Chapitre 8 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute
Priez sans cesse
« Priez sans cesse. »—1 Thessaloniciens 5:17.
LA PLACE DE NOTRE TEXTE est très suggestive. Remarquez ce qui le précède. Il vient immédiatement après le précepte : « Soyez toujours joyeux » ; comme si ce commandement avait quelque peu déconcerté le lecteur et l’avait amené à demander : « Comment puis-je me réjouir toujours ? » ; c’est pourquoi l’apôtre a ajouté, en guise de réponse : « Priez toujours. » Plus on prie, plus on se réjouit. La prière ouvre un canal aux douleurs contenues de l’âme ; elles s’écoulent, et à leur place des torrents de sainte allégresse se déversent dans le cœur. En même temps, plus on se réjouit, plus on prie ; quand le cœur est paisible et plein de joie dans le Seigneur, il ne manquera pas non plus de s’approcher du Seigneur dans l’adoration. La sainte joie et la prière agissent et réagissent l’une sur l’autre.
Remarquez cependant ce qui suit immédiatement le texte : « Rendez grâces en toutes choses. » Quand la joie et la prière s’unissent par le mariage, leur premier-né est la reconnaissance. Quand nous nous réjouissons en Dieu de ce que nous avons, et que nous le prions avec foi pour obtenir davantage, alors notre âme lui rend grâces à la fois en jouissant de ce qu’elle possède et en contemplant ce qui est encore à venir. Ces trois textes sont trois tableaux qui se répondent et représentent la vie d’un vrai chrétien ; l’esquisse du milieu est le trait d’union entre celles qui l’encadrent. Ces trois préceptes sont un ornement de grâce au cou de tout croyant ; portez-les, chacun de vous, pour la gloire et pour la parure : « Soyez toujours joyeux » ; « Priez sans cesse » ; « Rendez grâces en toutes choses. »
Mais nous ne pouvons consacrer aucun temps à l’examen du contexte ; il nous faut en venir au précepte qui nous occupe. Notre texte, quoique extrêmement court, est merveilleusement plein, et nous l’étudierons sous les divisions suivantes. Nous poserons quatre questions et nous y répondrons. Qu’impliquent ces paroles ? Deuxièmement, Que signifient-elles réellement ? Troisièmement, Comment y obéirons-nous ? Et quatrièmement, Pourquoi NOUS, tout particulièrement, devons-nous y obéir ?
I. QU’IMPLIQUENT CES PAROLES ? « Priez sans cesse. » N’impliquent-elles pas que l’usage de la voix n’est pas un élément essentiel de la prière ? Il serait fort malséant, même si c’était possible, que nous continuions sans cesse à prier à haute voix. Il n’y aurait évidemment plus de place pour la prédication et pour l’écoute, pour les échanges de l’amitié, pour les affaires, ni pour aucun des autres devoirs de la vie ; et le vacarme de tant de voix rappellerait à nos voisins le culte de Baal plutôt que celui de Sion. Jamais le Seigneur Jésus n’a voulu que nos gorges, nos poumons et nos langues soient perpétuellement à l’ouvrage. Puisque nous devons prier sans cesse, et que nous ne pourrions pourtant pas prier sans cesse de la voix, il est clair que le langage audible n’est pas essentiel à la prière. Nous pouvons prononcer mille paroles qui semblent être une prière, sans jamais prier ; et, d’un autre côté, nous pouvons crier à l’oreille de Dieu de la manière la plus efficace sans jamais dire un mot. Dans le livre de l’Exode, Dieu est représenté disant à Moïse : « Pourquoi ces cris? » Et pourtant il n’est pas rapporté que Moïse eût alors prononcé la moindre syllabe. Il est vrai que l’usage de la voix aide souvent la prière. Pour ma part, je constate que, lorsque je suis seul, je prie mieux si je puis entendre ma propre voix ; mais en même temps elle n’est pas essentielle, elle n’entre pour rien dans ce qui rend la prière agréée, réelle ou victorieuse. Le silence est un vêtement aussi convenable pour la dévotion que tous ceux que le langage peut tailler.
Il est tout aussi clair que la posture dans la prière n’a pas grande importance, car s’il était nécessaire que nous priions à genoux, nous ne pourrions prier sans cesse : la posture deviendrait douloureuse et nuisible. Dans quel but notre Créateur nous a-t-il donné des pieds, s’il désire que nous ne nous tenions jamais debout ? S’il avait voulu que nous fussions sans cesse à genoux, il aurait façonné le corps autrement, et ne nous aurait pas dotés de membres d’une longueur si inutile. Il est bon de prier à genoux ; c’est une posture des plus convenables ; elle exprime l’humilité, et lorsque l’humilité est réellement ressentie, s’agenouiller en est un signe naturel et beau ; mais, en même temps, des hommes de bien ont prié la face contre terre, ont prié assis, ont prié debout, ont prié dans toutes les postures, et la posture n’entre pas dans l’essence de la prière. Ne consentez pas à vous laisser asservir par ceux pour qui le genou fléchi compte davantage que le cœur contrit.
