Chapitre 83 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
Il ne faut pas croire tous les hommes, car il est facile de faillir en paroles
Le disciple
SECOURS-MOI dans mes besoins, Seigneur, car le secours de l’homme n’est que vanité. Que de fois n’ai-je pas trouvé de fidélité là où je croyais la posséder ! Et que de fois je l’ai trouvée là où je l’attendais le moins ! Vaine est donc l’espérance mise dans les hommes, mais le salut des justes est en toi, ô Dieu. Béni soit ton nom, Seigneur mon Dieu, en tout ce qui nous arrive.
Nous sommes faibles et inconstants, vite trompés et vite changés. Quel est l’homme capable de se garder avec tant de prudence et de soin qu’il ne tombe parfois dans l’erreur ou dans la perplexité ? Celui qui se confie en toi, Seigneur, et te cherche d’un cœur simple ne tombe pas si facilement. Et si quelque épreuve vient sur lui, si embarrassé qu’il y soit, il en sera plus vite délivré et consolé par toi. Car tu n’abandonneras pas jusqu’à la fin celui qui espère en toi.
Il est rare, l’ami qui demeure fidèle à travers toutes les détresses de son ami. Mais toi, Seigneur, toi seul, tu es entièrement fidèle en toutes choses ; hors de toi, il n’en est point d’aussi fidèle.
Oh ! qu’elle était sage, cette sainte âme qui disait : « Mon esprit est fermement établi et fondé dans le Christ. » S’il en était ainsi de moi, la crainte humaine ne m’inquiéterait pas si facilement, et les traits des paroles ne me troubleraient pas. Mais qui peut tout prévoir et se prémunir contre tous les maux ? Et si les choses prévues ont souvent blessé, celles qu’on n’attendait pas peuvent-elles faire autre chose que nous blesser gravement ? Pourquoi donc n’ai-je pas mieux pourvu à mon misérable moi ? Pourquoi aussi ai-je si facilement accordé ma confiance aux autres ? Mais nous ne sommes que des hommes, rien que des hommes faibles, bien que beaucoup nous croient des anges et nous en donnent le nom.
En qui mettrai-je ma foi, Seigneur ? En qui, sinon en toi ? Tu es la vérité qui ne trompe pas et ne peut être trompée. Tout homme, au contraire, est menteur, faible, inconstant et sujet à l’erreur, surtout en paroles, si bien qu’il ne faut pas se hâter de croire même ce qui, au premier abord, semble avoir l’accent du vrai. Qu’il était sage, ton avertissement de nous mettre en garde contre les hommes ; que l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison ; qu’il ne faut pas croire si quelqu’un dit : « Le voici ici, ou le voici là. »
J’ai été instruit à mes dépens, et j’espère en avoir tiré plus de prudence, et non plus de folie. « Prends garde, dit-on, prends garde, et garde pour toi ce que je te dis ! » Et tandis que je me tais, croyant la chose secrète, celui qui m’a demandé le silence ne peut lui-même se taire, mais aussitôt il nous trahit, lui et moi, et s’en va. De tels propos et de ces hommes légers, protège-moi, Seigneur, de peur que je ne tombe entre leurs mains et dans leurs voies. Mets dans ma bouche des paroles vraies et fermes, et éloigne de moi la langue artificieuse, car ce que je ne veux pas souffrir, je dois à tout prix l’éviter.
Oh ! qu’il est bon et paisible de se taire sur les autres, de ne pas croire sans discernement tout ce qui se dit, de ne pas le répéter facilement, de ne s’ouvrir qu’à peu de gens, de toujours te chercher, toi qui sondes les cœurs, et de ne pas se laisser emporter à tout vent de paroles, mais de souhaiter que toutes choses, en nous et hors de nous, s’accomplissent selon le bon plaisir de ta volonté.
Combien il importe, pour garder la grâce céleste, de fuir les regards des hommes, de ne pas rechercher au-dehors ce qui semble attirer l’admiration, mais de poursuivre avec le plus grand zèle ce qui donne la ferveur et l’amendement de la vie ! Combien ont été blessés pour avoir vu leur vertu connue et louée trop tôt ! Et combien il a été vraiment profitable que la grâce demeure cachée durant cette fragile vie, qui n’est que tentation et combat !
Chapitre 83 terminé
Il ne faut pas croire tous les hommes, car il est facile de faillir en paroles