Chapitre 10 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute
Un foyer pour les orphelins démunis
1835-1836.
LES ŒUVRES DE FRANKE LE SUIVENT—UNE GRANDE ENTREPRISE CONÇUE—RAISONS DE FONDER UNE MAISON D’ORPHELINS—PRIÈRE POUR ÊTRE DIRIGÉ—UN TRÉSOR AMASSÉ DANS LE CIEL—DANS LA PRIÈRE ET DANS LA FOI, L’ŒUVRE EST COMMENCÉE.
20 novembre. Ce soir, j’ai pris le thé chez une sœur, où j’ai trouvé la vie de Franke. J’ai souvent pensé, depuis longtemps, à travailler d’une manière semblable, sur une échelle beaucoup plus modeste ; non pour imiter Franke, mais en m’appuyant sur le Seigneur. Que Dieu me montre clairement sa volonté ! 21 novembre. Aujourd’hui, j’ai senti très fortement dans mon cœur que je ne devais plus seulement penser à la fondation d’une maison d’orphelins, mais m’y mettre effectivement, et j’ai beaucoup prié à ce sujet, afin de connaître la pensée du Seigneur. 23 novembre. Aujourd’hui, on m’a envoyé d’Irlande dix livres pour notre Institution. En réponse à la prière, le Seigneur m’a donné, en quelques jours, environ cinquante livres. Je n’en avais demandé que quarante. Cela m’a été d’un grand encouragement, et m’a poussé plus encore à réfléchir et à prier au sujet de la fondation d’une maison d’orphelins. 25 nov. J’ai de nouveau beaucoup prié hier et aujourd’hui au sujet de la maison d’orphelins, et je suis de plus en plus convaincu que cela vient de Dieu. Que, dans sa miséricorde, il me dirige !
Il peut être utile d’exposer avec quelque détail les raisons qui m’amenèrent à fonder une maison d’orphelins. Par mes travaux pastoraux, par ma correspondance et par les frères qui visitaient Bristol, des cas m’étaient constamment soumis, qui prouvaient que l’une des choses dont les enfants de Dieu avaient tout particulièrement besoin de nos jours, c’était que leur foi fût fortifiée. Il m’arrivait de visiter un frère qui travaillait à son métier quatorze, voire seize heures par jour, avec ce résultat inévitable que non seulement son corps en souffrait, mais que son âme était desséchée, et qu’il ne trouvait aucune joie en Dieu. Je pouvais lui faire remarquer qu’il devrait travailler moins, afin que sa santé n’en souffre pas, et qu’il puisse fortifier son homme intérieur par la lecture de la parole de Dieu, par la méditation de cette parole et par la prière. Mais la réponse que je recevais était généralement à peu près celle-ci : « Mais si je travaille moins, je ne gagne pas assez pour faire vivre ma famille. Même maintenant que je travaille tant, j’ai à peine assez. » Il n’y avait aucune confiance en Dieu, aucune foi réelle en la vérité de cette parole : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » Je pouvais répondre à peu près ceci : « Mon cher frère, ce n’est pas votre travail qui fait vivre votre famille, c’est le Seigneur ; et celui qui vous a nourris, vous et votre famille, quand vous ne pouviez pas travailler du tout à cause de la maladie, pourvoirait sûrement à vos besoins et à ceux des vôtres, si, pour procurer de la nourriture à votre homme intérieur, vous ne travailliez chaque jour que le nombre d’heures qui vous laisserait le temps convenable pour la retraite. Et n’est-il pas vrai qu’à présent vous commencez le travail de la journée après n’avoir eu que quelques instants précipités pour la prière ; et quand vous quittez votre travail le soir, avec l’intention de lire alors un peu la parole de Dieu, n’êtes-vous pas trop épuisé de corps et d’esprit pour y trouver de la joie, et ne vous arrive-t-il pas souvent de vous endormir en lisant les Écritures, ou à genoux dans la prière ? » Le frère reconnaissait qu’il en était ainsi ; il reconnaissait que mon conseil était bon ; mais je lisais pourtant sur son visage, même s’il ne l’avait pas dit en propres termes : « Comment m’en sortirais-je, si je devais mettre en pratique votre conseil ? » Je désirais donc ardemment avoir quelque chose à montrer à ce frère, comme une preuve visible que notre Dieu et Père est le même Dieu fidèle qu’il a toujours été,—aussi disposé que jamais à se montrer le Dieu vivant, de nos jours comme autrefois, envers tous ceux qui se confient en lui.
