Chapitre 10 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute
La prière d’intercession
« Car ma prière aussi s’élèvera encore dans leurs calamités. » Psaume 141:5.
CE passage est très difficile dans l’original, et il est malaisé d’en fixer le sens avec une certitude absolue. Toutefois, ce n’est pas mon affaire, pour le moment, d’examiner les diverses interprétations qu’on en a données, car je vise autre chose. Pour mon dessein immédiat, je me contente tout à fait de la version autorisée. Voici le sens que nos traducteurs donnent au passage—David dit que, si le juste venait à le reprendre très sévèrement, de manière à frapper sa conscience et à lui mettre sous les yeux ses torts—et même s’il le faisait avec une rigueur considérable—il n’en serait pourtant pas fâché contre lui. Il ne l’en aimerait que davantage, lui serait reconnaissant d’avoir agi si fidèlement, et il prouverait son amour en continuant de prier pour celui qui l’a repris, si jamais cet homme de bien venait à être frappé par le malheur.
David donnerait toujours à son censeur honnête une place chaleureuse dans ses prières. Or, si tel est le sens, et je crois que c’est le cas, cela nous montre que David avait l’habitude de prier pour les saints. S’il ne l’avait pas eue, il n’aurait pas dit que, même dans leurs calamités, ses prières monteraient pour eux. Il s’était fait une coutume quotidienne de présenter à son Dieu, dans ses prières secrètes, les noms des justes de Dieu ; autrement, je le répète, il n’aurait pas fait la remarque que, même si certains d’entre eux venaient à le reprendre et à le blâmer sévèrement, il continuerait néanmoins de prier pour eux.
Notre sujet de ce matin sera le haut devoir de l’intercession, un devoir bien trop peu considéré de nos jours. Nous en parlerons, premièrement, comme le texte nous y conduit, en ce qui concerne les saints, et, deuxièmement, nous vous le presserons en faveur des pécheurs.
I. Premièrement, donc, nous avons à parler du devoir de L’INTERCESSION POUR LE PEUPLE DE DIEU. Pour mettre quelque ordre dans nos pensées, nous prendrons pour première note le mot obligation. Il incombe à tout enfant de Dieu de prier pour le reste de la famille sacrée. La nature elle-même ne nous l’enseigne-t-elle pas ? Je ne parle pas de la vieille nature, mais de la nature nouvelle créée en nous par le Saint-Esprit. N’avez-vous pas constaté, mes frères, que dès que vous avez vous-mêmes possédé la vie divine, vous vous êtes mis, sans aucune exhortation, à prier pour les autres ? Vos tout premiers cris de croyants commençaient par « Notre Père qui es aux cieux », et englobaient ainsi d’autres que vous-mêmes.
Parmi les toutes premières prières qu’offre un cœur renouvelé, il y en aura une pour l’homme par l’entremise duquel il a été amené à Jésus. Aucun nouveau converti n’oublie de prier pour le ministre qui a été l’instrument de sa conversion. L’âme nouvellement délivrée plaide aussi pour ceux qui sont encore dans l’état déplorable dont la grâce lui a permis de s’échapper. « Seigneur, tu as tiré mon âme de prison : délivre mes compagnons de captivité. Dans ta bonté, accorde à d’autres de goûter la douceur de ton salut. » Ensuite, les chrétiens qui ont, à un moment ou à un autre, conversé avec le converti, qui ont pourvu à sa consolation ou à son instruction, sont sûrs d’obtenir une part de ses prières—car un cœur renouvelé est un cœur tendrement reconnaissant—et il n’est pas né de nouveau, d’en haut, l’homme qui n’éprouve aucune gratitude envers ses amis zélés d’ici-bas.
Rendez la liberté à un oiseau en cage, et il vous chantera sa reconnaissance en s’élançant dans les airs ! De même, s’il vous est donné d’ouvrir les portes de la prison à des esprits captifs, ils récompenseront par la prière vos efforts pleins d’amour. Je le dis : c’est un instinct naturel du croyant nouveau-né que de se mettre à intercéder pour les autres, et cet instinct demeure en lui toute sa vie. C’est l’une des choses qu’il doit faire—c’est un plaisir pour lui de le faire—il lui serait impossible d’y renoncer entièrement, car l’Esprit qui habite en son sein intercède pour les saints selon la volonté de Dieu.
Et, frères et sœurs, de même que c’est un instinct de la nature née du ciel, c’est aussi une loi de la maison des élus. On peut décrire les saints, chacun en son rang, comme « faisant en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications, veillant à cela avec une entière persévérance, et priant pour tous les saints ». Chaque croyant s’est vu assigner un poste de sentinelle en matière de prière, et il est tenu de ne pas se taire, mais de ne laisser au Seigneur aucun repos jusqu’à ce qu’il rétablisse Jérusalem et la rende glorieuse sur la
terre. Nous sommes tous également tenus de demander la paix de Jérusalem, et notre prospérité est suspendue à cela. Le commandement nouveau que le Seigneur nous a donné, et dans lequel il nous dit : « Aimez-vous les uns les autres », exige que nous priions les uns pour les autres. Comment un homme prétendra-t-il aimer son frère s’il n’intercède jamais auprès de Dieu pour lui ?
