Chapitre 7 · 37 min de lecture · 48 min d’écoute
Une verge forte brisée et desséchée
Ézéchiel 19:12. — Ses rameaux vigoureux ont été rompus et desséchés.
Pour bien entendre ces paroles et en faire un juste usage, il faut observer et comprendre à leur sujet les quatre choses que voici.
1. Qui est celle qui est représentée ici comme ayant eu des verges fortes : c’est la communauté juive, [qui] est appelée ici, comme souvent ailleurs, la mère du peuple. Elle est comparée ici à une vigne plantée dans un sol très fertile, verset 10. L’Église et l’État juifs sont souvent comparés ailleurs à une vigne ; ainsi au Psaume 80:9 et suivants, en Ésaïe 5:2, Jérémie 2:21, Ézéchiel 15, et au chapitre 17:6.
2. Ce qu’il faut entendre par ses verges fortes, à savoir ses magistrats ou ses chefs, sages, capables et bien qualifiés. Que ce soient les chefs ou les magistrats qui sont désignés, cela ressort clairement du verset 11 : « Elle avait de vigoureux rameaux pour des sceptres de souverains. » Et par des verges fortes, il faut entendre des chefs bien qualifiés pour la magistrature, qui possédaient de grandes capacités et d’autres qualités les rendant propres à la charge de gouverner. On avait coutume de choisir, pour la masse ou le sceptre d’un prince, une verge ou un bâton de l’espèce de bois la plus forte et la plus dure qu’on pût trouver, un tel bois étant seul jugé digne d’un pareil usage ; et on le recouvrait généralement d’or.
Il est très remarquable qu’une verge si forte ait pu sortir d’une faible vigne ; mais il en avait été ainsi en Israël, dans les temps passés, par une bénédiction extraordinaire de Dieu. Bien que la nation soit présentée ici, et souvent ailleurs, comme faible et impuissante en elle-même et entièrement dépendante, à la manière d’une vigne, qui est le plus faible de tous les arbres, qui ne peut se soutenir par sa propre force et ne tient jamais debout qu’en s’appuyant ou en s’accrochant à quelque chose de plus fort qu’elle, Dieu avait pourtant fait de beaucoup de ses fils des verges fortes, propres à servir de sceptres ; il avait suscité en Israël, aux jours d’autrefois, quantité de princes et de magistrats capables et excellents, qui s’étaient dignement conduits en leur temps.
Le temple de Northampton
où prêchait Edwards. Construit en 1737.
3. Il faut comprendre et observer ce que signifie que ces verges fortes soient brisées et desséchées, à savoir que ces chefs capables et excellents sont enlevés par la mort. La mort de l’homme est souvent comparée, dans l’Écriture, au dessèchement de ce que la terre fait pousser.
4. Il faut observer de quelle manière il est parlé ici de ces verges fortes brisées et desséchées, à savoir comme d’une calamité grande et terrible que Dieu avait fait venir sur ce peuple. Il en est parlé comme de l’un des principaux effets de la fureur de Dieu et de son redoutable déplaisir contre eux. « Mais elle a été arrachée avec fureur et jetée par terre; Le vent d’orient a desséché son fruit; Ses rameaux vigoureux ont été rompus et desséchés; Le feu les a dévorés. » Les grands biens dont elle jouissait tant que ses verges fortes demeuraient sont représentés dans le verset qui précède : « Elle avait de vigoureux rameaux pour des sceptres de souverains; Par son élévation elle dominait les branches touffues; Elle attirait les regards par sa hauteur, Et par la multitude de ses rameaux. » Et les terribles calamités qui accompagnèrent le brisement et le dessèchement de ses verges fortes sont représentées dans les deux versets qui suivent immédiatement le texte : « Et maintenant elle est plantée dans le désert, Dans une terre sèche et aride. Le feu est sorti de ses branches, Et a dévoré son fruit. » Et dans la conclusion, aux paroles suivantes, il est déclaré avec beaucoup de force combien une telle dispensation mérite d’être grandement déplorée : « Elle n’a plus de rameau vigoureux Pour un sceptre de souverain. C’est là une complainte, et cela servira de complainte. »
Voici donc ce que je tire des paroles du texte pour en faire le sujet de ce discours :
Quand Dieu, par la mort, enlève à un peuple ceux qui, placés dans l’autorité et le gouvernement publics, ont été pour lui comme des verges fortes, c’est un terrible jugement de Dieu sur ce peuple, et qui mérite d’être grandement déploré.
