Grande puissance dans la prière
Demander et recevoir

Chapitre 5 · 41 min de lecture · 53 min d’écoute

Demander et recevoir

« Vous convoitez, et vous ne possédez pas; vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir; vous avez des querelles et des luttes, et vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, dans le but de satisfaire vos passions. » Jacques 4:2,3.

PUISSENT ces paroles saisissantes nous être rendues profitables par l’enseignement du Saint-Esprit. L’homme est une créature pleine de besoins, toujours inquiète, et c’est pourquoi son cœur déborde de désirs. J’ai peine à imaginer qu’il existe un homme qui n’ait pas de nombreux désirs, d’une sorte ou d’une autre. L’homme est comparable à l’anémone de mer, avec sa multitude de tentacules qui fouillent sans cesse l’eau en quête de nourriture ; ou bien à certaines plantes qui lancent des vrilles, à la recherche de quoi grimper. Le poète dit : « L’homme n’est jamais heureux, mais il aspire toujours à l’être. » Il met le cap sur ce qu’il croit être son port, mais, pour l’instant, il est ballotté sur les flots. Un de ces jours, espère-t-il, il trouvera les délices de son cœur, et il continue de désirer, avec plus ou moins d’espoir.

Ce fait concerne aussi bien le pire des hommes que le meilleur. Chez les méchants, les désirs se corrompent en convoitises — ils aspirent à ce qui est égoïste, sensuel et, par conséquent, mauvais. Le courant de leurs désirs porte avec force dans une mauvaise direction. Ces convoitises, dans bien des cas, deviennent extrêmement violentes — elles font de l’homme leur esclave. Elles dominent son jugement ; elles le poussent à la violence — il se querelle et il lutte — peut-être va-t-il, à la lettre, jusqu’à tuer. Aux yeux de Dieu, qui tient la colère pour un meurtre, il tue souvent. Telle est la force de ses désirs qu’on les appelle communément des passions. Et quand ces passions sont pleinement déchaînées, l’homme lui-même se démène avec véhémence, si bien que le royaume du diable est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent !

De leur côté, les hommes de la grâce ont eux aussi des désirs. Dépouiller les saints de leurs désirs, ce serait leur faire un grand tort, car c’est par eux qu’ils s’élèvent au-dessus de leur moi inférieur. Les désirs des hommes de la grâce se portent vers les meilleures choses — des choses pures et paisibles, louables et élevées. Ils désirent la gloire de Dieu et, par conséquent, leurs désirs jaillissent de motifs plus élevés que ceux qui enflamment l’esprit non régénéré. Chez les chrétiens, de tels désirs sont souvent très fervents et très puissants. Ils devraient toujours l’être. Ces désirs engendrés par l’Esprit de Dieu remuent la nature renouvelée, l’excitent et la stimulent, et font gémir l’homme, le plongent dans l’angoisse et dans les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce qu’il parvienne à ce que Dieu lui a appris à désirer. La convoitise des méchants et le saint désir des justes ont chacun leur manière de chercher à se satisfaire. La convoitise des méchants se manifeste dans la querelle — elle tue, elle convoite, elle se bat et elle fait la guerre. Tandis que, d’un autre côté, le désir du juste, lorsqu’il est bien dirigé, prend une voie bien meilleure pour atteindre son but, car il s’exprime dans une prière fervente et insistante. L’homme pieux, quand il est plein de désir, demande et reçoit de la main de Dieu.

En ce moment, je vais, avec l’aide de Dieu, essayer de vous exposer à partir de notre texte, premièrement, la pauvreté de la convoitise — « Vous convoitez, et vous ne possédez pas. » Deuxièmement, je montrerai avec tristesse la pauvreté de beaucoup de chrétiens de profession dans les choses spirituelles, surtout dans leur vie d’Église — eux aussi désirent et ne possèdent pas. Troisièmement, nous parlerons, pour finir, de la richesse dont les saints désirs seront récompensés, si seulement nous voulons employer les bons moyens. Si nous demandons, nous recevrons.

Considérez d’abord LA PAUVRETÉ DE LA CONVOITISE — « Vous convoitez, et vous ne possédez pas. » Les convoitises charnelles, si fortes soient-elles, n’obtiennent pas, dans bien des cas, ce qu’elles recherchent. Comme le dit le texte : « Vous désirez avoir, et vous ne pouvez pas obtenir. » L’homme aspire à être heureux, mais il ne l’est pas. Il brûle d’être grand, mais il devient chaque jour plus méprisable. Il aspire à ceci et à cela, qu’il croit capable de le contenter, mais il reste insatisfait. Il est comme la mer agitée, qui ne peut trouver de repos. D’une manière ou d’une autre, sa vie est une déception. Il se fatigue comme dans le feu même, mais le résultat est vanité et poursuite du vent. Comment pourrait-il en être autrement ? Si nous semons le vent, ne devons-nous pas moissonner la tempête, et rien d’autre ?

Ou si, peut-être, les fortes convoitises d’un homme actif, doué et persévérant lui donnent bien ce qu’il recherche, comme il le perd vite ! Il le possède comme ne le possédant pas. La poursuite est pénible, mais la possession n’est qu’un rêve. Il s’assied pour manger et voici ! le festin lui est arraché, la coupe s’évanouit au moment où elle touche ses lèvres ! Il gagne pour perdre ! Il bâtit, et son fondement de sable se dérobe sous sa tour, et ses efforts gisent en ruine. Celui qui avait conquis des royaumes est mort plein d’amertume sur un rocher solitaire au milieu de l’océan, et celui qui avait relevé son empire est tombé pour ne plus se relever. Comme le ricin de Jonas sécha en une nuit, ainsi des empires sont tombés soudain, et leurs maîtres sont morts en exil. Ce que les hommes obtiennent en guerroyant et en se battant est un domaine au bail bien court — la possession est si passagère que cette parole reste vraie : « ils convoitent, et ils ne possèdent pas ».

