Grande puissance dans la prière
Le trône de la grâce

Chapitre 2 · 41 min de lecture · 52 min d’écoute

Le trône de la grâce

« Le trône de la grâce. »—Hébreux 4:16

CES mots se trouvent enchâssés dans ce verset plein de grâce : « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus dans nos besoins » ; ils sont un joyau dans une monture d’or. La vraie prière est une approche de l’âme, par l’Esprit de Dieu, vers le trône de Dieu. Ce n’est pas le fait de prononcer des paroles, ce n’est pas seulement le fait d’éprouver des désirs, mais c’est l’élan de ces désirs vers Dieu, l’approche spirituelle de tout notre être vers le Seigneur notre Dieu. La vraie prière n’est pas un simple exercice de l’intelligence, ni une performance de la voix ; elle est bien plus profonde que cela—c’est un commerce spirituel avec le Créateur du ciel et de la terre. Dieu est un Esprit que l’œil mortel ne voit pas, et que seul l’homme intérieur peut percevoir ; notre esprit, au-dedans de nous, engendré par le Saint-Esprit lors de notre régénération, discerne le Grand Esprit, communie avec lui, lui présente ses requêtes et reçoit de lui des réponses de paix. C’est une affaire spirituelle du commencement à la fin ; et son but et sa visée ne s’arrêtent pas à l’homme, mais s’élèvent jusqu’à Dieu lui-même.

Pour une telle prière, l’œuvre du Saint-Esprit lui-même est nécessaire. Si la prière n’était qu’affaire de lèvres, il nous suffirait d’avoir du souffle dans les narines pour prier ; si la prière n’était qu’affaire de désirs, bien des désirs excellents s’éprouvent aisément, même chez l’homme naturel ; mais lorsqu’il s’agit du désir spirituel, et de la communion spirituelle de l’esprit humain avec le Grand Esprit, alors le Saint-Esprit lui-même doit être présent d’un bout à l’autre, pour secourir notre faiblesse et donner vie et puissance ; sinon la vraie prière ne sera jamais présentée : ce qu’on offrira à Dieu en portera bien le nom et en aura la forme, mais la vie intérieure de la prière en sera bien éloignée.

De plus, il ressort clairement du contexte de notre texte que l’intervention du Seigneur Jésus-Christ est indispensable à une prière agréée. De même que la prière ne sera pas vraiment prière sans l’Esprit de Dieu, de même elle ne sera pas une prière victorieuse sans le Fils de Dieu. Lui, le Grand Souverain Sacrificateur, doit entrer pour nous au-delà du voile ; bien plus, par sa personne crucifiée, le voile doit être entièrement ôté ; car, jusque-là, nous sommes tenus à l’écart du Dieu vivant. L’homme qui, en dépit de l’enseignement de l’Écriture, essaie de prier sans un Sauveur, insulte la Divinité ; et celui qui s’imagine que ses propres désirs naturels, montant devant Dieu sans avoir été aspergés du sang précieux, seront un sacrifice agréable devant Dieu, se trompe ; il n’a pas apporté une offrande que Dieu puisse accepter, pas plus que s’il avait rompu la nuque à un chien ou offert un sacrifice impur. Produite en nous par l’Esprit, présentée pour nous par le Christ de Dieu, la prière devient une puissance devant le Très-Haut, mais pas autrement.

Afin, chers amis, de vous exciter à la prière ce matin, et afin que vos âmes soient amenées à s’approcher du trône de la grâce, je me propose de prendre ces quelques mots et de les traiter selon la capacité que Dieu me donnera. Vous avez commencé à prier ; Dieu a commencé à répondre. Cette semaine a été l’une des plus mémorables de l’histoire de cette Église. Un nombre plus grand que jamais auparavant s’est avancé en une seule fois pour confesser Christ,—réponse aussi manifeste aux supplications du peuple de Dieu que si la main du Très-Haut s’était tendue hors du ciel pour nous remettre les bénédictions que nous demandions. Maintenant donc, persévérons dans la prière ; oui, prenons de nouvelles forces dans l’intercession, et plus nous réussissons, plus mettons d’ardeur à réussir davantage encore. Ne soyons pas à l’étroit dans nos propres entrailles, puisque nous ne sommes pas à l’étroit en notre Dieu. C’est un jour heureux, un temps de bonnes nouvelles ; et puisque nous avons l’oreille du Roi, je désire vivement que nous lui parlions pour des milliers d’autres, afin qu’eux aussi, en réponse à nos supplications, soient amenés près de Christ.

En essayant ce matin de parler de ce texte, je le prendrai ainsi : premièrement, voici un trône ; puis, deuxièmement, voici la grâce ; puis nous réunirons les deux, et nous verrons la grâce sur un trône ; et, en les réunissant dans un autre ordre, nous verrons la souveraineté se manifestant et resplendissant dans la grâce.

II. Notre texte parle d’UN TRÔNE :—« Le trône de la grâce. » Dans la prière, Dieu doit être considéré comme notre Père ; c’est l’aspect qui nous est le plus cher ; mais nous ne devons pas pour autant le regarder comme s’il était semblable à nous ; car notre Sauveur a précisé l’expression « Notre Père » par les mots « qui es aux cieux » ; et, tout de suite après ce nom si condescendant, afin de nous rappeler que notre Père demeure infiniment plus grand que nous, il nous a ordonné de dire : « Que ton nom soit sanctifié; que ton règne vienne » ; de sorte que notre Père doit toujours être regardé comme un Roi, et que, dans la prière, nous ne venons pas seulement aux pieds de notre Père, mais aussi devant le trône du Grand Monarque de l’univers. Le propitiatoire est un trône, et nous ne devons pas l’oublier.

