Le Roseau froissé
Le gouvernement du Christ sera ouvertement victorieux

Chapitre 25 · 7 min de lecture · 9 min d’écoute

Le gouvernement du Christ sera ouvertement victorieux

IL n’est pas dit seulement que le jugement sera victorieux, mais que le Christ le fera ouvertement triompher. D’où nous apprenons que la grâce deviendra gloire et éclatera aux yeux de tous. Dès maintenant le Christ est vainqueur et parvient à ses fins, mais c’est d’une manière en quelque sorte invisible : ses ennemis, au-dedans et au-dehors de nous, semblent avoir le dessus. Mais il fera triompher le jugement, à la vue de tous. Les méchants, qui ferment aujourd’hui les yeux, le verront pour leur tourment. Il ne sera pas au pouvoir des hommes rusés de voir ou de ne pas voir ce qu’ils voudront ; le Christ aura pouvoir sur leurs cœurs ; et, comme sa colère saisira immédiatement leurs âmes contre leur volonté, ainsi il aura pouvoir sur les yeux de leurs âmes, pour leur faire voir et connaître ce qui accroîtra leur misère ; la douleur sera attachée à tous leurs sens, et leurs sens à la douleur.

Alors seront effacés tous les faux vernis dont ils recouvrent les choses. Les hommes désirent avoir la réputation du bien, et garder pourtant la douceur du mal ; rien ne leur est si cordialement odieux que la vérité qui les découvre à eux-mêmes et aux yeux des autres ; leur principal souci est de savoir comment composer avec le monde et avec leur propre conscience. Mais le temps viendra où ils seront chassés de ce paradis des fous, et plus leurs manœuvres auront été subtiles, plus grande sera leur honte. Le Christ, que Dieu a choisi pour manifester la gloire suprême de ses perfections, est maintenant voilé en ce qui regarde son corps, l’Église ; mais il viendra bientôt pour être « glorifié dans ses saints » (2 Thessaloniciens 1:10), et il ne perdra la claire manifestation d’aucun de ses attributs ; il déclarera à tout le monde ce qu’il est, quand il n’y aura plus d’autre gloire que celle du Christ et de son épouse. Ceux qui sont aujourd’hui comme le lumignon qui fume « resplendiront comme le soleil » dans le firmament (Matthieu 13:43), et leur justice éclatera « comme le soleil à son midi » (Psaume 37:6). L’image de Dieu en Adam avait en elle une majesté souveraine, si bien que toutes les créatures le révéraient ; à plus forte raison l’image de Dieu, dans sa perfection, imposera-t-elle le respect à tous. Dès maintenant une crainte secrète est mise dans le cœur des plus grands à l’égard de ceux en qui ils voient luire quelque grâce ; c’est de là que vint qu’Hérode craignait Jean-Baptiste. Mais que sera-ce au jour de leur manifestation, qui est appelé le jour de « la révélation des fils de Dieu » ? (Romains 8:19). Il viendra des temps plus glorieux, quand les royaumes de la terre seront au Seigneur Jésus-Christ (Apocalypse 11:15), et qu’« il régnera aux siècles des siècles » ; alors le jugement et la vérité remporteront leur victoire ; alors le Christ plaidera lui-même sa cause ; la vérité ne sera plus appelée hérésie et schisme, ni l’hérésie doctrine catholique ; la méchanceté n’ira plus masquée et déguisée ; la bonté paraîtra dans son propre éclat et brillera de ses propres rayons ; les choses seront ce qu’elles sont, car « il n’y a rien de caché qui ne doive être découvert » (Matthieu 10:26) ; l’iniquité ne se couvrira plus de mystère ; les profonds dissimulateurs, qui pensent cacher leurs desseins au Seigneur, ne marcheront plus invisibles comme dans les nuées. Comme le Christ n’éteindra pas la moindre étincelle allumée par lui-même, ainsi il étouffera la plus belle flamme des belles apparences qui ne viennent pas d’en haut.

