Chapitre 6 · 39 min de lecture · 50 min d’écoute
Les conditions de la puissance dans la prière
« Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. Et c’est ici son commandement: que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui; et nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné. » 1 Jean 3:22-24.
J’AVAIS pensé vous entretenir ce matin de l’importance de la prière, et mon dessein était de vous exhorter avec ardeur à prier pour moi et pour l’œuvre du Seigneur en ce lieu. En vérité, je ne crois pas que j’aurais pu choisir un sujet plus grave, ni qui pèse davantage sur mon âme. S’il ne m’était permis de vous adresser qu’une seule requête, ce serait celle-ci : « Frères, priez pour nous. » À quoi peut servir notre ministère sans la bénédiction divine, et comment pouvons-nous espérer la bénédiction divine si l’Église de Dieu ne la recherche pas ? Je le dirais même avec larmes : « Frères, priez pour nous. » Ne retenez pas la prière ; au contraire, abondez en intercession, car c’est ainsi, et ainsi seulement, que notre prospérité comme Église pourra grandir, ou même simplement durer.
Mais alors, une question s’est présentée à moi : et s’il y avait dans l’Église quelque chose qui empêchait nos prières d’être exaucées ? C’est une question importante, et qu’il faut examiner très sérieusement avant même de vous exhorter à l’intercession. Comme nous l’a déjà enseigné le premier chapitre d’Ésaïe, les prières d’un peuple impie deviennent bientôt une abomination pour Dieu. « Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; Quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas. » Des Églises peuvent tomber dans un tel état que leurs dévotions mêmes deviennent une iniquité. « Même l’assemblée solennelle » sera pour le Seigneur une fatigue. Il peut y avoir dans le cœur de l’un ou l’autre d’entre nous des maux qui rendent impossible à Dieu, s’il veut rester fidèle à son propre caractère et à ses attributs, d’avoir le moindre égard pour nos intercessions.
Si nous gardons l’iniquité dans notre cœur, le Seigneur ne nous écoutera pas. Selon notre texte, certaines choses sont indispensables pour prévaloir dans la prière. Dieu entendra toute vraie prière, mais il est certaines choses que le peuple de Dieu doit posséder, sans quoi ses prières n’atteindront pas le but. Le texte nous dit : « Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable. » Ce matin, donc, nous examinerons ce qui est essentiel à la puissance dans la prière : ce que nous devons faire, ce que nous devons être, ce que nous devons avoir, si nous voulons prévaloir habituellement auprès de Dieu dans la prière, comme une réalité constante. Apprenons à devenir des Élie et des Jacob.
I. Je commencerai, premièrement, par considérer CE QUI EST ESSENTIEL À LA PUISSANCE DANS LA PRIÈRE. Il nous faut faire d’emblée quelques distinctions. Il y a, selon moi, une grande différence entre la prière d’une âme qui cherche miséricorde et la prière d’un homme qui est sauvé. Je dirais à chaque personne présente, quel que soit son caractère : si vous cherchez sincèrement miséricorde auprès de Dieu par Jésus-Christ, vous l’obtiendrez. Quelle qu’ait été jusqu’ici votre condition, si vous cherchez maintenant avec repentance la face de l’Éternel par le Médiateur qu’il a établi, il se laissera trouver par vous.
Si le Saint-Esprit vous a appris à prier, n’hésitez plus, mais hâtez-vous d’aller à la Croix, et là, reposez votre âme coupable sur Jésus. Je ne connais pas d’autre condition à la première prière du pécheur que la sincérité ; mais à ceux d’entre vous qui sont sauvés, nous devons parler autrement. Vous êtes maintenant devenus le peuple de Dieu, et bien que vous soyez exaucés tout comme le pécheur le serait, et que vous trouviez chaque jour la grâce nécessaire que tout chercheur reçoit en réponse à la prière, vous êtes désormais un enfant de Dieu, placé sous une discipline particulière, propre à la famille des régénérés. Dans cette discipline, les exaucements occupent une place élevée et sont d’une très grande utilité.
Il y a pour le croyant quelque chose dont il peut jouir en plus du simple salut. Il y a des grâces, des bénédictions, des consolations et des faveurs qui rendent sa vie présente utile, heureuse et honorable. Et celles-là, il les aura indépendamment de sa conduite. Ce ne sont pas des choses vitales quant au salut : le croyant les possède sans condition, car ce sont des bénédictions de l’alliance. Mais nous parlons maintenant des honneurs et des délices de la maison, qui sont accordés ou refusés selon notre obéissance en tant qu’enfants du Seigneur. Si vous négligez les conditions qui y sont attachées, votre Père céleste vous les refusera. Les bénédictions essentielles de l’alliance de grâce demeurent inconditionnelles : l’invitation à chercher miséricorde s’adresse à ceux qui n’ont absolument aucun titre, si ce n’est leur besoin.
Mais entrez dans la famille divine en hommes et en femmes sauvés, et vous découvrirez que d’autres bénédictions de choix sont accordées ou refusées selon le soin que nous mettons à observer les règles du Seigneur dans sa famille. Prenons une illustration toute simple. Si un affamé se présentait à votre porte et vous demandait du pain, vous lui en donneriez, quel que soit son caractère. Vous donnerez aussi à manger à votre enfant, quelle que soit sa conduite ; vous ne refuserez à votre enfant rien de ce qui est nécessaire à la vie. Jamais vous n’irez, dans aucune mesure de discipline, jusqu’à lui refuser sa nourriture indispensable ou un vêtement pour le protéger du froid. Mais il y a bien d’autres choses que votre enfant peut désirer, que vous lui donnerez s’il est obéissant, et que vous ne lui donnerez pas s’il se révolte contre vous. Cela illustre, je pense, jusqu’où le gouvernement paternel de Dieu poussera la chose, et où il n’ira pas.