Il ressort clairement aussi du texte que le lieu n’est pas essentiel à la prière, car s’il n’y avait que certains lieux saints où la prière fût agréée, et que nous dussions prier sans cesse, nos églises devraient être extrêmement vastes, afin que nous puissions y vivre en permanence, et elles devraient comprendre tous les aménagements nécessaires à des habitations humaines. S’il est vrai qu’il y a plus de sainteté de ce côté-ci d’un mur de briques que de l’autre, s’il est vrai que le grand air emporte la grâce, et que, pour être pleinement agréés, il nous faille des voûtes d’arêtes, des piliers, des bas-côtés, un chœur et un transept, alors adieu, vertes allées, beaux jardins et bois charmants, car désormais il nous faudra demeurer sans cesse là où votre parfum et votre fraîcheur ne pourront jamais nous atteindre. Mais c’est ridicule ; d’où je conclus que la fréquentation de tel ou tel lieu particulier n’a que peu ou rien à voir avec la prière ; et cette conclusion s’accorde avec la parole de Paul sur la colline de Mars : « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples faits de main d’homme. »
« Priez sans cesse. » Ce précepte, d’un seul coup, renverse l’idée de moments particuliers où la prière serait plus agréée ou plus convenable qu’à d’autres. Si je dois prier sans cesse, alors chaque seconde doit convenir à la prière, et il n’y a pas un seul instant profane dans l’heure, ni une seule heure non agréée dans la journée, ni un seul jour non sanctifié dans l’année. Le Seigneur n’a pas fixé une certaine semaine pour la prière, mais toutes les semaines devraient être des semaines de prière ; il n’a pas dit non plus qu’une heure du jour fût plus agréée qu’une autre. Tout temps est également légitime pour la supplication, également saint, également agréé de Dieu ; sinon, il ne nous aurait pas été dit de prier sans cesse. Il est bon d’avoir vos heures de prière ; il est bon de mettre à part des temps de supplication particulière — nous n’en doutons pas ; mais nous ne devons jamais permettre que cela engendre la superstition selon laquelle il y aurait une heure sainte pour la prière le matin, une heure spécialement agréée pour la prière le soir, et un temps sacré pour la prière à certaines saisons de l’année. Partout où nous cherchons le Seigneur d’un cœur sincère, il se laisse trouver par nous ; chaque fois que nous crions à lui, il nous entend. Tout lieu est terre sainte pour un cœur sanctifié, et tout jour est jour saint pour un homme saint. De janvier à décembre, le calendrier n’a pas une seule date où la prière soit interdite. Tous les jours sont des jours marqués en rouge ; sabbats ou jours ouvrables, ce sont tous des temps favorables pour la prière. Il ressort donc clairement du texte que la voix, la posture, le lieu, le moment — rien de tout cela n’entre dans l’essence de la prière ; sinon, en ce cas, il nous serait commandé d’accomplir une chose impossible, ce qui, nous en sommes tout à fait certains, n’est pas la manière d’agir du Seigneur notre Dieu.
Il y a encore une autre chose impliquée dans le texte, à savoir qu’un chrétien n’a pas le droit d’aller dans un lieu où il ne pourrait continuer à prier. Prier sans cesse ? Alors je ne dois jamais me trouver dans un lieu où je ne pourrais pas prier sans cesse. Dès lors, bien des divertissements mondains, sans qu’il soit besoin de les nommer, peuvent être jugés et condamnés d’emblée. Certaines gens croient aux prières toutes faites, taillées d’avance pour toutes les occasions, et, en même temps, ils croient que des personnes sont régénérées par le baptême, bien que leur vie soit tout sauf chrétienne ; ne devraient-ils pas fournir des prières pour toutes les circonstances où se trouvent ces chers fils et filles de leur Église, régénérés mais dépourvus de grâce ? Par exemple, une pieuse collecte pour un jeune prince ou un jeune noble qui s’apprête à se rendre à un tir aux pigeons, afin qu’il soit pardonné de sa cruauté envers ces pauvres oiseaux qui ne sont que cruellement blessés et laissés à languir dans la souffrance ; et aussi une prière pour un monsieur religieux et régénéré qui se rend à une course de chevaux, et une collecte pour les jeunes gens qui ont reçu la grâce de la confirmation, au moment où ils vont au théâtre assister à une pièce fort douteuse. Ne pourrait-on pas composer sur commande de telles collectes particulières ? Cette idée vous révolte. Eh bien, alors, n’ayez rien à faire avec ce sur quoi vous ne pouvez demander la bénédiction de Dieu ; n’ayez rien à faire avec cela, car si Dieu ne peut le bénir, soyez sûrs que le diable l’a maudit. Tout ce qu’il est juste que vous fassiez, vous pouvez le consacrer par la prière ; et que ceci vous soit une mesure et une épreuve sûres : si vous sentez que ce serait une insulte à la majesté du ciel de demander la bénédiction du Seigneur sur ce qu’on vous propose, alors tenez-vous à l’écart de la chose impie. Si Dieu ne l’approuve pas, vous non plus ne devez avoir aucune communion avec elle.
