Sermons choisis de George Whitefield
Prêché devant le gouverneur, le conseil et la chambre d’assemblée de Géorgie, le 28 janvier 1770

Chapitre 57 · 37 min de lecture · 47 min d’écoute

Prêché devant le gouverneur, le conseil et la chambre d’assemblée de Géorgie, le 28 janvier 1770

Zach. 4:10 — « Car qui a méprisé le jour des faibles commencements ? »

Hommes frères et pères, Dieu, après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé aux pères par les prophètes, nous a parlé dans ces derniers temps par le Fils. Et comme Dieu est un agent souverain, et que son Esprit sacré souffle où il veut et quand il veut, il peut assurément révéler et faire connaître sa volonté à ses créatures quand il lui plaît, où il lui plaît et comme il lui plaît ; « et qui lui dira: Que fais-tu? » Et c’est là, semble-t-il, l’une des raisons pour lesquelles, afin de manifester sa souveraineté, il choisit, avant que le canon des Écritures fût fixé, de faire connaître sa pensée par des voies si diverses, et à une telle variété de ses serviteurs et de ses messagers.

De là vient que nous lisons qu’il s’entretenait avec Abraham « comme un homme parle à son ami ». À Moïse, il parlait « face à face ». À d’autres, par des « songes pendant la nuit », ou par des « visions » fortement imprimées dans leur imagination. Tel semble avoir été souvent l’heureux partage du prophète évangélique de prédilection, Zacharie ; je l’appelle prophète évangélique, parce que ses prédictions, quoiqu’elles visassent quelque événement prochain ou immédiat, aboutissaient en dernier lieu à celui qui est l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin de tous les oracles vivants de Dieu. Le chapitre d’où notre texte est tiré en est, parmi beaucoup d’autres passages, une preuve frappante : un ange, qui lui avait déjà été envoyé plus d’une fois en d’autres occasions, lui apparaît de nouveau, en vision, et « le réveilla (pour employer ses propres termes) comme un homme que l’on réveille de son sommeil. » Les prophètes, et les plus grands serviteurs de Dieu, ont parfois besoin d’être tirés de leurs dispositions assoupies.

Il me semble voir cet homme de Dieu sortir en sursaut de son sommeil et devenir tout attention : l’ange lui demande : « Que vois-tu? » Il répond : « Je regarde, et voici, il y a un chandelier tout d’or, » emblème de l’Église de Dieu, « surmonté d’un vase et portant sept lampes, avec sept conduits pour les lampes qui sont au sommet du chandelier; » ce qui signifie que l’Église, quelque abaissée qu’elle soit jusqu’au plus bas degré, serait conservée, approvisionnée, et resterait brillante, par les secours et les opérations invisibles, mais non moins réels pour être invisibles, du bienheureux Esprit de Dieu. L’occasion d’une vision si extraordinaire, si nous comparons ce passage avec le deuxième chapitre de la prophétie du prophète Aggée, semble avoir été celle-ci : il y avait alors près de dix-huit ans que le peuple juif avait été délivré de sa longue et douloureuse captivité de Babylone ; et, ayant été si longtemps privé de son temple et de son culte, et cet édifice ayant été rasé jusqu’au sol, on aurait pu s’imaginer qu’aussitôt de retour, il aurait remis à plus tard tous les travaux particuliers, et aurait d’abord entrepris, de toutes ses forces réunies, de rebâtir cet édifice autrefois si majestueux et si magnifique. Mais eux, comme trop de chrétiens de la même trempe tiède, tout en reconnaissant tous que cette œuvre de l’Église était une œuvre nécessaire, se payaient eux-mêmes et payaient les autres de ce pieux prétexte : « Le temps n’est pas venu, le temps de rebâtir la maison de l’Éternel. » Le temps n’est pas venu ! Quoi, pas en dix-huit ans ! Car il y avait tout ce temps qu’ils étaient revenus de leur servitude : et pourquoi donc, je vous prie, le temps n’était-il pas venu ? Le prophète Aggée le leur dit : tout leur temps était tellement occupé à bâtir une demeure pour leur grand et glorieux Bienfaiteur, le Dieu puissant de Jacob.

Une telle ingratitude ne doit pas demeurer impunie. L’Omniscience l’observe, la Toute-Puissance s’en indigne ! Et afin qu’ils pussent lire leur péché dans leur châtiment, puisqu’ils avaient jugé meilleur de s’enrichir et de s’assurer des maisons, des terres et des biens, avant d’entreprendre une œuvre d’Église qu’ils estimaient inutile, le prophète leur dit : « Vous semez beaucoup, et vous recueillez peu, Vous mangez, et vous n’êtes pas rassasiés, Vous buvez, et vous n’êtes pas désaltérés, Vous êtes vêtus, et vous n’avez pas chaud; Le salaire de celui qui est à gages tombe dans un sac percé. » Il continue encore à faire gronder le tonnerre et briller l’éclair : « Vous comptiez sur beaucoup, et voici, vous avez eu peu; Vous l’avez rentré chez vous (en vous complaisant dans vos belles récoltes), mais j’ai soufflé dessus. Pourquoi? Dit l’Éternel des armées. A cause de ma maison, qui est détruite, Tandis que vous vous empressez chacun pour sa maison. » Voilà un sermon tonnant ! Prononcé non seulement devant le peuple, mais aussi à l’adresse et en la présence de « Zorobabel, fils de Schealthiel, et de Josué, fils de Jotsadak, le souverain sacrificateur. Le rapport du prophète est cru, et le bras de l’Éternel est révélé. Zorobabel, fils de Schealthiel, et Josué, fils de Jotsadak (ô temps heureux, où l’Église et l’État sont ainsi unis !), avec tout le reste du peuple, obéirent à la voix de l’Éternel, leur Dieu, et aux paroles d’Aggée, le prophète. »