Ou si de tels hommes ont assez de talents et de pouvoir pour garder ce qu’ils ont conquis, en un autre sens ils ne le possèdent pas tout en le possédant, car le plaisir qu’ils en attendaient n’y est pas. Ils cueillent la pomme, et c’est l’une de ces pommes de la mer Morte qui tombent en cendres dans la main. L’homme est riche, mais Dieu lui ôte le pouvoir de jouir de sa richesse. À force de convoitises et de luttes, le débauché finit par obtenir l’objet de ses désirs ardents et, après un instant de jouissance, il prend en dégoût ce qu’il avait convoité avec tant de passion ! Il soupire après le plaisir qui le tente, le saisit et l’écrase dans son étreinte avide !

Regardez l’enfant qui fait la chasse au papillon voletant de fleur en fleur, tandis qu’il le poursuit avec ardeur. Enfin le voilà à sa portée, et d’un coup de casquette il l’abat ! Mais quand il ramasse les pauvres débris, il trouve l’insecte aux ailes peintes gâté par le geste même qui l’a capturé ! On peut ainsi dire de multitudes de fils des hommes — « Vous convoitez, et vous ne possédez pas. » Leur pauvreté est décrite de trois manières : « Vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir », « Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas. » « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal. » Si les hommes de convoitise échouent, ce n’est pas faute de s’être mis à l’œuvre pour parvenir à leurs fins, car, selon leur nature, ils ont employé les moyens les plus pratiques à leur portée, et ils les ont employés avec ardeur, qui plus est !

Selon la pensée de la chair, le seul moyen d’obtenir une chose est de se battre pour elle, et Jacques donne cela comme la raison de toutes les luttes. « D’où viennent les luttes, et d’où viennent les querelles parmi vous? N’est-ce pas de vos passions qui combattent dans vos membres? » Voilà la forme d’effort dont nous lisons : « Vous combattez et vous faites la guerre, et vous ne possédez pas. » Les hommes s’accrochent à ce mode d’action d’âge en âge. Si un homme veut faire son chemin dans ce monde, me dit-on, il doit lutter contre ses voisins et les déloger de leurs positions avantageuses. Il ne doit pas trop se soucier de savoir comment ceux-ci prospéreront, mais il doit veiller à son propre intérêt et prendre soin de s’élever, peu importe combien il en piétine. Il ne peut espérer réussir s’il aime son prochain comme lui-même ! C’est un combat loyal, et chacun doit veiller sur soi !

Pensez-vous que je fasse de la satire ? Peut-être, mais j’ai entendu ce genre de discours dans la bouche d’hommes qui le pensaient vraiment. Ils se mettent donc à se battre, et ce combat est souvent victorieux, car, selon le texte, « vous êtes meurtriers » — c’est-à-dire qu’ils se battent de telle sorte qu’ils renversent leur adversaire, et c’en est fini de lui. Ce sont des hommes d’une grande force, de jeunes lions capables de sortir et de mettre leur proie en pièces, et pourtant il est dit d’eux qu’ils « éprouvent la disette et la faim ». Mais ceux qui s’attendent au Seigneur ne seront privés d’aucun bien, tandis que ces hommes de convoitise ne connaissent aucun frein dans leurs efforts pour arriver à leurs fins ! Rien ne les arrête, ils tuent, et ils désirent avoir.

De plus, ils se battent avec une grande persévérance, car le texte dit : « Vous combattez et vous faites la guerre. » Or la guerre est la continuation de l’acte de combattre ; elle le prolonge de campagne en campagne et le conduit selon les règles de l’art militaire jusqu’à ce que la victoire soit remportée. Des multitudes d’hommes vivent pour eux-mêmes, rivalisant ici, guerroyant là, se battant pour leur propre compte avec la plus grande persévérance. Ils ne sont guère regardants sur la manière de s’y prendre. La conscience n’a pas le droit d’intervenir dans leurs transactions, mais le vieux conseil résonne à leurs oreilles : « Gagnez de l’argent ! Gagnez de l’argent honnêtement si vous le pouvez, mais, par n’importe quel moyen, gagnez de l’argent. » Peu importe que le corps et l’âme soient ruinés et que d’autres soient submergés de misère — battez-vous toujours — car il n’y a point de délivrance dans ce combat ! Si vous voulez gagner, il vous faut combattre — et à la guerre, tout est permis !

Ils rassemblent donc leurs forces, ils luttent contre leurs semblables, ils rendent la bataille de la vie toujours plus ardente, ils bannissent l’amour et taxent la tendresse de folie — et pourtant, avec toutes leurs combinaisons, ils n’atteignent le but de la vie en aucun sens véritable. Jacques a bien raison de dire : « Vous êtes meurtriers et envieux, et vous ne pouvez pas obtenir ; vous combattez et vous faites la guerre, et vous ne possédez pas. » Quand des hommes fortement attachés à leurs desseins égoïstes ne réussissent pas, il se peut qu’ils entendent dire que la raison de leur échec est celle-ci : « parce que vous ne demandez pas ». Le succès s’obtient-il donc en demandant ? C’est ce que le texte semble suggérer — et c’est ce que les justes constatent. Pourquoi cet homme aux désirs intenses ne se met-il pas à demander ? La raison en est, d’abord, qu’il n’est pas naturel à l’homme naturel de prier — autant s’attendre à le voir voler !