Comprenez aussi que le texte ne parle pas tant de ce que Dieu exauce de temps à autre une prière de ses serviteurs, car cela, il le fera, même lorsque ses serviteurs ne marchent pas droit avec lui et qu’il leur cache sa face. La puissance dans la prière dont il est ici question est une puissance continuelle et absolue auprès de Dieu, de sorte que, pour reprendre les paroles du texte, « quoi que nous lui demandions, nous le recevons ». Pour une telle prière, il y a certaines conditions préalables et essentielles dont nous devons maintenant parler, et la première est l’obéissance filiale : « Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements. » Si elle nous fait défaut, le Seigneur pourra nous dire, comme il l’a dit à son peuple Israël : « Vous m’avez abandonné, et vous avez servi d’autres dieux. C’est pourquoi je ne vous délivrerai plus. Allez, invoquez les dieux que vous avez choisis. »
Tout père vous dira qu’accorder la requête d’un enfant désobéissant reviendrait à encourager la rébellion dans la famille et à se mettre dans l’impossibilité de gouverner sa propre maison. Il arrive souvent que le père soit obligé de dire : « Mon enfant, tu n’as pas écouté ma parole tout à l’heure, c’est pourquoi je ne puis écouter la tienne. » Non que le père n’aime pas son enfant ; au contraire, il l’aime, et c’est à cause de son amour qu’il se sent tenu de montrer son mécontentement en refusant la requête de ce fils qui s’égare. Dieu agit envers nous comme nous devrions agir envers nos enfants récalcitrants. Et s’il voit que nous voulons aller dans le péché et transgresser, c’est une part de sa bonne discipline paternelle que de dire : « Je fermerai l’accès à ta prière quand tu crieras à moi ; je ne t’écouterai pas quand tu me supplieras ; je ne te détruirai pas, tu seras sauvé, tu auras le pain de vie et l’eau de la vie, mais tu n’auras rien de plus : les délices de mon royaume te seront refusées, et rien qui ressemble à une puissance particulière auprès de moi dans la prière ne sera ton partage. »
Que le Seigneur agisse ainsi envers son propre peuple, c’est ce que montre clairement le 81e psaume : « Oh! Si mon peuple m’écoutait, Si Israël marchait dans mes voies! En un instant je confondrais leurs ennemis, Je tournerais ma main contre leurs adversaires; Je le nourrirais du meilleur froment, Et je le rassasierais du miel du rocher. » Eh quoi ! si l’enfant de Dieu désobéissant avait entre les mains cette promesse : « Tout ce que vous demanderez par la prière, vous le recevrez », il ne manquerait pas de demander quelque chose qui le fortifie dans sa rébellion ! Il demanderait de quoi satisfaire sa propre convoitise et de quoi soutenir sa révolte. Cela ne saurait jamais être toléré ! Dieu va-t-il flatter notre corruption ? Va-t-il fournir du combustible aux flammes de la passion charnelle ?
Un cœur volontaire aspire à plus de liberté afin d’être plus obstiné encore. Un esprit hautain désire une plus grande élévation afin d’être plus orgueilleux encore. Un esprit paresseux demande plus d’aisance afin d’être plus indolent encore. Et un esprit dominateur demande plus de pouvoir afin d’avoir plus d’occasions d’opprimer. Tel est l’homme, telle sera sa prière : un esprit rebelle offre des prières volontaires et orgueilleuses. Dieu écoutera-t-il de telles prières ? Cela ne se peut ! Il nous donnera ce que nous demandons si nous gardons ses commandements ; mais si nous devenons désobéissants et rejetons son gouvernement, lui aussi rejettera nos prières et dira : « Si vous marchez contre moi, moi aussi je marcherai contre vous. Avec l’obstiné, je me montrerai obstiné. » Heureux serons-nous si, par la grâce divine, nous pouvons dire avec David : « Je lave mes mains dans l’innocence, Et je vais autour de ton autel, ô Éternel! » Ce ne sera jamais une parfaite innocence, mais ce sera du moins l’innocence de qui n’aime pas le péché et ne se révolte pas délibérément contre Dieu.
Vient ensuite une autre condition essentielle de la prière victorieuse : le respect filial. Remarquez la phrase suivante. Nous recevons ce que nous demandons « parce que nous gardons ses commandements et que nous faisons ce qui lui est agréable ». Nous ne permettons pas aux enfants, lorsqu’ils ont reçu un ordre de leur père, d’en discuter la convenance ou la sagesse. L’obéissance cesse là où commence la contestation. L’idée qu’un enfant se fait de son devoir ne doit pas devenir la mesure du droit qu’a le père de commander ; les bons enfants disent : « Père nous a dit de faire telle ou telle chose, c’est pourquoi nous la ferons, car nous aimons lui faire plaisir en tout temps. » La raison la plus forte qui fasse agir un enfant aimant, c’est la conviction que sa conduite plaira à ses parents. Et ce qu’on peut dire de plus fort pour retenir un enfant bien disposé, c’est de lui prouver que telle conduite déplairait à ses parents. Il en est exactement de même pour nous à l’égard de Dieu, qui est un Père parfait ; c’est pourquoi nous pouvons, sans crainte de nous tromper, toujours faire de son bon plaisir la règle du bien, tandis que la règle du mal peut sûrement demeurer ce qui lui déplairait.
