Grande puissance dans la prière
Vraie prière, vraie puissance !

Chapitre 9 · 41 min de lecture · 53 min d’écoute

Vraie prière, vraie puissance !

« C’est pourquoi je vous dis: Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. »—Marc 11:24.

CE VERSET a quelque rapport avec la foi des miracles ; mais je pense qu’il se rapporte bien davantage au miracle de la foi. Ce matin, en tout cas, c’est sous ce jour que nous le considérerons. Je crois que ce texte est l’héritage non seulement des apôtres, mais de tous ceux qui ont marché dans la foi des apôtres, croyant aux promesses du Seigneur Jésus-Christ. Le conseil que Christ donna aux douze et à ses disciples immédiats nous est répété ce matin dans la Parole de Dieu. Puissions-nous avoir la grâce d’y obéir constamment. « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. » Combien de personnes se plaignent de ne trouver aucune joie dans la prière ! Elles ne la négligent pas, car elles n’osent pas ; mais elles la négligeraient si elles l’osaient, tant elles sont loin d’y trouver le moindre plaisir. Et n’avons-nous pas à déplorer que parfois les roues de notre char soient ôtées, et que nous avancions bien péniblement quand nous sommes en supplication ? Nous passons le temps prévu, mais nous nous relevons de nos genoux sans être rafraîchis, comme un homme qui s’est étendu sur son lit sans dormir assez pour vraiment reprendre des forces. Quand l’heure revient, la conscience nous pousse à genoux, mais il n’y a pas de douce communion avec Dieu. Nous ne lui exposons pas nos besoins dans la ferme conviction qu’il y pourvoira. Après avoir parcouru une fois de plus un certain cercle de formules habituelles, nous nous relevons peut-être plus troublés dans notre conscience et plus affligés dans notre esprit qu’auparavant. Il y a beaucoup de chrétiens, je crois, qui doivent se plaindre de ceci : ils prient moins parce que c’est une chose bénie d’être admis à s’approcher de Dieu que parce qu’il faut prier, parce que c’est leur devoir, parce qu’ils sentent que, s’ils ne le faisaient pas, ils perdraient l’une des preuves certaines qu’ils sont chrétiens. Mes frères, je ne vous condamne pas ; mais en même temps, si je puis être, ce matin, le moyen de vous élever d’un état de grâce si bas jusqu’à une atmosphère plus haute et plus saine, mon âme en sera extrêmement joyeuse. Si je puis vous montrer une voie plus excellente ; si, dès maintenant, vous en venez à regarder la prière comme votre élément, comme l’un des exercices les plus délicieux de votre vie ; si vous en venez à l’estimer plus que votre nourriture nécessaire, et à la tenir pour l’une des meilleures délices du ciel, assurément j’aurai atteint un grand but, et vous aurez à remercier Dieu d’une grande bénédiction.

Accordez-moi donc votre attention, tandis que je vous prie, d’abord, de regarder le texte ; ensuite, de regarder autour de vous ; et enfin, de regarder au-dessus de vous.

I. D’abord, REGARDEZ LE TEXTE. Si vous le regardez attentivement, vous y apercevrez, je pense, les qualités essentielles qui sont nécessaires à tout grand succès, à toute victoire dans la prière. Selon la description que notre Sauveur donne de la prière, il devrait toujours y avoir des objets précis pour lesquels nous plaidons. Il parle de choses —« toutes les choses que vous désirez ». Il semble donc qu’il n’envisageait pas que les enfants de Dieu iraient à lui pour prier alors qu’ils n’ont rien à demander. Une autre qualité essentielle de la prière est le désir ardent ; car le Maître suppose ici que, lorsque nous prions, nous avons des désirs. À vrai dire, ce n’est pas la prière — ce peut être quelque chose qui ressemble à la prière, la forme extérieure ou le squelette nu, mais ce n’est pas la chose vivante, la chose toute-victorieuse et toute-puissante qu’on appelle la prière — à moins qu’il n’y ait une plénitude et un débordement de désirs. Remarquez aussi que la foi est une qualité essentielle de la prière exaucée : « croyez que vous l’avez reçu ». Vous ne pouvez prier de manière à être entendus dans le ciel et exaucés à la satisfaction de votre âme, à moins de croire que Dieu vous entend réellement et qu’il vous répondra. Une autre qualité encore apparaît ici à la surface même du texte, à savoir que l’attente qui tient la chose pour réelle doit toujours accompagner une foi ferme : « croyez que vous l’avez reçu ». Non pas simplement croire que vous « recevrez », mais que vous « avez reçu » — compter les choses comme si elles étaient reçues, les tenir pour déjà vôtres, et agir comme si vous les aviez — agir comme si vous étiez sûrs de les avoir : « croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir ». Passons en revue ces quatre qualités, une par une.