Puis-je vivre continuellement avec mes frères croyants, voir leurs chagrins, et ne jamais crier à Dieu en leur faveur ? Puis-je observer leur pauvreté, leur tribulation, leur tentation, leur accablement de cœur, et pourtant les oublier dans mes supplications ? Puis-je voir l’œuvre de leur foi et le travail de leur amour sans jamais implorer une bénédiction sur eux ? Puis-je me replier sur moi-même et rester indifférent aux soucis de ceux qui sont mes frères et sœurs en Jésus-Christ ? Impossible ! Mais si je le puis, c’est que je dois appartenir à une autre famille que celle de Dieu, car dans la famille de l’amour, la sympathie commune conduit à une intercession constante. Loin de nous de pécher contre le Seigneur en cessant de prier pour nos frères ! Chaque abeille de la ruche de l’Église devrait apporter sa part de ce miel à la réserve commune. Comme toutes les racines d’un arbre parcourent la terre en quête de nourriture et que toutes y puisent des sucs au profit de l’ensemble, ainsi chaque croyant, la bouche ouverte par la prière, devrait chercher et boire les bénédictions spirituelles au profit de l’Église entière. N’oubliez donc pas, mes frères, la douce obligation que vous impose votre parenté avec les saints et avec leur Seigneur à jamais béni.
De plus, bien-aimés, nous reconnaissons entre les croyants une union vitale, une unité d’une nature très intime. Nous ne sommes pas seulement frères, mais nous sommes « membres d’un même corps ». Christ est la Tête de son corps mystique, l’Église, et nous sommes tous membres de son corps. Or, de même que, dans le corps humain, chaque membre distinct, chaque partie, chaque organe, chaque veine et chaque nerf est nécessaire à l’ensemble, de même, dans l’Église, chaque croyant est nécessaire aux autres, et les autres lui sont nécessaires. Nous ne saurions peut-être pas montrer quel mal particulier une blessure au genou ferait au bras ; pourtant, soyez assurés qu’il y aurait une souffrance par sympathie. Pas une seule cellule, pas une seule poche de tout l’organisme ne peut être dérangée sans affecter, à quelque degré, tout le reste du corps.
Ainsi Dieu nous a-t-il rendus dépendants les uns des autres—bien plus que nous ne l’imaginons. Dans l’unité de l’Église, chaque homme contribue à la santé ou à la maladie de tout le corps, et il ne peut s’en empêcher. Dans l’Église de Dieu, nul ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même. Quand un croyant croît dans la grâce, il ne s’enrichit pas pour lui seul—la communauté chrétienne a accru sa richesse spirituelle de ses gains. Quand, au contraire, un homme décline dans les choses divines et devient ainsi pauvre et faible, ce n’est pas à lui seul que le dommage est fait, mais, dans une certaine mesure, l’Église est appauvrie, affaiblie et lésée. Ô frères, puisqu’il en est ainsi, acquittons-nous abondamment des devoirs que nous avons envers le corps dont nous faisons partie ! Et dans le délicieux exercice de la supplication, abondons de plus en plus.
L’intercession devrait battre comme un pouls à travers tout le corps, faisant sentir à chaque membre vivant l’impulsion sacrée. L’intercession est l’une des moindres choses que nous puissions faire, et pourtant l’une des plus grandes—ne nous y relâchons pas. Un membre d’Église qui ne prie pas est une entrave—il est dans le corps comme un os qui pourrit, ou comme une dent gâtée—et, avant longtemps, puisqu’il ne contribue pas au bien de ses frères, il deviendra pour eux un danger et un chagrin. Frères et sœurs, qu’il n’en soit ainsi d’aucun d’entre vous ! D’ailleurs, mes frères, s’il fallait un argument pour toucher nos cœurs, il n’est pas loin à trouver. Nous devons nous-mêmes beaucoup aux prières des autres. Bien des chrétiens peuvent faire remonter leur conversion aux prières de leur mère, qui montaient au ciel pour eux alors que leur langue d’enfant ne savait pas encore prononcer le nom du Sauveur.
Une mère les a amenés à Jésus et l’a supplié de poser les mains sur eux et de les bénir. Beaucoup d’entre vous doivent leur conversion aux instances de moniteurs d’école du dimanche, ou aux supplications de ministres, ou à des chrétiens zélés qui ont été poussés à intercéder pour vous. Eh bien, si c’est par la voie de la prière que vous avez reçu une bénédiction, montrez votre gratitude en priant pour les autres ! Efforcez-vous de transmettre la bénédiction de la même manière que vous l’avez reçue. Pour ma part, personnellement, je le dis ce matin : personne au monde ne peut me rendre un service plus réel que de prier pour moi ! J’estime, mes frères, que plus j’ai de prières, plus je suis riche en vraies richesses, en cette sorte de bien personnel qui vaut mieux que l’or et l’argent.
Un vieux puritain fait remarquer que, lorsqu’un homme prospère dans les affaires, il met beaucoup de mains au travail pour lui ; et, dit-il, lorsqu’un homme croît en utilité, il amène beaucoup d’âmes à prier pour lui, et ainsi son affaire se poursuit. Plus la dépense de la grâce divine est grande dans le cas d’un serviteur du Seigneur, plus il a besoin du secours de l’intercession de tous ses frères et sœurs pour pouvoir poursuivre son œuvre sous la bénédiction divine. Je suis tenu, mes frères, de prier pour vous, puisque je sais que beaucoup d’entre vous assiègent sans cesse le trône de la grâce en ma faveur. Je vous soumets
donc l’argument—si vous avez reçu des bénédictions par l’intercession des saints, ne seriez-vous pas vraiment ingrats si vous n’intercédiez pas à votre tour pour les autres ?
