Chapitre 12 · 40 min de lecture · 52 min d’écoute
La prière, remède aux soucis
« Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. » Philippiens 4:6, 7.
Nous avons la faculté de prévoir ; mais, comme toutes nos facultés, elle a été pervertie, et l’on en abuse souvent. Il est bon qu’un homme ait un saint souci et qu’il prête l’attention voulue à chaque détail de sa vie ; mais, hélas ! il est bien facile d’en faire un souci profane et de vouloir arracher des mains de Dieu cet office de la Providence qui lui appartient, à lui, et non pas à nous. Combien Luther aimait parler des oiseaux et de la manière dont Dieu prend soin d’eux ! Quand il était accablé d’inquiétudes, il ne cessait d’envier les oiseaux, parce qu’ils menaient une vie si libre et si heureuse. Il parle du docteur Moineau, du docteur Grive et d’autres encore, qui venaient converser avec le docteur Luther et lui dire mainte bonne chose ! Vous le savez, mes frères et sœurs, les oiseaux qui vivent là-bas en plein air, sous la garde de Dieu, se portent bien mieux que ceux dont l’homme prend soin. Une petite Londonienne, qu’on avait emmenée à la campagne, s’écria un jour : « Regarde, maman, ce pauvre petit oiseau. Il n’a même pas de cage ! » Je n’y aurais pas vu, pour ma part, une perte pour l’oiseau — et si vous et moi étions privés de notre cage, de notre boîte de graines et de notre godet d’eau, ce ne serait pas une bien grande perte que d’être lâchés dans la glorieuse liberté d’une vie d’humble dépendance envers Dieu !
C’est cette cage de la confiance charnelle, et cette boîte de graines que nous travaillons sans cesse à remplir, qui font le tourment de cette vie mortelle. Mais celui qui a la grâce de déployer ses ailes et de prendre son essor — de gagner les libres espaces de la confiance en Dieu — peut chanter tout le jour, et toujours sur cet air —
« Mortel, laisse là peine et chagrin ; Dieu pourvoit au lendemain. »
Voici donc l’enseignement du texte : « Ne vous inquiétez de rien. » Le mot qu’emploie ici notre vieille version anglaise, « careful », n’a plus aujourd’hui tout à fait le sens qu’il avait quand la Bible fut traduite. Du moins, il évoque pour moi autre chose que pour les traducteurs. Je dirais, moi, que nous devons être « careful », c’est-à-dire prudents. « Soyez prudents » : voilà une bonne leçon pour les garçons et les jeunes gens qui débutent dans la vie ; mais, au sens où l’on entendait le mot « care-full » au temps des traducteurs, nous ne devons pas être « careful », c’est-à-dire pleins de soucis. Le texte veut dire : ne soyez pas anxieux — ne pensez pas sans cesse aux besoins de cette vie mortelle. Je vais le relire en étirant un peu le mot, et vous en saisirez le sens : « Ne soyez “pleins de soucis” pour rien. » Oh ! que Dieu nous apprenne à éviter le mal qui est ici défendu, et à vivre dans cette sainte insouciance qui est la beauté même de la vie chrétienne — quand tout notre souci est remis à Dieu, et que nous pouvons nous réjouir et tressaillir d’allégresse dans les soins que sa Providence prend de nous !
« Ah ! dit quelqu’un, je ne peux pas m’empêcher de me faire du souci. » Eh bien, le sujet de ce soir doit justement vous aider à cesser de vous soucier et de vous tourmenter. Considérez d’abord ici ce qui remplace le souci. Ne soyez soucieux de rien, mais soyez priants pour tout — voilà ce qui remplace le souci : « des prières et des supplications ». Ensuite, remarquez le caractère particulier de cette prière qui doit prendre la place de l’anxiété : « en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces ». Et puis j’espère qu’il nous restera quelques minutes pour considérer le doux effet de cette prière : « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. »
I. Pour commencer, voici donc, premièrement, CE QUI REMPLACE LE SOUCI OU L’ANXIÉTÉ.
Je suppose que, pour beaucoup d’entre nous, il est vrai que nos soucis sont nombreux. Si une fois vous devenez soucieux, anxieux, agité, vous ne pourrez jamais compter vos soucis, quand bien même vous pourriez compter les cheveux de votre tête. Et les soucis ont tendance à se multiplier chez
ceux qui en sont pleins ; et quand vous serez aussi plein de soucis que vous croyez pouvoir l’être, vous verrez à coup sûr une nouvelle récolte de soucis lever tout autour de vous. S’abandonner à cette mauvaise habitude de l’anxiété, c’est lui laisser prendre l’empire sur la vie, jusqu’à ce que la vie ne vaille plus la peine d’être vécue, à cause du souci que nous nous en faisons. Les soucis sont nombreux : que vos prières soient donc aussi nombreuses. Changez en prière tout ce qui est un souci. Que vos soucis soient la matière première de vos prières ; et, comme les alchimistes espéraient changer le vil métal en or, vous, par une sainte alchimie, changez réellement ce qui, naturellement, aurait été un souci en un trésor spirituel, sous la forme de la prière ! Baptisez chaque inquiétude au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit — et faites-en ainsi une bénédiction !