Supposons que l’un de nous soit volontaire et dise : « Je ne ferai pas ce qui plaît à Dieu, je ferai ce qui me plaît à moi. » Alors, remarquez-le, quelle serait la nature de nos prières ? Elles pourraient se résumer en cette requête : « Laisse-moi faire à ma guise. » Et pouvons-nous nous attendre à ce que Dieu y consente ? Allons-nous dominer non seulement sur l’héritage de Dieu, mais sur Dieu lui-même ? Voudriez-vous que le Tout-Puissant abandonne son trône pour y placer un mortel orgueilleux ? Si vous avez chez vous un enfant qui n’a pas le moindre respect pour son père, mais qui dit : « Je veux faire à ma guise en toutes choses », et s’il vient vous présenter une requête, allez-vous vous abaisser devant lui ? Le laisserez-vous vous dicter sa loi et oublier l’honneur qui vous est dû ? Lui direz-vous : « Oui, mon cher enfant, je reconnais ton importance. Tu seras le maître de la maison, et tout ce que tu demanderas, tu l’auras » ?
Quelle sorte de maison serait-ce là ? Je crains qu’il n’en existe quelques-unes de ce genre, car il y a des parents insensés qui laissent leurs enfants devenir leurs maîtres et se préparent ainsi une verge pour leur propre dos. Mais la maison de Dieu n’est pas réglée de la sorte ! Il n’écoutera pas ses enfants volontaires, sinon pour les entendre dans sa colère et leur répondre dans son courroux ! Vous rappelez-vous comment il exauça la prière d’Israël qui réclamait de la viande, et comment, alors que la viande était encore dans leur bouche, elle devint pour eux une malédiction ? Bien des gens sont châtiés par le fait même d’obtenir ce qu’ils désirent, de même que ceux qui s’égarent se rassasient de leurs propres desseins. Nous devons avoir envers Dieu un respect filial, de sorte que nous sentions : « Seigneur, si ce que je demande ne te plaît pas, cela ne me plairait pas non plus. Je remets mes désirs entre tes mains pour que tu les corriges. Raye d’un trait de plume toute requête que je présente et qui n’est pas juste, et, Seigneur, ajoute tout ce que j’ai omis, même si je ne l’avais peut-être pas désiré en y pensant. Bon Seigneur, si j’aurais dû le désirer, exauce-moi comme si je l’avais désiré. “Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.” » Vous voyez, je pense, que cet esprit soumis est essentiel pour prévaloir continuellement auprès de Dieu dans la prière. L’esprit contraire est un obstacle certain à toute excellence dans la supplication. Le Seigneur veut être révéré par ceux qui l’entourent. Il faut qu’ils aient égard à son bon plaisir dans tout ce qu’ils font et dans tout ce qu’ils demandent, sans quoi il ne les regardera pas avec faveur.
En troisième lieu, le texte indique la nécessité de la confiance filiale : « Et c’est ici son commandement: que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ. » Partout dans l’Écriture, la foi en Dieu est présentée comme nécessaire à une prière exaucée. Il nous faut croire que Dieu existe et qu’il récompense ceux qui le cherchent avec diligence, sinon nous n’avons pas prié du tout. Le succès de notre prière sera à la mesure de notre foi. C’est une règle constante du royaume : « Qu’il vous soit fait selon votre foi. » Vous rappelez-vous comment le Saint-Esprit parle par la bouche de l’apôtre Jacques ? « Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. Mais qu’il la demande avec foi, sans douter; car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre. Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur. »
Le texte parle de la foi au nom de son Fils Jésus-Christ, ce que je comprends comme la foi en son caractère révélé, la foi en son Évangile, la foi en la vérité qui concerne sa substitution et son salut. Ou bien cela peut signifier la foi en l’autorité de Christ, de sorte que lorsque je plaide auprès de Dieu et que je dis : « Fais-le au nom de Jésus », je veux dire : « Fais pour moi ce que tu aurais fait pour Jésus, car j’ai reçu de lui l’autorisation d’user de son nom. Fais-le pour moi comme tu l’aurais fait pour lui. » Celui qui sait prier avec foi au nom de Jésus ne peut échouer, car le Seigneur Jésus a dit : « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » Mais il faut qu’il y ait la foi, et s’il n’y a pas de foi, nous ne pouvons nous attendre à être exaucés. Comprenez-vous bien
cela ?
Revenons encore à nos comparaisons familiales. Supposons qu’un enfant de la maison ne croie pas la parole de son père et répète sans cesse qu’il a l’esprit plein de doutes sur la véracité de son père. Supposons même qu’il dise à ses frères et sœurs que sa foi en son père est très faible. Il fait état de ce triste fait sans être le moins du monde choqué de dire une chose pareille ; il estime plutôt qu’on devrait le plaindre, comme s’il s’agissait d’une infirmité qu’il ne pourrait
éviter. D’une manière ou d’une autre, il ne croit pas que son père dise la vérité, et il déclare que, bien qu’il s’efforce de croire la promesse de son père, il n’y parvient pas.
