Chapitre 3 · 39 min de lecture · 50 min d’écoute
La clef d’or de la prière
« Invoque-moi, et je te répondrai; Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas. » Jérémie 33:3.
CERTAINS des ouvrages les plus savants du monde sentent l’huile de la lampe de minuit. Mais les livres et les paroles les plus spirituels et les plus consolants que les hommes nous aient laissés ont d’ordinaire comme un relent d’humidité de prison. Je pourrais en citer bien des exemples—le Pèlerin de John Bunyan suffira, au lieu de cent autres. Et notre beau texte que voici, tout moisi et tout froid encore de la prison où gisait Jérémie, a pourtant un éclat et une beauté qu’il n’aurait peut-être jamais eus s’il n’était venu comme une parole d’encouragement au prisonnier du Seigneur, enfermé dans la cour de la prison.
Le peuple de Dieu a toujours, dans sa pire condition, découvert ce que son Dieu a de meilleur. Dieu est bon en tout temps, mais il semble n’être jamais aussi bon que lorsque les siens sont au plus mal. « Comment avez-vous pu supporter si bien votre longue captivité ? » demandait-on au landgrave de Hesse, qui avait été emprisonné pour son attachement aux principes de la Réforme. Il répondit : « Les consolations divines des martyrs étaient avec moi. »
Sans doute y a-t-il une consolation plus profonde, plus forte que toute autre, que Dieu réserve à ceux qui, étant ses témoins fidèles, doivent endurer de la part de l’inimitié des hommes une tribulation extrêmement grande. Les régions glacées ont leur glorieuse aurore. Et les étoiles scintillent dans les cieux du nord avec une splendeur inaccoutumée. Rutherford disait plaisamment que, lorsqu’on le jetait dans les caves de l’affliction, il se souvenait que le grand Roi y gardait toujours son vin ; et aussitôt il se mettait à chercher les bouteilles pour boire des « vins vieux, clarifiés ».
Ceux qui plongent dans la mer de l’affliction en rapportent des perles rares. Vous savez qu’il en est ainsi, vous, mes compagnons d’affliction. Vous dont les os ont été près de percer la peau, à force d’être longtemps couchés sur un lit de lassitude. Vous qui avez vu vos biens terrestres emportés loin de vous et qui avez été réduits presque à l’indigence. Vous qui êtes allés au tombeau déjà sept fois, jusqu’à craindre que votre dernier ami sur la terre ne fût emporté à son tour par la Mort impitoyable. Vous avez tous éprouvé qu’il est un Dieu fidèle et que, comme vos tribulations abondent, ainsi vos consolations abondent aussi par le Christ Jésus !
Ma prière, en prenant ce texte ce matin, c’est que d’autres prisonniers du Seigneur entendent sa joyeuse promesse leur parler au cœur ! Que vous qui êtes enfermés et ne pouvez sortir à cause de l’abattement présent de votre esprit, vous l’entendiez vous dire, comme dans un doux murmure à vos oreilles et à vos cœurs : « Invoque-moi, et je te répondrai; Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas. »
Le texte se divise naturellement en trois parcelles distinctes de la Vérité de Dieu. Parlons-en selon que Dieu le Saint-Esprit nous en rendra capables. Premièrement, la prière commandée—« Invoque-moi ». Deuxièmement, une réponse promise—« et je te répondrai ». Troisièmement, la foi encouragée—« Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas ».
I. Le premier point est LA PRIÈRE COMMANDÉE. Il ne nous est pas simplement conseillé et recommandé de prier : il nous est ordonné de prier. C’est là une grande condescendance. On bâtit un hôpital—on juge suffisant que les malades y soient admis gratuitement lorsqu’ils le demandent. Mais aucun décret du conseil ne prescrit qu’un homme doive en franchir les portes. On approvisionne bien une soupe populaire au plus fort de l’hiver. On fait savoir que les pauvres pourront y recevoir de la nourriture sur simple demande. Mais personne ne songe à faire voter par le Parlement une loi obligeant les pauvres à venir attendre à la porte pour recevoir la charité.
On estime qu’il suffit de l’offrir, sans publier aucune sorte d’ordre enjoignant aux hommes de l’accepter. Et pourtant, d’un côté, si étrange est l’aveuglement de l’homme qu’il lui faut un commandement pour être miséricordieux envers sa propre âme ! Et, de l’autre, si merveilleuse est la condescendance de notre Dieu plein de grâce qu’il publie un commandement d’amour sans lequel pas un seul homme né d’Adam ne prendrait part au festin de l’Évangile, mais préférerait mourir de faim plutôt que de venir ! Il en est de même pour la prière. Le peuple même de Dieu a besoin d’un commandement de prier, sans quoi il ne l’aurait pas reçu.
Pourquoi cela ? Parce que, chers amis, nous sommes fort sujets à des accès de mondanité, si ce n’est pas même là notre état habituel. Nous n’oublions pas de manger—nous n’oublions pas d’ôter les volets de la boutique—nous n’oublions pas d’être diligents dans nos affaires—nous n’oublions pas d’aller nous reposer dans notre lit—mais nous oublions souvent de lutter avec Dieu dans la prière et de passer, comme nous devrions le faire, de longs moments dans une communion consacrée avec notre Père et notre Dieu. Chez trop de chrétiens de profession, le grand livre de comptes est si volumineux qu’on ne peut le déplacer ! Et la Bible, qui représente leur piété, est si petite qu’on pourrait presque la glisser dans la poche de son gilet.
