Chapitre 7 · 38 min de lecture · 49 min d’écoute
Prier par le Saint-Esprit
« … priant par le Saint-Esprit » Jude 1:20.
CES paroles se trouvent dans un passage où l’apôtre fait ressortir le contraste entre les impies et les hommes pieux. Les impies se moquent, tiennent des discours hautains et marchent selon leurs convoitises impies, tandis que les justes s’édifient eux-mêmes sur leur très sainte foi et se maintiennent dans l’amour de Dieu. Les impies montrent le venin de leur cœur en se lamentant et en se plaignant, tandis que les justes manifestent le principe nouveau qui est en eux en « priant par le Saint-Esprit ». L’impie porte l’absinthe dans sa bouche, tandis que les lèvres du chrétien distillent le miel vierge de la dévotion. On dit que l’araignée trouve du poison dans les fleurs mêmes où les abeilles puisent leur miel ; de même, les méchants détournent vers le péché les mêmes bienfaits dont les hommes pieux se servent pour la gloire de Dieu.
Autant la lumière est éloignée des ténèbres, et la vie de la mort, autant le croyant diffère de l’impie. Gardons ce contraste bien vivant devant nos yeux. Tandis que les méchants deviennent toujours plus méchants, devenons, nous, plus saints, plus assidus à la prière et plus fervents, et disons avec le bon vieux Josué : « Que les autres fassent ce qu’ils voudront ; mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. » Remarquez que le texte vient, dans son contexte, à une place bien précise. Les justes y sont décrits, avant toute chose, comme s’édifiant eux-mêmes sur leur très sainte foi. La foi est la première grâce divine, la racine de la piété, le fondement de la sainteté, l’aurore de la vie avec Dieu — c’est à elle que doit aller notre premier soin.
Mais nous ne devons pas nous attarder aux premiers principes. En avant, voilà notre route ! Qu’est-ce donc qui marche sur les talons de la foi ? Quel est le premier-né de la foi ? Quand la vigne de la foi devient vigoureuse et porte du fruit pour la sainteté, quelle est la première grappe mûre ? N’est-ce pas la prière — « priant par le Saint-Esprit » ? Celui qui n’a point de prière n’a point de foi, et celui qui abonde en foi abondera bientôt en supplications. La foi, la mère, et la prière, l’enfant, sont rarement séparées l’une de l’autre. La Foi porte la Prière dans ses bras, et la Prière tire sa vie du sein de la Foi. L’édification dans la foi conduit à la ferveur dans la supplication. Élie manifeste d’abord sa foi devant les prêtres de Baal, puis il se retire sur le Carmel pour lutter avec Dieu.
Étudiez attentivement notre texte et voyez ce qui vient après « priant par le Saint-Esprit » : « maintenez-vous dans l’amour de Dieu ». Après la prière vient le sentiment constant de l’amour de Dieu envers nous, et le jaillissement de notre amour vers Dieu. La prière bâtit un autel, y dispose en ordre le sacrifice et le bois, puis l’Amour, tel le sacrificateur, apporte du ciel le feu sacré et embrase l’offrande ! La foi est, nous l’avons dit, la racine de la grâce. La prière est la tige du lis, et l’amour en est la fleur sans tache. La foi voit le Sauveur, la prière le suit dans la maison, mais l’amour brise le vase d’albâtre plein d’un parfum précieux et le répand sur sa tête.
Il y a cependant un degré au-delà même des saintes jouissances de l’amour ! Il reste une pierre de faîte pour achever l’édifice — c’est la foi qui attend avec espérance — « en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle ». L’Espérance au regard lointain gravit l’escalier que la Foi a construit, et, ployée sur les genoux de la Prière, elle regarde par la fenêtre que l’Amour a ouverte, et voit le Seigneur Jésus-Christ venir dans sa gloire et doter tout son peuple de la vie éternelle qui doit être son partage. Voyez donc la valeur de la prière, comme signe que l’on possède la foi, et comme ce qui annonce et soutient la force et la croissance de l’amour.
Pour en venir directement au texte, nous remarquons que l’apôtre parle de la prière, mais qu’il ne mentionne qu’une seule manière de prier. Vues sous un certain angle, les prières sont de bien des sortes. Je suppose que deux prières véritables, venant d’hommes différents, ne sauraient jamais être exactement pareilles. Les maîtres peintres ne multiplient guère le même tableau — ils préfèrent exprimer des idées nouvelles chaque fois qu’ils saisissent le pinceau. Ainsi le Maître artiste, le Saint-Esprit, qui est l’Auteur de la prière, ne produit guère sur les tablettes du cœur de son peuple deux prières qui soient exactement semblables.
On peut répartir les prières en plusieurs ordres différents. Il y a la prière déprécatoire, par laquelle nous cherchons à conjurer la colère de Dieu, et le supplions de détourner l’ardeur de son courroux, de retirer sa verge, de remettre son épée au fourreau. Les prières déprécatoires doivent être offertes en tout temps où une calamité est à craindre, et lorsque le péché a provoqué la jalousie du Seigneur. Puis il y a les prières de supplication, par lesquelles nous sollicitons des bénédictions et implorons des grâces de la main libérale de Dieu, et supplions notre Père céleste de pourvoir à tous nos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ. Il y a des prières personnelles, dans lesquelles le suppliant plaide surtout pour lui-même. Et il y a des supplications d’intercession, dans lesquelles, comme Abraham, celui qui prie intercède pour Sodome, ou demande qu’Ismaël vive devant la face de Dieu.
