Chapitre 9 · 52 min de lecture · 1 h 8 min d’écoute
Notes
DIEU GLORIFIÉ DANS LA DÉPENDANCE DE L’HOMME
1. Dieu glorifié. La page de titre de l’édition originale de ce sermon, le premier ouvrage que l’auteur ait publié, se lit ainsi : « Dieu glorifié dans l’œuvre de la rédemption par la grandeur de la dépendance de l’homme à son égard, dans l’ensemble de cette œuvre. Prêché à la Conférence publique de Boston, le 8 juillet 1731. Et publié à la demande de plusieurs, ministres et autres, de Boston, qui l’entendirent. Par Jonathan Edwards, A. M., pasteur de l’Église de Christ à Northampton. Juges 7:2. — Il pourrait en tirer gloire contre moi, et dire: C’est ma main qui m’a délivré. Boston : imprimé par S. Kneeland et T. Green, pour D. Henchman, à la boutique du coin, du côté sud de l’Hôtel de ville. 1731. »
La Conférence publique, ou Conférence du jeudi, qui remontait à l’ordination du révérend John Cotton en 1633, se poursuivit, avec quelques interruptions, jusqu’au siège de 1775 ; rétablie plus tard, elle existerait encore, assure-t-on, ou du moins existait il y a peu (voir la préface du Dr Samuel A. Eliot à Pioneers of Religious Liberty in America, Boston, 1903). Elle était célèbre parmi les institutions sociales et religieuses de la Boston coloniale. À une certaine époque, la Cour générale ajournait régulièrement ses séances pour y assister ; et que le gouverneur pût célébrer Noël tout en la négligeant, le vieux juge Sewall le tenait pour un grave sujet de reproche. Les prédicateurs étaient choisis parmi les théologiens les plus éminents, non seulement de Boston, mais de toute la colonie. On rapporte, par exemple, de Solomon Stoddard, grand-père d’Edwards et son prédécesseur dans le pastorat de Northampton, qu’il assistait chaque année à la cérémonie de remise des diplômes de Harvard et prêchait le lendemain la Conférence publique. C’était donc un grand honneur pour Edwards, jeune homme de vingt-sept ans, d’être invité à prêcher dans cette chaire.
Lui-même semble avoir pleinement mesuré à la fois l’honneur et l’occasion qui lui étaient offerts. Le manuscrit original témoigne de la préparation la plus soigneuse. Dans l’énoncé de la Doctrine, par exemple, on relève plusieurs ratures et corrections avant que la formule juste soit trouvée. Le sermon imprimé montre une élaboration plus poussée encore. Edwards choisit pour sujet un aspect d’un thème qui était central et dominant dans sa pensée : la souveraineté de Dieu. Son esprit s’était arrêté sur ce sujet, sous toutes ses faces, depuis l’enfance. Il l’avait surtout médité dans son rapport avec la doctrine des décrets, doctrine qu’il trouva d’abord révoltante, mais à la fin « extrêmement agréable, lumineuse et douce ». Personne depuis Augustin n’a mis en relief, comme il l’a fait, la souveraineté absolue de Dieu et la dépendance correspondante de l’homme. Cette conception de la volonté arbitraire de Dieu — arbitraire, non pas en tant qu’irrationnelle ou étrangère à la justice et à la bienveillance divines, mais en tant qu’elle est « sans restriction, ni contrainte, ni obligation » — n’était pas seulement l’épine dorsale de son système, mais son cœur, le principe qui anime le tout et y fait battre la vie. C’est le fondement ultime de sa philosophie comme de sa foi religieuse. Dans cette première publication comme dans les grands traités théologiques qui furent ses derniers écrits, il est partout le champion, à la manière d’un prophète, de cette idée suprême, face à tous ces systèmes de théologie, généralement qualifiés d’arminiens, qui impliquaient à ses yeux chez l’homme un degré d’indépendance incompatible avec la souveraineté absolue qu’il regardait comme la gloire distinctive de Dieu.
Le sermon produisit une impression profonde, comme le montrent à la fois la demande immédiate de sa publication, indiquée sur la page de titre, et la préface élogieuse de l’édition originale, signée de deux des principaux ministres de Boston, le révérend Thomas Prince, de l’Old South Church, et le révérend William Cooper, de l’église de Brattle Street. « Ce ne fut pas sans peine, écrivent ces messieurs, que l’on put vaincre la jeunesse et la modestie de l’auteur, pour qu’il consentît à paraître comme prédicateur à notre conférence publique, et ensuite à nous donner une copie de son discours, à la demande de divers ministres et d’autres personnes qui l’entendirent. Mais, comme nous trouvâmes bientôt en lui un ouvrier qui n’a point à rougir devant ses frères, notre satisfaction n’en fut que plus grande de le voir choisir un sujet si noble, et le traiter avec tant de force et de clarté, comme les esprits judicieux le reconnaîtront dans la composition qui suit : un sujet qui assure à Dieu son grand dessein dans l’œuvre de la rédemption de l’homme déchu par le Seigneur Jésus-Christ, laquelle est manifestement disposée de telle sorte que la gloire du tout revienne à lui, le bienheureux auteur, acquéreur et dispensateur de cette œuvre ; un sujet qui pénètre profondément dans la religion pratique ; sans la foi en lequel celle-ci ne tarderait pas à mourir dans le cœur et dans la vie des hommes. Nous ne pouvons donc qu’exprimer notre joie et notre reconnaissance de ce que le grand Chef de l’Église veuille bien susciter encore, du milieu des enfants de son peuple, pour pourvoir à ses Églises, des hommes qui affirment et soutiennent ces principes évangéliques ; et de ce que nos Églises, malgré toutes leurs dégénérescences, aient encore en haute estime les justes principes et ceux qui les professent et les enseignent publiquement. Et, de même que nous ne pouvons que souhaiter et demander dans nos prières que le collège de la colonie voisine, aussi bien que le nôtre, soit la mère féconde de beaucoup de fils tels que l’auteur, de même nous nous réjouissons de tout cœur de la faveur spéciale de la Providence, qui a fait un don si riche à l’heureuse Église de Northampton, laquelle a, durant tant de lustres, fleuri sous l’influence de doctrines si pieuses, qui lui furent enseignées par l’excellent ministère de son vénérable pasteur défunt, dont nous espérons que le don et l’esprit vivront et brilleront longtemps dans son petit-fils, afin qu’ils abondent en tous les aimables fruits de l’humilité et de la reconnaissance évangéliques, à la gloire de Dieu. »
6. C’est par pure grâce … pour nos âmes. Ce passage peut servir à illustrer la manière dont Edwards développait ses sermons pour l’impression (voir l’Introduction, p. xxix). Le manuscrit porte ce qui suit : « La grâce dans le don de ce présent fut grande à proportion de notre indignité, il nous fut donné à nous qui, au lieu de mériter de D. ce qui est d’une valeur si infinie, méritions de lui un mal infini. » Vient ensuite un blanc, au-dessus et au-dessous duquel, dans l’interligne, se trouvent ces mots : « à proportion de la félicité que nous avons du bienfait que nous avons donné en lui. » Puis le texte continue : « le donateur, en donnant ce don, est grand selon la manière de donner. Il nous l’a donné incarné, il nous l’a donné immolé, afin qu’il fût un festin pour nos âmes. »
LA RÉALITÉ DE LA LUMIÈRE SPIRITUELLE