Voilà ce qu’implique clairement le précepte : « Priez sans cesse. »
II. Mais maintenant, QUE SIGNIFIE-T-IL RÉELLEMENT ? S’il ne veut pas dire que nous devions être toujours à genoux, ni toujours réciter des prières, ni être toujours à l’église ou à la réunion, et s’il ne veut pas dire que nous devions considérer un jour quelconque comme impropre à la prière, que veut-il dire alors ? Ces paroles signifient, premièrement, un privilège ; deuxièmement, un précepte — « Priez sans cesse. » Notre Seigneur Jésus-Christ vous assure, par ces paroles, que vous pouvez prier sans cesse. Il n’y a pas de moment où nous ne puissions prier. Vous avez ici la permission de venir au propitiatoire quand vous le voulez, car le voile du lieu très saint est déchiré en deux depuis le haut jusqu’en bas, et notre accès au propitiatoire est incontesté et incontestable. Les rois tiennent leurs levers à certains jours fixés, et c’est alors que leurs courtisans sont admis ; mais le Roi des rois tient un lever perpétuel. Le monarque dont le palais était à Suse ne voulait que personne l’approchât sans avoir été mandé ; mais le Roi des rois a appelé tout son peuple, et ils peuvent venir en tout temps. On mettait à mort ceux qui entraient chez le roi Assuérus, à moins qu’il ne leur tendît son sceptre ; mais notre Roi ne retire jamais son sceptre, il est toujours tendu, et quiconque désire venir à lui peut venir maintenant, et venir à tout moment. Chez les Perses, il y avait quelques nobles qui avaient le droit particulier et spécial d’obtenir audience du roi à toute heure qu’il leur plaisait. Or, ce qui était le droit particulier d’un très petit nombre, et des très grands, est le privilège de chaque enfant de Dieu. Il peut entrer chez le Roi en tout temps. Le cœur de la nuit n’est pas trop tard pour Dieu ; le point du jour, quand paraît la première lueur grise, n’est pas trop tôt pour le Très-Haut ; à midi, il n’est pas trop occupé ; et quand le soir tombe, il n’est pas las des prières de ses enfants. « Priez sans cesse » est, si je le lis bien, une permission très douce et très précieuse accordée au croyant de répandre son cœur en tout temps devant le Seigneur. J’entends son murmure doux et léger qui dit : « Viens au propitiatoire, ô mon enfant, chaque fois que tu le voudras ; viens au trésor de la grâce chaque fois que tu le désires. »
« Les portes bénies de la grâce
De l’Évangile restent ouvertes nuit et jour. »
Les portes du temple de l’amour divin ne seront point fermées. Rien ne peut dresser de barrière entre une âme qui prie et son Dieu. La route des anges et des prières est toujours ouverte. Lâchons seulement la colombe de la prière, et nous pouvons être certains qu’elle nous reviendra avec un rameau d’olivier, gage de paix, dans son bec. Toujours le Seigneur a égard aux plaidoyers de ses serviteurs, et il attend pour leur faire grâce.
Toutefois, c’est aussi un précepte, « Priez sans cesse. » Et que signifie-t-il ? Il exprime une grande vérité que je ne puis guère vous communiquer en peu de mots, et que je dois donc tâcher de développer en quatre ou cinq points.
Il signifie, premièrement : n’abandonnez jamais la prière. Ne cessez jamais de prier, pour quelque cause ou raison que ce soit. N’imaginez pas que vous deviez prier jusqu’à ce que vous soyez sauvé, et que vous puissiez ensuite vous arrêter. Pour ceux dont les péchés sont pardonnés, la prière est tout aussi nécessaire que pour ceux qui gémissent sous le sentiment du péché. « Priez sans cesse », car pour persévérer dans la grâce, il vous faut persévérer dans la prière. Si vous deveniez expérimenté dans la grâce et enrichi d’une grande connaissance spirituelle, gardez-vous de songer à restreindre la prière à cause de vos dons et de vos grâces. « Priez sans cesse », sinon votre fleur se fanera et votre fruit spirituel ne mûrira jamais. Persévérez dans la prière jusqu’au dernier instant de votre vie.
« Tant qu’ils vivent, les chrétiens doivent prier,
Car ils ne vivent qu’aussi longtemps qu’ils prient. »
Comme nous respirons sans cesse, ainsi devons-nous prier sans cesse. De même qu’il n’est aucun degré de vie, de santé, de force ou de vigueur musculaire qui puisse placer un homme au-dessus de la nécessité de respirer, de même aucun état de croissance spirituelle, aucun progrès dans la grâce ne permettra à un homme de se passer de la prière.
« Prions ! notre vie est prière ;
La prière ne cessera qu’avec le temps :
Alors au ciel, faisant la volonté de Dieu,
La vie est louange et paix parfaite. »
Ne renoncez jamais à prier, pas même si Satan vous suggère qu’il est vain pour vous de crier à Dieu. Priez à sa barbe ; « Priez sans cesse. » Si, pour un temps, les cieux sont comme d’airain et que votre prière ne fait que retentir en tonnerre au-dessus de votre tête, continuez de prier ; si, mois après mois, votre prière semble avoir échoué et qu’aucune réponse ne vous a été accordée, continuez pourtant à vous approcher du Seigneur. N’abandonnez le propitiatoire pour aucune raison que ce soit. Si c’est une bonne chose que vous avez demandée, et que vous soyez sûr qu’elle est conforme à la volonté divine, si la vision tarde, attendez-la ; priez, pleurez, suppliez, luttez, combattez dans l’angoisse jusqu’à ce que vous obteniez ce que vous demandez. Si votre cœur est froid dans la prière, ne restreignez pas la prière en attendant que votre cœur se réchauffe, mais priez jusqu’à ce que votre âme s’embrase, avec le secours de l’Esprit éternellement béni qui nous aide dans notre faiblesse. Si le fer est chaud, battez-le ; et s’il est froid, battez-le jusqu’à ce qu’il chauffe. Ne cessez jamais de prier pour quelque raison ou quelque argument que ce soit. Si le philosophe vous dit que tout événement est fixé d’avance, et que, par conséquent, la prière ne peut absolument rien changer et doit donc être une folie, même alors, si vous ne pouvez pas lui répondre et que vous en êtes quelque peu embarrassé, poursuivez malgré tout vos supplications. Aucun problème difficile touchant la digestion ne vous empêcherait de manger, car le résultat justifie la pratique ; de même, aucune argutie ne devrait nous faire cesser de prier, car son succès assuré nous la recommande. Vous savez ce que votre Dieu vous a dit ; et si vous ne pouvez répondre à toutes les difficultés que l’homme peut soulever, résolvez-vous à obéir à la volonté divine, et toujours : « Priez sans cesse. » Jamais, jamais, jamais ne renoncez à l’habitude de la prière, ni à votre confiance en sa puissance.