L’esprit de Zorobabel, et de Josué, et les esprits de tout le reste du peuple furent réveillés, et aussitôt ils vinrent, négligeant pour ainsi dire leurs propres bâtiments, « et ils se mirent à l’œuvre dans la maison de l’Éternel des armées, leur Dieu. » Pendant un temps, ils avancèrent avec vigueur ; les fondements de la maison sont posés, et l’édifice s’élève jusqu’à une hauteur considérable : mais, soit que cet accès de zèle ardent se fût bientôt refroidi, comme il n’arrive que trop souvent, soit que le peuple eût été découragé par les faux rapports de ses ennemis, qui trouvèrent peut-être un accueil trop favorable à la cour de Darius, il arriva que le cœur des magistrats et des ministres du peuple défaillit ; et un intervalle redoutable s’écoula entre la pose des fondements et l’achèvement de cette œuvre glorieuse et pleine de promesses.

Là-dessus, un autre prophète, Zacharie (qui avait souffert la captivité avec Aggée), est envoyé pour relever les mains languissantes, pour fortifier les genoux affaiblis, et, par la vision instructive qui précède, pour ranimer Josué et le peuple en général, et le cœur de Zorobabel, fils de Schealthiel, en particulier, en dépit de tous les découragements, qu’ils vinssent d’ennemis invétérés, ou d’amis timides et inconstants, ou de tout autre obstacle quel qu’il fût. Si Aggée tonne, le message de Zacharie est comme l’éclair. « C’est ici la parole que l’Éternel adresse à Zorobabel: Ce n’est ni par la puissance ni par la force (non par la seule puissance ou la seule politique humaine), mais c’est par mon esprit, dit l’Éternel des armées. Qui es-tu, grande montagne (toi, Sanballat, et tes associés, qui criez depuis si longtemps : Que font ces Juifs impuissants ? quelque grande, redoutable et apparemment insurmontable que tu sois), devant Zorobabel? Tu seras (non seulement abaissée et rendue plus accessible, mais) aplanie » ; ton opposition même servira, à la fin, l’avancement de l’œuvre, et aidera à hâter cet édifice même que tu prétends arrêter et détruire.

Et de peur que Zorobabel, par incrédulité et à cause de l’opposition du dehors, ou faute de plus de force corporelle, ne pensât que ce serait une œuvre de longue haleine, et qu’il ne vivrait pas assez pour la voir achevée de son temps, « La parole de l’Éternel fut adressée à Zacharie, en ces mots : Les mains de Zorobabel ont fondé cette maison, et ses mains l’achèveront; Il posera la pierre principale au milieu des acclamations: Grâce, grâce pour elle! » Grâce ! grâce pour elle ! Double acclamation, pour montrer que c’était de l’abondance de leur cœur que leur bouche parlait ; et cela au milieu des acclamations et des cris venus de toutes parts. Leurs ennemis mêmes devaient voir la main et la providence de Dieu dans le commencement, la continuation et l’achèvement de cette œuvre en apparence improbable et irréalisable ; de sorte qu’ils seraient contraints de crier : « Grâce pour elle ! » et de souhaiter à l’œuvre comme aux bâtisseurs une grande prospérité : quant à ses amis, ils seraient tellement transportés d’une joie sentie jusqu’au fond du cœur, en repensant aux providences signalées qui les avaient accompagnés durant toute l’entreprise, qu’ils pousseraient des acclamations et crieraient : « Grâce, grâce pour elle! » ou : Ceci n’est rien d’autre que l’œuvre du Seigneur ; que Dieu fasse prospérer et bénisse de plus en plus cette œuvre, et en fasse un lieu où sa grâce gratuite et sa gloire se manifestent abondamment. Puis, par un sarcasme beau et piquant, se tournant vers les ennemis insolents, il leur lance la vive interrogation de mon texte : « Qui a méprisé le jour des faibles commencements ? » Qui êtes-vous, vous qui disiez avec jactance : Que peuvent faire ces Juifs impuissants, qui prétendent poser les fondements d’une maison qu’ils n’auront jamais l’argent, ni la force, ni le pouvoir d’achever ? Ou bien, qui êtes-vous, ô gens craintifs, à courte vue, pleins de doute, quoique bien intentionnés, qui, par incrédulité, vous êtes laissé décourager par les faibles commencements et la faiblesse de l’entreprise de bâtir un second temple ? Et qui, parce que vous pensiez qu’il ne pourrait égaler la magnificence du premier, vous êtes laissé détourner même de commencer à en bâtir un second ?

Question serrée et instructive que celle-là ; question qui donne à entendre que, toutes les fois que Dieu se propose d’accomplir quelque grande chose, il commence généralement par un jour des faibles commencements.