Il méprise l’idée même de la supplication. « Prier ? dit-il. Non, je veux être à l’ouvrage. Je ne peux pas perdre mon temps en dévotions ; les prières ne sont pas pratiques. Je veux me frayer mon chemin en me battant. Pendant que vous priez, j’aurai battu mon adversaire. Je vais à mon comptoir, et je vous laisse à vos Bibles et à vos prières. » Il n’a aucune envie de demander quoi que ce soit à Dieu. Il déclare que seuls des hypocrites et des cafards se soucient de prier, avouant ainsi que, s’il priait, il serait un hypocrite et un cafard ! Quant à lui, sa façon de prier est d’un tout autre genre, celle de l’oiseau qui fond sur sa proie, et malheur à ceux qui tombent entre ses griffes ! Ils découvriront qu’avec lui, les affaires sont les affaires, et des affaires plutôt âpres, qui plus est. Il ne s’abaissera jamais à prier, il est trop orgueilleux. La confiance en Dieu, il ne la comprend pas — la confiance en soi, voilà son mot ! Le moi est son dieu, et c’est de son dieu qu’il attend le succès !

Il est si orgueilleux qu’il se considère comme sa propre Providence ! Sa propre droite et son bras actif lui donneront la victoire. Quand il est très large d’idées, il admet que, bien qu’il ne prie pas, la prière peut avoir du bon, car elle apaise l’esprit des gens et les rend plus contents. Mais quant à l’idée qu’une réponse puisse jamais venir à la prière, il en rit, et il discourt aussi bien en philosophe qu’en théologien sur l’absurdité de supposer que Dieu modifie sa ligne de conduite par égard pour les prières des hommes et des femmes. « Ridicule, dit-il, tout à fait ridicule ! » Et c’est pourquoi, dans sa grande sagesse, il retourne à ses combats et à ses guerres, car c’est par de tels moyens qu’il espère arriver à ses fins. Et pourtant il n’obtient rien !

Toute l’histoire de l’humanité montre l’échec des mauvaises convoitises à atteindre leur but. Pendant un temps, l’homme charnel continue de se battre et de guerroyer, mais, tôt ou tard, il change d’avis, parce qu’il est malade, ou qu’il a peur. Son but reste le même, mais s’il ne peut l’atteindre d’une manière, il en essaiera une autre. S’il faut demander, eh bien, il demandera — il deviendra religieux et se fera du bien de cette façon. Il constate que certaines personnes religieuses prospèrent dans le monde et que même les chrétiens sincères ne sont nullement des sots en affaires, et par conséquent il essaiera leur méthode. Et le voilà qui tombe sous le troisième reproche de notre texte — « Vous demandez, et vous ne recevez pas. » Quelle est la raison pour laquelle l’homme esclave de ses convoitises n’obtient pas ce qu’il désire, même quand il se met à demander ?

La raison, c’est que sa demande n’est qu’une simple formalité. Son cœur n’est pas dans son culte. Il achète un livre contenant ce qu’on appelle des « formules de prière », et il les récite, car réciter est plus facile que prier et ne demande aucune réflexion ! Je n’ai rien contre l’usage d’une formule de prière si vous priez avec elle, mais j’en connais un grand nombre qui ne prient pas avec elle et se contentent de réciter la formule. Imaginez ce que deviendraient nos familles si, au lieu de nous parler franchement quand ils ont besoin de quelque chose, nos enfants se croyaient toujours obligés d’aller dans la bibliothèque, d’y dénicher une formule de prière et de nous la lire ! Ce serait assurément la fin de toute chaleur familiale et de tout amour ! La vie avancerait dans les fers ! Notre foyer deviendrait une sorte de pensionnat, ou de caserne — et tout ne serait que parade et formalité — au lieu d’yeux heureux qui se lèvent avec une confiance aimante vers des yeux tendres qui se réjouissent d’y répondre !

Beaucoup d’hommes spirituels emploient une formule, mais les hommes charnels sont presque sûrs de le faire, car chez eux tout s’arrête à la formule. La prière de cet homme est une demande mal faite, parce qu’elle est entièrement pour lui-même. Il veut prospérer pour pouvoir jouir de la vie. Il veut être grand simplement pour être admiré — sa prière commence et finit par le moi. Voyez l’inconvenance d’une telle prière, même si elle est sincère. Quand un homme prie ainsi, il demande à Dieu d’être son serviteur et de satisfaire ses désirs. Non, pire que cela ! Il veut que Dieu se joigne à lui au service de ses convoitises ! Il satisfera ses convoitises, et Dieu viendra l’aider à le faire ! Une telle prière est un blasphème, et pourtant il s’en offre une grande quantité, et ce doit être l’une des choses les plus offensantes pour Dieu que le Ciel ait jamais vues !

Non, si un homme veut vivre pour lui-même et pour ses convoitises, qu’il le fasse, et plus il s’éloignera de Dieu, plus il sera conséquent avec lui-même. Qu’il ne récite pas du bout des lèvres le Notre Père comme si Dieu était son père, qu’il ne traîne pas le nom sacré de Christ pour sanctifier sa cupidité, qu’il n’invoque pas la bienheureuse puissance de l’Esprit au service de son agrandissement personnel ou de son ambition égoïste ! S’il le fait, il n’en sera pas plus avancé qu’au commencement — il demandera, et il ne possédera pas. Sa demande manquera son but parce qu’il demande mal, dans le but de satisfaire ses passions. Si vos désirs sont les aspirations d’une nature déchue ; si vos désirs commencent et finissent avec vous-mêmes, et si le but principal pour lequel vous vivez n’est pas de glorifier Dieu, mais de vous glorifier vous-mêmes, alors vous pourrez combattre, mais vous ne posséderez pas !

Vous pourrez vous lever matin et vous coucher tard, il n’en sortira rien qui vaille la peine d’être gagné ! Souvenez-vous de ce que le Seigneur a dit au Psaume 37 — « Laisse la colère, abandonne la fureur; Ne t’irrite pas, ce serait mal faire. Encore un peu de temps, et le méchant n’est plus; Tu regardes le lieu où il était, et il a disparu. Les misérables possèdent le pays, Et ils jouissent abondamment de la paix. »

Voilà pour la pauvreté de la convoitise.

