Les doctrines fondamentales de la foi chrétienne
La doctrine distinctive du protestantisme : la justification par la foi

Chapitre 10 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute

La doctrine distinctive du protestantisme : la justification par la foi

« Sachez donc, hommes frères, que c’est par lui que le pardon des péchés vous est annoncé, et que quiconque croit est justifié par lui de toutes les choses dont vous ne pouviez être justifiés par la loi de Moïse. »—Actes 13:38, 39.

« À celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice. »—Romains 4:5.

Voilà deux passages remarquables, et ce chapitre sera consacré à leur exposition. Notre sujet de ce matin est « La doctrine distinctive du protestantisme : la justification par la foi ». La doctrine de la justification par la foi est celle qui a fait la Réforme. Elle est aujourd’hui l’une des doctrines cardinales de la foi évangélique. Bien qu’elle ait été pleinement exposée pour la première fois, et constamment mise en relief, par Paul, cette doctrine parcourt la Bible tout entière, de la Genèse à l’Apocalypse. C’est dans le premier livre de la Bible, le livre de la Genèse, que nous lisons : « Abram eut confiance en l’Éternel, qui le lui imputa à justice. » (Genèse 15:6.) Dans ces paroles, dès le tout premier livre de la Bible, nous avons le germe de toute la doctrine, si pleine de grâce et si précieuse, de la justification par la foi.

I. QU’EST-CE QUE LA JUSTIFICATION ?

La première chose qu’il nous faut bien comprendre, c’est ce qu’est exactement la justification. C’est sur ce point que beaucoup s’égarent dans l’étude de cette grande vérité. Il existe deux définitions fondamentalement différentes du sens des mots « justifier » et « justification ». Selon la première, justifier signifie rendre juste, et la justification, le fait d’être rendu juste. Selon l’autre, « justifier » signifie tenir pour juste, déclarer juste ou montrer que quelqu’un est juste, et la « justification », le fait d’être déclaré ou tenu pour juste. C’est à partir de ces deux définitions différentes que deux écoles de pensée se séparent l’une de l’autre. Laquelle est la vraie définition ? Le moyen de fixer le sens d’un mot quelconque de la Bible est d’examiner tous les passages où l’on rencontre ce mot et ses dérivés. Si quelqu’un parcourt la Bible, l’Ancien Testament comme le Nouveau, et étudie soigneusement tous les passages où se trouvent le mot « justifier » et ses dérivés, il découvrira que sans aucun doute possible, dans l’usage biblique, « justifier » signifie, non pas rendre juste, mais imputer la justice, déclarer juste ou montrer que quelqu’un est juste. Un homme est justifié devant Dieu quand Dieu le tient pour juste. C’est ce qui apparaît, par exemple, au quatrième chapitre de l’Épître aux Romains, versets 2 à 8, dans la version révisée : « Si Abraham a été justifié par les œuvres, il a sujet de se glorifier, mais non devant Dieu. Car que dit l’Écriture? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice. Or, à celui qui fait une œuvre, le salaire est imputé, non comme une grâce, mais comme une chose due; et à celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice. De même David exprime le bonheur de l’homme à qui Dieu impute la justice sans les œuvres: Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées, Et dont les péchés sont couverts! Heureux l’homme à qui le Seigneur n’impute pas son péché! » Il ressort clairement de ce passage, comme de bien d’autres, qu’un homme est justifié lorsque Dieu le tient pour juste, quels qu’aient pu être les principes de son caractère et de sa conduite. Nous verrons plus loin que la justification signifie davantage que le simple pardon.

