Grande puissance dans la prière
La puissance de la prière et le plaisir de la louange

Chapitre 11 · 40 min de lecture · 52 min d’écoute

La puissance de la prière et le plaisir de la louange

« Vous-mêmes aussi nous assistant de vos prières, afin que la grâce obtenue pour nous par plusieurs soit pour plusieurs une occasion de rendre grâces à notre sujet. Car ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience, que nous nous sommes conduits dans le monde, et surtout à votre égard, avec sainteté et pureté devant Dieu, non point avec une sagesse charnelle, mais avec la grâce de Dieu. » 2 Corinthiens 1:11,12.

L’APÔTRE Paul venait d’être délivré, par des interventions singulières de la Providence, d’un péril imminent en Asie. Lors de la grande émeute d’Éphèse, quand Démétrius et ses compagnons, fabricants de petits temples, soulevèrent contre lui un grand tumulte parce qu’ils voyaient leur métier menacé, la vie de Paul fut gravement en danger. Aussi écrit-il : « nous avons été excessivement accablés, au-delà de nos forces, de telle sorte que nous désespérions même de conserver la vie. » L’Apôtre attribue à Dieu, et à Dieu seul, cette préservation singulière. Et s’il pensait aussi à la fois où il fut lapidé et laissé pour mort, il y a beaucoup de justesse dans sa bénédiction : « Dieu, qui ressuscite les morts ».

L’Apôtre, de plus, tire de ce que Dieu l’avait ainsi délivré dans le passé, et restait son secours dans le présent, la conclusion qu’il serait aussi avec lui dans l’avenir. Paul est passé maître en toute arithmétique — sa foi était toujours un barème tout prêt — et nous le voyons ici calculer selon la Règle de trois du croyant. Il raisonne du passé au présent, et du présent aux choses à venir. Le verset qui précède notre texte est un brillant exemple de cette manière d’aboutir, par la Règle de trois, à une conclusion consolante : « C’est lui qui nous a délivrés d’une si grande mort, et qui nous délivre ; lui de qui nous espérons qu’il nous délivrera encore. »

Parce que notre Dieu est « le même hier, aujourd’hui, et éternellement », son amour dans le temps passé est une assurance infaillible de sa bonté aujourd’hui, et un gage tout aussi certain de sa fidélité pour demain. Quelles que soient nos circonstances, si embrouillé que soit notre chemin, si sombre que soit notre horizon, si nous raisonnons selon la règle : « Il a fait, il fait, il fera », notre consolation ne pourra jamais être détruite. Courage donc, ô vous, postérité affligée d’Israël ! Si vous aviez affaire à un Dieu changeant, vos âmes pourraient être remplies d’amertume ; mais parce qu’il est « le même hier, aujourd’hui, et éternellement », chaque nouvelle manifestation de sa grâce devrait vous rendre plus facile de vous reposer sur lui. Chaque nouvelle expérience de sa fidélité devrait affermir votre confiance en sa grâce. Que le très bienheureux Esprit nous apprenne à grandir dans une sainte confiance en notre Seigneur toujours fidèle.

Bien que notre Apôtre reconnût ainsi la main de Dieu, et la main de Dieu seule, dans sa délivrance, il n’était pourtant pas assez insensé pour nier ou déprécier les causes secondes. Au contraire, après avoir d’abord loué le Dieu de toute consolation, il se souvient maintenant avec gratitude des prières ardentes de ces nombreux intercesseurs pleins d’amour. La reconnaissance envers Dieu ne doit jamais devenir une excuse à l’ingratitude envers les hommes. Il est vrai que l’Éternel a protégé l’Apôtre des nations, mais il l’a fait en réponse à la prière. Le vase d’élection ne fut pas brisé par la verge des méchants, car la main étendue du Dieu du ciel était sa défense ; mais cette main était étendue parce que le peuple de Corinthe et les saints de Dieu en tous lieux avaient remporté la victoire devant le trône de la grâce par leurs supplications unies.

C’est avec reconnaissance que ces requêtes exaucées sont mentionnées dans le texte : « vous-mêmes aussi nous assistant de vos prières » ; et il désire que les frères et sœurs unissent maintenant leurs louanges aux siennes, « afin que la grâce obtenue pour nous par plusieurs soit pour plusieurs une occasion de rendre grâces à notre sujet ». Il ajoute qu’il a un droit à leur affection, puisqu’il n’était pas comme certains qui avaient trahi la confiance placée en eux : sa conscience lui rendait le témoignage qu’il avait prêché la Parole avec simplicité et sincérité.

Tandis que nous parlerons de ces sujets, que l’Esprit qui oint descende maintenant pour nous les rendre profitables. Nous allons, premièrement, reconnaître la puissance de la prière unie ; deuxièmement, vous exciter à la louange unie ; et, en troisième lieu, faire valoir avec joie le droit que nous avons sur vous — un droit qui n’est pas le nôtre seulement, mais qui appartient à tous les ministres de Dieu qui travaillent avec sincérité pour les âmes.

I. Premièrement donc, chers amis, c’est mon devoir et mon privilège, ce matin, de RECONNAÎTRE LA PUISSANCE DE LA PRIÈRE UNIE.

Il a plu à Dieu de faire de la prière le fleuve abondant et joyeux par lequel nous parviennent la plupart de nos grâces de choix. Elle est la clef d’or qui ouvre les greniers bien remplis de notre Joseph céleste. Sur chacune des grâces de l’alliance il est écrit : « Voici encore sur quoi je me laisserai fléchir par la maison d’Israël, voici ce que je ferai pour eux ». Il y a des grâces qui viennent sans être demandées, car Dieu se laisse trouver par ceux qui ne le cherchaient pas. Mais il y a d’autres faveurs qui ne sont accordées qu’aux hommes qui demandent, et qui donc reçoivent — qui cherchent, et qui donc trouvent — qui frappent, et qui donc obtiennent d’entrer.

