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Le grand privilège de ceux qui sont nés de Dieu

Chapitre 20 · 23 min de lecture · 30 min d’écoute

Le grand privilège de ceux qui sont nés de Dieu

Sermon 19

Le grand privilège de ceux qui sont nés de Dieu

« Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché. »

1 Jean 3:9.

1. On a souvent supposé qu’être né de Dieu revenait exactement au même qu’être justifié ; que la nouvelle naissance et la justification n’étaient que deux expressions différentes pour désigner une seule et même chose. Car il est certain, d’une part, que quiconque est justifié est aussi né de Dieu, et, d’autre part, que quiconque est né de Dieu est aussi justifié ; bien plus, que ces deux dons de Dieu sont accordés à tout croyant en un seul et même instant. Au même moment ses péchés sont effacés, et il est né de nouveau de Dieu.

2. Mais, bien qu’on accorde que la justification et la nouvelle naissance sont, quant au temps, inséparables l’une de l’autre, on les distingue pourtant aisément, comme n’étant pas la même chose, mais des choses d’une nature très différente. La justification n’implique qu’un changement relatif, la nouvelle naissance un changement réel. En nous justifiant, Dieu fait quelque chose pour nous ; en nous engendrant de nouveau, il accomplit l’œuvre en nous. La première change notre relation extérieure avec Dieu, de sorte que d’ennemis nous devenons enfants ; par la seconde, le fond même de notre âme est changé, de sorte que de pécheurs nous devenons saints. L’une nous rend la faveur de Dieu, l’autre son image. L’une ôte la culpabilité du péché, l’autre en ôte la puissance : de sorte que, bien qu’elles soient unies quant au temps, elles sont pourtant de natures tout à fait distinctes.

3. Faute d’avoir discerné cela, faute d’avoir remarqué la grande différence qu’il y a entre être justifié et être né de nouveau, beaucoup de ceux qui ont traité ce sujet sont tombés dans une extrême confusion de pensée ; surtout lorsqu’ils ont tenté d’expliquer ce grand privilège des enfants de Dieu, et de montrer comment « quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché ».

4. Pour saisir clairement cela, il peut être nécessaire, premièrement, de considérer quel est le sens propre de cette expression : « Quiconque est né de Dieu » ; et, secondement, de rechercher en quel sens il « ne pratique pas le péché ».

I. 1. Premièrement, nous avons à considérer quel est le sens propre de cette expression : « Quiconque est né de Dieu ». En général, de tous les passages de la sainte Écriture où se trouve cette expression, « être né de Dieu », nous pouvons apprendre qu’elle n’implique pas simplement le fait d’être baptisé, ni aucun changement extérieur quel qu’il soit, mais un vaste changement intérieur, un changement opéré dans l’âme par l’action du Saint-Esprit ; un changement dans toute notre manière d’exister ; car, dès l’instant où nous sommes nés de Dieu, nous vivons d’une tout autre manière qu’auparavant ; nous sommes, pour ainsi dire, dans un autre monde.

2. Le fondement et la raison de cette expression sont faciles à comprendre. Lorsque nous subissons ce grand changement, on peut dire avec beaucoup de justesse que nous sommes nés de nouveau, parce qu’il y a une si étroite ressemblance entre les circonstances de la naissance naturelle et celles de la naissance spirituelle, que considérer les circonstances de la naissance naturelle est le moyen le plus facile de comprendre la spirituelle.

3. L’enfant qui n’est pas encore né subsiste, il est vrai, par l’air, comme tout ce qui a vie ; mais il ne le sent pas, ni quoi que ce soit d’autre, sinon d’une manière très obscure et imparfaite. Il n’entend que peu de chose, si même il entend, les organes de l’ouïe étant encore fermés. Il ne voit rien, ses yeux étant étroitement clos et lui-même environné d’épaisses ténèbres. Il y a peut-être, à l’approche du moment de sa naissance, quelques faibles commencements de vie, et quelque mouvement qui en résulte, par lequel il se distingue d’une simple masse de matière ; mais il n’a pas de sens ; toutes ces avenues de l’âme sont jusqu’ici entièrement fermées. Par conséquent, il n’a presque aucun commerce avec ce monde visible, ni aucune connaissance, conception ou idée des choses qui s’y passent.