Les prières d’une mère vous ont-elles amené à Christ ? Alors, chère jeune mère, faites monter vos supplications vers le Seigneur pour vos chers petits. Les supplications d’un père ont-elles conduit à votre salut ? Alors, jeune homme, soutenez votre père par vos prières constantes, et enrichissez ainsi ses vieux jours. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Le sol fertilisé par la rosée rend sa moisson—vous aussi, rendez équitablement à l’Église qui a été pour vous le canal de la bénédiction. Ce n’est donc pas pour nous, aujourd’hui, une affaire de choix de prier ou non pour nos frères et sœurs en Christ ! Frères bien-aimés, vous n’êtes pas vivants pour Dieu—vous n’avez pas les instincts de la vie nouvelle si vous n’intercédez pas pour la famille de la foi ! Vous n’avez pas l’amour qui vient de Dieu—qui est le signe certain de la régénération—si vous oubliez l’intercession ! Vous ne songez pas à la dette que vous avez contractée, et vous agissez d’une manière indigne de votre union déclarée avec l’Église de Christ si vous négligez l’intercession. Comme au son de la trompette, je voudrais vous presser, mes frères et sœurs, de prier avec efficace et avec ardeur pour la famille du Dieu vivant.
Changeons maintenant notre mot d’ordre, et passons de l’obligation à l’honneur. Quel honneur que d’avoir la permission de prier pour les saints ! Car, remarquez-le, cela nous fait entrer dans la communion la plus étroite qu’on puisse concevoir avec le Seigneur Jésus-Christ lui-même. Nous ne pouvons pas aider à fournir une expiation pour le péché des hommes—« Tout est accompli », a dit le Sauveur, et tout est bien accompli. Dans cette œuvre, nous ne pouvons avoir aucune part, si ce n’est en recevant ses fruits, car « il a été seul à fouler au pressoir, et nul homme d’entre les peuples n’était avec lui ». En prêchant l’Évangile aujourd’hui, nous exerçons une charge à laquelle notre Seigneur Jésus n’a maintenant aucune part— le Saint-Esprit nous aide, mais l’Homme, Christ Jésus, est à la droite du Père, et l’on n’entend pas sa voix proclamer la bonne nouvelle. Ainsi, à certains égards, nous avons des occupations diverses et exerçons des charges différentes, mais, dans l’œuvre de l’intercession, nous sommes un—en ce moment même, notre Seigneur plaide devant la Vérité de Dieu, et quand nous intercédons pour son peuple, nous faisons exactement la même chose !
Nous, en priant pour les saints, avons une communion actuelle et réelle avec notre grand Souverain Sacrificateur qui intercède au-dedans du voile. Je le répète : si je prêche aujourd’hui, Christ ne prêche pas. Mais si je prie, ma voix s’accorde avec la sienne ! Si je prie pour les frères, je me souviens qu’il se tient devant le trône de gloire, revêtu du pectoral où brillent, sur les pierres précieuses, les noms de tous ses élus. N’est-ce donc pas une chose délicieuse que d’être associés au Fils de Dieu dans le ministère de l’intercession ? Dans ce service, il a fait de nous des sacrificateurs pour notre Dieu ! Il est le grand Ange à l’encensoir d’or, et la fumée de l’encens qu’il offre monte, avec les prières des saints, devant le Seigneur ! Bien-aimés, vous voudriez être rendus conformes au Seigneur Jésus dans le service—l’occasion est à portée de votre main—intercédez beaucoup pour les saints !
Et quel honneur que nous, qui naguère encore mendiions pour nous-mêmes à la porte de la Miséricorde, soyons maintenant reçus si avant dans la faveur royale que nous puissions nous risquer à glisser un mot à l’oreille du roi en faveur d’autrui ! C’est une miséricorde souveraine qui nous a permis de dire : « Aie pitié de moi ! » Mais quelle est donc cette condescendance qui nous a admis auprès d’elle dans une telle intimité que nous pouvons maintenant venir au Seigneur et dire : « Je voudrais te dire un mot pour un frère. J’oserais te demander tes largesses, mon Père, pour une sœur qui a besoin de compassion. » Voyez, mes frères et sœurs, à quelle éminente dignité vous êtes promus—vous êtes établis dans la haute charge de « ceux qui font souvenir le Roi », pour l’interroger au sujet des biens de son alliance ! Vous voilà constitués distributeurs royaux des aumônes du Roi ! Il ouvre devant vous son trésor et vous invite à demander ce que vous voudrez. Ô grâce inestimable !
Si vous, ô croyant, savez demander avec foi, vous pouvez distribuer à vos frères et sœurs des richesses plus précieuses que l’or d’Ophir, car l’intercession est la clef des palais d’ivoire où sont renfermés les trésors infinis de Dieu ! Les saints, dans l’intercession, atteignent un lieu où les anges ne peuvent se tenir ! Ces êtres saints se réjouissent des pécheurs repentants, mais nous ne lisons nulle part qu’ils soient admis comme suppliants pour les saints. Et pourtant nous, imparfaits comme nous le sommes, avons cette faveur ! Il nous est permis d’ouvrir la bouche devant le Seigneur pour les malades et pour les éprouvés, pour les affligés et pour les abattus—avec l’assurance que tout ce que nous demanderons avec foi par la prière, nous le recevrons. En cela, un grand honneur nous est fait. Frères et sœurs, prévalez-vous de cet honneur !
Je sais fort bien que, si Sa Majesté accordait à l’un de vous la permission de se présenter au palais et de demander ce qu’il voudrait pour ses amis, vous ne négligeriez pas l’occasion. Eh quoi ! de nos jours, si un homme croit avoir l’oreille d’un membre du Parlement, ou de quelque personnage puissant, il est rare qu’il néglige l’occasion de parler pour son cousin ou pour son fils, qui désire un emploi où il y a peu à faire et beaucoup à recevoir. Dans le monde entier, les coureurs de places se trouvent en
abondance. Les hommes d’influence, qui ont l’oreille des autorités, sont sans cesse pressés de tirer tout le parti possible de leur position dans la société. Et pourtant, je dois me tenir ici ce matin pour vous exhorter, chers frères et sœurs, vous qui avez l’oreille de Dieu, à exercer votre précieuse prérogative !