II. Deuxièmement, j’ai maintenant devant moi une tâche sérieuse, et c’est de montrer COMMENT DES ÉGLISES CHRÉTIENNES PEUVENT SOUFFRIR DE PAUVRETÉ SPIRITUELLE, de sorte qu’elles aussi « désirent avoir, et ne peuvent pas obtenir ». Naturellement, le chrétien recherche des choses plus élevées que l’homme du monde, sans quoi il ne serait nullement digne de ce nom. Du moins, à ce qu’il professe, son but est d’obtenir les vraies richesses et de glorifier Dieu en esprit et en vérité. Oui, mais voyez, chers frères et sœurs, toutes les Églises n’obtiennent pas ce qu’elles désirent. Nous avons à nous plaindre, non pas ici ou là, mais en bien des endroits, d’Églises presque endormies et qui déclinent peu à peu.

Naturellement, elles trouvent des excuses. La population diminue, ou un autre lieu de culte attire les gens. Il y a toujours une excuse sous la main quand on en a besoin. Mais le fait demeure — le culte public est presque déserté en certains endroits, le ministère n’a plus aucune force de rassemblement — et ceux qui se montrent sont mécontents ou indifférents. Dans de telles Églises, il n’y a pas de conversions. Si on leur ajoutait une demi-douzaine de membres en un an, il leur faudrait entonner le « Chœur de l’Alléluia » ! Mais quant à amener des milliers d’âmes à Christ, elles craignent en secret que ce ne soit une chose peu souhaitable, car cela pourrait entraîner de l’agitation — et elles sont si comme il faut qu’elles redoutent tout ce qui ressemble à cela !

Ne rien faire et laisser les hommes aller à la damnation est, à leur jugement, convenable et respectable. Mais être vivant et énergique, c’est un état de choses périlleux, car cela pourrait mener au fanatisme et à l’inconvenance ! Elles redoutent tout spécialement ce qui ressemble au « sensationnalisme ». Ce vilain mot, elles le brandissent devant nous à peu près comme les Chinois essaient d’effrayer leurs ennemis en peignant des faces horribles sur leurs boucliers ! Ne vous souciez pas de ce mot terrible — il ne fera de mal à personne ! Ces Églises « ne possèdent pas », car aucune vérité de Dieu ne triomphe grâce à leur zèle ; aucun péché n’est frappé ; aucune sainteté n’est encouragée ; rien ne se fait par quoi Dieu soit glorifié. Et quelle en est la raison ?

Premièrement, même parmi les chrétiens de profession, il peut y avoir la poursuite de choses désirables par une mauvaise méthode. « Vous combattez et vous faites la guerre, et vous ne possédez pas. » Des Églises n’ont-elles pas pensé prospérer en rivalisant avec d’autres Églises ? À tel ou tel lieu de culte, ils ont un homme très habile — il nous faut, à nous aussi, un homme habile ! En fait, il faut qu’il soit un peu plus habile que le héros de nos voisins. Voilà ce qu’il faut — un homme habile ! Quelle misère que nous vivions à une époque où l’on parle d’hommes habiles pour prêcher l’Évangile de Jésus-Christ ! Hélas, que l’on puisse croire que ce saint service dépend de l’habileté humaine ! Les Églises ont rivalisé entre elles d’architecture, de musique, de toilettes et de rang social. Les dirigeants s’imaginent que, pour réussir, il leur faut quelque chose de plus beau, de plus artistique ou de plus coûteux que leurs voisins — alors ils construisent des édifices gothiques où la voix du pasteur se perd dans la charpente et n’est jamais bien entendue — ou bien ils achètent un orgue pourvu de tous les jeux, sauf de celui qui l’arrête !

L’opinion semble fort répandue qu’il y a beaucoup de grâce dans un orgue. Prier Dieu avec un moulin à vent, comme les Tartares, serait parfaitement absurde ! Mais louer Dieu avec du vent qui passe par une série de tuyaux est éminemment convenable ! Je n’ai jamais vu la différence, et je ne la vois pas davantage aujourd’hui. Orgue ou pas d’orgue, ce n’est pas, à présent, la question, mais je parle des cas où ces machines sont installées par esprit de rivalité. N’est-ce pas le dessein de beaucoup de réussir grâce à un plus bel édifice, une meilleure musique et un ministère plus habile que d’autres ? N’est-ce pas autant une affaire de concurrence que le sont, pour les drapiers, une devanture et une vitrine bien garnie ? Est-ce ainsi que le royaume de Dieu doit croître parmi nous ?

Dans certains cas, il y a une part d’amertume dans la rivalité. Il n’est pas agréable aux petits esprits de voir d’autres Églises prospérer plus que la leur. Elles sont peut-être plus zélées que nous et font peut-être mieux l’œuvre de Dieu, mais nous sommes trop enclins à leur jeter un regard jaloux — et, franchement, nous aimerions mieux qu’elles ne réussissent pas tout à fait si bien. Pensez-vous que l’Écriture dise en vain : « L’esprit qui habite en nous a des désirs qui portent à l’envie » ? Si nous voyions éclater parmi elles quelque trouble, en sorte qu’elles se disloquent et périssent ecclésiastiquement, nous ne nous en réjouirions pas. Bien sûr que non ! Mais nous n’en éprouverions pas non plus une tristesse mortelle ! Dans certaines Églises, un mauvais esprit s’attarde. Je ne porte aucun jugement injurieux et, par conséquent, je n’en dirai pas plus que ceci : Dieu ne bénira jamais de tels moyens ni un tel esprit — ceux qui s’y abandonnent désireront avoir, mais n’obtiendront jamais.

Cependant, quelle est la raison pour laquelle elles n’ont pas de bénédiction ? Le texte dit : « parce que vous ne demandez pas. » Je crains qu’il n’y ait des Églises qui ne demandent pas. La prière sous toutes ses formes est trop négligée. On laisse dépérir la prière personnelle. Je m’en remets à la conscience de chacun pour juger dans quelle mesure on veille à la prière secrète, et combien de communion avec Dieu il y a, dans le secret, parmi les membres de nos Églises. Assurément, sa bonne santé est vitale pour la prospérité de l’Église. De la prière en famille, il est plus facile de juger, car nous pouvons la voir. Je crains qu’en ces jours beaucoup aient tout à fait renoncé à la prière en famille. Je vous en prie, ne les imitez pas !

