Chapitre 19 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute
Les marques de la nouvelle naissance
Sermon 18
Les marques de la nouvelle naissance
« Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. »
Jean 3:8.
1. Comment quiconque est « né de l’Esprit » — c’est-à-dire né de nouveau — est-il né de Dieu ? Que faut-il entendre par être né de nouveau, être né de Dieu, ou être né de l’Esprit ? Qu’implique le fait d’être un fils ou un enfant de Dieu, ou d’avoir l’Esprit d’adoption ? Que ces privilèges, par la libre miséricorde de Dieu, soient ordinairement attachés au baptême (que notre Seigneur, pour cette raison, appelle dans un verset précédent le fait d’être né « d’eau et d’Esprit »), nous le savons ; mais nous voudrions savoir ce que sont ces privilèges : qu’est-ce que la nouvelle naissance ?
2. Peut-être n’est-il pas nécessaire d’en donner une définition, puisque l’Écriture n’en donne aucune. Mais comme la question est de la plus haute importance pour tout enfant d’homme, puisque « si un homme ne naît de nouveau », né de l’Esprit, « il ne peut voir le royaume de Dieu », je me propose d’en exposer les marques de la manière la plus simple, telles exactement que je les trouve exposées dans l’Écriture.
I. 1. La première de ces marques, et le fondement de toutes les autres, c’est la foi. Ainsi saint Paul : « vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ » (Galates 3:26). Ainsi saint Jean : « Il leur a donné le pouvoir » (exousian, le droit ou le privilège, pourrait-on plutôt traduire) de devenir enfants de Dieu, à savoir à ceux qui croient en son nom ; lesquels sont nés, quand ils ont cru, non du sang, ni de la volonté de la chair — non par génération naturelle —, ni de la volonté de l’homme, comme ces enfants qu’adoptent les hommes et en qui nul changement intérieur n’est par là opéré, « mais de Dieu » (Jean 1:12, 13). Et encore, dans son épître générale : « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu » (1 Jean 5:1).
2. Mais ce n’est pas d’une foi simplement notionnelle ou spéculative que parlent ici les apôtres. Ce n’est pas un simple assentiment à cette proposition : Jésus est le Christ ; ni même à toutes les propositions contenues dans notre symbole, ou dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Ce n’est pas seulement un assentiment donné à quelques-unes ou à toutes ces choses croyables, en tant que croyables. Dire cela, ce serait dire (et qui pourrait l’entendre ?) que les démons sont nés de Dieu ; car ils ont cette foi-là. Ils croient en tremblant, et que Jésus est le Christ, et que toute l’Écriture, étant inspirée de Dieu, est vraie comme Dieu est vrai. Ce n’est pas seulement un assentiment à la vérité divine, sur le témoignage de Dieu ou sur l’évidence des miracles ; car eux aussi ont entendu les paroles de sa bouche, et ont su qu’il était un témoin fidèle et véritable. Ils ne pouvaient que recevoir le témoignage qu’il rendait, et de lui-même, et du Père qui l’avait envoyé. Ils ont vu de même les œuvres puissantes qu’il faisait, et ont cru par là qu’il était « sorti de Dieu ». Et pourtant, malgré cette foi, ils sont toujours « réservés, enchaînés dans les ténèbres, pour le jugement du grand jour ».
3. Car tout cela n’est rien de plus qu’une foi morte. La foi véritable, vivante, chrétienne, que nul ne possède sans être né de Dieu, n’est pas seulement un assentiment, un acte de l’intelligence, mais une disposition que Dieu a opérée dans le cœur ; « une ferme confiance et assurance en Dieu que, par les mérites de Christ, ses péchés sont pardonnés, et qu’il est réconcilié avec la faveur de Dieu ». Cela implique qu’un homme renonce d’abord à lui-même ; que, pour être « trouvé en Christ », pour être accepté par lui, il rejette entièrement toute « confiance en la chair » ; que, « n’ayant pas de quoi payer », n’ayant aucune confiance en ses propres œuvres ou en une justice quelconque, il vienne à Dieu comme un pécheur perdu, misérable, qui s’est lui-même détruit et condamné, ruiné et sans secours ; comme un homme dont la bouche est entièrement fermée, et qui est tout à fait « coupable devant Dieu ». Un tel sentiment du péché (que ceux qui parlent mal de ce qu’ils ignorent appellent communément désespoir), joint à une pleine conviction, telle que nulle parole ne la peut exprimer, que notre salut vient de Christ seul, et à un ardent désir de ce salut, doit précéder une foi vivante, une confiance en celui qui « pour nous a payé notre rançon par sa mort, et accompli la loi par sa vie ». Cette foi donc, par laquelle nous sommes nés de Dieu, n’est « pas seulement une croyance à tous les articles de notre foi, mais aussi une vraie confiance en la miséricorde de Dieu, par notre Seigneur Jésus-Christ ».
4. Un fruit immédiat et constant de cette foi par laquelle nous sommes nés de Dieu, un fruit qui n’en peut en aucune manière être séparé, non, pas même une heure, c’est la puissance sur le péché : puissance sur le péché extérieur de toute sorte, sur toute parole et toute œuvre mauvaise ; car partout où le sang de Christ est ainsi appliqué, il « purifie la conscience des œuvres mortes » ; et puissance sur le péché intérieur, car il purifie le cœur de tout désir et de toute disposition contraires à la sainteté. Ce fruit de la foi, saint Paul l’a amplement décrit au sixième chapitre de son épître aux Romains. « Nous qui », dit-il, par la foi « sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché? » « notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché » — « Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants pour Dieu en Jésus-Christ. Que le péché ne règne donc point » même « dans votre corps mortel », « mais donnez-vous vous-mêmes à Dieu, comme étant vivants de morts que vous étiez ». « Car le péché n’aura point de pouvoir sur vous. — grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été esclaves du péché, — mais ayant été affranchis » — le sens évident est : grâces soient rendues à Dieu de ce que, bien que vous ayez été autrefois esclaves du péché, maintenant pourtant — « Ayant été affranchis du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice. »
5. Ce même privilège inestimable des enfants de Dieu est affirmé avec autant de force par saint Jean, particulièrement quant à la première branche, à savoir la puissance sur le péché extérieur. Après s’être écrié, comme un homme saisi d’étonnement devant la profondeur des richesses de la bonté de Dieu : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu! Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est. » (1 Jean 3:1) — il ajoute bientôt : « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. » (1 Jean 3:9). Mais quelques-uns diront : « C’est vrai : Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché habituellement. » Habituellement ! D’où vient cela ? Je ne le lis point. Ce n’est pas écrit dans le Livre. Dieu dit clairement : « ne pratique pas le péché » ; et toi, tu ajoutes : habituellement ! Qui es-tu, toi qui corriges les oracles de Dieu ? — toi qui « ajoutes aux paroles de ce livre » ? Prends garde, je t’en conjure, que Dieu ne « t’ajoute tous les fléaux qui y sont écrits » ! surtout quand le commentaire que tu ajoutes est tel qu’il engloutit entièrement le texte ; de sorte que, par cette methodeia planes, cette méthode artificieuse de tromperie, la précieuse promesse est entièrement perdue ; par cette kybeia anthropon, ces ruses et ces détours des hommes, la parole de Dieu est rendue sans effet. Oh ! prends garde, toi qui retranches ainsi des paroles de ce livre, toi qui, en leur ôtant tout leur sens et tout leur esprit, n’en laisses que ce qu’on peut bien appeler une lettre morte, de peur que Dieu ne retranche ta part du livre de vie !
6. Laissons l’apôtre interpréter ses propres paroles par toute la suite de son discours. Au cinquième verset de ce chapitre, il avait dit : Vous savez que lui, Christ, a paru pour ôter les péchés, et il n’y a point en lui de péché. Quelle conséquence en tire-t-il ? Quiconque demeure en lui ne pèche point; quiconque pèche ne l’a pas vu, et ne l’a pas connu. (1 Jean 3:6). Avant d’appuyer cette importante doctrine, il place une mise en garde hautement nécessaire : « Petits enfants, que personne ne vous séduise. » (1 Jean 3:7) ; car beaucoup s’efforceront de le faire, de vous persuader que vous pouvez être injustes, que vous pouvez commettre le péché, et être pourtant enfants de Dieu ! « Celui qui pratique la justice est juste, comme lui-même est juste. Celui qui pèche est du diable, car le diable pèche dès le commencement. » Puis vient : « Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu. C’est par là », ajoute l’apôtre, « que se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du diable. » C’est par cette marque évidente (commettre ou ne pas commettre le péché) qu’on les distingue les uns des autres. C’est dans le même sens que vont ces paroles de son cinquième chapitre : « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point; mais celui qui est né de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche pas. » (1 Jean 5:18).
7. Un autre fruit de cette foi vivante, c’est la paix. Car, « Étant donc justifiés par la foi », tous nos péchés ayant été effacés, « nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Romains 5:1). C’est là ce que notre Seigneur lui-même, la nuit qui précéda sa mort, légua solennellement à tous ses disciples : « Je vous laisse la paix », dit-il (à vous qui « croyez en Dieu » et qui « croyez aussi en moi ») ; « je vous donne ma paix » : « Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point. » (Jean 14:27). Et encore : « Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi. » (Jean 16:33). C’est là cette « paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence », cette sérénité de l’âme qu’il n’est jamais monté au cœur de l’homme naturel de concevoir, et qu’il n’est pas même possible à l’homme spirituel d’exprimer. Et c’est une paix que toutes les puissances de la terre et de l’enfer sont incapables de lui ravir. Les flots et les tempêtes battent contre elle, mais ne l’ébranlent point, car elle est fondée sur le roc. Elle garde les cœurs et les pensées des enfants de Dieu, en tout temps et en tout lieu. Qu’ils soient dans l’aise ou dans la douleur, dans la maladie ou dans la santé, dans l’abondance ou dans le besoin, ils sont heureux en Dieu. En quelque état qu’ils se trouvent, ils ont appris à être contents, bien plus, à rendre grâces à Dieu par Jésus-Christ, bien assurés que « tout ce qui est, est le meilleur », parce que c’est sa volonté à leur égard ; de sorte que, dans toutes les vicissitudes de la vie, leur « cœur est ferme, confiant en l’Éternel ».
II. 1. Une deuxième marque scripturaire de ceux qui sont nés de Dieu, c’est l’espérance. Ainsi saint Pierre, s’adressant à tous les enfants de Dieu qui étaient alors dispersés, dit : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante » (1 Pierre 1:3). Elpida zosan, une espérance vive ou vivante, dit l’apôtre ; car il y a aussi une espérance morte, aussi bien qu’une foi morte : une espérance qui ne vient pas de Dieu, mais de l’ennemi de Dieu et de l’homme ; — comme il paraît évidemment par ses fruits ; car, de même qu’elle est fille de l’orgueil, ainsi elle est mère de toute parole et de toute œuvre mauvaise ; tandis que tout homme qui a en lui cette espérance vivante est « saint, comme celui qui l’a appelé est saint ». Tout homme qui peut dire en vérité à ses frères en Christ : « Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et nous le verrons tel qu’il est », « se purifie, comme lui-même est pur. »
2. Cette espérance implique, premièrement, le témoignage de notre propre esprit ou de notre conscience, que nous marchons « avec sainteté et pureté devant Dieu » ; secondement, le témoignage de l’Esprit de Dieu, « rendant témoignage avec », ou à, « notre esprit que nous sommes enfants de Dieu », « si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ ».
3. Remarquons bien ce que Dieu lui-même nous enseigne ici touchant ce glorieux privilège de ses enfants. Qui est-ce qui, nous est-il dit, rend ici témoignage ? Non pas notre esprit seulement, mais un autre, l’Esprit de Dieu lui-même : c’est lui qui « rend témoignage à notre esprit ». De quoi rend-il témoignage ? « que nous sommes enfants de Dieu », « si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ » (Romains 8:16, 17) ; « si toutefois nous souffrons avec lui », si nous renonçons à nous-mêmes, si nous prenons chaque jour notre croix, si nous endurons de bon cœur la persécution ou l’opprobre pour l’amour de lui, « afin d’être glorifiés avec lui ». Et en qui l’Esprit de Dieu rend-il ce témoignage ? En tous ceux qui sont enfants de Dieu. C’est par cet argument même que l’apôtre prouve, dans les versets précédents, qu’ils le sont : « tous ceux », dit-il, « qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. » « Car vous n’avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père! » Puis il ajoute : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (8:14–16).
4. Le changement de tournure au quinzième verset mérite notre attention : « vous avez reçu un Esprit d’adoption, par lequel nous crions: Abba! Père! » Vous, vous tous qui êtes fils de Dieu, avez reçu, en vertu de votre filiation, ce même Esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba, Père ; nous, les apôtres, les prophètes, les docteurs (car c’est ainsi que le mot peut, non sans raison, être entendu), nous, par qui vous avez cru, les « serviteurs de Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu ». Comme nous et vous avons un seul Seigneur, ainsi nous avons un seul Esprit ; comme nous avons une seule foi, ainsi nous avons aussi une seule espérance. Nous et vous sommes scellés d’un même « Esprit de la promesse », gage de votre héritage et du nôtre ; ce même Esprit rendant témoignage avec votre esprit et avec le nôtre « que nous sommes enfants de Dieu » (Romains 8:14–16).
5. Et ainsi s’accomplit cette parole de l’Écriture : « Heureux les affligés, car ils seront consolés! » Car il est aisé de croire que, bien que la tristesse puisse précéder ce témoignage de l’Esprit de Dieu avec notre esprit (et qu’elle le doive même, en quelque degré, tandis que nous gémissons sous la crainte et sous le sentiment de la colère de Dieu qui demeure sur nous), cependant, dès qu’un homme le sent en lui-même, sa « tristesse est changée en joie ». Quelle qu’ait été auparavant sa douleur, dès que cette « heure est venue, il ne se souvient plus de la souffrance, à cause de la joie » qu’il a d’être né de Dieu. Il se peut que beaucoup d’entre vous soient maintenant dans la tristesse, parce que vous êtes « privés du droit de cité en Israël » ; parce que vous avez conscience de n’avoir pas cet Esprit ; d’être « sans espérance et sans Dieu dans le monde ». Mais quand le Consolateur sera venu, « alors votre cœur se réjouira » ; oui, « votre joie sera parfaite », et « nul ne vous ravira votre joie » (Jean 16:22). « nous nous glorifions en Dieu », direz-vous, « par notre Seigneur Jésus-Christ, par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation » ; « par qui nous avons accès à cette grâce », cet état de grâce, de faveur ou de réconciliation avec Dieu, « dans laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu » (Romains 5:2). « Vous », dit saint Pierre, vous que Dieu a « régénérés, pour une espérance vivante, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut : C’est là ce qui fait votre joie, quoique maintenant, puisqu’il le faut, vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves, afin que l’épreuve de votre foi ait pour résultat la louange, la gloire et l’honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra : en qui vous croyez sans le voir encore, vous réjouissant d’une joie ineffable et glorieuse. » (1 Pierre 1:5). Ineffable, en vérité ! Il n’appartient pas à la langue de l’homme de décrire cette joie dans le Saint-Esprit. C’est « la manne cachée, que personne ne connaît, si ce n’est celui qui la reçoit ». Mais ce que nous savons, c’est qu’elle ne fait pas seulement demeurer, mais qu’elle déborde, au plus profond de l’affliction. « Les consolations de Dieu sont-elles peu de chose » pour ses enfants, quand toutes les consolations terrestres leur font défaut ? Nullement. Mais quand les souffrances abondent le plus, les consolations de son Esprit surabondent bien davantage ; de sorte que les enfants de Dieu « se rient de la dévastation quand elle vient », du besoin, de la douleur, de l’enfer et du tombeau ; car ils connaissent celui qui « tient les clefs de la mort et du séjour des morts », et qui bientôt « les jettera dans l’abîme » ; car ils entendent dès maintenant la forte voix venue du ciel, qui dit : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux, et il sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu. » (Apocalypse 21:3, 4).
III. 1. Une troisième marque scripturaire de ceux qui sont nés de Dieu, et la plus grande de toutes, c’est l’amour ; « l’amour de Dieu répandu dans leurs cœurs par le Saint-Esprit qui leur a été donné » (Romains 5:5). « Parce qu’ils sont fils, Dieu a envoyé dans leurs cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! » (Galates 4:6). Par cet Esprit, regardant sans cesse à Dieu comme à leur Père réconcilié et plein d’amour, ils crient à lui pour leur pain quotidien, pour toutes les choses nécessaires, soit à leur âme, soit à leur corps. Ils répandent continuellement leur cœur devant lui, sachant « qu’ils possèdent ce qu’ils lui ont demandé » (1 Jean 5:15). Leur délice est en lui. Il est la joie de leur cœur ; leur « bouclier », et leur « très grande récompense ». Le désir de leur âme est tourné vers lui ; c’est « leur nourriture et leur breuvage de faire sa volonté » ; et ils sont « rassasiés comme de mets gras et succulents, tandis que, avec des cris de joie sur les lèvres, leur bouche le célèbre » (Psaume 63:6).
2. Et dans ce sens aussi, « quiconque aime celui qui l’a engendré aime aussi celui qui est né de lui » (1 Jean 5:1). Son esprit se réjouit en Dieu, son Sauveur. Il « aime le Seigneur Jésus-Christ d’un amour inaltérable ». Il est si étroitement « uni au Seigneur » qu’il n’est avec lui qu’un seul esprit. Son âme est suspendue à lui, et le choisit comme celui qui est tout aimable, celui qui « se distingue entre dix mille ». Il sait, il sent ce que veut dire cette parole : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui » (Cantique 2:16). « Tu es le plus beau des fils de l’homme, La grâce est répandue sur tes lèvres, parce que Dieu t’a oint pour toujours ! » (Psaume 45:3).
3. Le fruit nécessaire de cet amour de Dieu, c’est l’amour du prochain, de toute âme que Dieu a faite, sans en excepter nos ennemis, sans en excepter ceux qui maintenant « nous maltraitent et nous persécutent » ; — un amour par lequel nous aimons chaque homme comme nous-mêmes, comme nous aimons notre propre âme. Bien plus, notre Seigneur l’a exprimé plus fortement encore, en nous enseignant à « nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés ». Aussi le commandement écrit dans le cœur de tous ceux qui aiment Dieu n’est-il autre que celui-ci : « comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » Or, « Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous » (1 Jean 3:16). « nous devons » donc, comme l’apôtre le conclut avec justesse, « donner notre vie pour les frères ». Si nous nous sentons prêts à le faire, alors nous aimons véritablement notre prochain. Alors « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons » ainsi « les frères » (1 Jean 3:14). « Nous connaissons » que nous sommes nés de Dieu, « que nous demeurons en lui, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit », de son Esprit d’amour (1 Jean 4:13). Car « l’amour est de Dieu, et quiconque » aime ainsi « est né de Dieu et connaît Dieu. » (1 Jean 4:7).
4. Mais quelqu’un demandera peut-être : « L’apôtre ne dit-il pas : “l’amour de Dieu consiste à garder ses commandements” ? » (1 Jean 5:3). Oui, et c’est aussi l’amour du prochain, dans le même sens que c’est l’amour de Dieu. Mais qu’en voudriez-vous conclure ? Que l’observation des commandements extérieurs est tout ce qu’implique le fait d’aimer Dieu de tout votre cœur, de toute votre pensée, de toute votre âme et de toute votre force, et d’aimer votre prochain comme vous-même ? Que l’amour de Dieu n’est pas une affection de l’âme, mais seulement un service extérieur ? et que l’amour du prochain n’est pas une disposition du cœur, mais simplement une suite d’œuvres extérieures ? Mentionner une interprétation si extravagante des paroles de l’apôtre, c’est suffisamment la réfuter. Le sens clair et incontestable de ce texte, le voici : — le signe ou la preuve de l’amour de Dieu, de notre observation du premier et du grand commandement, c’est de garder le reste de ses commandements. Car le véritable amour, s’il est une fois répandu dans notre cœur, nous contraindra à le faire ; puisque quiconque aime Dieu de tout son cœur ne peut que le servir de toute sa force.
5. Un second fruit donc de l’amour de Dieu (pour autant qu’on puisse l’en distinguer), c’est une obéissance universelle à celui que nous aimons, et la conformité à sa volonté ; l’obéissance à tous les commandements de Dieu, intérieurs et extérieurs ; l’obéissance du cœur et de la vie, dans chaque disposition et dans toute la conduite. Et l’une des dispositions le plus manifestement impliquées en cela, c’est d’être « zélé pour les bonnes œuvres » ; d’avoir faim et soif de faire du bien, de toutes les manières possibles, à tous les hommes ; de se réjouir de « dépenser et de se dépenser pour eux », pour tout enfant d’homme, sans attendre aucune récompense en ce monde, mais seulement à la résurrection des justes.
IV. 1. Voilà donc que j’ai exposé clairement ces marques de la nouvelle naissance que je trouve exposées dans l’Écriture. Ainsi Dieu lui-même répond à cette grave question : Qu’est-ce qu’être né de Dieu ? Tel est, si l’on en appelle aux oracles de Dieu, « tout homme qui est né de l’Esprit ». Voilà ce que c’est, au jugement de l’Esprit de Dieu, que d’être un fils ou un enfant de Dieu. C’est croire en Dieu, par Christ, de telle sorte qu’on « ne commette pas le péché », et qu’on jouisse en tout temps et en tout lieu de cette « paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence ». C’est espérer en Dieu, par le Fils de son amour, de telle sorte qu’on ait non seulement le « témoignage d’une bonne conscience », mais aussi l’Esprit de Dieu « rendant témoignage à vos esprits que vous êtes enfants de Dieu » ; d’où ne peut que jaillir l’allégresse en celui par qui vous « avez obtenu la réconciliation ». C’est aimer Dieu, qui vous a ainsi aimés, comme vous n’avez jamais aimé aucune créature ; de sorte que vous êtes contraints d’aimer tous les hommes comme vous-mêmes, d’un amour qui non seulement brûle sans cesse dans vos cœurs, mais qui jaillit en flammes dans toutes vos actions et toute votre conduite, et fait de votre vie entière un seul « travail de charité », une obéissance continuelle à ces commandements : « Soyez miséricordieux, comme Dieu est miséricordieux » ; « Soyez saints, comme moi, l’Éternel, je suis saint » ; « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »
2. Qui donc êtes-vous, vous qui êtes ainsi nés de Dieu ? Vous « connaissez les choses qui vous ont été données de Dieu ». Vous savez bien que vous êtes enfants de Dieu, et vous « pouvez rassurer vos cœurs devant lui ». Et chacun de vous qui a fait attention à ces paroles ne peut que sentir et savoir en vérité si, à cette heure (répondez à Dieu, et non à l’homme !), vous êtes ainsi un enfant de Dieu, ou non. La question n’est pas de savoir ce que vous êtes devenu au baptême (n’éludez pas !), mais : Qu’êtes-vous maintenant ? L’Esprit d’adoption est-il maintenant dans votre cœur ? Que l’on en appelle à votre propre cœur. Je ne demande pas si vous êtes né d’eau et d’Esprit ; mais êtes-vous maintenant le temple du Saint-Esprit qui habite en vous ? J’accorde que vous avez été « circoncis de la circoncision de Christ » (comme saint Paul appelle expressément le baptême) ; mais l’Esprit de Christ et de gloire repose-t-il maintenant sur vous ? Sinon, « votre circoncision est devenue incirconcision ».
3 . Ne dites donc pas en votre cœur : « J’ai été une fois baptisé, donc je suis maintenant enfant de Dieu. » Hélas ! cette conséquence ne tient nullement. Combien y a-t-il de gourmands et d’ivrognes baptisés, de menteurs et de jureurs ordinaires baptisés, d’insulteurs et de médisants baptisés, de fornicateurs, de voleurs, d’extorqueurs baptisés ! Qu’en pensez-vous ? Ceux-là sont-ils maintenant enfants de Dieu ? En vérité, je vous le dis, qui que vous soyez, vous à qui convient l’un quelconque des caractères qui précèdent : « Vous avez pour père le diable, et vous faites les œuvres de votre père. » C’est à vous que je crie, au nom de celui que vous crucifiez de nouveau, et avec les paroles qu’il adressait à vos prédécesseurs circoncis : « Serpents, race de vipères! Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne? »
4. Comment, en effet, si vous ne naissez de nouveau ? Car vous êtes maintenant morts par vos offenses et par vos péchés. Dire donc que vous ne pouvez naître de nouveau, qu’il n’y a point d’autre nouvelle naissance que le baptême, c’est vous sceller tous sous la condamnation, vous livrer à l’enfer, sans secours, sans espérance. Et peut-être quelques-uns trouveront-ils cela juste et bon. Dans leur zèle pour l’Éternel des armées, ils diront peut-être : « Oui, retranchez les pécheurs, les Amalécites ! Que ces Gabaonites soient entièrement détruits ! Ils ne méritent pas moins. » Non ; ni moi, ni vous. Ce que nous méritons, vous et moi, aussi bien qu’eux, c’est l’enfer ; et c’est par pure miséricorde, une miséricorde gratuite et imméritée, que nous ne sommes pas maintenant dans le feu qui ne s’éteint point. Vous direz : « Mais nous avons été lavés » ; nous sommes nés de nouveau « d’eau et d’Esprit ». Eux aussi : cela n’empêche donc nullement que vous ne soyez maintenant tels qu’eux. Ne savez-vous pas que « ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu » ? Avancez, vous, « les saints du monde », vous qui êtes honorés des hommes, et voyons qui jettera la première pierre à ces gens-là, à ces misérables indignes de vivre sur la terre, à ces prostituées publiques, à ces adultères, à ces meurtriers. Apprenez seulement d’abord ce que signifie cette parole : « Quiconque hait son frère est un meurtrier » (1 Jean 3:15) ; « quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur. » (Matthieu 5:28) ; « Adultères que vous êtes! Ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu? » (Jacques 4:4).
5. « En vérité, en vérité, je vous le dis : il faut que vous » aussi « naissiez de nouveau ». « Si vous » aussi « ne naissez de nouveau, vous ne pouvez voir le royaume de Dieu. » Ne vous appuyez plus sur le bâton de ce roseau cassé : que vous êtes nés de nouveau au baptême. Qui nie que vous ayez alors été faits enfants de Dieu et héritiers du royaume des cieux ? Mais, malgré cela, vous êtes maintenant enfants du diable. Il faut donc que vous naissiez de nouveau. Et que Satan ne vous mette pas au cœur d’ergoter sur un mot, quand la chose est claire. Vous avez entendu quelles sont les marques des enfants de Dieu : vous tous qui ne les portez pas sur votre âme, baptisés ou non baptisés, il faut nécessairement que vous les receviez, ou sans aucun doute vous périrez éternellement. Et si vous avez été baptisés, votre seule espérance est celle-ci : — que ceux qui ont été faits enfants de Dieu par le baptême, mais qui sont maintenant enfants du diable, puissent encore recevoir « le pouvoir de devenir enfants de Dieu » ; qu’ils puissent recouvrer ce qu’ils ont perdu, à savoir « l’Esprit d’adoption, qui crie dans leurs cœurs : Abba, Père ! »
Amen, Seigneur Jésus ! Que chacun de ceux qui préparent encore leur cœur à chercher ta face reçoive de nouveau cet Esprit d’adoption, et s’écrie : « Abba! Père! » Qu’il ait maintenant de nouveau le pouvoir de croire en ton nom de manière à devenir un enfant de Dieu ; à savoir et à sentir qu’il a « la rédemption par ton sang, la rémission des péchés » ; et qu’« il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu ». Qu’il soit maintenant « régénéré pour une espérance vivante », de manière à « se purifier comme tu es pur » ; et, « parce qu’il est fils », que l’Esprit d’amour et de gloire repose sur lui, le purifiant « de toute souillure de la chair et de l’esprit », et lui enseignant à « achever sa sanctification dans la crainte de Dieu » !
Chapitre 19 terminé
Les marques de la nouvelle naissance