II. COMMENT LES HOMMES SONT-ILS JUSTIFIÉS ?

Nous arrivons maintenant à la deuxième question, la question capitale : comment les hommes sont-ils justifiés ? Il existe, d’une manière générale, deux conceptions opposées de la justification. Selon la première, les hommes sont justifiés par leurs propres œuvres, c’est-à-dire sur la base de quelque chose qu’ils font eux-mêmes. Cette conception peut s’exprimer de diverses manières. Les bonnes œuvres que les hommes invoquent comme fondement de leur justification peuvent être leur bonne conduite morale, ou leur observation de la règle d’or, ou quelque chose de ce genre. Ou bien ce peuvent être des œuvres religieuses, comme faire pénitence, réciter des prières, devenir membre d’une Église, aller à l’église, être baptisé, prendre part à la cène du Seigneur, ou accomplir quelque autre devoir religieux. Mais tout cela revient au même : c’est quelque chose que nous faisons nous-mêmes qui procure la justification ; certaines œuvres à nous, certaines œuvres que nous accomplissons, sont prises comme fondement de notre justification. Selon l’autre conception, nous sommes justifiés, non par nos propres œuvres en quelque sens que ce soit, mais entièrement par l’œuvre d’un autre, c’est-à-dire par la mort expiatoire de Jésus-Christ sur la croix du Calvaire : nos propres œuvres n’ont rien à voir avec notre justification, mais nous sommes justifiés entièrement par l’œuvre d’expiation achevée et parfaite de Christ, par sa mort pour nous sur la croix, et tout ce que nous avons à faire pour être justifiés, c’est simplement de nous approprier cette justification en nous confiant tout simplement en celui qui a accompli l’expiation. Laquelle de ces deux conceptions est la bonne ? Nous irons droit à la Bible pour trouver la réponse à cette question capitale.

1. La première partie de la réponse, nous la trouverons en Romains 3:20 : « Car nul ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi, puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché. » Il est dit ici très clairement que nous ne sommes pas justifiés en observant la loi de Dieu, que ce soit la loi mosaïque ou toute autre loi, et que la loi est donnée, non pour nous apporter la justification, mais pour nous apporter la connaissance du péché, c’est-à-dire pour nous amener à prendre conscience de notre besoin d’être justifiés par grâce. Il est clairement déclaré ici que nul n’est justifié par les œuvres de la loi. La même grande vérité se trouve en Galates 2:16 : « Sachant que ce n’est pas par les œuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les œuvres de la loi. » La justification par des œuvres qui viendraient de nous est une impossibilité. C’est une impossibilité parce que, pour être justifiés par les œuvres de la loi, ou par quoi que ce soit que nous puissions faire, il nous faudrait observer parfaitement la loi de Dieu. La loi exige une obéissance parfaite comme fondement de la justification. Elle dit : « Maudit est quiconque n’observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique. » (Galates 3:10.) Or aucun de nous n’a parfaitement observé la loi de Dieu, et dès l’instant où nous transgressons la loi de Dieu sur un seul point, la justification par les œuvres devient une impossibilité absolue. Ainsi, pour ce qui est de la loi de Dieu, chacun de nous est « sous la malédiction », et si nous devons être justifiés, il nous faut trouver un autre moyen de justification que l’observation de la loi de Dieu. Dieu n’a pas donné la loi à l’homme dans l’attente ou l’intention qu’il l’observe et soit justifié par elle. Il leur a donné la loi pour produire la conviction de péché, pour fermer la bouche des hommes et pour les conduire à Christ. Ou, comme le dit Paul en Romains 3:19, 20 : « Or, nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu. Car nul ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi, puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché. » Si claires que soient ces paroles de Dieu, il y en a pourtant, chose étrange, beaucoup aujourd’hui qui prêchent la loi comme voie de salut. Mais en prêchant ainsi, ils prêchent une autre voie de salut que celle que Dieu a établie dans sa propre Parole.

2. La deuxième partie de la réponse à la question de savoir comment nous sommes justifiés, nous la trouvons en Romains 3:24. « Ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ. » Le mot traduit par « gratuitement » dans ce passage signifie à titre de don gratuit, et le verset nous dit que les hommes sont justifiés à titre de don gratuit par la grâce de Dieu (c’est-à-dire la faveur imméritée de Dieu), par le moyen de (c’est-à-dire sur la base de) la rédemption qui est en Jésus-Christ. En d’autres termes, la justification ne repose sur aucun mérite qui serait en nous, ni sur rien de ce que nous avons fait ; nous ne sommes justifiés ni par nos actes ni par notre caractère. La justification est un don gratuit que Dieu accorde absolument sans aucun paiement. Le canal par lequel ce don gratuit est accordé, c’est la rédemption qui est en Jésus-Christ. Nous verrons plus loin que cela veut dire : par le prix d’achat que Christ a payé pour notre rédemption, c’est-à-dire par l’effusion de son sang sur la croix du Calvaire.