Je voudrais que vous soyez tous du même avis que ce journalier écossais qui avait trouvé un emploi dans la maison d’un riche fermier connu pour bien payer. Tous ses amis l’enviaient d’être entré dans une si bonne place. Peu de temps après, il revint dans son village natal. Et quand on lui demanda pourquoi il avait quitté sa place, il répondit qu’il « ne pouvait pas vivre dans une maison qui n’avait pas de toit ». Une maison sans prière est une maison sans toit ! Nous ne pouvons pas attendre de bénédictions sur nos Églises si nous n’en avons pas sur nos familles ! Quant à la prière en assemblée, ces rassemblements que nous appelons nos réunions de prière — n’y a-t-il pas un déclin ? Dans bien des cas, la réunion de prière est méprisée et regardée de haut comme une sorte de rassemblement de second ordre. Il y a des membres d’Églises qui n’y sont jamais présents, et leur conscience ne les pique nullement de rester à l’écart.

Certaines Églises confondent la réunion de prière avec une conférence, afin de n’avoir qu’un seul service dans la semaine. J’ai lu l’autre jour une excuse à tout cela : on dit que les gens sont mieux chez eux, à s’occuper des affaires de leur famille. Ce sont là de vains propos ! Qui d’entre nous souhaite que les gens négligent leurs affaires domestiques ? On constatera que ceux-là s’occupent le mieux de leurs propres affaires qui s’appliquent à tout mettre en ordre, afin de pouvoir se rendre aux assemblées du culte. Négliger la maison de Dieu est souvent l’indice qu’on néglige sa propre maison ! Ces gens-là n’amènent pas leurs enfants à Christ, j’en suis persuadé, sinon ils les amèneraient aux services. Quoi qu’il en soit, les prières de l’Église donnent la mesure de sa prospérité. Si nous restreignons la prière, nous restreignons la bénédiction.

Notre vrai succès, en tant qu’Églises, ne peut s’obtenir qu’en le demandant au Seigneur. Ne sommes-nous pas prêts à nous réformer et à nous amender sur ce point ? Oh ! que vienne l’heure où Sion sera en travail, où une agonie de prière ébranlera tout le corps des fidèles ! Mais certains répondent : « Il y a des réunions de prière, et nous demandons bien la bénédiction, et pourtant elle ne vient pas. » L’explication ne se trouve-t-elle pas dans l’autre partie du texte : « Vous ne possédez pas, parce que vous demandez mal » ? Quand les réunions de prière deviennent une pure forme ; quand des frères et des sœurs se lèvent et gaspillent le temps en longs discours au lieu de parler à Dieu avec des paroles ardentes et brûlantes ; quand on n’attend aucune bénédiction — quand la prière est froide et glacée —, alors il n’en sortira rien. Celui qui prie sans ferveur ne prie pas du tout ! Nous ne pouvons pas être en communion avec Dieu, qui est un feu dévorant, s’il n’y a pas de feu dans nos prières !

Bien des prières manquent leur but parce qu’il n’y a pas de foi en elles. Des prières pleines de doute sont des demandes de refus. Imaginez que vous écriviez à un ami en lui disant : « Cher ami, je suis dans une grande détresse, c’est pourquoi je vous le fais savoir et je vous demande votre aide, parce qu’il me semble juste de le faire. Mais tout en vous écrivant ainsi, je ne crois pas du tout que vous m’enverrez le moindre secours. En vérité, je serais extrêmement surpris si vous le faisiez, et j’en parlerais comme d’une grande merveille. » Pensez-vous que vous obtiendrez ce secours ? Je dirais que votre ami aurait assez de bon sens pour remarquer le peu de confiance que vous avez en lui, et qu’il vous répondrait que, puisque vous n’attendiez rien, il ne voulait pas vous étonner. L’opinion que vous avez de sa générosité est si basse qu’il ne se sent pas tenu de se déranger pour vous. Quand les prières sont de cette sorte, vous ne pouvez pas vous étonner si nous « ne possédons pas, parce que nous demandons mal ».

De plus, si notre prière, si ardente et si croyante soit-elle, n’est qu’une simple demande que notre Église prospère parce que nous voulons nous glorifier de sa prospérité — si nous voulons voir notre propre dénomination largement accrue et sa respectabilité rehaussée, afin d’en partager les honneurs —, alors nos désirs ne sont, après tout, que des convoitises ! Se peut-il que les enfants de Dieu manifestent les mêmes rivalités, les mêmes jalousies et les mêmes ambitions que les gens du monde ? L’œuvre religieuse sera-t-elle affaire de rivalité et de compétition ? Ah ! alors, les prières qui recherchent le succès ne seront point agréées devant le propitiatoire ! Dieu ne nous écoutera pas, mais nous dira de nous retirer, car il ne se soucie pas des requêtes dont le moi est l’objet. « Vous ne possédez pas, parce que vous ne demandez pas, ou parce que vous demandez mal. »

III. En troisième lieu, j’ai une tâche bien plus agréable à remplir : c’est d’indiquer LA RICHESSE QUI ATTEND L’EMPLOI DES BONS MOYENS, c’est-à-dire le fait de bien demander à Dieu. J’appelle votre plus solennelle attention sur ce point, car il est d’une importance vitale. Et ma première observation est celle-ci : combien elle est petite, après tout, cette exigence que Dieu nous impose ! Demander ? Mais c’est bien le moins qu’il puisse attendre de nous, et ce n’est rien de plus que ce que nous exigeons d’ordinaire de ceux qui ont besoin de notre aide ! Nous attendons d’un pauvre qu’il demande, et s’il ne le fait pas, nous rejetons sur lui-même la faute de son dénuement. Si Dieu veut donner à qui demande, et que nous demeurions pauvres, à qui la faute ? La faute n’est-elle pas des plus graves ? Ne semble-t-il pas que nous soyons en désaccord avec Dieu, au point de ne pas même daigner lui demander une faveur ? Assurément, il doit y avoir dans nos cœurs une inimitié cachée contre lui ; autrement, au lieu d’être une nécessité importune, la prière serait regardée comme un grand délice !