Pour que la prière ait quelque valeur, il faut des objets précis pour lesquels plaider. Mes frères, nous errons souvent dans nos prières, courant après ceci, cela et autre chose encore, et nous n’obtenons rien parce que, en aucun cas, nous ne désirons vraiment quelque chose. Nous bavardons sur beaucoup de sujets, mais l’âme ne se concentre sur aucun objet. Ne vous arrive-t-il pas parfois de tomber à genoux sans avoir pensé d’avance à ce que vous comptez demander à Dieu ? Vous le faites par habitude, sans aucun mouvement de votre cœur. Vous êtes comme un homme qui entrerait dans une boutique sans savoir quels articles il veut se procurer. Il fera peut-être un heureux achat une fois sur place, mais ce n’est certainement pas une méthode sage à adopter. De même, le chrétien en prière peut ensuite parvenir à un vrai désir et atteindre son but ; mais combien mieux réussirait-il si, ayant préparé son âme par la réflexion et l’examen de soi, il venait à Dieu pour un objet qu’il viserait par une demande véritable ! Si nous sollicitions une audience à la cour de Sa Majesté, on attendrait de nous que nous répondions à la question : « Pourquoi désirez-vous la voir ? » On n’attendrait pas que nous entrions en présence de la royauté pour ne penser qu’ensuite, une fois là, à quelque requête. Il en est de même de l’enfant de Dieu. Il devrait pouvoir répondre à la grande question : « Quelle est ta demande? Elle te sera accordée. Que désires-tu? » Imaginez un archer qui tire de l’arc sans savoir où est la cible ! Aurait-il des chances de réussir ? Représentez-vous un navire en voyage de découverte, prenant la mer sans que le capitaine ait la moindre idée de ce qu’il cherche ! Vous attendriez-vous à le voir revenir lourdement chargé, soit des découvertes de la science, soit de trésors d’or ? En toute autre chose, vous avez un plan. Vous ne vous mettez pas au travail sans savoir qu’il y a quelque chose que vous vous proposez de faire ; comment se fait-il que vous alliez à Dieu sans savoir ce que vous vous proposez d’obtenir ? Si vous aviez un objet, vous ne trouveriez jamais la prière ennuyeuse et pesante ; je suis persuadé que vous y aspireriez. Vous diriez : « J’ai quelque chose dont j’ai besoin. Oh ! si je pouvais m’approcher de mon Dieu et le lui demander ! J’ai un besoin, je veux qu’il soit satisfait, et il me tarde d’être seul pour épancher mon cœur devant lui et lui demander cette chose après laquelle mon âme soupire si ardemment. » Vous trouverez plus de secours dans vos prières si vous avez des objets que vous visez et aussi, je pense, si vous avez des personnes que vous nommerez. Ne plaidez pas seulement auprès de Dieu pour les pécheurs en général, mais nommez-en toujours quelques-uns en particulier. Si vous êtes moniteur d’école du dimanche, ne demandez pas simplement que votre classe soit bénie, mais priez pour vos enfants d’une manière précise, en les nommant devant le Très-Haut. Et s’il y a dans votre foyer une grâce que vous désirez ardemment, n’usez pas de détours, mais soyez simples et directs quand vous plaidez auprès de Dieu. Quand vous le priez, dites-lui ce dont vous avez besoin. Si vous n’avez pas assez d’argent, si vous êtes dans la pauvreté, si vous êtes dans la gêne, exposez votre cas. N’usez pas de fausse modestie avec Dieu. Venez droit au fait ; parlez-lui avec franchise. Il n’a que faire des belles périphrases dont les hommes usent constamment quand ils n’aiment pas dire carrément ce qu’ils pensent. Si vous voulez une grâce, temporelle ou spirituelle, dites-le. Ne fouillez pas la Bible pour y trouver des mots qui l’expriment. Exprimez vos besoins avec les mots qui vous viennent naturellement. Ce seront les meilleurs mots, soyez-en sûrs. Les paroles d’Abraham étaient les meilleures pour Abraham, et les vôtres seront les meilleures pour vous. Vous n’avez pas besoin d’étudier tous les textes de l’Écriture pour prier exactement comme Jacob et Élie, en vous servant de leurs expressions. Si vous le faites, vous ne les imiterez pas. Vous pouvez les imiter à la lettre et servilement, mais il vous manquera l’âme qui inspirait et animait leurs paroles. Priez avec vos propres mots. Parlez simplement à Dieu ; demandez tout de suite ce que vous voulez. Nommez des personnes, nommez des choses, visez droit l’objet de vos supplications, et je suis sûr que vous verrez bientôt que la lassitude et la torpeur dont vous vous plaignez souvent dans vos intercessions ne s’abattront plus sur vous, ou du moins pas aussi habituellement que jusqu’ici.

« Mais, dit quelqu’un, je ne sens pas que j’aie des objets particuliers pour lesquels prier. » Ah ! mon cher frère, je ne sais qui vous êtes ni où vous vivez pour être sans objets particuliers de prière, car je trouve que chaque jour apporte son besoin ou sa peine, et que j’ai chaque jour quelque chose à dire à mon Dieu. Mais si nous n’avions aucune peine, mes chers frères, si nous étions parvenus à une telle hauteur dans la grâce que nous n’ayons plus rien à demander, aimons-nous Christ au point de n’avoir pas besoin de prier pour l’aimer davantage ? Avons-nous tant de foi que nous ayons cessé de crier : « Seigneur, augmente-la » ? Vous découvrirez toujours bientôt, j’en suis sûr, par un peu d’examen de vous-mêmes, qu’il y a quelque objet légitime pour lequel vous pouvez frapper à la porte de la Miséricorde et crier : « Donne-moi, Seigneur, ce que mon cœur désire. » Et si vous n’avez aucun désir, vous n’avez qu’à interroger le premier chrétien éprouvé que vous rencontrerez, et il vous en indiquera un. « Oh ! vous répondra-t-il, si vous n’avez rien à demander pour vous-même, priez pour moi. Demandez qu’une épouse malade soit rétablie. Priez pour que le Seigneur fasse lever la lumière de sa face sur un cœur abattu ; demandez que le Seigneur envoie du secours à quelque ministre qui a travaillé en vain et consumé sa force pour le néant. » Quand vous en avez fini pour vous-mêmes, plaidez pour les autres ; et si vous ne rencontrez personne qui puisse vous suggérer un sujet, regardez cette immense Sodome, cette cité pareille à une autre Gomorrhe qui s’étend devant vous ; portez-la constamment dans vos prières devant Dieu, et criez : « Oh ! que Londres vive devant ta face, que son péché soit arrêté, que sa justice soit exaltée, que le Dieu de la terre se gagne un peuple nombreux dans cette ville ! »