3. Ceci nous conduit à la troisième partie de la réponse à la question : comment les hommes sont-ils justifiés ? Nous trouvons cette troisième partie de la réponse en Romains 5:9 : « A plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. » Il nous est dit ici en propres termes que nous sommes justifiés, ou tenus pour justes, « par », ou plus littéralement « dans », le sang de Christ, c’est-à-dire sur la base de la mort propitiatoire de Christ. Nous étions tous sous la malédiction de la loi de Dieu transgressée, car nous l’avions tous transgressée ; mais, en mourant à notre place sur la croix du Calvaire, notre Seigneur Jésus nous en a délivrés : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous, car il est écrit: Maudit est quiconque est pendu au bois. » (Galates 3:13.) Ou, comme le dit Pierre en 1 Pierre 2:24 : « Lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois. » Ou, comme le dit encore Paul en 2 Corinthiens 5:21 : « Celui qui n’a point connu le péché, il (Dieu) l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » Nous aurons l’occasion de revenir plus loin sur ce passage. Tout ce que je veux que vous y remarquiez pour le moment, c’est que c’est parce que Jésus-Christ est devenu notre substitut, parce qu’il a pris, sur la croix, la place que nous méritions, que nous sommes tenus pour justes. Le seul et unique fondement de la justification, c’est le sang versé de Jésus-Christ. Bien entendu, cette doctrine est entièrement différente de l’enseignement de la Science chrétienne, entièrement différente de l’enseignement d’une bonne partie de ce qu’on appelle la Nouvelle Théologie, entièrement différente de l’enseignement de la Nouvelle Pensée et de la théosophie, et entièrement différente de l’enseignement de l’unitarianisme ; mais c’est l’enseignement de la Parole de Dieu. Nous trouvons ce même enseignement clairement donné par le prophète Ésaïe, sept cents ans avant la naissance de notre Seigneur, en Ésaïe 53:6, où il dit : « Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie; Et l’Éternel a fait retomber (littéralement, a fait frapper) sur lui (c’est-à-dire sur le Seigneur Jésus) l’iniquité de nous tous. » Fixez bien ce point dans votre esprit : le seul fondement, mais un fondement pleinement suffisant, sur lequel les hommes sont justifiés devant Dieu, c’est le sang versé de Jésus-Christ, offert par Jésus-Christ en expiation pour nos péchés et accepté par Dieu le Père comme une expiation pleinement suffisante.

4. La quatrième partie de la réponse à la question de savoir comment les hommes sont justifiés, nous la trouvons en Romains 3:26 : « Pour montrer, dis-je, sa (c’est-à-dire celle de Dieu) justice dans le temps présent, de manière qu’il (c’est-à-dire Dieu) soit juste lui-même tout en justifiant celui qui a la foi en Jésus. » Il nous est enseigné ici que les hommes sont justifiés à la condition de la foi en Jésus. Romains 4:5 rend cela, si possible, plus clair encore : « À celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice. » Ici, le Saint-Esprit, parlant par l’apôtre Paul, nous dit que ceux qui croient en Jésus voient leur foi imputée à justice. En d’autres termes, la foi fait nôtre le sang versé qui est le fondement de la justification, et nous sommes justifiés quand nous croyons. Tous les hommes sont virtuellement justifiés par la mort de Christ sur la croix, mais les croyants sont effectivement justifiés en s’appropriant, par une simple foi en lui, ce qu’il y a de valeur justifiante dans le sang versé de Christ. En d’autres termes, le sang versé de Christ est le fondement unique et pleinement suffisant de la justification ; la simple foi en Jésus-Christ, qui a versé ce sang, en est l’unique condition. Dieu ne demande rien d’autre au pécheur que de croire en son Fils, Jésus-Christ, et quand il croit ainsi, il est justifié. Quand nous croyons, nous sommes justifiés, que nous ayons des œuvres à offrir ou non ; ou, comme le dit Paul en Romains 3:28 : « Nous pensons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. » Ou, comme il est dit dans le verset déjà cité, Romains 4:5 : « À celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice. » Un homme est justifié entièrement sans les œuvres de la loi, c’est-à-dire qu’il est justifié à la condition qu’il croie en Jésus-Christ, même s’il n’a aucune œuvre à offrir comme fondement sur lequel réclamer la justification. Quand nous cessons de faire des œuvres en vue de la justification et que simplement nous « croyons en celui qui justifie l’impie », cette foi nous est imputée à justice, et nous sommes donc tenus pour justes. La question n’est donc pas : avez-vous des œuvres à offrir ? mais : croyez-vous en celui qui justifie l’impie ? Les œuvres n’ont rien à voir avec la justification, sinon pour y faire obstacle lorsque nous nous confions en elles. Le sang de Jésus-Christ nous l’obtient, la foi en Jésus-Christ se l’approprie. Nous sommes justifiés non par nos œuvres, mais par son œuvre. Nous sommes justifiés sur le fondement simple et unique de son sang versé, et à la condition simple et unique de notre foi en celui qui a versé ce sang. L’orgueil du cœur naturel est si grand qu’il est extrêmement difficile de maintenir les hommes dans cette doctrine de la justification par la foi seule, sans les œuvres de la loi. Nous cherchons sans cesse à faire intervenir nos œuvres quelque part.