Quoi qu’il en soit, mes frères et mes sœurs, que cela nous plaise ou non, souvenez-vous que demander est la loi du Royaume. « Demandez, et vous recevrez. » C’est une règle qui ne sera jamais modifiée pour personne. Notre Seigneur Jésus-Christ est le frère aîné de

la famille, mais Dieu n’a pas assoupli la règle pour lui ! Souvenez-vous de ce texte : l’Éternel dit à son propre Fils : « Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage, Les extrémités de la terre pour possession. » Si le Fils de Dieu, royal et divin, ne peut être exempté de la règle de demander pour recevoir, vous et moi ne pouvons pas nous attendre à ce que la règle soit assouplie en notre faveur !

Pourquoi le serait-elle ? Quelle raison peut-on faire valoir pour que nous soyons dispensés de la prière ? Quel argument peut-il y avoir pour que nous soyons privés du privilège et délivrés de la nécessité de la supplication ? Je n’en vois aucun — et vous ? Dieu veut bénir Élie et envoyer la pluie sur Israël, mais Élie doit la demander par la prière. Si la nation élue doit prospérer, Samuel doit plaider pour elle. Si les Juifs doivent être délivrés, Daniel doit intercéder. Dieu veut bénir Paul, et les nations seront converties par lui, mais Paul doit prier ! Et prier, il le fit, sans cesse — ses épîtres montrent qu’il n’attendait rien qu’en le demandant. Si vous pouvez tout avoir en demandant, et rien sans demander, je vous supplie de voir combien la prière est absolument vitale ! Et je vous conjure d’y abonder.

De plus, il est clair, même pour le penseur le plus superficiel, qu’il y a certaines choses nécessaires à l’Église de Dieu que nous ne pouvons obtenir que par la prière. Vous pouvez obtenir cet homme habile dont j’ai parlé — moins vous prierez à son sujet, peut-être, mieux cela vaudra ! Et cette nouvelle église, et le nouvel orgue, et le chœur, vous pouvez aussi les obtenir sans prière — mais vous ne pouvez pas obtenir l’onction céleste : le don de Dieu ne s’achète pas à prix d’argent ! Quelques membres d’une Église, dans un village primitif d’Amérique, pensèrent qu’ils rassembleraient une assemblée en suspendant un fort beau lustre dans leur lieu de culte. On parla de ce lustre, et quelques-uns allèrent le voir — mais sa lumière ne tarda pas à pâlir.

Vous pouvez acheter toutes sortes de mobilier ecclésiastique ! Vous pouvez vous procurer n’importe quelle sorte de peinture, du cuivre, de la mousseline, de l’étoffe bleue, de l’écarlate et du fin lin — avec des flûtes, des harpes, des sambuques, des psaltérions et toutes sortes d’instruments de musique —, tout cela, vous pouvez l’avoir sans prière. En fait, ce serait une impertinence de prier au sujet de pareilles futilités ! Mais vous ne pouvez pas obtenir le Saint-Esprit sans prière. « Il souffle où il veut. » On ne peut l’attirer par aucun procédé ni aucune méthode à notre disposition, en dehors de la demande. Il n’existe aucun moyen mécanique qui puisse suppléer à son absence ! Si le Saint-Esprit n’est pas là, à quoi sert cet homme habile qui est le vôtre ? Quelqu’un sera-t-il converti ? Une seule âme sera-t-elle consolée ? Des enfants de Dieu seront-ils renouvelés dans la vie spirituelle sans le Saint-Esprit ? Vous ne pouvez pas non plus obtenir la communion avec Dieu sans prière. Celui qui ne veut pas prier ne peut avoir de communion avec Dieu. Bien plus, il n’y a pas de véritable communion spirituelle de l’Église avec ses propres membres quand la prière est suspendue. La prière doit être en action, sinon ces bénédictions, qui sont d’une nécessité vitale pour le succès de l’Église, ne pourront jamais lui parvenir. La prière est la grande porte de la bénédiction spirituelle, et si vous la fermez, vous fermez la porte à la faveur divine.

Mes frères et mes sœurs bien-aimés, ne pensez-vous pas que cette demande que Dieu exige est un très grand privilège ? Supposez qu’un édit soit publié vous défendant de prier — ce serait vraiment une dure épreuve ! Si la prière interrompait le courant de la bénédiction au lieu de le grossir, ce serait une triste calamité. Avez-vous jamais vu un muet sous le coup d’une forte émotion, ou en proie à une grande douleur, et par conséquent impatient de parler ? C’est un spectacle terrible ! Le visage se déforme, le corps est affreusement agité — le muet se tord et se débat dans une cruelle détresse. Chaque membre se contorsionne du désir d’aider la langue, mais celle-ci ne peut rompre ses liens ! Des sons creux sortent de sa poitrine, et les balbutiements d’une parole impuissante éveillent l’attention, sans pouvoir aller jusqu’à s’exprimer. La pauvre créature est dans une douleur inexprimable !