En traitant cette proposition, je voudrais,
I. Montrer quelle sorte de chefs peuvent à juste titre être appelés des verges fortes.
II. Montrer pourquoi l’enlèvement de tels chefs à un peuple, par la mort, doit être regardé comme un terrible jugement de Dieu sur ce peuple, et mérite d’être grandement déploré.
I. Je voudrais faire observer quelles qualités, chez ceux qui sont revêtus de l’autorité et du gouvernement publics, peuvent proprement leur valoir le nom de verges fortes.
1. Une qualité des chefs qui peut proprement leur faire donner le nom de verges fortes, c’est une grande capacité pour la conduite des affaires publiques. Quand ceux qui occupent une place d’autorité publique sont des hommes de grandes capacités naturelles, des hommes d’une force de raisonnement peu commune et d’une vaste intelligence ; surtout quand ils ont remarquablement le génie du gouvernement, un tour d’esprit particulier qui les rend propres à acquérir une intelligence extraordinaire des choses de cette nature, et qui leur donne, d’une manière toute spéciale, la capacité de pénétrer les mystères du gouvernement et de discerner en quoi consistent le bien-être ou le malheur publics, et les moyens propres à éviter l’un et à procurer l’autre ; un talent extraordinaire pour distinguer ce qui est droit et juste de ce qui est mal et inique, pour voir au travers des fausses couleurs dont l’injustice se déguise souvent, et pour démêler les arguments faux et subtils et les sophismes rusés dont on se sert souvent pour défendre l’iniquité ; et quand ils n’ont pas seulement de grandes capacités naturelles à ces égards, mais que leurs capacités et leurs talents ont été cultivés par l’étude, le savoir, l’observation et l’expérience, et que par ces moyens ils ont acquis une grande connaissance effective ; quand ils ont acquis une grande habileté dans les affaires publiques et dans les choses qu’il faut connaître pour les conduire avec sagesse, prudence et efficacité ; quand ils ont acquis une grande intelligence des hommes et des choses, une grande connaissance de la nature humaine et de la manière de s’y accommoder, de façon à l’influencer le plus efficacement possible vers des fins sages ; quand ils ont acquis une connaissance très étendue des hommes avec lesquels ils ont affaire dans la conduite des affaires publiques, qu’il s’agisse de ceux qui partagent avec eux le soin du gouvernement ou de ceux qui doivent être gouvernés ; et quand ils ont aussi acquis une intelligence très complète et très détaillée de l’état et de la situation du pays ou du peuple dont ils ont la charge, qu’ils connaissent bien ses lois et sa constitution et ce que sa situation exige ; et qu’ils ont de même une grande connaissance des peuples des nations, États ou provinces voisins avec lesquels ils ont l’occasion d’avoir affaire dans la conduite des affaires publiques qui leur sont confiées : toutes ces choses contribuent à rendre ceux qui sont revêtus de l’autorité dignes d’être appelés des verges fortes.
2. Quand ils n’ont pas seulement une grande intelligence, mais aussi un cœur large, une grandeur et une noblesse de caractère, c’est là une autre qualité qui appartient au caractère d’une verge forte.
Ceux que la divine Providence a établis dans des places d’autorité et de gouvernement publics sont appelés dieux et fils du Très-Haut, Psaume 82:6. C’est pourquoi il leur sied particulièrement mal d’avoir l’âme basse, une disposition qui leur permette de faire des choses sordides et viles ; comme lorsque ce sont des gens d’un esprit étroit et intéressé, qu’on peut surprendre en de petites ruses et de petites intrigues pour servir leur intérêt privé, qui se souillent honteusement les mains pour gagner quelques livres, qui ne rougissent pas de pincer et de mordre les autres, d’écraser la face des pauvres et de pressurer leurs voisins, et qui profitent de leur autorité ou de leur commission pour remplir leurs propres poches de ce qui a été frauduleusement pris ou retenu à autrui. Quand un homme revêtu d’autorité a l’âme si basse, cela affaiblit son autorité, le rend justement méprisable aux yeux des hommes, et est absolument incompatible avec la qualité de verge forte.