5. Mais nous n’avons pas encore entièrement répondu à la question de savoir comment les hommes sont justifiés. Il y a un autre côté de la vérité, et si notre doctrine de la justification doit être complète et bien équilibrée, il nous faut considérer cet autre côté. Vous trouverez une partie de cet autre côté en Romains 10:8, 10 : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car c’est en croyant du cœur qu’on parvient à la justice, et c’est en confessant de la bouche qu’on parvient au salut. » Dieu nous dit ici que la foi qui s’approprie la justification est une foi du cœur, c’est-à-dire une foi qui n’est pas une simple idée ou opinion, mais une foi qui pousse à agir dans le sens de cette foi ; c’est donc une foi qui conduit à confesser ouvertement de la bouche Jésus comme notre Seigneur. Si quelqu’un a une certaine foi, ou ce qu’il appelle la foi, qui ne le conduit pas à confesser ouvertement Christ, il a une foi qui ne justifie pas, car ce n’est pas une foi du cœur. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même nous dit que la foi du cœur conduit à la confession ouverte, car il dit en Matthieu 12:34 : « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » La foi en Jésus-Christ dans le cœur conduit inévitablement à confesser de la bouche Jésus comme Seigneur ; et si vous ne confessez pas de votre bouche Jésus comme votre Seigneur, vous n’avez pas la foi qui justifie, et vous n’êtes pas justifiés.

6. Le reste de l’autre côté de la vérité concernant la justification par la foi, vous le trouverez en Jacques 2:14, 18-24, version révisée : « Mes frères, que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? » Nous voyons ici qu’une foi qu’un homme dit simplement avoir, mais qui ne le conduit pas à des œuvres conformes à ce qu’il prétend croire, ne peut pas justifier ; mais poursuivons, versets 18 à 24 : « Mais quelqu’un dira: Toi, tu as la foi; et moi, j’ai les œuvres. Montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi, je te montrerai la foi par mes œuvres. Tu crois qu’il y a un seul Dieu, tu fais bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. Veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est inutile? Abraham, notre père, ne fut-il pas justifié par les œuvres, lorsqu’il offrit son fils Isaac sur l’autel? Tu vois que la foi agissait avec ses œuvres, et que par les œuvres la foi fut rendue parfaite (c’est-à-dire que, dans les œuvres auxquelles la foi d’Abraham l’a conduit, la foi a trouvé sa parfaite manifestation) ; ainsi s’accomplit ce que dit l’Écriture: Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice; et il fut appelé ami de Dieu. Vous voyez que l’homme est justifié par les œuvres, et non par la foi seulement. » Certains voient dans ces paroles une contradiction entre l’enseignement de Jacques et celui de Paul, mais il n’y a là aucune contradiction. Jacques nous enseigne au contraire ici une vérité importante, à savoir que la foi que quelqu’un dit avoir, mais qui ne se manifeste pas par des actes conformes à la foi qu’il professe, ne justifiera pas. La foi qui justifie est une foi réelle, qui conduit à des actes en accord avec la vérité que nous professons croire. Il est vrai que nous sommes justifiés simplement par la foi, sans les œuvres de la loi, mais il faut que ce soit une foi réelle ; sinon, elle ne justifie pas. Comme quelqu’un l’a dit : « Nous sommes justifiés par la foi sans les œuvres, mais nous ne sommes pas justifiés par une foi qui est sans les œuvres. » La foi que Dieu voit, et sur la base de laquelle il justifie, conduit inévitablement à des œuvres que les hommes peuvent voir. Dieu a vu la foi d’Abraham dès l’instant où Abraham a cru, avant même qu’il ait eu la moindre occasion d’agir, et il a imputé cette foi à justice à Abraham. Mais la foi que Dieu a vue était une foi réelle, et elle a conduit Abraham à des œuvres que tous pouvaient voir, et ces œuvres ont prouvé la réalité de sa foi. Pour nous, la preuve de la foi, ce sont les œuvres, et nous savons que celui qui n’agit pas n’a pas la foi qui justifie.