De même, je trouvais parfois des enfants de Dieu éprouvés dans leur esprit par la perspective de la vieillesse, où ils pourraient ne plus être capables de travailler, et qui étaient donc tourmentés par la crainte de devoir entrer à l’hospice des pauvres. Si, en pareil cas, je leur montrais comment leur Père céleste a toujours secouru ceux qui se confient en lui, ils ne disaient peut-être pas que les temps ont changé ; mais il était pourtant assez évident qu’ils ne regardaient pas Dieu comme le Dieu vivant. Je désirais ardemment placer devant les enfants de Dieu quelque chose par quoi ils pussent voir que, même de nos jours, il n’abandonne pas ceux qui s’appuient sur lui.
Une autre catégorie de personnes, c’étaient des frères dans les affaires, qui souffraient dans leur âme et chargeaient leur conscience de culpabilité en conduisant leurs affaires presque de la même manière que les inconvertis. La concurrence dans le commerce, la dureté des temps, le pays surpeuplé, étaient donnés comme les raisons pour lesquelles, si l’on conduisait les affaires simplement selon la parole de Dieu, on ne pouvait s’attendre à ce qu’elles prospèrent. Un tel frère exprimait peut-être le souhait de se trouver dans une autre situation, mais il était très rare que je visse que l’on prît position pour Dieu, qu’il y eût la sainte détermination de se confier dans le Dieu vivant et de dépendre de lui, afin de conserver une bonne conscience. À cette catégorie aussi, je désirais montrer par une preuve visible que Dieu est immuablement le même.
Puis il y avait une autre catégorie de personnes : des gens qui exerçaient des professions dans lesquelles ils ne pouvaient continuer avec une bonne conscience, ou des personnes qui se trouvaient dans une position non scripturaire quant aux choses spirituelles ; mais les uns et les autres craignaient, à cause des conséquences, d’abandonner la profession dans laquelle ils ne pouvaient demeurer avec Dieu, ou de quitter leur position, de peur de se trouver sans emploi. Mon esprit désirait ardemment être un instrument pour fortifier leur foi, en leur donnant non seulement, tirés de la parole de Dieu, des exemples de sa volonté et de son pouvoir de secourir tous ceux qui s’appuient sur lui, mais encore en leur montrant par des preuves qu’il est le même de nos jours. Je savais bien que la parole de Dieu devrait suffire ; mais j’estimais devoir prêter main-forte à mes frères, si, par quelque moyen, par cette preuve visible de la fidélité immuable du Seigneur, je pouvais fortifier leurs mains en Dieu ; car je me souvenais de la grande bénédiction que ma propre âme avait reçue par les voies du Seigneur envers son serviteur A. H. Franke, qui, dans la seule dépendance du Dieu vivant, fonda une immense maison d’orphelins, que j’avais vue bien des fois de mes propres yeux. Je me jugeai donc tenu d’être le serviteur de l’Église de Christ sur ce point particulier où j’avais obtenu miséricorde, à savoir pouvoir prendre Dieu au mot, et m’appuyer sur sa parole.