Ces prières pour les autres doivent être multipliées autant que les prières pour nous-mêmes, de peur que nous ne fassions du propitiatoire un lieu où s’étale l’égoïsme spirituel. La prière peut être publique ou secrète, vocale ou mentale, prolongée ou jaculatoire. La prière peut être salée de confession ou parfumée d’actions de grâces. On peut la chanter en musique, ou la pleurer avec des gémissements. Autant il y a de fleurs en été, autant il y a de variétés de prière ! Mais si les prières sont de ces divers ordres, il est un point par lequel elles ne font toutes qu’une, si elles sont agréables à Dieu — elles doivent être, chacune d’entre elles, « par le Saint-Esprit ».
La prière qui ne se fait pas par le Saint-Esprit se fait dans la chair. « Ce qui est né de la chair est chair », et il nous est dit que « ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu ». Tout ce qui vient de notre nature corrompue est souillé et gâté, et ne saurait être agréable au Dieu très saint. « Si les cieux ne sont pas purs devant lui », comment ces prières nées de la terre lui seraient-elles agréables ? La semence d’une dévotion agréable doit venir du grenier du ciel. Seule la prière qui vient de Dieu peut aller à Dieu ! La colombe ne porte un message qu’au colombier d’où elle est venue ; ainsi la prière retournera au ciel si elle est venue du ciel. C’est les flèches du Seigneur que nous devons lui renvoyer.
Le désir qu’il écrit dans notre cœur touchera son cœur et fera descendre une bénédiction, mais les désirs de la chair n’ont aucune puissance auprès de lui. Désireux de graver cette grande vérité de Dieu dans l’esprit de mes frères et sœurs ce matin, je vais me servir des quelques mots du texte de cinq manières.
I. Premièrement, nous nous servirons du texte comme d’un CREUSET pour y éprouver nos prières. Je vous en conjure, examinez-vous avec un soin rigoureux ! Servez-vous du texte comme d’un fourneau d’affinage, d’une fournaise, d’une pierre de touche ou d’un creuset, pour discerner si vos prières ont été vraies ou non ! Voici l’épreuve : ont-elles été réellement des prières faites « par le Saint-Esprit » ? Frères et sœurs, nous n’avons pas besoin de juger ceux qui font des prières inintelligibles, des prières dans une langue étrangère, des prières qu’ils ne comprennent pas. Nous savons, sans qu’il faille débattre la question un seul instant, que la prière qu’on ne comprend pas ne peut être une prière par l’Esprit, puisque l’esprit même de l’homme n’y entre pour rien — comment donc l’Esprit de Dieu pourrait-il s’y trouver ?
Les mots mystérieux ou le jargon latin des prêtres ne sauraient monter devant Dieu et être agréés ! Réservons donc notre jugement pour nous-mêmes. Il se peut que certains d’entre vous aient pris l’habitude, dès leur enfance, de se servir d’une formule de prière. Peut-être n’oseriez-vous pas partir à vos affaires de la journée sans avoir récité cette formule au bord de votre lit. Vous auriez peur de vous endormir le soir sans avoir prononcé les paroles que vous vous êtes imposé de répéter. Mes chers amis, puis-je vous poser la question — et voulez-vous essayer d’y répondre honnêtement ? Avez-vous prié par le Saint-Esprit ? Le Saint-Esprit a-t-il eu quelque part à cette formule ? Vous l’a-t-il réellement fait sentir dans votre cœur ? N’est-il pas possible que vous vous soyez moqués de Dieu par un son solennel sur une langue irréfléchie ? N’est-il pas probable que, de la manière machinale dont on en vient à réciter une formule bien connue, le cœur n’y soit pour rien du tout — et qu’il n’y ait pas un atome de sincérité ?
Dieu n’a-t-il pas en horreur le sacrifice où le cœur ne se trouve pas ? Ce serait une chose bien triste si nous avions accru nos péchés par nos prières ! Ce serait un fait bien malheureux s’il s’avérait que, lorsque nous avons fléchi le genou dans ce que nous pensions être le service de Dieu, nous insultions en réalité le Dieu du ciel en prononçant des paroles qui ne pouvaient que lui être odieuses, parce que notre cœur n’accompagnait pas nos lèvres ! Soyons bien assurés que si, pendant soixante-dix ans, nous avons ponctuellement fait nos dévotions à l’aide du livre ou de la formule que nous avons apprise, nous pouvons, durant ces soixante-dix ans tout entiers, n’avoir jamais prié une seule fois ! Et pendant toute cette période, nous pouvons avoir mené, au jugement de Dieu, une vie impie et sans prière, parce que nous n’avons jamais adoré Dieu, qui est Esprit, en esprit et en vérité, et que nous n’avons jamais prié par le Saint-Esprit ! Jugez-vous vous-mêmes, frères et sœurs, afin de n’être pas jugés !
Mais n’y en a-t-il pas d’autres parmi nous qui ne se sont jamais servis d’une prière écrite ? Qui, dès notre plus tendre enfance, avons évité et même eu en horreur les formules de prière, et qui avons pourtant de bonnes raisons d’éprouver notre prière tout autant que les autres ? Nous avons prononcé des paroles improvisées, et ces paroles improvisées exigeaient nécessairement un certain effort de l’esprit, un peu d’attention — et pourtant nous pouvons y avoir été sans cœur. Je suppose que nous savons fort bien qu’on peut contracter une telle habitude de la prière improvisée qu’elle ne vaut en réalité guère mieux, ou pas mieux du tout, que si l’on répétait ce que l’on a appris. La pratique peut donner une telle aisance que les paroles s’écoulent comme un ruisseau pendant cinq ou dix minutes, ou un quart d’heure, tandis que le cœur erre dans la vanité ou croupit dans l’indifférence ! Le corps peut être à genoux, et l’âme, sur ses ailes, bien loin du propitiatoire.