21. Lumière divine et surnaturelle. La page de titre originale de ce sermon, le deuxième que l’auteur ait publié, se lit ainsi : « Une lumière divine et surnaturelle, immédiatement communiquée à l’âme par l’Esprit de Dieu, démontrée être une doctrine à la fois scripturaire et rationnelle ; dans un sermon prêché à Northampton, et publié à la demande de quelques-uns des auditeurs. Par Jonathan Edwards, A. M., pasteur de l’Église de ce lieu. Job 28:20. D’où vient donc la sagesse? Où est la demeure de l’intelligence? Proverbes 2:6. L’Éternel donne la sagesse. Ésaïe 42:18. Aveugles, regardez et voyez! 2 Pierre 1:19. Jusqu’à ce que le jour vienne à paraître et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs. Boston : imprimé par S. Kneeland et T. Green, M,DCC,XXXIV. » Le sermon est précédé d’une préface où Edwards se défend modestement de toute présomption ou vanité en le publiant, et prie ses lecteurs de le lire sans prévention à cet égard, ou en raison du peu de faveur dont jouit son sujet. Voilà pour le grand public. Ce qu’il dit à ses propres paroissiens montre combien leurs relations avec leur jeune ministre étaient alors affectueuses, et combien il les tenait en haute estime ; ces lignes prennent un intérêt poignant au regard du rejet passionné qu’ils lui infligèrent à la fin. « J’ai sujet de bénir Dieu, écrit-il, de ce qu’il existe entre nous une union trop heureuse pour que vous soyez prévenus contre quoi que ce soit qui vient de moi, parce que cela vient de moi. » Il les félicite d’avoir été instruits dès le commencement dans des doctrines telles que celles du sermon. « Et je me réjouis, ajoute-t-il, de ce que la Providence, en ce temps de corruption et de confusion, ait jeté mon sort en un lieu où de telles doctrines, que je regarde comme étant à ce point la vie et la gloire de l’Évangile, ne sont pas seulement reconnues, mais où il y en a tant en qui leur vérité est si manifestement attestée par leur expérience, que quiconque a eu l’occasion de les connaître en ces matières comme je l’ai eue serait bien déraisonnable d’en douter. »
On le regarde à juste titre comme « l’un des plus beaux et des plus éloquents » des sermons d’Edwards (A. V. G. Allen, Jonathan Edwards, p. 67). Il fut prêché à un moment où se multipliaient, parmi les habitants de Northampton, les signes d’un intérêt accru pour la religion, prélude au grand réveil de l’année suivante et de celle d’après. Le manuscrit original porte la date d’août 1733. La mort de M. Stoddard, en 1729, avait levé le frein d’une autorité établie de longue date et jamais contestée, et les conséquences, telles qu’Edwards les décrit, furent déplorables. « Il semblait, dit-il, que ce fût un temps d’extraordinaire torpeur en matière de religion : la licence régna fortement pendant quelques années parmi la jeunesse de la ville ; beaucoup d’entre eux étaient fort adonnés aux promenades nocturnes, à la fréquentation de la taverne et à des pratiques impudiques, en quoi quelques-uns, par leur exemple, corrompirent extrêmement les autres. » « Mais au bout de deux ou trois ans … on commença à voir un amendement sensible de ces maux », et « vers la fin de l’année 1733, il parut une docilité et une disposition à suivre les conseils tout à fait inhabituelles » chez les jeunes gens (Narrative of Surprising Conversions). Ces conditions meilleures réagirent sur le prédicateur, et c’est ainsi que nous avons le sermon sur la lumière spirituelle.
Le principe énoncé dans ce sermon est le principe cardinal et dominant de tout le réveil. Le réveil n’en est que la manifestation et, pour Edwards du moins, la preuve expérimentée de sa vérité. Rien dans son récit du mouvement n’est plus frappant que la manière dont il l’étudie, retraçant minutieusement les détails du processus, s’émerveillant de sa variété, par laquelle le Saint-Esprit rend réel et efficace le message divin (voir Allen, op. cit., p. 143 sqq.). Il n’y avait rien d’essentiellement nouveau dans le principe lui-même ; que Dieu agisse directement sur l’âme, que l’âme soit capable d’une intuition immédiate des choses divines, c’était l’enseignement commun de tous les mystiques, et surtout de tous les mystiques chrétiens. On peut même se demander si la religion, en tant que forme d’expérience personnelle, n’implique pas universellement la conscience de quelque relation transcendante de ce genre (voir W. James, Varieties of Religious Experience, Boston, 1902, passim). Ce qui était nouveau dans la formulation que donna Edwards de cette doctrine, c’était sa manière de la définir, la façon dont il la rattache aux autres parties de son système, l’insistance avec laquelle il affirme le caractère surnaturel de cette illumination divine, la distinction tranchée qu’il établit entre la grâce commune et la grâce spéciale. Sa doctrine de la lumière surnaturelle apparaît, en fait, comme un corollaire nécessaire de sa conception du rapport entre l’homme et Dieu dans l’œuvre de la rédemption, telle qu’il l’exprime dans son sermon sur la dépendance de l’homme. C’est en partie, du moins, de ce point de vue qu’elle lui paraît non seulement scripturaire, mais raisonnable. C’était une doctrine intimement liée à ses vues sur la conversion. C’est pour cette raison, non moins qu’en raison de l’accent qu’elle met sur un principe mystique plutôt que moral ou légal dans la religion, qu’Edwards peut parler de cette doctrine comme « peu en faveur ». La tendance de l’époque était de trouver dans la constitution naturelle de l’homme plus de pouvoir qu’il n’était disposé à lui en reconnaître. Historiquement, pourtant, c’est précisément par cet accent mis sur l’expérience intérieure de la lumière et de la vie de Dieu dans le cœur qu’Edwards opère la transition entre l’ancien calvinisme et la théologie plus libérale de notre temps.
Le manuscrit de ce sermon est plus chargé que d’ordinaire de ratures et d’ajouts, ce qui le rend presque illisible, mais laisse entrevoir quelque chose du labeur et du soin consacrés à sa composition. Il est écrit sur vingt-six pages du format du fac-similé reproduit dans ce volume, la dernière page ne contenant qu’une ligne et demie. Mais le sermon imprimé est plus amplement développé.
LA RÉSOLUTION DE RUTH
45. La résolution de Ruth. Ce sermon était l’un des cinq « Discours sur divers sujets importants, touchant de près la grande affaire du salut éternel de l’âme, à savoir : I. La justification par la foi seule. II. Forcer l’entrée du royaume de Dieu. III. La résolution de Ruth. IV. La justice de Dieu dans la damnation des pécheurs. V. L’excellence de Jésus-Christ. Prononcés à Northampton, principalement au temps de la récente et merveilleuse effusion de l’Esprit de Dieu en ce lieu. Par Jonathan Edwards, A. M., pasteur de l’Église de Christ à Northampton. Deutéronome 4:8 [9]. — Prends garde à toi et veille attentivement sur ton âme, tous les jours de ta vie, de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vues, et qu’elles ne sortent de ton cœur. Boston : imprimé et vendu par S. Kneeland et T. Green, dans Queen Street, en face de la prison. MDCCXXXVIII. » Les quatre premiers de ces discours furent prêchés pendant le réveil de 1734-1735 et furent choisis, au désir des paroissiens, comme ceux dont ils avaient tiré un profit particulier ; le cinquième fut choisi par Edwards lui-même, à la demande de quelques personnes d’une ville voisine qui l’avaient entendu, et parce qu’il pensait qu’un sermon sur l’excellence de Christ pouvait fort à propos suivre les autres, qui étaient d’un caractère propre à réveiller. Ils furent placés en tête de la réimpression américaine du Narrative of Surprising Conversions, publié d’abord en Angleterre. Les frais de leur publication furent couverts par l’assemblée, preuve évidente de son profond intérêt, car elle était alors lourdement grevée par les dépenses du nouveau temple. Voir Dwight, Life of Edwards, p. 140 s. ; cf. la note ci-après, p. 162.
Le sermon sur la résolution de Ruth a été choisi, comme le plus court des discours ci-dessus, pour illustrer un type de sermon de réveil qui contraste nettement avec le sermon « Pécheurs entre les mains d’un Dieu irrité ». Tous, cependant, confirment le témoignage qu’Edwards rend lui-même de sa prédication : « Je ne me suis pas seulement efforcé de vous réveiller, afin que vous fussiez ébranlés par la crainte, mais j’ai employé tous mes efforts pour vous gagner » (Sermon d’adieu). Le manuscrit du sermon est daté d’avril 1735, et il semble avoir été imprimé à très peu près tel qu’il fut écrit.