Un deuxième sens est celui-ci : ne suspendez jamais l’offrande régulière de la prière. Si vous êtes un chrétien vigilant, vous aurez vos heures de dévotion quotidienne, fixées non par superstition, mais pour votre commodité et pour vous en souvenir ; comme David, trois fois le jour, et comme un autre saint, sept fois le jour, cherchaient le Seigneur : eh bien, ayez soin de maintenir cette prière quotidienne sans interruption. Ce conseil n’embrasse pas toute la portée du texte, je ne prétends pas qu’il le fasse ; je ne le mentionne maintenant que comme un complément à d’autres pensées. « Priez sans cesse », c’est-à-dire : n’abandonnez jamais la prière du matin, ni la prière du soir, ni la prière de midi, si elle est devenue votre habitude. Si vous changez d’heures et de moments, comme vous le pouvez, maintenez cependant la pratique d’une retraite, d’une méditation et d’une prière revenant régulièrement. On peut dire que vous persévérez dans la prière si vos dévotions habituelles sont maintenues. Il serait tout à fait exact de dire que je connais un homme qui n’a cessé de mendier depuis que je suis à Londres. Je ne crois pas être jamais passé à l’endroit où il se tient sans l’y voir. C’est un aveugle, et il se tient près d’une église. Aussi loin que remontent mes souvenirs, il a mendié sans cesse ; bien entendu, il n’a pas mendié pendant qu’il dormait, il n’a pas mendié quand il est rentré chez lui pour ses repas, et vous n’avez pas compris que j’affirmais une chose aussi absurde quand j’ai dit qu’il avait mendié sans cesse pendant des années. De même, si, aux moments où il convient que vous vous sépariez de vos travaux ordinaires, vous continuez avec persévérance à mendier devant le trône de la miséricorde, on pourra dire de vous, avec une exactitude relative, que vous priez sans cesse. Bien que toutes les heures me soient égales, je trouve profitable de rencontrer Dieu à des moments fixés, car ils me semblent être comme le remontage de l’horloge. L’horloge doit marcher toute la journée, mais il y a un moment pour la remonter ; et le petit temps particulier que nous mettons à part et entourons d’une haie pour la communion avec notre Dieu semble nous remonter pour le reste du jour. C’est pourquoi, si vous voulez prier sans cesse, persévérez dans l’offrande du sacrifice du matin et du soir, et que ce soit pour vous une ordonnance perpétuelle que vos heures de prière ne soient jamais entamées.
Ce n’est là toutefois qu’une aide, car je dois ajouter, troisièmement : entre ces moments de dévotion, appliquez-vous à faire grand usage de la prière jaculatoire. Tandis que vos mains sont occupées des affaires du monde, que votre cœur continue de s’entretenir avec Dieu ; non pas en vingt phrases d’affilée, car une telle pause pourrait être incompatible avec votre vocation, mais en phrases entrecoupées et en interjections. Il est toujours mal de présenter à Dieu un devoir taché du sang d’un autre, et c’est ce que nous ferions si nous gâchions l’étude ou le travail en courant prier à toute heure ; mais nous pouvons, sans cela, laisser monter au ciel de courtes phrases, oui, et nous pouvons lancer vers le haut des cris et des mots isolés, comme un « Ah ! », un « Oh ! », un « Oh, si seulement… » ; ou, sans paroles, nous pouvons prier par un regard levé vers le ciel ou par un soupir du cœur. Celui qui prie sans cesse se sert de quantité de petites flèches et de grenades à main de saints désirs, qu’il lance à chaque intervalle disponible. Parfois il attise la fournaise de ses désirs jusqu’à une grande chaleur dans la prière régulière ; et, par suite, à d’autres moments, les étincelles continueront de monter vers le ciel sous forme de brèves paroles, de regards et de désirs.
Quatrièmement, si nous voulons prier sans cesse, nous devons être toujours dans l’esprit de prière. Notre cœur, renouvelé par le Saint-Esprit, doit être comme l’aiguille aimantée, qui a toujours une inclination vers le pôle. Elle n’est pas toujours pointée vers ce pôle ; vous pouvez la détourner si vous le voulez ; dans un navire de fer, elle présente de sérieuses déviations ; en aucune circonstance elle n’est parfaitement exacte ; mais si vous posez le doigt sur cette aiguille et la forcez à tourner vers l’est, vous n’avez qu’à retirer la pression, et aussitôt elle revient à son pôle bien-aimé. Ainsi, que votre cœur soit aimanté par la prière, de sorte que, si le doigt du devoir le détourne de l’acte immédiat de la prière, il demeure encore dans votre âme le désir ardent de prier, et qu’au moment où vous le pouvez, votre cœur retourne à son œuvre bien-aimée. Comme le parfum demeure dans les fleurs même lorsqu’elles ne répandent pas leur senteur au gré du vent, ainsi que la prière demeure dans vos cœurs.