Tous ces exercices de mon âme, qui venaient de ce que tant de croyants que j’apprenais à connaître étaient tourmentés et angoissés dans leur esprit, ou chargeaient leur conscience de culpabilité parce qu’ils ne se confiaient pas dans le Seigneur, furent employés par Dieu pour éveiller dans mon cœur le désir de placer devant l’Église tout entière, et devant le monde, une preuve qu’il n’a pas changé le moins du monde ; et il me sembla que la meilleure manière d’y parvenir était de fonder une maison d’orphelins. Il fallait que ce fût quelque chose qui pût se voir, même avec l’œil naturel. Or si moi, un homme pauvre, j’obtenais simplement par la prière et la foi, sans rien demander à qui que ce soit, les moyens de fonder et d’entretenir une maison d’orphelins, il y aurait là quelque chose qui, avec la bénédiction du Seigneur, pourrait servir à fortifier la foi des enfants de Dieu, outre que ce serait un témoignage, rendu à la conscience des inconvertis, de la réalité des choses de Dieu.
Telle fut donc la raison première de la fondation de la maison des orphelins. Je désirais certes de tout mon cœur que Dieu se servît de moi pour faire du bien au corps de pauvres enfants privés de leur père et de leur mère, et chercher, à d’autres égards, avec l’aide de Dieu, à leur faire du bien pour cette vie. Je désirais aussi particulièrement que Dieu se servît de moi pour faire élever ces chers orphelins dans la crainte de Dieu ; mais pourtant le but premier et principal de l’œuvre était, et il est encore, que Dieu soit glorifié par le fait que les orphelins confiés à mes soins reçoivent tout ce dont ils ont besoin, uniquement par la prière et la foi, sans que personne soit sollicité par moi ou par mes collaborateurs, de sorte que l’on puisse voir que Dieu est toujours fidèle, et qu’il exauce toujours la prière. Que je ne me sois pas trompé, cela a été abondamment prouvé depuis novembre 1835, tant par la conversion de beaucoup de pécheurs qui ont lu les récits publiés au sujet de cette œuvre, que par l’abondance du fruit qui s’en est suivi dans le cœur des saints ; ce dont je désire, du plus profond de mon âme, être reconnaissant envers Dieu, et ce dont l’honneur et la gloire non seulement lui reviennent à lui seul, mais encore, par son secours, je suis rendu capable de les lui attribuer.
28 novembre. Chaque jour de cette semaine, j’ai beaucoup prié au sujet de la maison d’orphelins, suppliant surtout le Seigneur d’ôter de mon esprit toute pensée à ce sujet si la chose ne vient pas de lui ; et j’ai aussi examiné à plusieurs reprises mon cœur quant à mes motifs en cette affaire. Mais j’ai été de plus en plus affermi dans la conviction que cela vient de Dieu.
2 décembre. Ces derniers jours, j’ai de nouveau beaucoup prié au sujet de la maison d’orphelins, et j’ai souvent examiné mon cœur, afin que, si je désirais le moins du monde la fonder pour me satisfaire moi-même, je pusse le découvrir. Dans ce but, je me suis aussi entretenu à ce sujet avec le frère Craik, afin qu’il pût m’aider à découvrir toute corruption cachée de mon cœur en cette affaire, ou toute autre raison tirée des Écritures qui s’opposerait à ce que je m’y engage. La seule raison qui m’ait jamais fait douter quelque peu que ce soit la volonté de Dieu que je m’engage dans cette œuvre, c’est la multiplicité des occupations que j’ai déjà. Mais si la chose vient de Dieu, il enverra en son temps des personnes qualifiées, de sorte que ce service ne me prendra, relativement, que peu de temps.
Ce matin, j’ai demandé tout particulièrement au Seigneur qu’il veuille bien m’instruire par l’intermédiaire du frère C. ; et je suis allé le voir, afin qu’il eût l’occasion de sonder mon cœur. Car, comme je ne désire que la gloire du Seigneur, je serais heureux d’être instruit par l’intermédiaire de n’importe quel frère, si la chose ne vient pas de lui. Mais le frère C., au contraire, m’y a vivement encouragé. J’ai donc fait aujourd’hui le premier pas concret dans cette affaire, en faisant imprimer des affiches annonçant une réunion publique pour le 9 décembre, au cours de laquelle j’ai l’intention d’exposer aux frères mes pensées au sujet de la maison d’orphelins, comme un moyen de connaître plus clairement la pensée du Seigneur en cette affaire. 5 décembre. Ce soir, en lisant les Écritures, j’ai été frappé par ces paroles : « Ouvre ta bouche, et je la remplirai. » J’ai été conduit à appliquer ce passage à la maison d’orphelins, et j’ai demandé au Seigneur un local, mille livres, et des personnes qualifiées pour prendre soin des enfants. 7 décembre. Aujourd’hui, j’ai reçu le premier shilling pour la maison d’orphelins.
