Chapitre 4 · 41 min de lecture · 53 min d’écoute
L’ordre et les arguments dans la prière
« Oh! Si je savais où le trouver, Si je pouvais arriver jusqu’à son trône, Je plaiderais ma cause devant lui, Je remplirais ma bouche d’arguments. »—Job 23:3,4
Au comble de son extrémité, Job crie après le Seigneur. Le désir ardent d’un enfant de Dieu affligé, c’est de revoir la face de son Père. Sa première prière n’est pas : « Oh ! si je pouvais être guéri de la maladie qui suppure maintenant dans chaque partie de mon corps ! », ni même : « Oh ! si je pouvais voir mes enfants arrachés aux mâchoires du tombeau, et mes biens repris une fois encore de la main du pillard ! » ; non, son premier cri, celui qui domine tout, c’est : « Oh ! si je savais où LE trouver — lui qui est mon Dieu ! si je pouvais arriver jusqu’à son trône ! » Les enfants de Dieu courent à la maison quand l’orage éclate. C’est l’instinct, né du ciel, d’une âme où la grâce habite, que de chercher sous les ailes de l’Éternel un abri contre tous les maux. « Celui qui a fait de Dieu son refuge » : ce pourrait être le titre du vrai croyant. L’hypocrite, quand il sent que Dieu l’a frappé, s’irrite du châtiment et, tel un esclave, voudrait fuir le maître qui l’a fouetté ; il n’en va pas ainsi du véritable héritier du ciel : il baise la main qui l’a frappé, et contre la verge il cherche refuge dans le sein de ce Dieu même qui avait froncé le sourcil contre lui. Vous remarquerez que le désir de communier avec Dieu s’avive quand toutes les autres sources de consolation font défaut. Quand Job aperçut de loin ses amis, peut-être nourrit-il l’espoir que leurs bons conseils et leur tendre compassion émousseraient le tranchant de sa douleur ; mais ils n’avaient pas parlé longtemps qu’il s’écriait avec amertume : « Vous êtes tous des consolateurs fâcheux. » Ils versaient du sel dans ses plaies, ils jetaient du combustible sur la flamme de son chagrin, ils ajoutaient le fiel de leurs reproches à l’absinthe de ses douleurs. Eux qui jadis ne demandaient qu’à se chauffer au soleil de son sourire osaient maintenant jeter des ombres sur sa réputation, de la manière la plus mesquine et la plus imméritée. Malheur à l’homme dont la coupe de vin se moque de lui en lui offrant du vinaigre, et dont l’oreiller le pique de ses épines ! Le patriarche se détourna de ses piètres amis et leva les yeux vers le trône céleste, comme le voyageur se détourne de son outre vide et se hâte de toute sa vitesse vers le puits. Il dit adieu aux espérances nées de la terre, et s’écrie : « Oh ! si je savais où trouver mon Dieu ! » Mes frères, rien ne nous enseigne autant le prix du Créateur que la découverte du vide de tout le reste. Lorsque vous aurez été transpercés de part en part par cette sentence : « Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, Qui prend la chair pour son appui », alors vous sucerez une douceur inexprimable dans cette divine assurance : « Béni soit l’homme qui se confie dans l’Éternel, Et dont l’Éternel est l’espérance. » Vous détournant avec un amer dédain des ruches de la terre, où vous n’avez point trouvé de miel, mais bien des aiguillons acérés, vous vous réjouirez en celui dont la fidèle parole est plus douce que le miel, que celui qui coule des rayons.
On remarquera en outre que, si l’homme de bien se hâte vers Dieu dans son épreuve, et court avec d’autant plus de vitesse que ses semblables se montrent durs envers lui, il arrive pourtant que l’âme pieuse soit privée de la présence consolante de Dieu. C’est la pire de toutes les douleurs ; notre texte est l’un des profonds gémissements de Job, bien plus profond qu’aucun de ceux que lui arrachèrent la perte de ses enfants et celle de ses biens : « Oh ! si je savais où LE trouver ! » La pire de toutes les pertes, c’est de perdre le sourire de mon Dieu. Job goûtait alors par avance l’amertume du cri de son Rédempteur : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » En un sens, la présence de Dieu est toujours avec son peuple, en tant qu’elle le soutient secrètement ; mais sa présence manifeste, son peuple n’en jouit pas toujours. Comme l’épouse du Cantique, les croyants cherchent leur bien-aimé la nuit sur leur couche ; ils le cherchent, mais ils ne le trouvent point ; ils ont beau se lever et parcourir la ville, ils ne parviennent pas à le découvrir, et la question peut revenir, triste, encore et encore : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime? » Vous pouvez être aimés de Dieu, et pourtant n’avoir dans votre âme aucun sentiment de cet amour. Vous pouvez être aussi chers à son cœur que Jésus-Christ lui-même, et cependant, pour un petit moment, il peut vous abandonner, et dans un instant de colère se cacher à vous. Mais, chers amis, en de tels moments, le désir de l’âme croyante gagne encore en intensité du fait même que la lumière de Dieu lui est retirée. Au lieu de dire, la lèvre hautaine : « Eh bien, s’il me laisse, il faudra que je me passe de lui ; si je ne puis avoir sa présence consolante, je continuerai à combattre comme je pourrai », l’âme dit : « Non, c’est ma vie même ; il me faut mon Dieu. Je péris, j’enfonce dans la boue, sans pouvoir me tenir, et rien que le bras de Dieu ne peut me délivrer. » L’âme pieuse s’applique avec un double zèle à trouver Dieu, et elle fait monter vers le ciel, plus souvent et plus ardemment, ses gémissements, ses instances, ses sanglots et ses soupirs. « Oh! Si je savais où le trouver ! » La distance ou la peine ne comptent pour rien ; si seulement l’âme savait où aller, elle aurait vite franchi la distance. Elle ne pose aucune condition au sujet des montagnes ou des fleuves, mais elle fait vœu, si elle savait où, d’arriver jusqu’à son trône. Mon âme, dans sa faim, passerait au travers des murs de pierre, ou escaladerait les remparts du ciel pour atteindre son Dieu ; et quand bien même il y aurait sept enfers entre lui et moi, j’affronterais les flammes si je pouvais l’atteindre, sans me laisser intimider, pourvu que j’aie la perspective de me tenir enfin en sa présence et de goûter les délices de son amour. Tel me semble être l’état d’esprit dans lequel Job prononça les paroles que nous avons sous les yeux.