Des heures pour le monde ! Des instants pour Christ ! Le monde a ce que nous avons de meilleur, et notre cabinet de prière les restes de notre temps. Nous donnons notre force et notre fraîcheur aux voies de Mammon, et notre fatigue aux voies de Dieu. Voilà pourquoi il faut qu’on nous commande de nous appliquer à cet acte même qui devrait être notre plus grand bonheur, comme il est notre plus haut privilège—rencontrer notre Dieu ! « Invoque-moi », dit-il, car il sait que nous sommes enclins à oublier d’invoquer Dieu.
« Pourquoi dors-tu? Lève-toi, invoque ton Dieu! » : voilà une exhortation dont nous avons besoin aussi bien que Jonas dans la tempête. Il sait combien notre cœur est lourd, parfois, sous le sentiment du péché. Satan nous dit : « Pourquoi prierais-tu ? Comment peux-tu espérer obtenir gain de cause ? C’est en vain que tu dis : “Je me lèverai, j’irai vers mon père”, car tu n’es pas digne d’être l’un de ses mercenaires ! Comment pourrais-tu voir la face du Roi après l’avoir trahi ? Comment oserais-tu t’approcher de l’autel, quand tu l’as toi-même souillé, et que le sacrifice que tu voudrais y apporter n’est qu’une pauvre offrande souillée ? »
Ô frères et sœurs, il est heureux pour nous qu’il nous soit commandé de prier, sans quoi, aux heures d’abattement, nous pourrions y renoncer ! Si Dieu me le commande, tout indigne que je puisse être, je me traînerai jusqu’au marchepied de la grâce divine. Et puisqu’il dit : « Priez sans cesse », même si les mots me manquent et que mon cœur lui-même s’égare, je continuerai pourtant à balbutier les désirs de mon âme affamée et à dire : « Ô Dieu, enseigne-moi du moins à prier, et aide-moi à triompher auprès de toi. »
Ne nous est-il pas commandé de prier aussi à cause de notre fréquente incrédulité ? L’incrédulité murmure : « À quoi te servirait-il de chercher le Seigneur pour telle ou telle affaire ? C’est là un cas qui sort tout à fait de la liste des choses où Dieu est intervenu et, par conséquent (dit le diable), si tu te trouvais dans n’importe quelle autre situation, tu pourrais t’appuyer sur le bras puissant de Dieu. Mais ici ta prière ne te servira de rien. Ou bien c’est une affaire trop insignifiante, ou bien elle touche de trop près aux choses temporelles, ou bien c’est une affaire où tu as trop péché, ou bien c’est une affaire trop élevée, trop difficile, trop compliquée—tu n’as pas le droit de porter cela devant Dieu ! » Voilà ce que suggère l’immonde démon de l’enfer.
C’est pourquoi il se trouve écrit, comme un précepte de chaque jour applicable à toute situation où un chrétien peut être jeté : « Invoque-moi. » « Invoque-moi. Es-tu malade ? Voudrais-tu être guéri ? Crie à moi, car je suis le grand Médecin. La Providence te tourmente-t-elle ? Crains-tu de ne pouvoir pourvoir honnêtement à tes besoins aux yeux des hommes ? Invoque-moi ! Tes enfants te causent-ils du chagrin ? Ressens-tu ce qui est plus aigu que la dent d’une vipère—un enfant ingrat ? Invoque-moi ! Tes chagrins sont-ils petits, mais douloureux, comme de menues pointes et piqûres d’épines ? Invoque-moi ! Ton fardeau est-il si lourd qu’il semble devoir te briser les reins sous sa charge ? Invoque-moi ! Remets ton sort à l’Éternel, et il te soutiendra ! Il ne laissera jamais chanceler le juste. »
Dans la vallée—sur la montagne—sur le rocher stérile—dans la mer salée ! Submergés sous les flots, puis bientôt soulevés sur la crête des vagues—dans la fournaise quand les charbons sont ardents—aux portes de la mort quand les mâchoires de l’enfer voudraient se refermer sur vous—ne cessez pas, car le commandement s’adresse à vous à tout jamais par ces mots : « Invoque-moi. » La prière est toujours puissante et doit triompher auprès de Dieu pour vous apporter votre délivrance. Voilà quelques-unes des raisons pour lesquelles le privilège de la supplication est aussi présenté dans l’Écriture sainte comme un devoir—il y en a bien d’autres—mais celles-ci suffiront ce matin.
Nous ne devons pas quitter notre première partie sans avoir fait encore une remarque. Nous devrions être bien heureux que Dieu nous ait donné ce commandement dans sa Parole, afin qu’il soit sûr et durable. Vous pouvez vous reporter à cinquante passages où le même précepte est énoncé. Je ne lis pas souvent dans l’Écriture : « Tu ne tueras point. » « Tu ne convoiteras point. » La Loi est donnée deux fois, mais je lis souvent des préceptes de l’Évangile, car si la Loi est donnée deux fois, l’Évangile est donné soixante-dix fois sept fois. Pour chaque précepte que je ne puis observer parce que je suis faible par la chair, je trouve mille préceptes qu’il m’est doux et agréable d’observer, grâce à la puissance du Saint-Esprit qui habite dans les enfants de Dieu !
