Chapitre 13 · 39 min de lecture · 50 min d’écoute
Le cri des petits corbeaux
« Il donne la nourriture au bétail, Aux petits du corbeau quand ils crient » Psaume 147:9.
JE COMMENCERAI ce sermon par une citation. Il faut que je vous donne, dans les propres termes de Caryl, sa note sur les corbeaux. « Les naturalistes nous disent que, lorsque le corbeau a nourri ses petits dans le nid jusqu’à ce qu’ils soient bien emplumés et capables de voler au loin, il les pousse hors du nid et ne veut plus les y laisser demeurer : il les met dehors pour qu’ils gagnent eux-mêmes leur vie. Or, quand ces petits prennent leur premier envol hors du nid et qu’ils ne savent guère encore comment se procurer leur nourriture, alors le Seigneur pourvoit à leur subsistance.
« Des autorités dignes de foi rapportent que le corbeau est en cela d’une rigueur et d’une sévérité étonnantes : dès que ses petits sont capables de se suffire à eux-mêmes, il ne va plus leur chercher la moindre nourriture. Certains affirment même que les vieux ne souffrent pas qu’ils restent dans la contrée où ils sont nés ; et s’il en est ainsi, il faut bien qu’ils errent. Nous disons en proverbe : “Besoin fait trotter la vieille.” Nous pouvons ajouter : “et les jeunes aussi.” »
Il a été, et il est peut-être encore, d’usage chez certains parents, dès que leurs enfants peuvent se débrouiller seuls et sont tant soit peu en état de gagner leur pain, de les mettre à la porte, comme le corbeau chasse ses petits du nid. Or, dit le Seigneur dans notre texte, quand les petits du corbeau sont dans cette extrémité, qu’ils sont chassés et qu’ils errent faute de nourriture, qui donc pourvoit à leurs besoins ? « N’est-ce pas moi, le Seigneur ? Moi qui pourvois au vieux corbeau, ne pourvois-je pas aussi à ses petits, aussi bien tant qu’ils demeurent au nid que lorsqu’ils errent faute de nourriture ? »
Salomon envoyait le paresseux à la fourmi, et il apprit lui-même des leçons des damans, des lévriers et des araignées ! Soyons, nous aussi, disposés à nous laisser instruire par n’importe laquelle des créatures de Dieu, et allons ce soir au nid des corbeaux pour y apprendre comme à l’école. Tout est pur pour ceux qui sont purs, et pour le sage rien n’est insignifiant. Que les superstitieux redoutent le corbeau comme un oiseau de mauvais augure, et que les étourdis ne voient en lui qu’une bête ailée d’un noir lustré : nous, nous voulons y voir davantage, et nous ne resterons sans doute pas sans récompense, pourvu seulement que nous soyons dociles.
Le corbeau de Noé ne lui rapporta pas de rameau d’olivier, mais le nôtre le pourra ! Et il se peut même que des corbeaux nous apportent ce soir de la nourriture, comme autrefois ils nourrirent Élie près du torrent de Kerith. Notre bienheureux Seigneur a tiré un jour des corbeaux un argument très puissant — un argument destiné à consoler et à encourager ceux de ses serviteurs qui étaient accablés d’inquiétudes inutiles au sujet de leur situation temporelle. Il leur disait : « Considérez les corbeaux: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni cellier ni grenier; et Dieu les nourrit. Combien ne valez-vous pas plus que les oiseaux! »
Suivant la logique du Maître — dont vous conviendrez tous qu’elle devait être juste, car il ne fut jamais plus infidèle à la vérité dans ses raisonnements que dans ses affirmations —, je raisonnerai ce soir de cette manière : considérez les corbeaux quand ils crient ! Par des cris rauques, inarticulés, croassants, ils font connaître leurs besoins, et votre Père céleste exauce leur prière et leur envoie de la nourriture ! Vous aussi, vous avez commencé à prier et à rechercher sa faveur : ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Dieu prend-il soin des corbeaux, et ne prendra-t-il pas soin de vous ? N’écoute-t-il pas les cris des petits corbeaux encore sans plumes dans leurs nids, quand ils ont faim et qu’ils crient vers lui pour être nourris ?
Leur fournit-il, dis-je, leur pâture en réponse à leurs cris, et ne vous répondra-t-il pas, à vous, pauvres enfants des hommes tout tremblants, qui cherchez sa face et sa faveur par Jésus-Christ ? Toute l’affaire de cette soirée consistera tout simplement à développer cette unique pensée. Je m’efforcerai ce soir, sous la conduite du Saint-Esprit, de dire quelque chose à ceux qui ont prié pour obtenir miséricorde, mais qui ne l’ont pas encore reçue — qui se sont mis à genoux, depuis des mois peut-être, poussant un seul cri, immense et plein d’amertume —, mais qui ne connaissent pas encore le chemin de la paix.
Leur péché pend encore comme une meule à leur cou. Ils sont assis dans la vallée de l’ombre de la mort. Aucune lumière ne s’est levée sur eux, et ils se tordent les mains en gémissant : « Dieu a-t-il oublié d’avoir compassion? A-t-il fermé l’oreille aux prières des âmes qui le cherchent ? Ne se souviendra-t-il plus des cris pitoyables des pécheurs ? Les larmes des pénitents tomberont-elles sur la terre sans plus émouvoir sa compassion ? » Satan aussi vous dit, chers amis, vous qui êtes maintenant dans cet état d’esprit, que Dieu ne vous entendra jamais. Qu’il vous laissera crier jusqu’à ce que vous mouriez ! Que vous exhalerez votre vie en soupirs et en larmes, et qu’à la fin vous serez jetés dans l’étang de feu !