Examinons dans quelle mesure nos prières publiques ont été faites par le Saint-Esprit. Le prédicateur qui se tient ici supplie Dieu de le sonder sur ce point. S’il s’est simplement acquitté de la tâche de la prière publique parce que c’est son devoir officiel de conduire les dévotions de l’assemblée, il a beaucoup à rendre compte devant Dieu — conduire les dévotions de cette vaste foule sans rechercher le secours du Saint-Esprit n’est pas un péché léger ! Et que dire des prières dans les réunions de prière ? Beaucoup d’entre elles ne sont-elles pas de simples mots ? Mieux vaudrait que nos amis ne parlent pas du tout plutôt que de parler selon la chair !
Je suis certain que la seule prière à laquelle l’auditeur pieux puisse s’unir, et qui soit agréable à Dieu, est celle qui est vraiment une prière du cœur — une prière de l’âme, en fait — une prière que le Saint-Esprit nous pousse à faire. Tout le reste n’est que battre l’air et perdre son temps en vain. Mes frères, je rends grâces à Dieu de ce qu’il y en ait tant parmi vous, dans cette Église, qui ont reçu le don de la prière, et je voudrais que chaque membre de chaque Église chrétienne puisse prier en public. Vous devriez tous vous y essayer, et aucun de vous ne devrait y renoncer, à moins que cela ne devienne une impossibilité absolue. Mais oh ! mes frères qui priez en public, n’en est-il pas parfois de vous comme de certains d’entre nous — l’exercice d’un don, et non l’épanchement de la grâce divine ? Et s’il en est ainsi, demandez au Seigneur de vous pardonner de telles prières et de vous rendre capables de vous attendre à lui dans la puissance du Saint-Esprit.
Nous ne devons pas oublier de scruter nos prières plus intimes, nos supplications à l’autel familial, et surtout nos prières dans cette petite chambre que nous avons consacrée à la communion avec Dieu. Ô frères et sœurs, nous pourrions bien être écœurés de nos prières, si seulement nous voyions combien elles sont pauvres ! Il y a des moments où c’est une chose douce et bénie que de saisir les cornes de l’autel et de sentir que le sang qui asperge l’autel vous a aspergé, vous aussi — que vous avez parlé à Dieu et que vous l’avez emporté ! Oh ! quelle chose bénie que de saisir l’Ange de l’alliance et de lutter avec lui heure après heure, en disant : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni » ! Mais je crains que ces choses ne soient pas constantes. Nous pouvons dire d’elles que ce sont des visites d’anges, rares et espacées.
Venez, mes frères, mettez vos prières dans ce creuset : « priant par le Saint-Esprit ». Vous y jetterez beaucoup de métal, mais il en sortira peu d’or fin. Venez déposer vos prières sur cette aire, et battez-les avec ce texte : « priant par le Saint-Esprit ». Et oh ! combien il y aura de paille et de balle, et combien peu de grain bien vanné ! Venez regarder par cette fenêtre les champs de nos dévotions, envahis d’orties, de ronces et de chardons — un désert de pratiques purement extérieures ! Et combien petit est ce petit coin, enclos par la grâce, que Dieu le Saint-Esprit lui-même a défriché, bêché et planté — et d’où le fruit de la prière a été amené à maturité !
Que notre Père céleste nous apprenne à être humbles en sa présence, quand nous considérons combien peu, même de nos meilleures choses, résisteront à l’épreuve de ses yeux qui sondent tout ; et que ceux d’entre nous qui sont ses saints viennent à lui de nouveau, et lui demandent de les remplir de son Esprit et de les accepter en son Fils !
II. Nous nous servirons ensuite du texte comme d’un CORDIAL. C’est une pensée bien douce pour l’âme chrétienne que Dieu observe son peuple et ne demeure pas en spectateur indifférent de ses combats et de ses difficultés. Par exemple, il nous observe de près dans nos prières. Il sait que la prière, qui devrait être la chose la plus facile du monde, ne l’est pas. Il sait que nous, pauvres égarés, ne trouvons pas toujours facile de nous approcher de lui dans le véritable esprit de supplication, et il le voit avec une compassion pleine de condescendance. Voici un verset précieux pour les cœurs très faibles et brisés : « … il sait de quoi nous sommes formés, Il se souvient que nous sommes poussière. » Et cet autre : « Comme un père a compassion de ses enfants, L’Éternel a compassion de ceux qui le craignent. »
Il prend garde à nos faiblesses et à nos défaillances dans l’œuvre de la supplication. Il voit son enfant tomber en essayant de marcher, et il remarque les larmes par lesquelles il déplore sa faiblesse. « Les yeux de l’Éternel sont sur les justes, Et ses oreilles sont attentives à leurs cris. » Une pensée plus douce encore se trouve dans le texte, à savoir qu’ayant considéré ces défaillances, dont beaucoup sont coupables, notre Seigneur n’est pas irrité contre nous à cause d’elles. Au lieu d’être porté à la colère, il est ému de pitié pour nous et d’amour envers nous. Au lieu de dire : « Si tu ne sais pas prier, tu n’auras rien. Si tu n’as pas
assez de grâce même pour demander comme il faut, je fermerai devant toi les portes de la miséricorde » — non, il imagine des moyens pour amener en sa présence les boiteux et les bannis ! Il enseigne aux ignorants comment prier, et fortifie les faibles de sa propre force !
