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La perfection chrétienne

Chapitre 41 · 52 min de lecture · 1 h 7 min d’écoute

La perfection chrétienne

Sermon 40

La perfection chrétienne

« Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection. »

Philippiens 3:12.

1. Il n’est guère d’expression, dans l’Écriture sainte, qui ait causé plus de scandale que celle-ci. Le mot parfait est de ceux que beaucoup ne peuvent souffrir. Le seul son en est pour eux une abomination. Et quiconque prêche la perfection (comme on dit), c’est-à-dire affirme qu’elle peut être atteinte en cette vie, court grand risque d’être tenu par eux pour pire qu’un païen et un publicain.

2. De là vient que certains ont conseillé de renoncer entièrement à ces expressions, « parce qu’elles ont causé un si grand scandale ». Mais ne se trouvent-elles pas dans les oracles de Dieu ? S’il en est ainsi, de quel droit un messager de Dieu pourrait-il les mettre de côté, quand même tous les hommes devraient en être scandalisés ? Ce n’est pas ainsi que nous avons appris Christ ; et nous ne pouvons pas non plus donner ainsi accès au diable. Tout ce que Dieu a dit, nous le dirons, que les hommes écoutent ou qu’ils n’écoutent pas ; sachant qu’un ministre de Christ ne peut être « pur du sang de tous les hommes » que lorsqu’il leur a « annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher ». [Actes 20:26, 27]

3. Nous ne pouvons donc pas mettre ces expressions de côté, puisque ce sont les paroles de Dieu, et non celles de l’homme. Mais nous pouvons, et nous devons, en expliquer le sens, afin que ceux qui sont sincères de cœur ne s’égarent ni à droite ni à gauche, loin du but et du prix de leur céleste vocation. Et cela est d’autant plus nécessaire que, dans le verset que nous venons de citer, l’apôtre parle de lui-même comme n’étant pas parfait : « Ce n’est pas, dit-il, que j’aie déjà atteint la perfection. » Et pourtant, aussitôt après, au quinzième verset, il parle de lui-même, et de beaucoup d’autres avec lui, comme étant parfaits : « Nous tous donc, dit-il, qui sommes parfaits, ayons cette même pensée. » [Philippiens 3:15]

4. Afin donc de lever la difficulté qui naît de cette apparente contradiction, et aussi de donner de la lumière à ceux qui courent vers le but, et pour que ceux qui boitent ne se détournent pas du chemin, je m’efforcerai de montrer,

Premièrement, en quel sens les chrétiens ne sont pas parfaits ; et,

Secondement, en quel sens ils sont parfaits.

I. 1. En premier lieu, je m’efforcerai de montrer en quel sens les chrétiens ne sont pas parfaits. Et il ressort à la fois de l’expérience et de l’Écriture, premièrement, qu’ils ne sont pas parfaits en connaissance : ils ne sont pas si parfaits en cette vie qu’ils soient exempts d’ignorance. Ils connaissent peut-être, comme les autres hommes, bien des choses qui touchent au monde présent ; et ils connaissent, quant au monde à venir, les vérités générales que Dieu a révélées. Ils savent aussi (ce que l’homme naturel ne reçoit pas, car ces choses se discernent spirituellement) « quel amour » c’est que celui dont « le Père » les a aimés, pour qu’ils soient « appelés enfants de Dieu ». [1 Jean 3:1] Ils connaissent l’action puissante de son Esprit dans leur cœur ; [Éphésiens 3:16] et la sagesse de sa providence, qui dirige tous leurs sentiers, [Proverbes 3:6] et qui fait concourir toutes choses à leur bien. [Romains 8:28] Bien plus, ils savent, en toute circonstance de la vie, ce que le Seigneur demande d’eux, et comment garder une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes. [Actes 24:16]

2. Mais innombrables sont les choses qu’ils ne savent pas. Pour ce qui est du Tout-Puissant lui-même, ils ne peuvent le sonder jusqu’au bout. « Ce sont là les bords de ses voies ; Mais qui entendra le tonnerre de sa puissance? » [Job 26:14] Ils ne peuvent comprendre, je ne dirai pas comment « il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et ces trois-là sont un », ou comment le Fils éternel de Dieu « a pris une forme de serviteur » ; [Philippiens 2:7] — mais pas même un seul attribut, pas même une seule particularité de la nature divine. [2 Pierre 1:4] Il ne leur appartient pas non plus de connaître les temps ou les moments [Actes 1:7] où Dieu accomplira ses grandes œuvres sur la terre ; non, pas même ceux qu’il a en partie révélés par ses serviteurs et ses prophètes depuis le commencement du monde. [voir Amos 3:7] Bien moins encore savent-ils quand Dieu, « ayant complété le nombre de ses élus, hâtera la venue de son règne » ; quand « les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront ». [2 Pierre 3:10]

3. Ils ignorent les raisons de beaucoup même de ses dispensations présentes envers les fils des hommes ; mais ils sont contraints de s’en tenir à ceci : quoique « Les nuages et l’obscurité l’environnent, La justice et l’équité sont la base de son trône ». [Psaumes 97:2] Bien plus, souvent, au sujet de sa manière d’agir avec eux-mêmes, leur Seigneur leur dit : « Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt. » [Jean 13:7] Et combien peu ils connaissent de ce qui est toujours devant leurs yeux, des œuvres mêmes et visibles de ses mains ! — Comment « Il étend le septentrion sur le vide, Il suspend la terre sur le néant » ? [Job 26:7] comment il unit toutes les parties de cette vaste machine par une chaîne secrète qui ne peut être rompue ? Si grande est l’ignorance, si petite la connaissance, même des meilleurs des hommes !

4. Personne, donc, n’est si parfait en cette vie qu’il soit exempt d’ignorance. Ni, secondement, d’erreur ; ce qui est presque une suite inévitable de l’ignorance, puisque ceux qui ne connaissent qu’« en partie » [1 Corinthiens 13:12] sont toujours exposés à se tromper au sujet des choses qu’ils ne connaissent pas. Il est vrai que les enfants de Dieu ne se trompent pas sur les choses essentielles au salut : ils ne changent pas « les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres » ; [Ésaïe 5:20] ni ne « cherchent la mort par l’égarement de leur vie ». [Sagesse 1:12] Car ils sont « enseignés de Dieu », et la voie qu’il leur enseigne, la voie de la sainteté, est si unie que « Ceux qui la suivront, même les insensés, ne pourront s’égarer ». [Ésaïe 35:8] Mais dans les choses qui ne sont pas essentielles au salut, ils se trompent, et cela fréquemment. Les meilleurs et les plus sages des hommes se trompent souvent, même au sujet des faits ; croyant que des choses n’ont pas eu lieu, qui ont réellement eu lieu, ou que des choses ont été faites, qui ne l’ont pas été. Ou, supposé qu’ils ne se trompent pas sur le fait lui-même, ils peuvent se tromper sur ses circonstances, croyant qu’elles, ou plusieurs d’entre elles, ont été tout autres qu’elles n’ont été en vérité. Et de là ne peuvent manquer de naître beaucoup d’autres erreurs. De là vient qu’ils peuvent croire bonnes des actions passées ou présentes qui étaient ou sont mauvaises, et mauvaises celles qui étaient ou sont bonnes. De là vient aussi qu’ils peuvent juger contrairement à la vérité du caractère des hommes ; et cela, non seulement en supposant les hommes de bien meilleurs, ou les méchants pires qu’ils ne sont, mais en croyant que des hommes ont été ou sont gens de bien, qui étaient ou sont fort méchants ; ou peut-être que des hommes ont été ou sont méchants, qui étaient ou sont saints et irréprochables.