Vous avez des promesses de Dieu qu’il exaucera vos requêtes, et beaucoup disent : « Qu’on parle pour moi au roi »—je vous en prie, ne soyez pas lents à les aider. Usez de la liberté que votre Prince vous a donnée, et plaidez pour vos frères et sœurs ! S’il n’y a personne d’autre qui ait besoin de vos prières, moi, je réclame avidement une place dans les vôtres. « Frères, priez pour nous », disait un apôtre—à combien plus forte raison puis-je le dire ! Comme nous avons à exercer chaque jour le ministère des choses saintes, nos responsabilités et nos besoins sont très grands. Ne nous oubliez donc pas quand tout ira bien pour vous. Dites une bonne parole au Prince pour ses serviteurs, et demandez-lui de nous accorder davantage de sa grâce.
Passons maintenant du mot honneur au mot excellence. La prière d’intercession est une chose tout à fait excellente, car, premièrement, elle profite à ceux qui la pratiquent. Je sais, bien-aimés, que vous désirez être réellement utiles dans l’Église de Dieu. J’espère que nous n’avons dans cette Église aucun membre qui se contente d’avoir son nom inscrit dans le registre, d’assister aux services, et de penser que tout est fait quand cela est fait. Non, vous voulez être vraiment secourables et glorifier Dieu. Eh bien, je vous recommande à cette fin l’excellence de la prière d’intercession ! D’abord, mes frères, elle vous incitera à connaître vos frères et sœurs. On ne peut pas bien prier pour ceux dont on ne sait rien. Vous n’entrerez donc pas dans l’assemblée et n’en sortirez pas sans connaître la personne assise à côté de vous sur le banc, mais vous vous informerez de la façon dont vont les frères, et, quand vous apprendrez que quelqu’un est en détresse d’esprit, de corps ou de fortune, vous serez prêts à en prendre note, afin de pouvoir prier à son sujet ; et alors il y aura en vous une connaissance pleine de sympathie de vos frères.
Paul nous dit de connaître ceux qui travaillent parmi nous et qui nous dirigent dans le Seigneur ! Et je voudrais que tous les membres de l’Église connaissent mieux les luttes, les chagrins et les joies de leur pasteur—afin d’avoir plus de sympathie pour lui. Et il en est de même pour le reste des frères—plus vous connaîtrez et plus vous sympathiserez, meilleures seront vos prières. Et parce qu’il vous faudra connaître pour intercéder, j’appelle l’intercession un excellent exercice. Une intercession ardente ne manquera pas d’amener l’amour avec elle. Je ne crois pas que vous puissiez haïr un homme pour qui vous priez habituellement. Si vous n’aimez pas quelque chrétien, priez doublement pour lui—non seulement pour lui, mais pour vous-même—afin d’être guéri de vos préventions et préservé de tout sentiment malveillant.
Vous rappelez-vous la vieille histoire de cet homme qui alla trouver son pasteur pour lui dire qu’il ne goûtait pas sa prédication ? Le ministre lui répondit sagement : « Mon cher frère, avant de parler de cela, prions ensemble » ; et, quand ils eurent prié l’un et l’autre, le plaignant s’aperçut qu’il n’avait rien d’autre à dire que d’avouer que lui-même avait été très négligent à prier pour son pasteur. Et il attribua à cela le peu de profit qu’il en retirait. J’attribue le manque d’amour fraternel au déclin de la prière d’intercession. Priez les uns pour les autres avec ardeur, habituellement, avec ferveur, et vous unirez vos cœurs dans l’amour comme le cœur d’un seul homme. Voilà le ciment aux belles couleurs dans lequel les pierres de l’Église doivent être posées si elles veulent être bien jointes ensemble.
Chers frères et sœurs, quand vous priez les uns pour les autres, non seulement votre sympathie et votre amour grandiront, mais vous porterez les uns sur les autres des jugements plus bienveillants. Nous jugeons toujours avec indulgence ceux pour qui nous intercédons. Si un rapporteur me peint mon frère sous des couleurs très noires, mon amour me rend certain qu’il se trompe. N’ai-je pas prié pour lui ce matin, et comment pourrais-je l’entendre condamner ? Si je suis contraint de croire qu’il est coupable, j’en suis très affligé, mais je ne me fâcherai pas contre lui—je prierai plutôt le Seigneur de lui pardonner et de le relever—en prenant garde à moi-même, de peur d’être tenté moi aussi. Nous trouvons nos enfants beaux parce qu’ils sont à nous et qu’ils ont une place dans notre cœur. Et de la même manière, nous discernons promptement les traits de caractère admirables qui peuvent exister chez ceux pour qui nous intercédons—et nous sommes disposés à trouver des circonstances atténuantes aux défauts de leur tempérament.
La prière est un merveilleux unificateur des cœurs et un puissant créateur d’amour. La prière d’intercession est d’une grande efficacité pour entretenir la vigilance. Supposez que vous, membre de cette Église, soyez mis en contact avec des rétrogrades et amené à chercher leur relèvement. Vos prières pour leur rétablissement vous conduiront naturellement à prier : « Seigneur, préserve-moi de ce mal. Garde-moi de rétrograder. Préserve-moi de devenir froid et indifférent comme ces frères. » Si nous rencontrons des chrétiens de profession qui sont tombés dans l’ivrognerie, et que nous plaidions avec ardeur auprès du Seigneur pour qu’il les retire de ce fossé horrible, nos propres âmes sont amenées à détester ce péché et à monter la garde contre lui sur la tour de guet. Si nous voyons que deux frères se sont brouillés et qu’on ne peut les ramener à la paix, si nous prions Dieu que l’unité
puisse être rétablie entre eux, nous sommes aussi amenés à demander d’avoir un esprit doux et paisible — de ne pas causer de querelles — et, si nous en avons causé à un moment ou un autre, d’être prêts à confesser notre tort et à le réparer.