En cela aussi il fait des merveilles, car les moyens par lesquels il secourt notre faiblesse sont infiniment dignes d’admiration. Ce secours ne se trouve pas dans un livre, ni dans la dictée de certaines paroles en certains lieux consacrés, mais dans l’assistance condescendante de Dieu lui-même ; car de qui est-il parlé dans le texte, sinon de Dieu ? Le Saint-Esprit, la troisième Personne de l’adorable Trinité, nous aide dans notre faiblesse, intercédant pour nous par des soupirs inexprimables ! C’est une marque de condescendance merveilleuse que Dieu ne se contente pas d’exaucer nos prières une fois faites, mais qu’il fasse lui-même nos prières pour nous ! Que le Roi dise au solliciteur : « Présente-moi ta cause, et j’accorderai ta demande », c’est de la bonté. Mais qu’il dise : « Je serai ton secrétaire. Je rédigerai moi-même ta requête. Je la mettrai en termes convenables et j’emploierai les expressions qui conviennent, afin que ta requête soit tournée de manière à être agréée » — voilà la bonté portée à son comble !
Et c’est précisément ce que le Saint-Esprit fait pour nous, pauvres fils des hommes, ignorants, hésitants et faibles. J’ai à comprendre, d’après l’expression « priant par le Saint-Esprit », que le Saint-Esprit est réellement disposé à m’aider à prier — qu’il me dira comment prier ! Et que, lorsque j’arrive à un point où je reste court et ne puis exprimer mes désirs, il paraîtra dans ma détresse et intercédera en moi par des soupirs inexprimables. Jésus, dans son agonie, fut fortifié par un ange — vous, vous devez être secourus par Dieu lui-même ! Aaron et Hur soutenaient les mains de Moïse, mais le Saint-Esprit lui-même vous aide dans votre faiblesse !
Mes bien-aimés frères et sœurs en Christ, cette pensée n’a nul besoin d’être ornée d’expressions oratoires ! Prenez-la comme un lingot d’or d’Ophir et estimez-en le prix. Elle est inestimable, au-delà de tout prix. Dieu lui-même, le Saint-Esprit, daigne vous assister quand vous êtes à genoux, et si vous ne savez pas assembler deux mots dans la conversation ordinaire avec les hommes, il vous aidera pourtant à parler avec Dieu ! Ah ! et si, au propitiatoire, les mots vous font défaut, la réalité ne vous fera pas défaut, car votre cœur vaincra. Dieu n’a pas besoin de mots. Jamais il ne lit nos requêtes d’après leur expression extérieure, mais d’après le gémissement intérieur. Il remarque l’aspiration, le désir, le soupir, le cri.
Souvenez-vous que l’extérieur de la prière n’en est que la coque — l’intérieur de la prière en est le véritable noyau et l’essence. Que la prière soit portée vers le ciel dans le chant de la multitude, avec l’ampleur d’une musique glorieuse, elle n’en est pas le moins du monde plus agréable à Dieu que lorsqu’elle s’échappe en un cri amer d’angoisse d’un esprit désolé. Ce cri, si discordant aux oreilles humaines, est une musique aux oreilles de Dieu —
« Pour lui, il y a de la musique dans un soupir, Et de la beauté dans une larme. » Remarquez donc cela, et soyez consolés.
III. Le texte peut encore nous servir de CARTE pour nous diriger sur le chemin de la prière. Ici, il me faudra parler plus longuement. Prier comment ? Avec le livre ? Sans livre ? En public ? En secret ? En chemin ? À la maison ? À genoux ? Debout ? Assis ? Agenouillé ? Rien n’est dit de tout cela ! L’attitude, le lieu et le moment sont tous laissés libres. Il n’y a pas de rubrique, sinon une seule — « par le Saint-Esprit ».
Celle-là est indispensable. Celle-là accordée, rien d’autre n’importe le moins du monde. Si c’est prier par le Saint-Esprit, tout le reste peut être comme vous voudrez. Que signifie prier par le Saint-Esprit ? Le mot peut se traduire « dans le Saint-Esprit » ou « au moyen du Saint-Esprit », aussi bien que « par le Saint-Esprit ». Et l’expression signifie d’abord prier dans la puissance du Saint-Esprit. L’esprit charnel n’y connaît rien. Sur ce point, je pourrais aussi bien m’exprimer en haut allemand qu’en anglais devant un homme non régénéré. Mais les hommes régénérés, qui sont nés de l’Esprit et vivent dans le monde de l’Esprit, connaissent les communications qui s’établissent entre leur esprit et le Saint-Esprit, qui réside maintenant au milieu de l’Église de Dieu.
Nous savons que l’Esprit divin, sans faire usage de sons, parle dans nos cœurs. Nous savons que, sans une parole que les oreilles puissent entendre, il peut faire connaître sa présence à notre âme et lui faire comprendre sa pensée. Il étend sur nous l’ombre spirituelle de son influence, colorant nos pensées et nos sentiments selon son propre dessein et sa propre volonté. C’est un grand fait spirituel, que le chrétien connaît avec certitude, que le Saint-Esprit, l’Esprit divin, a de fréquents rapports avec les âmes spirituelles et leur communique sa puissance. Notre esprit nouveau-né possède en lui un certain degré de puissance, mais cette puissance ne se manifeste jamais pleinement et n’est jamais mise en œuvre, sinon quand l’Esprit de Dieu vivifie notre esprit et le pousse à l’activité.