Mais peut-être le dernier sens que je donnerai contient-il le plus de la vérité du texte, à savoir celui-ci : Que toutes vos actions s’accordent avec vos prières, et soient en fait une continuation de vos prières. Si je dois prier sans cesse, cela ne peut signifier que je doive être toujours dans l’acte de la dévotion directe ; car l’esprit humain, tel qu’il est actuellement constitué, a besoin de variété dans ses occupations, et il ne pourrait, sans tomber dans la folie ou l’imbécillité, rester toujours appliqué à une seule fonction. Nous devons donc changer de modus, c’est-à-dire de manière d’opérer, si nous voulons continuer sans cesse dans la prière. Nous devons poursuivre nos prières, mais d’une autre manière. Prenons un exemple. Ce matin, j’ai prié Dieu de réveiller son peuple à l’esprit de prière ; fort bien ; en venant dans cette maison, mon âme continuait d’élever cette oraison jaculatoire : « Ô Seigneur, réveille tes enfants à l’esprit de prière. » Or, tandis que je vous prêche et que je vise au même but, ne suis-je pas en train de prier ? Mon sermon n’est-il pas la continuation de ma prière, puisque je désire et poursuis la même chose ? N’est-ce pas continuer de prier que d’employer les meilleurs moyens pour obtenir ce que nous demandons dans la prière ? Ne voyez-vous pas où je veux en venir ? Celui qui prie pour ses semblables, et qui ensuite recherche leur bien, prie encore. En ce sens, il y a du vrai dans ce vieux distique.
« Celui-là prie le mieux qui aime le mieux
Et l’homme, et l’oiseau, et la bête. »
Aimer, c’est prier. Si je recherche dans la prière le bien de mon semblable, et qu’ensuite je m’en vais tâcher de le procurer, je prie en pratique pour son bien par mes actes. Si je recherche, comme je le dois, la gloire de Dieu par-dessus tout, alors, si toutes mes actions tendent à la gloire de Dieu, je continue de prier, même si je ne prie ni de la pensée ni des lèvres. Oh ! que notre vie tout entière soit une prière. Elle peut l’être. Il peut y avoir devant le Seigneur une prière sans cesse, même s’il y a bien des pauses dans ce que la plupart des hommes appelleraient la prière. Prie donc sans cesse, mon frère. Que ta vie tout entière soit prière. Si tu changes de méthode, ne change pas pour autant de poursuite ; mais continue encore à rendre ton culte, encore à adorer. Voilà, je pense, le sens de notre texte — ne jamais abandonner tout à fait la prière ; ne pas suspendre l’offrande régulière de la prière ; abonder en ardentes prières jaculatoires, être toujours dans l’esprit de prière, et faire que toute votre vie s’accorde avec votre prière et en devienne une partie.
III. COMMENT POUVONS-NOUS OBÉIR À CES PAROLES ? Premièrement, travaillons autant que nous le pouvons à prévenir toutes les interruptions coupables. « Priez sans cesse. » Alors, s’il est impossible d’être toujours dans l’acte de la prière, soyons du moins dans cet acte autant que possible ; et prévenons ces interruptions dont j’ai parlé au début de mon discours, les interruptions causées par notre propre péché. Efforçons-nous de nous tenir à l’écart, autant que nous le pouvons, de tout ce qui, en nous-mêmes ou autour de nous, nous empêcherait d’abonder en supplications. Et gardons-nous aussi des interruptions qui viennent des péchés des autres. D’autres nous défendent-ils de prier ? N’ayons pas peur de leur colère. Souvenez-vous de Daniel qui, alors qu’il était sous la menace d’être jeté dans une fosse aux lions, ouvrit pourtant sa fenêtre du côté de Jérusalem et pria sept fois par jour, comme il l’avait fait auparavant. Sous aucune menace et pour aucun pot-de-vin, ne cessons jamais de prier. Dans le secret, prions toujours ; et si le devoir nous appelle à le faire sous les yeux des autres, craignons tellement l’œil de Dieu que nous n’osions pas craindre l’œil de l’homme.
Évitons ensuite toutes les interruptions inutiles de notre prière, de quelque sorte qu’elles soient. Si nous savons qu’une chose à laquelle nous pouvons échapper tend à troubler en nous l’esprit de prière, évitons-la avec soin. Tâchons, autant que possible, de ne pas perdre la piste dans la prière. Le but de Satan sera de distraire l’esprit, de le faire sortir des rails, de détourner sa visée ; mais résolvons devant Dieu de ne pas nous détourner de le suivre de près. Sir Thomas Abney pratiquait régulièrement depuis de nombreuses années le culte de famille ; il fut élu lord-maire de Londres, et le soir de son élection, il lui fallut assister à un banquet ; mais quand vint pour lui le moment de rassembler sa famille pour la prière, ne voulant ni faire le pharisien ni renoncer à sa coutume, il s’excusa auprès des convives de cette manière — il leur dit qu’il avait un engagement important avec un ami très cher, et qu’ils devaient l’excuser quelques minutes. C’était parfaitement vrai : son ami le plus cher était le Seigneur Jésus, et le culte de famille était un engagement important ; il se retira donc un moment auprès de l’autel familial, et, en cela, il pria sans cesse. Il nous arrive de laisser de bonnes choses interrompre notre prière, et de les rendre ainsi mauvaises. Mme Rowe remarque, dans une de ses lettres, que si les douze apôtres prêchaient dans la ville où elle vivait et qu’elle ne dût jamais plus les entendre, si c’était l’heure de sa dévotion privée, elle ne se laisserait pas soudoyer pour quitter son cabinet par l’espoir de les entendre. Je ne suis pas sûr qu’elle n’eût pas pu prendre un autre moment pour ses dévotions privées, et jouir ainsi des deux privilèges ; mais en même temps, à supposer qu’elle eût dû perdre la prière et n’obtenir en échange que la prédication, je suis d’accord avec elle : c’eût été échanger de l’or contre de l’argent. Elle aurait tiré plus de profit de la prière que de l’écoute, car la prière est le but des prédications. La prédication n’est que la tige du blé, mais la prière est le grain doré lui-même, et celui qui l’obtient a la meilleure part.