LES NOMBREUSES DEMEURES
59. Les nombreuses demeures. Le manuscrit de ce sermon, inédit jusqu’ici, est daté : « Le sabbat qui suivit l’attribution des places du nouveau temple, 25 déc. 1737. » L’occasion présentait un intérêt particulier pour les habitants de Northampton. L’ancien temple, élevé en 1661, était devenu trop petit pour l’assemblée et dangereusement délabré ; de fait, un dimanche de mars de l’année où le nouvel édifice fut achevé, tandis qu’Edwards prêchait, juste après qu’il eut « posé ses doctrines » sur le texte : « Voyez, contempteurs, Soyez étonnés et disparaissez », la tribune de devant, « avec un bruit semblable à un coup de tonnerre », s’effondra soudain, de façon spectaculaire. Par bonheur — par une providence spéciale, à ce qu’il sembla à Edwards —, aucune des cent cinquante personnes, plus ou moins, prises dans la catastrophe ne périt, ni même n’eut un os brisé, et dix seulement furent blessées « au point que cela tirât vraiment à conséquence ». Mais l’événement montra que la construction d’un nouveau temple n’avait pas été entreprise trop tôt. La question de ce nouvel édifice avait été soulevée à l’assemblée communale du printemps 1733, mais elle ne fut tranchée qu’en novembre 1735, en partie sans doute sous l’effet du grand réveil de cette année-là, où soixante, quatre-vingts et cent personnes furent reçues dans l’Église à des communions successives. Il fallut ensuite deux ans pour achever la construction. Soit dit en passant, soixante-neuf gallons de rhum, sans compter de nombreux tonneaux de « cidre » et de bière, furent consommés par les ouvriers pendant le seul montage de la charpente. Soixante hommes furent employés à 5s. par jour pour cette partie de l’ouvrage, « se nourrissant eux-mêmes » — comme le porte le journal du diacre Hunt — « hormis les boissons ».
Lorsque l’édifice — comme plusieurs autres de l’époque, une construction spacieuse et oblongue, avec à l’une de ses extrémités une tour, un clocher et une girouette en forme de coq — fut presque terminé, on aborda l’importante question de l’attribution des places dans l’assemblée. C’était, elle aussi, une affaire de la commune. Il avait déjà été décidé, à l’assemblée communale annuelle du printemps, d’avoir des bancs fermés le long des murs et seulement des « sièges », ou bancs ouverts, des deux côtés de l’« allée » (la grande allée centrale). Le plan effectif des places, qui existe encore, montre aussi des bancs fermés autour des bancs ouverts de la nef, séparés des bancs fermés muraux par les allées étroites, et cinq bancs fermés dans la tribune. Ces bancs fermés étaient de la variété haute et carrée, avec des sièges à charnières, et ils étaient manifestement regardés comme des places d’une dignité supérieure. Vers la fin de l’année, la commune tint une série d’assemblées consacrées plus spécialement à l’attribution des places. La question d’importance primordiale concernait la répartition des places selon le rang social. À l’assemblée de novembre, un comité de cinq des citoyens les plus en vue fut chargé de dresser « leur projet ou plan pour l’attribution des places du temple et de le présenter à la commune » pour approbation. Le mois suivant, le comité reçut en outre des instructions par les votes que voici :
« 1. Voté que, dans l’attribution des places du nouveau temple, le comité ait égard principalement à la fortune des hommes.
« 2. Avoir égard à l’âge des hommes.
« 3. Voté qu’un certain égard et une certaine considération [soient accordés] à l’utilité des hommes, mais à un moindre degré. » Et pour qu’aucune erreur ne fût commise, un comité de six membres fut désigné pour « estimer les bancs et les sièges », c’est-à-dire pour en fixer le « rang », ou en évaluer la valeur sociale.
Une autre question connexe concernait la place des deux sexes. À l’assemblée de novembre, il fut voté que les hommes seraient du côté sud, les femmes du côté nord ; les hommes à la droite de la chaire, les femmes à la gauche. À la première assemblée de décembre, la commune refusa expressément de permettre aux hommes et à leurs épouses de s’asseoir ensemble. Mais cette décision allait manifestement contre le sentiment de quelques-uns des membres les plus influents de la communauté, car à l’assemblée ajournée, quatre jours plus tard, lorsque « la question fut posée de savoir s’il serait interdit au comité de placer ensemble les hommes & leurs épouses, surtout ceux qui sont enclins à s’asseoir ensemble : elle fut résolue par la négative ». En vertu de cette autorisation indirecte et restreinte, les gens mariés furent pour la plupart placés ensemble dans les bancs fermés, mais séparément sur les bancs ouverts, tandis que dans certains cas le mari se vit assigner un banc fermé et la femme un banc ouvert.
Les événements et les conditions décrits ici se reflètent dans le sermon d’Edwards, surtout dans ce qu’il dit de l’étendue des « aménagements » du ciel et dans ses remarques sur les « sièges de dignité diverse, et de degrés et de conditions différents d’honneur et de bonheur » qui s’y trouvent, comparés à ce que nous voyons dans les lieux de culte sur la terre.
Pour donner une idée de la taille de l’assemblée d’Edwards à Northampton, il peut être intéressant d’observer que le plan des places mentionné plus haut contient les noms de près de six cents personnes. Et il avait son auditoire tout autour de lui. La chaire, surmontée d’un énorme abat-voix, se trouvait au milieu de l’un des grands côtés de l’édifice, et non à l’extrémité, comme c’est l’usage aujourd’hui. Pour plus de détails, voir J. R. Trumbull, History of Northampton, vol. II, chap. vi.
Ce sermon est rédigé plus complètement que la plupart des sermons inédits d’Edwards. En préparant le texte pour le présent volume, l’éditeur a eu en vue l’analogie générale des autres sermons publiés ici. Les abréviations — X (Christ), G. (God, Dieu), F. H. (Father’s House, la maison du Père), etc. — ont donc été interprétées, et les phrases ou membres de phrase omis, que le manuscrit signale par des tirets ou des blancs, ont été suppléés d’après le contexte. Toutes ces additions, cependant, sont placées entre crochets.