Notre esprit prie, mais c’est parce qu’il est couvert de l’ombre et rempli de la puissance du Saint-Esprit. Je ne puis m’expliquer tout à fait en ce moment, mais voici ce que je veux dire : si moi, en tant qu’homme, je pouvais aller au trône de la grâce et prier seulement comme prierait ma nature charnelle, cette prière serait inacceptable. Mais quand je vais au propitiatoire et que ma nature nouvelle prie comme le Saint-Esprit me rend capable de prier, alors ma prière aura du succès auprès de Dieu. Si je fais devant Dieu, au trône, ce que la chair et le sang peuvent faire, et rien de plus, je n’ai rien fait — car ce qui est de la chair ne s’élève toujours pas plus haut que la chair.
Mais si, lorsque je viens devant le trône de la grâce céleste, l’Esprit éternel de Dieu parle à mon âme et la tire du niveau mort de l’humanité déchue. Et s’il l’élève pour qu’elle soit remplie de la force divine — si cet Esprit est en moi une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle, si je reçois cette lumière et cette puissance divines du Saint-Esprit — et si, dans sa puissance, je m’approche de Dieu avec ferveur, ma prière ne peut qu’avoir gain de cause auprès de Dieu ! Cette puissance, tout chrétien peut la posséder. Que Dieu l’accorde maintenant à tout son peuple, afin que tous prient par l’Esprit !
Voilà, je pense, l’un des sens du texte : prier dans la puissance de l’Esprit. Sans doute le sens principal du texte est-il de prier par l’Esprit quant à la matière de la prière. Nous ne savons pas toujours ce que nous devons demander, et, frères et sœurs, si nous nous abstenions de prier pendant quelques minutes, jusqu’à ce que nous le sachions, ce serait une bonne et sage règle. L’habitude que nous avons prise, dans la prière improvisée, de toujours prononcer aussitôt ce que nous demandons — sans un instant de pause pour réfléchir à ce que nous allons demander — nuit beaucoup à l’esprit de prière. J’aimerais, quand je suis seul, prendre quelques minutes pour considérer ce que je vais demander à Dieu ; autrement, cela me semble pareil à solliciter une audience de l’un des grands officiers de l’État pour lui demander la première chose qui pourrait nous venir à l’esprit sur le moment.
Que diriez-vous d’être reçu en audience par lord Derby, puis de vous demander tout à coup ce que vous étiez venu chercher ? Le simple bon sens dirait assurément : Attendez un peu, jusqu’à ce que votre affaire soit bien tracée dans votre esprit ; puis, quand vous saurez clairement vous-même ce que vous voulez, vous serez en mesure de demander ce dont vous avez besoin. Ne devrions-nous pas nous attendre à Dieu dans la prière, en lui demandant de nous révéler quelles sont les choses au sujet desquelles nous devons plaider auprès de lui ? Gardez-vous des prières lancées au petit bonheur ! Ne faites jamais de la supplication un ouvrage bâclé au hasard. Venez au trône de la grâce en comprenant avec intelligence ce qu’il vous faut.
Tout va bien pour nous dans la prière quand le Saint-Esprit guide notre pensée. Tous les hommes spirituels n’en ont-ils pas conscience : ils se sentent comme fermés sur certains sujets, et libres seulement dans une autre direction ? Qu’ils obéissent alors au Saint-Esprit et prient comme il les dirige, car il sait ce que doit être notre requête. Eh bien, et alors ? Mes chers frères et sœurs, priez pour ce que Dieu l’Esprit vous pousse à demander, et soyez très sensibles à l’influence du Saint-Esprit. J’aime une image qu’emploie Thomas Shillitoe dans sa Vie, lorsqu’il dit qu’il souhaitait que son esprit fût comme un bouchon de liège sur l’eau, sensible au moindre mouvement de l’Esprit de Dieu. Il serait bon d’être si sensible à l’Esprit de Dieu que son plus faible souffle fasse courir une ride sur la mer de notre âme et la mette en mouvement comme l’Esprit le voudrait.
Nous avons atteint un haut degré de sanctification quand Dieu l’Esprit et notre propre esprit intérieur sont parfaitement d’accord. Puissions-nous être conduits dans cet état d’une indicible félicité ! Nous ne prions pas comme il faut si nous pensons à ce que nous voulons et désirons, pour ensuite le demander avec une obstination égoïste. Nous prions comme il faut quand nous consentons à ce qui est la pensée de l’Esprit, et que nous parlons comme il nous pousse à parler. Nous serons assurément enrichis de biens quand nous attendrons la matière même de nos supplications, pour la recevoir tout entière de lui. Seigneur, enseigne-nous à prier ! Mets les pensées dans notre esprit, les désirs dans notre cœur, et les mots mêmes sur nos lèvres, si telle est ta volonté, afin que toutes nos prières soient une prière par l’Esprit et non dans la chair.
Mais l’essentiel de la prière par l’Esprit ne réside pas seulement dans la puissance de l’Esprit, ni dans l’enseignement que l’Esprit nous donne sur la matière ; il réside dans le secours que l’Esprit nous apporte quant à la manière. Observez, frères et sœurs, combien il y a de façons de prier qui sont odieuses à Dieu — observez-les et évitez-les ! Il n’y a qu’une seule manière de prier que le Seigneur agrée. Vous savez laquelle. J’en décrirai brièvement les caractères. Celui qui vient à Dieu doit se souvenir qu’il « est Esprit, et qu’il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité, car ce sont là les adorateurs que le Père demande ». La toute première condition de la prière est de prier en vérité, et nous ne prions pas en vérité à moins que l’Esprit de Dieu ne conduise nos esprits vains dans la sincérité et la réalité de la dévotion.