Si la prière doit toujours être regardée par nous comme une entrée dans les parvis de la royauté céleste ; si nous devons nous conduire comme des courtisans doivent le faire en présence d’une illustre majesté, alors nous ne sommes pas en peine de connaître l’esprit dans lequel il convient de prier. Si dans la prière nous venons à un trône, il est clair que notre esprit doit être, en premier lieu, un esprit d’humble révérence. On attend du sujet qui s’approche du roi qu’il lui rende hommage et honneur. L’orgueil qui refuse de reconnaître le roi, la trahison qui se rebelle contre la volonté du souverain, feraient bien, s’ils étaient sages, d’éviter toute approche du trône. Que l’orgueil ronge son frein à distance, que la trahison se tapisse dans les coins, car seule l’humble révérence peut paraître devant le roi lui-même lorsqu’il siège revêtu de ses robes de majesté. Dans notre cas, le roi devant qui nous venons est le plus élevé de tous les monarques, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs. Les empereurs ne sont que les ombres de sa puissance impériale. Ils se disent rois de droit divin, mais quel droit divin ont-ils ? Le simple bon sens se rit de leurs prétentions. Le Seigneur seul possède le droit divin, et à lui seul appartient le royaume. Il est le bienheureux et seul souverain. Eux ne sont rois que de nom, élevés et renversés au gré des hommes ou par le décret de la providence ; mais lui seul est Seigneur, le prince des rois de la terre.

« Il ne siège point sur un trône précaire,

Et n’emprunte à nul le droit d’être. »

Mon cœur, prends soin de te prosterner en une telle présence. S’il est si grand, mets ta bouche dans la poussière devant lui, car il est le plus puissant de tous les rois ; son trône domine sur tous les mondes ; le ciel lui obéit avec joie, l’enfer tremble quand il fronce le sourcil, et la terre est contrainte de lui rendre hommage, bon gré mal gré. Sa puissance peut faire ou défaire. Créer ou briser, l’un et l’autre lui sont faciles. Mon âme, prends bien garde, lorsque tu t’approches du Tout-Puissant, qui est comme un feu dévorant, d’ôter tes souliers de tes pieds, et de l’adorer avec la plus profonde humilité.

En outre, il est le plus saint de tous les rois. Son trône est un grand trône blanc, sans tache, limpide comme le cristal. « Les cieux ne sont pas purs devant lui, et il trouve de la folie chez ses anges. » Et toi, créature pécheresse, avec quelle humilité devrais-tu t’approcher de lui ! Qu’il y ait de la familiarité, soit, mais qu’elle ne soit pas profane. Il doit y avoir de l’assurance, mais qu’elle ne soit pas impertinente. Tu es toujours sur la terre, et lui dans le ciel ; tu es toujours un ver de la poussière, une créature écrasée devant la teigne, et lui l’Éternel : avant que les montagnes fussent nées, il était Dieu, et si toutes les choses créées venaient à disparaître, il serait encore le même. Mes frères, je crains que nous ne nous inclinions pas comme nous le devrions devant l’éternelle Majesté ; mais désormais, demandons à l’Esprit de Dieu de nous mettre dans une juste disposition, afin que chacune de nos prières soit une approche pleine de révérence de l’infinie Majesté d’en haut.

Un trône, et par conséquent, en second lieu, il faut s’en approcher avec une joie pieuse. Si je me trouve favorisé par la grâce divine au point de me tenir parmi ces privilégiés qui fréquentent ses parvis, ne serai-je pas dans l’allégresse ? J’aurais pu être dans sa prison, mais je suis devant son trône ; j’aurais pu être chassé pour toujours de sa présence, mais il m’est permis de m’approcher de lui, jusque dans son palais royal, dans sa chambre secrète où il donne audience avec bienveillance : ne serai-je donc pas reconnaissant ? Ma reconnaissance ne s’élèvera-t-elle pas jusqu’à la joie, et ne sentirai-je pas que je suis honoré, que je reçois de grandes faveurs, lorsqu’il m’est permis de prier ? Pourquoi ton visage est-il triste, ô suppliant, quand tu te tiens devant le trône de la grâce ? Si tu étais devant le trône de la justice pour y être condamné à cause de tes iniquités, tu pourrais bien avoir les mains sur les reins ; mais maintenant que tu as la faveur de paraître devant le Roi vêtu de ses robes de soie de l’amour, que ton visage resplendisse d’une sainte joie. Si tes douleurs sont lourdes, raconte-les-lui, car il peut les adoucir ; si tes péchés sont nombreux, confesse-les, car il peut les pardonner. Ô vous, courtisans dans les salles d’un tel monarque, soyez dans une extrême allégresse, et mêlez des louanges à vos prières.

C’est un trône, et par conséquent, en troisième lieu, chaque fois qu’on s’en approche, ce doit être avec une entière soumission. Nous ne prions pas Dieu pour lui enseigner ce qu’il devrait faire, et nous ne devons jamais, pas même un instant, avoir la présomption de dicter la ligne de la conduite divine. Il nous est permis de dire à Dieu : « Nous voudrions qu’il en soit ainsi et ainsi » ; mais nous devons toujours ajouter : « Mais, puisque nous sommes ignorants et pouvons nous tromper—puisque nous sommes encore dans la chair, et pouvons donc être poussés par des motifs charnels—non pas comme nous voulons, mais comme tu veux. » Qui dictera ses volontés au trône ? Aucun enfant fidèle de Dieu n’imaginera un seul instant qu’il doive occuper la place du Roi ; mais il s’incline devant celui qui a le droit d’être le Seigneur de tous ; et bien qu’il exprime son désir avec ardeur, avec véhémence, avec importunité, et qu’il plaide et plaide encore, c’est toujours avec cette réserve nécessaire : « Que ta volonté soit faite, mon Seigneur ; et si je demande quoi que ce soit qui n’y soit pas conforme, ma volonté la plus intime est que tu daignes refuser ton serviteur ; je tiendrai ton refus pour une vraie réponse, si je demande ce qui ne semble pas bon à tes yeux. » Si nous nous souvenions constamment de cela, je crois que nous serions moins enclins à pousser certaines requêtes devant le trône, car nous nous dirions : « Je suis ici à rechercher mon propre bien-être, mon propre confort, mon propre avantage, et peut-être demandé-je ce qui déshonorerait Dieu ; je parlerai donc avec la plus profonde soumission aux décrets divins. »