Avez-vous le souci de posséder ? Prenez garde que ce ne soit pas ce souci qui vous possède ! Désirez-vous faire du gain ? Veillez à ne pas perdre par vos gains plus que vous ne gagnez. Je vous en supplie, n’ayez pas plus de souci de gagner que vous n’oseriez en changer en prière ! Ne désirez pas avoir ce que vous n’oseriez pas demander à Dieu de vous donner. Mesurez vos désirs à une règle spirituelle, et vous serez ainsi gardés de tout ce qui ressemble à la convoitise. Chez beaucoup, les soucis viennent de leurs pertes — ils perdent ce qu’ils avaient gagné. Eh bien, ce monde est un monde où tout tend à se perdre. Le reflux suit le flux, et les hivers écrasent les fleurs de l’été. Ne vous étonnez pas si vous perdez comme les autres, mais priez au sujet de vos pertes. Allez à Dieu avec elles — et au lieu de vous ronger, faites-en l’occasion de vous attendre au Seigneur et de lui dire : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté; que le nom de l’Éternel soit béni! Fais-moi savoir pourquoi tu me prends à partie, et garde ton serviteur, je t’en prie, de jamais se plaindre de toi, quoi que tu lui permettes de perdre ! »
Peut-être direz-vous que votre souci ne porte ni sur vos gains ni sur vos pertes, mais sur votre pain quotidien. Ah ! eh bien, vous avez des promesses pour cela, vous le savez ! Le Seigneur a dit : « Ainsi tu habiteras le pays, et en vérité tu seras nourri. » Il vous donne un doux encouragement quand il dit qu’il revêt l’herbe des champs — et ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? Et le Seigneur Jésus vous invite à considérer les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans des greniers, et pourtant votre Père céleste les nourrit. Allez donc à votre Dieu avec tous vos soucis ! Si vous avez une nombreuse famille, un maigre revenu et bien du mal à joindre les deux bouts et à pourvoir à ce qui est honnête devant tous les hommes, vous avez d’autant plus de motifs de frapper à la porte de Dieu — d’autant plus de raisons de vous trouver souvent devant le trône de la grâce ! Je vous en supplie, tirez-en bon parti. Je me sens libre d’aller voir un ami quand j’ai réellement quelque affaire à traiter avec lui — et vous pouvez hardiment aller à Dieu quand les nécessités vous pressent. Au lieu de vous soucier de quoi que ce soit avec un souci anxieux, faites-en aussitôt un motif de prier avec une ferveur renouvelée.
« Ah ! dit quelqu’un, mais je suis dans la perplexité. Je ne sais que faire. » Eh bien, cher ami, vous devez assurément prier quand vous ne savez pas s’il faut prendre la route de droite, ou celle de gauche, ou aller tout droit, ou s’il faut rebrousser chemin ! En vérité, quand vous êtes dans un brouillard si épais que vous ne voyez pas le réverbère suivant, c’est alors le moment de prier. La route s’éclaircira devant vous tout à coup. J’ai souvent eu à essayer ce moyen, moi-même — et je rends ce témoignage : quand je me suis fié à moi-même, j’ai été un fou gigantesque ! Mais quand je me suis confié en Dieu, il m’a conduit tout droit dans le bon chemin, et il n’y a pas eu la moindre erreur ! Je crois que les enfants de Dieu commettent souvent de plus grosses bévues dans les choses simples que dans les affaires plus difficiles. Vous savez ce qui arriva à Israël quand vinrent ces Gabaonites, avec leurs vieilles chaussures et leurs vieux vêtements, et qu’ils montrèrent ce pain moisi qu’ils disaient avoir pris tout frais de leurs fours. Les enfants d’Israël pensèrent : « Le cas est clair. Ces hommes sont des étrangers, ils viennent d’un pays éloigné ; nous pouvons donc faire alliance avec eux. » Ils étaient certains que le témoignage de leurs yeux prouvait que ce n’étaient point des Cananéens ; aussi ne consultèrent-ils pas Dieu ! Toute l’affaire leur parut si claire qu’ils firent alliance avec les Gabaonites, ce qui fut pour eux une source d’ennuis par la suite ! Si nous allions à Dieu par la prière en toute chose, nos perplexités ne nous entraîneraient pas dans plus d’erreurs que nos simplicités — et dans les choses simples comme dans les choses difficiles, nous serions guidés par le Très-Haut.
Peut-être un autre ami dit-il : « Mais je pense à l’avenir. » Vraiment ? Eh bien, permettez-moi d’abord de vous demander ce que vous avez à voir avec l’avenir. Savez-vous ce qu’un jour peut enfanter ? Vous vous êtes demandé ce que vous deviendrez quand vous serez vieux, mais êtes-vous sûr de jamais devenir vieux ? J’ai connu une chrétienne qui se tourmentait pour savoir comment on l’enterrerait. Cette question ne m’a jamais troublé, et il y a bien d’autres sujets pour lesquels nous n’avons pas besoin de nous tourmenter. On trouve toujours un bâton pour battre un chien ; et, s’il vous faut un souci, vous trouverez généralement un souci pour battre vos propres âmes ! Mais c’est là une triste occupation pour qui que ce soit d’entre vous. Au lieu de cela, faites de tout ce qui pourrait être un sujet de souci un sujet de prière. Vous ne resterez pas longtemps sans sujet de souci ; vous ne resterez donc pas longtemps sans sujet de prière. Rayez ce mot de « souci », et écrivez simplement à sa place cet autre mot, « prière » — et alors, si vos soucis sont nombreux, vos prières seront nombreuses aussi.