Je pense qu’un père aussi indignement soupçonné ne serait pas très pressé d’accorder les requêtes d’un tel fils. En réalité, il est fort probable que les demandes du fils méfiant seraient de celles qu’on ne pourrait satisfaire, même si son père le voulait, puisqu’elles reviendraient à contenter sa propre incrédulité et à déshonorer son père ! Supposons, par exemple, que cet enfant se mette en tête de douter que son père pourvoie à sa nourriture quotidienne. Il pourrait alors venir trouver son père et lui dire : « Père, donne-moi assez d’argent pour les 10 années à venir, car je serai alors un homme et je pourrai subvenir moi-même à mes besoins. Donne-moi de l’argent comptant pour apaiser mes craintes, car je suis dans une grande inquiétude. » Le père répond : « Mon fils, pourquoi ferais-je cela ? »
Et il reçoit pour réponse : « Je suis bien désolé de le dire, cher père, mais je ne peux pas te faire confiance. J’ai si peu de foi en toi et en ton amour que je crains qu’un de ces jours tu ne me laisses mourir de faim. C’est pourquoi j’aimerais avoir quelque chose de sûr à la banque. » Lequel d’entre vous, pères, écouterait la requête d’un enfant qui lui demanderait pareille chose ? Vous seriez affligés que des pensées si outrageantes pour vous traversent l’esprit d’un de vos bien-aimés ! Et vous ne voudriez ni ne pourriez y céder. Permettez-moi donc de vous demander de vous appliquer cette parabole. N’avez-vous jamais présenté des requêtes à peu près de cette nature ? Vous avez été incapables de faire confiance à Dieu pour qu’il vous donne, jour après jour, votre pain quotidien, et c’est pourquoi vous avez soupiré après ce que vous appelez « quelque provision pour l’avenir ».
Vous voulez un pourvoyeur plus sûr que la Providence, une meilleure garantie que la promesse de Dieu ! Vous êtes incapables de vous fier à la Parole de votre Père céleste. Quelques titres d’un gouvernement étranger à moitié en faillite vous paraissent bien plus dignes de confiance. Vous pouvez vous fier au sultan de Turquie ou au vice-roi d’Égypte, mais non au Dieu de toute la terre ! De mille manières, nous insultons le Seigneur en nous imaginant que « les choses visibles » sont plus solides que sa toute-puissance invisible. Nous demandons à Dieu de nous donner tout de suite ce dont nous n’avons pas besoin pour le moment et dont nous n’aurons peut-être jamais besoin ! Au fond, la raison de tels désirs se trouve dans une honteuse défiance envers lui, qui nous fait imaginer que de grandes réserves sont nécessaires pour nous assurer qu’il sera pourvu à nos besoins.
Frères et sœurs, n’êtes-vous pas à blâmer en ceci, et vous attendez-vous à ce que le Seigneur seconde et encourage votre folie ? Dieu va-t-il flatter votre défiance ? Va-t-il vous donner un monceau d’or et d’argent rongés par la rouille, pour que les voleurs le dérobent, et des coffres de vêtements pour nourrir les teignes ? Voudriez-vous que le Seigneur agisse comme s’il admettait le bien-fondé de vos soupçons et s’avouait infidèle ? À Dieu ne plaise ! N’espérez donc pas être exaucés quand votre prière vous est dictée par un cœur incrédule : « Recommande ton sort à l’Éternel, Mets en lui ta confiance, et il agira. » La condition essentielle suivante d’un succès continuel dans la prière est l’amour filial : « que nous croyions au nom de son Fils Jésus-Christ, et que nous nous aimions les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné. »
Le grand commandement qui vient après la foi, c’est l’amour. Comme il est dit de Dieu : « Dieu est amour », nous pouvons dire de même : « Le christianisme, c’est l’amour. » Si chacun de nous était l’amour incarné, nous serions parvenus à la parfaite ressemblance de Christ. Nous abonderions en amour pour Dieu, en amour pour Christ, en amour pour l’Église, en amour pour les pécheurs et en amour pour les hommes partout ! Quand un homme n’a pas d’amour pour Dieu, il est dans la condition d’un enfant sans amour pour son père. Son père va-t-il promettre de façon absolue d’exaucer tous les désirs de son cœur sans amour et sans piété filiale ? Ou, si un enfant n’a pas d’amour pour ses frères et sœurs, le père lui confiera-t-il une promesse absolue en lui disant : « Demandez, et l’on vous donnera » ? Eh quoi ! le fils sans amour appauvrirait toute la famille par ses exigences égoïstes ! Sans aucun égard pour le reste de la maisonnée, il ne songerait qu’à satisfaire ses propres passions. Sa requête serait bientôt : « Père, donne-moi tout l’héritage. » Ou bien : « Père, règle la maison à ma convenance et oblige tous mes frères à se plier à mes désirs. »
Vaniteux de sa personne, comme Absalom qui était fier de sa chevelure, il chercherait bientôt à s’emparer du royaume ! Rares sont les Joseph qui peuvent porter la tunique de plusieurs couleurs sans devenir les tyrans de la maison. Qui laisserait un prodigue s’enfuir avec le domaine ? Qui serait assez imprudent pour installer à la place d’honneur, au-dessus de ses frères et sœurs, un frère avide et dominateur ? Vous voyez donc qu’on ne peut confier à l’égoïsme la puissance dans la prière. Les esprits sans amour, qui n’aiment ni Dieu ni les hommes, ne peuvent se voir confier de grandes, de vastes, d’illimitées promesses. Si Dieu doit nous exaucer, il nous faut aimer Dieu et aimer nos semblables ; car, lorsque nous aimons Dieu, nous ne demanderons rien qui ne l’honore, et nous ne souhaiterons pas qu’il nous arrive quoi que ce soit qui ne soit aussi une bénédiction pour nos frères. Nos cœurs battront fidèlement pour Dieu et pour ses créatures, et nous ne serons pas repliés sur nous-mêmes. Il vous faut vous débarrasser de l’égoïsme avant que Dieu
puisse vous confier les clefs du Ciel. Quand le moi est mort, alors il vous rendra capable d’ouvrir ses trésors, et, tel un prince, vous aurez puissance auprès de Dieu et vous serez vainqueur.