5. Bien plus, au sujet des saintes Écritures elles-mêmes, si soigneux qu’ils soient de l’éviter, les meilleurs des hommes sont exposés à l’erreur, et se trompent de jour en jour ; surtout à l’égard des parties de l’Écriture qui se rapportent moins directement à la pratique. De là vient que les enfants de Dieu eux-mêmes ne s’accordent pas sur l’interprétation de beaucoup de passages de l’Écriture sainte : et leur divergence d’opinion ne prouve nullement que les uns ou les autres ne soient pas enfants de Dieu ; mais elle prouve que nous ne devons pas plus attendre d’un homme vivant qu’il soit infaillible, que nous n’en attendons qu’il soit omniscient.

6. Si l’on objecte à ce qui a été observé sous ce point et sous le précédent que saint Jean, parlant à ses frères dans la foi, dit : « Pour vous, vous avez reçu l’onction de la part de celui qui est saint, et vous connaissez toutes choses » (1 Jean 2:20), la réponse est simple : « Vous connaissez toutes les choses qui sont nécessaires à la santé de vos âmes. » [cf. 3 Jean 2] Que l’apôtre n’ait jamais voulu étendre ces paroles plus loin, qu’il n’ait pu les prononcer dans un sens absolu, cela est clair, premièrement, de ce que — autrement il représenterait le disciple comme étant « plus que le maître », puisque Christ lui-même, en tant qu’homme, ne savait pas toutes choses : « De cette heure-là, dit-il, personne ne le sait ; non, ni le Fils, mais le Père seul. » [Marc 13:32] Cela est clair, secondement, par les propres paroles de l’apôtre qui suivent : « Je vous ai écrit ces choses au sujet de ceux qui vous égarent » ; [cf. 1 Jean 3:7] aussi bien que par cet avertissement qu’il répète souvent : « Que personne ne vous séduise » ; [voir Marc 13:5 ; Éphésiens 5:6 ; 2 Thessaloniciens 2:3] avertissement qui eût été tout à fait superflu, si ceux-là mêmes qui avaient cette onction de la part de celui qui est saint [1 Jean 2:20] n’avaient pas été exposés, non seulement à l’ignorance, mais aussi à l’erreur.

7. Les chrétiens eux-mêmes ne sont donc pas si parfaits qu’ils soient exempts d’ignorance ou d’erreur. Nous pouvons, troisièmement, ajouter : ni d’infirmités. — Seulement, ayons soin de bien entendre ce mot ; seulement, ne donnons pas ce nom adouci à des péchés connus, comme quelques-uns ont coutume de le faire. Ainsi, tel homme nous dit : « Chacun a son infirmité, et la mienne, c’est l’ivrognerie » ; un autre a l’infirmité de l’impureté ; un autre celle de prendre en vain le saint nom de Dieu ; un autre encore a l’infirmité d’appeler son frère « Insensé », [Matthieu 5:22] ou de rendre « injure pour injure ». [1 Pierre 3:9] Il est clair que vous tous qui parlez ainsi, si vous ne vous repentez, vous descendrez tout vivants en enfer avec vos infirmités ! Mais j’entends par là, non seulement ce qu’on appelle proprement les infirmités corporelles, mais toutes ces imperfections intérieures ou extérieures qui ne sont pas de nature morale. Telles sont la faiblesse ou la lenteur de l’intelligence, l’engourdissement ou la confusion de la compréhension, l’incohérence de la pensée, la vivacité déréglée ou la lourdeur de l’imagination. Tel est encore (pour n’en pas citer davantage de ce genre) le défaut d’une mémoire prompte ou fidèle. Telles sont, dans un autre genre, celles qui sont ordinairement, dans une certaine mesure, la suite des précédentes : à savoir, la lenteur de la parole, l’impropriété du langage, le manque de grâce dans la prononciation ; à quoi l’on pourrait ajouter mille défauts sans nom, soit dans la conversation, soit dans la conduite. Ce sont là les infirmités qui se trouvent chez les meilleurs des hommes, dans une proportion plus ou moins grande. Et de celles-là, nul ne peut espérer être parfaitement délivré, jusqu’à ce que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné. [Ecclésiaste 12:7]

8. Nous ne pouvons pas non plus nous attendre, jusque-là, à être entièrement exempts de tentation. Une telle perfection n’appartient pas à cette vie. Il est vrai qu’il y en a qui, s’étant livrés à commettre toute espèce d’impureté avec avidité, [Éphésiens 4:19] ne perçoivent guère les tentations auxquelles ils ne résistent pas, et paraissent ainsi être sans tentation. Il y en a beaucoup aussi que le rusé ennemi des âmes, les voyant profondément endormis dans la forme morte de la piété, se garde de tenter à des péchés grossiers, de peur qu’ils ne se réveillent avant de tomber dans les flammes éternelles. Je sais qu’il y a aussi des enfants de Dieu qui, étant maintenant justifiés gratuitement, [Romains 5:1] ayant trouvé la rédemption dans le sang de Christ, [Éphésiens 1:7] ne sentent pour le présent aucune tentation. Dieu a dit à leurs ennemis : « Ne touchez pas à mes oints, et ne faites pas de mal à mes enfants. » [voir 1 Chroniques 16:22] Et pour un temps, peut-être des semaines ou des mois, il les fait « monter sur les lieux élevés » ; [Deutéronome 32:13] il les porte comme sur des ailes d’aigle, [Exode 19:4] au-dessus de tous les traits enflammés du malin. [Éphésiens 6:16] Mais cet état ne durera pas toujours ; comme nous pouvons l’apprendre par cette seule considération, — que le Fils de Dieu lui-même, dans les jours de sa chair, fut tenté jusqu’à la fin de sa vie. [Hébreux 2:18 ; 4:15 ; 5:7] Que son serviteur s’attende donc à l’être de même ; car « il suffit qu’il soit comme son maître ». [Luc 6:40]

9. La perfection chrétienne n’implique donc pas (comme certains semblent l’avoir imaginé) d’être exempt soit d’ignorance ou d’erreur, soit d’infirmités ou de tentations. À vrai dire, ce n’est qu’un autre terme pour la sainteté. Ce sont deux noms pour une même chose. Ainsi, quiconque est parfait est saint, et quiconque est saint est, au sens de l’Écriture, parfait. Cependant nous pouvons, enfin, observer que, même à cet égard, il n’y a sur la terre aucune perfection absolue. Il n’y a point de perfection de degrés, comme on l’appelle ; aucune qui n’admette un accroissement continuel. De sorte que, quel que soit le degré auquel un homme est parvenu, ou si haut que soit le degré de sa perfection, il a encore besoin de « croître dans la grâce », [2 Pierre 3:18] et d’avancer chaque jour dans la connaissance et l’amour de Dieu son Sauveur. [voir Philippiens 1:9]