Mais nous ne pouvons nous arrêter sur ce point, car l’objet de notre méditation de ce matin nous appelle plus loin. Il apparaît que le but de Job, en désirant la présence de Dieu, était de pouvoir le prier. Il avait prié, mais il voulait prier comme en la présence de Dieu. Il désirait plaider comme devant quelqu’un dont il savait qu’il l’entendrait et lui viendrait en aide. Il aspirait à exposer sa propre cause devant le siège du Juge impartial, devant la face même du Dieu qui sait tout ; il voulait en appeler des tribunaux inférieurs, où ses amis avaient rendu un jugement inique, à la Cour du Banc du Roi — la Haute Cour du ciel —, et là, dit-il, « Je plaiderais ma cause devant lui, Je remplirais ma bouche d’arguments. »
Dans ce dernier verset, Job nous enseigne comment il entendait plaider et intercéder auprès de Dieu. Il nous révèle, pour ainsi dire, les secrets de son cabinet de prière, et il dévoile l’art de prier. Nous sommes ici admis dans la corporation des suppliants ; on nous montre l’art et le mystère du plaidoyer ; on nous enseigne ici le bienheureux métier et la science de la prière ; et si nous pouvons, ce matin, nous mettre en apprentissage chez Job pour l’heure qui vient, et recevoir une leçon du Maître de Job, nous pourrons acquérir une habileté non négligeable dans l’art d’intercéder auprès de Dieu.
Deux choses nous sont ici présentées comme nécessaires dans la prière — mettre en ordre notre cause, et remplir notre bouche d’arguments. Nous parlerons de ces deux choses ; puis, si nous avons bien appris la leçon, un heureux résultat s’ensuivra.
I. Premièrement, IL EST NÉCESSAIRE QUE NOTRE REQUÊTE SOIT MISE EN ORDRE DEVANT DIEU.
Il existe une idée vulgaire selon laquelle la prière serait chose très facile, une sorte d’affaire courante qu’on peut expédier n’importe comment, sans soin ni effort. Certains pensent qu’il suffit d’attraper un livre sur l’étagère et de parcourir un certain nombre de fort excellentes paroles, et l’on a prié, et l’on peut remettre le livre en place ; d’autres estiment que se servir d’un livre est superstitieux, et qu’il faut plutôt répéter des phrases improvisées, des phrases qui vous viennent à l’esprit en se bousculant, comme un troupeau de pourceaux ou une meute de chiens, et que, lorsqu’on les a prononcées en prêtant un peu d’attention à ce qu’on a dit, on a prié. Or, ni l’une ni l’autre de ces manières de prier n’était celle des saints d’autrefois. Ils semblent avoir pris la prière beaucoup plus au sérieux que bien des gens aujourd’hui. C’était, semble-t-il, une grande affaire pour eux, un exercice longuement pratiqué, dans lequel certains d’entre eux parvinrent à une haute excellence, et en furent singulièrement bénis. Ils moissonnèrent d’abondantes récoltes dans le champ de la prière, et trouvèrent dans le propitiatoire une mine de trésors incalculables.
Les saints d’autrefois avaient coutume, avec Job, de mettre leur cause en ordre devant Dieu ; c’est-à-dire qu’ils faisaient comme le requérant qui se présente au tribunal : il n’y vient pas sans réflexion pour exposer son affaire au pied levé, mais il entre dans la salle d’audience avec sa requête bien préparée, ayant de plus appris comment il doit se conduire en présence du grand personnage auquel il fait appel. Il est bon de s’approcher du trône du Roi des rois, autant que possible, avec réflexion et préparation, sachant ce que nous faisons, où nous nous tenons, et ce que nous désirons obtenir. Aux heures de péril et de détresse, nous pouvons voler vers Dieu tels que nous sommes, comme la colombe entre dans le creux du rocher, même si ses plumes sont ébouriffées ; mais en temps ordinaire nous ne devrions pas venir avec un esprit non préparé, de même qu’un enfant ne va pas le matin trouver son père avant de s’être lavé le visage. Voyez ce prêtre, là-bas ; il a un sacrifice à offrir, mais il ne se précipite pas dans le parvis des prêtres pour taillader le taureau avec la première hache qui lui tombe sous la main ; quand il se lève, il se lave les pieds à la cuve d’airain, il revêt ses habits et se pare de ses vêtements sacerdotaux ; puis il vient à l’autel avec sa victime dûment partagée selon la loi, et il prend soin d’agir selon le commandement jusque dans une chose aussi simple que la disposition de la graisse, du foie et des rognons ; il recueille le sang dans un bassin et le répand à l’endroit qui convient, au pied de l’autel, au lieu de le jeter n’importe où, comme l’idée lui en viendrait ; et il allume le feu, non avec une flamme ordinaire, mais avec le feu sacré pris sur l’autel. Tout ce rituel est maintenant aboli, mais la vérité qu’il enseignait demeure la même : nos sacrifices spirituels doivent être offerts avec un saint soin. À Dieu ne plaise que notre prière consiste simplement à sauter du lit, à s’agenouiller et à dire la première chose qui nous passe par la tête ; au contraire, puissions-nous nous tenir devant le Seigneur dans une sainte crainte et un respect sacré. Voyez comment David pria lorsque Dieu l’eut béni : il entra devant le Seigneur. Comprenez bien cela ; il ne resta pas dehors, à distance, mais il entra devant le Seigneur