Tout aussi nécessaire que l’objet précis de la prière est un ardent désir de l’obtenir. « Les prières froides, dit un vieux théologien, appellent un refus. » Quand nous prions le Seigneur froidement et sans ferveur, nous arrêtons pour ainsi dire sa main, et nous le retenons de nous accorder la bénédiction même que nous prétendons rechercher. Quand vous avez votre objet en vue, votre âme doit être si pénétrée de la valeur de cet objet, de l’extrême besoin que vous en avez, du danger où vous serez si cet objet ne vous est pas accordé, que vous serez contraints de plaider pour lui comme un homme plaide pour sa vie. Il y eut une belle illustration de la vraie prière — adressée, celle-là, à un homme — dans la conduite de deux nobles dames dont les maris avaient été condamnés à mort et allaient être exécutés, lorsqu’elles parurent devant le roi George pour implorer leur grâce. Le roi les repoussa avec rudesse et cruauté. George Ier ! C’était bien dans sa nature. Et comme elles plaidaient encore, et encore, et encore, on ne put les faire se relever de leurs genoux ; il fallut littéralement les traîner hors de la cour, car elles ne voulaient pas se retirer avant que le roi leur eût souri et leur eût dit que leurs maris vivraient. Hélas ! elles échouèrent, mais elles furent de nobles femmes par leur persévérance à plaider ainsi pour la vie de leurs maris. Voilà comment nous devons prier Dieu. Nous devons avoir un tel désir de la chose dont nous avons besoin que nous ne nous relèverons pas avant de l’avoir obtenue — tout en restant, néanmoins, soumis à sa volonté divine. Sentant que la chose que nous demandons ne peut être mauvaise, et qu’il l’a lui-même promise, nous avons résolu qu’elle doit nous être accordée ; et si elle ne l’est pas, nous plaiderons la promesse, encore et encore, jusqu’à ce que les portes du ciel tremblent plutôt que nos supplications ne cessent. Il n’est pas étonnant que Dieu ne nous ait pas beaucoup bénis ces derniers temps, car nous ne sommes pas fervents dans la prière comme nous devrions l’être. Oh ! ces prières au cœur froid qui meurent sur les lèvres — ces supplications glacées ; elles ne touchent pas le cœur des hommes, comment toucheraient-elles le cœur de Dieu ? Elles ne viennent pas de notre âme, elles ne jaillissent pas des sources profondes et secrètes du plus intime de notre cœur, et c’est pourquoi elles ne peuvent monter jusqu’à celui qui n’entend que le cri de l’âme, devant qui l’hypocrisie ne peut tisser aucun voile, ni le formalisme user d’aucun déguisement. Nous devons être ardents ; sinon nous n’avons aucun droit d’espérer que le Seigneur entendra notre prière.

Et assurément, mes frères, il suffirait, pour réprimer toute légèreté et entretenir une ardeur incessante, que nous saisissions la grandeur de l’Être devant qui nous plaidons. Viendrai-je en ta présence, ô mon Dieu, pour me moquer de toi avec des paroles au cœur froid ? Les anges se voilent-ils la face devant toi, et me contenterai-je de débiter une formule sans âme et sans cœur ? Ah ! mes frères, nous savons bien peu combien de nos prières sont une abomination pour le Seigneur. Ce serait pour vous et pour moi une abomination d’entendre des gens nous solliciter dans la rue comme s’ils ne voulaient pas ce qu’ils demandent. Mais n’avons-nous pas fait de même envers Dieu ? Ce qui est le plus grand bienfait du ciel envers l’homme n’est-il pas devenu pour nous un devoir sec et mort ? On disait de John Bradford qu’il avait un art singulier dans la prière ; et quand on lui demanda son secret, il répondit : « Quand je sais ce dont j’ai besoin, je m’arrête toujours sur cette prière jusqu’à ce que je sente que je l’ai plaidée auprès de Dieu, et que Dieu et moi avons traité ensemble à ce sujet. Je ne passe jamais à une autre requête avant d’en avoir fini avec la première. » Hélas ! pour certains hommes qui commencent : « Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié; » et qui, avant d’avoir saisi cette pensée d’adoration — « Que ton nom soit sanctifié » —, ont déjà commencé à répéter les paroles suivantes : « que ton règne vienne; » ; puis peut-être quelque chose leur traverse l’esprit : « Est-ce que je désire vraiment que son règne vienne ? S’il venait maintenant, où serais-je ? » Et pendant qu’ils y pensent, leur voix continue : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » ; ainsi ils embrouillent leurs prières et font courir les phrases les unes dans les autres. Oh ! arrêtez-vous sur chacune jusqu’à ce que vous l’ayez réellement priée. N’essayez pas de mettre deux flèches à la fois sur la corde : elles manqueront toutes deux le but. Celui qui chargerait son fusil de deux charges ne peut s’attendre à réussir. Tirez d’abord un coup, puis rechargez. Plaidez une fois auprès de Dieu et l’emportez, puis plaidez de nouveau. Obtenez la première grâce, puis retournez chercher la seconde. Ne vous contentez pas de laisser couler les couleurs de vos prières les unes dans les autres, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de tableau à regarder, mais seulement un énorme barbouillage, une tache de couleurs mal appliquées. Regardez l’oraison dominicale elle-même. Quels contours nets et précis on y trouve ! Il y a là certaines grâces bien distinctes, et elles ne se confondent pas les unes avec les autres. Elle est là, et quand vous la regardez dans son ensemble, c’est un tableau magnifique ; non pas la confusion, mais un ordre admirable. Qu’il en soit ainsi de vos prières. Restez sur l’une jusqu’à ce que vous l’ayez emporté pour celle-là, puis passez à la suivante. Avec des objets précis et des désirs fervents mêlés ensemble, voici poindre l’aube de l’espérance que vous l’emporterez auprès de Dieu.