Nous ne devons pas perdre de vue, d’un côté, la vérité que Paul souligne contre le légalisme, à savoir que nous sommes justifiés à la condition unique et simple d’une foi réelle en Christ ; mais, de l’autre côté, nous ne devons pas perdre de vue la vérité que Jacques souligne contre l’antinomisme, à savoir que seule justifie une foi réelle, qui prouve son authenticité par les œuvres. Au légaliste qui cherche à faire quelque chose pour mériter la justification, nous devons dire : « Cessez de faire des œuvres et croyez en celui qui justifie l’impie » (Romains 4:5). À l’antinomien, c’est-à-dire à celui qui pense pouvoir mener une vie sans loi, insouciante, sans séparation d’avec le monde, une vie de péché, et être pourtant justifié, à celui qui se vante d’avoir la foi et d’être justifié par elle, mais qui ne montre pas sa foi par ses œuvres, nous devons dire : « Que sert-il à quelqu’un de dire qu’il a la foi, s’il n’a pas les œuvres ? Cette foi peut-elle le sauver ? » (Jacques 2:14, version révisée.) Nous sommes justifiés par la foi seule, mais nous ne sommes pas justifiés par une foi qui reste seule : nous le sommes par une foi qu’accompagnent les œuvres.

III. L’ÉTENDUE DE LA JUSTIFICATION

Je pense avoir montré clairement comment on est justifié, et nous arrivons maintenant à une autre question, celle de l’étendue de la justification. Dans quelle mesure un homme qui croit au Seigneur Jésus est-il justifié ? Il est répondu à cette question très clairement, merveilleusement et glorieusement en Actes 13:38, 39 : « Sachez donc, hommes frères, que c’est par lui que le pardon des péchés vous est annoncé, et que quiconque croit est justifié par lui de toutes les choses dont vous ne pouviez être justifiés par la loi de Moïse. » Ces paroles nous déclarent très clairement que tout croyant en Jésus-Christ est justifié « de toutes les choses ». En d’autres termes, l’ancien compte qui pesait contre le croyant est entièrement effacé. Si mauvais, si noir que soit ce compte, dès l’instant où un homme croit en Jésus-Christ, le compte est effacé. Dieu n’a absolument rien qu’il porte au compte de celui qui croit en Jésus-Christ. Même s’il n’est encore qu’un croyant très imparfait, un tout jeune homme et un chrétien sans maturité, il est parfaitement justifié. Comme le dit Paul en Romains 8:1 : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. » Ou, comme il le dit plus loin dans le même chapitre, versets 33, 34 : « Qui accusera les élus de Dieu? C’est Dieu qui justifie! Qui les condamnera? Christ est mort; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous! » Si le pire meurtrier, ou le pire pécheur, quel qu’il soit, sur la terre entrait ici ce matin et qu’ici même, maintenant, en entendant l’Évangile de la grâce de Dieu, il croyait au Seigneur Jésus-Christ, mettait sa confiance en lui comme son Sauveur et l’acceptait comme tel, s’abandonnant à lui et le confessant comme son Seigneur, à l’instant même où il le ferait, chacun des péchés qu’il a jamais commis serait effacé, et son dossier serait aussi blanc aux yeux de Dieu que celui de l’ange le plus pur du ciel. Dieu n’a absolument rien qu’il porte au compte de celui qui croit en Jésus-Christ. Mais ce n’est pas encore tout. Paul va même au-delà en 2 Corinthiens 5:21 : « Celui qui n’a point connu le péché, il (Dieu) l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » Il nous est dit ici explicitement que le croyant en Jésus-Christ devient justice de Dieu en Christ. En Philippiens 3:9, version révisée, il nous est dit que celui qui est en Christ possède une justice qui n’est pas la sienne, mais « la justice qui vient de Dieu par la foi ». En d’autres termes, il y a un échange absolu de positions entre Christ et le croyant justifié. Christ a pris notre place, la place de la malédiction, sur la croix (Galates 3:13). Dieu l’a « fait devenir péché pour nous » (2 Corinthiens 5:21). Dieu l’a tenu pour pécheur et l’a traité en pécheur, si bien qu’à la place du pécheur, en mourant, il s’est écrié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » Et quand nous sommes justifiés, nous prenons sa place, la place d’une parfaite acceptation devant Dieu, ou, pour employer les termes exacts de l’Écriture, nous « devenons en lui justice de Dieu ». Être justifié, c’est plus qu’être pardonné ! Le pardon est négatif : c’est la mise à l’écart du péché ; la justification est positive : c’est l’imputation d’une justice positive et parfaite à celui qui est justifié. Jésus-Christ est si étroitement uni à celui qui croit en lui que Dieu lui impute nos péchés. Le croyant, de son côté, est si étroitement uni à Christ que Dieu nous impute sa justice. Dieu nous voit, non tels que nous sommes en nous-mêmes, mais tels que nous sommes en lui, et il nous tient pour aussi justes que lui. Quand l’œuvre de Christ en nous sera achevée, nous serons dans les faits ce que nous sommes déjà dans le compte de Dieu ; mais dès l’instant où l’on croit, pour ce qui est du compte de Dieu, on est aussi absolument parfait qu’on le sera jamais. Notre position présente devant Dieu est absolument parfaite, même si notre état présent peut être très imparfait. Pour citer encore ces vers bien connus :