Prier en vérité, c’est ceci : non pas user de la formule vide de la prière, mais penser ce que nous disons. C’est, pour le cœur, lutter avec Dieu dans l’angoisse et se soulever de désirs ardents. Et où trouverez-vous une telle manière de prier, sinon chez l’homme spirituel, quand il est mû par le Saint-Esprit ? L’homme charnel, s’il est assez insensé pour cela, peut psalmodier une prière. L’homme charnel peut « lire l’office » et « faire son service » aussi bien que n’importe qui sachant lire un livre, mais il ne prie pas ! Aucune prière ne peut sortir de lui. Seul l’homme spirituel peut soupirer, languir et crier au plus profond de son cœur, dans la chambre de son âme, devant Dieu — mais il ne le fera que si l’Esprit de vérité le conduit avec sincérité dans le secret de la prière du cœur.
Prier par le Saint-Esprit, c’est prier avec ferveur. Les prières froides, mes frères et sœurs, demandent au Seigneur de ne pas les entendre ! Ceux qui ne plaident pas avec ferveur ne plaident pas du tout. Autant parler d’un feu tiède que d’une prière tiède ! Il est essentiel qu’elle soit chauffée au rouge. La vraie prière est imprimée dans l’âme d’un homme comme au fer rouge, puis elle sort de son âme comme les charbons ardents du genêt, dont la chaleur est des plus véhémentes. De telles prières, nul autre que le Saint-Esprit ne peut les donner. J’ai entendu, de cette place même, des prières que je ne pourrai jamais oublier, et vous ne les oublierez jamais non plus.
En janvier et février derniers, il y a eu des moments où certains de nos frères ont été aidés à prier avec une telle puissance que nous étions courbés dans l’humiliation, puis portés comme sur des ailes d’aigle dans la puissance de la supplication ! Il est une manière de prier avec puissance où un homme semble saisir les montants de la porte du ciel, comme Samson saisit les colonnes du temple, et paraît prêt à tout faire crouler sur lui-même plutôt que de manquer la bénédiction. C’est une chose vaillante pour le cœur que de faire ce vœu : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni. » Voilà ce qu’est prier par le Saint-Esprit. Puissions-nous être formés à l’art d’offrir la prière fervente qui a une grande efficace !
Ensuite, il est essentiel dans la prière que nous priions avec persévérance. N’importe qui peut courir vite le temps d’un élan, mais tenir l’allure mille après mille — voilà le combat ! De même, certains esprits ardents peuvent prier avec beaucoup de ferveur de temps à autre, mais persévérer dans la prière — qui le fera, si l’Esprit de Dieu ne le soutient ? Les esprits mortels faiblissent et se lassent. La course de la dévotion purement charnelle est comme celle de l’escargot, qui fond à mesure qu’il rampe. Les esprits charnels vont de l’avant, et leur dévotion décroît peu à peu, misérablement amoindrie, tandis qu’ils s’écrient : « Quelle fatigue! » Mais quand le Saint-Esprit remplit un homme et le conduit à la prière, il prend de la force à mesure qu’il avance — et devient plus fervent encore quand Dieu tarde à répondre ! Plus la porte reste fermée, plus il manie le heurtoir avec véhémence, jusqu’à tonner dans sa prière ! Et plus l’Ange s’attarde, plus il est résolu, s’il l’a saisi d’une étreinte mortelle, à ne jamais le laisser aller sans la bénédiction.
Belle aux yeux de Dieu est l’importunité baignée de larmes et pourtant invincible. Jésus aime à être saisi par celui qui dit : « Je ne puis accepter un refus ; cette bénédiction, il me la faut, car tu l’as promise et tu m’as enseigné à la demander, et je ne croirai pas que tu puisses te démentir toi-même. » Assurément, il nous faut le Saint-Esprit pour nous aider à prier ainsi. En priant par l’Esprit, nous serons sûrs de prier dans une sainte disposition d’esprit. Frères et sœurs, vous arrive-t-il d’avoir l’esprit distrait ? « Ah, dites-vous, je me demande bien quand je ne le suis pas. » J’oserai dire que vous êtes entrés dans cette maison chargés d’un fardeau, et pourtant, en chemin, vous vous disiez : « Quel dimanche béni, je sens que j’ai la présence de Dieu. »
Puis quelque sotte commère vous a rencontré sur les marches et vous a raconté une histoire oiseuse qui vous a distrait. Vous pouvez même être tranquillement assis ici, et voilà que le souvenir d’un enfant resté à la maison, ou de ce que quelqu’un a dit il y a six semaines environ, vient troubler votre esprit, si bien que vous ne pouvez pas prier. Mais quand le Saint-Esprit vient, il prend un fouet de petites cordes, chasse du temple ces acheteurs et ces vendeurs, et le laisse libre pour Dieu. Alors vous pouvez venir dans une disposition sainte et recueillie, fixée et affermie dans le grand but de votre approche de Dieu. Voilà ce que c’est que de s’approcher de lui par l’Esprit. Oh, que nous ayons davantage de cette dévotion bénie que rien ne trouble !
Je ne pourrais cependant achever la description de la prière par l’Esprit sans dire qu’elle signifie prier avec humilité, car le Saint-Esprit ne nous enfle jamais d’orgueil. C’est l’Esprit qui convainc de péché, et ainsi il nous courbe dans la contrition et le brisement d’esprit. Il nous faut prier devant Dieu comme l’humble publicain, sinon jamais nous ne nous en irons justifiés comme lui. Jamais nous ne chanterons le Gloria in Excelsis si nous ne prions Dieu De Profundis — c’est du fond de l’abîme qu’il nous faut crier, ou jamais nous ne verrons la gloire dans les lieux très hauts ! La vraie prière doit être une prière d’amour, si elle est une prière par le Saint-Esprit. La prière doit être parfumée d’amour, saturée d’amour — d’amour pour les saints, nos compagnons, et d’amour pour Christ. De plus, elle doit être une prière pleine de foi. La prière fervente et efficace d’un homme n’a de pouvoir qu’autant qu’il croit en Dieu, et le Saint-Esprit est l’auteur de la foi en nous ; il la nourrit et la fortifie, afin que nous priions en croyant aux promesses de Dieu.