Supposez que nous soyons, dans notre nature spirituelle, pleins de désirs puissants, et pourtant muets quant à la langue de la prière ? Je crois que ce serait l’une des plus cruelles afflictions qui puissent nous frapper ! Nous serions terriblement mutilés et démembrés — et notre angoisse serait accablante ! Béni soit son nom : le Seigneur a ordonné un moyen de s’exprimer, et il invite notre cœur à s’épancher devant lui ! Bien-aimés, il nous faut prier — il me semble que ce devrait être la toute première chose à laquelle nous pensions quand nous sommes dans le besoin. Si les hommes étaient en règle avec Dieu et l’aimaient vraiment, ils prieraient aussi naturellement qu’ils respirent ! J’espère que certains d’entre nous sont en règle avec Dieu et n’ont pas besoin d’être poussés à la prière, car elle est devenue chez eux un instinct de leur nature.

Un ami m’a raconté hier l’histoire d’un petit garçon allemand — une histoire que son pasteur aimait à raconter. Ce cher petit enfant croyait en son Dieu et faisait ses délices de la prière. Son maître d’école avait recommandé aux élèves d’arriver à l’heure, et l’enfant s’efforçait toujours de le faire. Mais son père et sa mère étaient des gens lents, et un matin, par leur seule faute, il franchissait juste le seuil de la porte au moment où l’horloge sonnait l’heure de l’ouverture de l’école. Un ami, qui se trouvait près de là, entendit le petit s’écrier : « Cher Dieu, je t’en prie, accorde-moi d’arriver à temps à l’école ! » Celui qui l’écoutait se dit que, pour une fois, la prière ne pourrait être exaucée, car l’enfant avait encore un bon bout de chemin à faire, et l’heure était déjà venue. Il fut curieux de voir le résultat.

Or il se trouva que ce matin-là, le maître, en voulant ouvrir la porte de l’école, tourna la clef dans le mauvais sens et ne put faire jouer le pêne. Il fallut envoyer chercher un serrurier pour ouvrir la porte. D’où un retard, et juste au moment où la porte

s’ouvrait, notre petit ami entra avec les autres, parfaitement à l’heure ! Dieu a bien des manières d’accorder les désirs légitimes. Il était tout naturel qu’au lieu de pleurer et de gémir, un enfant qui aimait vraiment Dieu lui parlât de sa peine. Ne devrait-il pas être naturel pour vous et pour moi, spontanément et sur-le-champ, de dire au Seigneur nos chagrins et de lui demander du secours ? Ne devrait-ce pas être notre premier recours ? Hélas ! d’après l’Écriture et l’observation — et, j’ai la douleur de l’ajouter, d’après l’expérience —, la prière est souvent la dernière chose !

Voyez le malade du 107e Psaume. Ses amis lui apportent toutes sortes d’aliments, mais son âme a en horreur toute nourriture. Les médecins font ce qu’ils peuvent pour le guérir, mais son état empire de plus en plus, et il s’approche des portes de la mort — « Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel ». Ce qui aurait dû venir en premier est mis en dernier ! « Envoyez chercher le médecin. Préparez-lui de la nourriture. Enveloppez-le de flanelle ! » Tout cela est fort bien, mais quand prierez-vous Dieu ? On n’invoquera Dieu que lorsque le cas sera devenu désespéré ! Voyez les marins décrits dans le même Psaume. Le navire est bien près de faire naufrage. « Ils montaient vers les cieux, ils descendaient dans l’abîme; Leur âme était éperdue en face du danger. » Ils font pourtant tout ce qu’ils peuvent pour tenir tête à la tempête. Mais lorsqu’on en arrive là : « Saisis de vertige, ils chancelaient comme un homme ivre, Et toute leur habileté était anéantie. Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel. »

Oh ! oui, on cherche Dieu quand on est acculé et sur le point de périr ! Et quelle miséricorde qu’il exauce de si tardives prières et qu’il délivre les suppliants de leurs angoisses ! Mais devrait-il en être ainsi pour vous et pour moi, et pour les Églises de Christ ? Le premier mouvement d’une Église en déclin ne devrait-il pas être : « Prions jour et nuit, jusqu’à ce que le Seigneur se manifeste en notre faveur. Réunissons-nous d’un commun accord dans un même lieu, et ne nous séparons jamais avant que la bénédiction descende sur nous » ? Savez-vous, mes frères et mes sœurs, quelles grandes choses on peut obtenir simplement en les demandant ? Y avez-vous jamais pensé ? Cela ne vous pousse-t-il pas à prier avec ferveur ? Le ciel tout entier est à la portée de celui qui demande ! Toutes les promesses de Dieu sont riches et inépuisables — et leur accomplissement s’obtient par la prière !

Jésus dit : « Toutes choses m’ont été données par mon Père », et Paul dit : « Tout est à vous; et vous êtes à Christ. » Qui ne prierait pas, quand toutes choses nous sont ainsi remises ? Oui, et les promesses qui furent d’abord faites à des individus particuliers nous sont toutes faites à nous, si nous savons les plaider dans la prière. Israël a traversé la mer Rouge il y a bien des siècles, et pourtant nous lisons au 66e Psaume : « Alors nous nous réjouîmes en lui. » Jacob seul était présent à Peniel, et pourtant Osée dit : « Et c’est là que Dieu nous a parlé. » Paul veut nous donner une grande promesse pour les temps de besoin, et il cite l’Ancien Testament : « car Dieu lui-même a dit: Je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point. » Où Paul a-t-il pris cela ? C’est l’assurance que le Seigneur donna à Josué : « je ne te délaisserai point, je ne t’abandonnerai point. »

Assurément, cette promesse n’était que pour Josué ! Non, elle est pour nous ! « Aucune prophétie de l’Écriture ne peut être un objet d’interprétation particulière. » Toute l’Écriture est à nous. Voyez comment Dieu apparaît la nuit à Salomon et lui dit : « Demande ce que tu veux que je te donne. » Salomon demande la sagesse. « Oh ! c’est Salomon », dites-vous. Écoutez ! — « Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu. » Dieu donna à Salomon, par-dessus le marché, la richesse et la gloire ! N’est-ce pas là un privilège propre à Salomon ? Non, car il est dit de la vraie sagesse : « Dans sa droite est une longue vie; Dans sa gauche, la richesse et la gloire » — et cela ne ressemble-t-il pas beaucoup aux paroles de notre Sauveur : « Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » ? Ainsi, vous le voyez, les promesses du Seigneur ont de multiples accomplissements, et elles n’attendent que de répandre leurs trésors dans le sein de la prière ! Cela n’élève-t-il pas la prière à une grande hauteur, quand Dieu est disposé à répéter en nous la biographie de ses saints, quand il attend pour nous faire grâce et pour nous combler de ses bienfaits ?