« Près, si près de Dieu,
Plus près je ne puis être ;
Car en la personne de son Fils,
Je suis aussi près que lui.

Cher, si cher à Dieu,
Plus cher je ne puis être ;
Car en la personne de son Fils,
Je suis aussi cher que lui. »

IV. LE MOMENT DE LA JUSTIFICATION

Il reste encore une question à examiner, bien que nous y ayons en réalité déjà répondu dans ce qui a été dit : c’est celle du moment de la justification, c’est-à-dire du moment où un croyant est justifié. Quand un croyant est-il justifié ? Il est répondu clairement à cette question dans l’un de nos textes, Actes 13:39 : « Et quiconque croit est justifié par lui de toutes les choses dont vous ne pouviez être justifiés par la loi de Moïse. » Ce que je veux que vous remarquiez particulièrement maintenant dans ce verset, c’est le mot est : « quiconque croit est justifié par lui de toutes les choses ». Voilà qui répond clairement à la question de savoir quand un croyant est justifié. En Jésus-Christ, tout croyant en lui est justifié de toutes les choses dès l’instant où il croit. Dès l’instant où un homme croit en Jésus-Christ, il est uni à Christ, et dès cet instant Dieu lui impute la justice de Dieu. Je le répète encore : si le pire meurtrier, ou le pire pécheur, quel qu’il soit, au monde entrait dans cette salle ce matin pendant que je prêche et qu’ici même, maintenant, il croyait au Seigneur Jésus-Christ, à l’instant même où il le ferait, non seulement chacun des péchés qu’il a jamais commis serait effacé, mais toute la parfaite justice de Dieu en Christ serait portée à son compte, et sa position devant Dieu serait aussi parfaite qu’elle le sera quand il aura passé dix millions d’années au ciel. Laissez-moi vous répéter l’histoire que je vous ai racontée un dimanche soir, il y a quelques semaines. Je prêchais un dimanche matin à l’église Moody, à Chicago, sur Romains 8:1 : « Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. », et au cours de ma prédication je dis : « Si la femme la plus vile qu’il y ait à Chicago entrait ce matin dans l’église de Chicago Avenue et qu’ici même, maintenant, elle acceptait Jésus-Christ comme son Sauveur, à l’instant même où elle le ferait, chacun des péchés qu’elle a jamais commis serait effacé, et son dossier serait aussi blanc aux yeux de Dieu que celui de la femme la plus pure de cette salle. » À mon insu, une des membres de mon assemblée était descendue ce matin-là même dans un bas repaire d’iniquité près de la rivière et avait invité une femme, une réprouvée, à venir m’entendre prêcher. La femme répondit : « Je ne vais jamais à l’église. L’église, ce n’est pas pour les gens comme moi. Je n’y serais pas la bienvenue si j’y allais. » La femme qui était une sainte répondit : « Vous seriez la bienvenue dans notre église », ce qui, Dieu merci, était vrai. Mais : « Non, insista la femme, il ne conviendrait pas que j’aille à l’église ; l’église, ce n’est pas pour les gens comme moi. » Mais la femme qui était une sainte pressa la femme qui était une pécheresse d’y aller. Elle offrit de l’accompagner jusqu’à l’église, mais l’autre dit : « Non, cela ne se peut pas. Les agents de police me connaissent, et les garçons de la