9 décembre. Cet après-midi, on nous a donné le premier meuble,—une grande armoire. Cet après-midi et ce soir, j’ai eu l’esprit abattu au sujet de la maison d’orphelins, mais dès que j’ai commencé à parler à la réunion, j’ai reçu de Dieu un secours particulier. Après la réunion, on m’a donné dix shillings. C’est à dessein qu’il n’y a pas eu de collecte, et personne d’autre que moi n’a pris la parole ; car on ne cherchait nullement à agir sur les sentiments, puisque je voulais être tout à fait sûr de la pensée de Dieu. Après la réunion, une sœur s’est offerte pour l’œuvre. Je suis rentré chez moi heureux dans le Seigneur, et plein d’assurance que la chose se réalisera, bien qu’on ne m’ait donné que dix shillings. 10 décembre. J’ai envoyé à l’impression un exposé qui contient l’essentiel de ce que j’ai dit à la réunion d’hier soir. J’ai reçu une lettre dans laquelle un frère et une sœur m’écrivaient ceci : « Nous nous proposons pour le service de la future maison d’orphelins, si vous nous en jugez capables ; nous proposons aussi de céder à son usage tous les meubles, etc., que le Seigneur nous a donnés ; et de le faire sans recevoir aucun salaire, croyant que, si c’est la volonté du Seigneur de nous employer, il pourvoira à tous nos besoins », etc. Le soir, un frère a apporté, de la part de plusieurs personnes, trois plats, vingt-huit assiettes, trois bols, une cruche, quatre gobelets, trois salières, une râpe, quatre couteaux et cinq fourchettes.
12 décembre. Tandis que je priais ce matin pour que le Seigneur nous donne une nouvelle marque de sa faveur au sujet de la maison d’orphelins, un frère a apporté trois plats, douze assiettes, un bol et une couverture. Après ce don, j’ai remercié Dieu, et je lui ai demandé de me donner, aujourd’hui même, un autre encouragement. Peu après, on m’a donné cinquante livres, et cela de la part d’une personne de qui, pour plusieurs raisons, je n’aurais pu attendre cette somme. Ainsi la main de Dieu est apparue d’autant plus clairement. Même alors, j’ai été conduit à prier pour que le Seigneur donne encore davantage ce jour-là. Le soir, en effet, une sœur a envoyé vingt-neuf yards d’indienne. Une sœur s’est aussi offerte pour l’œuvre. 13 décembre. Un frère a été poussé aujourd’hui à donner quatre shillings par semaine, aussi longtemps que le Seigneur lui en donnera les moyens : il a donné huit shillings, comme souscription pour deux semaines. Aujourd’hui, un frère et une sœur se sont offerts, avec tous leurs meubles et toutes les provisions qu’ils ont dans leur maison, s’ils peuvent être utilement employés aux affaires de la maison d’orphelins.