Mais au contraire, cela affermit grandement son autorité, et fait que les autres le craignent, quand ils voient en lui un homme d’une grande âme, qui a en horreur les choses basses et sordides et est incapable de s’y prêter ; un homme d’esprit public, et non d’un caractère étroit et intéressé ; un homme d’honneur, et non un homme de vils artifices et de menées clandestines en vue d’un gain sordide ; un homme qui a en horreur la frivolité et les futilités, et qui se garde de perdre en vains amusements et divertissements, et dans la poursuite des satisfactions des appétits sensuels, un temps qui devrait être employé au service de Dieu, de son roi ou de son pays ; ainsi Dieu reproche aux chefs d’Israël, qui prétendaient être leurs grands et vaillants hommes, d’avoir de la bravoure pour boire du vin et de la vaillance pour mêler des liqueurs fortes. Il ne semble pas qu’il y ait là aucune allusion à des hommes à la tête solide, capables de supporter beaucoup de boisson forte, comme certains l’ont supposé. Il y a dans ces paroles un sévère sarcasme ; car le prophète parle des grands, des princes et des juges d’Israël (comme il ressort du verset qui suit immédiatement), qui auraient dû être des hommes vaillants, des verges fortes, des hommes de qualités éminentes, excellant par la noblesse de l’esprit, par une force et une fermeté d’âme glorieuses ; mais au lieu de cela, ils n’étaient vaillants ou éminents qu’en gloutonnerie et en ivrognerie.
3. Quand ceux qui sont revêtus de l’autorité sont doués d’une large mesure de l’esprit de gouvernement, c’est là une autre chose qui leur donne droit au nom de verges fortes. Quand ils ne sont pas seulement des hommes d’une grande intelligence et d’une grande sagesse dans les affaires qui relèvent du gouvernement, mais qu’ils ont aussi un talent particulier pour se servir de leur connaissance et pour se dépenser dans cette grande et importante tâche selon la grande intelligence qu’ils en ont ; quand ils sont des hommes d’une fermeté éminente, qui ne craignent pas la face des hommes, qui ne craignent pas de remplir le rôle qui leur revient en propre comme chefs, bien qu’ils rencontrent une grande opposition et que les esprits en soient fort irrités ; quand ils ont un esprit de résolution et d’activité, de manière à maintenir les rouages du gouvernement dans un mouvement convenable et à faire couler le droit et la justice comme un puissant torrent ; quand ils n’ont pas seulement une grande connaissance théorique du gouvernement et des choses qui s’y rapportent, mais qu’il leur est, pour ainsi dire, naturel d’appliquer à cette tâche les diverses puissances et facultés dont Dieu les a doués, et la connaissance qu’ils ont acquise par l’étude et l’observation, de manière à s’en acquitter de la façon la plus avantageuse et la plus efficace.
4. La stabilité et la fermeté de l’intégrité, de la fidélité et de la piété dans l’exercice de l’autorité sont encore une chose qui contribue grandement au caractère d’une verge forte, et qui lui est tout à fait essentielle.
Quand celui qui est revêtu de l’autorité n’est pas seulement un homme d’une raison forte et d’un grand discernement pour connaître ce qui est juste, mais un homme d’une stricte intégrité et d’une stricte droiture, ferme et inébranlable dans l’exercice de la justice et du jugement ; quand il n’est pas seulement un homme d’une grande capacité pour abattre le vice et l’immoralité, mais qu’il a une disposition qui répond à cette capacité ; qu’il a une forte aversion pour la méchanceté et est disposé à se servir, pour la réprimer, du pouvoir que Dieu a remis entre ses mains ; qu’il ne s’oppose pas au vice seulement par son autorité, mais par son exemple ; quand il est d’une fidélité inflexible, qu’il veut être fidèle à Dieu, dont il est le ministre auprès de son peuple pour son bien, qu’il est inébranlable dans son respect pour son autorité suprême, ses commandements et sa gloire, et qu’il veut être fidèle à son roi et à son pays ; qu’il ne se laissera pas entraîner, par les nombreuses tentations qui accompagnent la charge des hommes revêtus de l’autorité publique, à trahir bassement le dépôt qui lui est confié ; qu’il ne consentira pas, pour son propre gain ou son avancement, ou pour quelque intérêt privé, à faire ce qu’il ne croit pas être pour le bien public ; qu’il a de bons principes et agit fermement d’après ses principes, et qu’on ne pourra l’amener à faire autrement par crainte ou par faveur, pour suivre la multitude, ou pour conserver son crédit auprès de quiconque dont il dépend pour l’honneur ou le profit de sa place, que ce soit le prince ou le peuple ; et qu’il a aussi cette force d’âme par laquelle il gouverne son propre esprit, — ces choses contribuent très éminemment à donner à un chef droit au nom de verge forte.
5. Et enfin, ce qui contribue aussi à la force d’un homme revêtu d’autorité, et lui vaut le nom de verge forte, c’est qu’il se trouve dans des circonstances qui lui donnent l’avantage pour exercer sa force au profit du bien public : qu’il soit d’une naissance honorable, d’une éducation distinguée, qu’il soit un homme fortuné, avancé en âge, qu’il soit depuis longtemps revêtu de l’autorité, de sorte qu’il est devenu, pour ainsi dire, naturel au peuple de lui témoigner de la déférence, de le révérer, d’être influencé et gouverné par lui et de se soumettre à son autorité ; qu’il soit largement connu, très honoré et considéré au dehors ; qu’il ait une belle prestance, une majesté de visage, une dignité de maintien convenant à un homme revêtu d’autorité, une parole puissante, etc. Ces choses ajoutent à sa force et accroissent sa capacité et son avantage pour servir sa génération dans la place d’un chef, et contribuent donc, à quelque égard, à faire de lui un homme qu’on appelle d’autant plus justement et éminemment une verge forte.
Je passe maintenant,
II. À montrer que, lorsque de telles verges fortes sont brisées et desséchées par la mort, c’est un terrible jugement de Dieu sur le peuple qui en est privé, et qui mérite d’être grandement déploré.
Et cela pour deux raisons :
1. En raison des nombreux bienfaits positifs et des nombreuses bénédictions dont de tels chefs sont les instruments pour un peuple.
Presque toute la prospérité d’une société publique et d’une communauté civile dépend, sous Dieu, de ses chefs. Ils sont comme les ressorts ou les roues maîtresses d’une machine, qui maintiennent chaque partie dans le mouvement qui lui convient ; ils sont dans le corps politique ce que sont les organes vitaux dans le corps naturel, et ce que sont les piliers et les fondations dans un édifice. Les magistrats civils sont appelés « les fondements de la terre », Psaume 82:5, et 11:3.
La prospérité d’un peuple dépend de ses chefs plus qu’on ne l’imagine communément. Comme ils ont la société publique sous leur garde et sous leur pouvoir, ils ont aussi l’avantage de pouvoir servir l’intérêt public de toutes les manières ; et s’ils sont des chefs tels que ceux dont on a parlé, ils sont parmi les plus grandes bénédictions de la société. Leur influence tend à accroître la richesse du peuple et à faire abonder ses possessions et ses biens temporels ; à faire fleurir la vertu parmi lui, et ainsi à en unir les membres les uns aux autres dans la paix et la bienveillance mutuelle, et à les rendre heureux en société, chacun étant l’instrument de la tranquillité, du bien-être et de la prospérité de son prochain ; et par ces moyens à rehausser leur réputation et leur honneur dans le monde ; et, ce qui est beaucoup plus, à servir leur bonheur spirituel et éternel. C’est pourquoi le sage dit, Ecclésiaste 10:17 : « Heureux toi, pays dont le roi est de race illustre. »
Nous avons un exemple et une preuve remarquables de l’heureuse et grande influence d’une verge forte telle que celle qu’on a décrite pour procurer la prospérité universelle d’un peuple dans l’histoire du règne de Salomon, bien que beaucoup, parmi le peuple, fussent mal à l’aise sous son gouvernement et le trouvassent trop rigoureux dans son administration (voyez 1 Rois 12:4). « Juda et Israël, depuis Dan jusqu’à Beer-Schéba, habitèrent en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier, tout le temps de Salomon. » 1 Rois 4:25. « Le roi rendit l’argent aussi commun à Jérusalem que les pierres », chap. 10:27. « Juda et Israël étaient très nombreux… Ils mangeaient, buvaient et se réjouissaient », [chap. 4:20]. La reine de Séba admira le bonheur du peuple sous le gouvernement d’une verge si forte, et en fut vivement touchée ; elle dit, 1 Rois 10:8-9 : « Heureux tes gens, heureux tes serviteurs qui sont continuellement devant toi, qui entendent ta sagesse! Béni soit l’Éternel, ton Dieu, qui t’a accordé la faveur de te placer sur le trône d’Israël! C’est parce que l’Éternel aime à toujours Israël, qu’il t’a établi roi pour que tu fasses droit et justice. »
L’état florissant du royaume de Juda, tant qu’il eut des verges fortes pour sceptres de ses souverains, est relevé dans notre contexte : « Par son élévation elle dominait les branches touffues; Elle attirait les regards par sa hauteur, Et par la multitude de ses rameaux. »
De tels chefs sont éminemment les ministres de Dieu auprès de son peuple pour son bien : ils sont de grands dons du Très-Haut à un peuple, des gages bénis de sa faveur et des canaux de sa bonté envers lui, et par là des images de son propre Fils, le grand intermédiaire de toute la bonté de Dieu envers l’humanité déchue ; et c’est pourquoi ils sont tous appelés fils du Très-Haut. Tous les magistrats civils, s’ils sont, comme ils doivent l’être, des verges fortes telles qu’on les a décrites, seront semblables au Fils du Très-Haut, des canaux de bien pour les hommes, et, comme lui, ils seront pareils à la lumière du matin quand le soleil se lève, à une matinée sans nuages, à la tendre verdure que la clarté qui suit la pluie fait sortir de terre. C’est pourquoi, quand un peuple en est privé, il subit une perte inexprimable et se trouve frappé d’un jugement de Dieu qui mérite d’être grandement déploré.
2. En raison des grandes calamités dont de tels chefs sont une défense. Innombrables sont les calamités cruelles et funestes auxquelles les sociétés publiques sont exposées dans ce monde mauvais, et contre lesquelles elles ne peuvent avoir aucune défense sans l’ordre et l’autorité. Si un peuple est sans gouvernement, il est comme une ville démantelée et sans murailles, entourée de tous côtés d’ennemis, et il devient inévitablement sujet à toutes sortes de confusions et de misères.
Le gouvernement est nécessaire pour défendre les communautés des misères qui naissent en leur propre sein : de la prévalence de la discorde intestine, de l’injustice et de la violence mutuelles, les membres de la société faisant continuellement leur proie les uns des autres, sans aucune défense les uns contre les autres. Les chefs sont, dans les sociétés publiques, les centres d’union qui en tiennent les parties ensemble ; sans eux, il ne faut rien attendre d’autre sinon que les membres de la société soient continuellement divisés contre eux-mêmes, chacun jouant le rôle d’un ennemi envers son prochain, la main de chacun contre tous et la main de tous contre lui ; s’enfonçant dans des querelles et des dissensions sans remède et sans fin, jusqu’à ce que la société soit entièrement dissoute et mise en pièces, et que la vie même, dans le voisinage de nos semblables, devienne misérable et intolérable.