PÉCHEURS ENTRE LES MAINS D’UN DIEU IRRITÉ
78. Pécheurs entre les mains d’un Dieu irrité. La page de titre complète de ce sermon, le plus célèbre d’Edwards, se lisait ainsi dans l’édition originale : « Pécheurs entre les mains d’un Dieu irrité. Sermon prêché à Enfield, le 8 juillet 1741. En un temps de grands réveils ; et accompagné de remarquables impressions sur beaucoup des auditeurs. Par Jonathan Edwards, A. M., pasteur de l’Église de Christ à Northampton. Amos 9:2-3. — S’ils pénètrent dans le séjour des morts, Ma main les en arrachera; S’ils montent aux cieux, Je les en ferai descendre. S’ils se cachent au sommet du Carmel, Je les y chercherai et je les saisirai; S’ils se dérobent à mes regards dans le fond de la mer, Là j’ordonnerai au serpent de les mordre. Boston : imprimé et vendu par S. Kneeland et T. Green, dans Queen Street, en face de la prison, 1741. »
Benjamin Trumbull, dans son History of Connecticut (New Haven, 1818), vol. II, p. 145, rapporte les circonstances dans lesquelles ce sermon fut prononcé, telles que les lui raconta M. Wheelock, un ministre du Connecticut (Enfield, dans le Connecticut, faisait alors partie du comté de Hampshire, dans le Massachusetts), qui l’avait entendu. « Tandis que les habitants des villes voisines, écrit Trumbull, étaient dans une grande détresse au sujet de leur âme, ceux de cette ville-là étaient pleins d’assurance, dissolus et vains. Une conférence avait été fixée à Enfield, et les gens du voisinage, la nuit précédente, furent si affectés de l’insouciance des habitants, et dans une telle crainte que Dieu, dans son juste jugement, ne passât à côté d’eux, tandis que les ondées divines tombaient tout autour d’eux, qu’ils restèrent prosternés devant lui une bonne partie de la nuit, implorant miséricorde pour leurs âmes. Quand vint le moment fixé pour la conférence, un certain nombre des ministres du voisinage s’y rendirent, et quelques-uns de plus loin. Lorsqu’ils entrèrent dans le temple, l’assemblée avait l’air insouciant et vain. Les gens se conduisaient à peine avec la décence ordinaire. Le révérend M. Edwards, de Northampton, prêcha, et avant que le sermon fût achevé, l’assemblée parut profondément saisie et courbée sous une effroyable conviction de son péché et de son danger. Il y eut de tels soupirs de détresse et de tels pleurs que le prédicateur fut obligé de s’adresser à l’auditoire et de demander le silence, afin de pouvoir être entendu. Ce fut le commencement, en ce lieu, de ce même grand et général souci du salut dont la colonie fut visitée dans son ensemble. » Les circonstances dans lesquelles ce sermon fut prêché étaient donc exceptionnelles : l’effervescence du Grand Réveil était à son comble ; l’assemblée à laquelle le sermon s’adressait était notoire pour son apathie ; Edwards sentit sans doute qu’une présentation exceptionnellement forte de leur danger était nécessaire pour les tirer de leur torpeur. Et ce sermon est probablement le plus terrible de son genre qu’ait jamais prononcé un ministre chrétien.
Ce genre, toutefois, n’avait rien d’exceptionnel dans la prédication d’Edwards, en particulier à cette époque. Croyant comme il le faisait que les décisions des hommes en cette vie étaient grosses des conséquences les plus graves pour toute l’éternité, il tenait pour son devoir impérieux de placer ces conséquences devant eux de la manière la plus vive possible. La justice de Dieu dans la damnation des pécheurs ; Le châtiment futur des méchants, inévitable et intolérable ; L’éternité des tourments de l’enfer ; Quand les méchants auront comblé la mesure de leur péché, la colère viendra sur eux jusqu’au bout ; La fin des méchants contemplée par les justes, ou Les tourments des méchants en enfer ne sont pas un sujet d’affliction pour les saints dans le ciel ; Les méchants ne sont utiles que par leur destruction — tels sont quelques-uns des titres de ses sermons. De plus, il y a lieu de croire que ce sermon même, ou un sermon semblable, servit en d’autres occasions que celle à laquelle il est expressément rattaché. Selon une tradition, Edwards le prêcha un jour où Whitfield avait déçu un auditoire en ne paraissant pas, et il produisit par là un grand effet. Le manuscrit est daté de juin 1741, ce qui donne à penser qu’il a pu être prêché à Northampton, ou ailleurs, le mois avant d’être accompagné de si remarquables impressions sur les auditeurs d’Enfield. Mais plus significative encore est l’existence d’un second sermon, non daté, sur le même texte. Dans celui-ci, qui est sans nul doute d’origine plus ancienne, la pensée est développée un peu différemment : il est moins sombre, moins pleinement élaboré, moins terrible ; mais il contient beaucoup des idées — par exemple sur l’incertitude de la vie, la soudaineté avec laquelle la destruction peut surprendre le pécheur, etc. — qui se trouvent dans le sermon d’Enfield. Edwards était manifestement fasciné par ce thème ; il le développe avec la touche assurée d’un grand artiste, avec la force intellectuelle d’un dialecticien habile. Et il proclame son message avec l’intensité de conviction d’un prophète de l’Ancien Testament. Rien d’étonnant à ce que ses auditeurs aient été émus. L’effet eût certainement été moindre s’il y avait eu dans cette prédication quelque note de vindicte personnelle. Mais il n’y a rien de tel ; ce n’est pas en ce sens que le sermon peut être qualifié d’« imprécatoire ». Au contraire, pour ce qui est de l’attitude personnelle d’Edwards, il n’est pas difficile d’y discerner l’émotion et la pitié du plus doux des hommes, pleurant sur la folie insensée de ceux qui, aveugles devant la destruction imminente, refusent les invitations répétées au salut (cf. Matthieu 23:37). Pour le reste, il est tout à fait impersonnel, détaché ; la vérité qu’il prêche est certaine, terrible, mais objective. Sur le lecteur moderne, le sermon risque de produire une impression très pénible, à moins que celui-ci, pour sa part, ne le lise de la même manière impersonnelle et détachée. Ce n’est pas seulement le réalisme de la présentation, mais la dureté de la doctrine qui choque. Edwards, par exemple, parle souvent de la raison pour laquelle les pécheurs ne sont pas immédiatement jetés en enfer ; mais la raison invoquée n’est pas la miséricorde, ni la bonté, ni l’amour de Dieu, mais son seul pouvoir et son bon plaisir souverain. C’est là un aspect de la vérité de l’univers spirituel tel qu’Edwards le voit. Ce n’est pas un sentimental ; il proclame la vérité telle qu’il la trouve. Pour ce qui est d’Edwards lui-même, il n’y a rien dans tout le sermon, ni dans aucun de ses sermons dits « imprécatoires », de moitié aussi révoltant que l’attitude de Dante envers les pécheurs en enfer. Que l’on prenne, par exemple, le cas de Filippo Argenti dans le lac de boue (Enfer, chant viii) : « “Maître, je voudrais bien le voir plongé dans ce brouet avant que nous quittions le lac.” Et lui à moi : “Avant que la rive se laisse voir à toi, tu seras satisfait ; il conviendra que tu jouisses d’un tel désir.” Peu après, je le vis mettre en pièces de telle sorte par les gens fangeux que j’en loue encore Dieu et l’en remercie. Tous criaient : “Sus à Filippo Argenti !” et l’esprit florentin enragé se tournait contre lui-même avec ses dents. »
89. Le Dieu qui vous tient … dans l’enfer. C’est probablement le paragraphe le plus connu de ce sermon trop connu. La comparaison avec le manuscrit original fait apparaître quelques variantes intéressantes par rapport au texte imprimé, et témoigne en même temps du soin délibéré avec lequel les phrases furent ciselées en vue de l’effet calculé. Pour ces deux raisons, le passage est reproduit ici tel qu’il fut écrit.
« Vous êtes au-dessus de la fosse de l’enfer dans la main de Dieu, à peu près comme on tient une araignée ou quelque insecte répugnant au-dessus du feu & il ne s’agit que pour Dieu de vous lâcher & vous tombez dedans. » (Suivent ici quatre lignes indéchiffrables, qui, semble-t-il pourtant, n’appartiennent pas à ce contexte. Le passage se poursuit ensuite à la page suivante du manuscrit.) « & ce D. qui vous tient ainsi dans sa main est fort en colère contre vous & terriblement provoqué. sa colère brûle comme un feu. vous êtes répugnans et haïssables à ses yeux & et dignes d’être brûlés — il vous regarde comme dignes de rien d’autre que d’être jetés au feu vous êtes dix mill. fois plus répugnans à ses yeux que l’insecte le plus immonde ne l’est aux yeux de nous autres hommes & vous l’avez offensé mille fois plus que jamais un rebelle obstiné n’offensa son prince. & pourtant vous êtes dans ses mains & ce n’est rien du tout que son seul bon plaisir qui vous empêche à chaque instant de tomber en enfer il n’y a pas d’autre raison à donner pourquoi vous n’êtes pas allés en enfer la nuit dernière pourquoi vous ne vous êtes pas réveillés en enfer après avoir fermé les yeux pour dormir & il n’y a pas d’autre raison à donner pourquoi vous [n’]êtes [pas] tombés depuis que vous vous êtes levés ce matin oui depuis que vous êtes assis ici dans la maison de D. Provoquant ses Yeux purs par votre manière pécheresse & méchante d’assister à son saint culte Oui il n’y a rien d’autre à donner comme Raison pourquoi vous ne tombez pas à cet instant même en enfer. »
Entre les phrases séparées ici par des espaces plus longs, des traits sont tracés, s’incurvant du bas de la phrase précédente vers le haut de la suivante ; ils indiquent peut-être des pauses oratoires dans le débit, et suggèrent au lecteur moderne une succession de vagues, vague sur vague d’horreur, chacune plus écrasante que celle qui la précédait.