et il s’assit — car être assis n’est pas une mauvaise posture pour prier, n’en déplaise à ceux qui le critiquent —, et, assis paisiblement et calmement devant le Seigneur, il se mit alors à prier, mais pas avant d’avoir d’abord médité sur la bonté divine, et d’être ainsi parvenu à l’esprit de prière. Alors, avec l’assistance du Saint-Esprit, il ouvrit la bouche. Oh ! si nous cherchions plus souvent le Seigneur de cette manière ! Abraham peut nous servir de modèle ; il se leva de bon matin — voilà sa bonne volonté ; il fit trois jours de marche — voilà son zèle ; il laissa ses serviteurs au pied de la montagne — voilà son recueillement à l’écart ; il emporta avec lui le bois et le feu — voilà sa préparation ; et enfin il bâtit l’autel, rangea le bois, puis prit le couteau — voilà le soin pieux de son culte. David le dit ainsi : « Le matin je dirigerai vers toi ma prière, et je regarderai en haut » ; ce que je vous ai souvent expliqué en ce sens qu’il rangeait ses pensées comme des hommes de guerre, ou qu’il visait de ses prières comme avec des flèches. Il ne prenait pas la flèche pour la poser sur la corde et tirer, et tirer, et tirer n’importe où ; mais après avoir sorti le trait choisi et l’avoir ajusté à la corde, il visait posément. Il regardait — il regardait bien — le blanc de la cible ; il gardait l’œil fixé sur lui, dirigeant sa prière, puis il bandait son arc de toute sa force et laissait partir la flèche ; et alors, quand le trait avait quitté sa main, que dit-il ? « Je regarderai en haut. » Il levait les yeux pour voir où allait la flèche, pour voir quel effet elle produisait ; car il attendait une réponse à ses prières, et n’était pas comme beaucoup, qui ne pensent guère à leurs prières une fois qu’ils les ont prononcées. David savait qu’il avait devant lui un engagement qui exigeait toutes ses facultés ; il rassemblait ses forces et se mettait à l’ouvrage en bon ouvrier, comme quelqu’un qui y croit et qui entend réussir. Nous devrions labourer avec soin et prier avec soin. Plus l’œuvre est noble, plus elle mérite d’attention. Être soucieux dans la boutique et insouciant dans le cabinet de prière, ce n’est guère moins qu’un blasphème, car c’est insinuer que n’importe quoi est assez bon pour Dieu, tandis que le monde doit avoir ce que nous avons de meilleur.
Si quelqu’un demande quel ordre il faut observer dans la prière, je ne vais pas vous donner un schéma comme beaucoup en ont dressé, où l’adoration, la confession, la demande, l’intercession et la louange se succèdent en bon ordre. Je ne suis pas persuadé qu’un tel ordre soit d’autorité divine. Ce n’est pas d’un ordre simplement mécanique que je parlais, car nos prières seront tout aussi agréées, et peut-être tout aussi convenables, sous n’importe quelle forme ; il y a en effet, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, des modèles de prières de toutes formes. Le véritable ordre spirituel de la prière me semble consister en quelque chose de plus qu’un simple arrangement. Il convient avant tout que nous sentions d’abord que nous faisons à présent quelque chose de réel ; que nous allons nous adresser à Dieu, que nous ne pouvons voir, mais qui est réellement présent ; que nous ne pouvons ni toucher ni entendre, ni saisir par nos sens, mais qui néanmoins est aussi véritablement avec nous que si nous parlions à un ami de chair et de sang semblable à nous. Sentant la réalité de la présence de Dieu, notre esprit sera conduit par la grâce divine dans un état d’humilité ; nous éprouverons ce qu’éprouvait Abraham lorsqu’il disait : « j’ai osé parler au Seigneur, moi qui ne suis que poudre et cendre. » Dès lors nous ne nous déchargerons pas de notre prière comme des écoliers récitent leurs leçons, par pure routine ; encore moins parlerons-nous comme si nous étions des rabbins instruisant leurs élèves, ou, comme j’en ai entendu certains le faire, avec la grossièreté d’un bandit de grand chemin qui arrête un passant sur la route et lui réclame sa bourse ; mais nous serons des solliciteurs humbles et pourtant hardis, implorant humblement et avec insistance la miséricorde par le sang du Sauveur. Nous n’aurons pas la réserve d’un esclave, mais la révérence aimante d’un enfant ; non pas toutefois d’un enfant effronté et impertinent, mais d’un enfant docile et obéissant, qui honore son Père, et qui pour cela demande avec ardeur, mais avec une soumission déférente à la volonté de son Père. Quand je sens que je suis en la présence de Dieu, et que je prends dans cette présence la place qui me revient, la chose suivante que je voudrai reconnaître, c’est que je n’ai aucun droit à ce que je demande, et que je ne puis espérer l’obtenir autrement que comme un don de la grâce ; et je dois me souvenir que Dieu fixe le canal par lequel il veut me donner sa miséricorde : il me la donnera par son Fils bien-aimé. Je veux donc me placer sous le patronage du grand Rédempteur. Je veux sentir que maintenant ce n’est plus moi qui parle, mais Christ qui parle avec moi, et que, tandis que je plaide, je plaide ses blessures, sa vie, sa mort, son sang, lui-même. C’est là véritablement se mettre en ordre.