Mais, mes frères, en quatrième lieu, si c’est un trône, il faut s’en approcher avec des attentes élargies. Notre cantique le dit bien :

« Tu viens auprès d’un Roi :

Apporte-lui de grandes requêtes. »

Dans la prière, nous ne venons pas, pour ainsi dire, seulement à l’aumônerie de Dieu, où il distribue ses faveurs aux pauvres ; nous ne venons pas non plus à la porte de derrière de la maison de miséricorde pour recevoir les restes, bien que ce soit plus que nous ne méritons ; manger les miettes qui tombent de la table du Maître, c’est plus que nous ne pourrions réclamer ; mais, quand nous prions, nous nous tenons dans le palais, sur le sol étincelant de la salle de réception du grand Roi lui-même, et ainsi nous sommes placés sur un terrain avantageux. Dans la prière, nous nous tenons là où les anges s’inclinent, le visage voilé ; là, oui, là même, les chérubins et les séraphins adorent, devant ce même trône vers lequel montent nos prières. Et viendrions-nous là avec des requêtes rabougries, avec une foi étroite et resserrée ? Non ; il ne sied pas à un Roi de distribuer des sous et des liards ; il répand des pièces d’or massif ; il ne disperse pas, comme les pauvres y sont réduits, des bouts de pain et des restes de viande, mais il prépare un festin de mets succulents, de mets succulents pleins de moelle, de vins vieux, clarifiés. Quand on dit à un soldat d’Alexandre de demander ce qu’il voudrait, il ne demanda pas chichement, selon la mesure de ses propres mérites, mais il fit une demande si lourde que le trésorier royal refusa de la payer et soumit le cas à Alexandre ; et Alexandre répondit en vrai roi : « Il sait combien Alexandre est grand, et il a demandé comme on demande à un roi ; qu’il ait ce qu’il demande. » Garde-toi d’imaginer que les pensées de Dieu sont comme tes pensées, et ses voies comme tes voies. N’apporte pas devant Dieu des requêtes chiches et des désirs étroits, en disant : « Seigneur, agis selon ceci » ; mais souvenez-vous qu’autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant ses voies sont élevées au-dessus de vos voies, et ses pensées au-dessus de vos pensées ; demandez donc d’une manière digne de Dieu, demandez de grandes choses, car vous êtes devant le trône de la grâce, car alors il ferait pour nous infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons.

Et, bien-aimés, j’ajouterai, en cinquième lieu, que l’esprit qui convient pour s’approcher du trône de la grâce est celui d’une confiance inébranlable. Qui doutera du Roi ? Qui osera mettre en cause la parole impériale ? On a dit avec raison que si l’intégrité était bannie du cœur de tout le reste des hommes, elle devrait encore habiter dans le cœur des rois. Honte à un roi s’il peut mentir ! Le plus misérable mendiant des rues est déshonoré par une promesse non tenue ; mais que dirons-nous d’un roi si l’on ne peut se fier à sa parole ? Oh ! honte à nous, si nous sommes incrédules devant le trône du Roi du ciel et de la terre. Avec notre Dieu devant nous dans toute sa gloire, assis sur le trône de la grâce, nos cœurs oseront-ils dire que nous nous méfions de lui ? Imaginerons-nous qu’il ne peut pas, ou qu’il ne veut pas, tenir sa promesse ? Loin de nous de telles pensées blasphématoires ! Et si elles doivent venir, qu’elles viennent sur nous quand nous sommes quelque part aux confins de ses domaines, si tant est qu’un tel lieu existe ; mais non dans la prière, quand nous sommes en sa présence immédiate et que nous le contemplons dans toute la gloire de son trône de grâce. C’est là, assurément, que l’enfant doit se confier en son Père, que le sujet fidèle doit se confier en son monarque ; et, par conséquent, loin de là toute hésitation et tout soupçon. Une foi inébranlable doit dominer devant le propitiatoire.

Encore une seule remarque sur ce point : si la prière consiste à venir devant le trône de Dieu, elle doit toujours être faite avec la plus profonde sincérité, et dans l’esprit qui rend toutes choses réelles. Si vous êtes assez déloyal pour mépriser le Roi, au moins, pour votre propre bien, ne vous moquez pas de lui en face, et lorsqu’il siège sur son trône. Si vous osez quelque part répéter des paroles saintes sans y mettre le cœur, que ce ne soit pas dans le palais de Jéhovah. Si quelqu’un demandait audience à son souverain, puis disait : « Je ne sais guère pourquoi je suis venu ; je ne crois pas avoir quoi que ce soit de très particulier à demander ; je n’ai aucune requête bien pressante à présenter » ; ne serait-il pas coupable à la fois de folie et de bassesse ? Quant à notre grand Roi, lorsque nous nous risquons en sa présence, ayons-y une affaire à traiter. Comme je le disais l’autre dimanche, gardons-nous de jouer à prier. C’est une insolence envers Dieu. Si je suis appelé à prier en public, je ne dois pas oser employer des paroles destinées à plaire aux oreilles de ceux qui adorent avec moi ; mais je dois bien comprendre que je parle à Dieu lui-même, et que j’ai une affaire à traiter avec le grand Seigneur. Et dans ma prière secrète, si, en me levant le matin, je fléchis le genou et répète certaines paroles, ou si, en me retirant le soir pour le repos, je récite la même formule habituelle, je pèche plutôt que je ne fais quelque chose de bon, à moins que mon âme même ne parle au Très-Haut. Penses-tu que le Roi du ciel prenne plaisir à t’entendre prononcer des paroles d’une langue frivole et d’un esprit irréfléchi ? Tu ne le connais pas. Il est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. Si tu as des formules creuses à débiter, va les déverser dans les oreilles d’insensés tels que toi, mais non devant l’Éternel des armées. Si tu as certaines paroles à prononcer, auxquelles tu attaches une révérence superstitieuse, va les dire dans les cours chamarrées de Rome la prostituée, mais non devant le glorieux Seigneur de Sion. Le Dieu qui est Esprit cherche des adorateurs spirituels, et ceux-là il les acceptera, et ceux-là seulement ; mais le sacrifice des méchants est en horreur à l’Éternel, et seule une prière sincère fait ses délices.