Mais encore : ces deux choses ne serviraient à rien si elles n’étaient mêlées à une qualité plus essentielle encore et toute divine, à savoir une foi ferme en Dieu. Frères, croyez-vous à la prière ? Je sais que vous priez, parce que vous êtes le peuple de Dieu ; mais croyez-vous à la puissance de la prière ? Il y a beaucoup de chrétiens qui n’y croient pas ; ils pensent que c’est une bonne chose, et ils croient qu’elle fait parfois des merveilles ; mais ils ne pensent pas que la prière, la vraie prière, soit toujours exaucée. Ils pensent que son effet dépend de bien d’autres choses, mais qu’elle n’a en elle-même aucune qualité ni aucune puissance essentielle. Or, la conviction de mon âme, c’est que la prière est la plus grande puissance de tout l’univers ; qu’elle a une force plus toute-puissante que l’électricité, l’attraction, la gravitation, ou toute autre de ces forces secrètes auxquelles les hommes ont donné des noms, mais qu’ils ne comprennent pas. La prière exerce sur l’univers entier une influence aussi palpable, aussi vraie, aussi sûre, aussi invariable qu’aucune des lois de la matière. Quand un homme prie réellement, la question n’est pas de savoir si Dieu l’entendra ou non : il doit l’entendre ; non qu’il y ait quelque contrainte dans la prière, mais il y a une douce et bienheureuse contrainte dans la promesse. Dieu a promis d’entendre la prière, et il accomplira sa promesse. Comme il est le Dieu très-haut et véritable, il ne peut se renier lui-même. Oh ! penser à cela : que vous, homme chétif, vous puissiez vous tenir ici et parler à Dieu, et, par Dieu, mouvoir tous les mondes ! Et pourtant, quand votre prière sera exaucée, la création ne sera pas troublée ; bien que les plus grands desseins soient accomplis, la providence ne sera pas dérangée un seul instant. Pas une feuille ne tombera plus tôt de l’arbre, pas une étoile ne s’arrêtera dans sa course, pas une goutte d’eau ne coulera plus lentement de sa source ; tout ira de même, et pourtant votre prière aura tout accompli. Elle parlera aux décrets et aux desseins de Dieu à mesure qu’ils s’accomplissent jour après jour ; et tous ils acclameront votre prière en s’écriant : « Tu es notre frère ; nous sommes des décrets, et toi une prière ; mais tu es toi-même un décret, aussi vieux, aussi sûr, aussi ancien que nous. » Nos prières sont les décrets de Dieu sous une autre forme. Les prières du peuple de Dieu ne sont que les promesses de Dieu exhalées par des cœurs vivants, et ces promesses sont les décrets, simplement mis sous une autre forme et une autre façon. Ne dites pas : « Comment mes prières peuvent-elles influer sur les décrets ? » Elles ne le peuvent pas, sinon en ce que vos prières sont des décrets, et qu’à mesure qu’elles sortent, toute prière que le Saint-Esprit inspire à votre âme est aussi toute-puissante et aussi éternelle que ce décret qui dit : « Que la lumière soit! Et la lumière fut. » ou que ce décret qui choisit son peuple et ordonna sa rédemption par le sang précieux de Christ. Tu as de la puissance dans la prière, et tu te tiens aujourd’hui parmi les ministres les plus puissants de l’univers que Dieu a fait. Tu as puissance sur les anges : ils voleront à ton gré. Tu as puissance sur le feu, sur l’eau et sur les éléments de la terre. Tu as le pouvoir de faire entendre ta voix au-delà des étoiles ; là où les tonnerres s’éteignent dans le silence, ta voix éveillera les échos de l’éternité. L’oreille de Dieu lui-même écoutera, et la main de Dieu lui-même cédera à ta volonté. Il t’ordonne de crier : « que ta volonté soit faite », et ta volonté sera faite. Quand tu peux plaider sa promesse, alors ta volonté est sa volonté. Ne vous semble-t-il pas, mes chers amis, que c’est une chose redoutable que d’avoir entre les mains un tel pouvoir, celui de pouvoir prier ? Vous avez parfois entendu parler d’hommes qui prétendaient posséder une puissance étrange et mystérieuse par laquelle ils pouvaient évoquer les esprits du vaste abîme, faire tomber des averses ou arrêter le soleil. Ce n’était qu’une chimère de l’imagination ; mais, cela fût-il vrai, le chrétien serait un magicien plus grand encore. S’il a seulement foi en Dieu, rien ne lui est impossible. Il sera délivré des eaux les plus profondes — il sera arraché aux plus cruelles détresses — dans la famine il sera nourri — dans la peste il passera sans dommage — au milieu des calamités il marchera ferme et fort — à la guerre il sera toujours protégé — et au jour de la bataille il lèvera la tête, pourvu seulement qu’il puisse croire la promesse, la tenir devant les yeux de Dieu et la plaider avec le charme d’une confiance inébranlable. Il n’y a rien, je le répète, il n’y a pas de force si formidable, pas d’énergie si merveilleuse que l’énergie dont Dieu a doté tout homme qui, comme Jacob, sait lutter, et qui, comme Israël, sait l’emporter auprès de lui dans la prière. Mais il nous faut avoir foi en cela ; il nous faut croire que la prière est ce qu’elle est, sans quoi elle n’est pas ce qu’elle devrait être. À moins que je ne croie ma prière efficace, elle ne le sera pas, car c’est de ma foi qu’elle dépendra dans une large mesure. Dieu peut m’accorder la grâce même quand je n’ai pas la foi ; ce sera l’effet de sa propre grâce souveraine, mais il n’a pas promis de le faire. Mais quand j’ai la foi et que je puis plaider la promesse avec un désir ardent, ce n’est plus une simple probabilité que j’obtienne la bénédiction ou que ma volonté soit faite. À moins que l’Éternel ne s’écarte de sa Parole, que le serment qu’il a prêté ne soit révoqué, et qu’il ne cesse lui-même d’être ce qu’il est, « nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée ».