Ensuite, il nous faut aussi des manières d’enfant. Lisez le verset suivant. « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui. » C’est le propre d’un enfant d’aimer sa maison. Le bon enfant dont le père écoute toujours les requêtes n’aime aucun lieu autant que la chère vieille maison où vivent ses parents. Or, de celui qui aime et garde les commandements de Dieu, il est dit qu’il demeure en lui — il a fait du Seigneur sa demeure et il habite avec Dieu dans une sainte familiarité. En lui s’accomplissent les paroles de notre Seigneur : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » La foi et l’amour, comme deux ailes de chérubin, ont soulevé l’âme du croyant au-dessus du monde et l’ont portée près du trône de Dieu. Il est devenu semblable à Dieu, et c’est maintenant que ses prières sont de celles que Dieu peut exaucer — mais tant qu’il n’est pas ainsi rendu conforme à la pensée divine, la force de ses supplications doit connaître quelque limite. Demeurer en Dieu est nécessaire pour avoir puissance auprès de Dieu.
Supposez que l’un de vous ait un garçon qui lui dise : « Père, je n’aime pas ma maison, je ne tiens pas à toi et je ne supporterai pas les contraintes de la règle familiale. Je m’en vais vivre chez des étrangers, mais, remarque bien, Père, je viendrai te voir chaque semaine et j’exigerai de toi bien des choses. Et je compterai que tu me donnes tout ce que je te demanderai » ? Eh bien, si vous êtes le moins du monde digne d’être à la tête d’une maison, vous direz : « Mon fils, comment peux-tu me parler de la sorte ? Si tu es assez entêté pour quitter ma maison, peux-tu t’attendre à ce que je fasse tes quatre volontés ? Si tu ne fais absolument aucun cas de moi, peux-tu t’attendre à ce que je te soutienne dans ta cruelle dureté et ta coupable insubordination ? Non, mon fils, si tu ne veux pas rester avec moi et me reconnaître pour ton père, je ne puis rien te promettre. »
Et il en est ainsi avec Dieu. Si nous voulons demeurer avec lui et vivre en communion avec lui, il nous donnera toutes choses. Si nous l’aimons comme il doit être aimé, et si nous nous confions en lui comme il mérite qu’on se confie en lui, alors il entendra nos requêtes. Mais sinon, il n’est pas raisonnable de s’y attendre. À vrai dire, ce serait une atteinte au caractère divin s’il accomplissait des désirs impies et satisfaisait de mauvais caprices. « Fais de l’Éternel tes délices, Et il te donnera ce que ton cœur désire », mais si vous ne faites pas vos délices de Dieu et s’il n’est pas votre demeure, il ne vous exaucera pas. Il pourra vous donner le pain d’affliction et l’eau d’affliction, et vous rendre la vie amère, mais assurément il ne vous donnera pas ce que votre cœur désire.
Encore une chose — il ressort du texte qu’il nous faut un esprit d’enfant, car « nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné ». Qu’est-ce là, sinon l’Esprit d’adoption — l’Esprit qui règne en tous les enfants de Dieu ? Les entêtés, qui pensent, sentent et agissent autrement que Dieu, ne doivent pas s’attendre à ce que Dieu se range à leur façon de penser, de sentir et d’agir ! Les égoïstes, que mène l’esprit d’orgueil, les paresseux, que mène l’amour de leurs aises, ne doivent pas s’attendre à ce que Dieu leur passe leurs fantaisies ! Le Saint-Esprit, s’il règne en nous, soumettra notre nature à son empire, et alors les prières qui jailliront de nos cœurs renouvelés seront en accord avec la volonté de Dieu — et de telles prières seront tout naturellement exaucées.
Aucun père ne songerait à écouter un enfant entêté, un enfant qui dirait : « Je sais que mon père ne veut pas que j’aie cela, mais je l’aurai. » Eh quoi, vous qui êtes un homme, vous ne vous laisseriez pas mener ainsi par le bout du nez par un petit blanc-bec ! Dieu nous accordera-t-il ce que nous demandons quand cela est contraire à sa sainte pensée ? Cela ne doit pas être ! Une telle possibilité est inconcevable ! Il faut qu’il y ait en nous la même pensée qui est aussi dans le Christ Jésus, et alors nous pourrons dire : « Je sais que tu m’exauces toujours. » Mais il nous faut poursuivre et retenir votre attention, quelques minutes, sur une autre branche du même sujet.
II. En second lieu, nous remarquerons L’EFFICACITÉ VICTORIEUSE DE CES CHOSES ESSENTIELLES. Si elles sont en nous et y abondent, nos prières ne sauraient être stériles ni infructueuses. D’abord, si nous avons foi en Dieu, il ne fait aucun doute que Dieu entende notre prière. Si nous pouvons, avec foi, plaider le nom et le sang de Jésus, nous obtiendrons forcément des réponses de paix. Mais on nous oppose mille arguments. Et si ces prières touchent aux lois de la nature ? Alors les hommes de science sont contre nous. Qu’importe ? Je me ferai une gloire de laisser à ces hommes de science toute la latitude voulue — j’allais presque dire toute la latitude voulue.
Je ne connais aucune prière qui vaille la peine d’être faite qui n’entre en contact avec quelque loi naturelle ou autre, et pourtant je crois que les prières sont exaucées ! On dit que Dieu ne changera pas pour nous les lois de la nature, et je réponds : « Qui a jamais dit qu’il le ferait ? » Le Seigneur a des moyens d’exaucer nos prières sans opérer de miracles ni suspendre de lois. Autrefois, il exauçait la prière par le miracle, mais, comme je vous l’ai souvent dit, cela paraît une façon plus rude d’atteindre son but — c’est comme arrêter une immense machine pour un petit résultat —, il sait accomplir ses desseins et exaucer nos prières par je ne sais quels moyens secrets.