Parfois nous pensons être trop occupés pour prier. C’est là aussi une grave erreur, car prier, c’est gagner du temps. Vous vous souvenez du mot de Luther : « J’ai tant à faire aujourd’hui que je n’en viendrai jamais à bout avec moins de trois heures de prière. » Il n’avait pas l’habitude de consacrer autant de temps à la prière les jours ordinaires ; mais, puisque c’était un jour chargé, il lui fallait avoir davantage de communion avec son Dieu. Mais peut-être nos occupations commencent-elles tôt, et nous disons alors : « Comment puis-je me trouver seul avec Dieu dans la prière ? » On rapporte de Sir Henry Havelock que chaque matin, quand la marche commençait à six heures, il se levait toujours à quatre, afin de ne pas manquer son temps de lecture de l’Écriture et de communion avec son Dieu. Si nous n’avons pas de temps, il nous faut en faire, car si Dieu nous a donné du temps pour les devoirs secondaires, il a dû nous en donner pour les devoirs premiers ; or nous approcher de lui est un devoir premier, et nous ne devons rien laisser le mettre de côté. Il n’y a nul besoin réel de sacrifier aucun devoir : nous avons assez de temps pour tous si nous ne sommes pas oisifs ; et, à vrai dire, l’un aidera l’autre au lieu de se heurter à lui. Quand Edward Payson était étudiant à l’université, il trouva qu’il avait tant à faire pour suivre ses cours et préparer ses examens qu’il ne pouvait consacrer à la prière privée autant de temps qu’il l’aurait dû ; mais enfin, s’éveillant au sentiment qu’il reculait dans les choses divines à cause de ses habitudes, il prit le temps voulu pour la dévotion, et il affirme dans son journal qu’en une seule semaine, après avoir passé du temps avec Dieu dans la prière, il avança davantage dans ses études qu’il ne l’avait fait en douze mois auparavant. Dieu peut multiplier notre capacité à faire usage du temps. Si nous donnons au Seigneur ce qui lui revient, nous en aurons assez pour tout ce qui est nécessaire. En cette matière, cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Vos autres engagements se dérouleront sans heurt si vous n’oubliez pas votre engagement avec Dieu.
Pour prier sans cesse, chers amis, nous devons lutter contre l’indolence dans la prière. Je crois que nul homme n’aime la prière tant que le Saint-Esprit ne lui en a pas enseigné la douceur et le prix. Si vous avez jamais prié sans cesse, vous prierez sans cesse. Les hommes qui n’aiment pas prier doivent être étrangers à sa joie secrète. Quand la prière est un acte mécanique, et qu’il n’y a point d’âme en elle, c’est un esclavage et une lassitude ; mais quand c’est vraiment une prière vivante, quand l’homme prie parce qu’il est chrétien et qu’il ne peut s’empêcher de prier, quand il prie le long de la rue, prie dans ses affaires, prie à la maison, prie aux champs, quand son âme tout entière est pleine de prière, alors il ne peut jamais en avoir trop. Il ne sera pas lent à prier, celui qui y rencontre Jésus ; mais celui qui ne connaît pas le Bien-Aimé la tiendra pour une corvée.
Évitons par-dessus tout la léthargie et l’indifférence dans la prière. Oh ! c’est une chose terrible que nous puissions jamais insulter la majesté du ciel par des paroles d’où notre cœur s’est retiré. Il le faut, mon esprit, il faut que je t’apprenne ceci : tu dois avoir communion avec Dieu, et si dans ta prière tu ne parles pas avec Dieu, tu continueras à prier jusqu’à ce que tu le fasses. Ne quitte pas le propitiatoire avant d’avoir prié.
Frère bien-aimé, parle ainsi à ton âme — « Me voici venu au trône de la grâce pour adorer Dieu et chercher sa bénédiction, et je ne m’en irai pas avant de l’avoir fait ; je ne me relèverai pas de mes genoux parce que j’ai passé mes minutes habituelles, mais ici je prierai jusqu’à ce que je trouve la bénédiction. » Satan cessera souvent de vous tenter quand il vous trouvera ainsi résolu dans la prière. Frères, nous avons besoin d’être réveillés. La routine nous gagne. Nous prenons le pas du cheval de manège — tourner, et tourner, et tourner autour du moulin. Que Dieu nous en garde. C’est mortel. Un homme peut prier vingt ans avec régularité, quant à l’heure et quant à la forme, et n’avoir jamais prié un seul grain de prière pendant toute cette période. Un seul vrai gémissement tiré du cœur vaut un million de litanies ; un seul souffle vivant venu d’une âme pleine de grâce vaut dix mille collectes. Puissions-nous être tenus éveillés par la grâce de Dieu, priant sans cesse.
Et nous devons encore prendre garde, chers frères, si nous voulons accomplir ce devoir, à combattre tout ce qui ressemble au désespoir d’être exaucés. Si nous n’avons pas été exaucés après six fois, nous devons, comme Élie, y retourner sept fois ; si notre Pierre est en prison, que l’Église a prié Dieu de le délivrer, et qu’il est encore lié de chaînes dans la prison intérieure, continuons de prier, car un de ces jours Pierre frappera à la porte. Soyez importuns : la porte du ciel ne s’ouvre pas à n’importe quel coup frappé à la sauvette. Frappe, et frappe, et frappe encore ; et à tes coups et à ta demande ajoute la recherche, et ne sois pas satisfait avant d’obtenir une vraie réponse.