Ensuite, il faut considérer ce que je dois demander. Il est tout à fait convenable, dans la prière, de viser à une grande netteté dans la supplication. On a bien des raisons de se plaindre de certaines prières publiques : ceux qui les font ne demandent réellement rien à Dieu. Je dois avouer que je crains d’avoir moi-même prié ainsi, et j’ai assurément entendu beaucoup de prières de ce genre, dans lesquelles je ne sentais pas que l’on cherchait à obtenir quoi que ce soit de Dieu — beaucoup d’excellente matière doctrinale et expérimentale, mais peu de vraie requête, et ce peu dans une sorte d’état nébuleux, chaotique et informe. Or il me semble que la prière doit être nette : on demande une chose de façon précise et distincte, parce que l’esprit a pris conscience du besoin précis qu’il en a, et qu’il lui faut donc plaider pour l’obtenir. Il est bon de ne pas tourner autour du pot dans la prière, mais d’aller droit au but. J’aime cette prière d’Abraham : « Oh! Qu’Ismaël vive devant ta face! » Voilà le nom et la personne pour qui l’on prie, et la bénédiction désirée, le tout en peu de mots : « Qu’Ismaël vive devant ta face! » Bien des gens auraient employé une tournure détournée de ce genre : « Oh ! que notre progéniture bien-aimée soit regardée avec la faveur que tu portes à ceux qui… », etc. Dites « Ismaël », si vous voulez dire « Ismaël » ; dites-le en termes clairs devant le Seigneur. Certaines personnes ne peuvent même pas prier pour le pasteur sans employer des périphrases si détournées qu’on pourrait croire qu’il s’agit du bedeau de la paroisse, ou de quelqu’un qu’il ne conviendrait pas de désigner trop précisément. Pourquoi ne pas être nets, et dire ce que nous pensons, tout autant que penser ce que nous disons ? Mettre notre cause en ordre nous amènerait à une plus grande netteté d’esprit. Il n’est pas nécessaire, mes chers frères, de demander dans le cabinet de prière toutes les bonnes choses imaginables ; il n’est pas nécessaire de réciter le catalogue de tous les besoins que vous pouvez avoir, que vous avez eus, que vous pourriez avoir ou que vous aurez. Demandez ce dont vous avez besoin maintenant et, en règle générale, tenez-vous-en au besoin présent ; demandez votre pain quotidien — ce qu’il vous faut maintenant —, demandez cela. Demandez-le simplement, comme devant Dieu, qui ne fait aucun cas de vos belles expressions, et pour qui votre éloquence et votre art oratoire seront moins que rien et que vanité. Tu es devant le Seigneur ; que tes paroles soient peu nombreuses, mais que ton cœur soit fervent.
Vous n’avez pas tout à fait achevé de mettre votre cause en ordre quand vous avez demandé ce dont vous avez besoin par Jésus-Christ. Il faudrait faire le tour de la bénédiction que vous désirez, pour voir si c’est assurément une chose qu’il convient de demander ; car certaines prières ne seraient jamais faites si les hommes prenaient seulement le temps de réfléchir. Un peu de réflexion nous montrerait que certaines choses que nous désirons feraient mieux d’être laissées de côté. Nous pouvons en outre avoir, au fond de notre désir, un motif qui n’est pas conforme à l’esprit de Christ, un motif égoïste, qui oublie la gloire de Dieu et ne pourvoit qu’à notre aise et à notre confort. Or, bien que nous puissions demander des choses qui sont pour notre profit, nous ne devons pourtant jamais laisser notre profit porter atteinte, de quelque manière que ce soit, à la gloire de Dieu. Il faut que soit mêlé à la prière agréable à Dieu le sel sacré de la soumission à la volonté divine. J’aime cette parole de Luther : « Seigneur, je veux obtenir de toi ma volonté cette fois-ci. » « Quoi ! direz-vous, vous aimez une pareille expression ? » Oui, à cause de la proposition suivante, qui était : « Je veux obtenir ma volonté, car je sais que ma volonté est ta volonté. » Voilà qui est bien dit, Luther ; mais sans ces derniers mots, c’eût été une coupable présomption. Quand nous sommes sûrs que ce que nous demandons est pour la gloire de Dieu, alors, si nous avons de la puissance dans la prière, nous pouvons dire : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni » ; nous pouvons en venir à un corps à corps avec Dieu et, comme Jacob avec l’ange, nous pouvons même engager la lutte et chercher à faire tomber l’ange plutôt que d’être renvoyés sans la bénédiction. Mais nous devons être tout à fait certains, avant d’en venir à de tels termes, que ce que nous cherchons est réellement pour l’honneur du Maître.
Réunissez ces trois choses : la profonde spiritualité qui reconnaît dans la prière une véritable conversation avec le Dieu invisible — une grande netteté, qui est la réalité même de la prière, et qui demande ce dont nous savons avoir besoin — et, avec cela, une grande ferveur, qui croit la chose nécessaire et qui, pour cette raison, est résolue à l’obtenir si la prière peut l’obtenir ; et, par-dessus tout cela, une entière soumission, qui s’en remet encore à la volonté du Maître ; — mêlez tout cela, et vous aurez une idée claire de ce que c’est que de mettre votre cause en ordre devant le Seigneur.
Toutefois, la prière elle-même est un art que seul le Saint-Esprit peut nous enseigner. C’est lui qui donne toute prière. Priez pour obtenir la prière — priez jusqu’à ce que vous sachiez prier ; priez pour être aidés à prier, et ne renonce pas à prier parce que tu ne peux pas prier, car c’est quand tu penses ne pas pouvoir prier que tu pries le plus ; et parfois, quand tu ne trouves aucune espèce de consolation dans tes supplications, c’est alors que ton cœur, tout brisé et abattu, lutte réellement et l’emporte véritablement auprès du Très-Haut.
II. La seconde partie de la prière consiste à REMPLIR LA BOUCHE D’ARGUMENTS — non pas à remplir la bouche de mots, ni de belles phrases, ni de jolies expressions, mais à remplir la bouche d’arguments : les arguments sont les coups du heurtoir par lesquels la porte s’ouvre.