Et ce commandement de prier est répété avec insistance, encore et encore. Ce pourrait être pour certains d’entre vous un exercice bien à propos de rechercher combien de fois l’Écriture vous dit de prier. Vous serez surpris de voir combien de fois reviennent des paroles comme celles-ci—« Invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai. » « Peuples, répandez vos cœurs en sa présence. »
« Cherchez l’Éternel pendant qu’il se trouve; Invoquez-le, tandis qu’il est près. » « Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. » « Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation. » « Priez sans cesse. » « Approchez-vous avec assurance du trône de la grâce. » « Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. » « Persévérez dans la prière. »
Je n’ai pas besoin de multiplier les exemples là où je ne pourrais en aucun cas les épuiser. J’en tire deux ou trois de ce grand sac de perles. Allons, chrétien, vous ne devriez jamais vous demander si vous avez le droit de prier—vous ne devriez jamais demander : « M’est-il permis d’entrer en sa présence ? » Quand vous avez tant de commandements (et les commandements de Dieu sont tous des promesses et tous des forces données pour les accomplir), vous pouvez vous approcher avec assurance du trône de la grâce par la route nouvelle et vivante, au travers du voile déchiré. Mais il est des moments où Dieu ne se contente pas de commander à son peuple de prier dans la Bible—il lui commande aussi de prier directement, par les mouvements de son Saint-Esprit.
Vous qui connaissez la vie intérieure, vous me comprenez aussitôt. Vous sentez soudain, peut-être au milieu de vos affaires, la pensée pressante qu’il vous faut vous retirer pour prier. Il se peut que d’abord vous ne prêtiez pas particulièrement attention à cette inclination, mais elle revient encore, et encore, et encore—« Retire-toi et prie ! » Je trouve qu’en matière de prière je ressemble beaucoup, moi-même, à une roue de moulin qui tourne bien quand l’eau est abondante, mais qui tourne avec bien peu de force quand le ruisseau baisse. Ou encore au navire qui vole sur les vagues, toutes voiles dehors, quand le vent est favorable, mais qui doit louvoyer à grand-peine quand la brise propice se fait rare.
Or il me semble que, chaque fois que notre Seigneur vous donne une inclination particulière à prier, vous devriez redoubler de diligence. Vous devez toujours prier, et ne point vous relâcher—pourtant, quand il vous donne ce désir particulier de la prière et que vous y trouvez une aptitude et une joie singulières, vous avez, en plus du commandement qui vous oblige constamment, un autre commandement qui devrait vous contraindre à une joyeuse obéissance. En de tels moments, je pense que nous pouvons nous trouver dans la position de David, à qui le Seigneur dit : « Quand tu entendras un bruit de pas dans les cimes des mûriers, alors hâte-toi. »
Ce bruit de pas dans les cimes des mûriers était peut-être celui des anges qui se hâtaient au secours de David, et David devait alors frapper les Philistins. Et quand les miséricordes de Dieu arrivent, le bruit de leurs pas, ce sont nos désirs de prier. Et nos désirs de prier devraient être aussitôt pour nous le signe que le temps fixé pour avoir pitié de Sion est venu. Semez abondamment maintenant, car vous pouvez semer dans l’espérance ! Labourez joyeusement maintenant, car votre moisson est assurée ! Lutte maintenant, Jacob, car tu vas devenir un prince qui triomphe, et ton nom sera Israël ! C’est maintenant votre heure, marchands spirituels ! Les cours sont hauts, commercez beaucoup—votre profit sera grand. Veillez à bien employer l’heure d’or et à faire votre moisson pendant que le soleil brille.
Quand nous jouissons de visitations d’en haut, nous devrions être particulièrement assidus à la prière. Et si quelque autre devoir moins pressant devait pour un temps céder la première place, ce ne serait pas un mal et nous n’y perdrions rien—car lorsque Dieu nous invite spécialement à prier par les avertissements de son Esprit, c’est alors que nous devrions nous hâter de prier.
II. Passons maintenant au second point—UNE RÉPONSE PROMISE. Nous ne devrions pas tolérer une seule minute la pensée affreuse et affligeante que Dieu ne répondrait pas à la prière ! Sa nature, telle qu’elle est manifestée dans le Christ Jésus, l’exige. Il s’est révélé dans l’Évangile comme un Dieu d’amour, plein de grâce et de vérité. Et comment pourrait-il refuser de secourir celles de ses créatures qui, humblement, par la voie qu’il a lui-même établie, recherchent sa face et sa faveur ? Un jour que le sénat athénien avait jugé plus commode de se réunir en plein air, tandis que les sénateurs siégeaient en délibération, un moineau poursuivi par un faucon vola dans la direction du sénat.
Serré de près par l’oiseau de proie, il chercha refuge dans le sein de l’un des sénateurs. Celui-ci, homme d’une nature rude et grossière, prit l’oiseau dans son sein, le jeta violemment à terre et le tua ainsi. Sur quoi tout le sénat se leva en tumulte et, sans une seule voix discordante, le condamna à mort, comme indigne de siéger au sénat avec eux ou d’être appelé Athénien, s’il ne portait pas secours à une créature qui s’était confiée en lui. Pouvons-nous supposer que le Dieu du ciel, dont la nature est amour, pourrait arracher de son sein la pauvre colombe palpitante qui fuit l’aigle de la Justice pour se réfugier dans le sein de sa Miséricorde ?