Ne cessez jamais de prier par présomption ; gardez-vous-en. Sentez, ô chrétien, que vous avez toujours besoin de prier. Ne dites pas : « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien. » Tu es encore, par nature, nu, et pauvre, et misérable ; persévère donc dans la prière, et achète du Seigneur de l’or fin et des vêtements purs, afin que tu sois riche et convenablement vêtu.
Voilà comment j’ai tâché de vous montrer, bien-aimés, de quelle manière, en résistant à la présomption et au désespoir, à l’indolence et à la léthargie, et en nous efforçant d’écarter toutes les interruptions, coupables ou autres, nous pouvons prier sans cesse.
IV. Maintenant, très brièvement, en dernier lieu, POURQUOI DEVONS-NOUS OBÉIR À CE PRÉCEPTE ? Nous devons bien sûr y obéir parce qu’il est d’autorité divine ; mais en outre, nous devons y prendre garde parce que le Seigneur mérite toujours d’être adoré. La prière est une manière d’adorer ; continuez donc à rendre toujours à votre Créateur, à votre Conservateur, à votre Rédempteur, à votre Père, l’hommage de vos prières. Envers un tel Roi, ne soyons pas lents à rendre hommage. Payons-lui continuellement le tribut de la louange. Puissions-nous à jamais magnifier et bénir son nom. Ses ennemis le maudissent ; nous, bénissons-le sans cesse. De plus, frères, l’esprit d’amour qui est en nous nous pousse sûrement à nous approcher de Dieu sans cesse. Christ est notre époux. L’épouse est-elle fidèle à ses vœux de mariage si elle ne se soucie pas de la compagnie de son bien-aimé ? Dieu est notre Père. Quelle sorte d’enfant est-ce là, qui ne désire pas grimper sur les genoux de son père et recevoir un sourire du visage de son père ? Si vous et moi pouvons vivre jour après jour et semaine après semaine sans rien qui ressemble à la communion avec Dieu, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en nous ? « Priez sans cesse », parce que le Seigneur ne cesse jamais de vous aimer, ne cesse jamais de vous bénir, et ne cesse jamais de vous regarder comme son enfant.
« Priez sans cesse », car vous avez besoin d’une bénédiction sur toute l’œuvre que vous accomplissez. Est-ce un travail ordinaire ? « Si l’Éternel ne bâtit la maison, Ceux qui la bâtissent travaillent en vain. » Est-ce le commerce ? C’est en vain que vous vous levez tôt, que vous vous couchez tard et que vous mangez le pain des soucis, car sans Dieu vous ne pouvez prospérer. On vous enseigne à dire : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien » — une prière inspirée pour les choses temporelles. Oh ! consacrez vos affaires temporelles par la prière. Et si vous êtes engagés au service de Dieu, quelle œuvre y a-t-il où vous puissiez espérer réussir sans sa bénédiction ? Enseigner les jeunes, prêcher l’Évangile, distribuer des traités, instruire les ignorants, toutes ces choses n’ont-elles pas besoin de sa bénédiction ? Que sont-elles si cette faveur est refusée ? Priez donc aussi longtemps que vous travaillez.
Vous êtes toujours en danger d’être tentés ; il n’est aucune situation dans la vie où vous ne puissiez être assaillis par l’ennemi. « Priez sans cesse », donc. Un homme qui suit une route obscure où il sait qu’il y a des ennemis, s’il doit y aller seul et qu’il a une épée avec lui, la porte dégainée à la main, pour faire savoir aux brigands qu’il est prêt à les recevoir. Ainsi, chrétien, priez sans cesse ; portez votre épée à la main, brandissez cette arme puissante de « Toute-Prière » dont parle Bunyan. Ne la remettez jamais au fourreau ; elle tranchera les cottes de mailles. Vous n’avez à craindre aucun ennemi si seulement vous savez prier. Comme vous êtes tentés sans cesse, priez donc sans cesse.
Vous avez toujours besoin de prier, car il vous manque toujours quelque chose. En aucune condition vous n’êtes riches au point de n’avoir besoin de rien de votre Dieu. Il ne vous est pas possible de dire : « J’ai toutes choses » ; ou, si vous le pouvez, vous ne les avez qu’en Christ, et c’est de Christ que vous devez continuer à les rechercher. Comme vous êtes toujours dans le besoin, mendiez toujours à la porte de la miséricorde. De plus, des bénédictions vous attendent toujours. Des anges se tiennent prêts avec des faveurs que vous ne connaissez pas, et vous n’avez qu’à demander pour avoir. Oh ! si vous pouviez voir ce qu’on pourrait obtenir rien qu’en le demandant, vous ne seriez pas si nonchalants. Les inestimables bénédictions du ciel qui restent encore de côté, oh ! si seulement vous perceviez qu’elles n’attendent que votre prière, vous n’hésiteriez pas un instant. L’homme qui sait que son exploitation est rentable et que sa terre produit abondamment sera heureux d’ensemencer une plus large étendue l’année suivante ; et celui qui sait que Dieu exauce la prière, et qu’il est prêt encore à l’exaucer, ouvrira la bouche plus largement encore afin que Dieu la remplisse.