Pourquoi faut-il employer des arguments ? Telle est la première question ; et la réponse est : certainement pas parce que Dieu serait lent à donner, ni parce que nous pourrions changer le dessein divin, ni parce que Dieu aurait besoin d’être informé de quelque circonstance qui nous concerne, ou de quoi que ce soit en rapport avec la grâce demandée : les arguments que nous devons employer sont pour notre propre bien, non pour le sien. Il veut que nous plaidions avec lui, et que nous produisions nos fortes raisons, comme dit Ésaïe, parce que cela montrera que nous sentons le prix de la grâce demandée. Quand un homme cherche des arguments en faveur d’une chose, c’est qu’il attache de l’importance à ce qu’il recherche. De plus, l’emploi d’arguments nous enseigne sur quel fondement nous obtenons la bénédiction. Si un homme venait avec l’argument de son propre mérite, il ne réussirait jamais ; l’argument qui réussit est toujours fondé sur la grâce, et ainsi l’âme qui plaide de la sorte est amenée à comprendre intensément que c’est par la grâce, et par la grâce seule, qu’un pécheur obtient quoi que ce soit du Seigneur. En outre, l’emploi d’arguments est destiné à attiser notre ferveur. Celui qui emploie un argument auprès de Dieu gagnera plus de force en employant le suivant, et emploiera le suivant avec une puissance plus grande encore, et le suivant avec plus de force encore. Les meilleures prières que j’aie jamais entendues dans nos réunions de prière ont été celles qui étaient le plus remplies d’arguments. Parfois mon âme a été toute fondue lorsque j’écoutais des frères qui venaient devant Dieu en sentant que la grâce demandée leur était réellement nécessaire et qu’il fallait qu’ils l’obtiennent ; car ils suppliaient d’abord Dieu de la donner pour telle raison, puis pour une deuxième, puis pour une troisième, puis pour une quatrième et une cinquième, jusqu’à ce qu’ils eussent réveillé la ferveur de toute l’assemblée. Mes frères, la prière n’est nullement nécessaire en ce qui concerne Dieu ; mais combien elle est nécessaire pour nous-mêmes ! Si nous n’étions pas contraints de prier, je me demande si nous pourrions même vivre en chrétiens. Si les grâces de Dieu nous arrivaient sans être demandées, elles ne seraient pas à moitié aussi utiles qu’elles le sont maintenant qu’il faut les rechercher ; car à présent nous recevons une double bénédiction : une bénédiction en obtenant, et une bénédiction en cherchant. L’acte même de prier est une bénédiction. Prier, c’est pour ainsi dire se baigner dans un frais ruisseau qui murmure, et échapper ainsi aux ardeurs du soleil de l’été terrestre. Prier, c’est s’élever sur des ailes d’aigle au-dessus des nuages et parvenir dans le ciel serein où Dieu habite. Prier, c’est entrer dans la maison du trésor de Dieu et s’enrichir à même un magasin inépuisable. Prier, c’est saisir le ciel dans ses bras, étreindre la Divinité au-dedans de son âme, et sentir son corps devenu un temple du Saint-Esprit. Indépendamment de l’exaucement, la prière est en elle-même une bénédiction. Prier, mes frères, c’est rejeter vos fardeaux, c’est arracher vos haillons, c’est secouer vos maladies, c’est être rempli de vigueur spirituelle, c’est atteindre le plus haut degré de la santé chrétienne. Dieu nous accorde d’être beaucoup dans le saint art d’argumenter avec Dieu dans la prière.
Il reste la partie la plus intéressante de notre sujet ; c’est un résumé très rapide, un petit catalogue de quelques-uns des arguments dont on s’est servi auprès de Dieu avec un grand succès. Je ne puis vous en donner la liste complète ; il y faudrait un traité comme maître John Owen aurait pu en écrire. Il est bon, dans la prière, de plaider auprès de Jéhovah ses attributs. Abraham le fit lorsqu’il se saisit de la justice de Dieu. Il fallait intercéder pour Sodome, et Abraham commence : « Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville: les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d’elle? Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu’il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d’agir! Loin de toi! Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice? » Ici commence la lutte. C’était un argument puissant que celui par lequel le patriarche saisit la main gauche du Seigneur et l’arrêta au moment même où la foudre allait tomber. Mais il y eut une réponse. Il lui fut donné à entendre que cela ne suffirait pas à épargner la ville, et vous remarquez comment le saint homme, serré de près, recula pied à pied ; et enfin, quand il ne put plus se saisir de la justice, il empoigna la main droite de Dieu, celle de la miséricorde, et cela lui donna une prise merveilleuse lorsqu’il demanda que, s’il ne s’y trouvait que dix justes, la ville fût épargnée. Ainsi, vous et moi, nous pouvons en tout temps nous saisir de la justice, de la miséricorde, de la fidélité, de la sagesse, de la longanimité, de la tendresse de Dieu, et nous trouverons que chaque attribut du Très-Haut est, pour ainsi dire, un grand bélier avec lequel nous pouvons ouvrir de force les portes du ciel.
Une autre pièce d’artillerie puissante dans la bataille de la prière, c’est la promesse de Dieu. Lorsque Jacob était de l’autre côté du torrent de Jabbok, et que son frère Ésaü venait à sa rencontre avec des hommes armés, il supplia Dieu de ne pas permettre qu’Ésaü fît périr la mère et les enfants, et, comme raison maîtresse, il plaida : « Et toi, tu as dit: Je te ferai du bien. » Oh ! la force de cet argument ! Il tenait Dieu à sa parole : « Tu as dit. » L’attribut est une magnifique corne de l’autel à saisir ; mais la promesse, qui renferme l’attribut et quelque chose de plus, est une prise plus puissante encore. « Tu as dit. » Rappelez-vous comment David s’y prit. Après que Nathan lui eut annoncé la promesse, David dit, à la fin de sa prière : « Agis selon ta parole. » C’est là un argument légitime auprès de tout honnête homme ; et lui, l’a-t-il dit, et ne le fera-t-il pas ? « Que Dieu, au contraire, soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur. » Lui ne serait-il pas vrai ? Lui ne tiendrait-il pas sa parole ? Toute parole qui sort de ses lèvres ne demeurera-t-elle pas ferme, et ne s’accomplira-t-elle pas ? Salomon, à la dédicace du temple, se servit de ce même argument puissant. Il supplie Dieu de se souvenir de la parole qu’il avait dite à David, son père, et de bénir ce lieu. Quand un homme signe un billet à ordre, son honneur est engagé. Il y appose sa signature, et il doit l’acquitter à l’échéance, sinon il perd son crédit. On ne dira jamais que Dieu laisse protester ses traites. Le crédit du Très-Haut n’a jamais été mis en cause, et ne le sera jamais. Il est ponctuel à la minute ; il n’est jamais en avance, mais il n’est jamais en retard. Vous pouvez fouiller ce Livre d’un bout à l’autre et le comparer avec l’expérience du peuple de Dieu : les deux concordent du premier au dernier ; et plus d’un patriarche aux cheveux blancs a dit avec Josué, dans sa vieillesse : « Aucune de toutes les bonnes choses que l’Éternel Dieu a promises n’est restée sans effet : toutes se sont accomplies. » Mon frère, si vous avez une promesse divine, vous n’avez pas besoin de la plaider en y mettant un « si » ; vous pouvez plaider avec certitude. Si, pour la grâce que vous demandez en ce moment, vous avez la parole solennellement engagée de Dieu, il n’y aura guère de place pour la réserve touchant la soumission à sa volonté. Vous connaissez sa volonté : cette volonté est dans la promesse ; plaidez-la. Ne lui laissez point de repos qu’il ne l’ait accomplie. Il entendait l’accomplir, sinon il ne l’aurait pas donnée. Dieu ne donne pas ses paroles simplement pour faire taire notre bruit et nous garder dans l’espérance pour un temps, avec l’intention de nous éconduire à la fin ; mais quand il parle, il parle parce qu’il a l’intention d’agir.