Et maintenant, pour monter encore d’un degré : aux objets précis, aux désirs fervents et à une foi forte en l’efficacité de la prière, il faudrait — et oh ! que la grâce divine le fasse en nous ! — il faudrait mêler une attente qui tient déjà la chose pour réelle. Nous devrions pouvoir compter les grâces avant de les avoir reçues, croyant qu’elles sont en chemin. Lisant l’autre jour un charmant petit livre, que je recommanderais à votre attention à tous, écrit par un auteur américain qui semble connaître à fond la puissance de la prière et à qui je suis redevable de bien des bonnes choses — un petit livre intitulé The Still Hour, j’y ai trouvé un renvoi à un passage du livre de Daniel, le dixième chapitre, je crois, où, comme il le dit, tout le mécanisme de la prière semble mis à nu. Daniel est à genoux en prière, et Michel l’archange vient à lui. Il s’entretient avec lui et lui dit que, dès l’instant où Daniel a commencé d’appliquer son cœur à comprendre et à s’humilier devant Dieu, ses paroles ont été entendues, et le Seigneur a dépêché l’ange. Puis il lui dit, de la manière la plus pratique du monde : « J’aurais été ici plus tôt, mais le prince de Perse m’a résisté ; néanmoins le prince de ta nation m’a aidé, et je suis venu pour te consoler et t’instruire. » Voyez donc. Dieu souffle le désir dans notre cœur, et dès que le désir est là, avant que nous appelions, il commence à répondre. Avant que les paroles soient à mi-chemin du ciel, tandis qu’elles tremblent encore sur nos lèvres — connaissant les paroles que nous voulons prononcer —, il commence à y répondre, il envoie l’ange ; l’ange vient et apporte la bénédiction dont nous avons besoin. Eh quoi ! la chose serait une révélation, si vous pouviez la voir de vos yeux. Certains pensent que les choses spirituelles sont des rêves et que nous parlons de chimères. Non, je crois qu’il y a autant de réalité dans la prière d’un chrétien que dans un éclair ; et l’utilité et l’excellence de la prière d’un chrétien peuvent se faire sentir aussi sensiblement que la puissance de l’éclair quand il frappe l’arbre, en arrache les branches et le fend jusqu’à la racine. La prière n’est ni une chimère ni une fiction ; c’est une chose réelle, effective, qui contraint l’univers, enchaîne les lois mêmes de Dieu et oblige le Très-Haut, le Saint, à écouter la volonté de sa pauvre mais favorisée créature, l’homme. Mais il nous faut toujours croire cela. Nous avons besoin, dans la prière, d’une assurance qui tient la chose pour réelle. Compter les grâces avant qu’elles soient venues ! Être sûr qu’elles viennent ! Agir comme si nous les avions ! Quand vous avez demandé votre pain quotidien, ne plus être troublé par l’inquiétude, mais croire que Dieu vous a entendu et qu’il vous le donnera. Quand vous avez porté devant Dieu le cas de votre enfant malade, croire que l’enfant guérira, ou, s’il ne guérit pas, que ce sera une plus grande bénédiction pour vous et une plus grande gloire pour Dieu, et ainsi le lui abandonner. Pouvoir dire : « Je sais qu’il m’a entendu maintenant ; je me tiendrai sur ma tour de garde ; je regarderai vers mon Dieu, et j’écouterai ce qu’il dira à mon âme. » Avez-vous jamais été déçu, chrétien, quand vous avez prié avec foi et attendu la réponse ? Je rends ici ce matin mon propre témoignage : je ne me suis encore jamais confié en lui pour le voir me faire défaut. Je me suis confié en l’homme et j’ai été trompé, mais mon Dieu ne m’a jamais refusé une seule fois la requête que je lui ai adressée, quand j’ai appuyé cette requête par la foi en sa disposition à m’entendre et par l’assurance de sa promesse.

Mais j’entends quelqu’un demander : « Pouvons-nous prier pour les choses temporelles ? » Oui, certes, vous le pouvez. En toute chose faites connaître vos besoins à Dieu. Cela ne vaut pas seulement pour les choses spirituelles, mais aussi pour les soucis de tous les jours. Portez devant lui vos plus petites épreuves. C’est un Dieu qui écoute la prière ; il est le Dieu de votre foyer aussi bien que le Dieu du sanctuaire. Portez sans cesse devant Dieu tout ce que vous avez. Comme me le disait, au sujet de sa femme défunte, un brave homme qui va bientôt se joindre à cette Église : « Oh, me dit-il, c’était une femme que je ne pouvais jamais amener à faire quoi que ce soit avant qu’elle en eût fait un sujet de prière. Quoi que ce fût, elle disait toujours : “Il faut que j’en fasse un sujet de prière.” » Oh, que nous ayons davantage cette douce habitude de tout déployer devant le Seigneur, comme Ézéchias le fit de la lettre de Rabschaké, et de l’y laisser en disant : « Que ta volonté soit faite, je te la remets ! » On dit que M. Muller, de Bristol, est un exalté, parce qu’il rassemble sept cents enfants et croit que Dieu pourvoira à leurs besoins ; bien qu’il n’y ait rien dans la bourse, il ne fait que ce qui devrait être l’action ordinaire de tout chrétien. Il agit selon une règle dont le mondain ne pourra jamais que se moquer, parce qu’il ne la comprend pas ; un système qui doit toujours paraître, au faible jugement des sens, reposer non sur le bon sens, mais sur quelque chose de plus élevé que le bon sens — sur une foi peu commune. Oh, que nous ayons cette foi peu commune pour prendre Dieu au mot ! Il ne peut pas et il ne veut pas permettre que l’homme qui se confie en lui soit honteux ou confus. Je vous ai donc maintenant exposé, du mieux que j’ai pu, ce que je crois être les quatre éléments essentiels de la prière qui l’emporte — « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. »