Remarquez ensuite, chers amis, que le souci excessif est une intrusion dans le domaine de Dieu. C’est vous faire le père de famille au lieu d’être un enfant — c’est vous faire le maître au lieu d’être un serviteur à qui le maître fournit ses rations. Or, si, au lieu d’agir ainsi, vous changez le souci en prière, il n’y aura plus d’intrusion, car vous pouvez venir à Dieu par la prière sans être accusés de présomption. Il vous invite à prier. Bien plus, il vous l’ordonne ici par son serviteur : « en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces ». Encore une fois, les soucis ne nous servent à rien, et ils nous causent un grand dommage. Vous auriez beau vous tourmenter aussi longtemps qu’il vous plairait, vous ne pourriez vous grandir d’un pouce, ni faire pousser un cheveu de plus sur votre tête, ni rendre un seul cheveu blanc ou noir ! C’est ce que nous dit le Sauveur, et il demande : si le souci échoue dans de si petites choses, que peut-il dans les choses plus hautes de la Providence ? Il ne peut rien ! Un fermier, debout dans ses champs, disait : « Je ne sais pas ce que nous allons tous devenir. Le blé sera perdu si cette pluie continue. Nous n’aurons pas de moisson du tout, à moins d’avoir un peu de beau temps. » Il allait et venait, se tordant les mains, se rongeant et rendant toute sa maisonnée mal à l’aise. Et avec tous ses tourments, il ne fit pas paraître un seul rayon de soleil — il ne put chasser un seul nuage du souffle de ses paroles irritées, ni arrêter une goutte de pluie avec tous ses murmures.
À quoi bon donc continuer à vous ronger le cœur, quand vous n’y gagnez rien ? D’ailleurs, cela affaiblit notre pouvoir de nous aider nous-mêmes, et surtout notre pouvoir de glorifier Dieu. Un cœur plein de soucis nous empêche de bien juger en bien des choses. J’ai souvent employé cette image (je n’en connais pas de meilleure) : nous prenons une longue-vue, nous soufflons dessus l’haleine brûlante de notre anxiété, nous la portons à notre œil, puis nous disons que nous ne voyons rien que des nuages ! Évidemment, nous ne voyons rien d’autre, et nous ne verrons jamais rien d’autre tant que nous soufflerons dessus. Si seulement nous étions calmes, tranquilles, maîtres de nous-mêmes et possédés de Dieu, nous ferions ce qu’il faut. Nous serions, comme on dit, « tout à notre affaire » à l’heure de la difficulté. Celui-là peut compter sur la présence d’esprit qui a la Présence de Dieu. Si nous oublions de prier, vous étonnez-vous que nous soyons tout agités et tout tourmentés, et que nous fassions la première chose qui nous vient à l’esprit — qui est généralement la pire — au lieu d’attendre de voir ce qu’il y aurait à faire, pour le faire ensuite avec confiance et avec foi, comme sous le regard de Dieu ? Le souci, l’inquiétude, est nuisible ; mais si seulement vous changez ce souci en prière, alors chaque inquiétude vous sera un bienfait.
La prière est un merveilleux matériau pour bâtir l’édifice spirituel. Nous sommes nous-mêmes édifiés par la prière. Nous croissons dans la grâce par la prière ; et si seulement nous venons à Dieu à chaque instant avec nos requêtes, nous serons des chrétiens qui grandissent vite ! J’ai dit ce matin à une sœur : « Priez pour moi, c’est un temps de besoin », et elle m’a répondu : « Je n’ai rien fait d’autre depuis mon réveil. » J’ai fait la même demande à plusieurs autres, et ils m’ont dit qu’ils avaient prié pour moi. J’en ai été si heureux, non seulement pour moi-même, qui avais reçu du bien de leurs prières, mais pour eux, car ils ne peuvent manquer d’y grandir ! Quand les petits oiseaux battent sans cesse des ailes, ils apprennent à voler. Les muscles se fortifieront, et les oiseaux quitteront le nid avant longtemps. Ce battement d’ailes même est une éducation — et l’effort pour prier — les gémissements, les soupirs, les cris d’un esprit de prière — est en lui-même une bénédiction ! Quittez donc cette habitude ruineuse de l’inquiétude, et prenez cette habitude enrichissante de la prière ! Voyez comme vous ferez ainsi un double gain — d’abord en évitant une perte, ensuite en obtenant ce qui vous fera réellement du bien, à vous et aux autres aussi !
Et puis, les soucis viennent de ce que nous oublions combien Christ est proche de nous. Avez-vous remarqué l’enchaînement du contexte ? « Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien. » Le Seigneur Jésus-Christ a promis de revenir, et il peut venir ce soir même. À tout moment, il peut paraître ! Aussi Paul écrit-il : « Le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. » Oh ! si nous pouvions nous tenir sur cette terre comme sur une simple ombre ! Si nous pouvions vivre comme ceux qui en auront bientôt fini avec cette pauvre vie passagère ! Si nous tenions toute chose terrestre d’une main très lâche, alors nous ne serions pas à nous soucier, à nous inquiéter, à nous ronger — mais nous nous mettrions à prier, car ainsi nous saisirions le réel et le solide, et nous poserions le pied sur l’invisible, qui est, après tout, l’éternel ! Oh ! chers amis, que ce texte, que je vous ai lu et relu, tombe maintenant dans vos cœurs comme un caillou tombe dans un lac de montagne, et qu’en y entrant il trace des cercles de consolation à la surface même de votre âme !
II. Il nous faut maintenant examiner le texte d’un peu plus près pour voir, en second lieu, LE CARACTÈRE PARTICULIER DE CETTE PRIÈRE. Quelle sorte de prière est celle qui nous soulagera du souci ?