Continuez de prier, frères, car même si vous n’aviez pas besoin de prière pour vous-mêmes, il y en a d’autres qui en ont besoin — il y a les mourants, les malades, les pauvres, les ignorants, les rétrogrades, les blasphémateurs, les païens de chez nous et les païens du dehors. « Priez sans cesse », car l’ennemi travaille sans relâche, et le royaume n’est pas encore venu en Sion. Vous ne pourrez jamais dire : « J’ai cessé de prier, car je n’avais rien à demander. » De ce côté-ci du ciel, les sujets de prière sont aussi innombrables que les étoiles du ciel.
Et maintenant, j’ai dit que je dirais un mot sur la raison pour laquelle NOUS devons tout particulièrement prier, et ce sera la conclusion du sermon. Mes amis bien-aimés, cette Église devrait prier sans cesse. Nous avons été, dans les années passées, remarquables pour la prière. Si jamais une Église a prié, c’est bien celle-ci. Je pourrais trouver bien des reproches à faire à certains qui entravent la prière, mais je dois pourtant dire, devant Dieu, que je sais et que je sens qu’il y a eu une prière vivante dans cette Église depuis bien des années, et c’est pour cela que nous avons eu de nombreuses années de paix et de prospérité. Nous n’avons manqué de rien parce que nous n’avons pas manqué de prière. Je ne doute pas que nous aurions pu avoir bien davantage si nous avions prié davantage ; pourtant la prière a été très puissante ici. Maintenant, frères, supposez que vous n’ayez pas de pasteur, supposez que le prédicateur vous ait été enlevé, et que le drap noir sur cette chaire ne soit pas pour un ancien de l’Église décédé, mais pour le prédicateur lui-même : vous prieriez, n’est-ce pas ? Ne prierez-vous donc pas pour moi tant que je vis ? Si vous priiez pour qu’un autre vienne, ne prierez-vous pas pour moi tant que je suis ici ? Je désire remplir ma charge au milieu de vous, sous le regard de Dieu, avec tout le sérieux possible, mais je ne le puis sans vos prières ; et puisque, si j’étais parti, vous pousseriez bien des soupirs et demanderiez par vos prières un successeur, priez pour moi pendant que je suis encore avec vous. Bien-aimés, vous avez prié avec beaucoup de ferveur pour le pasteur lorsqu’il était malade ; vos prières ont été sa consolation et son rétablissement ; ne prierez-vous pas pour lui maintenant qu’il est capable de prêcher l’Évangile, afin que sa santé soit sanctifiée au service de Dieu, et que le ministère de la vérité soit puissant pour gagner des âmes ? Je vous le demande ; je crois que je pourrais le réclamer de vous. Je vous en supplie, frères, priez pour nous.
Supposez encore, chers frères, qu’il n’y ait pas de conversions parmi nous : ne prieriez-vous pas ? Et puisqu’il y a un très grand nombre de conversions, serait-ce une raison pour cesser ? Adorerons-nous Dieu moins parce qu’il nous donne davantage ? Au lieu d’une seule prière qui monterait s’il n’y avait pas de conversions, il devrait y en avoir dix maintenant qu’il continue d’opérer le salut au milieu de nous.
Supposez que nous soyons divisés, et que nous ayons beaucoup de schismes, de jalousies et de querelles : les fidèles ne prieraient-ils pas dans l’amertume de leur esprit ? Ne prierez-vous pas, puisqu’il n’y a pas de divisions et qu’il y a beaucoup d’amour chrétien ? Assurément, je le répète, vous ne traiterez pas Dieu plus mal parce qu’il vous traite mieux. Ce serait vraiment insensé.
Supposez que nous soyons aujourd’hui entourés d’armées de persécuteurs, et que l’erreur se glisse partout au milieu de nous et nous cause du tort : ne prieriez-vous pas, vous qui aimez le Seigneur ? Et maintenant que nous vivons des jours de paix, et que l’erreur, bien qu’elle rôde alentour, est tenue hors de notre bergerie, n’aurez-vous pas d’autant plus communion avec le Seigneur ? Je le dirai encore une troisième fois : prierons-nous moins parce que Dieu donne davantage ? Oh ! non ; mais plus il est bon envers nous, plus adorons et magnifions son nom.
En ce moment même, nous avons besoin de prier, car certains se refroidissent et retournent à leurs anciens péchés. Nous avons besoin de prier, car nous faisons beaucoup pour Christ. Chaque œuvre est en pleine activité. Il nous faut une grande bénédiction sur de grands efforts. Nous avons obtenu par la prière des résultats tels qu’ils feraient tinter les oreilles de quiconque en entendrait parler pour la première fois : notre histoire en tant qu’Église n’a pas été inférieure même à l’histoire apostolique elle-même : nous avons vu le bras de Dieu découvert aux yeux de tout le peuple, et jusqu’aux extrémités de la terre le témoignage de cette chaire s’est répandu, et des milliers ont trouvé le Sauveur — tout cela en réponse à beaucoup de prières. Priez donc sans cesse. Ô Église du Tabernacle ! Retiens ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne. Oh ! continuez d’être une Église qui prie, afin que tous ensemble, quand nous comparaîtrons devant le tribunal de Christ, pasteur et peuple, nous ne soyons pas accusés d’avoir été sans prière, ni d’avoir été lents dans l’œuvre du Seigneur. J’espère ardemment que tout cela contribuera à rendre la journée de prière de demain plus fervente et plus intense ; mais plus encore je prie pour qu’en tout temps nous soyons tous fervents, fréquents, pressants et constants dans la prière ; priant par le Saint-Esprit, au nom de Jésus.
PORTION DE L’ÉCRITURE LUE AVANT LE SERMON — 1 Thessaloniciens 4:13-18 et 5.
Chapitre 8 terminé
Priez sans cesse