Nous invitera-t-il à rechercher sa face, et quand, avec tant de crainte et de tremblement, il le sait, nous rassemblons pourtant assez de courage pour voler jusque dans son sein—sera-t-il alors assez injuste et assez dénué de grâce pour oublier d’entendre notre cri et de nous répondre ? N’ayons pas une pensée si dure du Dieu du ciel ! Rappelons-nous ensuite son vaste caractère, aussi bien que sa nature. Je veux dire le caractère qu’il s’est acquis par ses actes de grâce passés. Considérez, mes frères et sœurs, cette unique et prodigieuse manifestation de sa bonté—si j’en mentionnais mille, je ne pourrais donner une meilleure illustration du caractère de Dieu que ce seul acte—« Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous ». Et ce n’est pas là ma seule déduction, mais la conclusion inspirée d’un apôtre—« comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui? »
Si le Seigneur n’a pas refusé d’écouter ma voix quand j’étais un pécheur coupable et un ennemi, comment pourrait-il dédaigner mon cri maintenant que je suis justifié et sauvé ? Comment se ferait-il qu’il ait entendu la voix de ma misère quand mon cœur ne la connaissait pas et ne voulait pas chercher de soulagement, si, après tout, il ne m’entend pas maintenant que je suis son enfant, son ami ? Les plaies ruisselantes de Jésus sont les sûres garanties de la prière exaucée. George Herbert, dans ce poème pittoresque qui est le sien, « Le Sac », fait dire au Sauveur—
« Si tu as quelque chose à envoyer ou à écrire (je n’ai point de sac, mais voici de la place) pour les mains et les yeux de mon Père, (crois-moi) cela parviendra sûrement. Pour être sûr que je n’oublierai pas ce que tu me confies, regarde, tu peux le placer tout près de mon cœur. Ou si, plus tard, quelqu’un de mes amis veut m’employer de cette manière, la porte restera toujours ouverte ; ce qu’il enverra, je le présenterai, et quelque chose de plus, non pour son dommage. »
Assurément, la pensée de George Herbert était que l’expiation était en elle-même une garantie que la prière doit être entendue—que la grande entaille faite près du cœur du Sauveur, qui laissait pénétrer la lumière jusqu’aux profondeurs mêmes du cœur de la Divinité—était la preuve que celui qui siège dans les cieux entendrait le cri de son peuple ! Vous lisez mal le Calvaire si vous pensez que la prière est inutile. Mais, bien-aimés, nous avons pour cela la propre promesse du Seigneur, et il est un Dieu qui ne peut mentir—« Invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai. » N’a-t-il pas dit : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous le recevrez, et vous le recevrez » ? Nous ne pouvons pas prier, en vérité, à moins de croire cette doctrine—« car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. »
Et si nous avons le moindre doute sur l’exaucement de notre prière, nous sommes semblables à celui qui doute—« car celui qui doute est semblable au flot de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d’autre. Qu’un tel homme ne s’imagine pas qu’il recevra quelque chose du Seigneur. » De plus, ce n’est pas nécessaire, mais cela peut encore renforcer notre point que d’ajouter que notre propre expérience nous porte à croire que Dieu exauce la prière. Je ne dois pas parler pour vous, mais je puis parler pour moi-même. S’il est une chose que je sache, une chose dont je sois tout à fait assuré au-delà de toute question, c’est que le souffle de la prière n’est jamais dépensé en vain. Si nul autre ici ne peut le dire, moi j’ose le dire, et je sais que je puis le prouver.
Ma propre conversion est le fruit de la prière—une prière longue, affectueuse, ardente, importune. Des parents ont prié pour moi ! Dieu a entendu leurs cris, et me voici pour prêcher l’Évangile. Depuis lors, je me suis aventuré dans certaines entreprises qui dépassaient de loin mes capacités, à ce que je pensais. Mais je n’ai jamais échoué, parce que je me suis jeté sur le Seigneur. Vous savez, en tant qu’Église, que je ne me suis pas fait scrupule de nourrir de grandes idées de ce que nous pourrions faire pour Dieu. Et nous avons accompli tout ce que nous nous étions proposé. J’ai recherché le secours, l’assistance et l’aide de Dieu dans toutes mes multiples entreprises ! Et bien que je ne puisse raconter ici l’histoire de ma vie privée dans l’œuvre de Dieu, si elle était écrite, elle serait une preuve permanente qu’il y a un Dieu qui exauce la prière !
Il a entendu mes prières, non pas de temps en temps, ni une ou deux fois, mais tant de fois que c’est devenu chez moi une habitude d’exposer ma cause devant Dieu avec l’absolue certitude que, quoi que je demande à Dieu, il me le donnera. Ce n’est plus maintenant un « peut-être », ou une possibilité—je sais que mon Seigneur me répond, et je n’ose pas en douter ! Ce serait, en vérité, une folie si j’en doutais. De même que je suis sûr qu’une certaine force de levier soulèvera un poids, ainsi je sais qu’une certaine mesure de prière obtiendra de Dieu n’importe quoi. Comme la nuée de pluie amène l’ondée, ainsi la prière amène la bénédiction. Comme le printemps répand les fleurs, ainsi la supplication assure les grâces. Tout travail procure l’abondance, mais surtout l’œuvre de l’intercession—j’en suis sûr—car j’en ai récolté les fruits.
De même que je me fie à la monnaie de la reine et que je n’ai jamais manqué d’acheter ce que je voulais quand je présentais l’argent, ainsi je me fie aux promesses de Dieu, et j’entends le faire jusqu’à ce qu’il me dise, ne serait-ce qu’une fois, que ce sont des pièces fausses qui n’ont pas cours sur le marché du ciel. Mais pourquoi parlerais-je ? Ô frères et sœurs, vous savez tous, en vous-mêmes, que Dieu exauce la prière ! Si vous ne le savez pas, où est donc votre christianisme ? Où est votre religion ? Il vous faudra apprendre quels sont les premiers éléments de la Vérité de Dieu, car tous les saints, jeunes ou vieux, tiennent pour certain qu’il exauce vraiment la prière !