Bien-aimés, la conclusion de toutes nos remarques est simplement celle-ci,—la prière n’est pas une bagatelle. C’est un acte éminent et élevé. C’est un privilège haut et merveilleux. Sous l’ancien Empire perse, quelques-uns des nobles avaient la permission d’entrer à tout moment auprès du roi, et l’on considérait cela comme le plus haut privilège dont pût jouir un mortel. Vous et moi, peuple de Dieu, nous avons un permis, un passeport pour venir devant le trône du ciel à toute heure, quand nous le voulons, et nous sommes encouragés à y venir avec une grande assurance ; mais n’oublions pas pour autant que ce n’est pas une petite chose que d’être courtisan dans les parvis du ciel et de la terre, d’adorer celui qui nous a faits et qui nous maintient dans l’existence. En vérité, lorsque nous entreprenons de prier, nous pouvons entendre la voix qui dit, du sein de la gloire magnifique : « A genoux! » De tous les esprits qui contemplent la face de notre Père qui est dans les cieux, maintenant même, j’entends une voix qui dit : « Venez, prosternons-nous et humilions-nous, Fléchissons le genou devant l’Éternel, notre créateur! Car il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit. Prosternez-vous devant l’Éternel avec des ornements sacrés. Tremblez devant lui, vous tous, habitants de la terre! »

II. De peur que l’éclat et la splendeur du mot « trône » ne soient trop forts pour une vue mortelle, notre texte nous présente maintenant le doux et paisible rayonnement de ce mot délicieux—« GRÂCE ». Nous sommes appelés au trône de la grâce, non au trône de la loi. Le Sinaï rocheux fut jadis le trône de la loi, lorsque Dieu vint de Paran avec ses saintes myriades. Qui désirait s’approcher de ce trône-là ? Israël même ne le pouvait pas. Des limites furent posées tout autour de la montagne, et si seulement une bête touchait la montagne, elle était lapidée ou percée d’une flèche. Ô vous, propres justes, qui espérez pouvoir obéir à la loi et pensez pouvoir être sauvés par elle, regardez les flammes que vit Moïse, et reculez, et tremblez, et désespérez. Ce n’est pas à ce trône-là que nous venons maintenant, car par Jésus la situation est changée. Pour une conscience purifiée par le sang précieux, il n’y a plus de colère sur le trône divin, quoique pour nos esprits troublés—

« Jadis c’était un siège de colère ardente,

D’où jaillissait la flamme dévorante ;

Notre Dieu paraissait un feu consumant,

Et son nom était Jaloux. »

Et, Dieu soit béni, nous n’avons pas ce matin à parler du trône de la justice finale. Devant lui nous comparaîtrons tous, et tous ceux d’entre nous qui ont cru trouveront qu’il est un trône de grâce aussi bien que de justice ; car celui qui siège sur ce trône ne prononcera aucune sentence de condamnation contre l’homme qui est justifié par la foi. Mais je n’ai pas à vous appeler ce matin au lieu d’où retentira, si perçante et si claire, la trompette de la résurrection. Nous ne voyons pas encore les anges s’avancer avec leurs épées vengeresses pour frapper les ennemis de Dieu ; les grandes portes de l’abîme ne sont pas encore ouvertes pour engloutir les ennemis qui n’ont pas voulu que le Fils de Dieu règne sur eux. Nous sommes encore sur le terrain de la prière, encore en termes de supplication avec Dieu, et le trône auquel nous sommes invités à venir, et dont nous parlons en ce moment, est le trône de la grâce. C’est un trône dressé tout exprès pour la dispensation de la grâce ; un trône d’où chaque parole est une parole de grâce ; le sceptre qui en est tendu est le sceptre d’argent de la grâce ; les décrets qui en sont proclamés sont des desseins de grâce ; les dons répandus sur ses marches d’or sont des dons de grâce ; et celui qui siège sur le trône est la grâce elle-même. C’est au trône de la grâce que nous nous approchons quand nous prions ; et réfléchissons-y un moment ou deux, en guise d’encouragement consolant pour ceux qui commencent à prier ; et, en vérité, pour nous tous qui sommes des hommes et des femmes de prière.