II. 1. En quel sens, donc, les chrétiens sont-ils parfaits ? C’est ce que je m’efforcerai de montrer en second lieu. Mais il faut poser d’abord qu’il y a plusieurs degrés dans la vie chrétienne, comme dans la vie naturelle : certains enfants de Dieu ne sont encore que des enfants nouveau-nés ; d’autres sont parvenus à plus de maturité. Et c’est pourquoi saint Jean, dans sa première épître (1 Jean 2:12), s’adresse séparément à ceux qu’il nomme petits enfants, à ceux qu’il appelle jeunes gens, et à ceux à qui il donne le nom de pères. « Je vous écris, petits enfants, dit l’apôtre, parce que vos péchés vous sont pardonnés » : parce que vous êtes parvenus jusque-là, — étant « gratuitement justifiés », vous « avez la paix avec Dieu, par Jésus-Christ ». [Romains 5:1] « Je vous écris, jeunes gens, parce que vous avez vaincu le malin » ; ou (comme il l’ajoute ensuite) « parce que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous ». [1 Jean 2:13, 14] Vous avez éteint les traits enflammés du malin, [Éphésiens 6:16] les doutes et les craintes par lesquels il troublait votre première paix ; et le témoignage de Dieu, que vos péchés vous sont pardonnés, demeure maintenant dans votre cœur. « Je vous écris, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement. » [1 Jean 2:13] Vous avez connu le Père, et le Fils, et l’Esprit de Christ, au plus intime de votre âme. Vous êtes « des hommes parfaits, parvenus à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ ». [Éphésiens 4:13]

2. C’est surtout de ceux-là que je parle dans la dernière partie de ce discours : car ceux-là seuls sont proprement chrétiens. Mais même les enfants en Christ sont parfaits, ou nés de Dieu (expression qui se prend, elle aussi, en divers sens), en ce sens que, premièrement, ils ne commettent pas le péché. Si quelqu’un doute de ce privilège des fils de Dieu, la question ne doit pas être tranchée par des raisonnements abstraits, que l’on peut prolonger indéfiniment, et qui laissent le point exactement où il était auparavant. Elle ne doit pas non plus être décidée par l’expérience de telle ou telle personne en particulier. Beaucoup peuvent supposer qu’ils ne commettent pas le péché, alors qu’ils le commettent ; mais cela ne prouve rien, ni dans un sens ni dans l’autre. C’est à la loi et au témoignage que nous en appelons. « Que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur. » [Romains 3:4] C’est à sa Parole que nous nous tiendrons, et à elle seule. C’est par elle que nous devons être jugés.

3. Or la Parole de Dieu déclare clairement que ceux mêmes qui sont justifiés, qui sont nés de nouveau au sens le plus bas, « ne demeurent pas dans le péché » ; qu’ils ne peuvent « y vivre encore » (Romains 6:1, 2) ; qu’ils sont « devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort » (Romains 6:5) ; que leur « vieil homme a été crucifié avec lui », le corps du péché étant détruit, de sorte que désormais ils ne sont plus esclaves du péché ; qu’étant morts avec Christ, ils sont libres du péché (Romains 6:6, 7) ; qu’ils sont « morts au péché, et comme vivants pour Dieu » (Romains 6:11) ; que « le péché n’a plus de pouvoir sur eux », eux qui sont « non sous la loi, mais sous la grâce » ; mais que ceux-là, « affranchis du péché, sont devenus esclaves de la justice ». (Romains 6:14, 18)

4. Le moins que ces paroles puissent signifier, c’est que les personnes dont elles parlent, à savoir tous les vrais chrétiens, ou les croyants en Christ, sont affranchies du péché extérieur. Et cette même liberté, que saint Paul exprime ici par une si grande variété de termes, saint Pierre l’exprime par celui-ci seul (1 Pierre 4:1, 2) : « celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché, — afin de vivre, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu. » Car ce fait d’en finir avec le péché, si on l’interprète au sens le plus bas, comme ne regardant que la conduite extérieure, doit désigner la cessation de l’acte extérieur, de toute transgression extérieure de la loi.

5 . Mais les plus expresses sont les paroles bien connues de saint Jean, au troisième chapitre de sa première épître, verset 8 : « Celui qui pèche est du diable, car le diable pèche dès le commencement. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. » [1 Jean 3:8, 9] Et celles du cinquième (1 Jean 5:18) : « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point; mais celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas. »

6. On dit, il est vrai, que cela signifie seulement : il ne pèche pas volontairement ; ou il ne commet pas le péché habituellement ; ou non comme les autres hommes ; ou non comme il le faisait auparavant. Mais qui dit cela ? Saint Jean ? Non. Il n’y a pas un tel mot dans le texte ; ni dans tout le chapitre ; ni dans toute son épître ; ni dans aucune partie quelconque de ses écrits. Eh bien donc, la meilleure manière de répondre à une affirmation hardie, c’est simplement de la nier. Et si quelqu’un peut la prouver par la Parole de Dieu, qu’il produise ses fortes raisons.

7. Il est une sorte de raison que l’on a souvent avancée pour appuyer ces étranges affirmations, et qu’on tire des exemples rapportés dans la Parole de Dieu : « Quoi ! disent-ils, Abraham lui-même n’a-t-il pas commis le péché, en usant de détours et en reniant sa femme ? Moïse n’a-t-il pas commis le péché, quand il irrita Dieu aux eaux de la contestation ? Bien plus, pour en citer un qui vaille pour tous, David lui-même, “l’homme selon le cœur de Dieu”, n’a-t-il pas commis le péché dans l’affaire d’Urie le Héthien ; le meurtre même et l’adultère ? » Il est très certain qu’il l’a fait. Tout cela est vrai. Mais qu’en voulez-vous conclure ? On peut accorder, premièrement, que David, dans le cours général de sa vie, fut l’un des hommes les plus saints parmi les Juifs ; et, secondement, que les hommes les plus saints parmi les Juifs commettaient quelquefois le péché. Mais si vous voulez en conclure que tous les chrétiens commettent et doivent commettre le péché aussi longtemps qu’ils vivent, cette conséquence, nous la nions absolument : elle ne suivra jamais de ces prémisses.

8. Ceux qui raisonnent ainsi semblent n’avoir jamais considéré cette déclaration de notre Seigneur (Matthieu 11:11) : « Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. » Je crains, à vrai dire, que quelques-uns n’aient imaginé que « le royaume des cieux » signifie ici le royaume de gloire ; comme si le Fils de Dieu venait de nous découvrir que le moindre des saints glorifiés dans le ciel est plus grand qu’aucun homme sur la terre ! Il suffit de le mentionner pour le réfuter. On ne peut donc douter que « le royaume des cieux », ici (comme au verset suivant, où il est dit qu’il est pris par force), [Matthieu 11:12] ou « le royaume de Dieu », comme l’exprime saint Luc, — ne soit ce royaume de Dieu sur la terre auquel appartiennent tous les vrais croyants en Christ, tous les vrais chrétiens. Dans ces paroles, donc, notre Seigneur déclare deux choses : premièrement, qu’avant sa venue dans la chair, parmi tous les enfants des hommes, il n’y en avait pas eu de plus grand que Jean-Baptiste ; d’où il suit évidemment que ni Abraham, ni David, ni aucun Juif ne fut plus grand que Jean. Notre Seigneur déclare, secondement, que le plus petit dans le royaume de Dieu (dans ce royaume qu’il était venu établir sur la terre, et dont les violents commençaient alors à s’emparer par force) est plus grand que lui : — non pas un plus grand prophète, comme quelques-uns ont interprété ce mot, car cela est manifestement faux dans les faits ; mais plus grand dans la grâce de Dieu et dans la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous ne pouvons donc mesurer les privilèges des vrais chrétiens à ceux qui furent autrefois accordés aux Juifs. Leur « ministère » (ou dispensation), nous l’accordons, « a été glorieux » ; mais le nôtre « est de beaucoup supérieur en gloire ». [2 Corinthiens 3:7–9] De sorte que quiconque voudrait abaisser la dispensation chrétienne au niveau de la juive, quiconque glane les exemples de faiblesse rapportés dans la Loi et les Prophètes, et en conclut que ceux qui ont « revêtu Christ » [Galates 3:27] ne sont revêtus d’aucune force plus grande, est grandement dans l’erreur, ne comprenant « ni les Écritures, ni la puissance de Dieu ». [Matthieu 22:29]