Toutefois, souvenez-vous que la prière doit toujours être offerte dans la soumission à la volonté de Dieu. Quand nous disons : « Dieu exauce la prière », nous n’entendons pas par là qu’il nous donne toujours littéralement ce que nous demandons. Mais nous voulons bien dire ceci—qu’il nous donne ce qui est le meilleur pour nous. Et que s’il ne nous accorde pas en argent la grâce que nous demandons, il nous l’accorde en or. S’il n’ôte pas l’écharde dans la chair, il dit pourtant : « Ma grâce te suffit », et cela revient au même en fin de compte. Lord Bolingbroke dit à la comtesse de Huntingdon : « Je ne puis comprendre, madame la comtesse, comment vous pouvez concilier la prière ardente avec la soumission à la volonté divine. »
« Monseigneur, dit-elle, c’est là une chose qui ne présente aucune difficulté. Si j’étais à la cour de quelque roi généreux et qu’il me permît de lui demander toute faveur qu’il me plairait, je ne manquerais pas de la présenter ainsi : “Plaise à Votre Majesté de m’accorder gracieusement telle ou telle faveur — mais en même temps, bien que je la désire beaucoup, si elle devait en quoi que ce soit porter atteinte à l’honneur de Votre Majesté, ou si, au jugement de Votre Majesté, il paraissait préférable que je n’obtienne pas cette faveur, je serai tout aussi contente de m’en passer que de la recevoir.” Vous voyez donc que je pourrais présenter une requête avec ardeur, et cependant la laisser avec soumission entre les mains du roi. »
Il en est ainsi avec Dieu. Nous ne présentons jamais une prière sans y insérer cette clause, soit en esprit, soit en paroles : « Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne. » Nous ne pouvons prier sans un « si » que lorsque nous sommes tout à fait sûrs que notre volonté doit être la volonté de Dieu, parce que la volonté de Dieu est pleinement notre volonté. Un poète fort calomnié l’a bien dit : « Homme, regarde tes prières comme un dessein d’amour envers ton âme. Tiens la Providence qui t’y a conduit pour un indice de la bonne volonté de Dieu. Ainsi tu prieras comme il faut, et tes paroles seront agréées. De même, en plaidant pour autrui, sois reconnaissant de la plénitude de ta prière. Car si tu es prêt à demander, le Seigneur est plus que prêt à donner. Le sel préserve la mer, et les saints soutiennent la terre. Leurs prières sont les mille piliers qui étayent le dais de la Nature.
« En vérité, une heure sans prière, de la part de quelque esprit terrestre, serait une malédiction dans le calendrier du temps, une tache de la noirceur des ténèbres. Peut-être le jour terrible où le monde devra chanceler jusqu’à sa ruine sera-t-il un jour que nulle prière n’aura blanchi — trouvera-t-il la foi sur la terre? Car il y a une économie de la miséricorde, comme il y en a une de la sagesse, de la puissance et des moyens. Et pas une seule bénédiction n’est accordée du trésor du bien sans avoir été demandée — et le cœur charitable de l’Être dont dépendre est le bonheur ne refuse jamais un bienfait, tant que son sujet prie. Oui, demande ce que tu voudras, jusqu’au second trône du Ciel, il est à toi, pour qui il a été préparé. Il n’y a point de limite à la prière — mais si tu cesses de demander, tremble, créature qui t’es toi-même suspendue, car ta force est retranchée comme le fut celle de Samson — et l’heure de ta perte est venue. »
III. J’en viens à notre troisième point, qui est, je crois, plein d’encouragement pour tous ceux qui pratiquent l’art sacré de la prière — ENCOURAGEMENT À LA FOI. « Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas. » Remarquons simplement que cette parole fut d’abord adressée à un Prophète en prison ; elle s’applique donc, en premier lieu, à tout enseignant et même, puisque tout enseignant doit être un disciple, elle concerne quiconque apprend la Vérité divine.
La meilleure manière pour un prophète, un enseignant ou un disciple de connaître les Vérités réservées de Dieu — les Vérités plus hautes et plus mystérieuses de Dieu — c’est de s’attendre à Dieu dans la prière. J’ai remarqué tout spécialement hier, en lisant le livre du prophète Daniel, comment Daniel découvrit le songe de Nebucadnetsar. Les devins, les magiciens, les astrologues des Chaldéens sortirent leurs livres curieux et leurs instruments à l’air étrange, et se mirent à marmonner leur abracadabra et toutes sortes d’incantations mystérieuses, mais tous échouèrent.
Que fit Daniel ? Il se mit à prier et, sachant que la prière d’un groupe d’hommes unis a plus de force que la prière d’un seul, nous voyons que Daniel réunit ses frères et les invita à s’unir à lui dans une prière ardente, afin que Dieu voulût bien, dans son infinie miséricorde, lui découvrir la vision. « Ensuite Daniel alla dans sa maison, et il instruisit de cette affaire Hanania, Mischaël et Azaria, ses compagnons, les engageant à implorer la miséricorde du Dieu des cieux, afin qu’on ne fît pas périr Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone. »
Et dans le cas de Jean, qui fut le Daniel du Nouveau Testament, vous vous souvenez qu’il vit un livre dans la main droite de Celui qui était assis sur le Trône — un livre scellé de sept sceaux, que personne ne fut trouvé digne d’ouvrir ni de regarder. Que fit Jean ? Le livre fut ouvert un peu plus tard par le Lion de la tribu de Juda, qui avait vaincu pour ouvrir le livre. Mais il est écrit d’abord, avant que le livre fût ouvert : « Et je pleurai beaucoup. » Oui, et les larmes de Jean, qui étaient ses prières liquides, furent, pour ce qui le concernait, les clefs sacrées par lesquelles le livre fermé fut ouvert.