Si, dans la prière, je viens devant un trône de grâce, alors les défauts de ma prière ne seront pas retenus contre elle. Quand vous commencez à prier, chers amis, vous avez l’impression de ne pas prier. Les gémissements de votre esprit, quand vous vous relevez de vos genoux, sont tels que vous pensez qu’il n’y a rien en eux. Quelle prière tachée, brouillée, barbouillée ! Peu importe ; vous n’êtes pas venus au trône de la justice, sinon, lorsque Dieu apercevrait le défaut de la prière, il la repousserait avec mépris,—vos paroles entrecoupées, vos halètements et vos balbutiements sont devant un trône de grâce. Quand l’un de nous a présenté devant Dieu sa meilleure prière, s’il la voyait comme Dieu la voit, nul doute qu’il en ferait une grande lamentation ; car il y a assez de péché dans la meilleure prière qui ait jamais été prononcée pour qu’elle soit à coup sûr rejetée loin de Dieu. Mais ce n’est pas un trône de justice, je le répète, et voilà l’espérance de nos supplications boiteuses et chancelantes. Notre Roi plein de condescendance ne maintient pas à sa cour une étiquette solennelle comme celle qu’observent les princes parmi les hommes, où une petite erreur ou un défaut suffit à faire congédier le solliciteur avec disgrâce. Oh ! non ; les cris imparfaits de ses enfants ne sont pas sévèrement critiqués par lui. Le Grand Chambellan du palais d’en haut, notre Seigneur Jésus-Christ, prend soin de retoucher et de corriger chaque prière avant de la présenter, et il rend la prière parfaite de sa perfection, et victorieuse par ses propres mérites. Dieu regarde la prière telle qu’elle est présentée par Christ, et pardonne toute l’imperfection qui lui est inhérente. Combien cela devrait encourager ceux d’entre nous qui se sentent faibles, distraits et malhabiles dans la prière ! Si vous ne pouvez plus plaider auprès de Dieu comme vous le faisiez parfois dans les années passées, si vous sentez que, d’une manière ou d’une autre, vous vous êtes rouillés dans l’œuvre de la supplication, n’y renoncez jamais, mais venez encore, oui, venez plus souvent, car ce n’est pas un trône de critique sévère, c’est un trône de grâce auquel vous venez.

Ensuite, puisque c’est un trône de grâce, les fautes du suppliant lui-même n’empêcheront pas sa prière d’être exaucée. Oh, que de fautes il y a en nous ! Combien nous sommes indignes de paraître devant un trône, nous qui sommes tout souillés de péché, au-dedans comme au-dehors ! Qui d’entre vous oserait songer à prier, si le trône de Dieu n’était pas un trône de grâce ? Si vous le pouviez, moi, je l’avoue, je ne le pourrais pas. Un Dieu absolu, infiniment saint et juste, ne pourrait, sans se contredire dans sa nature divine, exaucer aucune prière d’un pécheur tel que moi, s’il n’avait pas établi un plan grâce auquel ma prière ne monte plus vers un trône de justice absolue, mais vers un trône qui est aussi le propitiatoire, la propitiation, le lieu où Dieu rencontre les pécheurs, par Jésus-Christ. Ah ! je ne pourrais pas vous dire : « Priez », pas même à vous, les saints, si ce n’était un trône de grâce ; encore bien moins pourrais-je vous parler de prière, à vous, pécheurs ; mais maintenant, je le dis à chaque pécheur ici présent, se croirait-il le pire pécheur qui ait jamais vécu : criez au Seigneur et cherchez-le pendant qu’il se trouve. Un trône de grâce est un lieu fait pour vous : mettez-vous à genoux ; par une foi toute simple, allez à votre Sauveur, car c’est lui, oui, c’est lui qui est le trône de la grâce. C’est en lui que Dieu peut dispenser sa grâce aux plus coupables des hommes. Béni soit Dieu ! ni les fautes de la prière, ni celles du suppliant n’empêcheront nos requêtes de parvenir au Dieu qui prend plaisir aux cœurs brisés et contrits.

Si c’est un trône de grâce, alors les désirs de celui qui plaide seront interprétés. Si je ne trouve pas de mots pour exprimer mes désirs, Dieu, dans sa grâce, lira mes désirs sans les mots. Il saisit ce que veulent dire ses saints, ce que veulent dire leurs soupirs. Un trône qui ne serait pas gracieux ne se donnerait pas la peine de déchiffrer nos requêtes ; mais Dieu, l’infiniment gracieux, plongera jusqu’au fond de nos désirs, et il y lira ce que notre langue ne sait pas dire. N’avez-vous jamais vu un père, quand son enfant essaie de lui dire quelque chose et qu’il sait fort bien ce que le petit veut lui dire, l’aider à trouver ses mots et prononcer les syllabes à sa place ? Et si le petit a à moitié oublié ce qu’il voulait dire, vous avez vu le père lui souffler le mot : ainsi l’Esprit à jamais béni, du haut du trône de la grâce, nous aidera et nous enseignera les mots ; que dis-je ? il écrira dans nos cœurs les désirs eux-mêmes. Nous avons dans l’Écriture des exemples où Dieu met des paroles dans la bouche des pécheurs. « Apportez avec vous des paroles », dit-il, « et dites-lui : Reçois-nous favorablement et aime-nous gratuitement. » Par sa grâce, il mettra dans votre esprit les désirs, et aussi l’expression de ces désirs ; il dirigera vos désirs vers les choses que vous devez rechercher ; il vous apprendra quels sont vos besoins, alors que vous ne les connaissez pas encore ; il vous rappellera ses promesses, afin que vous puissiez les plaider ; il sera, en somme, l’Alpha et l’Oméga de votre prière, comme il l’est de votre salut ; car, de même que le salut est de grâce du commencement à la fin, de même l’approche du pécheur vers le trône de la grâce est de grâce de bout en bout. Quelle consolation que celle-là ! Ne nous approcherons-nous pas, mes chers amis, avec d’autant plus d’assurance de ce trône, tandis que nous savourons le doux sens de cette précieuse parole : « le trône de la grâce » ?

Si c’est un trône de grâce, alors tous les besoins de ceux qui s’en approchent seront comblés. Le Roi qui siège sur un tel trône ne dira pas : « Tu dois m’apporter des présents, tu dois m’offrir des sacrifices. » Ce n’est pas un trône où l’on reçoit le tribut ; c’est un trône d’où l’on dispense des dons. Venez donc, vous qui êtes pauvres comme la pauvreté elle-même ; venez, vous qui n’avez aucun mérite et qui êtes dénués de toute vertu ; venez, vous qui avez été réduits à une misérable banqueroute par la chute d’Adam et par vos propres transgressions ; ce n’est pas le trône d’une majesté qui s’entretient en levant des impôts sur ses sujets, mais un trône qui se glorifie en répandant, comme une fontaine, des flots de biens. Venez maintenant, et recevez le vin et le lait qui sont donnés gratuitement ; oui, venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer. Tous les besoins du suppliant seront comblés, parce que c’est un trône de grâce.