9. « Mais n’y a-t-il pas dans l’Écriture des affirmations qui prouvent la même chose, si on ne peut la conclure de ces exemples ? L’Écriture ne dit-elle pas expressément : “Le juste même pèche sept fois par jour” ? » Je réponds : non. L’Écriture ne dit rien de tel. Il n’y a pas un tel texte dans toute la Bible. Ce que l’on semble avoir en vue, c’est le seizième verset du vingt-quatrième chapitre des Proverbes, dont voici les paroles : « sept fois le juste tombe, et il se relève. » [Proverbes 24:16] Mais c’est là tout autre chose. Car, premièrement, les mots « par jour » ne sont pas dans le texte. De sorte que, si un juste tombe sept fois dans sa vie, c’est tout ce qui est affirmé ici. Secondement, il n’est point question ici de tomber dans le péché ; ce dont il est question, c’est de tomber dans l’affliction temporelle. Cela ressort clairement du verset qui précède, dont voici les paroles : « Ne tends pas méchamment des embûches à la demeure du juste, Et ne dévaste pas le lieu où il repose. » [Proverbes 24:15] Il suit : « Car sept fois le juste tombe, et il se relève, Mais les méchants sont précipités dans le malheur. » Comme s’il avait dit : « Dieu le délivrera de sa détresse ; mais quand tu tomberas, il n’y aura personne pour te délivrer. »

10. « Mais, du moins, en d’autres endroits, poursuivent les contradicteurs, Salomon affirme clairement : “il n’y a point d’homme qui ne pèche” (1 Rois 8:46 ; 2 Chroniques 6:36) ; bien plus : “il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais.” (Ecclésiaste 7:20.) » Je réponds : sans aucun doute, il en était ainsi aux jours de Salomon. Bien plus, il en fut ainsi d’Adam à Moïse, de Moïse à Salomon, et de Salomon à Christ. Il n’y avait point alors d’homme qui ne péchât. Depuis le jour même où le péché entra dans le monde, il n’y eut point sur la terre d’homme juste qui fît le bien et qui ne péchât pas, jusqu’à ce que le Fils de Dieu eût paru pour ôter nos péchés. Il est incontestablement vrai que, « aussi longtemps que l’héritier est enfant, il ne diffère en rien d’un esclave ». [Galates 4:1] Et que de même eux aussi (tous les saints hommes d’autrefois, qui étaient sous la dispensation juive) étaient, durant cet état d’enfance de l’Église, « sous l’esclavage des rudiments du monde ». [Galates 4:3] « Mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né sous la loi, afin qu’il rachetât ceux qui étaient sous la loi, afin qu’ils reçussent l’adoption » ; [Galates 4:4] — afin qu’ils reçussent cette « grâce qui a été manifestée maintenant par l’apparition de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a détruit la mort et a mis en évidence la vie et l’immortalité par l’Évangile ». (2 Timothée 1:10.) Maintenant donc, ils « ne sont plus esclaves, mais fils ». [voir Galates 4:7] De sorte que, quel qu’ait été le cas de ceux qui étaient sous la loi, nous pouvons affirmer sans crainte avec saint Jean que, depuis que l’Évangile a été donné, « quiconque est né de Dieu ne pèche point ». [1 Jean 5:18]

11. Il est d’une grande importance d’observer, et cela plus soigneusement qu’on ne le fait d’ordinaire, la grande différence qu’il y a entre la dispensation juive et la dispensation chrétienne ; et le fondement de cette différence, que le même apôtre indique au septième chapitre de son Évangile (Jean 7:38). Après y avoir rapporté ces paroles de notre bienheureux Seigneur : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture », il ajoute aussitôt : « Il dit cela de l’Esprit », ou emellon lambanein hoi pisteuontes eis auton, que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Car le Saint-Esprit n’était pas encore donné, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. [Jean 7:39] Or l’apôtre ne peut vouloir dire ici (comme quelques-uns l’ont enseigné) que la puissance miraculeuse du Saint-Esprit n’était pas encore donnée. Car elle l’était ; notre Seigneur l’avait donnée à tous les apôtres, quand il les envoya pour la première fois prêcher l’Évangile. Il leur donna alors pouvoir sur les esprits impurs, pour les chasser ; pouvoir de guérir les malades ; bien plus, de ressusciter les morts. [Matthieu 10:8] Mais le Saint-Esprit n’était pas encore donné dans ses grâces sanctifiantes, comme il le fut après que Jésus eut été glorifié. Ce fut alors, quand il monta dans les hauteurs et emmena des captifs, qu’il reçut ces dons pour les hommes, oui, même pour les rebelles, afin que l’Éternel Dieu habitât au milieu d’eux. [Psaumes 68:19 ; cf. Éphésiens 4:8] Et quand le jour de la Pentecôte fut venu, [Actes 2:1] ce fut alors pour la première fois que ceux qui « attendaient ce que le Père avait promis » [Actes 1:4] furent rendus plus que vainqueurs [Romains 8:37] du péché par le Saint-Esprit qui leur était donné.

12. Que ce grand salut, la délivrance du péché, n’ait pas été donné avant que Jésus fût glorifié, saint Pierre aussi l’atteste clairement, lorsque, parlant de ses frères selon la chair comme « obtenant maintenant le salut de leurs âmes pour prix de leur foi », il ajoute (1 Pierre 1:9, 10) : « Les prophètes, qui ont prophétisé touchant la grâce » — c’est-à-dire la dispensation de grâce — « qui vous était réservée, ont fait de ce salut l’objet de leurs recherches et de leurs investigations, voulant sonder l’époque et les circonstances marquées par l’Esprit de Christ qui était en eux, et qui attestait d’avance les souffrances de Christ et la gloire » — le glorieux salut — « dont elles seraient suivies. Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils étaient les dispensateurs de ces choses, que vous ont annoncées maintenant ceux qui vous ont prêché l’Évangile par le Saint-Esprit envoyé du ciel » ; [1 Pierre 1:12] c’est-à-dire au jour de la Pentecôte, et ainsi à toutes les générations, dans le cœur de tous les vrais croyants. Sur ce fondement, sur « la grâce qui leur a été apportée par la révélation de Jésus-Christ », [1 Pierre 1:13] l’apôtre pouvait bien bâtir cette pressante exhortation : « C’est pourquoi, ceignez les reins de votre entendement ; puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite. » [1 Pierre 1:13]

13. Ceux qui ont dûment considéré ces choses doivent reconnaître que les privilèges des chrétiens ne doivent nullement se mesurer à ce que l’Ancien Testament rapporte de ceux qui étaient sous la dispensation juive ; puisque la plénitude des temps est maintenant venue, que le Saint-Esprit est maintenant donné, que le grand salut de Dieu est apporté aux hommes par la révélation de Jésus-Christ. Le royaume des cieux est maintenant établi sur la terre ; au sujet duquel l’Esprit de Dieu déclarait jadis (tant il s’en faut que David soit le modèle ou la mesure de la perfection chrétienne) : « le faible parmi eux sera dans ce jour comme David; La maison de David sera comme Dieu, Comme l’ange de l’Éternel devant eux. » (Zacharie 12:8.)