Pourquoi il a plu à Dieu de nous commander de prier, il n’est pas difficile de le découvrir, car la prière glorifie Dieu en plaçant l’homme dans la posture d’adoration la plus humble. La créature qui prie reconnaît son Créateur avec révérence et confesse qu’il est le donateur de toute grâce excellente et de tout don parfait. L’œil se lève pour contempler la gloire du Seigneur, tandis que les genoux se plient jusqu’à terre dans l’humilité d’une faiblesse reconnue. Bien que la prière ne soit pas la forme la plus élevée de l’adoration — sinon les saints la continueraient dans le ciel —, elle en est pourtant la plus humble, et donc la plus propre à exprimer la gloire de l’Être parfait telle que la contemplent la chair et le sang imparfaits.

Depuis le « Notre Père », par lequel nous revendiquons notre parenté, jusqu’à « le règne, la puissance et la gloire », que nous attribuons au seul vrai Dieu, chaque phrase de la prière honore le Très-Haut. Les gémissements et les larmes des humbles suppliants sont aussi véritablement agréables que le « Saint, saint, saint » incessant des chérubins et des séraphins. Car, dans leur essence même, toutes les confessions sincères de nos fautes personnelles ne sont qu’un hommage rendu aux perfections infinies du Seigneur des armées. Le Seigneur est plus honoré par nos prières que par la fumée incessante du saint encens de l’autel qui se trouvait devant le voile.

De plus, l’acte de prier nous enseigne notre indignité, ce qui n’est pas une petite bénédiction pour des êtres aussi orgueilleux que nous. Si Dieu nous accordait ses faveurs sans nous obliger à les demander par la prière, nous ne saurions jamais combien nous sommes pauvres. Mais une vraie prière est un inventaire de nos besoins, un catalogue de nos nécessités, une requête in forma pauperis, la mise à nu de blessures secrètes, la révélation d’une pauvreté cachée. En même temps qu’elle fait appel à la richesse divine, elle est une confession du vide humain. Je crois que l’état le plus sain d’un chrétien est d’être toujours vide — et toujours dépendant du Seigneur pour être pourvu ; d’être toujours pauvre en soi-même et riche en Jésus — faible comme l’eau personnellement — mais puissant par Dieu pour accomplir de grands exploits. Voilà donc l’utilité de la prière : tandis qu’elle adore Dieu, elle met la créature à sa vraie place — dans la poussière même.

La prière est en elle-même, indépendamment de l’exaucement qu’elle apporte, un grand bienfait pour le chrétien. Comme le coureur prend des forces pour la course par l’exercice quotidien, ainsi, pour la grande course de la vie, nous acquérons de l’énergie par le saint labeur de la prière. La prière garnit de plumes les ailes des jeunes aiglons de Dieu, afin qu’ils apprennent à s’élever au-dessus des nuées. La prière ceint les reins des guerriers de Dieu et les envoie au combat, les nerfs tendus et les muscles fermes. Celui qui plaide avec ardeur sort de son cabinet comme le soleil se lève des chambres de l’orient, et s’élance dans la carrière avec la joie d’un héros.

La prière est cette main levée de Moïse qui met les Amalécites en déroute plus sûrement que l’épée de Josué. Elle est la flèche tirée de la chambre du prophète, présage de défaite pour les Syriens. Que dirai-je, si j’affirme que la prière revêt le croyant des attributs de la Divinité, ceint la faiblesse humaine de la force divine, change la folie humaine en sagesse céleste et donne aux mortels troublés la sérénité du Dieu immortel ? Je ne sais pas ce que la prière ne peut pas faire ! Je te rends grâces, grand Dieu, pour le propitiatoire, don de choix de ton admirable bonté. Aide-nous à en faire bon usage !

De même que beaucoup de grâces nous arrivent du ciel sur le navire de la prière, ainsi il y a beaucoup de faveurs choisies et particulières qui ne peuvent nous être apportées que par les flottes de la prière unie. Nombreux sont les biens que Dieu donnera à ses Élie et à ses Daniel solitaires ; mais si deux d’entre vous s’accordent pour demander une chose quelconque, les réponses généreuses de Dieu n’ont plus de limite. Pierre n’aurait peut-être jamais été tiré de prison si toute l’Église n’avait sans cesse prié pour lui. La Pentecôte ne serait peut-être jamais venue si tous les disciples n’avaient pas été « tous ensemble dans le même lieu », attendant la descente des langues de feu. Il plaît à Dieu d’accorder beaucoup de grâces à un seul suppliant, mais par moments il semble dire : « Vous paraîtrez tous devant moi et vous implorerez ma faveur, car je ne verrai pas votre face, à moins que même vos plus jeunes frères et sœurs ne soient avec vous. »

Pourquoi cela, chers amis ? J’y vois la manière dont notre Seigneur plein de grâce manifeste le prix qu’il attache lui-même à la communion des saints. « Je crois à la communion des saints » est un article du grand credo chrétien, mais combien peu le comprennent ! Oh ! il existe vraiment une union réelle entre les enfants de Dieu. Nous pouvons porter des noms différents —

« Mais tous les serviteurs de notre Roi, Au ciel et sur la terre, ne font qu’un. »

Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre le secours et l’amour de nos frères et sœurs. Augustin dit : « Les pauvres sont faits pour les riches, et les riches sont faits pour les pauvres. » Je ne doute pas que les saints forts soient faits pour les saints faibles, et que les saints faibles attirent des bénédictions particulières sur ceux qui sont parvenus à la maturité. Il y a une harmonie dans tout le corps — chaque jointure doit quelque chose à toutes les autres — et le corps entier est lié et rendu solide par ce que fournit chaque jointure. Il y a dans le corps humain certaines glandes que l’anatomiste comprend à peine. Il peut dire du foie, par exemple, qu’il produit un liquide très précieux, de la plus haute utilité dans l’économie du corps. Mais il y a d’autres sécrétions dont il ne peut déterminer la valeur précise. Pourtant, sans aucun doute, si cette glande était enlevée, le corps tout entier pourrait en souffrir à un haut degré.