Oh, puisse ce bienheureux assemblage d’excellentes grâces, précieuses et suaves comme les aromates du marchand, exhaler en nous son parfum, parce que la puissance du Saint-Esprit est répandue dans nos cœurs ! Le temps me manque ; je dois donc renoncer à décrire pleinement ce qu’est la prière par le Saint-Esprit, mais j’espère que vous la posséderez, et qu’ainsi vous la comprendrez.
IV. En quatrième lieu, je me servirai du texte comme d’un CHÉRUBIN pour proclamer notre succès dans la prière. Prier par l’Esprit — paroles bénies ! Alors, avec une telle prière, il est absolument certain que je dois avoir gain de cause auprès de Dieu dans la prière. Si ma prière était ma propre prière, je n’en serais peut-être pas aussi sûr. Mais si la prière que je prononce est la propre prière de Dieu écrite dans mon âme, Dieu est toujours un avec lui-même — et ce qu’il écrit dans le cœur n’y est écrit que parce que c’est écrit dans ses desseins.
Un vieux théologien a dit que la prière est l’ombre de la toute-puissance. Notre volonté, quand Dieu le Saint-Esprit l’influence, est l’indice de la volonté de Dieu. Quand le peuple de Dieu prie, c’est que la bénédiction arrive, et ses prières sont l’ombre de la bénédiction qui vient ! Soyez-en assurés, frères et sœurs, jamais Dieu ne s’est démenti ! Jamais il n’a contredit en un endroit ce qu’il avait dit en un autre. Vous et moi, nous pouvons nous contredire, non seulement par manque de véracité, mais même par infirmité.
Il se peut que nous ne soyons pas capables de tenir notre parole, et que nous oubliions ce que nous avons dit — si bien qu’ailleurs nous dirons peut-être quelque chose qui le contredit — mais Dieu n’est ni infirme quant à la mémoire, ni changeant quant à la volonté. Ce qu’il a promis hier, il l’accomplit aujourd’hui. Ce qu’il a dit en un endroit, il le déclare en un autre. Si donc Dieu a dit dans mon cœur : « Prie pour un tel », c’est qu’il l’a dit dans le livre de ses décrets. L’écriture de l’Esprit de Dieu dans le cœur concorde toujours avec l’écriture de la destinée dans le livre du dessein éternel de Dieu. Soyez assurés que vous ne pouvez manquer de réussir quand vous avez étendu votre âme devant le Seigneur comme une feuille de papier et que vous lui avez demandé d’y écrire ! Alors ce n’est plus simplement votre propre prière, mais l’Esprit qui intercède en vous selon la volonté de Dieu.
En un tel moment, vous n’avez pas besoin de dire : « J’espère que Dieu exaucera la prière. » Il le fera — il s’y est engagé. C’est une sorte d’incrédulité que de dire : « Je ne sais pas si le Seigneur est vrai dans sa promesse ou non, mais j’espère qu’il l’est. » Il est vrai ! Que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur. Oh, si un plus grand nombre d’entre vous le mettaient à l’épreuve comme certains d’entre nous ont été contraints de le faire, vous lèveriez les mains d’étonnement, et vous diriez : « Vraiment, si tout le reste n’est pas un fait, ceci du moins en est un : Dieu, qui siège au plus haut des cieux, écoute les cris de son peuple et lui donne selon le désir de son cœur. » Si l’Esprit vous enseigne à prier, il est aussi certain que deux fois deux font quatre que Dieu vous donnera ce que vous cherchez.
V. Puis, pour conclure, je me servirai du texte comme d’un CHAR pour emporter nos âmes plus avant dans le délicieux exercice de la prière. L’exercice qui nous est assigné aujourd’hui et demain est celui de la prière par l’Esprit. Frères et sœurs, il est délicieux pour plusieurs d’entre nous de croire que l’Esprit de Dieu est l’auteur de la grande vague de prière qui déferle maintenant sur les Églises auxquelles nous appartenons. Ce n’est pas nous qui l’avons imaginée ni organisée ; c’est le mouvement du Saint-Esprit de Dieu sur quelques frères qui désiraient passer une journée en prière solennelle, et qui y trouvèrent une telle bénédiction qu’ils ne purent s’empêcher d’en parler à d’autres !
Alors d’autres furent spontanément émus, et sans une parole d’opposition ni la moindre divergence d’opinion, tous dirent : « Amen. Réunissons-nous, nous aussi, pour prier. » L’esprit d’affection fraternelle, d’unanimité et d’amour a été donné à notre dénomination, puis un esprit d’ardent désir de faire descendre une bénédiction de Dieu. Nous avons connu le temps où il n’en était pas ainsi. Nous avons connu le temps où une journée de jeûne et de prière, si elle n’était pas méprisée, n’aurait du moins pas été appréciée comme elle le sera maintenant. Nous sommes d’un seul cœur en cette affaire, et je sais, par mes échanges avec bien des chrétiens, que beaucoup d’enfants de Dieu se sentent déjà comme tout particulièrement en prière — comme si prier ne leur coûtait plus aucun effort, mais que ce fût désormais leur souffle même d’exhaler d’ardents désirs pour le réveil des saints et le rassemblement des pécheurs.