Pour le prouver, je ne vous ramènerai pas jusqu’au commencement des temps, lorsque l’éternel « JE SUIS » appela toutes choses à l’existence par son fiat tout-puissant, et, d’un chaos confus, « informe et vide », produisit un monde digne d’être créé par un Dieu, et d’être habité par sa créature de prédilection, l’homme, son lieutenant et son représentant ici-bas, afin qu’il y jouît à la fois de lui-même et de son Dieu. Et pourtant, bien que les cieux racontent sa gloire, et que l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains, bien qu’il n’y ait point de langage ni de paroles dont le son ne soit entendu, et que leur retentissement parcoure toute la terre, et que, par un langage muet mais persuasif, ils prouvent que la main qui les a faits est divine, il y a eu pourtant, et il y a encore aujourd’hui, des insensés dans le monde qui « disent en leur cœur : Il n’y a point de Dieu! » ou des hommes si sages que, par leur sagesse, ils ne connaissent point Dieu, et ne reconnaissent pas que son image divine est empreinte sur ce livre où ces grandes choses sont rapportées, et cela en caractères si lisibles que celui qui court peut les lire.

Je ne détournerai pas non plus votre attention, honorés pères, vers les histoires de la Grèce et de Rome, ou de quelqu’un de ces grands royaumes et de ces monarchies renommées qui forment une si grande part de l’histoire ancienne ; dont les commencements furent fort petits (témoin le fossé de Romulus), les progrès remarquablement grands, et le déclin et la chute, une fois parvenus au zénith qui leur avait été assigné, tout aussi soudains, inattendus et prodigieux. Ce sont là les principaux sujets de l’enseignement de nos écoles ; quoiqu’ils ne fassent qu’une bien pauvre figure dans l’histoire sacrée, et qu’ils n’y eussent peut-être pas même été mentionnés s’ils n’avaient été, dans une certaine mesure, liés à l’histoire du peuple de Dieu, qui est le grand sujet de ce livre tant méprisé, appelé par excellence : les Écritures. Quiconque veut s’instruire de l’une peut lire l’Histoire ancienne de Rollin, et quiconque veut en voir le lien avec l’autre peut consulter l’admirable et judicieuse Connexion du savant Prideaux. Ce sont des livres que l’on recommandera vivement, je l’espère, et que l’on étudiera avec soin, quand cette institution encore au berceau aura pris plus de force et sera devenue un siège du savoir. Je puis à peine m’empêcher de mentionner les petits commencements de la Grande-Bretagne, aujourd’hui si distinguée par sa liberté, son opulence et sa renommée ; et la naissance et les progrès rapides des colonies américaines, qui promettent de devenir l’un des empires les plus opulents et les plus puissants du monde. Mais mes vues présentes, et les honneurs faits aujourd’hui à cette institution naissante, et les paroles de mon texte, aussi bien que les sentiments de mon propre cœur, et, je l’espère, du cœur de tous ceux qui m’entendent, m’amènent à borner vos méditations à l’histoire du propre peuple particulier de Dieu, laquelle, pour la simplicité et la sublimité de son langage, la véracité de son auteur, et l’importance et le merveilleux des faits qui y sont rapportés, si on la pèse dans une juste balance, n’a pas son égale sous le soleil. Et pourtant, bien que Dieu lui-même soit devenu auteur parmi nous, nous ne daignons pas lire une seule fois son livre d’un bout à l’autre. Cieux, soyez étonnés de cela !

Qui aurait pensé qu’à partir d’un seul, d’Abraham, et d’un aussi petit commencement que l’émigration d’une seule famille particulière, appelée hors d’un pays entièrement livré à l’idolâtrie pour être étrangère et voyageuse dans une terre étrangère ; qui aurait pensé que d’un homme qui, pendant longtemps, fut inscrit comme sans enfants, d’un homme dont la première possession dans cette terre étrangère fut l’achat d’un lieu de sépulture pour sa femme, et dans le tombeau de laquelle on aurait pu s’imaginer qu’il ensevelirait toutes ses espérances à venir ; qui aurait pensé que de cet homme et de cette femme mêmes, tous deux, selon le cours de la nature, comme déjà morts, descendrait une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel, comme le sable qui est sur le bord de la mer et qu’on ne peut compter ? Bien plus, qui aurait imaginé que, contre toute probabilité, et alors que c’était selon toute apparence humaine impossible, un royaume en sortirait ? Voici un pauvre esclave captif, Joseph, cruellement séparé de ses frères, qui devint le second dans le royaume de Pharaon : il fut envoyé devant eux pour opérer une grande délivrance, et pour introduire une famille qui devait prendre racine, de profondes racines par-dessous, et porter du fruit par-dessus, et remplir le pays. Comment le cœur de l’homme aurait-il pu concevoir que, lorsqu’ils étaient opprimés par un nouveau roi, qui n’avait point connu Joseph, bien qu’ils fussent les sujets les meilleurs, les plus loyaux et les plus industrieux qu’eût ce roi, et lorsqu’un édit fut publié, aussi impolitique que cruel (puisque la sûreté et la gloire de tous les royaumes consistent principalement dans le nombre de leurs habitants), un petit enfant abandonné et sans secours serait recueilli et élevé dans toute la sagesse des Égyptiens, et cela à la cour même d’où était sorti l’édit, et par le tyran même qui l’avait rendu, et que le libérateur serait nourri pour devenir roi en Jeschurun ?

Mais le temps aussi bien que la force me manqueraient, si je voulais vous exposer en détail toutes les circonstances importantes qui concernent le peuple particulier de Dieu ; comme sa subsistance miraculeuse dans le désert, les événements qui se passèrent tandis qu’il était sous une théocratie divine, et pendant son établissement en Canaan jusqu’au temps de son retour de Babylone, et de là jusqu’à la destruction de son second temple, etc., par les Romains. À vrai dire, considérant à qui je parle, à des personnes versées dans l’histoire sacrée et profane, je n’ai mentionné ces choses que pour réveiller vos esprits par manière de souvenir.