Et de même, toutes les misères du suppliant trouveront compassion. Supposons que je vienne au trône de la grâce chargé du fardeau de mes péchés : il y a sur le trône quelqu’un qui a senti le fardeau du péché, il y a des siècles, et qui n’en a pas oublié le poids. Supposons que je vienne accablé de chagrin : il y a là Quelqu’un qui connaît toutes les douleurs auxquelles l’humanité peut être soumise. Suis-je abattu et angoissé ? Est-ce que je crains que Dieu lui-même ne m’ait abandonné ? Il y a sur le trône Quelqu’un qui a dit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » C’est un trône d’où la grâce se plaît à regarder d’un œil tendre les misères des hommes, pour les considérer et pour les soulager. Venez donc, venez donc, venez donc, vous qui n’êtes pas seulement pauvres, mais malheureux, vous dont les misères vous font soupirer après la mort, tout en la redoutant. Vous, les captifs, venez avec vos chaînes ; vous, les esclaves, venez avec les fers qui pèsent sur vos âmes ; vous qui êtes assis dans les ténèbres, avancez, tout aveuglés que vous êtes. Le trône de la grâce vous regardera, si vous ne pouvez pas le regarder ; il vous donnera, bien que vous n’ayez rien à donner en retour ; et il vous délivrera, bien que vous ne puissiez pas lever le petit doigt pour vous délivrer vous-mêmes.

« Le trône de la grâce. » Plus je retourne cette parole dans mon esprit, plus elle grandit ; et c’est pour moi une pensée des plus délicieuses que, si je viens au trône de Dieu dans la prière, je puis bien sentir mille imperfections, il y a pourtant de l’espérance. D’ordinaire, je suis plus mécontent de mes prières que de toute autre chose que je fais. Je ne crois pas que ce soit chose facile de prier en public de manière à bien conduire les dévotions d’une grande assemblée. On entend parfois louer quelqu’un parce qu’il prêche bien ; mais si quelqu’un reçoit la grâce de bien prier, il y aura là un don égal, et une grâce plus haute. Mais, mes frères, supposons qu’il y ait dans nos prières des lacunes de connaissance : c’est un trône de grâce, et notre Père sait que nous avons besoin de ces choses. Supposons qu’il y ait des défaillances de foi : il voit notre petite foi, et pourtant il ne la rejette pas, si petite soit-elle. Il ne mesure pas toujours ses dons au degré de notre foi, mais à la sincérité et à l’authenticité de la foi. Et même s’il y avait de graves défauts jusque dans notre esprit, et des manquements dans la ferveur ou dans l’humilité de la prière, bien que ces choses ne dussent pas s’y trouver et qu’elles soient fort à déplorer, la grâce passe sur tout cela, pardonne tout cela, et sa main miséricordieuse reste tendue pour nous enrichir selon nos besoins. Assurément, cela devrait pousser à prier beaucoup de gens qui n’ont jamais prié, et nous amener, nous qui sommes depuis longtemps habitués à pratiquer l’art consacré de la prière, à nous approcher avec plus d’assurance que jamais du trône de la grâce.

III. Mais maintenant, si nous considérons notre texte dans son ensemble, il nous présente l’idée de LA GRÂCE SUR LE TRÔNE. C’est un trône, et qui y est assis ? C’est la grâce personnifiée qui est ici installée en dignité. Et vraiment, aujourd’hui, la grâce est sur le trône. Dans l’Évangile de Jésus-Christ, la grâce est l’attribut de Dieu qui domine tous les autres. Comment en est-elle venue à être si élevée ? Nous répondons : eh bien, la grâce a un trône par droit de conquête. La grâce est descendue sur la terre sous la forme du Bien-Aimé, et elle a rencontré le péché. La lutte fut longue et rude, et la grâce parut foulée aux pieds par le péché ; mais la grâce finit par saisir le péché, le chargea sur ses propres épaules, et, quoique presque écrasée sous le fardeau, elle porta le péché jusqu’à la croix et l’y cloua, l’y tua, le mit à mort pour toujours, et triompha glorieusement. C’est pour cela qu’à cette heure la grâce est assise sur un trône : parce qu’elle a vaincu le péché humain, qu’elle a porté la peine de la culpabilité humaine, et qu’elle a renversé tous ses ennemis.

De plus, la grâce siège sur le trône parce qu’elle s’y est établie de plein droit. Il n’y a aucune injustice dans la grâce de Dieu. Dieu est aussi juste quand il pardonne à un croyant que lorsqu’il jette un pécheur en enfer. Je crois du fond de mon âme qu’il y a autant de justice, et une justice aussi pure, dans l’acceptation d’une âme qui croit en Christ qu’il y en aura dans le rejet des âmes qui meurent impénitentes et qui sont bannies de la présence de Jéhovah. Le sacrifice de Christ a permis à Dieu d’être juste tout en justifiant celui qui a la foi. Celui qui connaît le mot « substitution » et qui sait en épeler correctement le sens verra que la justice punitive n’a plus rien à réclamer d’aucun croyant, puisque Jésus-Christ a payé toutes les dettes du croyant ; et maintenant Dieu serait injuste s’il ne sauvait pas ceux pour qui Christ a souffert à leur place, pour qui sa justice a été préparée, et à qui elle est imputée. La grâce est sur le trône par droit de conquête, et elle y siège de plein droit.