Si l’on croyait cela, on ferait plus de cas de la sincérité, qui seule nous donnera de l’assurance, et l’on ne chercherait pas de paravents pour couvrir sa honte ; car la confiance qu’on y met, si elle rend aujourd’hui les hommes plus présomptueux, les exposera plus tard à une honte d’autant plus grande.

Si le jugement doit être conduit jusqu’à la victoire, alors ceux qui ont été gouvernés par leur propre cœur trompeur et par un esprit d’erreur seront produits au grand jour pour leur confusion : ce Dieu qui a uni la grâce et la vérité à l’honneur a uni à la fin le péché et la honte ; tout l’esprit et toute la puissance de l’homme ne pourront jamais séparer ce que Dieu a uni. La vérité et la piété peuvent être foulées aux pieds pour un temps ; mais, comme les deux témoins, après avoir été mis à mort, ressuscitèrent et « se tinrent sur leurs pieds » (Apocalypse 11:11), ainsi tout ce qui est de Dieu finira par se tenir sur sa propre base. Il y aura une résurrection non seulement des corps, mais aussi des réputations. Pouvons-nous penser que celui qui a précipité les anges du ciel souffrira que de la poussière, de la pâture à vers, suive une voie contraire à la sienne et l’emporte ainsi toujours ? Non ; aussi vrai que le Christ est « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Apocalypse 19:16), il brisera tous ces morceaux de terre qui se dressent contre lui « comme le vase d’un potier » (Psaume 2:9). Y eut-il jamais quelqu’un qui se soit montré farouche contre Dieu et qui ait prospéré ? (Job 9:4). Non, sans aucun doute, la fureur de l’homme tournera à la louange du Christ (Psaume 76:11). Ce qui a été dit de Pharaon se dira de tous les ennemis obstinés, qui aiment mieux perdre leur âme que leur volonté : ils n’ont été suscités que pour que le Christ s’acquière de la gloire par leur confusion.

Prenons donc garde de ne pas suivre les voies de ces hommes dont la fin nous fera trembler : il n’est pas de jugement plus redoutable qui puisse frapper la nature de l’homme que d’être livré à un sens réprouvé dans son jugement des personnes et des choses, parce qu’on tombe alors sous le malheur prononcé contre ceux « qui appellent le mal bien, et le bien mal » (Ésaïe 5:20).

De quelles malédictions ne seront-ils pas chargés un jour, ceux qui faussent le jugement d’autrui par les sophismes et la flatterie, trompeurs et trompés ? Alors la plainte de notre première mère Ève sera reprise, mais sans fruit (Genèse 3:13) : « Le serpent m’a séduite » ; Satan, en tel et tel, m’a séduit ; le péché m’a séduit ; un cœur insensé m’a séduit. C’est l’un des plus hauts points de la sagesse que de considérer sur quels fondements nous aventurons notre âme. Heureux seront ceux qui, par la lumière du Christ, ont un juste jugement des choses, et laissent ce jugement prévaloir sur leur cœur.

L’âme de la plupart des hommes est noyée dans leurs sens et emportée par des opinions faibles, nées d’erreurs vulgaires et de l’ombre des choses. Et Satan est prompt à grossir dans l’imagination le bien et le mal extérieurs, à les faire paraître plus grands qu’ils ne sont, et à amoindrir les choses spirituelles, en les présentant à travers des verres trompeurs. Et ainsi les hommes, se confiant dans la vanité, se vainquent eux-mêmes dans leurs propres idées. Condition lamentable, quand nous et ce que nous estimons si haut nous évanouirons ensemble, ce qui arrivera aussi sûrement que le jugement du Christ viendra à la victoire ; et autant le cœur vain de l’homme s’est enflé pour concevoir dans les choses de ce monde un bien plus grand qu’il n’y en a, autant l’âme sera élargie pour sentir davantage sa misère quand elle verra son erreur. Voici la différence entre l’homme pieux et sage et le mondain abusé : ce que l’un juge maintenant vain, l’autre le sentira tel plus tard, quand il sera trop tard. Mais telle est la vanité de notre nature que, si nous fuyons par-dessus tout d’être trompés et abusés dans les choses présentes, dans les plus grandes affaires de toutes nous sommes volontairement ignorants et égarés.

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