Frères dans le ministère, vous qui êtes moniteurs à l’école du dimanche, et vous tous qui êtes élèves au collège du Christ Jésus, je vous en prie, souvenez-vous que la prière est votre meilleur moyen d’étude — comme Daniel, vous comprendrez le songe et son interprétation quand vous aurez cherché Dieu. Et, comme Jean, vous verrez se délier les sept sceaux de la précieuse Vérité de Dieu, après avoir beaucoup pleuré. « Oui, si tu appelles la sagesse, Et si tu élèves ta voix vers l’intelligence, Si tu la cherches comme l’argent, Si tu la poursuis comme un trésor, Alors tu comprendras la crainte de l’Éternel, Et tu trouveras la connaissance de Dieu. »
Les pierres ne se brisent que si l’on manie le marteau avec ardeur. Et le casseur de pierres travaille d’ordinaire à genoux. Servez-vous du marteau de la diligence, et que les genoux de la prière soient exercés eux aussi : il n’est pas, dans la Révélation, une seule doctrine pierreuse qu’il vous soit utile de comprendre qui ne vole en éclats sous l’exercice de la prière et de la foi. « Bene orasse est bene studuisse » : c’était là une sage sentence de Luther, si souvent citée que nous osons à peine y faire allusion. « Avoir bien prié, c’est avoir bien étudié. »
Vous pouvez vous frayer un chemin à travers n’importe quoi avec le levier des prières. Les pensées et le raisonnement peuvent être comme les coins d’acier qui ouvrent un passage vers la Vérité de Dieu. Mais la prière est le levier qui force le coffre de fer du mystère sacré, afin que nous puissions atteindre le trésor qui y est caché pour ceux qui savent se frayer un chemin jusqu’à lui. Le royaume des cieux est encore forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. Veillez à travailler toujours avec le puissant outil de la prière, et rien ne pourra vous résister.
Nous ne devons cependant pas nous arrêter là. Nous n’avons appliqué le texte qu’à un seul cas — il s’applique à cent autres. Nous en choisissons un autre. Le saint peut s’attendre à découvrir une expérience plus profonde et à mieux connaître la vie spirituelle supérieure en étant beaucoup en prière. Il existe différentes traductions de mon texte. Une version le rend ainsi : « Je te montrerai de grandes choses, des choses fortifiées, que tu ne connais pas. » Une autre porte : « De grandes choses, des choses réservées, que tu ne connais pas. » Or tous les développements de la vie spirituelle ne sont pas également faciles à atteindre. Il y a les dispositions et les sentiments ordinaires de la repentance, de la foi, de la joie et de l’espérance, dont jouit la famille tout entière — mais il existe une région supérieure de ravissement, de communion et d’union consciente avec Christ — qui est loin d’être la demeure commune des croyants.
Tous les croyants voient Christ, mais tous les croyants ne mettent pas leurs doigts dans la marque des clous, ni ne mettent leur main dans son côté. Nous n’avons pas le haut privilège de Jean, de reposer sur le sein de Jésus, ni celui de Paul, d’être ravi jusqu’au troisième ciel. Dans l’arche du salut, nous trouvons un étage inférieur, un deuxième et un troisième. Tous sont dans l’arche, mais tous ne sont pas au même étage. La plupart des chrétiens, quant au fleuve de l’expérience, n’en ont que jusqu’aux chevilles. Quelques autres ont avancé jusqu’à ce que le courant leur monte aux genoux. Un petit nombre en ont jusqu’à la poitrine. Et quelques-uns — oh ! combien peu ! — y trouvent un fleuve où il faut nager, et dont ils ne peuvent toucher le fond.
Mes frères, il y a dans la connaissance expérimentale des choses de Dieu des hauteurs que l’œil d’aigle de la sagacité et de la pensée philosophique n’a jamais vues. Et il y a des sentiers secrets que le lionceau de la raison et du jugement n’a pas encore appris à parcourir. Dieu seul peut nous y porter, mais le char dans lequel il nous élève, et les coursiers de feu qui tirent ce char, ce sont les PRIÈRES victorieuses. La prière victorieuse triomphe du Dieu de miséricorde. « Et dans sa vigueur, il lutta avec Dieu. Il lutta avec l’ange, et il fut vainqueur, Il pleura, et lui adressa des supplications. Jacob l’avait trouvé à Béthel, Et c’est là que Dieu nous a parlé. » La prière victorieuse conduit le chrétien au Carmel et le rend capable de couvrir le ciel de nuées de bénédiction, et la terre de flots de miséricorde.
La prière victorieuse élève le chrétien jusqu’au Pisga et lui montre l’héritage réservé. Oui, et elle l’élève jusqu’au Thabor et le transfigure, jusqu’à ce que, à la ressemblance de son Seigneur, tel il est, tels nous sommes ! Dans ce monde, si vous voulez atteindre quelque chose de plus élevé que l’expérience ordinaire et rampante, regardez au Rocher qui est plus élevé que vous, et regardez de l’œil de la foi par les fenêtres de la prière instante. Pour grandir en expérience, il faut donc beaucoup prier.
Il faut que vous ayez patience avec moi pendant que j’applique ce texte à deux ou trois autres cas. Il est certainement vrai de celui qui souffre dans l’épreuve — s’il s’attend à Dieu dans la prière, il recevra des délivrances bien plus grandes qu’il ne l’a jamais rêvé — « de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas ». Voici le témoignage de Jérémie : « Au jour où je t’ai invoqué, tu t’es approché, Tu as dit: Ne crains pas! Seigneur, tu as défendu la cause de mon âme, Tu as racheté ma vie. » Et celui de David est le même : « Du sein de la détresse j’ai invoqué l’Éternel: L’Éternel m’a exaucé, m’a mis au large. ... Je te loue, parce que tu m’as exaucé, Parce que tu m’as sauvé. »
Et encore : « Dans leur détresse, ils crièrent à l’Éternel, Et il les délivra de leurs angoisses; Il les conduisit par le droit chemin, Pour qu’ils arrivassent dans une ville habitable. » « Mon mari est mort, disait la pauvre femme, et le créancier est venu pour prendre mes deux enfants et en faire ses esclaves. » Elle espérait qu’Élie lui dirait peut-être : « Quelles sont tes dettes ? Je les paierai. » Au lieu de cela, il multiplie son huile, jusqu’à ce qu’il soit écrit : « Va, paie tes dettes, et » — qu’était-ce que ce « et » ? — « tu vivras, toi et tes fils, de ce qui restera. » Ainsi arrivera-t-il souvent que Dieu non seulement aide son peuple à traverser les passages bourbeux du chemin, de sorte qu’il se tienne tout juste de l’autre côté du bourbier — mais encore le mène sain et sauf bien plus loin sur la route.