La grâce est sur le trône aujourd’hui, mes frères, parce que Christ a achevé son œuvre et qu’il est entré dans les cieux. Elle est sur le trône avec puissance. Quand nous parlons de son trône, nous voulons dire qu’elle a un pouvoir illimité. La grâce n’est pas assise sur le marchepied de Dieu ; la grâce ne se tient pas debout dans les parvis de Dieu ; elle est assise sur le trône ; c’est l’attribut qui règne ; c’est elle qui est roi aujourd’hui. Voici la dispensation de la grâce, l’année de grâce : la grâce règne par la justice pour la vie éternelle. Nous vivons à l’époque de la grâce qui règne, car, étant toujours vivant pour intercéder en faveur des fils des hommes, Jésus peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui. Pécheur, si vous rencontriez la grâce sur un chemin écarté, comme un voyageur en route, je vous dirais de faire sa connaissance et de rechercher son influence ; si vous rencontriez la grâce comme un marchand à la Bourse, un trésor à la main, je vous dirais de rechercher son amitié : elle vous enrichira à l’heure de la pauvreté ; si vous voyiez la grâce comme l’un des pairs du ciel, hautement élevé, je vous dirais de chercher à gagner son oreille ; mais, oh ! quand la grâce est assise sur le trône, je vous en supplie, saisissez-la sans tarder. Elle ne peut être plus haute, elle ne peut être plus grande, car il est écrit : « Dieu est amour », ce qui n’est qu’un alias pour dire la grâce. Oh ! venez vous incliner devant elle ; venez adorer la miséricorde et la grâce infinies de Dieu. Ne doutez pas, ne vous arrêtez pas, n’hésitez pas. La grâce règne ; la grâce, c’est Dieu ; Dieu est amour. Oh ! si seulement, voyant la grâce ainsi sur le trône, vous veniez la recevoir ! Je dis donc que la grâce est sur le trône par droit de conquête, de plein droit et avec puissance ; et, j’ajouterai, elle y est dans la gloire, car Dieu glorifie sa grâce. L’un de ses desseins, maintenant, est de rendre sa grâce illustre. Il se plaît à pardonner aux pénitents, pour montrer ainsi sa grâce qui pardonne ; il se plaît à regarder ceux qui se sont égarés et à les ramener, pour montrer sa grâce qui relève ; il se plaît à regarder ceux qui ont le cœur brisé et à les consoler, afin de montrer sa grâce qui console. Il y a une grâce à recevoir sous diverses formes, ou plutôt c’est la même grâce qui agit de diverses manières, et Dieu se plaît à rendre sa grâce glorieuse. Autour du trône, il y a un arc-en-ciel semblable à de l’émeraude, l’émeraude de sa compassion et de son amour. Heureuses les âmes qui peuvent croire cela, et qui, le croyant, peuvent venir aussitôt glorifier la grâce en devenant des exemples de sa puissance !

IV. Enfin, notre texte, s’il est bien lu, contient LA SOUVERAINETÉ RESPLENDISSANTE DE GLOIRE,—LA GLOIRE DE LA GRÂCE. Le propitiatoire est un trône ; bien que la grâce y soit, c’est toujours un trône. La grâce ne déplace pas la souveraineté. Or, l’attribut de la souveraineté est très élevé et terrible ; son éclat est semblable à une pierre de jaspe, très précieuse, et semblable à une pierre de saphir, ou, comme l’appelle Ézéchiel, « le cristal terrible ». Ainsi parle le Roi, l’Éternel des armées : « Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’ai compassion. » « O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé: Pourquoi m’as-tu fait ainsi? » « Le potier n’est-il pas maître de l’argile, pour faire avec la même masse un vase d’honneur et un vase d’un usage vil? » Ce sont là des paroles grandes et terribles, auxquelles il n’y a rien à répondre. Il est Roi, et il fera comme il le veut. Nul n’arrêtera sa main, ni ne lui dira : Que fais-tu ? Mais, ah ! de peur que l’un de vous ne soit abattu par la pensée de sa souveraineté, je vous invite à revenir au texte. C’est un trône,—voilà la souveraineté ; mais pour toute âme qui sait prier, pour toute âme qui vient par la foi à Jésus, le vrai propitiatoire, la souveraineté divine ne présente aucun aspect sombre et terrible : elle est pleine d’amour. C’est un trône de grâce ; d’où je conclus que la souveraineté de Dieu envers un croyant, envers celui qui plaide, envers celui qui vient à Dieu en Christ, s’exerce toujours en pure grâce. Pour vous, pour vous qui venez à Dieu dans la prière, la souveraineté parle toujours ainsi : « Je ferai miséricorde à ce pécheur ; bien qu’il ne le mérite pas, bien qu’il n’y ait en lui aucun mérite, pourtant, parce que je peux faire de mon bien ce que je veux, je le bénirai, je ferai de lui mon enfant, je l’accepterai ; il sera à moi au jour où je rassemblerai mes joyaux. » Sur le propitiatoire, Dieu n’a jamais exercé la souveraineté autrement que par voie de grâce. Il règne, mais en ce cas la grâce règne par la justice pour la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur.

Il y a encore deux ou trois choses à considérer, et j’aurai fini. Sur le trône de la grâce, la souveraineté s’est placée elle-même sous les liens de l’amour. Il me faut ici choisir et peser mes mots, il me faut hésiter et m’arrêter pour trouver les phrases justes, de peur de m’égarer en m’efforçant de dire la vérité en toute simplicité. Dieu fera comme il le veut ; mais, sur le propitiatoire, il est lié—lié par des liens qu’il a lui-même forgés, car il a fait alliance avec Christ, et par là même avec ses élus. Bien que Dieu soit et doive toujours être souverain, jamais il ne rompra son alliance, ni ne changera la parole qui est sortie de sa bouche. Il ne peut être infidèle à une alliance qu’il a lui-même conclue. Quand je viens à Dieu en Christ, à Dieu sur le propitiatoire, je n’ai pas à m’imaginer que, par quelque acte de souveraineté, Dieu mettra de côté son alliance. Cela ne se peut pas : c’est impossible.