14. Si donc vous voulez prouver que les paroles de l’apôtre : « quiconque est né de Dieu ne pèche point », [1 Jean 5:18] ne doivent pas s’entendre selon leur sens clair, naturel et évident, c’est du Nouveau Testament que vous devez tirer vos preuves ; autrement vous combattrez comme quelqu’un qui bat l’air. [1 Corinthiens 9:26] Et la première de ces preuves que l’on avance d’ordinaire est tirée des exemples rapportés dans le Nouveau Testament. « Les apôtres eux-mêmes, dit-on, ont commis le péché ; et même les plus grands d’entre eux, Pierre et Paul : saint Paul, par sa vive dispute avec Barnabas ; [Actes 15:39] et saint Pierre, par sa dissimulation à Antioche. » [Galates 2:11] Soit : supposons que Pierre et Paul aient alors commis le péché ; qu’en voulez-vous conclure ? Que tous les autres apôtres commettaient quelquefois le péché ? Il n’y a pas l’ombre d’une preuve en cela. Ou voulez-vous en conclure que tous les autres chrétiens de l’âge apostolique commettaient le péché ? De mal en pis : c’est là une conséquence à laquelle, semble-t-il, un homme sensé n’aurait jamais pu songer. Ou bien raisonnerez-vous ainsi : « Si deux des apôtres ont une fois commis le péché, alors tous les autres chrétiens, dans tous les siècles, commettent et commettront le péché aussi longtemps qu’ils vivront » ? Hélas, mon frère ! un enfant d’une intelligence ordinaire rougirait d’un pareil raisonnement. Bien moins encore pouvez-vous, avec la moindre apparence de raison, conclure qu’un homme doive commettre le péché. Non : à Dieu ne plaise que nous parlions ainsi ! Aucune nécessité de pécher ne leur était imposée. La grâce de Dieu leur était assurément suffisante. Et elle nous est suffisante aujourd’hui. Avec la tentation qui fondit sur eux, il y avait un moyen d’en sortir, comme il y en a un pour toute âme d’homme dans toute tentation. De sorte que quiconque est tenté de commettre quelque péché n’a pas besoin d’y céder ; car nul n’est tenté au-delà de ses forces. [1 Corinthiens 10:13]

15. « Mais saint Paul pria trois fois le Seigneur, et pourtant il ne put être délivré de sa tentation. » Considérons ses propres paroles, traduites littéralement : « Il m’a été donné une écharde pour la chair, un ange » (ou messager) « de Satan, pour me souffleter. À ce sujet, j’ai prié trois fois le Seigneur, afin qu’elle » (ou qu’il) « s’éloignât de moi. Et il m’a dit : Ma grâce te suffit ; car ma force s’accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans » ces « mes faiblesses, afin que la force de Christ repose sur moi. C’est pourquoi je prends plaisir dans les faiblesses ; — car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » [2 Corinthiens 12:7-10]

16. Comme ce passage est l’une des forteresses des défenseurs du péché, il peut être à propos de le peser à fond. Qu’on observe donc, premièrement, qu’il ne paraît nullement que cette écharde, quelle qu’elle fût, ait amené saint Paul à commettre le péché ; bien moins encore qu’elle l’ait placé dans aucune nécessité de le faire. On ne pourra donc jamais prouver par là qu’un chrétien doive commettre le péché. Secondement, les anciens Pères nous apprennent que c’était une douleur corporelle : « un violent mal de tête », dit Tertullien (De Pudic.) ; à quoi s’accordent Chrysostome et saint Jérôme. Saint Cyprien [De Mortalitate] l’exprime d’une manière un peu plus générale, en ces termes : « De nombreux et cruels tourments de la chair et du corps. » [Carnis et corporis multa ac gravia tormenta.] Troisièmement, à cela s’accordent exactement les propres paroles de l’apôtre : « Une écharde pour la chair, pour me frapper, me battre ou me souffleter. » « Ma force s’accomplit dans la faiblesse » : — et ce même mot revient jusqu’à quatre fois dans ces deux seuls versets. Mais, quatrièmement, quoi que ce fût, ce ne pouvait être un péché ni intérieur ni extérieur. Ce ne pouvait pas plus être des mouvements intérieurs que des manifestations extérieures d’orgueil, de colère ou de convoitise. Cela est manifeste, au-delà de toute objection possible, par les paroles qui suivent immédiatement : « Je me glorifierai très volontiers dans » ces « mes faiblesses, afin que la force de Christ repose sur moi. » [2 Corinthiens 12:9] Quoi ! Se glorifiait-il dans l’orgueil, dans la colère, dans la convoitise ? Était-ce par ces faiblesses que la force de Christ reposait sur lui ? Il poursuit : « C’est pourquoi je prends plaisir dans les faiblesses ; car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » ; [2 Corinthiens 12:10] c’est-à-dire : quand je suis faible de corps, c’est alors que je suis fort en esprit. Mais quelqu’un osera-t-il dire : « Quand je suis faible par l’orgueil ou par la convoitise, c’est alors que je suis fort en esprit » ? Je vous prends tous à témoin aujourd’hui, vous qui sentez la force de Christ reposer sur vous : pouvez-vous vous glorifier dans la colère, ou dans l’orgueil, ou dans la convoitise ? Pouvez-vous prendre plaisir dans ces infirmités ? Ces faiblesses vous rendent-elles forts ? Ne vous jetteriez-vous pas en enfer, si cela était possible, pour leur échapper ? Jugez donc, par vous-mêmes, si l’apôtre pouvait s’en glorifier et y prendre plaisir ! Qu’on observe, enfin, que cette écharde fut donnée à saint Paul plus de quatorze ans avant qu’il écrivît cette épître ; [2 Corinthiens 12:2] laquelle fut elle-même écrite plusieurs années avant qu’il achevât sa course. [voir Actes 20:24 ; 2 Timothée 4:7] De sorte qu’il eut, après cela, une longue course à fournir, beaucoup de combats à livrer, beaucoup de victoires à remporter, et un grand accroissement à recevoir dans tous les dons de Dieu et dans la connaissance de Jésus-Christ. Ainsi, de quelque faiblesse spirituelle (si c’en eût été une) qu’il ait alors ressentie, nous ne pourrions nullement conclure qu’il ne fut jamais rendu fort ; que Paul le vieillard, le père en Christ, souffrait encore des mêmes faiblesses ; qu’il ne parvint à aucun état plus élevé jusqu’au jour de sa mort. De tout cela il ressort que cet exemple de saint Paul est tout à fait étranger à la question, et ne contredit en rien l’affirmation de saint Jean : « quiconque est né de Dieu ne pèche point. » [1 Jean 5:18]

17. « Mais saint Jacques ne contredit-il pas directement cela ? Voici ses paroles : “Nous bronchons tous de plusieurs manières” (Jacques 3:2). Et broncher n’est-il pas la même chose que commettre le péché ? » En cet endroit, je l’accorde, c’est la même chose : j’accorde que les personnes dont il est ici parlé commettaient le péché ; bien plus, qu’elles commettaient toutes beaucoup de péchés. Mais qui sont les personnes dont il est ici parlé ? Eh bien, ces nombreux maîtres ou docteurs que Dieu n’avait pas envoyés (probablement les mêmes hommes vains qui enseignaient cette foi sans les œuvres si sévèrement reprise au chapitre précédent) ; [Jacques 2] non l’apôtre lui-même, ni aucun vrai chrétien. Que, dans le mot nous (employé par une figure de langage commune à tous les autres écrits aussi bien qu’aux écrits inspirés), l’apôtre n’ait pu nullement s’inclure lui-même ni aucun autre vrai croyant, cela paraît évidemment, premièrement, par le même mot au neuvième verset : — « Par elle, dit-il, nous bénissons Dieu, et par elle nous maudissons les hommes. De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. » [Jacques 3:9] C’est vrai ; mais non de la bouche de l’apôtre, ni de quiconque est en Christ une nouvelle créature. [2 Corinthiens 5:17] Secondement, par le verset qui précède immédiatement le texte, et qui y est manifestement lié : « Mes frères, ne soyez pas nombreux à être maîtres » (ou docteurs), « sachant que nous recevrons une plus grande condamnation. » « Car nous bronchons tous de plusieurs manières. » [Jacques 3:1] Nous ! Qui ? Non les apôtres, non les vrais croyants ; mais ceux qui savaient qu’ils devaient recevoir une plus grande condamnation, à cause de ces nombreuses fautes. Or cela ne pouvait être dit de l’apôtre lui-même, ni d’aucun de ceux qui marchaient sur ses traces, puisqu’« il n’y a aucune condamnation pour ceux qui ne marchent pas selon la chair, mais selon l’Esprit ». [Romains 8:1] Bien plus, troisièmement, le verset même prouve que « nous bronchons tous » ne peut se dire ni de tous les hommes, ni de tous les chrétiens : car il y est fait mention aussitôt d’un homme qui ne bronche point, comme bronchait le nous mentionné d’abord ; d’où il est donc expressément distingué, et déclaré homme parfait.

18. C’est ainsi que saint Jacques s’explique lui-même avec clarté et fixe le sens de ses propres paroles. Cependant, de peur que quelqu’un ne demeure encore dans le doute, saint Jean, écrivant bien des années après saint Jacques, met la chose entièrement hors de dispute par les déclarations expresses rapportées plus haut. Mais ici peut s’élever une nouvelle difficulté : comment accorderons-nous saint Jean avec lui-même ? En un endroit il déclare : « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché » ; [1 Jean 3:9] et encore : — « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point » : [1 Jean 5:18] et pourtant, en un autre, il dit : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous » ; [1 Jean 1:8] et encore : — « Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur, et sa parole n’est point en nous. » [1 Jean 1:10]

19. Si grande que cette difficulté puisse paraître d’abord, elle s’évanouit si nous observons, premièrement, que le dixième verset fixe le sens du huitième : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché », dans le premier, étant expliqué par « Si nous disons que nous n’avons pas péché », dans le dernier. [1 Jean 1:10, 8] Secondement, que le point dont il s’agit présentement n’est pas de savoir si nous avons ou n’avons pas péché autrefois ; et aucun de ces versets n’affirme que nous péchions, ou commettions le péché, maintenant. Troisièmement, que le neuvième verset explique à la fois le huitième et le dixième : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » : comme s’il avait dit : « J’ai affirmé auparavant : Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché ; mais que personne ne dise : Je n’en ai pas besoin ; je n’ai point de péché dont je doive être purifié. Si nous disons que nous n’avons pas de péché, que nous n’avons pas péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et nous faisons Dieu menteur ; mais “si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste”, non seulement “pour nous pardonner nos péchés”, mais aussi “pour nous purifier de toute iniquité” : [1 Jean 1:8–10] afin que nous puissions “aller, et ne plus pécher”. » [Jean 8:11]

20. Saint Jean, donc, est bien d’accord avec lui-même, aussi bien qu’avec les autres écrivains sacrés ; comme cela paraîtra plus évidemment encore si nous plaçons sous un même regard toutes ses affirmations touchant cette matière. Il déclare, premièrement, que le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché. Secondement, que nul ne peut dire : Je n’ai pas péché, je n’ai point de péché dont je doive être purifié. Troisièmement, que Dieu est prêt à la fois à pardonner nos péchés passés et à nous en préserver pour le temps à venir. [1 Jean 1:7–10] Quatrièmement : « Je vous écris ces choses, dit l’apôtre, afin que vous ne péchiez point. Et si quelqu’un » venait à « pécher », ou a péché (comme on pourrait rendre le mot), il n’a pas besoin de demeurer dans le péché ; puisque « nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste ». [1 Jean 2:1–2] Jusqu’ici tout est clair. Mais de peur qu’il ne demeure quelque doute sur un point d’une si grande importance, l’apôtre reprend ce sujet au troisième chapitre, et explique amplement sa pensée. « Petits enfants, dit-il, que personne ne vous séduise » (comme si j’avais donné quelque encouragement à ceux qui demeurent dans le péché) : « Celui qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste. Celui qui pèche est du diable, car le diable pèche dès le commencement. Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les œuvres du diable. Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. C’est par là que se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du diable. » (1 Jean 3:7–10.) Ici le point, qui jusque-là aurait peut-être pu laisser quelque doute dans les esprits faibles, est tranché à dessein par le dernier des écrivains inspirés, et décidé de la manière la plus claire. Conformément donc, et à la doctrine de saint Jean, et à toute la teneur du Nouveau Testament, nous posons cette conclusion : — Un chrétien est parfait en ce sens qu’il ne commet pas le péché.

21. Tel est le glorieux privilège de tout chrétien ; oui, fût-il seulement un enfant en Christ. Mais c’est seulement de ceux qui sont forts dans le Seigneur, et qui « ont vaincu le malin », ou plutôt de ceux qui « ont connu celui qui est dès le commencement », [1 Jean 2:13, 14] que l’on peut affirmer qu’ils sont parfaits en ce sens que, secondement, ils sont délivrés des mauvaises pensées et des mauvaises dispositions. Premièrement, des pensées mauvaises ou coupables. Mais qu’on observe ici que des pensées touchant le mal ne sont pas toujours des pensées mauvaises ; qu’une pensée touchant le péché et une pensée coupable sont choses fort différentes. Un homme, par exemple, peut penser à un meurtre qu’un autre a commis ; et ce n’est pourtant pas là une pensée mauvaise ou coupable. Ainsi notre bienheureux Seigneur lui-même pensa sans doute à la chose dite par le diable, ou la comprit, quand celui-ci lui dit : « Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores. » [Matthieu 4:9] Cependant il n’eut aucune pensée mauvaise ou coupable ; et il n’était pas même capable d’en avoir. Et de là il suit que les vrais chrétiens n’en ont pas non plus : car « quiconque est parfait sera comme son maître ». (Luc 6:40) Si donc il était exempt de pensées mauvaises ou coupables, ils le sont aussi.

22. Et, en effet, d’où viendraient les mauvaises pensées, chez le serviteur qui est comme son maître ? « C’est du cœur des hommes » (si toutefois elles en sortent) « que sortent les mauvaises pensées ». (Marc 7:21) Si donc son cœur n’est plus mauvais, les mauvaises pensées ne peuvent plus en sortir. Si l’arbre était mauvais, le fruit le serait aussi : mais l’arbre est bon ; le fruit est donc bon aussi ; (Matthieu 12:33) notre Seigneur lui-même rendant ce témoignage : « Tout bon arbre porte de bons fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits », comme « un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits ». (Matthieu 7:17, 18)

23. Ce même heureux privilège des vrais chrétiens, saint Paul l’affirme d’après sa propre expérience. « Les armes avec lesquelles nous combattons, dit-il, ne sont pas charnelles; mais elles sont puissantes, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses ; renversant les imaginations » (ou plutôt les raisonnements, car tel est le sens du mot logimous ; tous les raisonnements de l’orgueil et de l’incrédulité contre les déclarations, les promesses ou les dons de Dieu) « et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l’obéissance de Christ. » (2 Corinthiens 10:4.)

24. Et de même que les chrétiens sont délivrés des mauvaises pensées, ils le sont aussi, secondement, des mauvaises dispositions. Cela est évident par la déclaration de notre Seigneur lui-même mentionnée plus haut : « Le disciple n’est pas plus que le maître ; mais quiconque est parfait sera comme son maître. » [Luc 6:40] Il venait de proclamer, juste auparavant, quelques-unes des plus sublimes doctrines du christianisme, et quelques-unes des plus pénibles à la chair et au sang. « Je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ; — et à celui qui te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. » [Luc 6:29] Or il savait bien que le monde ne recevrait pas ces choses ; et c’est pourquoi il ajoute aussitôt : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse? » [Luc 6:39] Comme s’il avait dit : « Ne consultez pas la chair et le sang au sujet de ces choses, — des hommes dépourvus de discernement spirituel, dont Dieu n’a pas ouvert les yeux de l’intelligence, — de peur qu’eux et vous ne périssiez ensemble. » Au verset suivant, il lève les deux grandes objections que ces sages insensés nous opposent à chaque pas : « Ces choses sont trop pesantes pour être portées », ou : « Elles sont trop élevées pour qu’on y atteigne », [Matthieu 23:4] en disant : « “Le disciple n’est pas plus que le maître” ; si donc j’ai souffert, contentez-vous de marcher sur mes traces. Et alors ne doutez pas que je n’accomplisse ma parole : “Car quiconque est parfait sera comme son maître.” » [Luc 6:40] Or son Maître était exempt de toutes dispositions coupables. Ainsi en est-il donc de son disciple, c’est-à-dire de tout vrai chrétien.

25. Chacun d’eux peut dire, avec saint Paul : « J’ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » : [Galates 2:20] — paroles qui décrivent manifestement une délivrance du péché intérieur aussi bien que du péché extérieur. Cela est exprimé à la fois négativement, ce n’est plus moi qui vis ; (ma mauvaise nature, le corps du péché, est détruite ;) et positivement, c’est Christ qui vit en moi ; et, par conséquent, tout ce qui est saint, et juste, et bon. En effet, ces deux choses, c’est Christ qui vit en moi, et ce n’est plus moi qui vis, sont inséparablement liées ; car « qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres, ou entre Christ et Bélial ? » [2 Corinthiens 6:15]

26. Celui donc qui vit dans les vrais croyants a « purifié leurs cœurs par la foi » ; [Actes 15:9] tellement que quiconque a en lui Christ, l’espérance de la gloire, [Colossiens 1:27] « se purifie, comme lui-même est pur » (1 Jean 3:3.) Il est purifié de l’orgueil ; car Christ était humble de cœur. [Matthieu 11:29] Il est pur de la volonté propre ou du désir ; car Christ ne désirait que faire la volonté de son Père et accomplir son œuvre. [Jean 4:34 ; 5:30] Et il est pur de la colère, au sens ordinaire du mot ; car Christ était doux et débonnaire, patient et longanime. Je dis : au sens ordinaire du mot ; car toute colère n’est pas mauvaise. Nous lisons de notre Seigneur lui-même (Marc 3:5) qu’une fois il « promena ses regards avec colère ». Mais avec quelle sorte de colère ? Le mot suivant le montre, syllypoumenos, étant en même temps « affligé de l’endurcissement de leur cœur ». [Marc 3:5] Il était donc en colère contre le péché, et au même instant affligé pour les pécheurs ; en colère, ou mécontent, contre l’offense, mais attristé pour les offenseurs. C’est avec colère, oui, avec haine, qu’il regardait la chose ; avec tristesse et amour, les personnes. Va, toi qui es parfait, et fais de même. Sois ainsi en colère, et tu ne pèches point ; [voir Éphésiens 4:26] éprouvant du déplaisir à toute offense contre Dieu, mais n’ayant pour l’offenseur qu’amour et tendre compassion.

27. C’est ainsi que Jésus « sauvera son peuple de ses péchés » : [Matthieu 1:21] et non seulement des péchés extérieurs, mais aussi des péchés du cœur ; des mauvaises pensées et des mauvaises dispositions. — « C’est vrai, disent quelques-uns, nous serons ainsi sauvés de nos péchés ; mais pas avant la mort ; pas en ce monde. » Mais comment accorderons-nous cela avec les paroles expresses de saint Jean ? — « C’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement. Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde. » L’apôtre, ici, au-delà de toute contradiction, parle de lui-même et des autres chrétiens vivants, au sujet desquels (comme s’il avait prévu cette échappatoire même, et entrepris de la renverser de fond en comble) il affirme nettement que, non seulement à la mort ou après la mort, mais dans ce monde, ils sont comme leur Maître. (1 Jean 4:17.)

28. Tout à fait d’accord avec cela sont ses paroles au premier chapitre de cette épître (1 Jean 1:5) : « Dieu est lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres. Si nous marchons dans la lumière, — nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. » Et encore : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. » [1 Jean 1:9] Or il est évident que l’apôtre parle ici aussi d’une délivrance opérée dans ce monde. Car il ne dit pas que le sang de Christ purifiera à l’heure de la mort, ou au jour du jugement, mais qu’il « purifie », au temps présent, « nous », chrétiens vivants, « de tout péché ». Et il est également évident que, s’il reste quelque péché, nous ne sommes pas purifiés de tout péché : s’il reste dans l’âme quelque iniquité, elle n’est pas purifiée de toute iniquité. Et qu’aucun pécheur contre sa propre âme ne dise que cela se rapporte seulement à la justification, ou à la purification de la culpabilité du péché. Premièrement, parce que c’est confondre ce que l’apôtre distingue clairement, lui qui mentionne d’abord nous pardonner nos péchés, et ensuite nous purifier de toute iniquité. « Secondement, parce que c’est affirmer la justification par les œuvres, au sens le plus fort possible ; c’est faire de toute sainteté intérieure aussi bien qu’extérieure une condition nécessairement préalable à la justification. Car si la purification dont il est ici parlé n’est autre que la purification de la culpabilité du péché, alors nous ne sommes pas purifiés de la culpabilité, c’est-à-dire que nous ne sommes pas justifiés, sinon à la condition de “marcher dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière”. [1 Jean 1:7] Il reste donc que les chrétiens sont sauvés en ce monde de tout péché, de toute iniquité ; qu’ils sont maintenant parfaits en ce sens qu’ils ne commettent pas le péché, et qu’ils sont délivrés des mauvaises pensées et des mauvaises dispositions. »

29. Ainsi le Seigneur a accompli les choses qu’il avait annoncées par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été dès le commencement du monde ; — par Moïse en particulier, quand il dit (Deutéronome 30:6) que l’Éternel « circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme » ; par David, qui s’écrie : « Crée en moi un cœur pur, Renouvelle en moi un esprit bien disposé » ; [Psaumes 51:12] — et de la manière la plus remarquable par Ézékiel, en ces termes : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; — je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. — vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu. Je vous délivrerai de toutes vos souillures. — Ainsi parle le Seigneur, l’Éternel: Le jour où je vous purifierai de toutes vos iniquités, — les nations qui resteront autour de vous sauront que moi, l’Éternel, j’ai rebâti ce qui était abattu ; — Moi, l’Éternel, j’ai parlé, et j’agirai. » (Ézékiel 36:25.)