De même, bien-aimés, il peut y avoir des croyants dont nous serions tentés de dire : « Je ne vois pas à quoi ils servent. Je ne saurais dire quel bien fait ce chrétien-là. » Pourtant, si ce membre insignifiant, et apparemment inutile, était retranché, le corps tout entier pourrait en souffrir, toute la charpente pourrait tomber malade et tout le cœur défaillir. C’est probablement la raison pour laquelle bien des dons précieux de l’amour du ciel ne sont accordés qu’à des requêtes présentées ensemble — afin que nous percevions l’utilité de tout le corps et que nous soyons ainsi contraints de reconnaître l’union réelle et vitale que la grâce divine a établie — et qu’elle maintient chaque jour — parmi le peuple de Dieu. N’est-ce pas une pensée heureuse, chers amis, que le membre de l’Église le plus pauvre et le plus obscur puisse ajouter quelque chose à la force du corps ?

Nous ne pouvons pas tous prêcher. Nous ne pouvons pas tous gouverner. Nous ne pouvons pas tous donner de l’or et de l’argent — mais nous pouvons tous apporter nos prières. Il n’est pas de converti, n’eût-il que deux ou trois jours dans la grâce divine, qui ne puisse prier. Il n’est pas de sœur en Jésus, clouée au lit, qui ne puisse prier. Il n’est pas de croyant malade, âgé, faible d’esprit, obscur, illettré ou sans le sou qui ne puisse ajouter ses supplications au trésor commun. C’est là la richesse de l’Église. Nous plaçons des troncs à la porte pour recevoir vos offrandes pour la cause de Dieu ; souvenez-vous qu’il y a dans l’Église un coffre spirituel dans lequel nous devrions tous déposer nos intercessions pleines d’amour, comme dans le trésor du Seigneur. Même la veuve, sans ses deux petites pièces, peut apporter son offrande à ce trésor. Voyez donc, chers amis, quelle union et quelle communion il y a parmi le peuple de Dieu, puisqu’il y a certaines grâces qui ne sont accordées que lorsque les saints prient ensemble.

Comme nous devrions sentir ce lien d’union ! Comme nous devrions prier les uns pour les autres ! Comme nous devrions tous, chaque fois que l’Église se réunit pour la supplication, nous faire un devoir impérieux d’y être ! Je voudrais que certains d’entre vous, qui s’absentent de la réunion de prière pour le moindre prétexte, réfléchissent à quel point vous nous dépouillez tous. La réunion de prière est une institution d’une valeur inestimable, qui fournit la force à toutes les autres réunions et à toutes les autres œuvres. N’y en a-t-il pas beaucoup parmi vous qui pourraient, en serrant un peu leur temps et en pressant un peu leurs travaux, venir parmi nous un peu plus souvent ? Et quand vous perdriez un client de temps en temps, ne pensez-vous pas que cette perte pourrait bien être compensée par vos gains des autres jours ? Et s’il n’en était pas ainsi, le profit spirituel ne compenserait-il pas largement une petite perte temporelle ? « N’abandonnons pas notre assemblée, comme c’est la coutume de quelques-uns. »

Nous voici maintenant préparés à une autre observation. Cette prière unie devrait être faite tout particulièrement pour les ministres de Dieu. C’est pour eux, spécialement, que cette prière publique est destinée. Paul la demande : « Frères, priez pour nous. » Et tous les ministres de Dieu, jusqu’à la fin des temps, confesseront toujours que c’est là la source secrète de leur force. Les prières du peuple doivent être la puissance des ministres. Essaierai-je de vous montrer pourquoi le ministre, plus que tout autre homme dans l’Église, a besoin des prières ardentes du peuple ? Sa position n’est-elle pas la plus périlleuse ? Les ordres de Satan aux armées de l’enfer sont : « Vous n’attaquerez ni petits ni grands, mais vous attaquerez seulement les ministres de Dieu. » Il sait que s’il peut une fois transpercer le cœur de l’un d’eux, ce sera la confusion générale. Car si le champion est mort, alors le peuple s’enfuit.

C’est autour du porte-étendard que la mêlée est la plus épaisse. C’est là que les haches d’armes résonnent sur les casques. C’est là que les flèches viennent se tordre contre l’armure, car l’ennemi sait que s’il peut abattre l’étendard, ou fendre le crâne de celui qui le porte, il portera un rude coup et causera un profond découragement. Serrez-vous donc autour de nous, hommes d’armes ! Chevaliers de la croix rouge, ralliez-vous pour notre défense, car le combat devient ardent ! Nous vous en supplions, si vous nous élisez à la charge du ministère, tenez ferme à nos côtés dans nos combats de chaque heure. J’ai remarqué, en revenant de Rotterdam, lorsque nous franchissions la barre à l’embouchure de la Meuse, où, à cause d’une marée de morte-eau et d’un vent contraire, la navigation était extrêmement dangereuse, que l’ordre fut donné : « Tout le monde sur le pont ! »

De même, il me semble que la vie d’un ministre est si périlleuse que je puis bien crier : « Tout le monde sur le pont ! » — que chacun se mette à la prière ! Que même le plus faible des saints devienne assidu à la supplication. Le ministre, qui se tient dans une position si périlleuse, porte de plus un poids solennel de responsabilité. Chacun devrait être, dans une certaine mesure, le gardien de son frère ; mais malheur aux sentinelles de Dieu si elles ne sont pas fidèles, car c’est de leurs mains que sera redemandé le sang des âmes. C’est à leur porte que Dieu mettra la ruine des hommes, s’ils ne prêchent pas l’Évangile pleinement et fidèlement.