4. La raison pour laquelle celui qui n’est pas encore né est entièrement étranger au monde visible n’est pas que ce monde soit éloigné de lui (il est tout proche ; il l’environne de toutes parts) ; mais c’est, d’une part, qu’il n’a pas les sens, encore non ouverts en son âme, par lesquels seuls il est possible d’avoir commerce avec le monde matériel ; et, d’autre part, qu’un voile si épais est jeté entre eux qu’il ne peut rien discerner au travers.

5. Mais à peine l’enfant est-il né dans le monde qu’il existe d’une tout autre manière. Il sent maintenant l’air qui l’environne et qui pénètre en lui de toutes parts, à mesure qu’il le rejette tour à tour en respirant, pour entretenir la flamme de la vie : et de là naît un accroissement continuel de force, de mouvement et de sensation, tous les sens du corps étant désormais éveillés et pourvus de leurs objets propres.

Ses yeux sont maintenant ouverts pour percevoir la lumière, qui, se répandant en silence sur eux, découvre non seulement elle-même, mais une variété infinie de choses qu’il ignorait entièrement auparavant. Ses oreilles sont débouchées, et les sons y affluent avec une diversité sans fin. Chaque sens s’exerce sur les objets qui lui conviennent particulièrement ; et, par ces entrées, l’âme, ayant un libre commerce avec le monde visible, acquiert de plus en plus la connaissance des choses sensibles, de toutes les choses qui sont sous le soleil.

6. Il en est de même de celui qui est né de Dieu. Avant que ce grand changement soit opéré, bien qu’il subsiste par celui en qui tous les vivants ont « la vie, le mouvement, et l’être », il n’est pourtant pas sensible à Dieu ; il ne sent pas, il n’a aucune conscience intérieure de sa présence. Il ne perçoit pas ce souffle divin de vie sans lequel il ne peut subsister un instant ; il n’est sensible à aucune des choses de Dieu : elles ne font aucune impression sur son âme. Dieu l’appelle continuellement d’en haut, mais il n’entend pas ; ses oreilles sont fermées, de sorte que « la voix des enchanteurs » est perdue pour lui, « si habile que soit l’enchanteur ». Il ne voit pas les choses de l’Esprit de Dieu, les yeux de son entendement étant fermés, et d’épaisses ténèbres couvrant toute son âme et l’environnant de toutes parts. Il est vrai qu’il peut avoir quelques faibles lueurs de vie, quelques petits commencements de mouvement spirituel ; mais il n’a pas encore de sens spirituels capables de discerner les objets spirituels ; par conséquent, il « ne reçoit pas les choses de l’Esprit de Dieu » ; « il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge ».

7. De là vient qu’il n’a presque aucune connaissance du monde invisible, comme il n’a presque aucun commerce avec lui. Non que ce monde soit éloigné : non, il est au milieu de lui ; il l’enveloppe de toutes parts. L’autre monde, comme nous l’appelons d’ordinaire, n’est loin d’aucun de nous : il est au-dessus, au-dessous et de tous côtés. Seulement l’homme naturel ne le discerne pas ; d’une part, parce qu’il n’a pas de sens spirituels, par lesquels seuls nous pouvons discerner les choses de Dieu ; d’autre part, parce qu’un voile si épais est interposé qu’il ne sait comment le percer.

8. Mais quand il est né de Dieu, né de l’Esprit, combien sa manière d’exister est changée ! Toute son âme est désormais sensible à Dieu, et il peut dire, par une expérience certaine : « Tu es autour de mon lit et autour de mon sentier » ; je te sens dans toutes mes voies : « Tu m’entoures par derrière et par devant, Et tu mets ta main sur moi. » L’Esprit ou souffle de Dieu est immédiatement inspiré, insufflé dans l’âme nouvellement née ; et le même souffle qui vient de Dieu retourne à Dieu : comme il est continuellement reçu par la foi, il est continuellement rendu par l’amour, par la prière, la louange et l’action de grâces ; l’amour, la louange et la prière étant le souffle de toute âme véritablement née de Dieu. Et par cette nouvelle sorte de respiration spirituelle, la vie spirituelle est non seulement entretenue, mais accrue de jour en jour, ainsi que la force, le mouvement et la sensation spirituels ; tous les sens de l’âme étant maintenant éveillés et capables de discerner le bien et le mal spirituels.

