Chapitre 6 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
La grâce est mêlée de corruption
MAIS la grâce n’est pas seulement petite, elle est encore mêlée de corruption ; c’est pourquoi l’on dit d’un chrétien qu’il est un lumignon qui fume. Nous voyons par là que la grâce ne consume pas la corruption tout d’un coup, mais qu’il en reste une part contre laquelle il faut combattre. Les actions les plus pures des hommes les plus purs ont besoin que le Christ les parfume, et c’est là son office. Quand nous prions, nous avons besoin de prier encore pour que le Christ pardonne les défauts de nos prières. Voyez quelques exemples de ce lumignon qui fume. Moïse, à la mer Rouge, dans une grande perplexité, ne sachant que dire ni de quel côté se tourner, gémit vers Dieu : sans aucun doute, ce fut en lui un grand combat. Dans les grandes détresses, nous ne savons que demander, mais l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables (Romains 8:26). Des cœurs brisés ne peuvent rendre que des prières brisées.
Lorsque David fut devant le roi de Gath (1 Samuel 21) et se défigura d’une manière indigne, il y avait aussi dans cette fumée quelque feu ; vous pouvez voir quel excellent psaume il composa en cette occasion, où il dit, par expérience : « L’Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé » (Psaume 34:19). « Je disais dans ma précipitation: Je suis chassé loin de ton regard! » : voilà la fumée ; « Mais tu as entendu la voix de mes supplications » (Psaume 31:23) : voilà le feu. « Maître, ne t’inquiètes-tu pas de ce que nous périssons? » (Matthieu 8:25), crient les disciples ; voici la fumée de l’incrédulité, et pourtant assez de lumière de foi pour les pousser à prier le Christ. « Seigneur, je crois » : voilà la lumière ; « Viens au secours de mon incrédulité! » (Marc 9:24) : voilà la fumée.
Jonas s’écrie : « Je suis chassé loin de ton regard! » (Jonas 2:5) : voilà la fumée ; « Mais je verrai encore ton saint temple » : voilà la lumière.
« Misérable que je suis! » (Romains 7:24), dit saint Paul, sentant sa corruption ; et pourtant il éclate en actions de grâces à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur.
« J’étais endormie », dit l’Église dans le Cantique, « mais mon cœur veillait » (Cantique des cantiques 5:2). Parmi les sept Églises, qui à cause de leur lumière sont appelées sept chandeliers d’or (Apocalypse 2 et 3), la plupart avaient beaucoup de fumée avec leur lumière.
Le fondement de ce mélange est que nous portons en nous un double principe, la grâce et la nature. Le but en est surtout de nous préserver de ces deux écueils dangereux contre lesquels notre nature est encline à se briser, la sécurité charnelle et l’orgueil ; et de nous forcer à établir notre repos sur la justification, non sur la sanctification, laquelle, outre son imperfection, a quelque souillure.
Notre feu spirituel est semblable à notre feu ordinaire ici-bas, c’est-à-dire mêlé ; mais le feu est très pur dans son propre élément, là-haut ; ainsi en sera-t-il de toutes nos grâces quand nous serons là où nous voudrions être, au ciel, qui est notre élément propre.
C’est de ce mélange que vient que le peuple de Dieu porte sur lui-même des jugements si différents, regardant tantôt à l’œuvre de la grâce, tantôt au reste de la corruption ; et quand il regarde à celle-ci, il pense n’avoir aucune grâce ; bien qu’ils aiment le Christ dans ses ordonnances et dans ses enfants, ils n’osent cependant revendiquer une connaissance assez intime pour être à lui. Comme une chandelle dans le bougeoir montre tantôt sa lumière, et tantôt l’apparence même de la lumière se perd, ainsi ils sont tantôt bien persuadés d’eux-mêmes, tantôt dans l’incertitude.
Chapitre 6 terminé
La grâce est mêlée de corruption