Peut-être y a-t-il d’autres forces et d’autres lois qu’il a disposées pour entrer en action précisément au moment où la prière, elle aussi, agit. Des lois tout aussi fixes et des forces tout aussi naturelles que celles que nos savants théoriciens ont pu découvrir. Les hommes les plus sages ne connaissent pas toutes les lois qui gouvernent l’univers, non, pas même le dixième ! Nous croyons que les prières des chrétiens font partie de la machinerie de la Providence, qu’elles sont des dents dans la grande roue de la destinée — et que, lorsque Dieu porte ses enfants à prier, il a déjà mis en mouvement une roue qui doit produire le résultat demandé, et que les prières offertes se meuvent comme une partie de cette roue. Pourvu seulement qu’il y ait foi en Dieu, il faut ou bien que Dieu cesse d’être, ou qu’il cesse d’être véridique, ou bien qu’il exauce la prière !
Le verset qui précède le texte dit : « Si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que ce soit que nous demandions, nous le recevons de lui. » Celui qui a la conscience pure vient à Dieu avec assurance, et cette assurance de la foi lui garantit l’exaucement de sa prière. La confiance de l’enfant nous fait prier comme nul autre ne le peut. Elle fait prier un homme pour de grandes choses qu’il n’aurait jamais demandées s’il n’avait appris cette confiance. Elle le fait prier pour de petites choses que beaucoup de gens n’osent pas demander, parce qu’ils n’ont pas encore éprouvé envers Dieu la confiance des enfants. J’ai souvent dit qu’il faut plus de confiance en Dieu pour le prier au sujet d’une petite chose qu’au sujet de grandes choses. Nous nous figurons que nos grandes choses sont quelque peu dignes de l’attention de Dieu, bien qu’en vérité elles soient bien petites pour lui ! Et puis nous imaginons que nos petites choses doivent être si insignifiantes que ce serait presque une insulte de les lui présenter, alors que nous devrions savoir que ce qui est très grand pour un enfant peut être très petit pour son père — et pourtant le père ne mesure pas la chose de son propre point de vue, mais de celui de l’enfant.
Vous avez entendu l’autre jour votre petit garçon pleurer amèrement. Sa mère l’a appelé et lui a demandé ce qu’il avait. C’était une écharde dans son doigt. Eh bien, c’était une petite affaire. Vous n’avez pas songé à faire venir trois chirurgiens pour l’extraire, ni à ameuter toute la presse ! Apportez une aiguille, et nous aurons vite fait d’arranger cela. Oh, mais quelle grande chose c’était pour ce joli petit souffrant, planté là, les yeux tout mouillés de larmes d’angoisse. C’était pour lui une grande affaire ! Or, ce garçon s’est-il dit que sa douleur était chose trop petite pour que sa mère s’en occupe ? Pas du tout ! Pourquoi les mères et les pères ont-ils été faits, sinon pour veiller aux petits besoins des petits enfants ? Et Dieu, notre Père, est un bon Père. Il a compassion de nous comme un père a compassion de ses enfants, et il s’abaisse jusqu’à nous. Il compte le nombre des étoiles et les appelle toutes par leur nom, et pourtant il guérit ceux qui ont le cœur brisé et panse leurs blessures. Le même Dieu qui allume le soleil a dit : « Je n’éteindrai point la mèche qui brûle encore. » Si seulement vous avez confiance en Dieu, vous lui porterez vos grandes choses et vos petites choses, et jamais il ne trompera votre confiance — car il a dit que ceux qui se confient en lui ne seront jamais ni honteux ni confus, jusque dans l’éternité. La foi ne peut qu’aboutir !
Mais ensuite, l’amour aussi ne peut qu’aboutir, puisque nous avons déjà vu que l’homme qui aime, au sens chrétien, est en accord avec Dieu. Si vous bornez votre amour à votre propre famille, vous ne devez pas vous attendre à ce que Dieu fasse de même, et les prières resserrées dans ce cercle-là, il n’en tiendra aucun compte. Si un homme aime son petit moi et souhaite que la récolte de blé de tout le monde manque, afin que ses propres produits se vendent plus cher, il ne peut certainement pas s’attendre à ce que le Seigneur s’accorde avec un égoïsme aussi mesquin ! Si un homme a le cœur assez large pour embrasser dans son affection toutes les créatures de Dieu, tout en priant spécialement pour la famille de la foi, ses prières seront selon la pensée divine. Son amour et la bonté de Dieu courent côte à côte. Bien que l’amour de Dieu soit comme un fleuve puissant qui roule ses eaux, et le sien comme un mince filet d’eau, ils coulent pourtant tous deux dans la même direction et parviendront tous deux au même terme. Dieu exauce toujours les prières d’un homme qui aime, parce que ces prières sont l’ombre de ses propres décrets.
De plus, l’homme d’obéissance est l’homme que Dieu exaucera, parce que son cœur obéissant le porte à prier humblement et avec soumission, car il sent que son plus haut désir est que la volonté du Seigneur soit faite. Voilà pourquoi l’homme au cœur obéissant prie comme un prophète — ses prières sont des prophéties. N’est-il pas un avec Dieu ? Ne désire-t-il pas et ne demande-t-il pas exactement ce que Dieu se propose ? Comment une prière décochée d’un tel arc pourrait-elle jamais manquer sa cible ? Si votre âme entre en accord avec l’âme de Dieu, vous souhaiterez ce que Dieu lui-même souhaite ! La difficulté, c’est que nous ne restons pas, comme on dit, en rapport avec Dieu. Mais si nous l’étions, nous frapperions la même note que Dieu, et bien que la sienne retentisse comme le tonnerre et la nôtre comme un murmure, il y aurait pourtant un parfait unisson — la note frappée par la prière sur la terre coïnciderait avec celle qui résonne des décrets du Ciel.