Ce fut un miracle remarquable, lorsqu’au milieu de la tempête Jésus-Christ vint en marchant sur la mer ! Les disciples le reçurent dans la barque, et non seulement la mer se calma, mais il est rapporté qu’« aussitôt la barque aborda au lieu où ils allaient ». Ce fut une grâce qui dépassait de loin ce qu’ils avaient demandé. Je vous entends parfois prier en vous servant d’une citation qui n’est pas dans la Bible : « Il peut faire infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou même penser. » Ce n’est pas ainsi qu’il est écrit dans la Bible. Je ne sais pas ce que nous pouvons demander, ni ce que nous pouvons penser. Mais il est dit : « Il peut faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons. »
Ainsi donc, chers amis, quand nous sommes dans une grande épreuve, disons seulement : « Me voici en prison. Comme Jérémie, je prierai comme il l’a fait, car j’ai l’ordre de Dieu de le faire. Et je guetterai comme lui, m’attendant à ce qu’il me montre des miséricordes réservées dont je ne sais rien à présent. » Il ne se contentera pas de faire traverser la bataille à son peuple, en lui couvrant la tête au jour du combat, mais il le fera sortir bannières déployées, pour partager le butin avec les puissants et réclamer sa part avec les forts ! Attendez de grandes choses d’un Dieu qui fait d’aussi grandes promesses que celles-ci !
Voici encore un encouragement pour l’ouvrier. La plupart d’entre vous font quelque chose pour Christ. Je suis heureux de pouvoir le dire, sachant que je ne vous flatte pas. Mes chers amis, attendez-vous beaucoup à Dieu dans la prière, et vous avez la promesse qu’il fera pour vous de plus grandes choses que vous n’en connaissez. Nous ne savons pas quelle capacité d’être utiles il peut y avoir en nous. Cette mâchoire d’âne qui gît là, sur le sol — que peut-elle faire ? Personne ne sait ce qu’elle peut faire. Elle passe entre les mains de Samson — que ne peut-elle pas faire ? Nul ne sait ce qu’elle ne peut pas faire, maintenant qu’un Samson la manie ! Et vous, ami, vous vous êtes souvent cru aussi méprisable que cet os, et vous avez dit : « Que puis-je faire ? » Oui, mais quand Christ, par son Esprit, vous saisit — que ne pouvez-vous pas faire ?
Vraiment, vous pouvez adopter le langage de Paul et dire : « Je puis tout par Christ qui me fortifie. » Toutefois, ne comptez pas sur la prière sans l’effort. Dans une certaine école, il y avait une fillette qui connaissait le Seigneur. C’était une enfant très gracieuse, simple de cœur et confiante. Comme d’habitude, la grâce divine se développait chez cette enfant selon sa condition d’enfant. Ses leçons étaient toujours les mieux récitées de toute la classe. Une autre fillette lui dit : « Comment se fait-il que tu récites toujours si bien tes leçons ? » « Je prie Dieu de m’aider, dit-elle, à apprendre ma leçon. » « Eh bien, pensa l’autre, je vais faire de même. » Le lendemain matin, quand elle se leva en classe, elle ne savait rien. Et, se trouvant en disgrâce, elle s’en plaignit à l’autre : « J’ai prié Dieu de m’aider à apprendre ma leçon, et je n’en sais rien du tout. À quoi sert la prière ? »
« Mais t’es-tu assise pour essayer de l’apprendre ? » « Oh non, dit-elle, je n’ai jamais regardé le livre. » « Ah, alors, dit l’autre, moi, j’ai demandé à Dieu de m’aider à apprendre ma leçon — mais ensuite je m’y suis mise avec application, et j’ai persévéré jusqu’à la bien savoir, et je l’ai apprise facilement, parce que mon désir ardent, que j’avais exprimé à Dieu, était celui-ci : aide-moi à être diligente dans mes efforts pour faire mon devoir. » Il en est ainsi de certains qui viennent aux réunions de prière, qui prient, puis se croisent les bras et s’en vont en espérant que l’œuvre de Dieu avancera. Comme cette femme noire qui chantait : « Vole au loin, puissant Évangile », mais ne mettait pas un sou dans le plateau — si bien que son amie la toucha et lui dit : « Mais comment peut-il voler, si tu ne lui donnes pas d’ailes pour voler ? »
Il y en a beaucoup qui paraissent très puissants dans la prière, merveilleux dans leurs supplications ! Mais ils exigent alors de Dieu qu’il fasse ce qu’ils peuvent faire eux-mêmes, et c’est pourquoi Dieu ne fait rien du tout pour eux. « Je laisserai mon chameau sans l’attacher, dit un jour un Arabe à Mahomet, et je me confierai à la providence. » « Attache-le, dit Mahomet, et puis confie-toi à la providence. » Ainsi, vous qui dites : « Je prierai, et je confierai mon Église, ou ma classe, ou mon œuvre à la bonté de Dieu », écoutez plutôt la voix de l’Expérience et de la Sagesse, qui dit : « Faites de votre mieux. Travaillez comme si tout reposait sur votre labeur — comme si votre propre bras devait opérer votre salut. Et quand vous aurez tout fait, rejetez-vous sur Celui sans qui il est vain de se lever matin, de se coucher tard et de manger le pain des soucis. Et s’il vous fait prospérer, rendez-lui-en la louange. »
Je ne vous retiendrai plus que quelques minutes, mais je veux faire remarquer que cette promesse devrait servir à consoler ceux qui intercèdent pour d’autres. Vous qui invoquez Dieu pour qu’il sauve vos enfants, qu’il bénisse vos voisins, qu’il se souvienne dans sa miséricorde de vos maris ou de vos femmes, vous pouvez puiser là du réconfort ! « Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas. » Un ministre célèbre du siècle dernier, un certain M. Bailey, était l’enfant d’une mère pieuse. Cette mère avait presque cessé de prier pour son mari, qui était un homme de la plus impie espèce et un persécuteur acharné.