Un troisième argument dont on peut se servir est celui qu’employa Moïse : le grand nom de Dieu. Avec quelle puissance il plaida auprès de Dieu, en une certaine occasion, sur ce terrain ! « Que feras-tu pour ton grand nom? Les Égyptiens diront : C’est parce que l’Éternel n’avait pas le pouvoir de les mener dans le pays qu’il les a fait mourir dans le désert. » Il est des occasions où le nom de Dieu est très étroitement lié à l’histoire de son peuple. Parfois, s’appuyant sur une promesse divine, un croyant sera conduit à adopter une certaine ligne de conduite. Or, si le Seigneur ne tenait pas sa promesse, non seulement le croyant serait trompé, mais le monde méchant qui regarde dirait : « Ah ! ah ! Où est votre Dieu ? » Prenez le cas de notre frère estimé, M. Müller, de Bristol. Depuis bien des années, il déclare que Dieu exauce la prière, et, ferme dans cette conviction, il a continué de bâtir maison après maison pour l’entretien des orphelins. Or, je conçois fort bien que, s’il en venait à manquer de ressources pour l’entretien de ces mille ou deux mille enfants, il pourrait fort bien faire valoir cet argument : « Que feras-tu pour ton grand nom? » Et vous, dans quelque épreuve sévère, lorsque vous avez dûment reçu la promesse, vous pouvez dire : « Seigneur, tu as dit : “Six fois je te délivrerai de l’angoisse, et sept fois le mal ne t’atteindra pas.” J’ai dit à mes amis et à mes voisins que je mets ma confiance en toi, et si tu ne me délivres pas maintenant, où est ton nom ? Lève-toi, ô Dieu, et fais cette chose, de peur que ton honneur ne soit jeté dans la poussière. » À cela nous pouvons joindre l’argument supplémentaire des choses dures que disent les blasphémateurs. Ézéchias fit bien lorsqu’il prit la lettre de Rabschaké et la déploya devant l’Éternel. Cela l’aidera-t-il ? Elle est pleine de blasphèmes : cela l’aidera-t-il ? « Où sont les dieux d’Arpad et de Sepharvaïm ? Où sont les dieux des villes que j’ai renversées ? Qu’Ézéchias ne vous abuse point, en disant que l’Éternel vous délivrera. » Cela a-t-il quelque effet ? Oh ! oui, ce fut une chose bénie que Rabschaké écrivît cette lettre, car elle provoqua le Seigneur à secourir son peuple. Parfois l’enfant de Dieu peut se réjouir quand il voit ses ennemis perdre tout à fait leur sang-froid et se mettre à injurier. « Maintenant, dit-il, c’est le Seigneur lui-même qu’ils ont outragé ; ce n’est pas moi seul qu’ils ont attaqué, mais le Très-Haut lui-même. Désormais, ce n’est plus le pauvre et insignifiant Ézéchias avec sa petite troupe de soldats, c’est Jéhovah, le Roi des anges, qui est venu combattre contre Rabschaké. Que feras-tu maintenant, ô soldat vantard de l’orgueilleux Sanchérib ? Ne seras-tu pas entièrement détruit, puisque Jéhovah lui-même est entré dans la mêlée ? » Tous les progrès que fait le papisme, toutes les choses fausses que disent les athées spéculatifs et leurs semblables, devraient servir aux chrétiens d’argument auprès de Dieu pour qu’il vienne en aide à l’Évangile. Seigneur, vois comme ils outragent l’Évangile de Jésus ! Retire ta droite de ton sein ! Ô Dieu, ils te défient ! L’Antichrist s’introduit à la place où ton Fils fut autrefois honoré, et du haut des chaires mêmes où l’Évangile était autrefois prêché, c’est le papisme qu’on proclame aujourd’hui. Lève-toi, ô Dieu, réveille ton zèle, que ta sainte passion s’embrase ! Ton antique ennemi l’emporte de nouveau. Voici que la prostituée de Babylone, une fois encore, s’avance en triomphe sur sa bête écarlate ! Viens, Jéhovah, viens, Jéhovah, et montre une fois de plus ce que peut ton bras découvert ! C’est là une manière légitime de plaider auprès de Dieu, à cause de son grand nom.