II. Après vous avoir ainsi invités à regarder le texte, je voudrais maintenant que vous REGARDIEZ AUTOUR DE VOUS. Regardez autour de vous nos réunions de prière, regardez autour de vous vos intercessions privées, et jugez les unes et les autres d’après la teneur de ce texte. D’abord, regardez nos réunions de prière ; je ne puis parler ici de façon très incisive, car je crois sincèrement que les réunions de prière qui se tiennent ordinairement parmi nous ont bien moins que toutes celles auxquelles j’ai jamais assisté les défauts que je vais signaler. Mais elles en ont pourtant quelques-uns, et j’espère que ce que nous allons dire sera pris personnellement à cœur par chaque frère qui a l’habitude de conduire publiquement la supplication dans les réunions de prière. N’est-ce pas un fait que, dès que vous entrez dans la réunion, vous sentez que, chez bien des hommes de prière (c’est peut-être dur à dire, mais je crois que c’est honnête), tout le don consiste à avoir une bonne mémoire pour se rappeler une foule de textes, qu’on cite immanquablement depuis le temps du grand-père de notre grand-père, et à savoir les réciter dans un bel ordre régulier ? Le don consiste aussi, dans certaines Églises, surtout dans les Églises de village, à avoir de bons poumons, afin de pouvoir tenir sans reprendre haleine vingt-cinq minutes quand on est bref, et trois quarts d’heure quand on se laisse un peu aller. Le don consiste encore à savoir ne rien demander en particulier, mais à passer en revue toutes choses, faisant de la prière non pas une flèche munie d’une pointe, mais plutôt une sorte de machine indéfinissable qui n’a aucune pointe, et qui pourtant prétend n’être que pointe, qui vise tout et, par conséquent, n’atteint rien. Ce sont souvent ces frères-là qu’on invite le plus fréquemment à prier, ceux qui ont ces dons particuliers, et peut-être excellents, bien que je doive dire que, pour ma part, je ne puis obéir à l’injonction de l’apôtre en aspirant ardemment à des dons comme ceux-là. Or si, au lieu de cela, on invite à prier un homme qui n’a jamais prié en public ; supposez qu’il se lève et dise : « Ô Seigneur, je me sens un si grand pécheur que je puis à peine te parler. Seigneur, aide-moi à prier ! Ô Seigneur, sauve ma pauvre âme ! Oh, si tu voulais sauver mes anciens compagnons ! Seigneur, bénis notre pasteur ! Daigne nous accorder un réveil. Ô Seigneur, je ne puis en dire davantage ; exauce-moi pour l’amour de Jésus ! Amen. » Eh bien, vous avez alors, d’une certaine manière, le sentiment d’avoir vous-même commencé à prier. Vous vous intéressez à cet homme, en partie de peur qu’il ne s’arrête, et aussi parce que vous êtes sûrs que ce qu’il a dit, il le pensait. Et si un autre se lève après lui et prie dans le même esprit, vous sortez en disant : « Voilà une vraie prière. » J’aimerais mieux trois minutes de prière comme celle-là que trente minutes de l’autre sorte, parce que l’une est une prière, et l’autre un sermon. Permettez-moi de citer ce qu’un vieux prédicateur a dit au sujet de la prière, et de vous le donner comme un petit conseil — « Souviens-toi que le Seigneur ne t’exaucera pas à cause de l’arithmétique de tes prières ; il n’en compte pas le nombre. Il ne t’exaucera pas à cause de la rhétorique de tes prières ; il ne se soucie pas du langage éloquent dans lequel elles sont exprimées. Il ne t’écoutera pas à cause de la géométrie de tes prières ; il ne les mesure ni à leur longueur ni à leur largeur. Il n’aura pas égard à toi à cause de la musique de tes prières ; il ne se soucie ni des voix suaves ni des périodes harmonieuses. Il ne te regardera pas non plus à cause de la logique de tes prières, parce qu’elles sont bien ordonnées et excellemment agencées. Mais il t’exaucera, et il mesurera la bénédiction qu’il te donnera selon la divinité de tes prières. Si tu peux plaider la personne de Christ, et si le Saint-Esprit t’inspire zèle et ardeur, les bénédictions que tu demanderas viendront sûrement à toi. » Mes frères, j’aimerais brûler toute la provision de vieilles prières dont nous nous servons depuis cinquante ans. Cette « huile qui passe d’un vase à l’autre » — ce « cheval qui s’élance au combat » — ce texte mal cité et estropié : « là où deux ou trois sont assemblés, tu seras au milieu d’eux », et cela pour les bénir — et toutes ces autres citations que nous avons fabriquées, disloquées et copiées les uns sur les autres. Je voudrais que nous venions parler à Dieu tout simplement du fond de notre propre cœur. Ce serait une chose magnifique pour nos réunions de prière ; elles seraient mieux suivies ; et je suis sûr qu’elles seraient plus fécondes, si chacun voulait secouer cette habitude du formalisme et parler à Dieu comme un enfant parle à son père ; lui demander ce dont nous avons besoin, puis s’asseoir, et c’est tout. Je dis cela avec tout le sérieux d’un chrétien. Souvent, parce que je n’ai pas voulu prier selon une forme convenue, des gens ont dit : « Cet homme n’est pas respectueux ! » Mon cher monsieur, vous n’êtes pas juge de mon respect. C’est pour mon propre maître que je me tiens debout ou que je tombe. Je ne crois pas que Job ait cité qui que ce soit. Je ne crois pas que Jacob ait cité le vieux saint qui était au ciel — son père Abraham. Je ne vois pas que Jésus-Christ ait cité l’Écriture dans la prière. Ils ne priaient pas avec les paroles d’autrui, mais ils priaient avec les leurs. Dieu ne veut pas que vous alliez ramasser ces aromates excellents, mais tout moisis, du vieux sanctuaire. Il veut l’huile nouvelle, à peine extraite de l’olive fraîche de votre propre âme. Il veut des aromates et de l’encens, non pas tirés des vieux coffres où ils sont restés jusqu’à perdre leur parfum ; il veut de l’encens frais et de la myrrhe fraîche, apportés de l’Ophir de l’expérience de votre propre âme. Veillez bien à prier réellement ; n’apprenez pas le langage de la prière, mais cherchez l’esprit de la prière ; et que le Dieu tout-puissant vous bénisse et vous rende plus puissants dans vos supplications.