Je mentionnerai une autre vérité de Dieu qui devrait nous pousser à prier : c’est que, si nous demandons, Dieu nous donnera beaucoup plus que nous ne demandons. Abraham demanda à Dieu qu’Ismaël vécût devant lui. Il pensait : « Assurément, c’est là la postérité promise ; je ne puis m’attendre à ce que Sara ait un enfant dans sa vieillesse. Dieu m’a promis une postérité, et ce doit sûrement être cet enfant d’Agar. Oh! Qu’Ismaël vive devant ta face ! » Dieu le lui accorda, et il lui donna aussi Isaac, et toutes les bénédictions de l’alliance ! Voyez Jacob. Il s’agenouille pour prier et demande au Seigneur de lui donner du pain à manger et des vêtements pour se couvrir. Mais que lui donna son Dieu ? Quand il revint à Béthel, il avait deux troupes, des milliers de brebis et de chameaux, et de grandes richesses ! Dieu l’avait exaucé et avait fait infiniment au-delà de ce qu’il avait demandé !

Il est dit de David : « Le roi te demandait la vie, tu la lui as donnée, une vie longue » ; oui, il lui donna non seulement une longue vie, mais un trône pour ses fils dans toutes les générations, si bien que David alla s’asseoir devant le Seigneur, accablé par la bonté du Seigneur. « Eh bien, dites-vous, en est-il de même des prières du Nouveau Testament ? » Oui, il en est ainsi des suppliants du Nouveau Testament, qu’ils soient saints ou pécheurs ! On amena à Christ un homme atteint de paralysie, et on lui demanda de le guérir. Et il dit : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » On ne lui avait pas demandé cela, n’est-ce pas ? Non, mais Dieu donne de plus grandes choses que celles que nous demandons !

Écoutez l’humble prière de ce pauvre brigand mourant : « Seigneur, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne. » Jésus répond : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » ! Il n’avait jamais rêvé d’un tel honneur !

L’histoire même du prodigue nous enseigne cela. Il avait résolu de dire : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. » Quelle est la réponse ? « Mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie. Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. » Placez-vous une bonne fois dans la position de celui qui demande, et vous aurez ce que vous n’avez jamais demandé et n’avez jamais pensé recevoir ! On cite souvent ce texte de travers : « Dieu peut faire infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander, ou même penser. » Si seulement nous avions plus de bon sens et plus de foi, nous pourrions demander les plus grandes choses ; mais Dieu est disposé à nous donner infiniment plus que nous ne demandons !

En ce moment même, je crois que l’Église de Dieu pourrait recevoir des bénédictions inconcevables si seulement elle était prête, maintenant, à prier. Avez-vous jamais remarqué ce merveilleux tableau du 8e chapitre de l’Apocalypse ? Il mérite d’être considéré avec soin. Je n’essaierai pas de l’expliquer dans son contexte, mais je me contenterai de vous montrer le tableau tel qu’il est accroché au mur, tout seul. Lisez : « Quand il ouvrit le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure. » Silence dans le ciel !? Plus d’hymnes, plus d’alléluias, pas un ange ne remuait une aile ! Silence dans le ciel !? Pouvez-vous l’imaginer ? Et regardez ! Vous voyez sept anges debout devant Dieu, et on leur donne sept trompettes. Ils sont là qui attendent, la trompette à la main, mais aucun son ne se fait entendre ! Pas une seule note d’encouragement ou d’avertissement pendant un intervalle assez long pour provoquer une vive émotion, mais assez court pour prévenir l’impatience.

Un silence ininterrompu, profond, redoutable, régnait dans le ciel ! L’action est suspendue dans le ciel, centre de toute activité. « Et un autre ange vint, et il se tint sur l’autel, ayant un encensoir d’or. » Il se tient là, mais aucune offrande n’est présentée — tout s’est arrêté. Qu’est-ce qui pourra bien tout remettre en mouvement ? « On lui donna beaucoup de parfums, afin qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or qui est devant le trône. » La prière est présentée avec le mérite du Seigneur Jésus ! Maintenant, voyez ce qui va arriver : « La fumée des parfums monta, avec les prières des saints, de la main de l’ange devant Dieu. » Voilà la clef de toute l’affaire !

Maintenant vous allez voir : l’ange se met à l’œuvre — il prend l’encensoir, le remplit du feu de l’autel et le jette sur la terre, « Et il y eut des voix, des tonnerres, des éclairs, et un tremblement de terre. » « Et les sept anges qui avaient les sept trompettes se préparèrent à en sonner. » Tout est en mouvement maintenant ! Dès que les prières des saints furent mêlées à l’encens du mérite éternel de Christ et commencèrent à monter en fumée de l’autel, alors la prière devint efficace ! Les charbons ardents tombèrent parmi les fils des hommes, tandis que les anges de la divine Providence, qui se tenaient immobiles auparavant, font retentir leurs trompettes tonnantes, et la volonté du Seigneur s’accomplit ! Telle est la scène dans le ciel, dans une certaine mesure, aujourd’hui encore. Apportez ici l’encens ! Apportez ici les prières des saints ! Embrasez-les par les mérites de Christ, et qu’elles montent en fumée sur l’autel d’or devant le Très-Haut ! Alors nous verrons le Seigneur à l’œuvre, et sa volonté sera faite sur la terre comme au ciel ! Que Dieu accompagne ces paroles de sa bénédiction, pour l’amour de Christ. Amen.

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