9. « Les yeux de son entendement » sont maintenant « ouverts », et il voit « celui qui est invisible ». Il voit quelle est « l’infinie grandeur de sa puissance » et de son amour envers ceux qui croient. Il voit que Dieu est miséricordieux envers lui, pécheur, qu’il est réconcilié par le Fils de son amour. Il perçoit clairement et l’amour de Dieu qui pardonne, et toutes ses « plus grandes et les plus précieuses promesses ». « Dieu, qui a dit: La lumière brillera du sein des ténèbres! a fait briller la lumière », et la fait briller encore, « dans son cœur », pour l’éclairer par « la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ ». Toutes les ténèbres sont maintenant dissipées, et il demeure dans la lumière de la face de Dieu.

10. Ses oreilles sont maintenant ouvertes, et la voix de Dieu n’appelle plus en vain. Il entend la vocation céleste et y obéit : il connaît la voix de son Berger. Tous ses sens spirituels étant maintenant éveillés, il a un libre commerce avec le monde invisible ; et de là vient qu’il connaît de plus en plus les choses qui auparavant ne pouvaient « monter à son cœur ». Il sait maintenant ce qu’est la paix de Dieu ; ce qu’est la joie par le Saint-Esprit ; ce qu’est l’amour de Dieu répandu dans le cœur de ceux qui croient en lui par Jésus-Christ. Ainsi, le voile étant ôté, qui interceptait auparavant la lumière et la voix, la connaissance et l’amour de Dieu, celui qui est né de l’Esprit, demeurant dans l’amour, « demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui ».

II. 1. Ayant considéré le sens de cette expression : « quiconque est né de Dieu », il nous reste, en second lieu, à rechercher en quel sens il « ne pratique pas le péché ».

Or celui qui est ainsi né de Dieu, comme on l’a décrit plus haut, qui reçoit continuellement dans son âme le souffle de vie venant de Dieu, l’influence bienfaisante de son Esprit, et qui le lui rend continuellement ; celui qui croit et aime ainsi, qui par la foi perçoit l’action continuelle de Dieu sur son esprit, et qui, par une sorte de réaction spirituelle, lui rend la grâce qu’il reçoit, en un amour, une louange et une prière incessants ; celui-là non seulement ne pratique pas le péché tant qu’il se garde ainsi lui-même, mais aussi longtemps que « la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu ».

2. Par péché, j’entends ici le péché extérieur, selon l’acception simple et commune du mot : une transgression actuelle et volontaire de la loi ; de la loi révélée et écrite de Dieu ; de tout commandement de Dieu reconnu comme tel au moment où on le transgresse. Or « quiconque est né de Dieu », tant qu’il demeure dans la foi et dans l’amour, et dans l’esprit de prière et d’action de grâces, non seulement ne commet pas, mais ne peut commettre ainsi le péché. Aussi longtemps qu’il croit ainsi en Dieu par Christ, qu’il l’aime et qu’il répand son cœur devant lui, il ne peut transgresser volontairement aucun commandement de Dieu, en disant ou en faisant ce qu’il sait que Dieu a défendu : aussi longtemps, dis-je, cette semence qui demeure en lui, cette foi aimante, priante et reconnaissante, le contraint à s’abstenir de tout ce qu’il sait être une abomination aux yeux de Dieu.

3. Mais ici une difficulté se présente aussitôt, et une difficulté qui a paru insurmontable à beaucoup, et qui les a portés à nier l’assertion claire de l’apôtre et à renoncer au privilège des enfants de Dieu.

Il est clair, en effet, que ceux dont nous ne pouvons nier qu’ils aient été véritablement nés de Dieu (l’Esprit de Dieu nous ayant donné dans sa Parole ce témoignage infaillible à leur sujet) ont néanmoins non seulement pu commettre le péché, mais l’ont commis, et même un péché grossier et extérieur. Ils ont transgressé les lois claires et connues de Dieu, disant ou faisant ce qu’ils savaient qu’il avait défendu.

4. Ainsi David était incontestablement né de Dieu avant même d’être oint roi sur Israël. Il savait en qui il avait cru ; « il fut fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu ». « L’Éternel est mon berger: je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles. Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi », dit-il (Psaume 23:1). Il était rempli d’amour, d’un amour qui souvent le contraignait à s’écrier : « Je t’aime, ô Éternel, ma force! Éternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur! … la force qui me sauve, ma haute retraite! » (Psaume 18:2). C’était un homme de prière, qui répandait son âme devant Dieu dans toutes les circonstances de la vie, et abondait en louanges et en actions de grâces. « Ta louange, dit-il, sera toujours dans ma bouche » (Psaume 34:2) ; « Tu es mon Dieu, et je te louerai; Mon Dieu! Je t’exalterai. » (Psaume 118:28). Et pourtant cet enfant de Dieu put commettre le péché, et le commit ; oui, les horribles péchés d’adultère et de meurtre.

5. Et même après que le Saint-Esprit eut été donné plus abondamment, après que le Sauveur eut « mis en évidence la vie et l’immortalité par l’Évangile », les exemples de la même triste espèce ne nous manquent pas, et ils ont sans doute été écrits eux aussi pour notre instruction. Ainsi celui qui (probablement parce qu’il avait vendu tout ce qu’il possédait et en avait apporté le prix pour le soulagement de ses frères pauvres) fut surnommé par les apôtres eux-mêmes Barnabas, c’est-à-dire fils de consolation (Actes 4:36, 37) ; qui fut si honoré à Antioche qu’on le choisit avec Saul, entre tous les disciples, pour porter leurs secours aux frères de Judée (Actes 11:29, 30) ; ce Barnabas qui, à son retour de Judée, fut, par une direction particulière du Saint-Esprit, solennellement « mis à part d’entre les autres prophètes et docteurs, pour l’œuvre à laquelle Dieu l’avait appelé » (Actes 13:1-4), c’est-à-dire pour accompagner le grand apôtre parmi les païens et être son compagnon d’œuvre en tout lieu ; — ce Barnabas eut néanmoins plus tard avec saint Paul une contestation si vive (Actes 15:35, 39) (parce que celui-ci, lorsqu’il visita les frères une seconde fois, « jugea plus convenable de ne pas prendre avec eux » Jean, « celui qui les avait quittés depuis la Pamphylie, et qui ne les avait point accompagnés dans leur œuvre ») qu’il abandonna lui-même l’œuvre, et qu’il « prit Jean et fit voile vers Chypre » (Actes 15:39), délaissant celui auquel il avait été uni d’une manière si directe par le Saint-Esprit.

6. Un exemple plus étonnant que ces deux-là nous est donné par saint Paul dans son épître aux Galates. Lorsque Pierre, le vieillard, l’homme zélé, le premier des apôtres, l’un des trois que son Seigneur favorisa le plus, « vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens » — c’est-à-dire avec les païens convertis à la foi chrétienne, car il avait été particulièrement instruit par Dieu à « ne regarder aucun homme comme souillé et impur » (Actes 10:28). « et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous: Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens » — sans égard à la loi cérémonielle de Moïse — « pourquoi forces-tu les païens à judaïser? » (Gal. 2:11). Voilà encore un péché clair et indéniable, commis par un homme indubitablement né de Dieu. Mais comment concilier cela avec l’assertion de saint Jean, prise dans son sens littéral et évident, que « quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché » ?

7. Je réponds par ce qu’on a remarqué depuis longtemps : aussi longtemps que « celui qui est né de Dieu se garde lui-même » (ce qu’il peut faire par la grâce de Dieu), « le malin ne le touche pas » ; mais s’il ne se garde pas lui-même, s’il ne demeure pas dans la foi, il peut commettre le péché comme un autre homme.

Il est donc facile de comprendre comment l’un quelconque de ces enfants de Dieu a pu être ébranlé dans sa propre fermeté, sans que la grande vérité de Dieu, déclarée par l’apôtre, cesse de demeurer ferme et inébranlable. Il ne « se garda » pas lui-même par cette grâce de Dieu qui lui suffisait. Il tomba pas à pas : d’abord dans le péché intérieur négatif, ne prenant pas soin de « ranimer le don de Dieu » qui était en lui, ne « veillant pas dans la prière », ne « courant pas vers le but, pour remporter le prix de sa vocation céleste » ; ensuite dans le péché intérieur positif, son cœur inclinant vers le mal, cédant à quelque mauvais désir ou à quelque mauvaise disposition ; puis il perdit sa foi, sa vue d’un Dieu qui pardonne, et par conséquent son amour pour Dieu ; et, étant alors faible et pareil à un autre homme, il fut capable de commettre même le péché extérieur.

8. Expliquons cela par un exemple particulier. David était né de Dieu, et voyait Dieu par la foi. Il aimait Dieu sincèrement. Il pouvait dire en vérité : « Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre », ni personne ni chose, « je ne prends plaisir qu’en toi. » Mais il restait encore dans son cœur cette corruption de la nature qui est la semence de tout mal.

C’est « comme il se promenait sur le toit de la maison royale » (2 Sam. 11:2), louant probablement le Dieu que son âme aimait, qu’il abaissa les yeux et vit Bath-Schéba. Il ressentit une tentation, une pensée qui tendait au mal. L’Esprit de Dieu ne manqua pas de l’en convaincre. Il entendit et reconnut sans doute la voix qui l’avertissait ; mais il céda dans une certaine mesure à cette pensée, et la tentation commença à prendre le dessus sur lui. Par là son esprit fut souillé ; il voyait Dieu encore, mais plus obscurément qu’auparavant. Il aimait Dieu encore, mais non au même degré, non avec la même force et la même ardeur d’affection. Dieu pourtant le retint de nouveau, bien que son Esprit fût attristé ; et sa voix, quoique de plus en plus faible, murmurait encore : « le péché se couche à la porte ; tourne-toi vers moi, et tu seras sauvé. » Mais il ne voulut pas écouter : il regarda de nouveau, non vers Dieu, mais vers l’objet défendu, jusqu’à ce que la nature l’emportât sur la grâce et allumât la convoitise dans son âme.

L’œil de son esprit se ferma alors de nouveau, et Dieu disparut de sa vue. La foi, ce commerce divin et surnaturel avec Dieu, et l’amour de Dieu cessèrent ensemble : alors il se précipita, comme un cheval qui s’élance au combat, et commit sciemment le péché extérieur.

9. Vous voyez le progrès incontestable qui mène de la grâce au péché ; voici comment il avance, de degré en degré. (1.) La divine semence de la foi aimante et victorieuse demeure en celui qui est né de Dieu. Il « se garde lui-même » par la grâce de Dieu, et « il ne peut pécher ». (2.) Une tentation s’élève ; qu’elle vienne du monde, de la chair ou du diable, peu importe. (3.) L’Esprit de Dieu l’avertit que le péché est proche, et l’exhorte à veiller plus abondamment dans la prière. (4.) Il cède, dans une certaine mesure, à la tentation, qui commence alors à lui devenir agréable. (5.) Le Saint-Esprit est attristé ; sa foi est affaiblie, et son amour pour Dieu se refroidit. (6.) L’Esprit le reprend plus vivement et lui dit : « Voici le chemin, marche dans ce chemin. » (7.) Il se détourne de la voix pénible de Dieu et prête l’oreille à la voix agréable du tentateur. (8.) Le mauvais désir naît et se répand dans son âme, jusqu’à ce que la foi et l’amour s’évanouissent : il est alors capable de commettre le péché extérieur, la puissance du Seigneur s’étant retirée de lui.

10. Expliquons cela par un autre exemple. L’apôtre Pierre était plein de foi et du Saint-Esprit ; et, se gardant ainsi lui-même, il avait une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.

Marchant ainsi dans la simplicité et la sincérité devant Dieu, « avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens », sachant que ce que Dieu avait purifié n’était ni souillé ni impur.

Mais « quand elles furent venues », une tentation s’éleva dans son cœur, celle d’agir « par crainte des circoncis » (les Juifs convertis, qui étaient zélés pour la circoncision et les autres rites de la loi de Moïse), et de faire plus de cas de la faveur et de la louange de ces hommes que de la louange de Dieu.

Il fut averti par l’Esprit que le péché était proche ; néanmoins il y céda dans une certaine mesure, jusqu’à une crainte coupable des hommes, et sa foi et son amour en furent affaiblis d’autant.

Dieu le reprit de nouveau pour avoir donné accès au diable. Pourtant il ne voulut pas écouter la voix de son Berger, mais il s’abandonna à cette crainte servile, et par là il éteignit l’Esprit.

Alors Dieu disparut, et, la foi et l’amour étant éteints, il commit le péché extérieur. Ne marchant pas droit, ni « selon la vérité de l’Évangile », il « se tint à l’écart » de ses frères chrétiens, et, par son mauvais exemple, sinon aussi par ses conseils, il força même « les païens à judaïser », à s’embarrasser de nouveau sous ce « joug de la servitude » dont « Christ les avait affranchis ».

Ainsi il est incontestablement vrai que celui qui est né de Dieu, s’il se garde lui-même, ne commet pas, ne peut pas commettre le péché ; et pourtant, s’il ne se garde pas lui-même, il peut commettre avec avidité toute espèce de péché.