Ainsi, ceux pour qui nous prions avec sollicitude deviennent pour nous des phares. Si vous observez les autres d’un œil critique, si vous les censurez avidement et allez de maison en maison répandre avec zèle la mauvaise odeur, cette conduite profane engendrera en vous-même la propre justice. Mais si vous allez au Seigneur, affligés de tous les méfaits de vos frères, et cherchez avec importunité le relèvement de ceux qui s’égarent, vous nourrirez dans votre propre cœur la tendresse des sentiments et la vigilance contre le péché. Ceux qui font beaucoup de supplications pour les autres trouveront souvent sur leurs propres lèvres cette prière : « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l’éternité! »
Je ne puis m’arrêter pour vous dire quelles autres choses excellentes sont renfermées dans cet exercice de l’intercession, mais je suis persuadé que c’est l’un des exercices les plus saints, les plus sains et les plus célestes auxquels un homme pieux puisse s’adonner. Ne pensez-vous pas, chers frères et sœurs, que si chacun de nous devait, sur-le-champ, rendre compte de son application à ce devoir excellent, la plupart d’entre nous aurions lieu d’avoir honte ? Me permettrai-je de poser la question à chaque chrétien ici présent : avez-vous rendu à Dieu et à son Église votre juste part de prière d’intercession ? Nous n’avons pas trop intercédé, j’en suis certain, car de ce sel-là on peut dire : « du sel à discrétion ». Nul ne prie trop pour son prochain !
Avons-nous assez prié ? Je vous laisse le temps, je fais une pause pour que vous puissiez vous poser la question. Je vais vous donner ma propre réponse. J’ai la conscience nette quant à mon devoir envers cette Église pour ce qui est de la prédication, car je n’ai pas craint de vous annoncer tout le conseil de Dieu. Si je pouvais apprendre à mieux prêcher, je le ferais volontiers. J’ai conscience de mes défaillances, mais je vous ai servis de tout cœur et fidèlement devant Dieu dans cette chaire. Mais je ne puis en dire autant de mes intercessions. J’ai bien des confessions à faire à Dieu de mes manquements sur ce chapitre. Et je crains qu’un grand nombre de mes compagnons d’œuvre ici ne doivent plaider coupables du même chef d’accusation. Vous n’avez jamais manqué votre classe du dimanche après-midi. Vous êtes toujours à votre poste à l’heure, la leçon biblique bien étudiée. C’est très bien, mais, cher frère, faites-vous toujours pénétrer la leçon dans votre âme par la prière ?
Chère sœur, avez-vous pris l’habitude de prier pour les jeunes filles confiées à vos soins, une à une, avec une ferveur intense ? Je n’accuse personne, mais je vous demande de sonder votre propre âme, car la faute n’est pas légère : elle nous cause, à nous-mêmes et à l’Église, un tort considérable. Anciens et diacres de cette Église, avez-vous la conscience nette en matière d’intercession ? Quelques-uns parmi nous sont peut-être sans reproche sur ce point, mais je crains que la plupart d’entre nous n’aient vaqué à d’autres devoirs bien au-delà de la part que nous avons faite à celui-ci. Nous avons prié en public aux réunions de prière, et nous n’avons pas non plus oublié, je l’espère, la supplication pour les saints au culte de famille. Mais, malgré tout, si nous avions prié pour nos frères 10 fois plus, ou même 100 fois plus, nous ne serions pas allés trop loin !
Il nous arrive de monter sur l’estrade publique et d’accuser l’Église de Dieu de se refroidir. Posons-nous la question : avons-nous, par nos prières, ajouté à sa chaleur ? Avons-nous plaidé pour son réveil ? Nous reprochons aux sociétés missionnaires la maigreur des résultats visibles. Prions-nous pour les missions comme nous le devrions ? J’entends des plaintes lugubres au sujet de la génération actuelle et montante de prédicateurs : avons-nous intercédé pour les étudiants et pour les pasteurs comme nous le devrions ? J’entends des gens dire des chrétiens qu’ils sont mondains, superficiels ou orgueilleux. Les avez-vous, par la prière, arrachés à leur mondanité et à leur orgueil ? Ne se peut-il pas que vous eussiez beaucoup mieux fait de prier pour eux que de leur trouver des fautes ? Oui, et les erreurs que vous voyez en eux ne pourraient-elles pas, dans une mesure considérable, venir de ce que vous avez vous-même négligé l’office de l’intercession ? Oh ! finissons-en avec les murmures et les plaintes, la critique et le blâme, et portons tout cela au propitiatoire — car si la moitié du souffle dépensé en vain en plaintes acerbes était changée en intercession, il y aurait bien plus de sainteté dans l’Église !
Maintenant, je dois revenir au texte, en vous donnant un autre mot, et ce mot est l’étendue. David dit dans le texte : « Car ma prière aussi s’élèvera dans leurs calamités », et voici ce qu’il veut dire : si quelques-uns des saints de Dieu venaient, par leur fidélité envers son âme, à lui déplaire, il prierait néanmoins pour eux. Frères et sœurs, nous ne devons pas borner nos prières à ceux dont la manière de nous parler nous plaît : nous devons prier avec amour pour ceux qui sont trop vifs, trop durs, trop tranchants dans leurs remarques.