Il y a des moments où ce fardeau de l’Éternel pèse sur les ministres de Dieu au point qu’ils crient de douleur, comme si leur cœur allait éclater d’angoisse. Lorsque nous franchissions cette barre, j’ai remarqué le capitaine qui jetait lui-même la sonde à la mer. Et quand quelqu’un lui demanda pourquoi il ne laissait pas les matelots le faire, il répondit : « En cet endroit, en ce moment, je n’ose confier à personne d’autre qu’à moi-même le soin de jeter la sonde, car nous avons à peine six pouces entre notre navire et le fond. » Et, en effet, nous avons senti le bateau toucher une ou deux fois, de la façon la plus désagréable. Ainsi viendra-t-il des moments, pour tout prédicateur de l’Évangile — s’il est ce qu’il doit être —, où il sera dans une angoisse terrible pour ses auditeurs. Il ne pourra pas s’acquitter de son devoir par procuration, mais devra travailler personnellement pour les hommes — sans même se fier à lui-même pour prêcher —, invoquant son Dieu à son secours, car il est alors accablé sous le fardeau des âmes des hommes.

Oh ! priez donc pour nous ! Si Dieu nous donne à vous, et si vous acceptez ce don de très bon cœur, ne méprisez pas Dieu et nous-mêmes au point de nous laisser sans ressources et dans la misère en nous refusant vos prières. De plus, la préservation du ministre est l’un des objets les plus importants pour l’Église. Vous pouvez perdre un matelot du navire, et c’est un grand malheur, et pour lui et pour vous. Mais si le pilote tombait par-dessus bord, si le capitaine était frappé de maladie, ou si le timonier était emporté de la barre par une lame, que deviendrait alors le vaisseau ? C’est pourquoi, bien que la prière doive être offerte pour toute autre personne dans l’Église, c’est pourtant pour le ministre qu’elle doit l’être d’abord et avant tout, à cause de la position qu’il occupe.

Et puis, combien ne lui demande-t-on pas plus qu’à vous ? Si vous avez à tenir une table particulière pour l’instruction de chacun, lui doit, pour ainsi dire, tenir table ouverte, un festin de bonnes choses pour tous ceux qui viennent. Et comment le fera-t-il si son Maître ne lui donne de riches provisions ? Vous avez à briller comme une chandelle dans une maison — le ministre doit être comme un phare — visible au loin sur l’abîme. Et comment brillera-t-il toute la nuit si son Maître ne le mouche, et si une huile fraîche ne lui est donnée du ciel ? Son influence est plus étendue que la vôtre : si elle est pour le mal, il sera un upas mortel, dont les branches étendues empoisonnent tout ce qui est sous son ombre. Mais si Dieu fait de lui une étoile dans sa main droite, son rayon de lumière réjouira de sa douce influence des nations entières et des époques entières. S’il y a quelque vérité en tout cela, je vous en conjure, accordez-nous généreusement et constamment le secours de vos prières.

Je trouve que, dans l’original, le mot rendu par « nous assistant » implique un TRAVAIL très ardent. Les prières de certaines gens ne renferment aucun travail. Mais la seule prière qui ait du poids auprès de Dieu est une vraie prière d’ouvrier — celle où le suppliant, tel un Samson, ébranle les portes de la miséricorde et s’efforce de les arracher plutôt que de se voir refuser l’entrée. Nous ne voulons pas de prières du bout des doigts, qui ne font qu’effleurer le fardeau — il nous faut des prières d’épaule, qui portent une charge d’ardeur et ne se laissent pas refuser ce qu’elles désirent. Nous ne voulons pas de ces petits coups délicats, frappés en se sauvant, à la porte de la miséricorde, que donnent certains qui font profession de piété quand ils veulent se faire valoir aux réunions de prière. Nous demandons les coups de l’homme qui est résolu à obtenir, résolu à rester à la porte de la miséricorde jusqu’à ce qu’elle s’ouvre et que tous ses besoins soient comblés.

La violence énergique et véhémente de l’homme qui ne veut pas être éconduit, mais qui entend prendre le ciel d’assaut jusqu’à ce qu’il obtienne le désir de son cœur — voilà la prière que les ministres convoitent de la part de leur peuple. Mélanchthon, dit-on, tira une grande consolation de la nouvelle que de pauvres tisserands, des femmes et des enfants, s’étaient réunis pour prier pour la Réforme. Oui, Mélanchthon, il y avait là un solide motif de consolation. Soyez-en sûrs, ce n’est pas Luther seul, mais ce sont les milliers de pauvres gens qui chantaient des psaumes derrière la charrue, et les centaines de serviteurs et de servantes qui offraient des supplications, qui ont fait de la Réforme ce qu’elle a été.

On nous rapporte de Paulus Phagius, célèbre hébraïsant, très utile pour l’introduction de la Réforme dans ce pays, que l’une de ses demandes fréquentes à ses jeunes élèves était qu’ils persévèrent dans la prière, afin qu’il plût à Dieu de répandre une bénédiction en réponse à leurs prières. N’ai-je pas dit cent fois que toutes les bénédictions que Dieu nous a données ici, tout l’accroissement de notre Église, ont été dus, sous la main de Dieu, à vos supplications ardentes et ferventes ? Il y a eu des saisons à émouvoir le ciel, tant dans cette maison qu’à New Park Street. Nous avons connu des moments où nous sentions que nous mourrions plutôt que de ne pas être exaucés ; où nous portions notre Église sur notre sein comme une mère porte son enfant ; où nous éprouvions un ardent désir, comme les douleurs de l’enfantement, pour les âmes des hommes.

Nous pouvons dire en vérité, quand nous voyons notre Église s’accroître chaque jour et les foules toujours suspendues à nos lèvres pour écouter la Parole : « Quelle est l’œuvre de Dieu ? » Allons-nous maintenant cesser nos prières ? Dirons-nous maintenant au grand souverain sacrificateur : « C’est assez » ? Allons-nous maintenant arracher les charbons ardents de l’autel et éteindre l’encens qui brûle ? Refuserons-nous maintenant d’apporter au sacrifice les agneaux du matin et du soir, la prière et la louange ? Ô fils d’Éphraïm, armés et tirant de l’arc, tournerez-vous le dos au jour du combat ? Le fleuve est partagé devant vous. Le Jourdain est refoulé ! Refuserez-vous de marcher à travers les abîmes ? Dieu, votre Dieu, monte devant vous. On entend au milieu de vos armées l’acclamation d’un roi !