Eh bien, d’abord, c’est une prière qui s’occupe de tout. « en toute chose », « faites connaître vos besoins à Dieu ». Vous pouvez prier au sujet de la plus petite chose comme de la plus grande — vous pouvez prier non seulement pour demander le Saint-Esprit, mais aussi pour avoir une paire de chaussures neuves. Vous pouvez aller à Dieu pour le pain que vous mangez, l’eau que vous buvez, le vêtement que vous portez, et le prier pour tout. Ne tracez aucune limite en disant : « Jusqu’ici, les choses doivent être sous la garde de Dieu. » Mais voyons, que ferez-vous alors du reste de votre vie ? Doit-il être vécu sous la rouille desséchante d’une sorte d’athéisme ? À Dieu ne plaise ! Oh ! puissions-nous vivre en Dieu de tout notre être, car notre être est tel que nous ne pouvons le diviser ! Notre corps, notre âme et notre esprit ne font qu’un ; et tant que Dieu nous laisse dans ce monde et que nous avons des besoins qui naissent de la condition de notre corps,
nous devons apporter devant Dieu, dans la prière, les besoins de notre corps. Et vous verrez que le grand Dieu vous exaucera en ces choses-là. Ne dites pas qu’elles sont trop petites pour qu’il y prenne garde — tout est petit en comparaison de lui ! Quand je pense à la grandeur de notre Dieu, il me semble que notre pauvre petit monde n’est qu’un grain de sable insignifiant sur le rivage de l’univers — et qu’il ne mérite pas la moindre attention. La terre entière n’est qu’un point dans le vaste monde de la Nature ; et si Dieu daigne la considérer, il peut aussi bien s’abaisser un peu plus et nous considérer ! Et c’est ce qu’il fait, car il dit : « Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. » Ainsi donc, en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu.
La prière qui nous garde du souci est une prière répétée : « en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications ». Priez Dieu, puis priez encore — « par des prières et des supplications ». Si le Seigneur ne vous répond pas la première fois, soyez très reconnaissants d’avoir une bonne raison de prier de nouveau ! S’il ne vous accorde pas votre demande la seconde fois, croyez qu’il vous aime tant qu’il désire entendre encore votre voix ! Et s’il vous fait attendre jusqu’à ce que vous soyez allés à lui sept fois, dites-vous : « Je sais maintenant que j’adore le Dieu d’Élie, car le Dieu d’Élie le laissa retourner sept fois avant que la bénédiction fût donnée. » Tenez pour un honneur qu’il vous soit permis de lutter avec l’Ange de Dieu ! C’est ainsi que Dieu fait ses princes ! Jacob ne serait jamais devenu Israël s’il avait obtenu la bénédiction de l’Ange à la première demande — mais quand il lui fallut lutter encore et encore jusqu’à ce qu’il eût le dessus, alors il devint un prince auprès de Dieu ! La prière qui tue le souci est une prière persévérante et importune.
Ensuite, c’est une prière intelligente : « faites connaître vos besoins à Dieu ». J’ai entendu parler d’un musulman qui passait, je crois, six heures par jour en prière ; et, de peur de s’endormir quand il était à bord d’un bateau, il se tenait debout, avec seulement une corde tendue devant lui pour s’y appuyer. S’il s’endormait, il tombait. Son but était de tenir six heures durant dans ce qu’il appelait la prière. « Eh bien, dis-je à quelqu’un qui le connaissait et qui l’avait vu à bord de son bateau sur le Nil, quelle sorte de prière était-ce ? » « Eh bien, me répondit mon ami, il répétait sans cesse : “Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu”, la même chose encore, et encore, et encore. » Je demandai : « Demandait-il quelque chose ? » « Oh ! non ! » « Plaidait-il auprès de Dieu pour en obtenir quelque chose ? » « Non, il poursuivait simplement cette répétition perpétuelle de certains mots, comme une sorcière pourrait répéter une formule magique. »
Pensez-vous qu’il y ait quoi que ce soit dans cette manière de prier ? Si vous vous mettez à genoux et répétez simplement une certaine formule, ce ne sera qu’une bouchée de mots. Que fait à Dieu cette sorte de prière ? « Faites connaître vos besoins à Dieu. » Voilà la vraie prière ! Dieu sait quelles sont vos demandes, mais vous devez le prier comme s’il ne les savait pas. Vous devez faire connaître vos demandes, non parce que le Seigneur ne les connaît pas, mais peut-être parce que vous, vous ne les connaissez pas. Et quand vous les lui aurez fait connaître, comme le texte vous le dit, vous vous les serez plus clairement fait connaître à vous-mêmes. Quand vous aurez demandé avec intelligence, sachant ce que vous avez demandé et pourquoi vous l’avez demandé, peut-être vous arrêterez-vous pour vous dire : « Non, après tout, je ne dois pas faire cette demande. » Parfois, quand vous aurez continué à prier pour ce que Dieu ne vous donne pas, il se pourra que se glisse dans votre esprit la conviction que vous n’êtes pas sur la bonne voie ; et ce résultat de votre prière vous fera du bien en lui-même et sera pour vous une bénédiction.
Mais vous devez prier en faisant connaître vos besoins à Dieu. Cela veut dire, en clair : dites ce dont vous avez besoin, car c’est là la vraie prière. Retirez-vous à l’écart et dites au Seigneur ce qu’il vous faut — répandez votre cœur devant lui. N’allez pas imaginer que Dieu ait besoin de beau langage ! Non, inutile de monter en courant chercher votre livre de prières pour y trouver une collecte — vous mettrez longtemps à trouver une collecte qui vous convienne si vous priez vraiment ! Demandez ce dont vous avez besoin, exactement comme si vous disiez à votre mère ou à votre ami le plus cher quel est votre besoin. Allez à Dieu de cette manière, car c’est la vraie prière, et c’est la sorte de prière qui chassera vos soucis.