Et s’ils étaient sévères au point d’attrister notre esprit ? Et si leurs reproches paraissaient déplacés, blessants et injustes ? Nous sommes encore tenus de prier pour eux. David, dans le texte, semble dire ceci : que les justes fassent de lui ce qu’ils voudront, il prierait encore pour eux dans leurs calamités. Et je vous en conjure, mes frères, s’il y a quelque membre de
cette Église qui vous a traités sans bienveillance, vengez-vous de lui en l’aimant 10 fois plus que jamais, et en priant pour lui plus constamment et plus ardemment ! Si quelque frère a brisé votre esprit et vous a blessés au point que penser à lui vous fait mal, peu importe ! Le meilleur remède à la blessure est d’aller à Dieu dans la prière et de répandre votre âme pour lui — demandez au Seigneur de lui accorder une grande bénédiction et de faire de lui un meilleur chrétien — de le remplir de l’amour divin !
Et alors, quand vous le verrez changé en mieux, ou bien vous en viendrez à penser que vous vous étiez trompés en jugeant ce qu’il avait dit, et que vous aviez mal pris ce qu’il voulait faire pour votre bien, ou bien vous verrez qu’il viendra vers vous et vous dira : « J’avais tort, mon frère. » Ou, s’il ne le confesse pas en paroles, il le reconnaîtra dans ses actes par un surcroît de bonté envers vous. Et, frères, si jamais nous trouvons un frère chrétien dans la calamité, alors nous devons prier pour lui doublement. Les gens du monde abandonnent leurs compagnons quand ils tombent dans l’épreuve — comme le troupeau abandonne le cerf blessé. Nous avons beaucoup d’amis quand tout va bien. Nous en avons très peu quand les mauvais jours s’assombrissent. Mais chez les chrétiens il ne doit pas en être ainsi ! Nous devons être des amis fidèles — nous devrions être plus bons envers ceux qui tombent dans la pauvreté qu’envers les autres.
Si nous rencontrons un frère chrétien qui a perdu sa consolation et qui se décourage — même si sa compagnie n’est pas très agréable et peut même avoir sur nous une influence déprimante — nous devons prier davantage pour lui, et tâcher de le tirer du Bourbier du Découragement. Surtout, si un frère en Christ est calomnié, nous sommes tenus de rester à ses côtés. Trop de gens suivent la mauvaise habitude de s’écarter promptement du chemin d’un homme tombé dans la disgrâce. Quelqu’un a lancé une poignée de boue à un chrétien de profession — dégageons la place, car la boue pourrait bien retomber sur nous aussi. Ainsi parlent les lâches, mais nous, non ! Non, frère, si vous appartenez à l’armée d’Emmanuel et si notre frère persécuté n’a rien fait de mal, tenons ou tombons avec lui ! N’abandonnons jamais un camarade !
Si le monde crie : « À bas ! À bas ! À bas ! », nous nous élancerons à la rescousse comme le héros grec d’autrefois et tiendrons notre bouclier au-dessus de celui qui est tombé, combattant pour lui jusqu’à ce qu’il puisse se relever — car un de ces jours nous pourrions bien être à terre, nous aussi, et avoir besoin d’un frère d’armes pour nous couvrir contre l’ennemi. Par nos prières, tirons nos frères et nos sœurs de leurs épreuves au lieu de les abandonner — et si cette prière tarde longtemps à recevoir une réponse, persévérons avec importunité, disant avec David : « Et pourtant ma prière s’élèvera dans leurs calamités. »
Je n’en dirai pas davantage sur cette intercession pour les saints, mais je la laisse devant le trône éternel et devant vos propres consciences. Je vous en supplie, à moins que vous ne soyez des traîtres envers Christ — si vous êtes membres de la vraie unité, si vos âmes sont unies ensemble par le Saint-Esprit — luttez beaucoup les uns pour les autres, et ne laissez point aller l’Ange de l’alliance jusqu’à ce qu’une bénédiction descende sur toute la maison de Dieu, et de là se répande sur le monde entier.
II. Maintenant, en second lieu, la haute fonction de l’intercession POUR LES PÉCHEURS. Sur ce point je parlerai brièvement, mais, je l’espère, avec ardeur. Comme Église, nous avons une couronne, et nous la tenons depuis bien des années. Mais je voudrais employer le langage de Christ dans le livre de l’Apocalypse. S’adressant à l’une des Églises, il dit : « Retiens ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne. » Or, quelle a été notre couronne comme Église ? Ce n’a pas été notre richesse, car en cela nous n’excellons pas. Ce n’a pas été notre savoir — nous n’en faisons aucun étalage. Ce n’ont pas été nos cultes raffinés, la beauté de notre musique ou la douceur de nos chants liturgiques.
Non, nous ne tenons pas à ces choses, mais nous cultivons la simplicité. Notre couronne a été cette seule chose : s’il y a eu dans la chrétienté une Église qui s’est donnée à gagner des âmes, cette Église l’a fait. Notre ministère a toujours visé ce but : arracher les tisons du feu, amener les pécheurs des ténèbres à son admirable lumière. Et je ne vous rends que simple justice, mes frères, quand je dis que la plus grande partie, de loin, de cette Église est réellement vivante pour gagner des âmes. Cela me fait du bien au cœur de rencontrer parmi vous divers petits groupes de frères qui, partout dans cette ville, travaillent sans ostentation, mais avec succès, à amener des âmes à Christ. J’espère qu’il en sera toujours ainsi. Retiens, ô Église, ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne ! Que ce soit toujours notre joie et notre gloire que Dieu nous donne des enfants spirituels et que des âmes naissent pour lui.