30. « Ayant donc de telles promesses, bien-aimés », tant dans la Loi que dans les Prophètes, et ayant la parole prophétique confirmée pour nous dans l’Évangile par notre bienheureux Seigneur et ses apôtres, « purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, en achevant notre sanctification dans la crainte de Dieu ». [2 Corinthiens 7:1] « Craignons », alors que tant de « promesses nous sont faites d’entrer dans son repos » — repos où celui qui y est entré se repose de ses propres œuvres —, « qu’aucun de nous n’en soit privé ». [Hébreux 4:1] « Faisons une seule chose : oubliant ce qui est en arrière et nous portant vers ce qui est en avant, courons vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ » ; [Philippiens 3:13, 14] criant à lui jour et nuit, jusqu’à ce que nous aussi soyons « affranchis de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu » ! [Romains 8:21]

La promesse de la sanctification
(Ézékiel 36:25.)
Par le Rév. Charles Wesley.

1 Dieu de toute puissance, de vérité, de grâce,

Qui demeureras d’âge en âge ;

Toi dont la parole, quand passeront ciel et terre,

Demeure, et reste à jamais ferme :

2 Paisible, vers toi mon âme lève les yeux,

Et attend d’éprouver tes promesses,

L’objet de mon espérance inébranlable,

Le sceau de ton amour éternel.

3 Afin que je proclame ta miséricorde,

Que tout le genre humain voie ta fidélité,

Sanctifie ton grand et glorieux nom,

Et achève en moi la sainteté.

4 Choisi hors du monde, si maintenant je me tiens

Paré d’une justice divine ;

Si, amené dans la terre promise,

J’appelle à bon droit le Sauveur mien ;

5 Achève l’œuvre que tu as commencée,

Tourne vers toi le fond de mon âme :

Aime-moi, aime à jamais ce qui est tien,

Et asperge mon cœur de ton sang.

6 Répands ton Esprit qui sanctifie,

Pour étancher ma soif et me laver ;

Maintenant, Père, que l’ondée de grâce

Descende, et me rende pur du péché.

7 Purge-moi de toute tache de péché ;

Que mes idoles soient toutes rejetées :

Purifie-moi de toute mauvaise pensée,

De toute la souillure du moi et de l’orgueil.

8 Donne-moi un cœur nouveau, un cœur parfait,

Libre de doute, de crainte et de tristesse ;

Communique-moi la pensée qui était en Christ,

Et que mon esprit s’attache à toi.

9 Oh ! ôte ce cœur de pierre,

(Ta loi, il ne la reconnaît pas, ne peut la reconnaître ;)

Ne le laisse pas demeurer plus longtemps en moi :

Oh ! ôte ce cœur de pierre.

10 L’inimitié de ma pensée charnelle,

Ôte-la de ma chair tout d’un coup ;

Donne-moi un cœur tendre, soumis,

Et pur, et rempli de foi et d’amour.

11 Mets au-dedans de moi ton bon Esprit,

Esprit de santé, d’amour et de puissance ;

Plante en moi ta grâce victorieuse,

Et le péché n’entrera plus jamais.

12 Fais-moi marcher en Christ, ma Voie,

Et j’accomplirai tes ordonnances ;

En tout point j’obéirai à ta loi.

Et ferai parfaitement ta volonté.

13 N’as-tu pas dit, toi qui ne peux mentir,

Que j’observerai et pratiquerai ta loi ?

Seigneur, je crois, quoique les hommes le nient ;

Ils sont tous menteurs, mais toi, tu es vrai.

14 Oh ! que maintenant, délivré du péché,

J’éprouve ta parole jusqu’au bout !

Que j’entre dans le repos promis,

Le Canaan de ton parfait amour !

15 Là, que j’habite à jamais, à jamais ;

Sois mon Dieu, et je serai

Ton serviteur : oh ! appose ton sceau !

Donne-moi la vie éternelle en toi.

16 De toute souillure qui reste au-dedans

Que j’aie en toi le salut :

Du péché commis et du péché inné

Daigne sauver jusqu’au bout mon âme rachetée.

17 Lave ma vieille tache originelle :

Ne me dites plus : Cela ne se peut,

Démons ou hommes ! L’Agneau fut immolé

Son sang fut tout versé pour moi !

18 Asperges-en, Jésus, mon cœur :

Une goutte de ton sang qui purifie tout

Fera s’en aller mon péché,

Et me remplira de la vie de Dieu.

19 Père, pourvois à tous mes besoins :

Soutiens la vie que toi-même as donnée ;

Appelle le blé, le pain vivant,

La manne qui descend du ciel.

20 Les fruits de grâce de la justice,

Trésor inépuisable de tes bénédictions,

Fais-les abonder en moi ;

Et que jamais plus je n’aie faim.

21 Que je ne crie plus, en une plainte profonde :

« Ma maigreur, ô ma maigreur ! »

Seul consumé d’un besoin qui languit,

Moi, de tous les enfants de mon Père !

22 La soif douloureuse, le tendre désir,

Ta joyeuse présence les ôtera ;

Tandis que mon âme comblée réclame encore

Toute l’éternité de ton amour.

23 Seigneur saint, et vrai, et juste,

J’attends d’éprouver ta parfaite volonté ;

Souviens-toi de ta parole de grâce,

Et marque-moi du sceau de ton Esprit !

24 Fais-moi trouver tes fidèles miséricordes,

En lesquelles tu me fais me confier ;

Donne-moi l’esprit doux et humble,

Et couche mon esprit dans la poussière.

25 Montre-moi combien mon cœur fut souillé,

Quand je serai tout renouvelé par la grâce :

Quand tu m’auras vidé du péché,

Montre-moi toute l’étendue de ma honte.

26Ouvre l’œil intérieur de ma foi,

Déploie ta gloire d’en haut ;

Et tout ce que je suis s’abîmera et mourra,

Perdu dans l’étonnement et l’amour.

27 Confonds-moi, terrasse-moi par ta grâce :

Je voudrais être en horreur à moi-même ;

(Toute force, toute majesté, toute louange,

Toute gloire soit à Christ mon Seigneur !)

28 Que j’atteigne maintenant le sommet de la perfection !

Que maintenant je tombe dans le néant !

Que je sois moins que rien à tes yeux,

Et que je sente que Christ est tout en tous !

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