De plus, l’homme qui vit en communion avec Dieu l’emportera assurément dans la prière, parce que, s’il demeure en Dieu et que Dieu demeure en lui, il désirera ce que Dieu désire. Le croyant en communion avec le Seigneur désire le bien de l’homme, et Dieu aussi. Il désire la gloire de Christ, et Dieu aussi. Il désire la prospérité de l’Église, et Dieu aussi. Il désire être lui-même un modèle de sainteté, et Dieu le désire aussi. Si cet homme a, à quelque moment, un désir qui n’est pas conforme à
la volonté de Dieu, c’est le fruit de l’ignorance, vu que l’homme n’est qu’un homme et non Dieu. Même dans ses meilleurs moments, il ne peut que se tromper, mais il pourvoit à ce défaut par la forme de sa prière, qui porte toujours cet ajout à la fin — « Seigneur, si dans cette prière je t’ai demandé quoi que ce soit qui ne soit pas selon ta pensée, je t’en supplie, ne m’écoute pas. Et si quelque souhait que je t’ai exprimé — fût-ce le désir qui brûle dans mon sein plus que tous les autres — est un souhait qui n’est pas droit à tes yeux, ne m’écoute pas, mon Père, mais, dans ton amour et ta compassion infinis, fais pour ton serviteur quelque chose de meilleur que ce que ton serviteur sait demander. »
Or, quand une prière est de cette sorte, comment pourrait-elle échouer ? Le Seigneur regarde par les fenêtres du Ciel et voit venir à lui une telle prière, tout comme Noé vit la colombe revenir vers l’arche, et il tend la main vers cette prière. Et comme Noé fit rentrer la colombe dans l’arche, ainsi Dieu attire à lui cette prière, la met dans son propre sein et dit : « Tu es sortie de mon sein, et je t’accueille de nouveau auprès de moi — mon Esprit t’a composée, c’est pourquoi je t’exaucerai. » Et ici encore, disons-le, notre texte parle du chrétien comme étant rempli de l’Esprit de Dieu — « nous connaissons qu’il demeure en nous par l’Esprit qu’il nous a donné ». Qui connaît la pensée d’un homme, sinon l’esprit de l’homme ? De même, qui connaît les choses de Dieu, sinon l’Esprit de Dieu ? Et si l’Esprit de Dieu habite en nous, alors il nous dit quelle est la pensée de Dieu. Il intercède dans les saints selon la volonté de Dieu !
On s’imagine parfois que les hommes qui ont de la puissance dans la prière peuvent prier pour ce qui leur plaît, mais je puis vous assurer que n’importe lequel d’entre eux vous dira qu’il n’en est rien. Vous pouvez aller trouver un tel homme et lui demander de prier pour vous, mais il ne peut pas vous promettre qu’il le fera. Il y a chez de tels hommes d’étranges retenues : ils sentent, sans savoir ni comment ni pourquoi, qu’ils ne peuvent pas, dans certains cas, offrir des prières efficaces et ferventes, bien qu’ils le désirent peut-être. Comme Paul, lorsqu’il tenta d’aller en Bithynie et que l’Esprit ne le lui permit pas, il y a des requêtes que nous aimerions naturellement présenter, mais nous sommes liés en esprit. Il se peut qu’il n’y ait apparemment rien à redire à la prière, mais le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent, et il donne des avertissements secrets sur le moment et le lieu où ses élus peuvent espérer l’emporter. Il vous donne la promesse qu’il exaucera votre prière de foi, à vous qui êtes un homme qui marche avec lui, rempli de son Esprit. Mais il ne vous donne pas, en même temps, la foi pour tout ce que chacun se plaît à vous soumettre — au contraire, il vous donne du discernement, du jugement et de la sagesse — et l’Esprit intercède dans les saints selon la volonté de
Dieu.
Ainsi, je crois avoir exposé la doctrine assez clairement. Maintenant, quelques minutes d’édification pratique, comme disaient les vieux puritains. Je souhaite seulement qu’elle en édifie beaucoup parmi nous. La première chose, c’est que nous voulons, comme Église, prier pour obtenir une grande bénédiction. Je pense que j’emporterais vos suffrages si je disais que nous avons l’intention de prier Dieu d’envoyer une bénédiction sur l’Église tout entière. Très bien. Avons-nous ce qui est essentiel au succès ? Croyons-nous au nom de Jésus-Christ ? Eh bien, je pense que oui. Je ne crois pas qu’on puisse trouver à redire à la pureté de notre foi, bien qu’il y ait beaucoup à confesser quant à sa faiblesse.