Or nous désirons le faire, et j’en suis sûr, nous le désirons, mais nous devons nous tourner davantage vers l’intercession pour les âmes des inconvertis. Priez d’abord, car c’est la chose la plus essentielle à faire. Que pouvons-nous faire, vous et moi, à nous seuls, dans la conversion d’un homme ? Nous ne pouvons pas changer son cœur ! Nous ne pouvons pas mettre la vie en lui — autant penser créer une âme entre les côtes de la mort ! C’est l’œuvre de Dieu de régénérer les âmes. Et alors ? Si je dois être son instrument pour le faire, ma toute première action doit être de tomber à genoux et de prier : « Ô Dieu, agis avec moi. » Vous allez cet après-midi à votre école du dimanche, ou vous partez pour votre prédication en plein air. Or, si vous pouviez faire l’œuvre, je ne vous presserais pas de perdre du temps à demander à Dieu de faire
ce que vous pourriez faire seuls ! Mais, puisque vous êtes absolument impuissants à gagner une seule âme à Jésus sans l’Esprit de Dieu, que votre première action soit de prier : « Ô puissance divine, viens me revêtir ! Ô langue de feu, sois-moi donnée, et toi, Vent sacré, impétueux et puissant, viens souffler la vie sur les âmes mortes ! » La prière est la chose la plus essentielle pour ramener les pécheurs de la voie où ils s’étaient égarés.
Ensuite, la prière d’intercession vous rendra propres à devenir l’instrument de Dieu. Si je prie pour la conversion de quelqu’un, surtout si je distingue un individu en particulier, mon cœur se réchauffe d’amour pour cette personne à mesure que je considère dans la prière sa position et son état. Fort bien : cela m’instruit, et m’aide à lui dispenser la parole qui convient quand je l’approche. Je suis comme un chirurgien qui, devant un cas où il doit se servir du bistouri, sait exactement où se trouve chaque os, et aussi quelle partie a été lésée. Ma prière m’a donné un diagnostic de l’état de cet homme. Je l’ai examiné à fond et l’ai considéré dans mes requêtes, et quand j’en viendrai à travailler concrètement auprès de lui, je serai sage, par l’Esprit de Dieu, pour faire ce qui convient et de la manière qui convient.
Si nous voulions envoyer un homme au collège pour faire de lui un bon soutien pour les cœurs troublés, nous l’enverrions au collège de la prière en toutes choses, car l’intercession est le moyen de devenir sage pour gagner les âmes ! Et, frères, la prière aura sur vous cet effet : vous irez au travail pleins d’espérance. C’est une chose bien horrible que de penser à des personnes enterrées vivantes, mises en terre dans leur cercueil par leurs amis alors qu’il y avait encore un souffle en elles. Prenons garde de ne jamais enterrer une âme vivante — je crains que nous n’en ayons l’habitude. Nous jugeons de tel homme qu’il ne se convertira jamais — c’est un cas, disons-nous, où tout effort serait inutile. Nous pensons de tel autre qu’il est si perdu que nous pouvons fort bien l’abandonner et nous occuper de cas plus prometteurs.
En tout cela nous avons tort, puisque nous n’avons aucun droit de signer l’arrêt de mort d’une âme, ni de dire à la grâce de Dieu : « Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au-delà ». Croyez qu’aussi longtemps qu’un homme vit en ce monde, il y a pour lui des possibilités de grâce ! Prenez-le dans vos bras devant Dieu dans la prière — et quand vous commencerez à prier pour lui, vous sentirez qu’il y a de l’espoir — et vous vous entretiendrez ensuite avec lui d’une manière pleine d’espérance et, peut-être, de foi. Je ne crois pas qu’un homme ait jamais été sauvé parce qu’un autre lui parlait sur un ton de désespoir, mais la parole joyeuse d’un amour plein d’espérance se fraie un chemin. Croyez que le cœur dur peut être brisé, la langue du blasphémateur purifiée, l’esprit du persécuteur changé, et que le rebelle peut encore obéir à Christ crucifié et devenir une étoile brillante dans le ciel de Dieu.
Chers frères et sœurs, je vous en prie donc, puisque la puissance vient de Dieu, puisque l’intercession vous rendra propres à être employés par Dieu, et puisqu’elle vous donnera aussi une grande espérance à l’égard de ceux dont vous vous occupez, exercez-vous bien plus que jamais à la prière d’intercession. C’est une œuvre à laquelle vous pouvez tous contribuer. Si je venais à vous ce matin en disant : « Frères et sœurs, la cause du Seigneur a besoin d’argent », je sais, par une longue expérience, que vous feriez de votre mieux. Mais il y en a qui seraient contraints de répondre : « Les besoins de ma famille ne me permettent pas de faire quoi que ce soit dans ce sens. » Mais quand nous demandons l’intercession, aucun chrétien ne peut dire : « Je ne puis plaider auprès de Dieu. » Si je vous pressais en ce moment sur la nécessité de prêcher davantage en public, beaucoup de mes auditeurs seraient à juste titre excusés, car ils ont la parole lente et sont dépourvus du don de l’élocution.
Mais, ô frères et sœurs, quand il s’agit d’intercéder, vous pouvez tous remplir cet office ! Et ce faisant, vous pouvez avoir part à toutes les grandes œuvres de l’Église. J’ai entendu parler d’une sainte femme qui avait coutume de dire : « Je ne puis pas prêcher, mais je puis aider mon pasteur à le faire par mes prières. C’est pourquoi, chaque fois que je le vois monter en chaire, je prierai Dieu de bénir sa parole, et ainsi j’aurai part à ce qu’il fait. » Quand vous entendez parler d’un missionnaire qui travaille quelque part à l’étranger, priez pour lui, et vous deviendrez alors son compagnon d’œuvre. Bien-aimés, certains d’entre vous sont souvent maladifs, et durant la nuit pénible vous ne dormez guère — savez-vous pourquoi le Seigneur vous tient éveillés ? C’est afin que, pendant que d’autres parmi nous dorment, vous puissiez prier pour nous !