Le passage ci-dessus se trouve dans le manuscrit sous la division I de l’« Application », la division II commençant par : « Et considérez ici plus particulièrement » (p. 89). Les quatre divisions qui suivent correspondent à peu près à celles de l’édition imprimée, mais ne sont que de simples titres, et diffèrent des six divisions esquissées d’abord. Dans le manuscrit est inséré un feuillet volant contenant, de la main d’Edwards, un plan soigné de tout le sermon, tel qu’il aurait pu le dresser en préparant le sermon pour l’impression, ou s’en servir comme de notes pour prêcher. Le manuscrit du sermon entier est court : vingt-deux pages d’écriture seulement, et un feuillet blanc.
UNE VERGE FORTE BRISÉE
98. Le terrible jugement de Dieu. Le manuscrit de ce sermon est daté : « À l’occasion de la mort du col. Stoddard, juin 1748. » Il se compose de cinquante-deux pages du format habituel des sermons manuscrits d’Edwards, mais il présente la particularité inhabituelle d’être écrit sur deux colonnes. Le papier employé provenait en partie de lettres adressées à Edwards, l’écriture passant par endroits sur l’adresse, et les marques du cachet ayant été retirées ; en partie — une vingtaine de pages environ — de morceaux d’un papier fin et doux, profondément découpés le long des bords supérieurs, que l’on croit être des chutes du papier dont Mme Edwards et ses filles se servaient pour confectionner des éventails. Le sermon est manifestement écrit dans une grande hâte, avec peu de corrections, et d’une manière assez complète. La page de titre de la première édition se lit ainsi : « Une verge forte brisée et desséchée. Sermon prêché à Northampton, au jour du Seigneur, le 26 juin 1748, à l’occasion de la mort de l’honorable John Stoddard, Esq., plusieurs fois membre du Conseil de Sa Majesté, pendant de nombreuses années juge en chef de la Cour des plaids communs du comté de Hampshire, juge de l’homologation des testaments, et colonel en chef du régiment, &c., qui mourut à Boston le 19 juin 1748, dans la 67e année de son âge. Par Jonathan Edwards, A. M., pasteur de la première Église de Northampton. Daniel 4:35. — Il agit comme il lui plaît avec l’armée des cieux et avec les habitants de la terre, et il n’y a personne qui résiste à sa main et qui lui dise: Que fais-tu? Boston : imprimé par Rogers et Fowle pour J. Edwards, dans Cornhill, 1748. »
Le colonel Stoddard était le huitième enfant et le quatrième fils du révérend Solomon Stoddard, et donc l’oncle d’Edwards du côté de sa mère. C’était un homme qui tenait une place éminente dans toutes les affaires importantes de la ville, du comté et de la colonie. « Sa vie, dit Trumbull (History of Northampton, vol. II, p. 172), fut le trait d’union entre les deux séries de grands chefs qui dirigèrent les affaires du Massachusetts occidental pendant près d’un siècle trois quarts. Ses prédécesseurs furent John Pynchon, de Springfield, et Samuel Partridge, de Hatfield ; après lui vinrent Joseph Hawley et Caleb Strong, de Northampton, et ces cinq hommes furent les chefs de la Colonie, de la Province et de l’État. » Il était un ferme défenseur de la royauté et de la prérogative royale, et il avait pour cette raison de nombreux adversaires ; mais l’estime générale dont il jouissait se voit à ses nombreuses charges et au fait qu’il fut dix-sept fois réélu représentant du comté à la Cour générale. Il était un ami estimé du gouverneur Shirley, et l’on raconte à ce propos une anecdote caractéristique à son sujet. Un jour, dit-on, il se présenta et demanda à voir le gouverneur alors que celui-ci avait du monde à dîner, mais il déclina l’invitation du domestique à entrer. La compagnie fut surprise et choquée de ce qu’elle regardait comme un manque de courtoisie envers le premier magistrat. « Quel est le nom de ce monsieur ? » demanda le gouverneur. « Je crois, répondit le domestique, qu’il m’a dit s’appeler Stoddard. » « Vraiment ? dit le gouverneur. Excusez-moi, messieurs ; si c’est le col. Stoddard, il faut que j’aille à lui. » (D’après Dwight’s Travels, vol. I, p. 332, cité par Trumbull, op. cit., p. 173.) Sa mort enleva à Edwards l’un de ses plus fermes soutiens, et contribua probablement à l’issue tragique de la grande controverse dans laquelle le prédicateur était alors engagé. À ce propos, il est intéressant de constater que le colonel Stoddard aida en 1736 à tracer le territoire de Stockbridge, et qu’il eut une grande part à l’établissement de la mission auprès des Indiens de ce lieu, dont Edwards fut appelé à prendre la direction après son renvoi de Northampton. Le sermon d’Edwards est un éloge, mais tout porte à croire qu’il donne dans l’ensemble une juste idée du caractère, des services et des mérites de Stoddard. Sur lui, voir encore Trumbull, op. cit., vol. II, chap. xiii.
116. La guerre présente. La guerre du roi George contre les Français et les Indiens (1744-1748-9). Le colonel Stoddard, en tant que commandant des forces du Hampshire, dirigea jusqu’à sa mort les opérations militaires dans cette partie du pays. Le major Israel Williams, de Hatfield, qui lui succéda plus tard dans le commandement, écrivant le 25 juin 1748 au secrétaire Willard, dit : « Nous sommes maintenant comme des brebis qui n’ont point de berger… Dieu a jugé bon de nous l’enlever (lui qui était dans une large mesure notre sagesse, notre force et notre gloire) au moment où nous pouvions le moins nous passer de lui. » (Trumbull, op. cit., vol. II, p. 158.)
SERMON D’ADIEU
118. Sermon d’adieu. « Sermon d’adieu prêché à la première paroisse de Northampton, après le rejet public de leur ministre par le peuple, et sa renonciation à sa relation avec lui comme pasteur de l’Église de ce lieu, le 22 juin 1750 ; occasionné par une divergence de sentiments touchant les qualités requises des membres de l’Église en pleine communion. Par Jonathan Edwards, A. M. Actes 20:18. Vous savez de quelle manière, depuis le premier jour où je suis entré en Asie, je me suis sans cesse conduit avec vous. v. 20. Et que je n’ai rien caché de ce qui vous était utile, et que je n’ai pas craint de vous prêcher et de vous enseigner publiquement et dans les maisons. v. 26-27. C’est pourquoi je vous déclare aujourd’hui que je suis pur du sang de vous tous, car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher. Galates 4:15-16. Où donc est l’expression de votre bonheur? Car je vous atteste que, si cela eût été possible, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. Suis-je devenu votre ennemi en vous disant la vérité? Boston : imprimé et vendu par S. Kneeland, en face de la prison, dans Queen Street. 1751. » — Page de titre de la première édition.
La préface de ce sermon est un document si important pour son intelligence qu’elle est imprimée ici en entier, comme c’est d’ailleurs l’usage dans d’autres éditions.