Nous pouvons de même plaider les douleurs de son peuple. On le fait fréquemment. Jérémie est le grand maître de cet art. Il dit : « Ses princes étaient plus éclatants que la neige, Plus blancs que le lait; Ils avaient le teint plus vermeil que le corail; Leur figure était comme le saphir. Leur aspect est plus sombre que le noir. » « Les nobles fils de Sion, Estimés à l’égal de l’or pur, Sont regardés, hélas! Comme des vases de terre, Ouvrage des mains du potier! » Il parle de toutes leurs souffrances et de toutes leurs détresses pendant le siège. Il appelle le Seigneur à regarder sa Sion souffrante ; et bientôt ses cris plaintifs sont entendus. Rien n’est aussi éloquent auprès d’un père que le cri de son enfant ; oui, il est une chose plus puissante encore, c’est un gémissement, — quand l’enfant est si malade qu’il ne peut même plus crier, et qu’il reste là à gémir de cette sorte de gémissement qui trahit une souffrance extrême et une faiblesse profonde. Qui peut résister à ce gémissement ? Ah ! et lorsque l’Israël de Dieu sera réduit si bas qu’il pourra à peine crier et qu’on n’entendra plus que ses gémissements, alors viendra le temps de la délivrance du Seigneur, et il ne manquera pas de montrer qu’il aime son peuple. Chers amis, chaque fois que vous serez, vous aussi, réduits au même état, vous pourrez plaider vos gémissements, et quand vous verrez une Église réduite très bas, vous pourrez faire valoir ses douleurs comme un argument pour que Dieu revienne et sauve le reste de son peuple.
Frères, il est bon de plaider auprès de Dieu le passé. Ah ! vous, gens expérimentés du peuple de Dieu, vous savez comment le faire. Voici un exemple que nous en donne David : « Tu as été mon secours. Ne me laisse pas, ne m’abandonne pas. » Il plaide la miséricorde de Dieu envers lui depuis sa jeunesse. Il parle d’avoir été jeté sur son Dieu dès sa naissance même, puis il plaide : « Maintenant aussi que je suis vieux et que j’ai les cheveux blancs, ô Dieu, ne m’abandonne pas. » Moïse aussi, parlant avec Dieu, dit : « C’est toi qui as fait monter ce peuple hors d’Égypte. » Comme s’il disait : « Ne laisse pas ton œuvre inachevée ; tu as commencé à bâtir, achève. Tu as livré la première bataille ; Seigneur, mène la campagne jusqu’au bout ! Continue jusqu’à ce que tu remportes une victoire complète. » Combien de fois n’avons-nous pas crié dans notre détresse : « Seigneur, tu m’as délivré dans telle ou telle épreuve cruelle, alors qu’il semblait n’y avoir aucun secours à proximité ; tu ne m’as encore jamais abandonné. J’ai dressé mon Ében-Ézer en ton nom. Si tu avais eu l’intention de me délaisser, pourquoi m’aurais-tu montré de telles choses ? As-tu amené ton serviteur jusqu’ici pour le couvrir de honte ? » Frères, nous avons affaire à un Dieu immuable, qui fera dans l’avenir ce qu’il a fait dans le passé, parce qu’il ne se détourne jamais de son dessein et qu’on ne peut faire échouer ses projets ; ainsi le passé devient un moyen très puissant d’obtenir de lui des bénédictions.
Nous pouvons même faire de notre propre indignité un argument auprès de Dieu. « De celui qui mange est sorti ce qui se mange, et du fort est sorti le doux. » David, en un endroit, plaide ainsi : « Seigneur, pardonne mon iniquité, car elle est grande. » C’est là une manière de raisonner bien singulière ; mais, interprétée, elle signifie : « Seigneur, pourquoi t’occuperais-tu de petites choses ? Tu es un grand Dieu, et voici un grand pécheur. Il y a en moi de quoi faire éclater ta grâce. La grandeur de mon péché fait de moi une estrade pour la grandeur de ta miséricorde. Que la grandeur de ton amour se voie en moi. » Moïse semble avoir la même pensée en tête lorsqu’il demande à Dieu de montrer sa grande puissance en épargnant son peuple pécheur. La puissance avec laquelle Dieu se retient lui-même est grande en vérité. Ô frères et sœurs, il existe une façon de se glisser jusqu’au pied du trône, de s’y blottir tout bas et de crier : « Ô Dieu, ne me brise pas — je suis un roseau cassé. Oh ! ne foule pas aux pieds ma petite vie, elle n’est plus qu’une mèche qui fume. Me donneras-tu la chasse ? Sortiras-tu, comme disait David, “après un chien mort, après une puce” ? Me poursuivras-tu comme une feuille emportée par la tempête ? Me surveilleras-tu, comme dit Job, comme si j’étais une vaste mer ou une grande baleine ? Non, mais parce que je suis si petit, et parce que la grandeur de ta miséricorde peut se montrer en quelqu’un de si insignifiant et pourtant de si vil, à cause de cela, ô Dieu, aie pitié de moi. »
Il y eut une fois une occasion où la divinité même de Jéhovah fournit un argument triomphant au prophète Élie. En ce jour solennel où il avait invité ses adversaires à voir si leur dieu pouvait leur répondre par le feu, vous pouvez à peine imaginer l’émotion qui dut agiter ce jour-là l’esprit du prophète. Avec quelle âpre ironie il dit : « Criez à haute voix, puisqu’il est dieu; il pense à quelque chose, ou il est occupé, ou il est en voyage; peut-être qu’il dort, et il se réveillera. » Et tandis qu’ils se faisaient des incisions avec des couteaux et sautaient sur l’autel, oh ! de quel mépris cet homme de Dieu dut regarder leurs efforts impuissants et leurs cris ardents mais inutiles ! Mais pensez combien son cœur aurait palpité, n’eût été la force de sa foi, lorsqu’il rétablit l’autel de Dieu qui avait été renversé, qu’il arrangea le bois et qu’il tua le taureau. Écoutez-le crier : « Versez de l’eau dessus. Vous ne me soupçonnerez pas de cacher du feu ; versez de l’eau sur la victime. » Quand ils l’eurent fait, il leur ordonne : « Faites-le une seconde fois. » Et ils le firent une seconde fois ; puis il dit : « Faites-le une troisième fois. » Et quand tout fut couvert d’eau, trempé et imbibé de part en part, alors il se lève et crie à Dieu : « Ô Dieu, que l’on sache que toi seul es Dieu. » Ici, tout était mis à l’épreuve. L’existence même de Jéhovah était désormais, pour ainsi dire, mise en jeu sous les yeux des hommes par ce prophète hardi. Mais comme le prophète fut bien exaucé ! Le feu descendit et consuma non seulement le sacrifice, mais encore le bois et les pierres, et jusqu’à l’eau qui était dans les fossés, car l’Éternel Dieu avait répondu à la prière de son serviteur. Nous pouvons parfois faire de même, et lui dire : « Oh ! par ta divinité, par ton existence, si vraiment tu es Dieu, montre-toi maintenant pour le secours de ton peuple ! »