J’ai dit : « Regardez autour de vous. » Je voudrais que vous poursuiviez ce travail, et que vous regardiez autour de vous dans vos propres cabinets. Oh, frères et sœurs, il n’est pas de lieu que certains d’entre nous aient autant sujet d’avoir honte de regarder que la porte de leur cabinet. Je ne puis dire que les gonds sont rouillés ; elle s’ouvre et se ferme bien aux heures fixées. Je ne puis dire que la porte est fermée à clef et couverte de toiles d’araignée. Nous ne négligeons pas la prière elle-même ; mais ces murs, ces poutres sorties de la muraille, quelle histoire ne pourraient-ils pas raconter ! « Oh ! pourrait s’écrier le mur, je t’ai entendu quand tu étais si pressé que c’est à peine si tu pouvais passer deux minutes avec ton Dieu ; et je t’ai entendu aussi quand tu n’étais ni endormi ni éveillé, et que tu ne savais pas ce que tu disais. » Puis une poutre pourrait s’écrier : « Je t’ai entendu venir passer dix minutes sans rien demander, du moins ton cœur ne demandait rien. Les lèvres remuaient, mais le cœur ne demandait rien. Les lèvres remuaient, mais le cœur restait muet. » Et comment une autre poutre ne s’écrierait-elle pas : « Oh ! je t’ai entendu exhaler ton âme en gémissements, mais je t’ai vu t’en aller plein de défiance, sans croire que ta prière avait été exaucée, citant la promesse, mais sans penser que Dieu l’accomplirait. » Assurément, les quatre murs du cabinet pourraient se rejoindre et s’écrouler sur nous dans leur colère, parce que nous avons si souvent outragé Dieu par notre incrédulité, par notre précipitation et par toutes sortes de péchés. Nous l’avons outragé jusque devant son propitiatoire, à l’endroit même où sa condescendance se manifeste le plus pleinement. N’en est-il pas ainsi de vous ? Ne devons-nous pas, chacun à notre tour, le confesser ? Veillez donc, frères chrétiens, à ce qu’il y ait amendement, et que Dieu vous rende plus puissants et plus heureux dans vos prières que par le passé.

III. Mais, pour ne pas vous retenir, le dernier point est : regardez en haut, REGARDEZ AU-DESSUS DE VOUS. Regardez au-dessus de vous, frères et sœurs chrétiens, et pleurons. Ô Dieu, tu nous as donné une arme puissante, et nous l’avons laissée se rouiller. Tu nous as donné ce qui est puissant comme toi-même, et nous avons laissé cette puissance dormir. Ne serait-ce pas un crime odieux, si un homme avait reçu un œil qu’il refuserait d’ouvrir, ou une main qu’il refuserait de lever, ou un pied qui s’ankyloserait parce qu’il refuserait de s’en servir ? Et que devons-nous dire de nous-mêmes, quand Dieu nous a donné la puissance dans la prière, et que pourtant cette puissance demeure immobile ? Oh, si l’univers était aussi immobile que nous, où en serions-nous ? Ô Dieu, tu donnes la lumière au soleil, et il brille. Tu donnes la lumière même aux étoiles, et elles scintillent. Aux vents tu donnes la force, et ils soufflent. Et à l’air tu donnes la vie, et il se meut, et les hommes le respirent. Mais à ton peuple tu as fait un don meilleur que la force, et la vie, et la lumière, et pourtant il le laisse immobile. Oubliant presque qu’il manie cette puissance, il l’exerce rarement, alors qu’elle serait une bénédiction pour des myriades innombrables. Pleurez, chrétien. Constantin, l’empereur de Rome, vit que sur les monnaies des autres empereurs, leur effigie était debout — triomphante. Au lieu de cela, il ordonna que son effigie fût frappée à genoux, car, disait-il — « c’est ainsi que j’ai triomphé ». Nous ne triompherons jamais tant que notre effigie ne sera pas frappée à genoux. Si nous avons été battus, si nos bannières traînent dans la poussière, c’est parce que nous n’avons pas prié. Allez — retournez à votre Dieu avec tristesse, confessez devant lui, fils d’Éphraïm, que vous étiez armés et tirant de l’arc, mais que vous avez tourné le dos le jour du combat. Allez à votre Dieu, et dites-lui que si des âmes ne sont pas sauvées, ce n’est pas qu’il n’ait pas le pouvoir de sauver, mais que vous n’avez jamais été, pour ainsi dire, en travail d’enfantement pour les pécheurs qui périssent. Vos entrailles n’ont pas frémi comme une harpe sur Kir-Harès, et votre esprit n’a pas été ému à cause des défenses de la tribu de Ruben. Réveillez-vous, réveillez-vous, peuple d’Israël ; soyez dans l’étonnement, vous les insouciants ; vous qui avez négligé la prière ; vous, pécheurs qui êtes au sein même de Sion, et qui avez vécu tranquilles. Réveillez-vous ; luttez et combattez avec votre Dieu, et alors la bénédiction viendra — la pluie de la première et de l’arrière-saison de sa miséricorde ; et la terre produira en abondance, et toutes les nations le diront heureux. Regardez donc en haut, et pleurez.

Une fois encore, regardez en haut et réjouissez-vous. Bien que vous ayez péché contre lui, il vous aime toujours. Vous ne l’avez pas prié, vous n’avez pas cherché sa face, mais voici, il vous crie encore : « Cherchez ma face ! » et il ne dit pas : « Cherchez-moi vainement ! » Vous n’êtes peut-être pas allés à la source, mais elle coule aussi librement qu’auparavant. Vous ne vous êtes pas approchés de Dieu, mais il désire vous faire grâce, aujourd’hui encore, et il est prêt à entendre toutes vos requêtes. Voici, il vous dit : « Questionnez-moi sur l’avenir, et donnez-moi des ordres sur mes enfants. » Quelle chose bénie que le Maître, dans le ciel, soit toujours prêt à écouter ! Augustin a une très belle pensée sur la parabole de l’homme qui frappa à minuit à la porte de son ami en disant : « Ami, prête-moi trois pains. » Sa paraphrase dit à peu près ceci : Je frappe à la porte de la miséricorde, et c’est au cœur de la nuit. « Quelques-uns des serviteurs de la maison ne viendront-ils pas me répondre ? » Non ; je frappe, mais ils dorment. Ô vous, apôtres de Dieu — vous, martyrs glorifiés — vous dormez ; vous reposez sur vos lits ; vous ne pouvez entendre ma prière. Mais les enfants ne répondront-ils pas ? N’y a-t-il pas des enfants prêts à venir ouvrir la porte à leur frère ? Non ; ils dorment. Mes frères qui êtes partis — avec qui je vivais dans une douce intimité, et qui étiez les compagnons de mon cœur — vous ne pouvez me répondre, car vous reposez en Jésus ; vos œuvres vous suivent, mais vous ne pouvez travailler pour moi. Mais tandis que les serviteurs dorment, et que les enfants ne peuvent répondre, le Maître veille — il veille même à minuit. Il peut faire minuit dans mon âme, mais il m’entend, et quand je dis : « prête-moi trois pains », il vient à la porte et me donne tout ce dont j’ai besoin. Chrétien, regardez donc en haut et réjouissez-vous. Il y a toujours une oreille ouverte si vous avez une bouche ouverte. Il y a toujours une main prête si vous avez un cœur prêt. Vous n’avez qu’à crier, et le Seigneur entend ; bien plus, avant que vous l’invoquiez il répondra, et pendant que vous parlerez encore il exaucera. Oh ! ne soyez donc pas lents à prier. Allez à lui quand vous rentrerez chez vous ; bien plus, sur le chemin même, élevez en silence vos prières ; et quelle que soit votre requête ou votre demande, demandez-la au nom de Jésus, et elle vous sera accordée.

