Chapitre 4 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
La doctrine de la vérité
HEUREUX celui à qui la vérité se montre elle-même, non par des signes et des paroles qui passent, mais telle qu’elle est. Nos opinions, nos sens nous trompent souvent, et nous discernons bien peu de chose.
À quoi bon tant disputer de questions embrouillées et obscures, quand notre ignorance à leur sujet ne nous sera pas reprochée au jour du jugement ? Négliger ce qui est utile et nécessaire, et s’occuper sans mesure de ce qui est inutile et nuisible, c’est une grande folie.
Nous avons des yeux, et nous ne voyons pas.
Qu’avons-nous donc à faire des questions de la philosophie ? Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré des vaines théories. Car de ce Verbe viennent toutes choses, et toutes choses parlent de lui : le Principe, qui nous parle aussi. Sans ce Verbe, nul ne comprend ni ne juge avec droiture. Celui pour qui il devient tout, qui ramène tout à lui et qui voit tout en lui, peut avoir le cœur en repos et demeurer en paix avec Dieu.
Ô Dieu, toi qui es la vérité, fais-moi un avec toi dans un amour éternel. Je suis souvent las de tout ce que j’entends et de tout ce que je lis ; mais en toi est tout ce que je désire. Que les savants se taisent, que toutes les créatures fassent silence devant toi ; toi seul, parle-moi.
Plus un homme est recueilli et plus il devient simple de cœur, plus aisément il comprend les choses sublimes, car il reçoit d’en haut la lumière de l’intelligence. L’esprit pur, simple et constant ne se disperse pas dans la multitude des travaux, car il les fait tous pour l’honneur de Dieu. Et, comme il jouit de la paix intérieure, il ne cherche en rien son propre intérêt. Qu’est-ce qui cause, en vérité, plus de trouble et de peine que les désirs déréglés du cœur ?
L’homme bon et pieux dispose d’abord en son esprit ce qu’il doit faire, non selon les caprices d’un penchant mauvais, mais selon les règles de la droite raison. Qui doit livrer un plus rude combat que celui qui s’efforce de se vaincre lui-même ? Tel devrait donc être notre but : nous vaincre nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts, avancer dans la vertu.
Toute perfection en cette vie est mêlée de quelque imperfection, et aucun de nos savoirs n’est sans quelque obscurité. L’humble connaissance de soi est un chemin plus sûr vers Dieu que la recherche ardente de la science. Non que la science soit à condamner, ni la connaissance, qui est bonne en soi et voulue par Dieu ; mais une conscience pure et une vie vertueuse doivent toujours être préférées. Beaucoup se trompent souvent et ne font que peu ou point de bien, parce qu’ils cherchent à devenir savants plutôt qu’à bien vivre.
Si les hommes mettaient autant de soin à arracher les vices et à planter les vertus qu’à débattre des questions, il n’y aurait pas tant de mal et de scandale dans le monde, ni tant de relâchement dans les communautés religieuses. Au jour du jugement, assurément, on ne nous demandera pas ce que nous avons lu, mais ce que nous avons fait ; non pas si nous avons bien parlé, mais si nous avons bien vécu.
Dis-moi, où sont maintenant tous ces maîtres et ces docteurs que tu as si bien connus de leur vivant et qui étaient célèbres pour leur science ? D’autres occupent déjà leur place, et je ne sais s’ils pensent jamais à leurs prédécesseurs. Pendant leur vie, ils semblaient être quelque chose ; à présent, on se souvient à peine d’eux. Comme la gloire du monde passe vite ! Si seulement leur vie avait été à la mesure de leur science, alors leur étude et leurs lectures auraient valu la peine.
Combien périssent à cause d’une vaine science du monde et d’un trop faible souci de servir Dieu ! Ils se sont égarés dans leurs vaines pensées, parce qu’ils ont préféré être grands plutôt qu’humbles.
Celui-là est vraiment grand qui a une grande charité. Celui-là est vraiment grand qui est petit à ses propres yeux et compte pour rien les plus hauts honneurs. Celui-là est vraiment sage qui regarde toutes les choses de la terre comme une folie, afin de gagner le Christ. Celui qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne est vraiment très savant.
Chapitre 4 terminé
La doctrine de la vérité