Enfin, le grand argument chrétien, ce sont les souffrances, la mort, le mérite, l’intercession du Christ Jésus. Frères, je crains que nous ne comprenions pas ce que nous avons à notre disposition quand il nous est permis de plaider auprès de Dieu pour l’amour de Christ. J’ai rencontré cette pensée l’autre jour : elle était un peu nouvelle pour moi, mais je crois qu’elle n’aurait pas dû l’être. Quand nous demandons à Dieu de nous exaucer, en plaidant le nom de Christ, nous voulons dire d’ordinaire : « Ô Seigneur, ton Fils bien-aimé mérite cela de toi ; fais-moi cela à cause de ce qu’il mérite. » Mais si nous le savions, nous pourrions aller dans la Cité : « Monsieur, passez à mon bureau, servez-vous de mon nom, et dites qu’on doit vous donner telle chose. » J’entrerais, je me servirais de votre nom, et j’obtiendrais ce que je demande comme un droit et comme une chose qui ne peut m’être refusée. C’est là virtuellement ce que Jésus-Christ nous dit : « Si vous avez besoin de quelque chose de Dieu, tout ce que le Père possède m’appartient ; allez, et servez-vous de mon nom. » Supposez que vous donniez à un homme votre carnet de chèques, signé de votre propre nom et laissé en blanc, pour qu’il le remplisse à son gré ; ce serait à très peu près ce que Jésus a fait par ces paroles : « Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » Si j’avais un bon nom au bas du chèque, je serais sûr de le faire encaisser en me présentant chez le banquier ; de même, quand vous avez le nom de Christ, dont la justice même de Dieu est devenue la débitrice, et dont les mérites ont des droits auprès du Très-Haut, quand vous avez le nom de Christ, il n’est pas besoin de parler avec crainte et tremblement, en retenant votre souffle. Oh ! n’hésitez pas, et que votre foi ne chancelle pas ! Quand vous plaidez le nom de Christ, vous plaidez ce qui ébranle les portes de l’enfer, ce à quoi obéissent les armées du ciel, et Dieu lui-même ressent la puissance sacrée de cet argument divin.
Frères, vous feriez mieux si, dans vos prières, vous pensiez parfois davantage aux douleurs et aux gémissements de Christ. Présentez au Seigneur ses blessures, parlez au Seigneur de ses cris, faites que les gémissements de Jésus crient de nouveau depuis Gethsémané, et que son sang parle de nouveau depuis ce Calvaire glacé. Parlez franchement, et dites au Seigneur qu’avec de telles douleurs, de tels cris et de tels gémissements à plaider, vous ne pouvez accepter un refus : de tels arguments vous feront aboutir.
III. Si le Saint-Esprit nous enseigne à mettre en ordre notre cause et à remplir notre bouche d’arguments, le résultat sera que NOUS AURONS LA BOUCHE REMPLIE DE LOUANGES. L’homme qui a la bouche pleine d’arguments dans la prière aura bientôt la bouche pleine de bénédictions en réponse à sa prière. Cher ami, vous avez la bouche pleine ce matin, n’est-ce pas ? De quoi ? Pleine de plaintes ? Priez le Seigneur de vous rincer la bouche de cette matière noire, car elle vous servira de peu, et elle sera amère dans vos entrailles un de ces jours. Oh ! ayez la bouche pleine de prière, pleine, pleine d’arguments, au point qu’il n’y ait place pour rien d’autre. Alors venez avec cette bienheureuse bouchée, et vous vous en irez bientôt avec tout ce que vous aurez demandé à Dieu. Faites seulement de lui vos délices, et il vous donnera ce que votre cœur désire.
On dit — je ne sais avec quelle vérité — que l’explication du texte : « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai », peut se trouver dans une coutume orientale très singulière. On rapporte qu’il n’y a pas bien des années — je me souviens qu’on a rapporté le fait — le roi de Perse ordonna au premier de ses nobles, qui avait fait je ne sais quelle chose qui lui avait grandement plu, d’ouvrir la bouche, et quand celui-ci l’eut fait, le roi se mit à lui mettre dans la bouche des perles, des diamants, des rubis et des émeraudes, jusqu’à la remplir autant qu’elle pouvait en contenir, puis il lui dit de s’en aller. On dit que cela s’est fait à l’occasion dans les cours orientales envers de grands favoris. Or, que ce soit ou non une explication du texte, c’en est assurément une illustration. Dieu dit : « Ouvre ta bouche avec des arguments », et alors il la remplira de miséricordes inestimables, de joyaux d’une valeur indicible. Un homme n’ouvrirait-il pas la bouche toute grande, s’il devait la voir remplie de cette façon ? Assurément, le plus simple d’entre vous serait assez sage pour cela. Oh ! ouvrons donc toute grande notre bouche quand nous avons à plaider auprès de Dieu. Nos besoins sont grands ; que nos demandes soient grandes, et la provision sera grande aussi. Vous n’êtes point à l’étroit en lui ; ce sont vos entrailles qui se sont rétrécies. Que le Seigneur vous donne une large bouche dans la prière, une grande puissance, non dans l’usage du langage, mais dans l’emploi des arguments.
Ce que j’ai dit au chrétien s’applique dans une large mesure à l’homme inconverti. Que Dieu vous donne d’en voir la force, de fuir dans une humble prière vers le Seigneur Jésus-Christ et de trouver en lui la vie éternelle.
PASSAGE DE L’ÉCRITURE LU AVANT LE SERMON—Nombres 14:1-21.
Chapitre 4 terminé
L’ordre et les arguments dans la prière