Il faut que Dieu ait des gens pour monter les veilles de la nuit ! Il a résolu qu’une garde de prière serait postée autour de son Église tout le jour et toute la nuit — vous êtes les sentinelles des veilles de la nuit. Vous ne pouvez rien faire d’autre, mais vous pouvez prier — et en priant vous pouvez obtenir une part aux plus nobles œuvres de l’Église ! Remarquez maintenant ceci : David nous laisse entendre que certains de ceux pour qui nous prions ne se soucient peut-être pas de nos prières, et qu’ils peuvent tomber dans de grandes calamités à cause de leurs péchés. C’est alors le moment d’intercéder pour eux avec plus d’ardeur encore ! Si j’ai parlé à un impie pendant bien des années et qu’il a tourné en dérision tout ce que j’ai dit, alors je prendrai en moi-même cette résolution : « Je ne cesserai jamais de prier pour lui. Peut-être un de ces jours le trouverai-je malade, et alors il demandera les prières qu’il rejette maintenant. Peut-être le trouverai-je le cœur brisé, et alors les paroles dont il se moque maintenant seront très douces à son goût. »
Vous qui êtes à la recherche des âmes, il vous faut savoir soutenir la poursuite — ceux qui manquent de souffle pour gagner des âmes ne réussiront jamais. Poursuivez-les ! Poursuivez-les ! Poursuivez-les jusqu’aux portes du tombeau ! S’ils ne sont pas sauvés après 20 ans de prière, poursuivez-les jusqu’aux portes de l’enfer ! Une fois ces portes franchies, vos prières sont sans effet et sans valeur, mais jusqu’au bord même de l’abîme infernal, poursuivez-les — poursuivez-les de vos prières. S’ils ne veulent pas vous entendre parler, ils ne peuvent vous empêcher de prier. Se moquent-ils de vos exhortations ? Ils ne peuvent vous troubler dans vos prières, car ils ne savent pas quand vous les offrez. Sont-ils si loin que vous ne pouvez les atteindre ? Vos prières peuvent les atteindre ! Vous pouvez encore les bénir. Ont-ils déclaré qu’ils ne vous écouteront plus jamais, ni ne verront plus votre visage ? Peu importe, Dieu a une voix qu’ils doivent entendre — parlez-lui, et il le leur fera sentir.
Même s’ils vous traitent maintenant avec mépris, vous rendant le mal pour le bien, poursuivez-les, poursuivez-les, poursuivez-les de vos prières ! Ne les laissez jamais périr faute de vos supplications. Le temps peut venir où ceux qui ont été les plus longs à livrer leur cœur à Christ nous rendront au centuple et bien au-delà tous les efforts et toutes les supplications que nous aurons déployés. J’ai vu parfois un grand pécheur, une fois sauvé, devenir aussi utile que 20 convertis ordinaires, car à proportion de la peine qu’on avait eue à le gagner, il est devenu utile une fois gagné. Nous ne nous attendons pas à voir chaque jour des Saul changés en Paul, mais quand cela arrive, l’Église est riche en vérité, car un seul Paul vaut mille croyants ordinaires ! Ces perles des grandes profondeurs sont précieuses. Ces cas difficiles peuvent se révéler des Paul — c’est pourquoi insistez en toute occasion, favorable ou non, priant pour eux jusqu’à ce qu’ils soient amenés à Christ.
La seule chose que je désire ce matin, c’est que mes chers frères et sœurs en Christ s’engagent à prier avec plus d’importunité pour les pécheurs qui nous entourent de toutes parts. Comme Abraham, nous avons devant nous une grande ville : plaidons pour elle ! Comme Moïse, nous habitons au milieu d’un peuple pécheur : tenons-nous à la brèche pour lui. J’adjure chaque membre de cette Église, par sa fidélité envers Dieu, s’il n’est pas, en vérité, un menteur dans la profession qu’il a faite, de prier avec importunité pour les impies, afin qu’ils soient amenés à Jésus ! Plaidez auprès de l’Éternel ! Plaidez — il aime vos prières — vos intercessions sont comme le doux parfum sur l’autel d’or. Plaidez auprès de lui, et vous vivrez assez pour voir la récompense de vos supplications dans la conversion des fils des hommes ! Rentrez chez vous et faites de vos enfants l’objet particulier de vos cris de cet après-midi. Implorez le Seigneur de sauver vos maris ou vos femmes, vos parents et vos plus proches voisins.
Implorez une bénédiction sur les titulaires de places et les auditeurs de cette assemblée qui restent non régénérés ! Prenez ensuite vos rues, prenez le quartier où vous habitez, et demandez avec instance une visitation de grâce — vous ne manquerez jamais de personnes pour qui prier — c’est pourquoi persévérez dans la supplication. Il y a quelques jours à peine, j’ai vu quatre maris qui avaient été convertis à Dieu, mais dont les femmes étaient restées en dehors de l’Église. Et ces quatre frères, probablement tous ici ce matin, se sont réunis pour prier pour la conversion de leurs femmes — et le premier dimanche de communion du mois dernier, les quatre femmes ont été amenées à l’Église en réponse aux prières des quatre maris !
Rien n’est impossible ! Tout est possible à celui qui croit ! Que Dieu nous aide à croire et à intercéder, et qu’ensuite il nous envoie sa bénédiction, pour l’amour de Christ. Amen.
Chapitre 10 terminé
La prière d’intercession