rue me connaissent et me lancent parfois des pierres, et s’ils vous voyaient remonter la rue avec moi, ils vous prendraient pour une femme de mon espèce. » Mais la femme qui était une sainte avait l’Esprit du Maître, et elle dit : « Peu m’importe ce qu’ils penseront de moi. Si vous voulez bien venir avec moi entendre prêcher M. Torrey, je vous accompagnerai. » L’autre femme refusa. Mais la femme sauvée insista tant que la réprouvée finit par dire : « Si vous voulez bien remonter la rue quelques pas devant moi, je vous suivrai. » Elles remontèrent donc La Salle Avenue, la femme qui était une sainte quelques pas en avant, et la femme qui était une pécheresse quelques pas en arrière. Pâté de maisons après pâté de maisons, elles avancèrent jusqu’à l’angle de La Salle Avenue et de Chicago Avenue. La femme qui était une sainte entra par la porte de la tour, à l’angle, monta les marches et entra dans l’église, et la femme qui était une pécheresse la suivit. Arrivée à la porte, la femme qui était une pécheresse jeta un regard à l’intérieur, vit une place libre sous la galerie, au tout dernier rang, au fond, et s’y glissa ; et à peine s’était-elle assise que je fis la remarque que je viens de citer : « Si la femme la plus vile qu’il y ait à Chicago entrait ce matin dans l’église de Chicago Avenue et qu’ici même, maintenant, elle acceptait Jésus-Christ comme son Sauveur personnel, à l’instant même où elle le ferait, chacun des péchés qu’elle a jamais commis serait effacé, et son dossier serait aussi blanc aux yeux de Dieu que celui de la femme la plus pure de cette salle. » Mes paroles flottèrent au-dessus de l’auditoire et tombèrent dans le cœur de la femme qui était une pécheresse. Elle le crut ; elle crut que Jésus était mort pour elle, elle crut que par l’effusion de son sang elle pouvait être sauvée ; elle crut, et trouva le pardon, la paix et la justification, sur-le-champ. Et quand la réunion fut terminée, elle remonta l’allée jusqu’au devant de la salle au moment où je descendais de la chaire, le visage ruisselant de larmes, et me remercia de la bénédiction qu’elle avait reçue. Et je le répète ici ce matin, sans savoir qui peut se trouver ici, sans savoir quelle peut être la vie secrète de chacun de vous qui êtes ici, sans savoir quels péchés peuvent être cachés dans votre cœur : si l’homme ou la femme le plus vil de la terre entrait ce matin dans l’Église de la Porte Ouverte et qu’ici même, maintenant, il mettait sa confiance en Jésus-Christ, à l’instant même où vous le feriez, chacun des péchés que vous avez jamais commis serait effacé, et en un instant votre dossier serait aussi blanc aux yeux de Dieu, non seulement que celui de la femme la plus pure de cette salle, mais que celui de l’ange le plus pur du ciel ; et non seulement cela, mais toute la parfaite justice de Dieu qui revêtait notre Seigneur Jésus-Christ serait portée à votre compte, et vous seriez tout aussi près de Dieu et tout aussi cher à Dieu que le Seigneur Jésus-Christ lui-même. Voilà la doctrine de la justification par la foi. Doctrine merveilleuse ! Doctrine glorieuse !

Page 1 / 1 · 27 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant