Chapitre 22 · 36 min de lecture · 46 min d’écoute
Discours 1
Sermon 21
Sur le Sermon de notre Seigneur sur la montagne
Discours 1
« Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne; et, après qu’il se fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui. Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit: “Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! Heureux les affligés, car ils seront consolés!” »
Matt. 5:1-4.
1. Depuis quelque temps déjà, notre Seigneur « parcourait toute la Galilée » (Matt. 4:23), à partir du temps où « Jean avait été livré » (Matt. 4:12), non seulement « enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume », mais aussi « guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple ». Il en résulta naturellement qu’« Une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d’au delà du Jourdain. » (Matt. 4:25.) « Voyant la foule », qu’aucune synagogue n’aurait pu contenir, quand même il s’en serait trouvé une à proximité, « Jésus monta sur la montagne », où il y avait de la place pour tous ceux qui venaient à lui de toutes parts. « et, après qu’il se fut assis », selon la coutume des Juifs, « ses disciples s’approchèrent de lui. Puis, ayant ouvert la bouche » (expression qui marque le commencement d’un discours solennel), « il les enseigna, et dit: » —
2. Remarquons qui est celui qui parle ici, afin que nous prenions garde à la manière dont nous écoutons. C’est le Seigneur du ciel et de la terre, le Créateur de toutes choses, qui, à ce titre, a le droit de disposer de toutes ses créatures ; le Seigneur notre Souverain, dont le règne est de toute éternité et qui domine sur tout ; le grand Législateur, qui peut bien faire observer toutes ses lois, étant celui « qui peut sauver et perdre », oui, punir d’« une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force ». C’est l’éternelle Sagesse du Père, qui sait de quoi nous sommes faits et qui connaît le fond même de notre être ; qui sait dans quelle relation nous nous trouvons avec Dieu, les uns avec les autres, avec toute créature que Dieu a faite, et, par conséquent, comment adapter chaque loi qu’il prescrit à toutes les circonstances où il nous a placés. C’est celui qui est « bon envers tout homme, et dont la miséricorde s’étend sur toutes ses œuvres » ; le Dieu d’amour qui, s’étant dépouillé de sa gloire éternelle, est sorti de son Père pour déclarer sa volonté aux enfants des hommes, et puis s’en retourne au Père ; qui est envoyé de Dieu « Pour ouvrir les yeux des aveugles » et « Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres ». C’est le grand Prophète du Seigneur, au sujet duquel Dieu avait déclaré solennellement, il y a longtemps : « si quelqu’un n’écoute pas mes paroles qu’il dira en mon nom, c’est moi qui lui en demanderai compte. » (Deut. 18:19) ; ou, comme l’exprime l’apôtre : « quiconque n’écoutera pas ce prophète sera exterminé du milieu du peuple. » (Actes 3:23.)
3. Et qu’est-ce qu’il enseigne ? Le Fils de Dieu, venu du ciel, nous montre ici le chemin du ciel, du lieu qu’il nous a préparé, de la gloire qu’il avait avant que le monde fût. Il nous enseigne le vrai chemin de la vie éternelle, la voie royale qui mène au royaume ; et le seul vrai chemin, — car il n’y en a point d’autre ; tous les autres sentiers mènent à la perdition. D’après le caractère de celui qui parle, nous sommes bien assurés qu’il a déclaré la volonté pleine et parfaite de Dieu. Il n’a pas prononcé un iota de trop, — rien de plus que ce qu’il avait reçu du Père ; ni trop peu, — il n’a rien caché de tout le conseil de Dieu ; bien moins encore a-t-il dit quoi que ce soit de faux, quoi que ce soit de contraire à la volonté de celui qui l’a envoyé. Toutes ses paroles sont vraies et droites en toutes choses, et elles demeureront fermes à toujours et à perpétuité.
Et nous pouvons aisément remarquer qu’en expliquant et en confirmant ces paroles fidèles et véritables, il prend soin de réfuter non seulement les erreurs des scribes et des pharisiens, c’est-à-dire les fausses gloses par lesquelles les docteurs juifs de ce temps-là avaient perverti la parole de Dieu, mais toutes les erreurs pratiques incompatibles avec le salut qui pourraient jamais s’élever dans l’Église chrétienne ; toutes les gloses par lesquelles les docteurs chrétiens (ainsi nommés) de tout siècle et de toute nation pervertiraient la parole de Dieu, et enseigneraient aux âmes imprudentes à chercher la mort dans l’égarement de leur vie.
4. Et de là nous sommes naturellement amenés à remarquer qui sont ceux qu’il enseigne ici. Non pas les apôtres seuls ; s’il en avait été ainsi, il n’aurait pas eu besoin de monter sur la montagne. Une chambre dans la maison de Matthieu, ou de quelque autre de ses disciples, aurait suffi à contenir les Douze. Et il ne paraît nullement que les disciples qui s’approchèrent de lui fussent les Douze seulement. hoi mathetai autou, sans faire aucune violence à l’expression, peut s’entendre de tous ceux qui désiraient apprendre de lui. Mais pour mettre la chose hors de toute contestation, pour rendre indéniablement clair que, là où il est dit qu’il ouvrit la bouche et les enseigna, le mot les comprend toute la foule qui était montée avec lui sur la montagne, il suffit de remarquer les derniers versets du septième chapitre : Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule (hoi ochloi) fut frappée de sa doctrine, ou de son enseignement ; car il les enseignait, eux, la foule, « comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes ». [Matt. 7:28-29]
Et ce n’était pas seulement à cette foule qui était avec lui sur la montagne qu’il enseignait alors le chemin du salut, mais à tous les enfants des hommes ; à toute la race humaine ; aux enfants qui n’étaient pas encore nés ; à toutes les générations à venir, jusqu’à la fin du monde, qui entendraient jamais les paroles de cette vie.
5. Et cela, tous les hommes l’accordent pour certaines parties du discours qui suit. Personne, par exemple, ne nie que ce qui est dit de la pauvreté d’esprit ne concerne tout le genre humain. Mais beaucoup ont supposé que d’autres parties ne concernaient que les apôtres, ou les premiers chrétiens, ou les ministres de Christ, et n’ont jamais été destinées à la généralité des hommes, qui, par conséquent, n’ont absolument rien à y voir.
Mais ne pouvons-nous pas justement demander qui leur a dit cela, que certaines parties de ce discours ne concernaient que les apôtres, ou les chrétiens du siècle apostolique, ou les ministres de Christ ? De simples affirmations ne sont pas une preuve suffisante pour établir un point d’une si grande importance. Notre Seigneur lui-même nous a-t-il donc enseigné que certaines parties de son discours ne concernent pas tout le genre humain ? Sans aucun doute, s’il en avait été ainsi, il nous l’aurait dit ; il n’aurait pu omettre un renseignement si nécessaire. Mais nous l’a-t-il dit ? Où ? Dans le discours lui-même ? Non : il n’y en a pas la moindre indication. L’a-t-il dit ailleurs, dans quelque autre de ses discours ? Pas un mot qui fasse même allusion à cela ne se trouve dans tout ce qu’il a jamais dit, soit aux foules, soit à ses disciples. L’un des apôtres, ou quelque autre écrivain inspiré, a-t-il laissé par écrit une telle instruction ? Rien de semblable. Aucune affirmation de ce genre ne se trouve dans tous les oracles de Dieu. Qui sont donc ces hommes qui sont tellement plus sages que Dieu ? sages si fort au-delà de ce qui est écrit ?
6. Peut-être diront-ils que la nature même de la chose exige qu’on fasse une telle restriction. S’il en est ainsi, ce doit être pour l’une de ces deux raisons : parce que, sans une telle restriction, le discours serait manifestement absurde, ou qu’il contredirait quelque autre passage de l’Écriture. Mais il n’en est rien. Il apparaîtra clairement, quand nous en viendrons à examiner les divers points en détail, qu’il n’y a aucune absurdité à appliquer à tout le genre humain tout ce que notre Seigneur a enseigné ici. Il n’en résultera non plus aucune contradiction avec quoi que ce soit d’autre qu’il ait enseigné, ni avec aucun autre passage de l’Écriture. Bien plus, il apparaîtra en outre que, ou bien toutes les parties de ce discours doivent être appliquées aux hommes en général, ou bien aucune ; puisqu’elles sont toutes liées entre elles, toutes jointes comme les pierres d’une voûte, dont on ne peut en ôter une sans détruire tout l’édifice.
7. Nous pouvons enfin remarquer comment notre Seigneur enseigne ici. Et assurément, comme en tout temps, mais particulièrement en celui-ci, il parle « comme jamais homme n’a parlé ». Non comme les saints hommes d’autrefois, bien qu’eux aussi aient parlé « poussés par le Saint-Esprit ». Non comme Pierre, ou Jacques, ou Jean, ou Paul : ils étaient, il est vrai, de sages architectes dans son Église ; mais encore en ceci, dans les degrés de la sagesse céleste, le serviteur n’est pas comme son Seigneur. Non, pas même comme lui-même en tout autre temps ou en toute autre occasion. Il ne paraît pas que ce fût jamais son dessein, en aucun autre temps ou lieu, d’exposer d’un seul coup le plan entier de sa religion, de nous donner une vue complète du christianisme, de décrire en détail la nature de cette sainteté sans laquelle personne ne verra le Seigneur. Il en a bien décrit des branches particulières en mille occasions différentes ; mais jamais, hormis ici, il n’a donné de propos délibéré une vue générale de l’ensemble. Bien plus, nous n’avons rien d’autre de ce genre dans toute la Bible, à moins qu’on n’excepte cette courte esquisse de la sainteté donnée par Dieu à Moïse, sur le mont Sinaï, dans ces Dix Paroles ou Commandements. Mais même ici, quelle grande différence entre l’un et l’autre ! « sous ce rapport, ce qui a été glorieux ne l’a point été, à cause de cette gloire qui lui est supérieure. » (2 Cor. 3:10.)
8. Par-dessus tout, avec quel étonnant amour le Fils de Dieu révèle ici aux hommes la volonté de son Père ! Il ne nous ramène pas « à la montagne embrasée par le feu, ni à l’obscurité, ni aux ténèbres, ni à la tempête ». Il ne parle pas comme lorsqu’il « tonna dans les cieux », lorsque le Très-Haut « fit retentir sa voix, Avec la grêle et les charbons de feu ». Il s’adresse maintenant à nous par sa voix douce et subtile : « Heureux », oui, bienheureux, « les pauvres en esprit ». Heureux ceux qui pleurent ; les débonnaires ; ceux qui ont faim de la justice ; les miséricordieux ; ceux qui ont le cœur pur : heureux à la fin, et heureux en chemin ; heureux en cette vie, et dans la vie éternelle ! Comme s’il avait dit : « Quel est l’homme qui aime la vie, Qui désire la prolonger pour jouir du bonheur? Voici, je vous montre la chose après laquelle votre âme soupire ! Voyez le chemin que vous avez si longtemps cherché en vain : le chemin de la douceur ; le sentier qui mène à une paix calme et joyeuse, au ciel ici-bas et au ciel là-haut ! »
9. En même temps, avec quelle autorité il enseigne ! Ils pouvaient bien dire : « non pas comme leurs scribes. » Remarquez la manière (mais elle ne peut s’exprimer par des mots), l’air avec lequel il parle ! Non comme Moïse, le serviteur de Dieu ; non comme Abraham, son ami ; non comme aucun des prophètes, ni comme aucun des fils des hommes. C’est quelque chose de plus qu’humain, de plus que ce qui peut convenir à aucun être créé. C’est le Créateur de toutes choses qui parle ! Un Dieu, un Dieu apparaît ! Oui, o oN, l’Être des êtres, JÉHOVAH, celui qui existe par lui-même, le Suprême, le Dieu qui est au-dessus de toutes choses, béni éternellement !
10. Ce discours divin, exposé selon la méthode la plus excellente, chaque partie qui suit éclairant celles qui précèdent, est communément, et non sans raison, divisé en trois branches principales : la première, contenue dans le cinquième chapitre, — la deuxième, dans le sixième, — et la troisième, dans le septième. Dans la première, la somme de toute vraie religion est exposée en huit articles, qui sont expliqués, et préservés des fausses gloses des hommes, dans les parties suivantes du cinquième chapitre. Dans la deuxième se trouvent des règles pour cette intention droite que nous devons garder dans toutes nos actions extérieures, sans mélange de désirs mondains ni de soucis inquiets, même pour les choses nécessaires à la vie. Dans la troisième se trouvent des avertissements contre les principaux obstacles à la religion, et le tout se clôt par une application de l’ensemble.
I. 1. Notre Seigneur expose, premièrement, la somme de toute vraie religion en huit articles, qu’il explique et préserve des fausses gloses des hommes, jusqu’à la fin du cinquième chapitre.
Certains ont supposé qu’il entendait par là marquer les divers degrés de la carrière chrétienne, les étapes que franchit successivement le chrétien dans son voyage vers la terre promise ; — d’autres, que tous les articles ici exposés appartiennent en tout temps à tout chrétien. Et pourquoi n’admettrions-nous pas l’un et l’autre ? Quelle contradiction y a-t-il entre eux ? Il est sans aucun doute vrai que la pauvreté d’esprit et chacune des autres dispositions ici mentionnées se trouvent en tout temps, à un degré plus ou moins grand, chez tout vrai chrétien. Et il est également vrai que le vrai christianisme commence toujours par la pauvreté d’esprit, et avance dans l’ordre ici marqué, jusqu’à ce que « l’homme de Dieu soit accompli ». Nous commençons par le plus humble de ces dons de Dieu, sans pourtant l’abandonner lorsque Dieu nous appelle à monter plus haut : mais « ce à quoi nous sommes déjà parvenus, nous le retenons », tandis que nous tendons vers ce qui est encore devant nous, vers les plus hautes bénédictions de Dieu en Jésus-Christ.
2. Le fondement de tout, c’est la pauvreté d’esprit : c’est donc par là que notre Seigneur commence. « Heureux », dit-il, « les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! »
On peut supposer, non sans vraisemblance, que notre Seigneur regarda ceux qui étaient autour de lui, et que, remarquant qu’il n’y avait pas là beaucoup de riches, mais plutôt les pauvres du monde, il en prit occasion pour passer des choses temporelles aux choses spirituelles. « Heureux », dit-il (ou bienheureux, — c’est bien ainsi que le mot doit être rendu, dans ce verset comme dans les suivants), « les pauvres en esprit ». Il ne dit pas : ceux qui sont pauvres quant à leur condition extérieure, — car il n’est pas impossible que certains d’entre eux soient aussi éloignés du bonheur qu’un monarque sur son trône ; mais « les pauvres en esprit », — ceux qui, quelle que soit leur condition extérieure, ont cette disposition de cœur qui est le premier pas vers tout bonheur réel et solide, soit en ce monde, soit dans celui qui est à venir.
3. Certains ont pensé que par les pauvres en esprit il faut entendre ici ceux qui aiment la pauvreté ; ceux qui sont exempts de cupidité, de l’amour de l’argent ; qui craignent les richesses plutôt qu’ils ne les désirent. Peut-être ont-ils été amenés à en juger ainsi en bornant entièrement leur pensée au terme lui-même, ou en considérant cette grave remarque de saint Paul, que « l’amour de l’argent est la racine de tous les maux ». Et de là beaucoup se sont entièrement dépouillés, non seulement des richesses, mais de tous les biens de ce monde. De là aussi semblent être nés, dans l’Église romaine, les vœux de pauvreté volontaire, parce qu’on supposait qu’un degré si éminent de cette grâce fondamentale devait être un grand pas vers « le royaume des cieux ».
Mais ceux-là ne semblent pas avoir remarqué, premièrement, que l’expression de saint Paul doit être entendue avec quelque restriction ; autrement elle n’est pas vraie ; car l’amour de l’argent n’est pas la racine, la seule racine, de tous les maux. Il y a dans le monde mille autres racines du mal, comme une triste expérience le montre chaque jour. Il ne peut vouloir dire autre chose sinon qu’il est la racine de très nombreux maux, peut-être de plus de maux qu’aucun autre vice. — Secondement, que ce sens de l’expression « pauvres en esprit » ne convient nullement au dessein présent de notre Seigneur, qui est de poser un fondement général sur lequel tout l’édifice du christianisme puisse être bâti ; dessein auquel on ne répondrait aucunement en se gardant d’un seul vice particulier : de sorte que, même si l’on supposait que ce fût là une partie de sa pensée, ce ne pourrait certainement pas être le tout. — Troisièmement, qu’on ne peut supposer que ce soit là une partie quelconque de sa pensée, à moins de l’accuser d’une tautologie manifeste ; puisque, si la pauvreté d’esprit n’était que l’absence de cupidité, d’amour de l’argent ou de désir des richesses, elle coïnciderait avec ce qu’il mentionne ensuite : elle ne serait qu’une branche de la pureté de cœur.
4. Qui sont donc « les pauvres en esprit » ? Sans aucun doute, les humbles ; ceux qui se connaissent eux-mêmes ; qui sont convaincus de péché ; ceux à qui Dieu a donné cette première repentance qui précède la foi en Christ.
Un tel homme ne peut plus dire : « Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien », car il sait maintenant qu’il est « malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu ». Il est convaincu qu’il est vraiment pauvre spirituellement, n’ayant en lui aucun bien spirituel qui demeure. « Ce qui est bon », dit-il, « n’habite pas en moi », mais tout ce qui est mauvais et abominable. Il a un sentiment profond de la lèpre répugnante du péché, qu’il a apportée avec lui du sein de sa mère, qui se répand sur toute son âme et en corrompt totalement chaque puissance et chaque faculté. Il voit de plus en plus les mauvaises dispositions qui jaillissent de cette mauvaise racine : l’orgueil et la hauteur d’esprit, le penchant constant à avoir de lui-même une plus haute opinion qu’il ne faut ; la vanité, la soif de l’estime ou de l’honneur qui vient des hommes ; la haine ou l’envie, la jalousie ou la vengeance, la colère, la malice ou l’amertume ; l’inimitié innée contre Dieu et contre les hommes, qui se montre sous dix mille formes ; l’amour du monde, la volonté propre, les désirs insensés et pernicieux, qui s’attachent au plus profond de son âme. Il a conscience de la gravité de ses offenses par la langue : sinon par des paroles profanes, impudiques, mensongères ou dures, du moins par des discours qui n’étaient pas « bons pour l’édification », ni « propres à communiquer une grâce à ceux qui l’entendent », et qui, par conséquent, étaient entièrement corrompus aux yeux de Dieu et attristaient son Saint-Esprit. Ses mauvaises œuvres aussi sont maintenant toujours devant ses yeux : s’il veut les compter, elles sont plus nombreuses qu’il ne peut l’exprimer. Autant vaudrait penser compter les gouttes de pluie, les grains de sable de la mer, ou les jours de l’éternité.
5. Sa culpabilité aussi est maintenant devant sa face : il sait quel châtiment il a mérité, ne fût-ce qu’à cause de sa pensée charnelle, de la corruption entière et universelle de sa nature ; combien plus à cause de tous ses mauvais désirs et de toutes ses mauvaises pensées, de toutes ses paroles et de toutes ses actions coupables ! Il ne peut douter un instant que le moindre de ces péchés ne mérite la damnation de l’enfer, — « où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s’éteint point ». Par-dessus tout, la culpabilité de « n’avoir pas cru au nom du Fils unique de Dieu » pèse lourdement sur lui. Comment échapperai-je, dit-il, « en négligeant un si grand salut » ! « celui qui ne croit pas est déjà jugé », et « la colère de Dieu demeure sur lui ».
6. Mais que donnera-t-il en échange de son âme, qui est livrée à la juste vengeance de Dieu ? « Avec quoi se présentera-t-il devant l’Éternel ? » Comment lui paiera-t-il ce qu’il lui doit ? S’il venait, dès ce moment, à rendre l’obéissance la plus parfaite à tous les commandements de Dieu, cela ne réparerait pas un seul péché, un seul acte de désobéissance passée ; puisqu’il doit à Dieu tout le service qu’il est capable de rendre, depuis ce moment jusqu’à toute l’éternité : pût-il s’en acquitter, cela ne réparerait en aucune manière ce qu’il aurait dû faire auparavant. Il se voit donc entièrement impuissant à expier ses péchés passés ; entièrement incapable de faire aucune réparation à Dieu, de payer aucune rançon pour sa propre âme.
Mais si Dieu voulait lui pardonner tout le passé, à cette seule condition qu’il ne péchât plus ; qu’à l’avenir il obéît entièrement et constamment à tous ses commandements, il sait bien que cela ne lui servirait de rien, puisque c’est une condition qu’il ne pourrait jamais remplir. Il sait et il sent qu’il est incapable d’obéir même aux commandements extérieurs de Dieu, puisqu’on ne peut leur obéir tant que le cœur demeure dans son état naturel de péché et de corruption ; car un mauvais arbre ne peut porter de bons fruits. Or il ne peut purifier un cœur pécheur : aux hommes, cela est impossible ; de sorte qu’il ne sait absolument pas comment même commencer à marcher dans le sentier des commandements de Dieu. Il ne sait comment faire un seul pas en avant sur ce chemin. Environné de péché, de douleur et de crainte, et ne trouvant aucun moyen d’échapper, il ne peut que s’écrier : « Seigneur, sauve-moi, ou je péris ! »
7. La pauvreté d’esprit donc, en tant qu’elle implique le premier pas que nous faisons dans la course qui nous est proposée, est un juste sentiment de nos péchés intérieurs et extérieurs, de notre culpabilité et de notre impuissance. C’est ce que certains ont monstrueusement appelé « la vertu d’humilité », nous enseignant ainsi à nous enorgueillir de savoir que nous méritons la damnation ! Mais l’expression de notre Seigneur est d’une tout autre nature ; elle ne donne à celui qui l’entend d’autre idée que celle du pur dénuement, du péché mis à nu, de la culpabilité et de la misère sans secours.
8. Le grand apôtre, lorsqu’il s’efforce d’amener les pécheurs à Dieu, parle d’une manière qui répond exactement à cela. « La colère de Dieu », dit-il, « se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes » (Rom. 1:18) ; accusation qu’il fait aussitôt porter sur le monde païen, prouvant par là que les païens sont sous la colère de Dieu. Il montre ensuite que les Juifs ne valaient pas mieux qu’eux, et qu’ils étaient donc sous la même condamnation ; et tout cela, non pas pour qu’ils parviennent à « la noble vertu d’humilité », mais « afin que toute bouche soit fermée, et que tout le monde soit reconnu coupable devant Dieu ».
Il continue en montrant qu’ils étaient impuissants aussi bien que coupables ; c’est là le sens évident de toutes ces expressions : « Car nul ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi » ; — « Mais maintenant, sans la loi est manifestée la justice de Dieu, justice de Dieu par la foi en Jésus-Christ » ; — « Car nous pensons que l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi » ; — expressions qui tendent toutes au même but, à savoir à « préserver l’homme de l’orgueil », à l’humilier jusque dans la poussière, sans lui apprendre à considérer son humilité comme une vertu ; à lui inspirer cette conviction pleine et pénétrante de son entière corruption, de sa culpabilité et de son impuissance, qui jette le pécheur, dépouillé de tout, perdu et ruiné, sur son puissant Secours, Jésus-Christ le juste.
9. On ne peut s’empêcher de remarquer ici que le christianisme commence précisément là où finit la morale païenne : la pauvreté d’esprit, la conviction de péché, le renoncement à nous-mêmes, le fait de ne pas avoir notre propre justice (le tout premier point de la religion de Jésus-Christ) laissent loin derrière eux toute religion païenne. Cela a toujours été caché aux sages de ce monde ; à tel point que toute la langue romaine, même avec tous les perfectionnements du siècle d’Auguste, ne fournit pas même un nom pour l’humilité ; (le mot d’où nous tirons celui-ci ayant en latin, comme on le sait, un sens tout différent ;) non, et l’on n’en trouvait pas non plus dans toute l’abondante langue de la Grèce, jusqu’à ce que le grand apôtre l’eût formé.
10. Oh, puissions-nous sentir ce qu’ils n’ont pas été capables d’exprimer ! Pécheur, réveille-toi ! Connais-toi toi-même ! Sache et sens que tu es « né dans l’iniquité », et que « ta mère t’a conçu dans le péché » ; et que toi-même tu as entassé péché sur péché, depuis que tu as pu discerner le bien du mal ! Courbe-toi sous la puissante main de Dieu, comme coupable de la mort éternelle ; et rejette, renonce, abhorre toute pensée de pouvoir jamais te secourir toi-même ! Que toute ton espérance soit d’être lavé dans son sang et renouvelé par son Esprit tout-puissant, lui qui « a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois » ! Ainsi tu pourras rendre témoignage : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! »
11. C’est là ce royaume des cieux, ou de Dieu, qui est au-dedans de nous : « la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit ». Et qu’est-ce que la « justice », sinon la vie de Dieu dans l’âme ; les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ; l’image de Dieu empreinte sur le cœur, maintenant renouvelé à la ressemblance de celui qui l’a créé ? Qu’est-ce, sinon l’amour de Dieu, parce qu’il nous a aimés le premier, et l’amour de tous les hommes pour l’amour de lui ?
Et qu’est-ce que cette « paix », la paix de Dieu, sinon ce calme serein de l’âme, ce doux repos dans le sang de Jésus, qui ne laisse aucun doute sur notre acceptation en lui ; qui exclut toute crainte, sauf la crainte filiale et aimante d’offenser notre Père qui est dans les cieux ?
Ce royaume intérieur implique aussi « la joie, par le Saint-Esprit », qui scelle sur nos cœurs « la rédemption qui est en Jésus », la justice de Christ qui nous est imputée « pour la rémission des péchés passés » ; qui nous donne maintenant « un gage de notre héritage », de la couronne que le Seigneur, le juste juge, donnera en ce jour-là. Et c’est à bon droit qu’on peut l’appeler « le royaume des cieux », puisque c’est déjà le ciel ouvert dans l’âme ; le premier jaillissement de ces fleuves de délices qui coulent à la droite de Dieu pour toujours.
12. « le royaume des cieux est à eux! » Qui que tu sois, toi à qui Dieu a donné d’être « pauvre en esprit », de te sentir perdu, tu y as droit, par la promesse gracieuse de celui qui ne peut mentir. Il t’a été acquis par le sang de l’Agneau. Il est tout proche : tu es au bord du ciel ! Encore un pas, et tu entres dans le royaume de la justice, de la paix et de la joie ! Es-tu tout péché ? « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » — Tout impur ? Vois ton « avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste » ! — Es-tu incapable d’expier le moindre de tes péchés ? « Il est lui-même une victime expiatoire pour » tous tes « péchés ». Crois maintenant au Seigneur Jésus-Christ, et tous tes péchés sont effacés ! — Es-tu totalement impur dans ton âme et dans ton corps ? Voici la « source pour le péché et pour l’impureté » ! « Lève-toi, et lave-toi de tes péchés ! » Ne chancelle plus devant la promesse par incrédulité ! Donne gloire à Dieu ! Ose croire ! Maintenant, écrie-toi du fond de ton cœur : —
Oui, je cède, je cède enfin,
J’écoute ton sang qui parle ;
Moi-même, avec tous mes péchés, je me jette
Sur mon Dieu, ma propitiation.
13. Alors tu apprends de lui à être « humble de cœur ». Et c’est là la vraie, l’authentique humilité chrétienne, qui découle du sentiment de l’amour de Dieu réconcilié avec nous en Jésus-Christ. La pauvreté d’esprit, en ce sens du mot, commence là où finit le sentiment de la culpabilité et de la colère de Dieu ; elle est un sentiment continuel de notre entière dépendance de lui pour toute bonne pensée, toute bonne parole ou toute bonne œuvre ; de notre complète incapacité à faire aucun bien, à moins qu’il ne « nous arrose à chaque instant » ; et une aversion pour la louange des hommes, parce que nous savons que toute louange est due à Dieu seul. À cela s’ajoute une honte aimante, une tendre humiliation devant Dieu, même pour les péchés que nous savons qu’il nous a pardonnés, et pour le péché qui demeure encore dans nos cœurs, bien que nous sachions qu’il ne nous est pas imputé pour notre condamnation. Néanmoins, la conviction que nous avons du péché inné devient chaque jour plus profonde. Plus nous croissons dans la grâce, plus nous voyons la méchanceté désespérée de notre cœur. Plus nous avançons dans la connaissance et l’amour de Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ (si grand mystère que cela puisse paraître à ceux qui ne connaissent pas la puissance de Dieu pour le salut), plus nous discernons notre éloignement de Dieu, l’inimitié qui est dans notre pensée charnelle, et la nécessité d’être entièrement renouvelés dans la justice et la vraie sainteté.
II. 1. Il est vrai que celui qui commence seulement à connaître le royaume intérieur des cieux n’a presque aucune idée de cela. « Dans sa prospérité il dit : Je ne chancellerai jamais ; c’est toi, Seigneur, qui as rendu ma montagne si forte. » Le péché est si complètement écrasé sous ses pieds qu’il peut à peine croire qu’il demeure encore en lui. La tentation même est réduite au silence et ne parle plus : elle ne peut approcher, mais se tient au loin. Il est emporté en haut sur les chars de la joie et de l’amour : il prend son essor « comme sur les ailes d’un aigle ». Mais notre Seigneur savait bien que cet état triomphant ne dure pas souvent longtemps : c’est pourquoi il ajoute aussitôt : « Heureux les affligés, car ils seront consolés! »
2. Non que nous puissions imaginer que cette promesse appartienne à ceux qui ne s’affligent que pour quelque sujet terrestre ; qui sont dans la tristesse et l’abattement uniquement à cause de quelque épreuve ou de quelque déception de ce monde, — comme la perte de leur réputation ou de leurs amis, ou la diminution de leur fortune. Ils n’y ont pas plus de droit, ceux qui se tourmentent par crainte de quelque mal temporel, ou qui se consument dans des soucis inquiets, ou dans ce désir des choses terrestres qui « rend le cœur malade ». Ne pensons pas que ceux-là recevront « quelque chose du Seigneur » : il n’est pas dans toutes leurs pensées. C’est pour cela qu’ils « marchent ainsi dans une vaine ombre et s’agitent en vain ». « C’est par ma main que ces choses vous arriveront; », dit l’Éternel, « Vous vous coucherez dans la douleur. »
3. Les affligés dont notre Seigneur parle ici sont ceux qui pleurent pour une tout autre raison : ceux qui soupirent après Dieu ; après celui en qui ils se réjouissaient « d’une joie ineffable », lorsqu’il leur donna d’avoir « goûté la bonne parole de Dieu », la parole qui pardonne, « et les puissances du siècle à venir ». Mais maintenant « il cache sa face, et ils sont troublés » : ils ne peuvent le voir à travers la sombre nuée. Mais ils voient la tentation et le péché, qu’ils s’imaginaient naïvement partis pour ne plus revenir, se relever, les poursuivre avec acharnement et les cerner de toutes parts. Il n’est pas étonnant que leur âme soit maintenant abattue au-dedans d’eux, et que le trouble et l’accablement s’emparent d’eux. Et leur grand ennemi ne manquera pas de profiter de l’occasion pour demander : « Où est ton Dieu? Où est maintenant la félicité dont tu parlais ? le commencement du royaume des cieux ? Oui, Dieu a-t-il réellement dit : “Tes péchés sont pardonnés” ? Assurément Dieu ne l’a pas dit. Ce n’était qu’un rêve, une pure illusion, une créature de ta propre imagination. Si tes péchés sont pardonnés, pourquoi es-tu dans cet état ? Un pécheur pardonné peut-il être ainsi impie ? » — Et si alors, au lieu de crier aussitôt à Dieu, ils raisonnent avec celui qui est plus habile qu’eux, ils seront vraiment dans l’accablement, dans la tristesse de cœur, dans une angoisse inexprimable. Bien plus, même lorsque Dieu fait de nouveau briller sa lumière sur l’âme et ôte tout doute au sujet de sa miséricorde passée, celui qui est faible dans la foi peut encore être tenté et troublé au sujet de l’avenir, surtout quand le péché intérieur se ranime et le pousse rudement pour le faire tomber. Alors il peut s’écrier de nouveau :
J’ai un péché de crainte : quand j’aurai filé
Mon dernier fil, je périrai sur le rivage ! —
De peur que je ne fasse naufrage quant à la foi,
et que mon dernier état ne soit pire que le premier : —
De peur que tout mon pain de vie ne vienne à manquer,
Et que je ne sombre, inchangé, en enfer !
4. Il est certain que cette « affliction » « semble d’abord un sujet de tristesse, et non de joie ; néanmoins elle produit plus tard pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible ». Heureux donc ceux qui s’affligent ainsi, s’ils « attendent le bon plaisir du Seigneur », et ne se laissent pas détourner du chemin par les misérables consolateurs du monde ; s’ils rejettent résolument toutes les consolations du péché, de la folie et de la vanité ; tous les vains divertissements et amusements du monde ; tous les plaisirs qui « périssent par l’usage », et qui ne tendent qu’à engourdir et à hébéter l’âme, afin qu’elle ne soit sensible ni à elle-même ni à Dieu. Heureux ceux qui « cherchent à connaître l’Éternel », et qui refusent constamment toute autre consolation. Ils seront consolés par les consolations de son Esprit ; par une nouvelle manifestation de son amour ; par un témoignage tel de leur acceptation dans le Bien-Aimé qu’il ne leur sera plus jamais enlevé. Cette « plénitude de la foi » engloutit tout doute, aussi bien que toute crainte tourmentante ; Dieu leur donnant maintenant une espérance certaine d’un bien durable, et « une puissante consolation par la grâce ». Sans disputer s’il est possible que ceux « qui ont été une fois éclairés et qui ont eu part au Saint-Esprit » viennent à « tomber », il leur suffit de dire, par la puissance qui repose maintenant sur eux : « Qui nous séparera de l’amour de Christ? — j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni la hauteur, ni la profondeur, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » (Rom. 8:35-39.)
5. Tout ce processus, à la fois du deuil pour un Dieu absent et du recouvrement de la joie de sa face, semble être figuré dans ce que notre Seigneur dit à ses apôtres la nuit qui précéda sa passion : « Vous vous questionnez les uns les autres sur ce que j’ai dit: Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus; et puis encore un peu de temps, et vous me verrez. En vérité, en vérité, je vous le dis, vous pleurerez et vous vous lamenterez », à savoir quand vous ne me verrez pas ; « et le monde se réjouira », triomphera de vous, comme si votre espérance avait maintenant pris fin. « vous serez dans la tristesse », par le doute, par la crainte, par la tentation, par un désir véhément ; « mais votre tristesse se changera en joie », par le retour de celui que votre âme aime. « La femme, lorsqu’elle enfante, éprouve de la tristesse, parce que son heure est venue; mais, lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde. Vous donc aussi, vous êtes maintenant dans la tristesse » ; vous pleurez et ne pouvez être consolés ; « mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira », d’une joie calme et intérieure, « et nul ne vous ravira votre joie. » (Jean 16:19-22.)
6. Mais bien que ce deuil prenne fin et se perde dans une sainte joie au retour du Consolateur, il y en a pourtant un autre, et c’est un deuil béni, qui demeure chez les enfants de Dieu. Ils pleurent encore sur les péchés et les misères du genre humain : ils pleurent « avec ceux qui pleurent ». Ils pleurent pour ceux qui ne pleurent pas sur eux-mêmes, pour ceux qui pèchent contre leur propre âme. Ils s’affligent de la faiblesse et de l’infidélité de ceux qui sont, dans une certaine mesure, sauvés de leurs péchés. « Qui est faible, qu’ils ne soient faibles ? Qui vient à tomber, qu’ils ne brûlent ? » Ils sont affligés du déshonneur continuellement fait à la Majesté du ciel et de la terre. En tout temps, ils en ont un sentiment redoutable, qui répand sur leur esprit un profond sérieux ; un sérieux qui n’a pas peu augmenté depuis que les yeux de leur entendement ont été ouverts, parce qu’ils voient continuellement le vaste océan de l’éternité, sans fond ni rivage, qui a déjà englouti des millions de millions d’hommes et qui s’ouvre pour dévorer ceux qui restent encore. Ils voient d’un côté la maison de Dieu, éternelle dans les cieux ; de l’autre, l’enfer et la perdition à découvert ; et de là ils sentent l’importance de chaque instant, qui ne fait que paraître et disparaît pour toujours !
7. Mais toute cette sagesse de Dieu est folie aux yeux du monde. Toute cette affaire de deuil et de pauvreté d’esprit n’est pour lui que stupidité et lourdeur d’esprit. Bien plus, on peut s’estimer heureux s’il en porte un jugement aussi favorable ; s’il ne décrète pas que ce n’est que morosité et mélancolie, si ce n’est folie et démence pures et simples. Et il n’est nullement étonnant que ce jugement soit porté par ceux qui ne connaissent pas Dieu. Supposez que, deux personnes marchant ensemble, l’une s’arrête soudain et, avec les plus vives marques de crainte et d’effroi, s’écrie : « Sur quel précipice nous trouvons-nous ! Voyez, nous sommes sur le point d’être mis en pièces ! Encore un pas, et nous tombons dans cet immense abîme ! Arrêtez ! Je n’avancerai pas pour tout l’or du monde ! » — tandis que l’autre, qui se croyait, du moins à ses propres yeux, la vue tout aussi perçante, regarde devant lui et ne voit rien de tout cela : que penserait-il de son compagnon, sinon qu’il est hors de sens, que sa tête est dérangée, que trop de religion (s’il n’était pas coupable d’un « grand savoir ») l’a certainement rendu fou ?
8. Mais que les enfants de Dieu, « les affligés de Sion », ne se laissent ébranler par aucune de ces choses. Vous dont les yeux sont éclairés, ne soyez pas troublés par ceux qui marchent encore dans les ténèbres. Vous ne marchez pas dans une vaine ombre : Dieu et l’éternité sont des réalités. Le ciel et l’enfer sont réellement ouverts devant vous ; et vous êtes au bord du grand abîme. Il a déjà englouti plus que les mots ne peuvent l’exprimer, des nations, des tribus, des peuples et des langues ; et il s’ouvre encore pour dévorer, qu’ils le voient ou non, les enfants des hommes étourdis et misérables. Oh, criez à haute voix ! Ne vous retenez pas ! Élevez votre voix vers celui qui tient dans sa main le temps et l’éternité, pour vous-mêmes et pour vos frères, afin que vous soyez jugés dignes d’échapper à la ruine qui vient comme un tourbillon ! afin que vous soyez conduits sains et saufs, à travers toutes les vagues et toutes les tempêtes, jusqu’au port où vous voudriez être ! Pleurez sur vous-mêmes, jusqu’à ce qu’il essuie les larmes de vos yeux. Et même alors, pleurez sur les misères qui viennent sur la terre, jusqu’à ce que le Seigneur de toutes choses mette un terme à la misère et au péché, et essuie les larmes de tous les visages ; car alors « la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent ».
Chapitre 22 terminé
Discours 1