14 décembre. Aujourd’hui, une sœur a offert ses services pour l’œuvre. Le soir, une autre sœur s’est offerte pour l’institution. 15 décembre. Une sœur a apporté, de la part de plusieurs amis, dix bols, huit gobelets, une assiette, cinq cuillers à dessert, six cuillers à thé, une écumoire, une fourchette à griller le pain, une saupoudreuse à farine, trois couteaux et fourchettes, un drap, une taie d’oreiller, une nappe ; et aussi une livre. Dans l’après-midi, on a envoyé cinquante-cinq yards de toile à draps et douze yards de calicot. 16 décembre. J’ai retiré de la boîte qui est dans ma chambre un shilling. 17 décembre. J’ai été plutôt abattu hier soir et ce matin au sujet de cette affaire, me demandant si je devais m’engager dans cette voie, et j’ai été conduit à demander au Seigneur de m’accorder quelque nouvel encouragement. Peu après, un frère a envoyé deux pièces d’indienne, l’une de sept et l’autre de vingt-trois yards trois quarts, six yards trois quarts de calicot, quatre pièces de doublure, d’environ quatre yards en tout, un drap et une mesure d’un yard. Ce soir, un autre frère a apporté une quantité d’articles de ménage, et m’a dit qu’il avait été mis au cœur d’une personne d’envoyer demain cent livres.
18 décembre. Cet après-midi, le même frère a apporté, de la part d’une sœur, un couvre-lit, un support de fer à repasser, huit tasses et soucoupes, un sucrier, un pot à lait, une tasse à thé, seize dés à coudre, cinq couteaux et fourchettes, six cuillers à dessert, douze cuillers à thé, quatre peignes et deux petites râpes ; et, de la part d’un autre ami, un fer à repasser, ainsi qu’une tasse et sa soucoupe. En même temps, il a apporté les cent livres dont il est question plus haut. Depuis la publication de la deuxième édition, il a plu au Seigneur de reprendre à lui la donatrice de ces cent livres, et je donne donc, dans la présente édition, quelques détails de plus sur ce don et sur celle qui l’a fait.
A. L. me fut connue presque dès mon arrivée à Bristol, en 1832. Elle gagnait son pain par des travaux d’aiguille, qui lui rapportaient de deux à cinq shillings par semaine ; la moyenne, je suppose, n’excédait pas trois shillings six pence, car elle était faible de corps. Mais je ne me souviens pas de l’avoir jamais entendue proférer une parole de plainte parce qu’elle gagnait si peu. Quelque temps avant que je fusse conduit à fonder une maison d’orphelins, son père était mort, et par cet événement elle était entrée en possession de quatre cent quatre-vingts livres, somme qui lui avait été léguée (ainsi que la même somme à son frère et à ses deux sœurs) par sa grand-mère, mais dont son père avait touché les intérêts sa vie durant. Le père, qui avait été très adonné à la boisson, mourut endetté, et les enfants désirèrent payer ses dettes ; mais les autres, en dehors d’A. L., ne voulurent pas payer intégralement, et offrirent aux créanciers vingt-cinq pour cent, ce que ceux-ci acceptèrent volontiers, car ils n’avaient pas le moindre droit légal sur les enfants. Après que les dettes eurent été payées selon cet accord, notre sœur A. L. se dit : « Si coupable qu’ait pu être mon père, il était pourtant mon père, et puisque j’ai les moyens de payer ses dettes intégralement, je dois, comme enfant croyante, le faire, vu que mon frère et mes sœurs ne le feront pas. » Elle alla donc trouver en secret tous les créanciers, et paya l’intégralité des dettes, ce qui lui prit encore quarante livres de son argent, en plus de sa part, qu’elle avait déjà donnée. Son frère et ses deux sœurs donnèrent alors chacun cinquante livres de leur bien à leur mère ; mais A. L. se dit : « Je suis une enfant de Dieu ; je dois sûrement donner à ma mère deux fois autant que mes frères et sœurs. » Elle donna donc à sa mère cent livres. Peu après, elle m’envoya les cent livres pour la maison d’orphelins. Je ne fus pas peu surpris lorsque je reçus d’elle cet argent, car je l’avais toujours connue comme une pauvre fille, je n’avais jamais entendu dire qu’elle fût entrée en possession de cet argent, et sa mise ne m’avait jamais donné le moindre indice d’un changement dans sa situation. Avant toutefois d’accepter d’elle cet argent, j’eus avec elle une longue conversation, dans laquelle je cherchai à sonder ses motifs, et à m’assurer si, comme je l’avais craint, elle n’avait pas donné cet