Mais si nous descendons de l’ère juive à l’ère chrétienne, nous trouverons que son commencement fut, aux yeux du monde, un « jour des faibles commencements » en vérité. Notre bienheureux Seigneur compare le commencement de ses progrès dans le monde à un grain de sénevé, qui, bien qu’il soit la plus petite de toutes les semences quand on le sème, devient bientôt un grand arbre, et s’étend de telle sorte que « les oiseaux du ciel », c’est-à-dire une multitude de toute nation, de toute langue et de tout idiome, viennent habiter dans ses branches ; et ses progrès intérieurs dans le cœur du croyant, Christ les compare à un peu de levain qu’une femme a caché dans trois mesures de farine. Combien les deux économies, juive et chrétienne, ont été, et sont encore aujourd’hui, méprisées pour cette raison même par les sages disputeurs de ce siècle, c’est ce qui est manifeste pour tous ceux qui lisent les oracles vivants avec une attention convenable. Quelle dérision, quel opprobre, quelle opposition invétérée le christianisme rencontre de nos jours, non seulement de la part du déiste déclaré, mais de la part de ceux qui font profession de religion de façon toute formelle, cela n’est que trop évident pour toute âme vraiment pieuse.

Et quelle opposition le royaume de la grâce rencontre dans le cœur, c’est ce que savent bien tous ceux qui connaissent leur cœur par expérience : ils savent, à leur douleur, ce que le grand apôtre des Gentils veut dire par « l’Esprit qui lutte contre la chair, et la chair contre l’Esprit ».

Mais les oracles sacrés et les histoires de tous les âges nous apprennent que Dieu accomplit les plus grandes choses, non seulement par des moyens petits et invraisemblables, mais par des voies et des moyens directement opposés aux raisonnements charnels des hommes irréfléchis : il choisit celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont. Comment le christianisme s’est-il répandu et a-t-il fleuri, par le moyen d’un homme qui fut méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, et qui expira sur une croix ? Il fut méprisé et rejeté, non seulement par le vulgaire et les ignorants, mais par les rabbins et les docteurs d’Israël, les scribes et les pharisiens, qui étaient eux aussi tenus par les hommes d’Église juifs en si haute réputation pour leur sainteté extérieure, que c’était devenu un proverbe commun : « S’il n’en allait que deux au ciel, l’un serait un scribe, et l’autre un pharisien. » Et pourtant ce furent eux qui s’efforcèrent d’étouffer la voix de tous ses miracles et de sa doctrine céleste par ces mots : « N’est-ce pas le fils du charpentier? » Bien plus : « Il est fou, pourquoi l’écoutez-vous ? Il a un démon, et il chasse les démons par Béelzébul, prince des démons. » Et leur haine le poursuivit non seulement jusqu’à la mort, mais au-delà de la mort, et jusque dans le tombeau. « Nous nous souvenons (disaient-ils) que cet imposteur a dit : Après trois jours je ressusciterai. Ordonne donc que le sépulcre soit gardé » ; mais, en dépit de toutes vos impuissantes précautions, en scellant la pierre et en postant une garde, il rompit les liens de la mort, et, selon ses prédictions répétées, il se montra Fils de Dieu avec puissance en ressuscitant des morts le troisième jour. Et ensuite, en présence de grandes multitudes, il fut élevé dans la gloire ; et en preuve de cela il envoya le Saint-Esprit (sur la mission duquel il avait engagé tout son crédit auprès de ses disciples), d’une manière si soudaine et si étonnante qu’on aurait pensé qu’elle eût forcé et contraint tous ceux qui la virent à reconnaître que c’était vraiment là le doigt de Dieu.

Et pourtant, comment cette grande action fut-elle traitée ? Avec le dernier mépris : lorsque soudain les apôtres devinrent orateurs et linguistes, et parlèrent avec une profusion divine des merveilles de Dieu, « ces hommes (disaient quelques-uns) sont pleins de vin doux. » Et pourtant, par ces hommes, de pauvres pêcheurs, des hommes sans lettres, des idiots selon l’opinion des scribes et des pharisiens, et malgré toute l’opposition de la terre et de l’enfer, et cela uniquement par la folie de la prédication, ce grain de sénevé crût, jusqu’à ce que des milliers, des myriades de myriades, une foule que personne ne peut compter, de toute nation, de toute langue et de tout peuple, vinssent habiter sous ses branches.

Et ce n’est pas encore là qu’il s’arrêtera ; quelque sombre parenthèse qui puisse survenir, nous avons l’assurance qu’étant toujours arrosé par la même main divine, il poussera des racines de plus en plus profondes par-dessous, et portera de plus en plus de fruit par-dessus, jusqu’à ce que toute la terre soit remplie de la connaissance de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent. Qui vivra quand Dieu fera cela ? Hâte, ô Seigneur, ce temps bienheureux ! Oh ! que ton règne vienne ! Qu’il vienne, non seulement par la prédication extérieure de l’Évangile dans le monde, mais par sa puissance qui renouvelle, qui régénère le cœur, qui transforme l’âme, auprès des pécheurs réveillés ! Faute de cela, hélas ! hélas ! quand même nous connaîtrions tous les mystères, et que nous parlerions les langues des hommes et des anges, nous ne serions que comme un airain qui résonne, ou comme autant de cymbales qui retentissent.