De plus, sur le trône de la grâce, Dieu est encore lié envers nous par ses promesses. L’alliance renferme bien des promesses de grâce, et ce sont les plus grandes et les plus précieuses. « Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. » Avant que Dieu eût prononcé cette parole, ou une parole dans le même sens, il était libre d’exaucer la prière ou non ; mais il n’en est plus ainsi ; car désormais, si c’est une prière véritable offerte par Jésus-Christ, sa fidélité l’oblige à l’exaucer. Un homme peut être parfaitement libre ; mais, dès l’instant où il fait une promesse, il n’est plus libre de la rompre ; et le Dieu éternel ne désire nullement rompre sa promesse. Il prend plaisir à l’accomplir. Il a déclaré que toutes ses promesses sont oui et amen en Jésus-Christ ; mais, pour notre consolation, quand nous contemplons Dieu sous l’aspect élevé et terrible d’un souverain, nous avons ceci à méditer : il est tenu par les liens de l’alliance et de la promesse d’être fidèle envers les âmes qui le cherchent. Son trône ne peut être qu’un trône de grâce pour son peuple.

Et enfin, pensée la plus douce de toutes, chaque promesse de l’alliance a été contresignée et scellée avec du sang, et loin du Dieu éternel la pensée de mépriser le sang de son Fils bien-aimé ! Quand un roi a donné une charte à une ville, il a pu jusque-là être absolu, sans que rien ne vienne limiter ses prérogatives ; mais, quand la ville a sa charte, elle fait valoir ses droits devant le roi. De même, Dieu a donné à son peuple une charte de bénédictions indicibles, en lui accordant les grâces assurées promises à David. La validité d’une charte dépend pour une grande part de la signature et du sceau ; et, mes frères, combien la charte de l’alliance de grâce est sûre ! La signature est de la main même de Dieu, et le sceau est le sang du Fils unique. L’alliance est ratifiée par le sang, le sang de son propre Fils bien-aimé. Il n’est pas possible que nous plaidions en vain auprès de Dieu quand nous plaidons l’alliance scellée par le sang, en tous points bien réglée et offrant pleine sécurité. Le ciel et la terre passeront, mais la puissance du sang de Jésus auprès de Dieu ne peut jamais faillir. Il parle quand nous nous taisons, et il l’emporte quand nous sommes vaincus. Il demande de meilleures choses que celui d’Abel, et son cri est entendu. Approchons-nous avec assurance, car nous entendons la promesse dans nos cœurs. Quand la souveraineté de Dieu nous alarme, chantons joyeusement—

« L’Évangile soutient mon âme ;

Un Dieu fidèle et immuable

Pose le fondement de mon espérance

Sur des serments, des promesses et du sang. »

Que Dieu le Saint-Esprit nous aide, dès maintenant, à user comme il faut du « trône de la grâce ». Amen.

Rome, 7 déc. 1871.

À MON ÉGLISE BIEN-AIMÉE ET À TOUS MES AMIS,

Bien-aimés dans le Seigneur, ayant cru de mon devoir de quitter l’Angleterre pour un peu de temps afin de prévenir un retour de mon ancien mal, je me sens tenu de reconnaître avec gratitude la bonne main du Seigneur sur moi pendant mon séjour à l’étranger. J’espère revenir sous peu, assez fortifié pour continuer à travailler pendant une longue période sans nouvelle interruption. Je saisis cette occasion pour remercier mon Église affectueuse et mes bons amis de leurs innombrables marques de généreuse sympathie, par le soutien qu’ils apportent à notre Collège et à notre Orphelinat, et surtout de ces nombreuses prières qui ont tourné à mon réconfort et à ma guérison pendant ma récente maladie, et qui sont le moyen par lequel je suis soutenu dans mon service toujours croissant pour le Seigneur. Que le Seigneur rende mille fois, dans leur sein, le bien que des amis fidèles ont imploré pour moi, et qu’il fasse de moi, plus que jamais, par mon ministère, un instrument de bénédiction pour eux.

En ce moment, je vous demande instamment de renouveler ces prières avec une ferveur accrue, car un réveil religieux est grandement nécessaire ; et ce serait un signe certain de sa venue prochaine si les croyants s’unissaient dans la prière pour l’obtenir. Déjà la flamme est allumée au Tabernacle, mais il faut l’attiser pour qu’elle devienne un puissant incendie. Notre pays a besoin d’une visitation divine, et la promesse n’a besoin que d’être plaidée pour s’accomplir. Frères, comme un seul homme, criez avec force au Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, en le suppliant de mettre la main à l’œuvre et de glorifier son Fils aux yeux de tout le peuple. Me trouvant là où est le trône de Satan, au milieu de dix mille idoles, je supplie ceux qui adorent Dieu en esprit de lutter dans la prière pour obtenir des temps de rafraîchissement, afin que tous les pays sachent que Jésus-Christ est Seigneur. Jusques à quand le nom de Jésus sera-t-il blasphémé par les idolâtries de l’Antéchrist ? Il se peut que les temps de ténèbres durent jusqu’à ce que les enfants de lumière crient amèrement, jour et nuit, dans l’angoisse de leur âme. Alors Dieu fera justice à ses élus, et cela promptement.

En foulant la voie Appienne, je me suis réjoui de ce que Jésus, que Paul prêchait, est toujours vivant, et qu’il ne manquera pas, en son temps, de terrasser ses ennemis. Déjà il a désolé le Colisée où ses martyrs fidèles ont versé leur sang ; le pouvoir païen est tombé, et ainsi tombera aussi le pouvoir papal, et tout autre pouvoir qui s’oppose à son royaume. Proclamons une croisade spirituelle, et dressons nos bannières par une prière redoublée. Il est certain que la supplication produit des résultats merveilleux dans le ciel et sur la terre ; sa puissance est prouvée par notre propre expérience personnelle, et par toute l’histoire de l’Église. Frères, PRIONS.

À vous, pour l’amour de Jésus,

C.H. SPURGEON.

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