argent sous l’impulsion du moment, sans avoir calculé la dépense. Mais je ne m’étais pas entretenu longtemps avec cette sœur bien-aimée que je découvris qu’elle était, sur ce point, une disciple tranquille, calme et réfléchie du Seigneur Jésus, et quelqu’un qui désirait, en dépit de ce que pouvait dire la raison humaine, agir selon les paroles de notre Seigneur : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre. » « Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumônes. » Lorsque je lui fis des représentations, afin de voir si elle avait calculé la dépense, elle me dit : « Le Seigneur Jésus a donné pour moi sa dernière goutte de sang, et je ne lui donnerais pas ces cent livres ? » Elle voulut aussi que je prenne cinq livres pour les saints pauvres qui étaient en communion avec nous. Je mentionne ici particulièrement que cette chère sœur garda toutes ces choses pour elle, et les fit autant que possible en secret ; et, de son vivant, je suppose que pas six frères et sœurs parmi nous ne savaient qu’elle eût jamais possédé quatre cent quatre-vingts livres, ni qu’elle eût donné cent livres pour la maison d’orphelins.
Je rapporte encore un trait. Le 4 août 1836, sept mois et demi après qu’elle eut donné les cent livres, elle vint me trouver un matin et me dit : « Hier soir, je me suis sentie particulièrement poussée à prier au sujet des fonds de l’Institution pour la connaissance des Écritures ; mais, tout en priant, j’ai pensé : à quoi bon prier pour obtenir des moyens, si je ne donne pas quand j’ai les moyens ? C’est pourquoi je vous ai apporté ces cinq livres. » Comme j’avais lieu de croire qu’à ce moment-là la plus grande partie de son argent avait déjà disparu, j’eus de nouveau avec elle une assez longue conversation, pour voir si elle avait vraiment calculé la dépense, et si ce don aussi était fait pour le Seigneur, ou sous l’effet d’une excitation passagère, auquel cas il valait mieux ne pas donner l’argent. Cependant, elle fut cette fois encore ferme, fondée sur la parole de Dieu, et manifestement pressée par l’amour de Christ ; et tout l’effet que ma conversation produisit sur elle fut qu’elle me dit : « Il faut que vous preniez cinq shillings en plus des cinq livres, comme preuve que je donne les cinq livres de bon cœur. » Et ainsi elle me contraignit à prendre les cinq livres et cinq shillings.—Quatre choses sont surtout à remarquer chez cette sœur bien-aimée, pour toute cette période de son pèlerinage terrestre : 1. Elle fit toutes ces choses en secret, évitant au plus haut point toute ostentation, et prouva ainsi qu’elle ne recherchait pas la louange des hommes. 2. Elle demeura, comme auparavant, d’un esprit humble et modeste, et prouva ainsi qu’elle avait fait ce qu’elle avait fait pour le Seigneur, et non pour les hommes. 3. Sa mise resta, pendant tout le temps qu’elle jouit de cette abondance relative, la même qu’auparavant. Elle était propre, mais aussi simple et aussi peu coûteuse qu’à l’époque où tout son revenu consistait en trois shillings six pence, ou au plus cinq shillings par semaine. Il n’y eut pas la moindre différence quant à son logement, sa mise, sa manière de vivre, etc. Elle demeura à tous égards, quant à toute l’apparence extérieure, la pauvre servante du Seigneur. 4. Mais, ce qui est aussi beau que le reste, elle continua pendant tout ce temps à travailler à l’aiguille. Elle gagnait par son travail, comme auparavant, ses deux shillings six pence, ou trois shillings, ou un peu plus, par semaine, tandis qu’elle donnait son argent en souverains ou en billets de cinq livres. Enfin tout son argent fut épuisé, et cela quelques années avant qu’elle s’endormît ; et comme sa santé n’avait jamais été bonne depuis que je la connaissais, et qu’elle était maintenant bien pire, elle se trouva particulièrement dépendante du Seigneur, qui ne l’abandonna jamais, jusqu’aux derniers moments de sa course terrestre. Son corps s’affaiblit de plus en plus, de sorte qu’elle ne put que très peu travailler pendant de longs mois avant sa mort ; mais le Seigneur lui fournit tout ce dont elle avait besoin, bien qu’elle n’eût jamais rien demandé. Ainsi, une sœur en communion avec nous lui envoya, pendant de longs mois, tout le pain qu’elle consommait. Sa bouche était pleine d’actions de grâces, même au milieu des plus grandes souffrances physiques.