Allez-vous maintenant faiblir lâchement et refuser de monter pour prendre possession du pays ? Allez-vous maintenant perdre votre premier amour ? « I-Kabod » sera-t-il écrit sur le frontispice de ce Tabernacle ? Dira-t-on que Dieu vous a abandonnés ? Viendra-t-il, le jour où les filles des Philistins se réjouiront et où les fils de la Syrie triompheront ? Sinon, à genoux de nouveau, avec toute la force de la prière ! Sinon, à vos supplications véhémentes une fois encore ! Sinon, si vous ne voulez pas voir le bien flétri et le mal triomphant, joignez de nouveau les mains — et, au nom de celui qui est toujours vivant pour intercéder, soyez une fois de plus puissants dans la prière, afin que la bénédiction descende de nouveau ! « Vous-mêmes aussi nous assistant de vos prières. »

II. Il nous faut maintenant VOUS EXCITER À LA LOUANGE. La louange doit toujours suivre la prière exaucée. La brume de la reconnaissance terrestre doit s’élever à mesure que le soleil de l’amour céleste réchauffe le sol. Le Seigneur vous a-t-il fait grâce, a-t-il incliné son oreille à la voix de votre supplication ? Alors louez-le aussi longtemps que vous vivrez. Ne refusez pas un cantique à Celui qui a exaucé votre prière et qui vous a accordé le désir de votre cœur. Garder le silence sur les bontés de Dieu, c’est se rendre coupable d’une ingratitude révoltante, et l’ingratitude est l’un des pires crimes.

J’espère, chers amis, que vous n’agirez pas aussi bassement que les neuf lépreux qui, après avoir été guéris de leur lèpre, ne revinrent pas rendre grâces au Seigneur qui les avait guéris. Oublier de louer Dieu, c’est refuser de nous faire du bien à nous-mêmes, car la louange, comme la prière, est extrêmement utile à l’homme spirituel. C’est un exercice élevé et salutaire. Danser, comme David, devant l’Éternel, c’est activer le sang dans les veines et faire battre le pouls à un rythme plus sain. La louange nous offre un grand festin, semblable à celui de Salomon, qui donna à chacun un bon morceau de viande et une coupe de vin.

La louange est le plus céleste des devoirs du chrétien. Les anges ne prient pas, mais ils ne cessent de louer, jour et nuit. Bénir Dieu pour les grâces reçues, c’est faire du bien à nos semblables — « Que les malheureux écoutent et se réjouissent! » D’autres, qui ont passé par les mêmes circonstances, reprendront courage si nous pouvons dire : « Exaltez avec moi l’Éternel! Célébrons tous son nom! Ce pauvre a crié, et l’Éternel l’a entendu. » Les chrétiens à la langue liée sont un triste déshonneur pour l’Église. Nous en avons quelques-uns — que le diable a bâillonnés — et la musique la plus bruyante qu’ils fassent jamais, c’est quand ils rongent le mors de leur silence. Je voudrais, mes frères et mes sœurs, que dans tous ces cas la langue du muet se mette à chanter.

Allons ici un pas plus loin. Si la louange est bonne et agréable, puisqu’elle bénit l’homme et glorifie Dieu, la louange unie a une recommandation toute particulière. La louange unie est comme une musique d’ensemble. Le son d’un seul instrument est extrêmement doux, mais quand des centaines d’instruments, à vent et à cordes, se mêlent tous ensemble, alors l’orchestre fait entendre un noble flot d’harmonie. La louange d’un seul chrétien est agréée devant Dieu comme un grain d’encens, mais la louange d’un grand nombre est comme un encensoir plein d’encens qui fume devant le Seigneur. La louange commune est un avant-goût du ciel, car dans cette assemblée générale, tous ensemble, d’un seul cœur et d’une seule voix, louent le Seigneur —

« Dix mille fois mille sont leurs langues, Mais toutes leurs joies n’en font qu’une. »

La louange publique est très douce au chrétien lui-même. Combien de fardeaux n’a-t-elle pas ôtés ? Je suis sûr que, lorsque j’entends monter dans cette maison le cri de la louange, mon cœur se réchauffe. Elle est parfois un peu trop lente à mon goût, et je dois vous presser d’accélérer l’allure, afin que les flots roulants d’une louange majestueuse déploient toute leur force ! Pourtant, malgré tous ses défauts, il n’est pas pour mon cœur de musique pareille à la vôtre. Mes amis hollandais louent le Seigneur si lentement qu’on pourrait fort bien s’endormir, bercé par leurs longs accents. Même là, cependant, la multitude des voix forme une grandiose harmonie de louange.

J’aime entendre chanter le peuple de Dieu quand il chante vraiment, et non quand cela traîne quelque part entre l’harmonie et la dissonance. Oh ! qu’on ait un cantique sacré, un cri de louange sublime où l’âme de chacun bat la mesure et où la langue de chacun fait sonner l’air — et où chaque chanteur éprouve la noble ambition de surpasser son voisin en reconnaissance et en amour ! Il y a quelque chose d’extrêmement délicieux dans l’union de cœurs sincères dans le culte de Dieu — et quand ces cœurs s’expriment par le chant — que ces sons charmants sont doux ! Je pense que nous devrions avoir une réunion de louange une fois par semaine. Nous avons une réunion de prière chaque lundi, une réunion de prière chaque samedi et une réunion de prière chaque matin, mais pourquoi n’avons-nous pas de réunion de louange ? Assurément, il faudrait mettre à part des moments pour des services composés de louange du commencement à la fin. Essayons ce plan sans tarder.

Comme je l’ai dit de la prière unie, qu’elle doit être offerte spécialement pour les ministres, de même la louange unie doit souvent prendre le même aspect. Toute l’assemblée doit louer et bénir Dieu pour la grâce accordée à l’Église par ses pasteurs. Écoutez encore comment notre apôtre le dit — « afin que la grâce obtenue pour nous par plusieurs soit pour plusieurs une occasion de rendre grâces à notre sujet. » Frères, nous devrions louer Dieu de ce que les bons ministres sont en vie — car lorsqu’ils meurent, une grande partie de leur œuvre meurt avec eux. Il est étonnant de voir comment une réforme avance tant que Luther et Calvin sont en vie, et comment elle s’arrête dès que les réformateurs meurent.