Et puis encore, regardez en haut, chers frères chrétiens, et amendez vos prières dès maintenant. Ne regardez plus la prière comme une fiction romanesque ou comme un devoir pénible ; regardez-la comme une puissance réelle, comme un plaisir réel. Quand les savants découvrent quelque force cachée, ils semblent prendre plaisir à la mettre en action. Je crois qu’il y a eu bien des grands ingénieurs qui ont conçu et construit quelques-uns des plus merveilleux ouvrages humains, non parce qu’ils devaient être rémunérateurs, mais simplement pour le plaisir de montrer leur propre pouvoir d’accomplir des prodiges. Pour montrer au monde ce que l’habileté pouvait faire et ce que l’homme pouvait accomplir, ils ont entraîné des compagnies dans des spéculations qui ne pourraient jamais, apparemment, être rentables, autant que je pouvais en juger, afin d’avoir l’occasion de déployer leur génie. Ô chrétiens, un grand ingénieur tentera-t-il de grands ouvrages et déploiera-t-il son pouvoir, et vous qui possédez une puissance plus grande qu’aucune qu’ait jamais maniée un homme en dehors de son Dieu — la laisserez-vous immobile ? Non, pensez à quelque grand objet, et tendez pour lui tous les nerfs de vos supplications. Que chaque veine de votre cœur soit pleine jusqu’au bord du riche sang du désir ; et luttez, combattez, peinez et efforcez-vous auprès de Dieu pour l’obtenir, en vous servant des promesses et en plaidant ses attributs, et voyez si Dieu ne vous accorde pas le désir de votre cœur. Je vous défie aujourd’hui de dépasser par la prière la libéralité de mon Maître. Je vous jette le gant. Croyez qu’il est plus qu’il n’est ; ouvrez la bouche si largement qu’il ne puisse la remplir ; allez à lui maintenant pour plus de foi que la promesse n’en garantit ; osez-le, risquez-le, surpassez l’Éternel si c’est possible ; essayez-le. Ou, comme je préférerais le dire, prenez vos requêtes et vos besoins, et voyez s’il ne vous fait pas honneur. Éprouvez si, quand vous le croyez, il n’accomplit pas la promesse, et ne vous bénit pas richement de l’huile d’onction de son Esprit, par laquelle vous serez forts dans la prière.

Je ne puis m’empêcher d’ajouter ces quelques mots tandis que vous vous en allez. Je sais qu’il y en a parmi vous qui n’ont jamais prié de leur vie. Vous avez récité une formule de prière, peut-être pendant bien des années, mais vous n’avez jamais prié une seule fois. Ah ! pauvre âme, il faut que vous naissiez de nouveau, et tant que vous ne serez pas nés de nouveau, vous ne pourrez prier comme j’ai enseigné au chrétien à prier. Mais permettez-moi de vous dire ceci. Votre cœur soupire-t-il après le salut ? L’Esprit vous a-t-il murmuré : « Viens à Jésus, pécheur, il t’entendra » ? Croyez ce murmure, car il vous entendra. La prière du pécheur réveillé est agréable à Dieu. Il entend ceux qui ont le cœur brisé, et il les guérit aussi. Portez à Dieu vos gémissements et vos soupirs, et il vous répondra. « Ah, dit quelqu’un, mais je n’ai rien à plaider. » Eh bien, plaidez comme le fit David : « Pardonne mon iniquité, car elle est grande. » Vous avez ce plaidoyer — dites : « Pour l’amour de celui qui a versé son sang », et vous l’emporterez, pécheur. Mais ne va pas à Dieu demander miséricorde avec ton péché à la main. Que penseriez-vous du rebelle qui paraîtrait devant la face de son souverain et demanderait son pardon avec le poignard planté à sa ceinture, et la déclaration de sa rébellion sur la poitrine ? Mériterait-il d’être pardonné ? Il ne pourrait le mériter en aucun cas, et assurément il mériterait un double châtiment pour s’être ainsi moqué de son maître alors qu’il prétendait chercher miséricorde. Si une femme avait abandonné son mari, pensez-vous qu’elle aurait l’impudence, le front d’airain, de revenir demander pardon appuyée au bras de son amant ? Non, elle ne pourrait avoir une telle impudence ; et pourtant il en est ainsi de vous — peut-être demandez-vous miséricorde tout en continuant dans le péché — priant pour être réconciliés avec Dieu, et pourtant nourrissant et satisfaisant votre convoitise. Réveille-toi ! réveille-toi ! et invoque ton Dieu, toi qui dors. La barque approche du rocher ; demain peut-être elle le heurtera et volera en éclats, et tu seras jeté dans les profondeurs insondables du malheur éternel. Invoque ton Dieu, dis-je, et quand tu l’invoques, rejette ton péché, sinon il ne peut t’entendre. Si tu lèves tes mains impies avec un mensonge dans ta main droite, la prière ne vaut rien sur ta lèvre. Oh, venez à lui, dites-lui : « Pardonne toutes les iniquités, reçois-nous favorablement, aie pour nous un amour sincère », et il vous entendra, et vous prierez encore comme des princes qui l’emportent, et un jour vous vous tiendrez, plus que vainqueurs, devant le trône étoilé de celui qui règne à jamais, au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement.

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