III. 1. Des considérations qui précèdent nous pouvons apprendre, premièrement, à donner une réponse claire et incontestable à une question qui a souvent embarrassé bien des gens sincères de cœur : « Le péché précède-t-il ou suit-il la perte de la foi ? Un enfant de Dieu commet-il d’abord le péché, et perd-il par là sa foi ? Ou bien perd-il d’abord sa foi, avant de pouvoir commettre le péché ? »

Je réponds : quelque péché d’omission, à tout le moins, doit nécessairement précéder la perte de la foi, quelque péché intérieur ; mais la perte de la foi doit précéder la perpétration du péché extérieur.

Plus un croyant examine son propre cœur, plus il sera convaincu de ceci : que la foi qui agit par l’amour exclut à la fois le péché intérieur et le péché extérieur d’une âme qui veille dans la prière ; que néanmoins nous sommes, même alors, exposés à la tentation, particulièrement au péché qui nous enveloppait si aisément ; que, si l’œil aimant de l’âme reste fermement fixé sur Dieu, la tentation s’évanouit bientôt ; mais que, sinon, si nous sommes exelkomenoi (comme parle l’apôtre Jacques, Jacques 1:14), entraînés hors de Dieu par notre propre convoitise, et deleazomenoi, pris à l’appât d’un plaisir présent ou promis, alors cette convoitise, conçue en nous, enfante le péché ; et, ayant détruit notre foi par ce péché intérieur, elle nous précipite tête baissée dans le piège du diable, en sorte que nous pouvons commettre n’importe quel péché extérieur.

2. De ce qui a été dit, nous pouvons apprendre, secondement, ce qu’est la vie de Dieu dans l’âme d’un croyant ; en quoi elle consiste proprement, et ce qu’elle implique immédiatement et nécessairement. Elle implique immédiatement et nécessairement l’inspiration continuelle du Saint-Esprit de Dieu ; Dieu insufflant dans l’âme, et l’âme lui rendant par son souffle ce qu’elle a d’abord reçu de Dieu ; une action continuelle de Dieu sur l’âme, et une réaction de l’âme vers Dieu ; une présence incessante de Dieu, du Dieu aimant et qui pardonne, manifestée au cœur et perçue par la foi ; et un retour incessant d’amour, de louange et de prière, offrant toutes les pensées de nos cœurs, toutes les paroles de nos langues, toutes les œuvres de nos mains, tout notre corps, notre âme et notre esprit, pour être un sacrifice saint, agréable à Dieu en Jésus-Christ.

3. Et de là nous pouvons, troisièmement, conclure à l’absolue nécessité de cette réaction de l’âme (de quelque nom qu’on l’appelle), pour que la vie divine continue en elle. Car il est évident que Dieu ne continue pas d’agir sur l’âme si l’âme ne réagit pas vers Dieu. Il nous prévient, il est vrai, par les bénédictions de sa bonté. Il nous aime le premier, et se manifeste à nous. Pendant que nous sommes encore loin, il nous appelle à lui et fait briller sa lumière dans nos cœurs. Mais si alors nous n’aimons pas celui qui nous a aimés le premier ; si nous ne voulons pas écouter sa voix ; si nous détournons de lui notre regard et refusons de prêter attention à la lumière qu’il répand sur nous, son Esprit ne contestera pas toujours : il se retirera peu à peu et nous abandonnera aux ténèbres de notre propre cœur. Il ne continuera pas de souffler dans notre âme, si notre âme ne respire pas de nouveau vers lui ; si notre amour, nos prières et nos actions de grâces ne remontent pas vers lui, comme un sacrifice qui lui est agréable.

4. Apprenons enfin à suivre cette directive du grand apôtre : « Ne t’abandonne pas à l’orgueil, mais crains. » Craignons le péché plus que la mort ou l’enfer. Ayons une crainte jalouse (quoique non douloureuse) de nous appuyer sur notre propre cœur trompeur. « que celui qui croit être debout prenne garde de tomber! » Celui-là même qui se tient maintenant ferme dans la grâce de Dieu, dans la foi qui triomphe du monde, peut néanmoins tomber dans le péché intérieur, et par là « faire naufrage quant à la foi ». Et avec quelle facilité le péché extérieur reprendra-t-il alors son empire sur lui ! Toi donc, homme de Dieu, veille toujours, afin d’entendre toujours la voix de Dieu ! Veille, afin de prier sans cesse, en tout temps et en tout lieu, répandant ton cœur devant lui ! Ainsi tu croiras toujours, tu aimeras toujours, et tu ne commettras jamais le péché.

Chapitre 20 terminé

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