L’esprit des hommes de bien n’est immortel qu’en un certain sens. Les Églises de Dieu, en ce siècle, sont comme les Israélites au temps des Juges. Quand les juges mouraient, ils retournaient aux images taillées. Et il en est ainsi aujourd’hui. Tant que Dieu épargne l’homme, l’Église prospère, mais quand l’homme meurt, le zèle qu’il avait attisé jusqu’à la flamme couve sous la cendre, neuf fois sur dix, si ce n’est quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent. La prospérité d’une Église repose sur la vie du ministre. Dieu l’ordonne ainsi pour nous humilier. Il faut donc de la reconnaissance pour une vie épargnée.

Mais il faut une grande reconnaissance pour un caractère préservé, car, hélas ! quand un ministre tombe, quelle honte c’est ! Eh quoi, quand vous lisez dans les chroniques de police la triste affaire du révérend M._, qui s’est plu à se dire ministre baptiste, tout le monde s’écrie : « Quelle horreur ! Quelle triste engeance ces baptistes doivent être ! » Or, n’importe quel insensé au monde peut se dire ministre baptiste. Notre liberté est si complète qu’il n’existe ni loi ni règle. Tout homme qui peut réunir une douzaine de personnes pour l’écouter prêcher est un ministre, du moins pour elles. Vous ne pouvez donc pas supposer qu’il n’y aura pas quelques hypocrites pour prendre ce titre afin de se faire une sorte de réputation.

Si le vrai ministre est gardé et rendu capable de demeurer ferme dans son intégrité, il faut en rendre constamment grâces à Dieu. Si le ministre est gardé bien pourvu d’une bonne matière. S’il est comme une source jaillissante. Si Dieu lui donne de tirer de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes pour nourrir son peuple, il faut lui rendre de cordiales actions de grâces. Et s’il est gardé dans la saine doctrine, s’il ne s’égare ni d’un côté vers la philosophie, ni de l’autre vers une doctrine étroite, il faut là aussi rendre grâces. Si Dieu donne aux foules la volonté de l’écouter, et surtout si des âmes sont converties et des saints édifiés, il faut rendre à Dieu, sans jamais cesser, honneur et louange.

Ah ! je vous parle maintenant de ce que vous savez tous, et vous vous contentez d’approuver d’un signe de tête en pensant qu’il n’y a pas là grand-chose. Mais si vous deviez vivre quelque temps en Hollande, vous apprécieriez bien vite ces remarques. En voyageant là-bas, j’ai logé dans des maisons d’hommes pieux — des hommes de Dieu avec qui je pouvais goûter une douce communion — qui ne peuvent plus fréquenter ce qui fut autrefois leur lieu de culte. Pourquoi ? « Monsieur, disent-ils, puis-je aller dans un lieu de culte quand la plupart des ministres nient chaque parole de l’Écriture ? Non seulement ceux de l’Église réformée, mais ceux de toutes les sectes de Hollande ! Comment puis-je écouter ces traîtres qui jurent fidélité aux articles calvinistes ou luthériens, puis montent en chaire pour nier la réalité de la résurrection, ou affirmer que l’ascension de Jésus n’est qu’une simple parabole spirituelle ? »

Je constate qu’aux Pays-Bas on a cinquante ans d’avance sur nous dans l’incrédulité. Nous les aurons bientôt rattrapés si l’on laisse se multiplier les messieurs d’une certaine école que je connais. Les théologiens hollandais ont fait de grands pas dans le néologisme, si bien qu’aujourd’hui le peuple aime la vérité de Dieu, et il y a des multitudes qui sont disposées à l’entendre. Mais celles-ci sont absolument contraintes de refuser d’aller à l’église, de peur de cautionner en quelque manière les doctrines hérétiques et fausses qu’on leur prêche chaque dimanche.

Ah ! si Dieu venait un jour à ôter à l’Angleterre les ministres qui prêchent l’Évangile avec hardiesse et clarté, vous crieriez à Dieu pour qu’il vous rende le chandelier. Nous pouvons bien dire de l’Angleterre —

« Avec tous tes défauts, je t’aime encore. » Nous avons un évêque colonial qui avoue son incrédulité. Nous avons, dans toutes les dénominations, quelques hommes qui glissent sans bruit hors de la vérité. Mais, Dieu merci, ils ne sont encore rien. Ils ne sont que comme une goutte d’eau dans un seau, comparés aux Églises de Christ, et à ceux d’entre nous qui ne sont pas tout à fait aussi calvinistes que nous le souhaiterions. Je rends grâces à Dieu, il y en a beaucoup qui ne contestent jamais l’inspiration de l’Écriture et ne mettent jamais en doute la grande vérité de la justification par la foi. Nous avons encore parmi nous des hommes fidèles à Dieu, qui prêchent toute la vérité qui est en Jésus.

Soyez reconnaissants pour vos ministres, je le répète, car si vous étiez placés là où se trouvent certains croyants, vous crieriez à votre Dieu — « Seigneur, renvoie-nous tes prophètes. Envoie-nous une famine de pain ou une famine d’eau, mais ne nous envoie pas une famine de la Parole de Dieu ! »

Je vous demande pour moi-même ce matin, comme votre ministre, de mêler vos actions de grâces aux miennes pour louer Dieu du secours qu’il a daigné m’accorder dans l’œuvre très ardue de ces quinze derniers jours. Louange soit à Dieu pour l’accueil qu’il m’a donné dans ce pays parmi toutes les classes du peuple. Je parle à sa louange et non à la mienne, car j’en ai fait le vœu : si Dieu me donne une moisson, je n’en garderai pas un seul épi, mais il l’aura tout entière. J’ai trouvé, dans tous les lieux où je suis allé, de grandes multitudes, des foules qui ne pouvaient pas comprendre le prédicateur, mais qui voulaient voir son visage, parce que Dieu avait béni ses sermons traduits pour leurs âmes.

Des multitudes m’ont serré la main avec une affection fraternelle et, les larmes aux yeux, ont appelé sur ma tête, en langue hollandaise, toutes les bénédictions. J’espérais prêcher à quelques cinquantaines ou quelques centaines de personnes, et au lieu de cela, il y en avait tant que les grandes cathédrales n’étaient pas trop vastes. Cela m’a surpris et m’a réjoui — et m’a fait me réjouir en Dieu — et je vous demande de vous réjouir avec moi. Je rends grâces à Dieu pour l’accueil qu’il m’a donné parmi toutes les classes du peuple. Tandis que les pauvres se pressaient pour me serrer la main, au point de me mettre presque en pièces, il a plu à Dieu de toucher le cœur de la reine de Hollande pour qu’elle me fasse appeler, et pendant une heure et quart j’ai eu le privilège de m’entretenir avec elle des choses qui appartiennent à notre paix.

Je n’avais sollicité aucune audience. Ce fut son propre désir. Alors j’ai élevé mon âme à Dieu, afin de ne parler de rien d’autre que de Christ et de ne lui prêcher rien d’autre que Jésus. Et il plut au Maître de m’aider ainsi. Et j’ai quitté cette dame si aimable sans avoir craint de lui annoncer tout le conseil de Dieu. J’ai été bien touché, en vérité, de me voir accueilli cordialement par toutes les dénominations, si bien que le samedi, à Amsterdam, j’ai prêché le matin dans l’église mennonite, et le soir dans la Vieille Église réformée hollandaise. Le dimanche matin suivant, dans l’Église presbytérienne anglaise, puis de nouveau, le soir, dans l’Église libre hollandaise.

Parfois, il m’a été permis de prêcher dans les grandes cathédrales, comme au Dom Kirk d’Utrecht et au Peter’s Kirk de Leyde, ayant devant moi non seulement les pauvres, mais la noblesse et la haute société du pays, qui, bien entendu, comprenaient l’anglais mieux que la plupart des pauvres, lesquels n’ont jamais eu l’occasion de l’apprendre. J’ai senti, en allant de ville en ville, le Maître m’aider continuellement à prêcher. Je n’ai jamais connu de ma vie une telle élasticité d’esprit, un tel élan du cœur. Et je reviens, non pas las et fatigué, bien que j’aie prêché deux fois chaque jour, mais plus plein de force et de vigueur qu’au moment de mon départ !

Je rends gloire à Dieu pour les nombreuses âmes dont j’ai appris la conversion par la lecture des sermons imprimés, et pour les bénédictions affectueuses de ceux qui nous ont accompagnés jusqu’au bord de l’eau avec beaucoup de larmes, en nous disant — « Tâchez de revenir avant l’hiver », et en nous pressant de venir prêcher encore une fois la Parole dans ce pays. Il se peut qu’il se mêle à cela quelque trace d’égotisme. Le Seigneur sait s’il en est ainsi ou non, mais je n’en ai pas conscience. Je loue et je bénis son nom de ce que, dans un pays où il y a tant de philosophie, il m’a aidé à prêcher sa vérité si simplement que je n’ai jamais prononcé un mot en simple doctrinaire, mais que j’ai prêché Christ, et rien que Christ. Réjouissez-vous avec moi, mes chers frères et sœurs. Il faut que vous vous en réjouissiez, ou, si vous ne le voulez pas, je devrai me réjouir seul, mais mon pain de louange est trop gros pour que je le mange tout entier.

III. Et nous arrivons à la conclusion. J’ai à faire valoir LES JOYEUX TITRES que l’apôtre donne au douzième verset, comme raison POUR LAQUELLE IL DOIT Y AVOIR PRIÈRE ET LOUANGE. « Car ce qui fait notre gloire, c’est ce témoignage de notre conscience, que nous nous sommes conduits dans le monde, et surtout à votre égard, avec simplicité et sincérité devant Dieu, non point avec une sagesse charnelle, mais avec la grâce de Dieu. »

Ah ! après tout, la consolation d’un homme doit venir, après le salut accompli de Dieu, du témoignage de sa propre conscience. Et pour un ministre, quel témoignage que d’avoir prêché l’Évangile avec simplicité, mot qui a deux sens — l’avoir prêché sans duplicité — sans dire une chose pour en penser une autre. Et de l’avoir prêché, non pas comme rament les rameurs — regardant d’un côté et tirant de l’autre — mais de l’avoir prêché en pensant ce qu’il disait, avec un cœur sans partage, désirant la gloire de Dieu et le salut des hommes.

Et quelle bénédiction que de l’avoir prêché simplement, c’est-à-dire sans mots difficiles, sans phrases léchées, sans jamais étudier les grâces de la diction, sans jamais rechercher les ornements oratoires. Combien maudite doit être la vie d’un homme qui profane la chaire pour la dignité de l’éloquence ! Combien désespéré sera son lit de mort quand il se souviendra qu’il a fait étalage de ses talents de parole plutôt que des choses solides qui servent à gagner les âmes ! Elle peut bien être en paix, la conscience qui peut dire qu’elle a traité la vérité de Dieu avec simplicité.

L’apôtre dit aussi qu’il l’avait prêché avec sincérité. C’est-à-dire qu’il l’avait prêché en le pensant, en le ressentant — qu’il l’avait prêché de telle sorte que personne ne pût l’accuser de fausseté. Le mot grec a en lui quelque chose de la lumière du soleil, et celui-là est le vrai ministre de Dieu qui prêche ce qu’il voudrait voir exposé en plein soleil, ou à travers qui la lumière du soleil brille de part en part. Je crains qu’aucun de nous ne soit comme du verre blanc — la plupart d’entre nous sont un peu teintés — mais heureux celui qui cherche à se débarrasser autant que possible de la matière colorante, afin que la lumière de l’Évangile brille à travers lui tout droit, aussi claire qu’elle vient du Soleil de la justice.

Paul avait prêché avec simplicité et sincérité. Et il ajoute : « non point avec une sagesse charnelle. » Oh ! que d’histoires j’ai entendues sur ce que peut faire la sagesse charnelle ! Et j’ai appris, ces quinze derniers jours, une leçon que je voudrais voir l’Angleterre apprendre. Il y a là-bas trois écoles d’erreur théologique, et chacune saute par-dessus le dos de sa voisine. Les uns soutiennent que tous les faits de l’Écriture ne sont que des mythes. D’autres disent qu’il y a de bonnes choses dans la Bible, bien qu’il s’y trouve un grand nombre d’erreurs. Et d’autres vont plus loin encore et rejettent entièrement la Bible quant à son inspiration, tout en continuant à la prêcher et à s’appuyer sur elle, disant qu’ils ne le font que pour l’édification du vulgaire — qu’ils ne la brandissent qu’à l’intention des masses — bien que je doive ajouter : aussi, tout simplement, pour gagner leur vie.

Triste ! Triste ! Triste que l’Église en soit venue à de telles extrémités — la Vieille Église réformée hollandaise — le miroir même du calvinisme, qui se tenait ferme et solide dans ses confessions de foi, attachée à toutes les doctrines que nous aimons, et qui s’est pourtant égarée dans une liberté latitudinaire et licencieuse. Oh ! avec quelle ardeur nous devrions dénoncer la sagesse charnelle ! Je crains, chers amis, que parfois quelques-uns d’entre vous, quand vous entendez un ministre, n’aimiez qu’il s’exprime joliment, et que vous ne trouviez à redire s’il ne fait pas montre d’un certain talent. Je me demande si ce n’est pas un péché. Je suis à moitié enclin à le penser.

Je me demande parfois si nous ne devrions pas, de jour en jour, regarder moins au talent, et de plus en plus à la substance de l’Évangile qui est prêché. Si, lorsqu’un homme est doué du talent de la parole, nous en tirons peut-être davantage de profit — si ce n’est pas là une faiblesse. S’il ne vaudrait pas mieux revenir une fois encore aux jours des pêcheurs, ne donner aux hommes aucune sorte d’instruction, mais simplement les envoyer prêcher avec simplicité la vérité de Dieu. Cela, plutôt que d’aller aussi loin qu’on va maintenant, en donnant aux hommes je ne sais quoi, toutes sortes de savoir qui ne leur sont d’aucune utilité terrestre, mais qui les aident seulement à pervertir la simplicité de Dieu. J’aime ce mot de mon texte — « non point avec une sagesse charnelle. »

Et maintenant je revendique, comme ma conscience m’en rend témoignage — je revendique pour moi ce sujet de gloire de notre apôtre. J’ai prêché l’Évangile de Dieu avec simplicité. Je ne sais comment je pourrais le prêcher plus simplement, ni le déclarer plus honnêtement. Je l’ai prêché avec sincérité — Celui qui sonde tous les cœurs le sait. Et je ne l’ai pas prêché avec une sagesse charnelle, et cela pour une excellente raison — c’est que je n’en ai point — et j’ai été contraint de m’en tenir au simple témoignage du Seigneur. Mais si j’ai fait quelque chose, cela a été fait par la grâce de Dieu.

Si quelque succès a été obtenu, c’est la grâce divine qui a tout fait. « Et surtout à votre égard. » Car bien que notre parole soit allée en bien des pays, et que notre témoignage fasse le tour du globe, c’est pourtant « surtout à votre égard ». C’est vous que nous avons avertis. C’est vous que nous avons suppliés. C’est vous que nous avons exhortés. C’est avec vous que nous avons plaidé. C’est sur vous que nous avons pleuré. C’est pour vous que nous avons prié. Pour quelques-uns d’entre vous, nous avons été un père spirituel en Christ. Pour beaucoup d’entre vous, un père nourricier. Pour beaucoup d’entre vous, un maître et un édificateur dans l’Évangile. Et pour vous tous, nous l’espérons, un ami sincère en Jésus-Christ. C’est pourquoi je réclame vos prières — les vôtres plus que celles de tout autre peuple.

Et bien qu’il y en ait un bon nombre qui se souviendront de nous dans leurs supplications, je vous en conjure, puisque cela a été « surtout à votre égard », que j’aie particulièrement vos prières. Certains diront qu’il est même peu charitable de ma part de supposer que vous ne priez pas. Eh bien, je ne le suppose pas par manque de charité, mais il peut y en avoir qui oublient — qui oublient de plaider auprès de Dieu. Oh ! priez encore pour moi ! L’assemblée tout entière n’est pas encore sauvée. Il y en a qui nous écoutent et qui ne sont pas encore convertis. Plaidez auprès de Dieu pour l’amour d’eux. Il y a des cœurs durs qui ne sont pas encore brisés ! Demandez à Dieu de faire frapper le marteau. Et tant qu’il y en a qui ne sont pas encore fondus, priez Dieu de rendre la Parole semblable à un feu !

Ce grand Londres a besoin d’être remué d’un bout à l’autre. Priez pour tous vos ministres, afin que Dieu les rende puissants. L’Église a besoin plus encore de la voix puissante de Dieu pour la réveiller de son sommeil. Demandez à Dieu de bénir tous ses serviteurs qu’il envoie. Plaidez auprès de lui avec une énergie divine, afin que son règne vienne et que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Oh ! si vous croyiez tous en Jésus ! Car tant que vous ne croyez pas, vous ne pouvez ni prier ni louer ! Oh ! si vous croyiez tous en Jésus ! Souvenez-vous que c’est là le seul chemin du salut. Confiez-vous en Jésus, car celui qui croit en lui n’est point jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il ne croit pas au Fils de Dieu. Confiez-vous en Jésus, et vous serez sauvés. Que Christ vous accepte maintenant, pour l’amour de son propre amour. Amen.

Chapitre 11 terminé

La puissance de la prière et le plaisir de la louange

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