Ainsi donc, chers amis, je le répète, la prière qui délivre des soucis est une communion avec Dieu. Si vous n’avez pas parlé à Dieu, vous n’avez pas vraiment prié. On a vu un petit enfant (j’ose dire que vos enfants l’ont fait) aller glisser une lettre dans la grille d’un égout — et, bien sûr, une lettre postée de cette manière n’a jamais reçu de réponse. Si la lettre n’est pas mise à la boîte, pour parvenir à la personne à qui elle est adressée, à quoi sert-elle ? De même, la prière est une véritable communication avec Dieu. Il faut que vous compreniez qu’il existe, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent avec diligence, sinon vous ne pouvez pas prier. Il faut qu’il soit pour vous une réalité, une réalité vivante ; il faut que vous croyiez qu’il exauce la prière ; et ensuite il faut que vous lui parliez et que vous croyiez posséder la chose que vous lui demandez — et ainsi vous l’aurez. Jamais encore il n’a manqué d’honorer la prière de la foi. Il peut vous faire attendre un moment, mais un retard n’est pas un refus, et souvent il a répondu à une prière qui demandait de l’argent en donnant de l’or ! Il a pu refuser un trésor terrestre, mais il a donné des richesses célestes dix mille fois plus précieuses — et le suppliant a été plus que satisfait de l’échange ! « faites connaître vos besoins à Dieu. »
Je sais ce que vous faites quand vous êtes dans l’épreuve — vous allez chez votre voisin, mais votre voisin ne tient pas à vous voir si souvent pour ce genre d’affaires. Peut-être allez-vous chez votre frère, mais il y a un texte qui vous avertit de ne pas entrer dans la maison de votre frère au jour de votre détresse. Vous pouvez aller trop souvent frapper à la porte d’un ami quand vous êtes à court d’argent — il sera peut-être ravi de vous voir, jusqu’à ce qu’il apprenne ce que vous venez chercher ! Mais si vous allez à votre Dieu, il ne vous battra jamais froid. Il ne vous dira jamais que vous venez trop souvent. Au contraire, il vous reprochera même de ne pas venir à lui assez souvent !
Il y a un mot sur lequel je suis passé tout à l’heure, parce que je voulais le garder pour ma dernière remarque sur ce point — « faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces ». Or, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que la prière qui tue le souci est une prière qui demande avec allégresse, avec joie, avec reconnaissance. « Seigneur, je suis pauvre. Laisse-moi te bénir pour ma pauvreté, et alors, ô Seigneur, ne pourvoiras-tu pas à tous mes besoins ? » Voilà comment il faut prier. « Seigneur, je suis malade. Je te bénis pour cette affliction, car je suis sûr qu’elle signifie pour moi quelque bien. Maintenant, qu’il te plaise de me guérir, je t’en supplie ! » « Seigneur, je suis dans une grande détresse, mais je te loue pour cette détresse, car je sais qu’elle renferme une bénédiction, même si l’enveloppe est bordée de noir ! Seigneur, aide-moi à traverser ma détresse ! » Voilà la prière qui tue le souci — « des supplications, avec des actions de grâces ». Mélangez bien ces deux choses ! Une drachme — non, deux drachmes de prière — prière et supplication, puis une drachme d’actions de grâces ! Broyez-les ensemble, et elles feront un remède béni contre le souci. Que le Seigneur nous enseigne à pratiquer ce saint art de l’apothicaire !
III. Je termine par ce troisième point, L’EFFET BIENFAISANT DE CETTE PRIÈRE — « Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. »
Si vous savez prier de cette manière, au lieu de vous livrer à une inquiétude mauvaise, il en résultera qu’une paix peu commune se glissera dans votre cœur et dans votre pensée. Peu commune, car ce sera « la paix de Dieu ». Qu’est-ce que la paix de Dieu ? La sérénité imperturbable du Dieu infiniment heureux, le calme éternel du Dieu parfaitement content ! Voilà ce qui possédera votre cœur et votre pensée. Remarquez comment Paul la décrit — « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence ». Les autres ne la comprendront pas. Ils ne parviendront pas à s’expliquer comment vous pouvez être si tranquille. Bien plus, vous ne pourrez pas le leur dire, car si elle surpasse toute intelligence, elle surpasse à coup sûr toute expression ! Et, chose plus étonnante encore — vous ne la comprendrez pas vous-même !
Ce sera une paix telle qu’elle sera pour vous insondable et incommensurable. Comme l’un des martyrs allait être brûlé pour Christ, il dit au juge qui donnait l’ordre d’allumer le bûcher : « Voulez-vous venir poser la main sur mon cœur ? » Le juge le fit. « Bat-il vite ? » demanda le martyr. « Est-ce que je montre le moindre signe de peur ? » « Non », dit le juge. « Maintenant, posez la main sur votre propre cœur, et voyez si vous n’êtes pas plus agité que moi. » Pensez à cet homme de Dieu qui, le matin où il devait être brûlé, dormait si profondément qu’il fallut le secouer pour le réveiller — il dut se lever pour être brûlé ! Et pourtant, sachant qu’il en serait ainsi, il avait une telle confiance en Dieu qu’il dormait paisiblement. Voilà « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence ». Lors de ces anciennes persécutions de Dioclétien, quand les martyrs entraient dans l’amphithéâtre pour être déchirés par les bêtes féroces — quand on asseyait l’un sur une chaise de fer chauffée au rouge, qu’on enduisait l’autre de miel pour le faire périr sous les piqûres des guêpes et des abeilles — ils ne bronchaient jamais !