La mère priait pour son garçon et, alors qu’il n’avait encore que onze ou douze ans, l’éternelle miséricorde vint à sa rencontre. L’enfant était si doucement instruit des choses du royaume de Dieu que sa mère lui demanda — et pendant quelque temps il le fit toujours — de présider le culte de famille à la maison. Matin et soir, ce petit ouvrait la Bible. Et bien que le père ne daignât pas s’arrêter pour le culte de famille, un jour pourtant il fut assez curieux de savoir « comment le garçon allait s’en tirer » ; il s’arrêta donc de l’autre côté de la porte, et Dieu bénit la prière de son propre enfant, âgé de moins de treize ans, pour sa conversion !
La mère disait : « J’aurais bien pu lire mon texte les yeux ruisselants de larmes et dire : “Oui, Seigneur, tu m’as montré de grandes choses, des choses cachées, que je ne connaissais pas ! Non seulement tu as sauvé mon garçon, mais par mon garçon tu as amené mon mari à la Vérité.” » Vous ne pouvez deviner combien Dieu vous bénira ! Allez seulement vous tenir à sa porte — vous ne pouvez dire ce qui vous est réservé. Si vous ne mendiez pas du tout, vous n’obtiendrez rien. Mais si vous mendiez, il se peut qu’il ne vous donne pas seulement, pour ainsi dire, les os et les restes, mais qu’il dise au serviteur de sa table : « Prends ce mets délicat et sers-le à ce pauvre homme. »
Ruth alla glaner. Elle s’attendait à recueillir quelques bons épis — mais Boaz dit : « Qu’elle glane aussi entre les gerbes, et ne l’inquiétez pas. » Il lui dit encore, au moment du repas : « Approche, mange du pain, et trempe ton morceau dans le vinaigre. » Elle trouva un mari, là où elle s’attendait seulement à trouver une poignée d’orge. Ainsi, dans la prière pour autrui, Dieu peut nous accorder de telles grâces que nous en serons stupéfaits, nous qui n’attendions que peu de chose. Écoutez ce qui est dit de Job et apprenez-en la leçon : « Et l’Éternel dit : Job, mon serviteur, priera pour vous, et c’est par égard pour lui seul que je ne vous traiterai pas selon votre folie; car vous n’avez pas parlé de moi avec droiture, comme l’a fait mon serviteur Job. ... L’Éternel rétablit Job dans son premier état, quand Job eut prié pour ses amis; et l’Éternel lui accorda le double de tout ce qu’il avait possédé. »
Maintenant, voici une parole pour finir. Quelques-uns d’entre vous recherchent leur propre conversion. Dieu vous a vivifiés, et vous priez avec gravité au sujet de votre âme. Vous ne vous contentez pas d’aller en Enfer. Vous voulez le Ciel. Vous voulez être lavés dans le sang précieux — vous voulez la vie éternelle. Chers amis, je vous en prie, prenez ce texte — Dieu lui-même vous l’adresse — « Invoque-moi, et je te répondrai; Je t’annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas. » Prenez Dieu au mot, sur-le-champ. Rentrez chez vous — entrez dans votre chambre, fermez la porte, et mettez-le à l’épreuve !
Jeune homme, je vous le dis, éprouvez le Seigneur ! Jeune femme, mettez-le à l’épreuve — voyez s’il est fidèle ou non ! Si Dieu est vrai, vous ne pouvez chercher miséricorde auprès de lui par Jésus-Christ et recevoir une réponse négative. Il doit — car sa propre promesse et son caractère l’y obligent — ouvrir la porte de la Miséricorde à vous qui frappez de tout votre cœur ! Dieu vous aide, en croyant au Christ Jésus, à crier à haute voix vers Dieu, et sa réponse de paix est déjà en chemin à votre rencontre ! Vous l’entendrez dire : « Tes péchés, qui sont nombreux, te sont tous pardonnés. » Que le Seigneur vous bénisse, à cause de son amour. Amen.
[NOTE — Dans un sermon précédent, en dénonçant l’erreur de la « non-confession du péché par les croyants », nous avons à tort imputé cette grossière hérésie aux Frères de Plymouth. Nous avons appris depuis que les personnes auxquelles nous faisions allusion ont été exclues de ce corps, et nous désirons donc disculper cette communauté d’une faute dont elle n’est pas coupable. Nous regrettons d’avoir porté cette accusation, car il est bien loin de notre pensée de dire du mal de qui que ce soit, mais nous ignorions l’exclusion des personnes coupables.]
Chapitre 3 terminé
La clef d’or de la prière