L’Imitation de Jésus-Christ
Comment l’homme dans la désolation doit se remettre entre les mains de Dieu

Chapitre 88 · 5 min de lecture · 6 min d’écoute

Comment l’homme dans la désolation doit se remettre entre les mains de Dieu

Le disciple

SEIGNEUR Dieu, Père saint, sois béni maintenant et dans l’éternité. Car il en est comme tu le veux, et ce que tu fais est bon. Que ton serviteur se réjouisse en toi, non en lui-même ni en nul autre, car toi seul es la vraie joie. Tu es mon espérance et ma couronne. C’est toi, Seigneur, qui es ma joie et mon honneur.

Que possède ton serviteur qu’il n’ait reçu de toi, et cela sans aucun mérite de sa part ? À toi sont toutes les choses que tu as données, toutes les choses que tu as faites.

Je suis pauvre et dans les labeurs depuis ma jeunesse, et mon âme est triste parfois jusqu’aux larmes. Parfois aussi mon esprit se trouble à cause des souffrances qui me menacent. J’aspire à la joie de la paix. Je demande instamment la paix de tes enfants, que tu nourris dans la lumière de la consolation. Si tu donnes la paix, si tu répands une sainte joie, l’âme de ton serviteur sera remplie de saints cantiques et fervente à te louer. Mais si tu te retires, comme tu le fais si souvent, il ne pourra suivre la voie de tes commandements, mais il sera plutôt contraint de se frapper la poitrine et de fléchir le genou, parce que son aujourd’hui n’est plus comme hier et avant-hier, quand ta lumière brillait sur sa tête et qu’il était protégé à l’ombre de tes ailes contre les tentations qui fondaient sur lui.

Père juste, toujours digne de louange, l’heure est venue où ton serviteur doit être éprouvé. Père bien-aimé, il est juste qu’en cette heure ton serviteur souffre quelque chose pour toi. Ô Père, à jamais digne d’honneur, elle est proche, l’heure que tu as connue de toute éternité, où pour un peu de temps ton serviteur doit être opprimé au-dehors, mais vivre toujours au-dedans avec toi.

Qu’il soit un peu dédaigné, qu’il soit humilié, qu’il défaille aux yeux des hommes, qu’il soit accablé de souffrances et de douleurs, afin qu’il ressuscite avec toi à l’aurore de la lumière nouvelle et soit glorifié dans le ciel.

Père saint, c’est toi qui l’as ainsi ordonné et voulu. Ce qui est arrivé est ce que tu as commandé. Car c’est une faveur pour ton ami que de souffrir et d’être éprouvé dans le monde pour ton amour, quelles que soient la fréquence et la main par lesquelles tu permets que cela lui arrive.

Rien n’arrive dans le monde sans ton dessein et ta providence, ni sans cause. Il m’est bon, Seigneur, que tu m’aies humilié, afin que j’apprenne la justice de tes jugements et que je rejette toute présomption et tout orgueil du cœur. Il m’est profitable que la honte ait couvert mon visage, afin que je cherche ma consolation en toi plutôt qu’auprès des hommes. Par là j’ai appris aussi à craindre ton jugement insondable, qui frappe également le juste et l’injuste, non toutefois sans équité ni justice.

Grâces te soient rendues de ce que tu ne m’as pas épargné les maux, mais m’as meurtri de coups amers, m’infligeant des douleurs, m’envoyant des angoisses au-dehors et au-dedans. Sous le ciel, nul ne peut me consoler, sinon toi, Seigneur mon Dieu, céleste Médecin des âmes, qui blesses et qui guéris, qui fais descendre aux enfers et qui en fais remonter. Ta discipline est sur moi, et ta verge même m’instruira.

Voici, Père bien-aimé, je suis entre tes mains. Je m’incline sous ta verge qui corrige. Frappe mon dos et ma nuque, afin que je plie à ta volonté ce qui en moi est tortueux. Fais de moi un disciple pieux et humble, comme tu as coutume de le faire dans ta bonté, afin que je marche à ton moindre signe. Moi-même et tout ce qui est à moi, je te les remets pour être corrigés, car il vaut mieux être châtié ici-bas que dans l’au-delà.

Tu sais toutes choses sans exception, et rien dans la conscience de l’homme ne t’est caché. Tu connais les événements avant qu’ils arrivent, et nul n’a besoin de t’enseigner ni de t’avertir de ce qui se fait sur la terre. Tu sais ce qui servira mon progrès, et combien de tribulations serviront à ôter la rouille du vice. Agis envers moi selon ton bon plaisir, et ne méprise pas ma vie pécheresse, que nul ne connaît aussi bien ni aussi clairement que toi seul.

Accorde-moi, Seigneur, la grâce de savoir ce qui doit être su, de louer ce qui te plaît le plus, d’estimer ce qui paraît le plus précieux à tes yeux, et d’avoir en horreur ce qui est impur devant toi.

Ne permets pas que je juge selon la lumière de mes yeux de chair, ni que je prononce selon ce qu’entendent les oreilles des ignorants. Mais donne-moi de discerner d’un jugement vrai entre les choses visibles et les choses spirituelles, et de chercher toujours, par-dessus tout, ton bon plaisir. Les sens des hommes se trompent souvent dans leurs jugements, et les amateurs de ce monde se trompent aussi en n’aimant que les choses visibles. En quoi un homme vaut-il mieux pour être estimé plus grand par les hommes ? Le trompeur trompe le trompeur, le vaniteux trompe le vaniteux, l’aveugle trompe l’aveugle, le faible trompe le faible, chaque fois qu’il l’exalte, et en vérité sa louange insensée le couvre plutôt de confusion. Car, comme le dit l’humble saint François, ce que chacun est à tes yeux, il l’est, et rien de plus.

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