Pensez à ce brave qu’on étendit sur un gril pour le rôtir à mort, et qui dit à ses persécuteurs : « Vous m’avez cuit d’un côté. Maintenant, retournez-moi de l’autre. » D’où venait cette paix en de telles circonstances ? C’était « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence ». Nous n’avons pas à souffrir ainsi de nos jours, mais s’il arrive jamais quelque chose de semblable, c’est merveille de voir quelle paix goûte un chrétien ! Après une grande tempête, le Maître se leva à la proue du bateau et dit aux vents : « Tais-toi! » Et nous lisons qu’« il y eut un grand calme ». Avez-vous jamais éprouvé cela ? Vous l’éprouvez ce soir si vous avez appris cet art sacré de faire connaître à Dieu vos besoins en toute chose, et si la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, garde vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ.
Cette paix bénie garde nos cœurs et nos pensées — c’est une paix qui monte la garde. Le mot grec évoque une garnison. N’est-il pas étrange qu’un terme militaire soit employé ici, et que ce soit la paix qui serve de garde au cœur et à la pensée ? C’est la paix de Dieu qui doit protéger l’enfant de Dieu — image étrange, mais belle ! J’ai entendu dire que la crainte est l’intendante du chrétien. Eh bien, la crainte peut être une bonne gardienne pour tenir les chiens à distance, mais son garde-manger n’est pas bien garni ! Tandis que la paix, bien qu’elle paraisse faiblesse, est l’essence même de la force, et tout en nous gardant, elle nous nourrit aussi et pourvoit à tous nos besoins.
C’est aussi une paix qui nous unit à Jésus — « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées ». C’est-à-dire vos affections et vos réflexions, vos désirs et votre intelligence — votre cœur, afin qu’il ne craigne pas.
Votre pensée, afin qu’elle ne connaisse aucune sorte de perplexité — « la paix de Dieu gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ ». Tout est « en Jésus-Christ », et c’est pourquoi cela nous est doublement doux et précieux !
Ô mes chers auditeurs, certains d’entre vous viennent ici le jeudi soir sans rien connaître de cette paix de Dieu, et peut-être vous demandez-vous pourquoi nous autres chrétiens faisons tant d’histoires au sujet de notre religion ! Ah ! si vous saviez, vous en feriez peut-être plus d’histoires que nous, car même s’il n’y avait pas d’au-delà — et nous savons qu’il y en a un — la bienheureuse habitude d’aller à Dieu dans la prière et de nous décharger sur lui de tous nos soucis nous aide à vivre dans la plus grande joie, même dans cette vie ! Nous ne croyons pas au sécularisme, mais si nous y croyions, il n’y aurait pas de meilleure préparation à la vie terrestre que cette vie pour Dieu et en Dieu ! Si vous avez un dieu de façade, si vous vous contentez d’aller à l’église ou à la chapelle en emportant votre livre de prières ou votre recueil de cantiques et pensez être chrétiens pour autant, vous vous trompez vous-mêmes ! Mais si vous avez un Dieu vivant, si vous êtes en communion réelle avec lui et vivez constamment, par habitude, à l’ombre des ailes du Tout-Puissant, alors vous goûterez une paix qui étonnera les autres et qui vous émerveillera vous-même, à savoir « la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence ». Que Dieu vous l’accorde, mes bien-aimés auditeurs, pour l’amour de Christ ! Amen.
EXPOSITION PAR C. H. SPURGEON : Philippiens 4
Verset 1. C’est pourquoi, mes bien-aimés, et très chers frères, vous qui êtes ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés! Vous savez que l’Église de Philippes était très chère au cœur de l’apôtre. Il ne pouvait oublier le temps où, avec Silas, il avait prié avec les femmes au bord du fleuve, puis prié et chanté les louanges de Dieu dans la prison, tandis que les prisonniers les entendaient. Lydie et sa maison, ainsi que le geôlier de Philippes, furent parmi les prémices de l’œuvre de Paul à Philippes, et il y eut toujours un amour très intime entre lui et les membres de l’Église de ce lieu. Ils prenaient soin de lui, et il prenait soin d’eux. Deux fois dans ce seul verset, il les appelle ses « bien-aimés ». Il dit qu’ils lui sont « très chers » : il soupirait après eux, il soupirait de venir les voir face à face, il soupirait de les voir heureux dans le Seigneur au plus haut degré. Aussi dit-il : « mes bien-aimés, et très chers frères, vous qui êtes ma joie ». C’était pour lui une telle joie, rien que de penser à eux comme à ses enfants spirituels, et surtout de voir avec quelle piété et quelle générosité ils se conduisaient. Oui, et il les appelle sa « couronne » — une guirlande qu’il avait gagnée dans la lutte spirituelle ! Les convertis du chrétien sont sa joie ici-bas, et ils seront sa couronne pour toujours dans le Ciel. Paul exhortait ces Philippiens à demeurer « fermes dans le Seigneur ». Demeurer ferme semble chose bien simple, mais ceux qui s’y essaient savent combien la tâche est difficile.
2. J’exhorte Évodie et j’exhorte Syntyche à être d’un même sentiment dans le Seigneur. Rien que deux femmes qui s’étaient brouillées l’une avec l’autre, mais l’apôtre désire si ardemment une parfaite unité qu’il glisse un « j’exhorte » pour chacune d’elles. Il ne dit pas laquelle avait raison et laquelle avait tort, mais il voudrait qu’elles soient « d’un même sentiment dans le Seigneur ». De petits différends, même entre des membres obscurs de l’Église, peuvent entraver l’œuvre de l’Esprit de Dieu. Le Saint-Esprit est comme une colombe — et les colombes aiment les lieux tranquilles — elles ne viennent pas là où il y a du bruit et des querelles. Oh ! cultivons l’amour les uns envers les autres ! Et si, en quoi que ce soit, nous avons été en désaccord à un moment ou un autre, pensons entendre Paul nous dire ce soir : « J’exhorte Évodie et j’exhorte Syntyche à être d’un même sentiment dans le Seigneur. » Réconciliez-vous, mes sœurs ! Réconciliez-vous, mes frères ! Quelle que soit la querelle, mettez-y fin, et soyez « d’un même sentiment dans le Seigneur ». Rachetés par le même sang précieux, revêtus de la même justice parfaite, en route vers le même Ciel, soyez « d’un même sentiment dans le Seigneur ».
3. Et toi aussi, fidèle compagnon de joug, oui, je te prie de les aider, elles qui ont combattu pour l’Évangile avec moi, et avec Clément et mes autres compagnons d’œuvre, dont les noms sont dans le livre de vie. Nous ne savons pas qui était ce « fidèle compagnon de joug ». Très probablement Épaphrodite, qui porta cette épître à Philippes. Qui que ce fût, c’était quelqu’un qui avait travaillé avec Paul coude à coude. Si deux bœufs portent le même joug sans s’accorder, ils se rendent la vie bien pénible l’un à l’autre. Si l’un veut se coucher et l’autre se tenir debout, ou si l’un va plus vite que l’autre, le joug devient doublement écrasant. Paul parle ici de quelqu’un comme de son « fidèle compagnon de joug » — et il lui dit : « Aide ces femmes qui ont combattu pour l’Évangile avec moi ».
Quelle place éminente les femmes ont toujours tenue au service du Seigneur Jésus-Christ ! Et ici Paul parle d’elles comme ayant travaillé avec lui pour l’Évangile ! Sûrement Lydie devait être l’une d’elles. « avec Clément et mes autres compagnons d’œuvre, dont les noms sont dans le livre de vie. » Selon certains savants commentateurs, le nom d’un homme peut figurer pour un temps dans le livre de vie, puis en être retiré. Si leur enseignement est vrai, ce livre doit être fort raturé et taché. Je rends grâces à Dieu de ne croire à aucun livre de ce genre ! Si le Seigneur Jésus-Christ a écrit mon nom dans le livre de vie, dans le grand registre de famille des rachetés, je défie tous les démons de l’enfer de jamais le faire effacer !
4. Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous. Si jamais vous vous réjouissez dans le Seigneur, vous pouvez toujours vous réjouir dans le Seigneur, car il est toujours le même, et toujours plein de grâce ! Il y a autant de raisons de se réjouir en Dieu à un moment qu’à un autre, puisqu’il ne change jamais.
5. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le mot « modération », en grec, est un mot très difficile à traduire en anglais. Il ne signifie pas la modération au sens où certains emploient ce mot, car ils en font, à mon avis, un mot presque maudit. « Que votre modération » — votre douceur, votre bonne volonté, votre support — « soit connue de tous les hommes ». Voilà ce que cela signifie. Ne poussez pas trop loin vos propres droits — arrêtez-vous en deçà de ce que vous pourriez légitimement exiger, et lorsque vous vous sentez, à un moment donné, un peu emporté, reprenez-vous — retenez-vous, supportez et pardonnez. N’allez pas aussi loin que vous le pourriez, ni même aussi loin que certains pensent que vous le devriez, pour défendre vos propres droits. Que votre douceur, votre esprit de conciliation, soient connus de tous les hommes.
5. Le Seigneur est proche. Christ vient — pourquoi vous mettre dans tous vos états ? Le Seigneur est près de vous pour vous secourir — pourquoi êtes-vous si excessivement inquiets ? Pourquoi vous laissez-vous tant emporter par l’épreuve présente et passagère ? « Le Seigneur est proche. »
6. Ne vous inquiétez de rien. Ne vous tourmentez avec angoisse de rien ! Chantez, avec Faber —
« Je n’ai point de soucis, ô Seigneur bienheureux, Car tous mes soucis sont les tiens. »
6-8. Mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. Tout ce qui est de cet ordre vous concerne ; c’est pourquoi soutenez-le autant que vous le pouvez. Rangez-vous du côté de toute cause qui peut être ainsi décrite. Si elle défend la vérité, la droiture, le respect, la religion, la chasteté, la sainteté — rangez-vous de ce côté-là. S’il y a quelque chose qui soit le contraire de cela, n’ayez rien à y voir ; mais s’il y a dans le monde quelque mouvement qui aide à faire avancer ce qui est vrai, honorable, juste, pur, aimable et digne d’approbation, que ces choses soient « l’objet de vos pensées », et pensez-y de manière à accroître leur influence parmi les fils et les filles des hommes !
9. Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. C’est une bonne chose quand un prédicateur peut parler ainsi — quand il n’a pas à dire : « Faites ce que je dis, et non ce que je fais », mais quand, comme l’apôtre, il peut dire — « Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. »
9. Et le Dieu de paix sera avec vous. Le Dieu de paix est toujours avec ceux qui reçoivent son Fils bien-aimé et qui soutiennent son Évangile. C’est l’un des privilèges des vrais croyants que le Dieu de paix soit constamment avec eux.