Je désire ardemment, ce soir, vous apporter quelque consolation et quelque encouragement. Je veux vous presser de crier plus fort encore ! Venez à la croix, saisissez-la, et faites le vœu de ne jamais quitter son ombre avant d’avoir trouvé le don que votre âme convoite. Je veux vous émouvoir, si Dieu le Saint-Esprit m’aide, de telle sorte que vous disiez en vous-mêmes, comme la reine Esther : « J’entrerai chez le roi, et si je dois périr, je périrai. » Et puissiez-vous y ajouter le vœu de Jacob : « Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni ! » Voici donc la question qui nous occupe : DIEU ENTEND LES PETITS DU CORBEAU. NE VOUS ENTENDRA-T-IL PAS ?
I. Je soutiens qu’il vous entendra, d’abord parce que je me souviens qu’il entend crier l’humble corbeau, et que vous, en un sens, vous valez beaucoup plus qu’un corbeau. Le corbeau n’est qu’un pauvre oiseau impur dont la mort subite ne laisserait dans la création aucun vide douloureux. Si des milliers de corbeaux avaient le cou tordu demain, je ne sais pas s’il y aurait dans l’univers bien grand deuil ni bien grande douleur à leur sujet ! Ce ne serait qu’un certain nombre de pauvres oiseaux morts, et ce serait tout.
Mais vous, vous êtes une âme immortelle ! Le corbeau disparaît quand sa vie est finie : il n’y a plus de corbeau. Mais quand votre vie présente sera passée, vous n’aurez pas cessé d’être : vous n’aurez fait qu’être lancé sur l’océan de la vie, vous n’aurez fait que commencer à vivre pour toujours. Vous verrez les vieilles montagnes chenues de la terre s’effriter jusqu’au néant avant que votre esprit immortel expire ! La lune aura vu pâlir sa faible lumière, et les feux plus puissants du soleil se seront éteints dans des ténèbres perpétuelles, que votre esprit poursuivra encore sa marche éternelle — une marche éternelle dans la misère, à moins que Dieu n’entende votre cri —
« Oh, vérité immense ! Ce mortel revêtira l’immortalité ! Le pouls de l’esprit ne cessera jamais de battre ; Éveillé par Dieu, il palpite à jamais, Éternel comme sa propre éternité ! Au-dessus des anges, ou au-dessous des démons : Monter dans la gloire, ou dans la honte descendre — Tel est le sort de l’homme, par un arrêt irrésistible. » Pensez-vous donc que Dieu entendra le pauvre oiseau qui est et qui n’est plus — qui est là un instant, puis se trouve effacé de l’existence —, et qu’il ne vous entendra pas, vous, une âme immortelle, dont la durée doit égaler la sienne ? Il me semble que cela doit assurément vous frapper : s’il entend le corbeau qui meurt, il entendra aussi l’homme qui ne meurt pas. Les anciens disaient de Jupiter qu’il n’avait pas le loisir de s’occuper des petites choses ; mais Jéhovah daigne prendre soin de la moindre de ses créatures, et il regarde même dans les nids d’oiseaux ! Ne prendra-t-il pas soin, dans sa miséricorde, d’esprits héritiers d’une redoutable éternité ?
De plus, je n’ai jamais entendu dire que les corbeaux aient été faits à l’image de Dieu ! Mais je trouve bien que, tout souillée, difforme et avilie que soit notre race, Dieu a dit à l’origine : « Faisons l’homme à notre image. » Il y a dans l’homme quelque chose qui ne se trouve pas dans les créatures inférieures, dont les meilleures et les plus nobles sont incommensurablement au-dessous du plus humble enfant d’Adam. Un conseil fut tenu au sujet de la création de l’homme, et dans son esprit, et jusque dans l’adaptation de son corps au service de l’esprit, se déploie merveilleusement la sagesse du Très-Haut.
Amenez ici le plus difforme, le plus obscur et le plus méchant de la race humaine, et — bien que je n’ose pas flatter moralement la nature humaine — il y a pourtant dans le simple fait d’être homme une dignité qu’on ne trouve chez aucune des bêtes des champs, quelles qu’elles soient. Béhémoth et Léviathan sont assujettis sous le pied de l’homme. L’aigle ne peut s’élever aussi haut que monte l’âme de l’homme, ni le lion se repaître de mets aussi royaux que ceux dont l’esprit de l’homme a faim. Et pensez-vous que Dieu entendra une créature aussi basse et aussi vile qu’un corbeau, et qu’il ne vous entendra pas, vous qui êtes de la race qui fut formée à sa propre image ?
Oh, ne pensez pas si durement ni si sottement de celui dont les voies sont toujours droites ! Je vous en fais juges vous-mêmes. La nature elle-même n’enseigne-t-elle pas qu’il faut prendre soin de l’homme plus que des oiseaux du ciel ? Si vous entendiez les cris de jeunes corbeaux, vous pourriez éprouver assez de compassion pour ces oiseaux pour leur donner à manger, si vous saviez comment les nourrir. Mais je ne puis croire qu’aucun de vous secourrait les oiseaux sans voler, sur les ailes de la compassion, au secours d’un petit enfant en train de périr, dont vous entendriez les cris depuis l’endroit où une cruelle négligence l’aurait jeté ! Si, dans le silence de la nuit, vous entendiez la plainte d’un homme expirant de maladie dans la rue, sans que personne en ait pitié, ne vous lèveriez-vous pas pour le secourir ?
Je suis sûr que vous le feriez, si vous êtes de ceux qui secourraient un corbeau. Si vous avez quelque compassion pour un corbeau, à plus forte raison auriez-vous sûrement pitié d’un homme ! Je sais qu’on chuchote qu’il existe des naïfs qui se soucient plus des chiens sans abri que des hommes et des femmes sans abri — et pourtant il est bien plus probable que ceux qui ont du cœur pour les chiens sont aussi ceux qui prennent le plus tendrement soin des hommes. En tout cas, si j’avais besoin d’aide, je présumerais fortement en leur faveur. Et ne pensez-vous pas que Dieu, le Tout-Sage, puisqu’il prend soin de ces oisillons sans plumes dans leur nid, prendra soin aussi de vous, à coup sûr ?
Votre cœur répond : « Oui. » Alors, désormais, répondez à l’incrédulité de votre cœur en retournant contre elle son propre et juste raisonnement. Mais je vous entends dire : « Ah, mais le corbeau n’est pas pécheur comme je le suis ! C’est peut-être un oiseau impur, mais il ne saurait être aussi impur que je le suis moralement. Il est peut-être noir de plumage, mais moi, je suis noir de péché ! Un corbeau ne peut pas violer le sabbat, ne peut pas jurer, ne peut pas commettre d’adultère ! Un corbeau ne peut pas être un ivrogne ! Il ne peut pas se souiller de vices comme ceux dont je suis pollué. »
Je sais tout cela, mon ami, et cela peut vous sembler rendre votre cas plus désespéré encore, mais je ne pense pas qu’il en soit réellement ainsi. Réfléchissez-y une minute. Que prouve tout cela ? Eh bien, que vous êtes une créature capable de pécher, et par conséquent que vous êtes un esprit intelligent, vivant d’une vie que le corbeau ne connaît pas. Vous êtes une créature qui se meut dans le monde des esprits ! Vous appartenez au monde des âmes, où le corbeau n’a aucune part. Le corbeau ne peut pas pécher, parce qu’il n’a pas d’esprit, pas d’âme. Mais vous, vous êtes un agent intelligent dont la meilleure part est votre âme. Or, puisque l’âme est infiniment plus précieuse que le corps ! Et puisque le corbeau — je parle ici en termes populaires — n’est rien qu’un corps, tandis que vous êtes manifestement une âme aussi bien qu’un corps — sinon vous ne seriez pas capable de pécher —, je vois jusque dans cette sombre pensée décourageante une lueur de lumière !
Dieu prend-il soin de chair, de sang, d’os et de plumes noires, et ne prendra-t-il pas soin de votre raison, de votre volonté, de votre jugement, de votre conscience, de votre âme immortelle ? Oh, pour peu que vous y réfléchissiez, vous devez voir qu’il n’est pas possible que le cri d’un corbeau obtienne audience auprès de l’oreille de la Bienveillance divine, et que votre prière soit méprisée et dédaignée par le Très-Haut —
« L’insecte qui, de ses ailes chétives, File le long d’un rayon d’été ; La fleur que le souffle du printemps Éveille à la vie pour une demi-journée ; Le plus petit atome, le cheveu le plus fin, Tous ressentent le soin de notre Père céleste. » Assurément donc, il sera attentif au cri des humbles, et il ne dédaignera pas leur prière !
Je ne puis guère quitter ce point sans faire remarquer que la mention du corbeau devrait encourager le pécheur. Comme l’écrit un vieil auteur : « Parmi les oiseaux, il ne mentionne pas l’épervier ni le faucon, que les princes prisent fort et nourrissent. Mais il choisit cet oiseau odieux et malfaisant, le corbeau croassant, que personne n’estime, sinon parce qu’il dévore la charogne qui pourrait l’incommoder. Voyez donc, et admirez la providence et la bonté de Dieu, qui pourvoit à la nourriture du corbeau, créature d’une couleur si lugubre et d’une voix si discordante — créature si odieuse à la plupart des hommes, et de mauvais augure pour quelques-uns. On voit une grande providence de Dieu dans le soin qu’il prend de la fourmi, qui amasse sa nourriture en été ; mais on en voit une plus grande encore dans celui qu’il prend du corbeau, qui, bien qu’il oublie de pourvoir à lui-même ou qu’il le néglige, trouve pourtant en Dieu quelqu’un qui pourvoit à lui et fait pour lui des provisions. »
On penserait que le Seigneur devrait dire des corbeaux : qu’ils se débrouillent seuls, ou qu’ils périssent ! Non, le Seigneur Dieu ne méprise aucune œuvre de ses mains. Le corbeau tient son être de Dieu, et c’est pourquoi Dieu pourvoira au corbeau. Ce n’est pas seulement la belle et innocente colombe, c’est aussi le vilain corbeau qui reçoit de Dieu sa nourriture. Ce qui montre clairement que votre manque d’excellence, à vous, pécheur noir comme le corbeau, n’empêchera pas votre cri d’être entendu dans le ciel ! Votre indignité, le sang de Jésus l’ôtera, et votre souillure, il la lavera entièrement. Croyez seulement en Jésus, et vous trouverez la paix !
II. Ensuite, en second lieu, il y a une grande différence entre votre cri et le cri d’un corbeau. Quand les petits du corbeau crient, je suppose qu’ils savent à peine ce qu’ils veulent. Ils ont un instinct naturel qui les fait crier pour avoir de la nourriture, mais leur cri n’exprime pas, en lui-même, leur besoin. Vous découvririez vite, je suppose, qu’ils réclament à manger ; mais ils n’ont pas de langage articulé — ils ne prononcent pas un seul mot ! Ce n’est qu’un cri continuel, croassant, avide, et c’est tout.
Mais vous, vous savez ce dont vous avez besoin, et si peu nombreuses que soient vos paroles, votre cœur connaît sa propre amertume et sa cruelle détresse. Vos soupirs et vos gémissements ont un sens évident. Votre intelligence se tient à la droite de votre cœur affamé. Vous savez qu’il vous faut la paix et le pardon. Vous savez que vous avez besoin de Jésus, de son sang précieux, de sa justice parfaite. Or, si
Dieu entend un cri aussi étrange, aussi jacassant, aussi confus que celui d’un corbeau, ne pensez-vous pas qu’il entendra aussi la prière raisonnable et expressive d’une pauvre âme indigente et coupable qui crie vers lui : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur » ? Votre raison même vous le dit sûrement !
De plus, les petits corbeaux ne peuvent pas faire valoir d’arguments, car ils n’ont pas d’intelligence. Ils ne peuvent pas dire, comme vous le pouvez —
« Il sait quels arguments je prendrais Pour lutter avec mon Dieu : Je plaiderais par sa propre miséricorde, Et par le sang d’un Sauveur. »
Ils ont un argument, à savoir leur cruelle nécessité, qui leur arrache leur cri ; mais au-delà, ils ne peuvent aller. Et même celui-là, ils ne peuvent l’exposer avec ordre, ni le décrire par des mots. Mais vous, vous avez sous la main une multitude d’arguments, et vous avez une intelligence pour les ranger en ordre de bataille et les mener à l’assaut du trône de la grâce. Assurément, si le simple plaidoyer du besoin inexprimé du corbeau a du pouvoir auprès de Dieu, à bien plus forte raison aurez-vous du pouvoir auprès du Très-Haut si vous savez plaider votre cause devant lui et venir à lui avec des arguments à la bouche ! Venez, vous qui désespérez, et mettez mon Seigneur à l’épreuve ! Je vous en supplie, maintenant, laissez monter cette complainte lugubre jusqu’aux oreilles de la miséricorde ! Ouvrez ce cœur prêt à éclater, et laissez-le s’épancher en larmes si les mots sont au-delà de vos forces !
Le corbeau, toutefois, a parfois, je le crains, un grand avantage sur certains pécheurs qui cherchent Dieu dans la prière, à savoir celui-ci : les petits corbeaux mettent plus d’ardeur à réclamer leur nourriture que certains n’en mettent pour leur âme. Ce n’est pourtant pas là pour vous un découragement, mais plutôt une raison d’être plus ardent que vous ne l’avez été. Quand les corbeaux ont besoin de nourriture, ils ne cessent de crier qu’ils ne l’aient obtenue. Il n’y a pas moyen de faire taire un jeune corbeau affamé tant qu’il n’a pas le bec plein, et il n’y a pas moyen de faire taire un pécheur vraiment sérieux tant qu’il n’a pas le cœur rempli de la miséricorde divine. Je voudrais que certains d’entre vous prient avec plus de véhémence ! « le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. »
Un vieux puritain disait : « La prière est un canon pointé contre la porte du ciel pour en faire sauter les battants. » Il vous faut prendre la cité d’assaut si vous voulez l’avoir ! Vous n’irez pas au ciel couché sur un lit de plumes. Il vous faut partir en pèlerinage — on ne va pas au pays de la gloire en dormant profondément —, les paresseux rêveurs devront se réveiller en enfer ! Si Dieu vous a fait sentir dans votre âme le besoin du salut, criez comme quelqu’un qui est éveillé et vivant ! Soyez sérieux ! Criez à plein gosier ! Ne vous retenez pas ! Et alors, je pense, vous trouverez que mon argument est tout à fait juste — qu’à tous égards une prière raisonnable, argumentée, intelligente, a plus de chances d’avoir du pouvoir auprès de Dieu que le simple bruit criard et jacassant du corbeau — et que, s’il entend un cri comme celui du corbeau, il est bien plus certain encore qu’il entendra le vôtre.
III. Souvenez-vous que l’objet de votre prière est plus agréable à l’oreille de Dieu que le cri du corbeau qui réclame sa pâture. Tout ce que réclament les petits du corbeau, c’est de la nourriture : donnez-leur un peu de charogne, et c’est fini. Votre cri doit être bien plus agréable à l’oreille de Dieu, car vous implorez le pardon par le sang de son Fils bien-aimé. C’est une occupation plus noble pour le Très-Haut de dispenser des dons spirituels que des dons naturels. Les ruisseaux de la grâce divine coulent des sources d’en haut. Je sais qu’il est si condescendant qu’il ne se déshonore pas, même quand il laisse tomber la nourriture dans le bec du jeune corbeau ; mais il y a pourtant plus d’honneur dans l’œuvre qui consiste à donner la paix, le pardon et la réconciliation aux fils des hommes.
L’Amour éternel a établi une voie de miséricorde avant la fondation du monde, et la Sagesse infinie s’emploie, avec une puissance sans bornes, à accomplir le dessein divin. Assurément, le Seigneur doit prendre grand plaisir à sauver les fils des hommes ! Si Dieu se plaît à pourvoir aux besoins des bêtes des champs, ne pensez-vous pas qu’il prend bien plus de plaisir encore à pourvoir aux besoins de ses propres enfants ? Je pense que vous trouveriez une occupation plus à votre goût à instruire vos propres enfants qu’à simplement donner le fourrage à votre bœuf ou à jeter de l’orge aux poules devant la porte de la grange, parce qu’il y aurait dans la première tâche quelque chose de plus noble, qui solliciterait plus pleinement toutes vos facultés et ferait ressortir votre être intérieur.
Je n’en suis pas réduit ici aux conjectures. Il est écrit qu’« il prend plaisir à la miséricorde ». Quand Dieu use de sa puissance, il ne peut être triste, car c’est un Dieu bienheureux. Mais si l’on peut concevoir que la Divinité infinie soit plus heureuse à un moment qu’à un autre, c’est quand elle pardonne aux pécheurs par le sang précieux de Jésus. Ah, pécheur, quand vous criez à Dieu, vous lui donnez l’occasion de faire ce qu’il aime le plus faire ! Il se plaît à pardonner, à presser son Éphraïm sur son sein, à dire de son fils prodigue : « Il était perdu, et il est retrouvé. Il était mort, et il est revenu à la vie. » Cela est plus doux au cœur du Père que d’engraisser le veau gras ou de soigner le bétail de mille collines.
Puisque donc, chers amis, vous demandez une chose que Dieu s’honore bien davantage à donner que le simple don de nourriture aux corbeaux, je pense que mon marteau d’argumentation assène ce soir un coup très vigoureux pour briser en morceaux votre incrédulité ! Que Dieu le Saint-Esprit, le vrai Consolateur, agisse puissamment en vous ! Assurément, le Dieu qui donne la nourriture aux corbeaux ne refusera pas la paix et le pardon aux pécheurs qui le cherchent. Mettez-le à l’épreuve ! Mettez-le à l’épreuve en ce moment même ! Non, ne bougez pas ! Mettez-le à l’épreuve maintenant !
IV. Nous ne devons nous arrêter sur aucun point en particulier, quand le sujet tout entier est si fécond. Voici pour vous une autre source de consolation : il n’est commandé nulle part aux corbeaux de crier. Quand ils crient, leur requête ne s’appuie sur aucune exhortation particulière sortie de la bouche divine. Mais vous, vous avez, pour vous approcher du trône de Dieu dans la prière, une autorisation tirée des exhortations divines elles-mêmes !
Si un homme riche ouvrait sa maison à ceux qui n’ont pas été invités, il recevrait assurément ceux qui l’ont été. Les corbeaux viennent sans qu’on les ait priés de venir, et pourtant ils ne sont pas renvoyés à vide ! Vous, il vous est commandé de venir comme un invité — comment seriez-vous repoussé ? Pensez-vous n’être pas invité à venir ? Écoutez ceci : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » « Invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai, et tu me glorifieras. » « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. » « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ. »
Ce sont là des exhortations données sans aucune restriction quant au caractère de ceux qui les reçoivent. Elles vous invitent librement — que dis-je ? elles vous ordonnent de venir. Oh ! après cela, pouvez-vous penser que Dieu vous repoussera avec mépris ? La fenêtre est ouverte, le corbeau entre à tire-d’aile, et le Dieu de miséricorde ne le chasse pas ! La porte est ouverte, et la Parole de la promesse vous invite à entrer — ne pensez pas qu’il vous refusera, mais croyez plutôt qu’il vous « recevra favorablement et vous aimera d’un amour sincère », et alors vous lui « offrirez l’hommage de vos lèvres ». En tout cas, mettez-le à l’épreuve ! Mettez-le à l’épreuve dès maintenant !
V. Voici encore un autre argument, et bien plus puissant. Le cri d’un petit corbeau n’est rien d’autre que le cri naturel d’une créature ; mais votre cri, s’il est sincère, est le fruit d’une œuvre de la grâce divine dans votre cœur. Quand le corbeau crie vers le Ciel, ce n’est rien d’autre que le corbeau lui-même qui crie — mais quand vous criez : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur » — c’est Dieu le Saint-Esprit qui crie en vous !
C’est la vie nouvelle que Dieu vous a donnée qui crie vers la source d’où elle est venue, pour entrer en communion et en relation avec son grand Original. Il ne faut rien de moins que Dieu lui-même pour amener un homme à prier en sincérité et en vérité ! Nous pouvons, si nous y pensons, apprendre à nos enfants à « dire leurs prières », mais nous ne pouvons pas leur apprendre à « prier ». Vous pouvez faire un « livre de prières », mais vous ne pouvez pas mettre un seul grain de « prière » dans un livre, car c’est une chose trop spirituelle pour être enfermée entre des feuillets. Peut-être certains d’entre vous « lisent-ils des prières » en famille. Je ne condamnerai pas cette pratique, mais j’en dirai du moins ceci — vous pourriez lire ces « prières » pendant soixante-dix ans sans jamais prier une seule fois — car la prière est tout autre chose que de simples mots.
La vraie prière est le commerce du cœur avec Dieu, et le cœur n’entre jamais en commerce spirituel avec les ports du Ciel tant que Dieu le Saint-Esprit ne met pas le vent dans les voiles et ne pousse pas le navire jusqu’à son havre. « Il faut que vous naissiez de nouveau. » S’il y a dans votre cœur une prière véritable, même si vous n’en connaissez pas le secret, Dieu le Saint-Esprit est là ! Or, s’il entend des cris qui ne viennent pas de lui, combien plus entendra-t-il ceux qui viennent de lui ! Peut-être vous êtes-vous tourmenté pour savoir si votre cri est naturel ou spirituel. Cela peut sembler très important, et l’est sans doute — mais que votre cri soit l’un ou l’autre, continuez de chercher le Seigneur !
Peut-être doutez-vous que Dieu entende les cris naturels. Laissez-moi vous assurer qu’il les entend. Je me souviens d’avoir dit quelque chose à ce sujet, un jour, dans un certain lieu de culte ultra-calviniste. Je prêchais alors à des enfants et je les exhortais à prier. Il m’arriva de dire que, bien avant toute conversion véritable, j’avais prié pour obtenir des grâces ordinaires, et que Dieu avait entendu mes prières. Cela ne fut pas du goût de mes bons Frères de l’école superfine ! Et ensuite ils vinrent tous m’entourer, prétendument pour savoir ce que j’avais voulu dire, mais en réalité pour chicaner et ergoter, selon leur nature et leur habitude.
« Ils m’environnaient comme des abeilles. Oui, comme des abeilles ils m’environnaient ! » Au bout d’un moment, comme je m’y attendais, ils se livrèrent à leur divertissement habituel : m’affubler de sobriquets. Ils se mirent à dire que c’était là de l’arminianisme de la pire espèce ! Et une autre expression dont il leur plut de m’honorer fut le titre de « fullériste » — un titre, soit dit en passant, si honorable que j’aurais pu les remercier de tout cœur de l’avoir attaché à ce que j’avais avancé ! Mais dire que Dieu puisse entendre la prière des hommes naturels était à leurs yeux quelque chose de pire que l’arminianisme, si toutefois quelque chose pouvait être pire ! Ils citèrent ce passage contrefait : « La prière des méchants est en horreur à l’Éternel », à quoi je répondis promptement en leur demandant s’ils voulaient bien me trouver ce texte dans la Parole de Dieu, car j’osais affirmer que le diable était l’auteur de cette parole, et qu’elle ne se trouvait pas du tout dans la Bible.
« Le sacrifice des méchants est en horreur à l’Éternel » se trouve dans la Bible, mais c’est tout autre chose que la « prière des méchants ». Et de plus, il y a une différence marquée entre les « méchants » dont il est question en cet endroit et l’homme naturel au sujet duquel nous discutions. Je ne pense pas qu’un homme qui commence à prier, en quelque sens que ce soit, puisse être compté tout à fait parmi « les méchants » dont parle Salomon, et il n’est certainement pas de ceux qui détournent l’oreille pour ne pas écouter la loi, et dont il est écrit que leur prière est une abomination.
« Eh bien, mais, dirent-ils, comment Dieu pourrait-il entendre une prière naturelle ? » Et tandis que je m’arrêtais un instant, une vieille femme en manteau rouge se fraya un chemin dans le petit cercle qui m’entourait et leur dit avec beaucoup de vigueur, en vraie mère en Israël qu’elle était : « Pourquoi soulevez-vous cette question, en oubliant ce que Dieu lui-même a dit ? Que dites-vous là, que Dieu n’entend pas la prière naturelle ? Mais n’entend-il pas les petits corbeaux quand ils crient vers lui ? Et pensez-vous qu’ils offrent des prières spirituelles ? »
Aussitôt les hommes de guerre prirent leurs jambes à leur cou — jamais déroute ne fut plus complète — et, pour une fois dans leur vie, ils durent sentir qu’il leur était peut-être possible de se tromper ! Assurément, mes frères, voilà de quoi vous encourager et vous consoler ! Je ne vais pas, pour l’instant, vous donner la tâche de découvrir si vos prières sont naturelles ou spirituelles — si elles viennent de l’Esprit de Dieu ou non — car cela pourrait peut-être vous décourager. Si la prière jaillit du fond même de votre cœur, nous savons comment elle y est venue, même si vous, vous ne le savez pas. Dieu entend les corbeaux, et je crois vraiment qu’il vous entendra ; et je crois de plus, bien que je ne veuille pas maintenant soulever la question dans votre cœur, qu’il entend votre prière, parce que — même si vous ne le savez pas — il se fait en vous une œuvre secrète de l’Esprit de Dieu qui vous apprend à prier.
VI. Mais j’ai des arguments plus puissants encore, et qui touchent de plus près au but. Quand les petits corbeaux crient, ils crient seuls. Mais quand vous priez, vous avez quelqu’un de plus puissant que vous qui prie avec vous ! Entendez-vous ce pécheur qui crie : « O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur » ? Écoutez ! Entendez-vous cet autre cri qui monte avec le sien ? Non, vous ne l’entendez pas, parce que vos oreilles sont dures et pesantes, mais Dieu l’entend. Il y a une autre voix, bien plus forte et plus douce que la première, et bien plus efficace, qui monte au même moment et qui plaide : « Père, pardonne-leur par mon sang précieux. »
L’écho du murmure du pécheur est aussi majestueux que le grondement du tonnerre ! Jamais pécheur ne prie véritablement sans que Christ prie au même moment ! Vous ne pouvez ni le voir ni l’entendre, mais jamais Jésus ne remue les profondeurs de votre âme par son Esprit sans que son âme à lui soit remuée aussi. Oh ! pécheur, votre prière, lorsqu’elle arrive devant Dieu, est tout autre chose que ce qu’elle est quand elle sort de vous !
Il arrive que de pauvres gens viennent nous trouver avec des requêtes qu’ils souhaitent adresser à quelque Compagnie ou à quelque grand Personnage. Ils apportent la requête et nous demandent de la faire présenter pour eux. Elle est fort mal orthographiée, fort bizarrement écrite, et c’est à peine si nous parvenons à comprendre ce qu’ils veulent dire. Mais il y en a tout de même assez pour nous faire savoir ce dont ils ont besoin. Avant tout, nous en faisons pour eux une copie au propre, puis, après avoir exposé leur cas, nous mettons notre propre nom au bas. Et si nous avons quelque crédit, ils obtiennent naturellement ce qu’ils désirent, grâce à la puissance du nom signé au pied de la requête.
C’est exactement ce que fait le Seigneur Jésus-Christ de nos pauvres prières ! Il en fait une copie au propre, les marque du sceau de son propre sang expiatoire, met son propre nom au bas, et c’est ainsi qu’elles montent jusqu’au trône de Dieu. C’est votre prière, mais oh ! c’est aussi SA prière ! Et c’est le fait qu’elle soit sa prière qui la rend victorieuse. Or voici un argument massue — si les corbeaux l’emportent quand ils crient tout seuls, si leur pauvre croassement leur procure par lui-même ce dont ils ont besoin — combien plus les plaintives requêtes du pauvre pécheur tremblant l’emporteront-elles, lui qui peut dire : « Pour l’amour de Jésus », et qui peut river tous ses propres arguments par ce plaidoyer béni : « Le Seigneur Jésus-Christ le mérite ! Ô Seigneur, donne-le-moi pour l’amour de lui » ?
J’espère vraiment que ces âmes en quête à qui je viens de parler, qui crient depuis si longtemps et qui craignent pourtant de n’être jamais exaucées, n’auront plus longtemps à attendre, mais recevront bientôt une réponse de paix pleine de grâce ! Et si elles n’obtiennent pas tout de suite le désir de leur cœur, j’espère qu’elles seront encouragées à persévérer jusqu’à ce que se lève le jour de la grâce. Vous avez une promesse que les corbeaux n’ont pas, et cela pourrait fournir un autre argument, si le temps nous permettait de nous y arrêter. Vous qui tremblez, puisque vous avez une promesse à plaider, ne doutez jamais que vous serez entendu devant le trône de la grâce !
Et maintenant, laissez-moi dire au pécheur, en terminant : SI VOUS AVEZ CRIÉ SANS SUCCÈS, CONTINUEZ DE CRIER. « Retourne sept fois », oui, et septante fois sept fois ! Souvenez-vous que la miséricorde de Dieu en Jésus-Christ est votre unique espérance !
Attachez-vous-y donc, comme un homme qui se noie s’attache à la seule corde à sa portée. Si vous périssez en implorant miséricorde par le sang précieux, vous serez le premier qui ait jamais péri ainsi ! Criez encore ! Continuez seulement de crier ! Mais oh ! croyez aussi ! Car croire amène l’étoile du matin et le lever du jour.
Lorsque Betty, la femme de John Ryland, était sur son lit de mort, elle était dans une grande détresse d’esprit, bien qu’elle fût chrétienne depuis bien des années. Son mari lui dit, à sa manière originale mais sage : « Eh bien, Betty, qu’as-tu donc ? » « Oh, John, je meurs, et je n’ai aucune espérance, John ! » « Mais, ma chère, où vas-tu donc ? » « Je vais en enfer ! » fut la réponse. « Eh bien, dit-il, couvrant sa profonde angoisse de son humour habituel, et voulant porter un coup qui ferait mouche à coup sûr et mettrait promptement ses doutes en fuite, que comptes-tu faire quand tu seras là-bas, Betty ? » La brave femme ne put rien répondre, et M. Ryland continua : « Crois-tu que tu prieras, quand tu seras là-bas ? »
« Oh, John, dit-elle, je prierais n’importe où. Je ne peux pas m’empêcher de prier ! » « Eh bien alors, dit-il, ils diront : “Voici Betty Ryland qui prie ici. Mettez-la dehors ! Nous ne voulons personne qui prie ici ! Mettez-la dehors !” » Cette étrange manière de présenter la chose apporta la lumière à son âme, et elle vit aussitôt combien il est absurde de seulement soupçonner qu’une âme qui cherche réellement Christ puisse pourtant être rejetée pour toujours loin de sa présence ! Criez encore, chère âme ! Criez encore ! Tant que l’enfant peut crier, il vit. Et tant que vous pouvez assiéger le trône de la miséricorde, il y a de l’espoir pour vous ! Mais écoutez autant que vous criez, et croyez ce que vous entendez, car c’est en croyant que l’on obtient la paix.
Mais attendez un peu, j’ai encore autre chose à dire. Se peut-il que vous ayez déjà obtenu la bénédiction même après laquelle vous criez ? « Oh, dites-vous, je ne demanderais pas une chose que j’aurais déjà ! Si je savais que je l’ai, je cesserais de crier, et je me mettrais à louer et à bénir Dieu. » Or, je ne sais pas si vous tous, qui cherchez, êtes dans un état aussi sûr, mais je suis persuadé qu’il y a des âmes en quête qui ont reçu la miséricorde qu’elles demandent. Le Seigneur, au lieu de leur dire ce soir : « Cherchez ma face », leur dit : « Pourquoi ces cris ? Je vous ai exaucés au temps favorable, et au temps de la grâce je vous ai secourus. J’ai effacé vos péchés comme un nuage, et vos iniquités comme une nuée. Je vous ai sauvés. Vous êtes à moi. Je vous ai purifiés de tous vos péchés. Allez, et réjouissez-vous. »
En pareil cas, la louange de la foi convient mieux que la prière angoissée. « Oh, dites-vous, mais il n’est guère probable que j’aie la miséricorde alors que je la cherche encore. » Eh bien, je n’en sais rien. Il arrive que Miséricorde tombe évanouie devant la porte. N’est-il pas possible qu’on la fasse entrer pendant qu’elle est évanouie, et qu’elle pense tout ce temps-là qu’elle est encore dehors ? Elle entend toujours le chien aboyer, mais ah ! pauvre âme, quand elle reviendra à elle, elle s’apercevra qu’elle a passé la petite porte et qu’elle est en sûreté !
Ainsi, il se peut que certains d’entre vous soient tombés dans une défaillance de découragement juste au moment où vous veniez à Christ. S’il en est ainsi, que la grâce souveraine vous ranime, et peut-être serai-je, ce soir, l’instrument de ce réveil. Après quoi soupirez-vous ? Certains d’entre vous s’attendent à voir des visions éclatantes, mais j’espère que vous ne serez jamais satisfaits sur ce point, car elles ne valent pas un sou le mille. Toutes les visions du monde depuis le temps des miracles, mises ensemble, ne sont après tout que de simples rêves — et les rêves ne sont que vanité ! Les gens mangent trop au souper, et puis ils rêvent — c’est une indigestion, ou une activité maladive du cerveau — et voilà tout ! Si c’est là toute la preuve que vous avez de votre conversion, vous ferez bien d’en douter. Je vous en prie, ne vous en contentez jamais — c’est un misérable fatras sur lequel bâtir vos espérances éternelles.
Peut-être attendez-vous des sensations très étranges — pas tout à fait une décharge électrique, mais quelque chose de très singulier et de très particulier. Croyez-moi, vous n’avez nul besoin d’éprouver jamais ces mouvements étranges que vous prisez si fort. Toutes ces sensations étranges dont certains parlent à propos de la conversion peuvent leur avoir été utiles ou non, mais je suis certain qu’elles n’ont en réalité rien à voir avec la conversion, au point de lui être le moins du monde nécessaires !
Je vais vous poser une question ou deux. Vous croyez-vous pécheur ? « Oui », dites-vous. Mais supposons que je mette de côté ce mot de « pécheur » ? Voulez-vous dire que vous croyez avoir transgressé la Loi de Dieu, que vous êtes un coupable bon à rien, en révolte contre le gouvernement de Dieu ? Croyez-vous avoir, dans votre cœur du moins, transgressé tous les Commandements, et mériter en conséquence le châtiment ? « Oui, dites-vous, non seulement je le crois, mais je le sens ! C’est un fardeau que je porte avec moi tous les jours. »
Maintenant, autre chose — croyez-vous que le Seigneur Jésus-Christ peut ôter tout ce péché qui est le vôtre ? Oui, vous le croyez. Alors, pouvez-vous vous confier en lui pour qu’il vous sauve ? Vous avez besoin d’être sauvé. Vous ne pouvez pas vous sauver vous-même. Pouvez-vous vous confier en lui pour qu’il vous sauve ? « Oui, dites-vous, c’est déjà ce que je fais. » Eh bien, mon cher ami, si vous vous confiez réellement en Jésus, il est certain que vous êtes sauvé, car vous avez la seule preuve du salut qui demeure constamment avec chacun de nous ! Il y a d’autres preuves qui viennent ensuite, comme la sainteté et les grâces de l’Esprit, mais la seule preuve qui demeure constamment avec les meilleurs des hommes vivants, c’est celle-ci —
« Je n’apporte rien dans mes mains,
Je m’attache simplement à ta croix. »
Pouvez-vous reprendre le couplet de Jack le colporteur —
« Je suis un pauvre pécheur, un rien du tout,
Mais Jésus-Christ est mon tout en tout » ?
J’espère que vous irez beaucoup plus loin que cela dans l’expérience sur certains points, avec le temps, mais je ne veux pas que vous avanciez d’un pouce de plus pour ce qui est du fondement de vos preuves et de la raison de votre espérance. Arrêtez-vous simplement là, et si maintenant vous détournez les yeux de tout ce qui est en vous ou hors de vous pour regarder à Jésus-Christ, et si vous vous confiez dans ses souffrances au Calvaire et dans toute son œuvre expiatoire comme fondement de votre acceptation devant Dieu, vous êtes sauvé ! Vous n’avez besoin de rien de plus ! Vous êtes passé de la mort à la vie. « Celui qui croit en lui n’est point jugé. » « Celui qui croit a la vie éternelle. »
Si je rencontrais tout à l’heure un ange dans cette allée, en sortant par ma porte pour aller à ma sacristie, et qu’il me dise : « Charles Spurgeon, je viens du Ciel pour vous dire que vous êtes pardonné », je lui répondrais : « Je le sais sans que vous ayez à me dire quoi que ce soit de semblable ! Je le sais sur une autorité bien meilleure que la vôtre. » Et s’il me demandait comment je le sais, je répondrais : « La Parole de Dieu vaut mieux pour moi que la parole d’un ange, et il l’a dit : “Celui qui croit en lui n’est point jugé.” Je crois en lui, et par conséquent je ne suis point jugé — et je le sais sans qu’un ange vienne me le dire. »
Vous qui êtes troublés, ne courez pas après les anges, les gages, les preuves et les signes. Si vous vous reposez sur l’œuvre accomplie de Jésus, vous avez déjà la meilleure preuve du monde de votre salut ! Vous avez pour cela la Parole de Dieu — que faut-il de plus ? Ne pouvez-vous pas vous fier à la parole de Dieu ? Vous vous fiez bien à la parole de votre père. Vous vous fiez à la parole de votre mère — pourquoi ne pouvez-vous pas vous fier à la parole de Dieu ? Oh ! quels cœurs vils nous devons avoir pour soupçonner Dieu lui-même !
Peut-être dites-vous que vous ne feriez jamais une chose pareille. Oh, mais vous doutez de Dieu, si vous ne vous confiez pas en Christ — car « celui qui ne croit pas Dieu le fait menteur ». Si vous ne vous confiez pas en Christ, vous dites en fait que Dieu est menteur ! Vous ne voulez pas dire cela, n’est-ce pas ? Oh ! croyez à la véracité de Dieu ! Que l’Esprit de Dieu vous presse de croire à la miséricorde du Père, à la puissance du sang du Fils, et à la bonne volonté du Saint-Esprit d’amener les pécheurs à lui !
Venez, mes chers auditeurs, unissez-vous à moi pour demander dans la prière que vous soyez conduits par la grâce divine à voir en Jésus tout ce dont vous avez besoin —
« La prière est la force de la créature, son souffle même et son être.
La prière est la clef d’or qui peut ouvrir le guichet de la miséricorde.
La prière est le son magique qui dit au destin : Ainsi soit-il.
La prière est le nerf délié qui fait mouvoir les muscles de la Toute-Puissance ;
Prie donc, ô créature, car nombreux et grands sont tes besoins.
Ton esprit, ta conscience et ton être, tes besoins te recommandent à la prière,
Elle, le remède de tous les soucis, la grande panacée de toutes les douleurs,
Destructrice du doute, remède de la ruine, antidote de toutes les angoisses. »
Chapitre 13 terminé
Le cri des petits corbeaux