Et pourtant, quel « jour des faibles commencements » que la première implantation de la semence de la vie divine dans l’âme de l’homme ! Notre Seigneur, qui seul est le chef et le consommateur de notre foi, pouvait bien la comparer à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée. Comparaisons basses, images vulgaires que celles-là, aux yeux de ceux qui, ayant des yeux, ne voient point ; qui, ayant des oreilles, n’entendent point ; dont le cœur, s’étant appesanti, ne peut et ne veut comprendre ! Pour de tels hommes, cette œuvre est méprisable, mystérieuse et inintelligible dans sa description ; et, s’il est possible, infiniment plus encore lorsqu’elle est rendue efficace par la puissance de Dieu au salut d’une âme particulière. Car la sagesse de Dieu sera toujours folie pour l’homme naturel. Comme il en était autrefois, ainsi en est-il maintenant : ceux qui sont nés selon la chair persécuteront ceux qui sont nés selon l’Esprit ; le disciple doit être comme son maître : ceux qui veulent vivre pieusement en lui, ceux qui vivent le plus pieusement en lui, doivent souffrir, souffriront la persécution. Cela est tellement lié à la nature même et à l’existence de l’Évangile que notre Seigneur en fait l’une des béatitudes, dans ce bienheureux sermon qu’il prêcha alors que, pour employer les paroles de mon vieil et intime ami, le séraphique Hervey, une montagne était sa chaire, et les cieux son abat-voix. C’est là un point qui, comme d’autres de même nature, sera, je crois, peu goûté de ceux qui ne cessent de crier contre ce petit nombre d’âmes hautement favorisées qui osent se lever et prêcher la doctrine de la justification par la foi seule dans la justice imputée de Jésus-Christ, et à qui l’on reproche de ne pas prêcher, comme leur Maître, la morale, comme ils disent, dans son glorieux sermon sur la montagne ; car si nous la prêchions davantage, et si nous la vivions davantage, nous verrions bientôt qu’on dirait faussement de nous toute sorte de mal à cause de Christ.

Mais cela empêchera-t-il le progrès, la croissance et l’achèvement de l’œuvre ? Et le chrétien devra-t-il pour autant être consterné et découragé ? À Dieu ne plaise ! Au contraire, le plus faible des croyants peut et doit se réjouir et être dans l’allégresse. Et pourquoi ? Pour une excellente raison : c’est que celui qui a commencé la bonne œuvre s’est aussi engagé à l’achever ; bien que Christ l’ait trouvé aussi noir que l’enfer, il le présentera, lui et chacun de ceux qu’il a acquis par son sang, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, devant la Présence divine. Ô glorieuse perspective ! Comme les saints triompheront alors, et comme les fils de Dieu pousseront des cris de joie ! S’ils poussèrent des cris de joie lorsque Dieu dit : « Que la lumière soit! Et la lumière fut. » et s’il y a de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, comme les voûtes célestes retentiront et résonneront de louanges, lorsque tous les rachetés du Seigneur paraîtront ensemble, et que le Fils de Dieu dira : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Au contraire, quels pleurs, quelles lamentations et quels grincements de dents il y aura, non seulement parmi le diable et ses anges, mais parmi les lâches et les incrédules, quand ils verront que toutes les tentations et toutes les ruses de l’enfer, au lieu de détruire, ont été dirigées par Dieu pour l’avancement de l’Évangile en général, et pour l’accroissement et la croissance de la grâce en chaque croyant en particulier ! Et comme les contempteurs regarderont alors, seront étonnés et périront, lorsqu’ils seront obligés de dire : « Insensés que nous étions, nous regardions leur vie comme une folie, et leur fin comme sans honneur ; mais comment sont-ils comptés parmi les enfants de Dieu, et combien leur partage est heureux parmi les saints ! »

Mais où vais-je ? Pardonnez-moi, mes chers auditeurs, si vous pensez que c’est là une digression de mon sujet principal. Il est vrai que, tandis que je médite, le feu commence à s’allumer : je prends mon vol, mais pas assez haut, j’espère, pour perdre de vue mon sujet principal. Et pourtant, après avoir médité et parlé de la naissance et des progrès de l’Évangile du royaume, il me sera quelque peu difficile de descendre assez bas pour vous entretenir des petits commencements de cette colonie naissante, et de la maison des orphelins dans laquelle je prêche en ce moment. Mais je me jugerais inexcusable en cette occasion si je ne vous retenais un peu plus longtemps, pour jeter un coup d’œil rapide sur les traces de la divine Providence dans la naissance et les progrès de la colonie en général, et dans l’institution de cette maison des orphelins en particulier. Des enfants qui ne sont pas encore nés auront, j’en ai la confiance, l’occasion de bénir Dieu pour l’une et pour l’autre.

Le dessein même de cet établissement, puisque la charité nous incline à tout espérer, était qu’il fût un asile et un lieu d’activité pour tous ceux qui étaient dans la détresse ; pour les étrangers aussi bien que pour les natifs ; pour les Juifs et pour les Gentils. Le 1er février, jour dont la mémoire devrait, je pense, être toujours perpétuée, le premier embarquement se fit avec quarante-cinq familles anglaises ; des hommes qui avaient autrefois vécu dans l’aisance dans leur pays natal, et qui, avec beaucoup de Salzbourgeois persécutés, conduits par un bon vieux soldat de Jésus récemment décédé, le révérend M. Boltzius, vinrent chercher ici un refuge. Ils vinrent, ils virent, ils travaillèrent, et s’efforcèrent de s’établir ; mais, par un défaut essentiel, quoique bien intentionné, dès le commencement même de l’établissement, défaut trop bien connu de quelques-uns des assistants, et trop longtemps et trop vivement ressenti pour qu’il soit besoin de le rappeler, qui interdisait l’importation et l’emploi des nègres, etc., leur nombre diminua graduellement, et les choses furent réduites à un si bas état que toute la colonie devint un proverbe d’opprobre.