Préface. Il n’est pas improbable que quelques-uns des lecteurs du sermon qui suit soient curieux de connaître les circonstances du différend entre moi et le peuple de Northampton, qui aboutit à cette séparation d’avec eux, laquelle donna lieu à la prédication de ce sermon d’adieu. Il n’y a nullement place ici pour un récit complet de cette affaire ; mais il paraît pourtant convenable, et même nécessaire, de corriger ici quelques représentations grossièrement fausses qui ont été faites de ce différend, abondamment, et (il est à craindre) par certains de propos délibéré et avec zèle : comme, par exemple, que j’exigeais des personnes qu’elles fussent assurées d’être en état de salut pour que je les admette dans l’Église ; que je demandais un récit détaillé de la méthode et de l’ordre de l’expérience intérieure d’une personne, et du temps et de la manière de sa conversion, comme pierre de touche de son aptitude à la communion chrétienne ; bien plus, que j’avais entrepris d’établir une Église pure, et de faire une distinction exacte et certaine entre les saints et les hypocrites, par un prétendu discernement infaillible [de] l’état des âmes des hommes ; qu’en ces choses j’étais tombé d’accord avec ces gens exaltés, apparus depuis peu en Nouvelle-Angleterre, qu’on appelle Séparatistes ; que j’étais moi-même devenu un grand Séparatiste ; que je m’arrogeais entièrement à moi seul tout le pouvoir de juger des qualités des candidats à la communion, et que je prétendais agir de ma seule autorité dans l’admission des membres de l’Église, &c.
Pour répondre à ces représentations calomnieuses, je me bornerai pour le moment à donner à mon lecteur un compte rendu de certaines choses que j’exposai devant le conseil qui prononça la séparation entre moi et mon peuple, afin qu’il eût une vue juste et complète de mes principes touchant l’affaire en litige.
Longtemps avant que le conseil siégeât, mon peuple s’était adressé au révérend M. Clark, du village de Salem, le priant d’écrire contre mes principes. Ce qui me donna l’occasion d’écrire à M. Clark, afin qu’il fût véritablement informé de ce qu’étaient mes principes. Et pendant que le conseil siégeait, je fis, pour son information, une déclaration publique de mes principes devant lui et devant l’Église, dans le temple, de même teneur que celle de ma lettre à M. Clark, et presque dans les mêmes termes ; puis, ensuite, j’envoyai par écrit au conseil un extrait de cette lettre, contenant l’information que j’avais donnée à M. Clark, dans les termes mêmes de ma lettre, afin que le conseil pût la lire et l’examiner à loisir, et avoir une connaissance plus certaine et plus satisfaisante de ce qu’étaient mes principes. L’extrait que je leur envoyai était conçu en ces termes :
« On me représente souvent, et je ne sais si ce n’est pas assez généralement, dans le pays, comme ayant une opinion nouvelle et singulière touchant les conditions de la communion chrétienne, et comme voulant introduire une manière de faire qui me serait propre. Or je ne m’aperçois pas que je diffère en rien du système du Dr Watts dans son livre intitulé The Rational Foundation of a Christian Church, and the Terms of Christian Communion ; lequel, dit-il, est le sentiment commun de toutes les Églises réformées. Je n’avais pas vu ce livre du Dr Watts quand je publiai ce que j’ai écrit sur le sujet. Et pourtant je pense que mes sentiments, tels que je les ai exprimés, s’accordent aussi exactement avec ce qu’il établit que si j’avais été son élève. Je ne vais pas non plus au-delà de ce que le Dr Doddridge montre clairement être ses sentiments, dans son Rise and Progress of Religion, et ses Sermons on Regeneration, et sa Paraphrase et ses Notes sur le Nouveau Testament. Et vraiment, monsieur, quand je considère les sentiments que vous avez exprimés dans vos lettres au major Pomroy et à M. Billing, je ne puis m’apercevoir qu’ils ne reviennent pas exactement à la même chose que ce que je soutiens. Vous supposez que les sacrements ne sont pas des ordonnances de conversion, mais que, “en tant que sceaux de l’alliance, ils présupposent la conversion, surtout chez l’adulte ; et que c’est la sainteté visible, ou, en d’autres termes, une profession crédible de foi et de repentance, un consentement solennel à l’alliance de l’Évangile, joints à une bonne conduite et à une mesure suffisante de connaissance chrétienne, qui donne selon l’Évangile droit à toutes les ordonnances sacrées ; mais qu’il est nécessaire, pour ceux qui viennent à ces ordonnances, et chez ceux qui professent un consentement à l’alliance de l’Évangile, qu’ils soient sincères dans leur profession”, ou du moins qu’ils se croient tels. — La grande chose qui m’a fait scrupule dans la méthode établie suivie par cette Église, et dans laquelle je n’ose plus continuer, c’est que ses membres donnent publiquement leur assentiment à la formule récitée à l’occasion de leur admission à la communion, sans prétendre entendre par là rien de tel qu’un consentement sincère aux conditions de l’alliance de l’Évangile, ni rien de tel que la foi ou la repentance qui appartiennent à l’alliance de grâce et en sont les grandes conditions : car c’est, au moment même où ces paroles sont employées, leur principe connu et établi, qu’ils professent ouvertement et d’après lequel ils agissent, que les hommes peuvent et doivent employer ces paroles sans rien entendre de tel, mais quelque autre chose d’une nature bien inférieure ; dont je pense qu’ils n’ont aucune notion distincte et déterminée ; mais quelque chose qui se concilie avec le fait de savoir qu’ils ne choisissent pas Dieu pour leur souverain bien, mais aiment le monde plus que lui, et qu’ils ne se donnent pas entièrement à Dieu, mais font des réserves ; en un mot, avec le fait de savoir qu’ils ne consentent pas sincèrement à l’alliance de l’Évangile, mais vivent encore sous la puissance régnante de l’amour du monde et de l’inimitié contre Dieu et contre Christ. De sorte que les paroles de leur profession publique, selon l’usage ouvertement établi, cessent d’avoir la nature d’une profession quelconque de la foi et de la repentance évangéliques, ou d’une véritable adhésion à l’alliance : car c’est leur profession même que ces paroles, telles qu’elles sont employées, ne signifient rien de tel. Les paroles employées dans ces circonstances ne sont du moins pas une profession crédible de ces choses. Je ne puis concevoir qu’il y ait dans un certain assemblage de mots une vertu telle qu’il convienne, sur la seule émission de ces sons, d’admettre des personnes aux sacrements chrétiens, sans aucun égard à un sens quelconque prétendu de ces sons ; et je ne puis penser non plus qu’une institution quelconque de Christ ait établi de telles conditions d’admission dans l’Église chrétienne. Il n’appartient pas à la controverse entre moi et mon peuple de savoir jusqu’à quel point la profession exigée doit être détaillée ou étendue. Je ne voudrais pas être enfermé dans des limites exactes à cet égard ; mais, plutôt que de contester, je me contenterais de quelques mots exprimant brièvement les vertus ou les actes cardinaux qu’implique une adhésion sincère à l’alliance, faite (comme il devrait apparaître par un examen de la connaissance doctrinale de la personne) avec intelligence ; pourvu qu’il y eût une conduite extérieure qui s’y accordât : bien plus, je penserais qu’une telle personne, faisant solennellement une telle profession, aurait le droit d’être reçue comme l’objet d’une charité publique, quelque scrupule qu’elle pût avoir elle-même au sujet de sa propre conversion, parce qu’elle ne se souvient pas du moment, ne connaît pas la méthode de sa conversion, ou trouve en elle tant de péché qui demeure, &c. Et (si ses propres scrupules ne l’empêchaient pas de venir à la table du Seigneur) je penserais que le ministre ou l’Église n’aurait pas le droit d’écarter un tel professant, quand même il dirait qu’il ne se croit pas converti ; car j’appelle profession de piété celle qui est une profession des grandes choses en quoi consiste la piété, et non une profession de sa propre opinion sur son bon état. »
Northampton, le 7 mai 1750.
Ainsi se termine ma lettre à M. Clark.
Le conseil, ayant appris que j’avais rédigé certains projets d’alliance, ou formules de profession publique de religion que j’étais prêt à accepter des candidats à la communion de l’Église, les fit demander pour sa plus ample information. Je lui envoyai donc quatre projets ou formules distincts, que j’avais rédigés environ un an auparavant, comme ce que j’étais prêt à accepter (n’importe lequel d’entre eux), plutôt que de contester et de rompre avec mon peuple.
Les deux plus courtes de ces formules sont insérées ici pour la satisfaction du lecteur. Les voici.
« J’espère trouver véritablement en moi un cœur disposé à me donner entièrement à Dieu, selon la teneur de cette alliance de grâce qui fut scellée dans mon baptême ; et à marcher dans la voie de cette obéissance à tous les commandements de Dieu que requiert l’alliance de grâce, aussi longtemps que je vivrai. » Une autre :
« J’espère trouver véritablement en mon cœur la volonté de me conformer à tous les commandements de Dieu, qui me demandent de me donner entièrement à lui, et de le servir de mon corps et de mon esprit. Et je promets en conséquence, dès maintenant, de marcher dans la voie de l’obéissance à tous les commandements de Dieu, aussi longtemps que je vivrai. »
Des professions de ce genre, j’étais prêt à les accepter, plutôt que de contester et de rompre avec mon peuple. Non que je ne pense qu’il soit bien plus convenable que la profession publique de religion que font les chrétiens soit ordinairement beaucoup plus complète et plus détaillée ; et que (comme je l’ai laissé entendre dans ma lettre à M. Clark) je ne voudrais pas être lié à une formule de mots déterminée, mais avoir la liberté de varier les expressions d’une profession publique, afin de les approprier plus exactement aux sentiments et à l’expérience de celui qui la fait, pour qu’elle soit une expression plus juste et plus libre de ce que chacun trouve en son cœur.
Et il faut noter de plus que j’ai toujours soutenu qu’il m’appartenait, en tant que pasteur, avant qu’une profession fût acceptée, d’avoir pleine liberté d’instruire le candidat du sens de ses termes et de la nature des choses qu’on se proposait de professer ; de m’enquérir de son intelligence doctrinale de ces choses, selon ma meilleure discrétion ; de mettre la personne en garde, comme je le jugerais nécessaire, contre la précipitation à faire une telle profession, ou contre le fait de la faire principalement pour sa propre réputation ou celle de sa famille, ou pour quelque vue séculière que ce soit ; et de l’amener à un sérieux examen de soi-même, à sonder son propre cœur et à prier Dieu de le sonder et de l’éclairer, afin qu’il ne soit pas hypocrite et ne se trompe pas dans la profession qu’il fait ; en lui indiquant en même temps les nombreuses manières dont ceux qui font profession sont exposés à se tromper.
Je ne pense pas non plus qu’il soit déplacé pour un ministre, en pareil cas, de s’enquérir auprès du candidat, et de savoir de lui, ce dont il peut se souvenir des circonstances de son expérience chrétienne ; car cela peut contribuer beaucoup à éclairer sa profession et donner à un ministre un grand avantage pour des instructions appropriées ; quoiqu’une connaissance et un souvenir particuliers du moment et de la méthode de la première conversion à Dieu ne doivent pas être pris pour pierre de touche de la sincérité d’une personne, ni exigés comme nécessaires pour qu’elle soit reçue en pleine charité. Non que je pense qu’il soit le moins du monde déplacé ou inutile que, dans quelques cas particuliers, une déclaration des circonstances particulières du premier réveil d’une personne, et de la manière de ses convictions, de ses illuminations et de ses consolations, soit faite publiquement devant toute l’assemblée, à l’occasion de son admission dans l’Église ; quoique cela ne soit pas exigé comme nécessaire à l’admission. Je me suis toujours déclaré contre l’exigence d’un récit d’expérience, en ce sens (à savoir, un récit du moment et des étapes particuliers de l’opération de l’Esprit dans la première conversion), comme condition de la communion : cependant, si par récit d’expériences on entend une déclaration de l’expérience des grandes choses opérées, en quoi consistent la vraie grâce et les actes et dispositions essentiels de la sainteté, en ce sens je pense qu’un compte rendu des expériences d’une personne est nécessaire pour son admission à la pleine communion dans l’Église. Mais que, quelles que soient les enquêtes faites et les comptes rendus donnés, ni le ministre ni l’Église ne doivent s’ériger en scrutateurs des cœurs, mais doivent accepter la profession sérieuse et solennelle de celui qui la fait, bien instruit et de bonne vie, comme étant le plus à même de juger de ce qu’il trouve dans son propre cœur.
Ces choses pourront servir, dans une certaine mesure, à détromper ceux de mes lecteurs qui ont été égarés, dans l’idée qu’ils se faisaient de l’état de la controverse entre moi et mon peuple, par les représentations fausses mentionnées plus haut.
Jonathan Edwards.
135. Mais selon toute probabilité, cela ne se reproduira jamais. On affirme parfois qu’Edwards ne monta plus jamais en chaire à Northampton. Ce n’est pas exact. Il y prêcha en fait douze dimanches — non consécutifs, il est vrai, et seulement lorsqu’on ne pouvait trouver d’autres suppléants — avant de partir pour Stockbridge. Il y a peut-être plus de fondement à l’affirmation du Dr Hopkins, citée par Dwight (op. cit., p. 418), selon laquelle la commune finit par voter — en novembre 1750, pense-t-on — qu’il ne prêcherait plus. Mais les registres de la commune et ceux de la paroisse sont également muets sur ce point, le seul vote qui s’y rapporte étant celui que la paroisse adopta en novembre, « de payer à M. Edwards 10 £ en ancienne monnaie par sabbat pour le temps où il a prêché ici depuis son renvoi ». Trumbull, qui a établi ce fait (History of Northampton, vol. II, p. 227), dit que le dernier sermon d’Edwards à Northampton fut prêché l’après-midi du 13 octobre 1751, sur le texte d’Hébreux 11:16. Mais cela même est douteux ; car parmi les manuscrits de New Haven, le professeur Dexter a découvert un sermon sur 2 Corinthiens 4:6, marqué comme prêché à Northampton en mai 1755, et, dans un cahier de plans de sermons, au moins trois notes de textes et de doctrines de la même époque, marquées comme destinées à Northampton. (F. B. Dexter, The Manuscripts of Jonathan Edwards, p. 8.)
145. Par quoi je devins si odieux. L’effervescence du Grand Réveil fut suivie d’une période de relâchement. En 1744, Edwards fut informé qu’un certain nombre de jeunes gens de son assemblée, des deux sexes, lisaient des livres immoraux, qui entretenaient des conversations lascives et obscènes. Pour arrêter le mal, il prêcha un sermon — dont nous pouvons juger la franchise par le sermon publié sur « La tentation de Joseph » — sur Hébreux 12:15-16, et après le service il communiqua aux frères de l’Église les preuves qu’il avait en sa possession, en vue de mesures ultérieures. Un comité d’enquête fut nommé pour assister le pasteur dans l’examen de l’affaire, lors d’une réunion tenue chez lui. Edwards lut alors les noms des jeunes gens qui devaient être cités comme témoins ou comme accusés, mais sans distinguer entre les deux catégories. Quand les noms eurent été ainsi rendus publics, on découvrit que la plupart des principales familles de la ville étaient impliquées. « La ville fut soudain tout en feu. » Beaucoup de chefs de famille refusèrent de poursuivre l’enquête ; beaucoup des jeunes gens convoqués à la réunion refusèrent de venir, et ceux qui vinrent se conduisirent avec insolence. Edwards ne réussit jamais par la suite à rétablir son autorité. Pendant des années, pas un seul candidat ne se présenta pour être admis dans l’Église. Voir Hopkins, Life of Edwards (1765), p. 53 sqq. Dwight, op. cit., p. 299 s., recopie le récit de Hopkins presque mot pour mot, mais sans le dire.