Passons à la question suivante. Sommes-nous remplis d’amour pour Dieu et les uns pour les autres ? Le double commandement est que nous croyions au nom de Jésus-Christ et que nous nous aimions les uns les autres. Nous aimons-nous les uns les autres ? Marchons-nous dans l’amour ? Aucun de nous n’y est parfait. Je commencerai la confession en reconnaissant que je ne suis pas ce que je devrais être à cet égard. Voulez-vous laisser la confession faire le tour de l’assemblée, et que chacun pense combien de fois nous avons fait des choses sans amour, pensé des choses sans amour, dit des choses sans amour, prêté l’oreille à des commérages sans amour, retenu notre main sans amour quand nous aurions dû porter secours, et avancé la main sans amour pour faire tomber un homme qui chancelait ? S’il y a dans l’Église de Dieu un manque d’amour, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que la prière soit exaucée, car Dieu dira : « Vous demandez la prospérité. Pour quoi faire ? Pour ajouter des membres à une communauté qui ne s’aime déjà pas elle-même ? Vous demandez des conversions. Quoi ? Pour en amener d’autres à se joindre à une communauté sans amour ? »
Vous attendez-vous à ce que Dieu sauve des pécheurs que vous n’aimez pas, et convertisse des âmes dont vous ne vous souciez pas le moins du monde ? Il nous faut, à force d’amour, amener les âmes à Christ, car, sous l’action du Saint-Esprit de Dieu, le grand instrument de la conquête du monde, c’est l’amour ! Si les chrétiens aiment plus que ne le font les musulmans et les juifs, ils vaincront musulmans et juifs ! Et s’ils montrent moins d’amour, les musulmans et les juifs les vaincront ! L’épée de l’Esprit, qui est la Parole de Dieu, est l’arme maîtresse. Mais après elle vient la conduite aimante et le commerce généreux des chrétiens envers leurs semblables. Combien en avons-nous ? Dirai-je : combien peu ?
Ensuite, faisons-nous ce qui est agréable aux yeux de Dieu ? Nous ne pouvons pas attendre de réponse à nos prières si ce n’est pas le cas. Posez-vous tous cette question. Que chaque membre de l’Église, en particulier, réponde à cette question. Avez-vous fait, ces derniers temps, ce que vous aimeriez que Jésus-Christ voie ? Votre maison est-elle réglée de manière à plaire à Dieu ? Supposez que Jésus
Christ ait visité votre maison cette semaine, sans être invité ni attendu — qu’aurait-il pensé de ce qu’il y aurait vu ? « Oh, dit quelqu’un, je sais qu’un tel agit de façon très inconséquente. » Monsieur, je vous en prie, pensez à vous-même. Voilà le point. Corrigez-vous vous-même. Si les membres de l’Église de Dieu ne font pas ce qui est agréable à ses yeux, ils ferment la porte à la prospérité — ils empêchent les prières de l’Église d’aboutir. Qui veut être l’homme qui fait obstacle à la prospérité de l’Église de Dieu par l’inconséquence de sa conduite ? Qui voudrait être aussi coupable ? Que Dieu pardonne à certains d’entre vous. Nous pourrions parler de certains, même en pleurant, car, hélas, bien qu’ils fassent profession d’être disciples de Christ, ils sont si inconséquents qu’ils ne sont pas les amis, mais les ennemis de la croix de Christ.
La question suivante est : demeurons-nous en Dieu ? Le texte dit que, si nous gardons ses commandements, Dieu demeure en nous et nous en lui. En est-il ainsi ? Je veux dire : pendant la journée, pensons-nous à Dieu ? Dans nos affaires, sommes-nous encore avec Dieu ? Un chrétien ne doit pas courir à Dieu le matin et de nouveau le soir, et se servir de lui comme d’un abri et d’un pis-aller, comme on le fait d’une arcade ou d’un portique sous lequel on court se mettre à couvert pendant une averse. Nous devons demeurer en Dieu et vivre en lui du lever du soleil jusqu’à son couchant, faisant de lui notre méditation de chaque jour, et marchant comme sous son regard, sentant sans cesse : « Toi, Dieu, tu me vois. » Qu’en est-il de vous, chers amis ? Oh, que la question passe de banc en banc et de cœur en cœur, et, prenez-y garde — que chacun réponde pour lui-même.
Enfin, est-ce l’Esprit de Dieu qui nous anime, ou bien un autre esprit ? Nous attendons-nous à Dieu en disant : « Seigneur, que ton Esprit me dise ce que je dois dire en ce cas, et ce que je dois faire. Gouverne mon jugement, dompte mes passions, réprime mes plus bas instincts, et que ton Esprit me conduise. Seigneur, sois pour moi meilleur que moi-même. Sois pour moi l’âme et la vie, et, dans le triple royaume de mon esprit, de mon âme et de mon corps, bon Seigneur, sois le Maître suprême, afin que dans chaque province de ma nature ta loi soit établie et ta volonté respectée » ? Nous serions une Église puissante si nous étions tous dans cette disposition. Mais le ramassis de gens est avec nous, ce ramassis de gens qui sortit d’Égypte, et ceux-là se mettent à convoiter. Le mal commence toujours par eux. Que Dieu nous garde, comme Église, de perdre sa présence.
Il faut que ce ramassis soit parmi nous pour nous éprouver, car le Seigneur a dit : « Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson », et si nous essayions d’arracher l’ivraie, nous arracherions aussi le blé — mais du moins, prions Dieu de rendre le blé le plus fort. De deux choses l’une, il en arrive toujours une dans une Église : ou le blé étouffe les mauvaises herbes, ou les mauvaises herbes étouffent le blé. Dieu veuille que, dans notre cas, le blé domine les mauvaises herbes. Dieu veuille accorder à ses serviteurs la grâce d’être assez forts pour vaincre le mal qui les entoure et, après avoir tout surmonté, de tenir ferme, à la louange de la gloire de sa grâce, lui qui nous a aussi rendus agréables en son Bien-Aimé. Le Seigneur vous bénisse et soit avec vous à jamais. Amen, et amen.
PASSAGE DE L’ÉCRITURE LU AVANT LE SERMON — 1 Jean 3 ; Ésaïe 1:10-20.
Chapitre 6 terminé
Les conditions de la puissance dans la prière