Vers ce temps-là, en l’année 1737, y ayant été poussé auparavant par une forte impulsion à laquelle je ne pouvais nullement résister, je vins ici, à l’exemple de mes dignes et révérends amis, MM. John et Charles Wesley, et M. Ingham, qui, avec les vues les plus désintéressées, étaient venus servir la colonie en s’efforçant de convertir les Indiens. Je vins avec joie servir aussi la colonie, et devenir votre serviteur volontaire pour l’amour de Christ. Mon ami et père, le bon évêque Benson, m’y encouragea, bien que mes frères et mes parents selon la chair, aussi bien que mes amis religieux, s’y fussent opposés. Je vins, et je vis (vous ne vous offenserez pas que je dise la vérité) la nudité du pays. Je distribuai avec joie, parmi mes pauvres paroissiens, les quelque quatre cents livres sterling que j’avais recueillies en Angleterre. La nécessité et la convenance d’ériger une maison des orphelins avaient été mentionnées et recommandées avant mon premier embarquement. Mais, estimant que c’était une affaire de trop grande importance pour être entreprise à la légère, je différai la poursuite de ce louable dessein jusqu’à mon retour en Angleterre, en l’année 1738, afin d’y recevoir l’ordination de prêtre.

Misérable était la condition de beaucoup de personnes âgées, aussi bien que d’enfants, que j’avais laissés derrière moi. Je m’efforçai de plaider leur cause aussitôt après mon arrivée ; mais, les églises m’ayant été refusées, ces églises où j’avais, l’année précédente, recueilli plusieurs centaines de livres pour les écoles de charité de Londres, je m’efforçai de plaider leur cause en plein champ. Le peuple y jeta ses pites de très bon cœur ; une ou deux fois, je crois, on recueillit vingt-deux livres en monnaie de cuivre ; les aumônes étaient accompagnées de beaucoup de prières, et elles posèrent, comme je le leur dis, et j’en suis persuadé, un fondement béni pour l’édifice charitable à venir. En peu de temps, bien qu’elles eussent été pour ainsi dire arrachées du feu, les collectes et les contributions charitables s’élevèrent à plus de mille livres sterling.

Là-dessus je me rembarquai, en passant par Philadelphie, et, à ma seconde arrivée, je trouvai l’emplacement fixé ; mais, hélas ! qui peut décrire l’abaissement auquel il était réduit ! Presque tout le pays était laissé dans la désolation, et la capitale, Savannah, n’était que comme une cabane dans une vigne, ou comme une hutte dans un champ de concombres. Beaucoup d’orphelins, dont les parents leur avaient été enlevés par les détresses qui accompagnent naturellement les nouveaux établissements, étaient dispersés çà et là dans un état d’abandon et de dénuement extrême ; mes entrailles furent émues pour eux, et, animé par l’exemple du grand professeur Franck, avant de les amener ici je louai une maison, j’aménageai une infirmerie, j’employai tous ceux qui étaient capables de travailler, et, en quelques semaines, je me rendis à la maison de Dieu avec une grande famille de plus de soixante orphelins, et d’autres dans une condition tout aussi mauvaise.

Le 25 mars 1740, dans la pleine assurance de la foi, je posai les fondements de cette maison ; et l’année suivante, j’y fis entrer ma famille d’orphelins, qui, avec les ouvriers, formait alors le nombre de cent cinquante personnes : grâce à l’argent dépensé pour eux, le petit nombre qui restait fut retenu dans la colonie, et mis en état de payer les dettes qu’il avait contractées ; de sorte que, dans un mémoire présenté à la Chambre des communes par quelques-uns qui, pour de très bonnes raisons, voulaient que la constitution de la colonie fût changée, ils déclarèrent que l’existence même de la colonie était due en grande partie, sinon entièrement, à la construction et à l’entretien de la maison des orphelins.

Trouvant le soin d’une telle famille incompatible avec le soin que l’on doit à une paroisse, je donnai d’abord avis aux administrateurs d’alors, puis je renonçai à la cure de Savannah, dont je m’étais volontairement chargé sans honoraires ni récompense : je parcourus ensuite les colonies du Nord, et plus tard je retournai une fois encore en Angleterre. Quelle calomnie, quelle charge d’opprobres je fus appelé à subir pendant bien des années, en me faisant ainsi mendiant pour une famille, peu de personnes ici présentes ont besoin qu’on le leur apprenne ; une famille qui ne m’était unie par aucun lien de la nature ; une famille qu’il fallait non seulement nourrir, mais aussi vêtir et instruire, et cela dans la partie la plus chère des possessions de Sa Majesté, sur une lande de pins, et dans une colonie où l’emploi des nègres était entièrement interdit : cela parut si invraisemblable que tous ceux qui le voyaient s’attendaient chaque jour à son déclin et à sa ruine.