20 décembre. Une sœur a donné cinq livres. 21 décembre. Un ami a envoyé une livre. Souscription hebdomadaire de quatre shillings. 22 décembre. Une sœur m’a donné une livre, et un ami a envoyé deux shillings six pence. 23 décembre. Un frère a donné ce soir un morceau de cordon de store et une douzaine de glands de store. Vers dix heures du soir, un monsieur m’a apporté, de la part d’une personne dont il ne devait pas dire le nom, quatre livres, dont j’ai été autorisé à prendre deux livres pour la maison d’orphelins, et à donner les deux autres livres à des croyants pauvres. 31 décembre. Ce soir, nous avons eu une réunion spéciale de prière et de louange. Au cours de l’année écoulée, ont été reçus dans l’Église : 59. Hommes en communion avec nous : 95. J’ai reçu pour mes besoins temporels, en offrandes volontaires, présents, etc., £285 1s. 1¼d.
De janvier à mai 1836, de nombreux dons furent faits en meubles, en provisions, en vêtements à demi usés et en argent (depuis cent livres jusqu’à un demi-penny). Encouragé par ces offrandes non sollicitées, M. Müller résolut d’ouvrir la maison des orphelins.
21 avril. Ce jour a été mis à part pour la prière et l’action de grâces au sujet de la maison des orphelins, maintenant qu’elle est ouverte. Le matin, plusieurs frères ont prié, et le frère Craik a parlé sur les derniers versets du Psaume 20. L’après-midi, je me suis adressé aux enfants de notre école de jour et de notre école du dimanche, aux orphelins et aux autres enfants présents. Le soir, nous avons eu une autre réunion de prière. Il y a maintenant dix-sept enfants dans la maison des orphelins.
6 mai. Depuis quelques années déjà, et surtout ces derniers mois, j’ai plus ou moins pensé et prié au sujet de la publication d’un bref récit des voies du Seigneur envers moi. Aujourd’hui, je m’y suis enfin décidé, et j’ai commencé à écrire.
16 mai. Depuis plusieurs semaines, nos revenus ont été faibles ; et bien que j’eusse prié bien des fois pour que le Seigneur nous permette de mettre de côté l’argent des impôts, la prière restait sans réponse. Au milieu de tout cela, ma consolation était que le Seigneur enverrait du secours au moment où il en serait besoin. Une chose en particulier a été pour nous une épreuve ces derniers temps, bien plus que notre propre situation temporelle : c’est que nous n’avons pu, presque dans aucune mesure, soulager la détresse parmi les saints pauvres. Aujourd’hui, le Seigneur, après que je l’en eus prié bien des fois ces dernières semaines, a enfin exaucé mes prières : on m’a remis sept livres douze shillings et un farthing comme ma part des offrandes volontaires déposées dans les troncs,—deux billets de cinq livres y ayant été mis hier, l’un pour le frère Craik et l’autre pour moi. Ainsi le Seigneur nous a de nouveau délivrés, et il a exaucé nos prières, et cela pas une seule heure trop tard ; car on n’est pas encore venu réclamer les impôts. Qu’il remplisse mon cœur de reconnaissance pour cette nouvelle délivrance, et qu’il lui plaise de me rendre de plus en plus capable de me confier en lui, et d’attendre patiemment son secours !
Chapitre 10 terminé
Un foyer pour les orphelins démunis