146. J’ai … paraître devant lui. Les fréquentations et les amusements mondains des jeunes gens étaient un vieux sujet de plainte pour Edwards. Parlant de la période qui précéda le réveil de 1734-1735, il dit : « Ils avaient coutume de se réunir très souvent en assemblées des deux sexes, pour la gaieté et les réjouissances, qu’ils appelaient des parties de plaisir ; et ils y passaient souvent la plus grande partie de la nuit, sans aucun égard pour l’ordre des familles auxquelles ils appartenaient. » Comment les jeunes gens s’amusaient dans ces « assemblées », nous ne pouvons que le conjecturer ; il est certain que quelques parents, du moins, n’y voyaient aucun mal. Mais l’idée qu’Edwards se faisait du gouvernement de la famille était bien différente. « Il ne permettait pas à ses enfants d’être hors de la maison après neuf heures du soir, lorsqu’ils sortaient pour voir leurs amis et leurs compagnons. Il ne leur était pas permis non plus de veiller beaucoup plus tard que cette heure, dans sa propre maison, quand quelqu’un venait leur rendre visite. Si quelque jeune homme désirait faire la connaissance de ses filles, après s’être présenté convenablement, en consultant comme il se doit les parents, on lui accordait toutes les occasions convenables : une chambre et du feu, si besoin était ; mais il ne devait pas empiéter sur les heures convenables du repos et du sommeil, ni sur la religion et l’ordre de la famille. » (Hopkins, op. cit., p. 44.) Nous avons lieu de penser que certaines des « autres libertés que prennent communément les jeunes gens dans le pays » étaient propres à favoriser tout autre chose que la délicatesse et la spiritualité.
149. Un esprit querelleur. L’histoire confirme d’une manière générale le témoignage suivant d’Edwards touchant l’esprit querelleur des habitants de Northampton : « Il y eut parmi eux, du temps de M. Stoddard, de violents débats et de violentes controverses, qui furent menés avec beaucoup de chaleur et de violence ; de grandes querelles dans l’Église, où M. Stoddard, si grande que fût son autorité, ne savait que faire d’eux. Dans une controverse ecclésiastique, du temps de M. Stoddard, où l’Église était divisée en deux partis, l’échauffement des esprits monta à un tel degré qu’on en vint aux coups. Un membre de l’un des partis rencontra le chef du parti opposé, l’attaqua et le battit sans pitié. Il y a eu depuis quarante ou cinquante ans une sorte de division établie du peuple en deux partis, à peu près comme le parti de la Cour et le parti du Pays en Angleterre (s’il m’est permis de comparer les petites choses aux grandes). Il y a eu quelques-uns des principaux hommes de la ville, des premiers en autorité et en richesse, qui ont été de grands propriétaires de terres, et qui ont eu un parti avec eux. Et l’autre parti, qui a été d’ordinaire le plus nombreux, s’est composé de ceux qui étaient jaloux d’eux, enclins à leur porter envie, et qui craignaient qu’ils n’eussent trop de pouvoir et d’influence dans la ville et dans l’Église. Ce fut là l’origine d’innombrables disputes parmi le peuple, de temps à autre, qui m’ont été extrêmement pénibles, et par lesquelles sans doute Dieu a été terriblement provoqué, son Esprit attristé et éteint, et beaucoup de confusion et beaucoup de mauvaises œuvres ont été introduites. » Lettre du 1er juillet 1751 au révérend Thomas Gillespie. Cf. Trumbull, History of Northampton, vol. II, p. 36.
Notes :
Voir J. A. Stoughton, Windsor Farmes, p. 39 et p. 69 n. Ceux qui étudient l’hérédité trouveront peut-être ici une clef du caractère du brillant et capricieux petit-fils d’Edwards, Aaron Burr.
Voir H. N. Gardiner, The Early Idealism of Edwards, dans Jonathan Edwards: a Retrospect, p. 115-160 : Boston, 1901. Cf. J. H. MacCracken, The Sources of Jonathan Edwards’s Idealism, Philos. Rev., xi. 26 sqq. (janv. 1902).
Celui de l’Église de Bolton, dans le Connecticut. Mais pour une raison qui n’apparaît pas aujourd’hui, il n’y fut jamais installé. Voir S. Simpson, Jonathan Edwards—a Historical Review, Hartford Seminary Record. xiv. 11 (novembre 1903).
Imprimé pour la première fois par Dwight, Life of President Edwards, p. 114, et fréquemment reproduit. On l’a comparé à la description que Dante fait de Béatrice, qu’il égale certainement par sa pure qualité lyrique, bien qu’il n’en ait pas le coloris sensible ni l’idéalisation imaginative. La comparaison est faite par A. V. G. Allen, The Place of Edwards in History, dans Jonathan Edwards: a Retrospect, p. 7 ; le contraste est souligné par John De Witt, Stockbridge (1903), Oration, p. 45 (publié par la Berkshire Conference).
Solomon Clark, Historical Catalogue of the Northampton First Church, p. 40-67 (Northampton, 1891), imprime la liste en entier.
Voir la note, p. 179.
Il est impossible d’entrer ici dans l’histoire de cette célèbre controverse. On en trouvera quelque chose dans les notes, p. 172 sqq. ; Dwight, op. cit., p. 298-448, imprime en entier les documents tirés du Journal d’Edwards ; les registres de l’Église sont muets. Il faut peut-être dire, par équité envers les habitants de Northampton, que la relation pastorale n’était pas alors regardée comme indissoluble, ainsi qu’on le suppose parfois ; six ecclésiastiques furent « renvoyés » par des Églises voisines entre 1721 et 1755. De plus, Edwards, si éminent prédicateur qu’il fût sans aucun doute, n’était pour eux que le ministre de la paroisse ; sa grande renommée de théologien ne s’établit que plus tard. Cf. Trumbull, History of Northampton, II, 225. Il n’est pas déraisonnable non plus de supposer que les capacités spirituelles des gens avaient été surexcitées. Le repentir tardif de Joseph Hawley (voir Dwight, op. cit., p. 421), cousin d’Edwards, qui avait joué un rôle de premier plan dans le mouvement dirigé contre lui, ne concerne que l’esprit de l’opposition ; il ne met pas sérieusement en question la sagesse, dans ces circonstances, de la séparation.
Aaron Burr, le vice-président des États-Unis, qui tua Alexander Hamilton en duel, était leur fils.
Voir, par exemple, l’incident rapporté par Dwight, op. cit., p. 133, où le ravissement dure environ une heure, accompagné pendant la plus grande partie de ce temps « de larmes et de pleurs à haute voix ».
Voir F. B. Dexter, The Manuscripts of Jonathan Edwards, p. 7. (Tiré à part des Proceedings of the Mass. Hist. Soc., mars 1901.)
Comme, par exemple, dans le grand sermon éthique sur le péché de vol et d’injustice, sur le texte : « Tu ne déroberas point. » Works, réimpression de Worcester, IV, 601.
On en trouve des exemples dans les sermons manuscrits sur Jean 1:47 et Jean 1:41-42, que l’on prend ici comme typiques.
Samuel Hopkins, Life of Edwards, p. 48.
Pour illustrer le développement du sermon imprimé par rapport au manuscrit préparé pour la prédication, voir la note p. 157.
La ville voisine la plus proche.
« Si je suis en danger d’aller en enfer, je serais heureux d’en connaître autant que je le puis l’horreur. Si je suis très enclin à négliger le soin qu’il faut pour l’éviter, celui-là me rend le meilleur service qui fait le plus pour me représenter la vérité du cas, et qui expose ma misère et mon danger de la manière la plus vive. » — Sermon sur Les marques distinctives d’une œuvre de l’Esprit de Dieu.
Comme le professeur A. V. G. Allen en informe l’éditeur dans une lettre du 23 janv. 1904.
Chapitre 9 terminé
Notes