Mais, béni soit Dieu, l’édifice avança et prospéra, et le moment souhaité est maintenant venu : après avoir soutenu la famille pendant trente-deux ans, grâce à un changement de constitution et à la faveur du gouvernement, avec de généreux dons des provinces du Nord, et surtout des provinces voisines, les mêmes mains qui ont posé les fondements sont maintenant appelées à l’achever, en y ajoutant un siège du savoir, dont tous les produits et tous les profits doivent aller à l’accroissement du fonds, comme au commencement, en faveur des orphelins sans ressources, ou des jeunes gens que Dieu pourra appeler au saint ministère de son Évangile. Je n’ai besoin d’inviter personne ici à crier : « Grâce, grâce pour elle! » Car, après l’examen le plus rigoureux des intentions de ceux qui y ont été employés, et considérant les diverses épreuves qu’ils ont été appelés à subir, et l’opposition que l’édifice a rencontrée de toutes parts, nous pouvons justement dire : « Ce n’est ni par la puissance ni par la force, mais par ton Esprit, ô Seigneur », que cette œuvre a été poursuivie jusqu’ici ; c’est son œuvre, qu’elle soit un prodige à nos yeux. C’est pourquoi nous voudrions maintenant, avec une humble reconnaissance, dresser notre Ében-Ézer, et dire : « Jusqu’ici, Seigneur, tu nous as secourus » ; et pourquoi douterions-nous que celui qui nous a secourus jusqu’ici ne continue à nous secourir, quand les têtes fatiguées des premiers fondateurs et des aides présents seront couchées dans le silence du tombeau ?

Je sais fort bien quelle tâche odieuse ce doit être, pour une personne dans ma situation, de parler ainsi d’une affaire dans laquelle elle a été si fort engagée. Quelques-uns penseront peut-être que je suis devenu insensé en me glorifiant ainsi. Mais comme je suis maintenant, béni soit Dieu, au déclin de ma vie, et que, selon toute probabilité, je ne serai jamais présent pour célébrer un autre anniversaire, j’ai jugé bon d’être un peu plus explicite, afin que, si j’ai dit autre chose que la vérité, je puisse être confondu ; et sinon, afin que les âges futurs et les successeurs à venir voient avec quelle pureté d’intention, et par quelles diverses interventions de la Providence, l’œuvre a été commencée et poursuivie jusqu’à sa hauteur présente.

C’est la lecture d’un récit semblable, écrit par le feu professeur Franck, qui m’encouragea : qui sait si, dans la suite, la lecture de quelque chose de même nature n’encouragera pas d’autres hommes à commencer et à poursuivre ailleurs une œuvre semblable ? J’ai dit sa hauteur présente, car je voudrais humblement espérer que ce n’est là, relativement parlant, qu’un « jour des faibles commencements », que l’aurore de scènes plus brillantes. Les génies particuliers et les individus, aussi bien que les corps collectifs, ont, comme le corps humain, leur âge de minorité, leur état d’enfance et de jeunesse, avant d’arriver à leur zénith, et c’est graduellement qu’ils déclinent dans leur vie. Mais j’espère pourtant que la province et Béthesda ne sont encore que dans leur état d’enfance ou de jeunesse. Et longtemps, longtemps puissent-elles croître et faire de grands pas, jusqu’à ce qu’elles parviennent à un zénith glorieux ! Je ne parle pas seulement du commerce, du négoce et de l’opulence (bien que je sois loin de vouloir les exclure de la province, et que je sois reconnaissant des progrès qu’elle a déjà faits), mais d’un zénith de glorieuses bénédictions de l’Évangile, sans lesquelles tous les avantages extérieurs sont moins que rien, ou comme de la poussière sur une balance : « Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme? »

Qui peut s’imaginer que le prophète Zacharie eût été envoyé pour fortifier les mains de Zorobabel dans la construction et la pose des fondements du temple, si ce temple ne devait pas être fréquenté par des adorateurs qui adoreraient le Père en esprit et en vérité ? Les édifices les plus fastueux, les temples les plus majestueux, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées solennelles, ne sont que de solennelles moqueries que Dieu ne peut supporter. Dieu l’a montré par la destruction du premier et du second temple. Que sont devenues les sept Églises d’Asie ? Comment tous leurs chandeliers d’or ont-ils été renversés ? « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » Et je n’attends pas que cette maison prospère plus longtemps que la puissance de la religion y sera encouragée et avancée, et que ceux qui y seront élevés poursuivront leurs études, non seulement pour devenir de grands savants, mais de bons saints.

Béni soit Dieu ! Je puis dire avec le professeur Franck que c’est en grande partie à l’esprit désintéressé de mes premiers collaborateurs, aussi bien que de ceux qui sont maintenant employés, que l’édifice doit d’être parvenu à sa hauteur présente. Je suis tenu de le dire, non seulement en l’honneur de ceux qui sont maintenant auprès de Dieu, mais de ceux qui sont présentement devant moi. Et je n’ose pas conclure sans offrir à

Votre Excellence notre grain de poivre de reconnaissance pour la faveur que vous avez toujours témoignée à l’institution de Béthesda, et pour l’honneur que vous nous avez fait l’an dernier en posant la première brique de ces ailes que vous voyez là-bas : en agissant ainsi, vous avez honoré le Dieu de Béthesda. Puisse-t-il longtemps prendre plaisir à vous honorer ici sur la terre ! Et, après une vie consacrée à sa gloire et au bien de votre pays, puisse-t-il vous honorer durant toute l’éternité, en vous plaçant à la droite de Christ dans le royaume d’en haut !