10. J’ai éprouvé une grande joie dans le Seigneur de ce que vous avez pu enfin renouveler l’expression de vos sentiments pour moi; vous y pensiez bien, mais l’occasion vous manquait. Paul était prisonnier à Rome, et ces Philippiens avaient fait une collecte. Ils avaient envoyé Épaphrodite la lui porter, pour soulager l’apôtre dans sa pauvreté ; aussi leur dit-il : « Vous avez pris soin de moi autrefois ; mais pendant un temps vous n’avez pas eu l’occasion de me venir en aide, et maintenant vous avez de nouveau pensé à moi ; c’est pourquoi je me réjouis grandement dans le Seigneur. »
11. Ce n’est pas en vue de mes besoins que je dis cela, car j’ai appris à être content de l’état où je me trouve. N’est-ce pas là un magnifique savoir ? Paul était un savant, et vous l’êtes aussi, si vous avez appris cette leçon ! Vous ne pourrez peut-être pas mettre D.D. ou LL.D. après votre nom, mais vous êtes un savant si vous pouvez dire : « j’ai appris à être content de l’état où je me trouve ».
12. Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance. Ce sont là deux grandes choses à apprendre. Il y en a qui connaissent la première, mais qui ne connaissent pas la seconde. J’ai connu plusieurs enfants de Dieu qui semblaient tout à fait éminents en piété quand ils étaient dans l’humiliation, mais qui n’ont plus rien valu une fois devenus riches. Ils ne savaient pas vivre dans l’abondance — la tête leur a tourné, et ils se sont crus bien au-dessus de leur condition ! Il n’en était pas ainsi de l’apôtre, car il pouvait dire en vérité : « Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance. »
12. En tout et partout j’ai appris à être rassasié et à avoir faim, à être dans l’abondance et à être dans la disette. N’était-il pas un vrai maître ès arts ? Il était passé maître dans l’art d’avoir faim sans murmurer, dans l’art d’être rassasié sans se vanter, dans l’art d’être dans la disette sans impatience, dans l’art d’être dans l’abondance sans attacher son cœur aux choses de ce monde. Il était, en vérité, un maître ès arts du plus haut rang !
13. Je puis tout — Cela ressemble à de la vantardise, n’est-ce pas ? Achevez la phrase.
14. Par celui qui me fortifie. Il n’y a pas ici de vantardise déplacée, car Paul pouvait tout par la puissance souveraine de Christ ! On a dit avec raison que les anges excellent en force, mais que les saints excellent dans leur faiblesse. C’est quand nous sommes le plus faibles, et que Christ nous fortifie, que se produisent les vertus les plus excellentes.
14-17. Cependant vous avez bien fait de prendre part à ma détresse. Vous le savez vous-mêmes, Philippiens, au commencement de la prédication de l’Évangile, lorsque je partis de la Macédoine, aucune Église n’entra en compte avec moi pour ce qu’elle donnait et recevait; vous fûtes les seuls à le faire, car vous m’envoyâtes déjà à Thessalonique, et à deux reprises, de quoi pourvoir à mes besoins. Ce n’est pas que je recherche les dons; mais je recherche le fruit qui abonde pour votre compte. Leur libéralité était portée à leur compte dans le livre de Dieu.
18, 19. J’ai tout reçu, et je suis dans l’abondance; j’ai été comblé de biens, en recevant par Épaphrodite ce qui vient de vous comme un parfum de bonne odeur, un sacrifice que Dieu accepte, et qui lui est agréable. Et mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ. C’est le Dieu de Paul qui a pris soin des Philippiens, et c’est le Dieu de Paul qui prendra soin de vous et de moi ! « Mon Dieu, dit Paul, pourvoira à tous vos besoins — non comme vous avez pourvu aux miens, de votre pauvreté, mais selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ » ! N’allez pas imaginer que vous épuiserez jamais les richesses de Dieu dans la gloire, ou que vous viderez le trésor national de la toute-suffisance — cela ne se peut.
20. A notre Dieu et Père soit la gloire aux siècles des siècles! Amen! Il nous bénit, bénissons-le ! Il pourvoit à tous nos besoins selon sa richesse dans la gloire — exaltons sa gloire aux siècles des siècles.
21. Saluez tous les saints en Jésus-Christ. Donnez-lui une poignée de main. Dites-lui : « Comment allez-vous, mon frère ? Je vous veux du bien. » Ces salutations cordiales devraient être chose courante dans toute assemblée chrétienne. Je déplore toujours cette merveilleuse respectabilité qui règne dans certains lieux de culte où personne ne connaît personne. On y est trop respectable pour faire connaissance avec ses frères. Si vous êtes en Jésus-Christ, apprenez à vous connaître les uns les autres ! « Saluez tous les saints en Jésus-Christ. »
21, 22. Les frères qui sont avec moi vous saluent. Tous les saints vous saluent, et principalement ceux de la maison de César. Je suppose que la plupart d’entre eux n’étaient que des esclaves de la maison impériale. Il y en avait peut-être un ou deux d’une condition plus élevée, mais, selon toute probabilité, l’Évangile atteignit d’abord les esclaves du palais romain, ce pandémonium du vice, où abondaient la débauche et la cruauté. Il y avait des saints même là — et Dieu a encore quelques-uns de ses joyaux gisant sur des fumiers !
23. Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen.
Chapitre 12 terminé
La prière, remède aux soucis