Frères et sœurs de cette Église, vous avez eu la présence de Dieu. Pendant bien des années, vous avez été favorisés d’une large part de « prière par le Saint-Esprit », et vous avez vu de vos propres yeux les grandes choses que Dieu a faites en réponse à la supplication. L’un de vous va-t-il reculer maintenant ? Y aura-t-il un seul homme, aujourd’hui ou demain, qui ne soit pas ardent dans la prière ? Un seul homme, ou même un seul enfant uni à cette Église, sera-t-il tiède dans la prière ? Je dirais : Ne péchez pas contre le Seigneur en vous abstenant de monter au propitiatoire avec vos frères et sœurs. N’offensez pas le Seigneur, de peur qu’il ne vous prive de la bénédiction parce que vous vous privez vous-mêmes de prendre part à l’exercice.
Mes chers amis, c’est lorsqu’ils étaient tous réunis d’un commun accord dans le même lieu que tout à coup ils entendirent un bruit comme celui d’un vent impétueux. Nous ne pouvons pas être tous dans le même lieu, mais du moins soyons tous d’un commun accord. Quoi ? Vous dites que vous n’avez rien à demander dans la prière ? Quoi ? Pas d’enfants non convertis, pas d’amis non sauvés, pas de voisins encore dans les ténèbres ? Quoi ? Vivre à Londres et ne pas prier pour les pécheurs ? Où donc vivez-vous ? Est-ce dans quelque vaste désert, au milieu de « quelque immense étendue d’ombrage », où la rumeur du péché et de l’ignorance n’est jamais parvenue à votre oreille ? Non, vous vivez au milieu de millions, de millions d’impies ! Des millions qui méprisent le Dieu qui les a faits ! Des millions qui méprisent l’Évangile de Christ !
Des millions, non des milliers ! Entendez ce mot, et voyez si vous pouvez en dire le sens ! Des millions qui vivent sans Dieu et sans espérance, et qui descendent en enfer ! Dans tout le royaume, en outre, de dangereux fléaux se répandent. Faut-il que je vous les rappelle sans cesse ? L’incrédulité coiffée de la mitre, et le papisme usurpant la place du protestantisme ! Vous êtes assaillis par le loup et le lion, le serpent et l’ours ! Toutes les formes du mal s’avancent pour attaquer l’
Église. Ne pas prier ? Si vous ne priez pas, dirai-je : Puissiez-vous souffrir de votre négligence ? Non, je n’ose pas, même dans la plus légère nuance, parler comme si j’appelais un malheur sur vous ; mais le malheur viendra sur vous, soyez-en sûrs ! Si je ne le dis pas, Dieu le dira pourtant à l’heure présente. « Maudissez Méroz, dit l’ange de l’Éternel, Car ils ne vinrent pas au secours de l’Éternel, Au secours de l’Éternel, parmi les hommes vaillants. »
Nous ne vous demandons pas, en cette occasion, de contribuer de vos biens. Si nous le faisions, le Seigneur Jésus y a droit, et vous devriez les donner libéralement. Nous ne vous demandons pas non plus à tous de prêcher en ce jour. Si nous le faisions, certains d’entre vous pourraient être excusés faute de capacité. Mais nous réclamons vos prières, et l’on ne doit pas nous les refuser ! Incapables de prier ? Alors vous êtes sans grâce, sans Christ, sans espérance, perdus, et je ne vous demanderai pas de vous joindre à nous ! Mais je vous demande d’abord d’aller à Dieu pour vous-mêmes. Et si vous êtes chrétiens, vous pouvez prier. La pauvreté ne vous rend pas pauvres dans la prière. Le manque d’instruction n’a pas à vous entraver quand vous êtes à genoux. Le manque de position et de rang dans la société ne vous encombrera nullement quand vous aurez affaire à Dieu, qui entend le pauvre quand il crie et lui répond par une largesse de la grâce divine !
Frères et sœurs, si vous aimez Christ, si vous avez jamais senti son amour répandu dans votre cœur. Si vous avez été lavés dans son sang. Si vous avez été sauvés par lui de la colère. Si vous êtes de nouvelles créatures en lui. Si vous espérez voir sa face et y être agréés à la fin, je pourrais vous le présenter comme une exigence ! Mais je vous en presse comme d’une supplication fraternelle : joignez-vous à nous pour prier par le Saint-Esprit ! Quelqu’un reculera-t-il ? Prenez garde alors, si vous refusez de vous unir à vos frères dans la prière, de vous trouver à l’étroit et enfermés en prison lorsque vous voudrez crier ! Prenez garde que, pour avoir refusé de prier maintenant que l’Esprit de Dieu est venu, vous ne vous sentiez ensuite privés de la douce présence du Saint-Esprit, et ne trouviez que la douceur de la dévotion s’est retirée de vous.
Que le Seigneur envoie une bénédiction. Il faut qu’il l’envoie — nos cœurs se briseront s’il ne l’envoie pas ! Nous sentons qu’elle vient. Nous avons saisi la promesse. Nous avons plaidé auprès de l’Éternel ! Nous avons plaidé le sang de Jésus ! Nous le plaidons maintenant ! Nous entendons persévérer dans ces instances jusqu’à ce que la bénédiction vienne, et nous pouvons être sûrs que la pluie céleste descendra bientôt ! Il n’a pas dit à la postérité de Jacob : « Cherchez-moi vainement! » Frères et sœurs, ayez bon espoir, et unissons-nous d’un même cœur pour prier par le Saint-Esprit !
Que le Seigneur vous bénisse à cet égard, chers amis, pour l’amour de Jésus.
Chapitre 7 terminé
Prier par le Saint-Esprit