Après Votre Excellence, mon cher Monsieur le Président, je dois vous prier d’accepter à la fois mes remerciements et mes félicitations au retour annuel de cette fête. Car vous fûtes non seulement mon cher et intime ami, et mon premier compagnon de voyage dans cette province naissante ; mais vous fûtes conduit par la Providence en ce lieu, vous posâtes la deuxième brique de cette maison, vous avez veillé, prié et travaillé pour le bien de la famille : témoin d’innombrables épreuves, compagnon de mes joies et de mes peines, vous aurez maintenant le plaisir de voir la maison des orphelins devenue un rameau fertile, dont les branches s’élèvent au-dessus de la muraille. Pour cela, sans doute, Dieu vous a souri et vous a béni d’une manière que nous ne pouvions espérer, et moins encore projeter ; et puisse-t-il continuer à vous bénir de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ Jésus. Portez les regards sur le rocher d’où vous avez été taillés, et puissent vos enfants n’avoir jamais honte que leur père ait quitté son pays natal et épousé une vraie chrétienne, née de nouveau sous ce toit. Puisse le Dieu de Béthesda accorder que ce soit là l’heureux partage de vos enfants et des enfants de vos enfants !

Messieurs du conseil de Sa Majesté,

Monsieur l’Orateur, et vous, membres de l’Assemblée générale, beaucoup de remerciements vous sont dus pour votre récente adresse à Son Excellence en faveur de Béthesda. Votre recommandation commune, lors de mon dernier séjour ici, bien qu’elle soit pour le moment rendue vaine, en quelque mesure par l’étroitesse de certains, qui voulaient qu’elle fût restreinte à un parti, j’ai pourtant la confiance que l’événement prouvera que tout sera dirigé par Dieu pour l’avancement de l’œuvre. Je répète ici ce que j’ai souvent déclaré : autant qu’il dépendra de moi, avant et après ma mort, Béthesda reposera toujours sur une large base. Toutes les dénominations ont donné libéralement ; toutes les dénominations, tout le continent, Dieu m’étant en aide, en recevront le bienfait. Puisse le Dieu de Béthesda vous bénir tous ! Dans votre condition privée aussi bien que publique ; et puisque vous avez l’honneur d’être les représentants d’un peuple aujourd’hui florissant et croissant, puissiez-vous être dirigés dans toutes vos voies ! Puissent la vérité, la justice, la religion et la piété être établies parmi vous dans toutes les générations !

Enfin, mes révérends frères, et vous, habitants de la colonie, recevez mes remerciements sincères pour l’honneur que vous m’avez fait en nous permettant de vous voir aujourd’hui à Béthesda. Vous, Monsieur, pour le sermon que vous avez prêché ici l’an dernier. Dites-le en Allemagne, dites-le à mon grand et bon ami, le professeur Franck, que le Dieu de Béthesda est un Dieu dont la miséricorde dure à toujours. Oh ! accordez-nous vos ferventes prières ! Exhortez votre peuple à ne pas « mépriser le jour des faibles commencements ». Quelle est l’œuvre de Dieu ! Dès son enfance, cette colonie a été bénie de beaucoup de fidèles ministres de l’Évangile : oh ! que ceci soit une pépinière pour beaucoup d’autres ! Tel a été le cas du collège de la Nouvelle-Angleterre depuis près d’un siècle, et pourquoi n’en serait-il pas de même de l’académie de la maison des orphelins de Géorgie ?

Hommes frères, pères, vous tous, habitants ou étrangers, qui avez honoré ce jour de votre présence, donnez-nous en outre la bénédiction de vos prières. Et oh ! que le Dieu de Béthesda fasse que ce jour, bien qu’il ne soit qu’un jour des faibles commencements, produise de grandes choses pour les âmes de tous ceux parmi lesquels je viens de prêcher le royaume de Dieu. Ce sera en vérité un grand et heureux jour, si Jésus-Christ, notre grand Zorobabel, veut, par la puissance de l’Esprit éternel, bénir quelque chose de ce qui vient d’être dit, pour que toute montagne de difficulté qui se trouve sur le chemin de votre conversion soit aplanie. Et qui es-tu, grande montagne, que tu sois la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, ou l’orgueil de la vie, le péché ou la propre justice ? Devant le Dieu de notre Béthesda, tu seras aplanie.

Frères, mon cœur s’est élargi envers vous : il est écrit, béni soit Dieu de ce qu’il est écrit, « qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre ». Oh ! puissions-nous être un peuple de bonne volonté au jour de sa puissance ! Regardez, regardez à lui, vous tous qui êtes placés en ces extrémités de la terre. Cette maison a souvent été une maison de Dieu, une porte des cieux, pour quelques-uns de vos pères. Puisse-t-elle être une maison de Dieu, une porte des cieux, pour les enfants aussi ! Venez à lui, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et il vous donnera du repos ; le repos de la culpabilité, le repos de la puissance, le repos du châtiment du péché ; le repos de la crainte des jugements divins ici-bas, le repos auprès de lui-même éternellement dans l’au-delà. Ne craignez point, bien que les commencements ne soient que faibles : Christ ne méprisera pas le jour des faibles commencements. Il ne brisera point le roseau cassé, Et il n’éteindra point le lumignon qui fume, Jusqu’à ce qu’il ait fait triompher la justice. Ses mains, qui ont posé les fondements, l’achèveront aussi : encore un peu de temps, et la pierre du faîte sera posée au milieu des acclamations, et les hommes et les anges s’uniront pour crier : « Grâce, grâce pour elle! » Que tous ceux qui sont présents soient de cet heureux nombre, c’est ce que Dieu veuille accorder dans son infinie miséricorde, par Jésus notre Seigneur.

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