plus tard, on m’a réclamé de l’argent pour la maison des tout-petits, à laquelle j’ai envoyé deux livres, puis une livre six pence à la maison des garçons, et une livre à la maison des orphelines.

Aujourd’hui j’ai vu un jeune frère qui, de même qu’une de ses sœurs, a été amené à la connaissance du Seigneur par mon Récit.

11 sept. Le bon Seigneur, dans sa sagesse, juge encore nécessaire de nous tenir très bas. Mais cet après-midi le frère T—— est venu me dire que l’un de nos compagnons d’œuvre avait vendu sa montre de métal et deux épingles d’or pour une livre un shilling, que neuf shillings six pence étaient entrés, et que deux de nos compagnons d’œuvre avaient envoyé deux lots de volumes leur appartenant, au nombre de dix-neuf et de vingt et un, pour qu’on les vende au profit des orphelins.

12 sept. L’épreuve continue toujours. Neuf shillings seulement sont entrés aujourd’hui, donnés par l’un des ouvriers. Au milieu de cette grande épreuve de la foi, le Seigneur, dans sa miséricorde, me garde encore dans une grande paix. Il me permet aussi de voir que notre travail n’est pas vain ; car hier est morte Leah Culliford, l’une des orphelines, âgée d’environ neuf ans, vraiment convertie, et amenée à la foi quelques mois avant son départ.

13 sept. Aucun secours n’est encore venu. Ce matin, j’ai jugé absolument nécessaire de parler aux frères et aux sœurs de l’état des fonds, et de leur donner les directives nécessaires au sujet des dettes, etc. Nous avons prié ensemble, et nous avons eu une réunion très heureuse. Tous semblaient sereins. On a retiré douze shillings six pence des troncs des trois maisons, l’un des ouvriers a donné douze shillings, et une livre un shilling était entrée pour des travaux d’aiguille faits par les enfants. L’une des sœurs engagées dans l’œuvre m’a fait dire, après mon départ, de ne pas me tourmenter au sujet de son traitement, car elle n’en aurait pas besoin d’une année.

14 sept. Je me suis de nouveau réuni ce matin avec les frères et les sœurs pour prier, car le Seigneur n’a pas encore envoyé de secours. Après la prière, l’un des ouvriers m’a donné tout l’argent qu’il avait, seize shillings, disant qu’il ne serait pas droit de prier s’il ne donnait pas ce qu’il avait. L’une des sœurs m’a dit que dans six jours elle donnerait six livres, qu’elle avait à la caisse d’épargne pour un tel moment de besoin. Jusqu’à ce jour, les directrices des trois maisons avaient l’habitude de payer chaque semaine les boulangers et le laitier, parce que ceux-ci avaient préféré être payés de cette manière, et il en avait été parfois de même avec le boucher et l’épicier. Mais maintenant que le Seigneur nous dispense ses dons au jour le jour, nous estimons qu’il serait mal de continuer plus longtemps ainsi, car le paiement de la semaine pourrait venir à échéance sans que nous ayons l’argent pour y faire face ; ceux avec qui nous traitons pourraient ainsi être gênés par notre faute, et nous serions trouvés agissant contre le commandement du Seigneur : « Ne devez rien à personne. » Romains 13:8. À partir de ce jour, et désormais, tant que le Seigneur nous donnera nos ressources au jour le jour, nous nous proposons donc de payer chaque article au moment même de l’achat, et de ne jamais rien acheter que nous ne puissions payer sur-le-champ, si nécessaire que cela puisse paraître, et quel que soit le désir de nos fournisseurs de n’être payés qu’à la semaine. Le peu que nous devions a été réglé ce jour même.

15 sept. Samedi. Nous nous sommes de nouveau réunis ce matin pour prier. Dieu console nos cœurs. Nous attendons du secours. J’ai constaté qu’il y avait assez de provisions pour aujourd’hui et demain, mais qu’il n’y avait pas d’argent en caisse pour prendre le pain comme d’habitude, afin que les enfants n’aient pas du pain tout frais. Cet après-midi, l’un des ouvriers, qui avait été absent de Bristol plusieurs jours, est revenu et a donné une livre. Ce soir, nous nous sommes de nouveau réunis pour prier, et j’ai appris que dix shillings six pence de plus étaient entrés depuis le matin. Avec cette livre dix shillings six pence, nous avons pu acheter, dès ce samedi soir, la quantité habituelle de pain (car il pourrait être difficile d’obtenir du pain rassis le lundi matin), et il nous est resté un peu d’argent. Dieu soit loué, lui qui nous a donné la grâce d’arriver à la décision de ne pas prendre de pain aujourd’hui comme d’habitude, et de ne rien acheter que nous ne puissions payer immédiatement. Nous étions tout à fait sereins, recevant avec reconnaissance cet argent des mains de notre Père comme une preuve qu’il prend encore soin de nous, et qu’en son temps il nous enverra de plus grosses sommes.


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