Chapitre 19 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
L’exemple des saints Pères
CONSIDÈRE les exemples vivants que nous ont laissés les saints, en qui brillait la lumière de la vraie perfection et de la vraie religion, et tu verras combien peu, combien presque rien nous faisons. Hélas ! qu’est-ce que notre vie, comparée à la leur ? Les saints et les amis du Christ ont servi le Seigneur dans la faim et la soif, dans le froid et la nudité, dans le travail et la fatigue, dans les veilles et les jeûnes, dans les prières et les saintes méditations, dans les persécutions et les afflictions sans nombre. Combien d’épreuves, et combien lourdes, ont souffertes les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges, et tous les autres qui ont voulu marcher sur les traces du Christ ! Ils ont haï leur vie sur la terre afin de posséder la vie dans l’éternité.
Quelle vie austère et détachée menaient les saints ermites au désert ! Quelles longues et lourdes tentations ils ont souffertes ! Que de fois l’ennemi les a assaillis ! Quelles prières fréquentes et ardentes ils offraient à Dieu ! Quels jeûnes rigoureux ils observaient ! Quel zèle, quel amour pour la perfection spirituelle ! Quel rude combat ils ont livré pour dompter leurs mauvaises habitudes ! Quelle intention pure et droite ils avaient envers Dieu ! Le jour, ils travaillaient, et la nuit, ils se dépensaient en longues prières. Même au travail, ils ne cessaient pas l’oraison intérieure. Ils employaient tout leur temps avec profit ; chaque heure leur semblait trop courte pour servir Dieu, et dans la grande douceur de la contemplation, ils oubliaient jusqu’aux besoins de leur corps.
Ils renonçaient à toutes les richesses, aux dignités, aux honneurs, aux amis et aux proches. Ils ne désiraient rien du monde. À peine s’accordaient-ils le nécessaire, et le service du corps, même nécessaire, leur était à charge. Ils étaient pauvres des biens de la terre, mais riches en grâce et en vertus. Dénués au-dehors, ils étaient au-dedans comblés de grâce et de consolation divine. Étrangers au monde, ils étaient les amis proches et intimes de Dieu. À leurs propres yeux ils n’étaient rien, et le monde les méprisait ; mais aux yeux de Dieu ils étaient précieux et bien-aimés. Ils vivaient dans une vraie humilité et une simple obéissance ; ils marchaient dans la charité et la patience, avançant chaque jour sur le chemin de la vie spirituelle et obtenant une grande faveur auprès de Dieu.
Ils ont été donnés en exemple à tous les religieux, et leur pouvoir de nous exciter à la perfection devrait l’emporter sur celui des tièdes de nous entraîner au relâchement.
Quelle était la ferveur de tous les religieux au commencement de leur sainte institution ! Quelle dévotion dans la prière, quelle émulation dans la vertu ! Quelle belle discipline fleurissait parmi eux ! Quel respect, quelle obéissance en toutes choses sous la règle d’un supérieur ! Les traces qu’ils ont laissées attestent encore qu’ils furent vraiment des hommes saints et parfaits, qui ont combattu vaillamment et vaincu le monde.
Aujourd’hui, celui qui n’est pas un transgresseur et qui peut supporter patiemment les devoirs dont il s’est chargé passe pour un grand homme. Que nous sommes tièdes et négligents ! Nous perdons très vite notre première ferveur, et la paresse nous rend même las de vivre ! Toi qui as vu tant d’exemples d’âmes pieuses, ne t’endors pas dans la poursuite de la vertu !
Chapitre 19 terminé
L’exemple des saints Pères