Chapitre 36 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
Reconnaître la grâce de Dieu
POURQUOI chercher le repos, alors que tu es né pour le travail ? Dispose-toi à la patience plutôt qu’à la consolation, à porter ta croix plutôt qu’à te réjouir.
Quel homme au monde, s’il pouvait les avoir toujours, n’accepterait volontiers la consolation et la joie spirituelle, biens qui surpassent toutes les délices de la terre et tous les plaisirs du corps ? Ceux-ci, en effet, sont ou vains ou bas, tandis que les joies spirituelles, nées de la vertu et répandues par Dieu dans les âmes pures, sont seules vraiment douces et nobles.
Or, puisque l’heure de la tentation est toujours proche, et que la fausse liberté d’esprit et la trop grande confiance en soi font gravement obstacle à ces visites du ciel, l’homme ne peut jamais en jouir à sa guise.
Dieu fait bien en donnant la grâce de la consolation, mais l’homme fait mal en ne rendant pas tout à Dieu avec reconnaissance. Ainsi les dons de la grâce ne peuvent couler en nous, quand nous sommes ingrats envers le Donateur, quand nous ne les faisons pas remonter à leur source. La grâce est toujours donnée à celui qui sait dûment rendre grâce, et ce qui est d’ordinaire accordé aux humbles sera ôté aux orgueilleux.
Je ne veux pas d’une consolation qui m’enlève la contrition, ni d’une contemplation qui mène à l’orgueil ; car tout ce qui est élevé n’est pas saint, tout ce qui est doux n’est pas bon, tout désir n’est pas pur, et tout ce qui nous est cher n’est pas agréable à Dieu. J’accepte volontiers la grâce qui me rend plus humble et plus contrit, plus disposé à renoncer à moi-même.
L’homme qu’a instruit le don de la grâce, et que le fouet de son retrait a enseigné, n’osera jamais s’attribuer aucun bien ; il reconnaîtra plutôt sa pauvreté et son néant. Rends à Dieu ce qui est à Dieu, et impute-toi ce qui est à toi. Rends-lui donc grâces pour sa grâce, mais fais retomber sur toi seul la faute et le châtiment qu’elle mérite.
Prends toujours la dernière place, et la première te sera donnée, car la plus haute ne peut exister sans la plus basse. Les saints les plus grands devant Dieu sont ceux qui se jugent les plus petits, et plus ils sont humbles en eux-mêmes, plus ils sont glorieux. N’ayant aucun désir de la vaine gloire, ils sont remplis de vérité et de gloire céleste. Affermis et fortifiés en Dieu, ils ne peuvent d’aucune manière s’enorgueillir. Ils attribuent à Dieu tout le bien qu’ils ont reçu ; ils ne recherchent pas la gloire qui vient les uns des autres, mais seulement celle qui vient de Dieu seul. Ils désirent par-dessus tout qu’il soit loué en eux-mêmes et en tous ses saints : tel est leur dessein constant.
Sois donc reconnaissant pour le moindre don, et tu seras digne d’en recevoir un plus grand. Tiens le moindre don pour le plus grand, et le plus méprisable pour une faveur singulière. Et si seulement tu regardes la dignité du Donateur, aucun don ne te paraîtra trop petit ni sans valeur. Même s’il envoie des châtiments et des verges, accepte-les, car c’est pour notre bien qu’il agit en tout ce qu’il permet qu’il nous arrive.
Celui qui désire conserver la grâce de Dieu doit être reconnaissant quand elle lui est donnée, et patient quand elle lui est retirée. Qu’il prie pour qu’elle revienne ; qu’il soit prudent et humble, de peur de la perdre.
Chapitre 36 terminé
Reconnaître la grâce de Dieu