Nous pouvons voir la nécessité du gouvernement dans les sociétés par ce qui se voit dans les familles, ces sociétés plus petites dont toutes les sociétés publiques sont composées. Combien ces petites sociétés seraient misérables, si tous étaient laissés à eux-mêmes, sans aucune autorité ni supériorité de l’un sur l’autre, ni aucun centre d’union et d’influence parmi eux ? Nous pouvons en être convaincus par ce que nous voyons des déplorables conséquences du manque d’un exercice convenable de l’autorité et d’un maintien du gouvernement dans des familles qui pourtant ne sont pas absolument dépourvues de toute autorité. Le gouvernement n’est pas moins nécessaire dans les sociétés publiques ; il l’est même beaucoup plus, puisqu’elles sont plus grandes. Un très petit nombre de personnes pourraient peut-être, sans aucun gouvernement, agir de concert, de manière à s’accorder sur ce qui sera pour le bien de tous ; mais il ne faut pas s’y attendre dans une multitude composée de plusieurs milliers de personnes, d’humeurs très variées et d’intérêts divers.
Comme le gouvernement est absolument nécessaire, ainsi il y a nécessité de verges fortes pour l’exercer : la tâche étant telle qu’elle exige des personnes ainsi qualifiées, nulles autres ne suffisant au gouvernement des sociétés publiques ni n’en étant vraiment capables ; c’est pourquoi les sociétés publiques qui n’ont pas de telles verges fortes pour sceptres de souverains sont misérables : Ecclésiaste 10:16, « Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant. »
Comme le gouvernement, et les verges fortes pour l’exercer, sont nécessaires pour préserver les sociétés publiques des calamités terribles et funestes qui naissent parmi elles, ils ne sont pas moins requis pour défendre la communauté contre les ennemis du dehors. Comme ils sont semblables aux piliers d’un édifice, ils sont aussi semblables aux murailles et aux remparts d’une ville : ils sont, sous Dieu, la principale force d’un peuple en temps de guerre et les principaux instruments de sa conservation, de sa sûreté et de son repos. C’est ce que signifient de manière très vive les paroles dont se sert la communauté juive dans ses Lamentations pour exprimer ce qu’elle attendait de ses princes : Lamentations 4:20, « Celui qui nous faisait respirer, l’oint de l’Éternel, A été pris dans leurs fosses, Lui de qui nous disions: Nous vivrons sous son ombre parmi les nations. » À cet égard aussi, de telles verges fortes sont des fils du Très-Haut et des images ou des ressemblances du Fils de Dieu, à savoir en tant qu’elles sont les sauveurs de leur peuple contre ses ennemis ; c’est ainsi que sont appelés les juges que Dieu suscitait autrefois en Israël, Néhémie 9:27 : « Alors tu les abandonnas entre les mains de leurs ennemis, qui les opprimèrent. Mais, au temps de leur détresse, ils crièrent à toi; et toi, tu les entendis du haut des cieux, et, dans ta grande miséricorde, tu leur donnas des libérateurs qui les sauvèrent de la main de leurs ennemis. »
Ainsi la prospérité et la sûreté d’un peuple dépendent, sous Dieu, de chefs qui soient des verges fortes. Tant qu’il jouit de telles bénédictions, il est d’ordinaire comme une vigne plantée dans un sol fertile, dont la taille s’élève au milieu des branches touffues et qui attire les regards par sa hauteur et par la multitude de ses rameaux ; mais quand il n’a plus de verge forte pour sceptre de souverain, il est comme une vigne plantée dans un désert, exposée à être arrachée et jetée par terre, à voir son fruit desséché par le vent d’orient, et le feu sortir de ses propres branches pour dévorer son fruit.
Pour ces raisons, quand les verges fortes d’un peuple sont brisées et desséchées, c’est un terrible jugement de Dieu sur ce peuple, et qui mérite d’être grandement déploré ; ainsi, à la mort du roi Josias (qui était sans doute l’une des verges fortes dont parle le texte), le peuple mena sur lui un grand deuil, 2 Chroniques 35:24-25 : « … et l’amenèrent à Jérusalem. Il mourut, et fut enterré dans le sépulcre de ses pères. Tout Juda et Jérusalem pleurèrent Josias. Jérémie fit une complainte sur Josias; tous les chanteurs et toutes les chanteuses ont parlé de Josias dans leurs complaintes jusqu’à ce jour, et en ont établi la coutume en Israël. Ces chants sont écrits dans les Complaintes. »
APPLICATION
J’en viens maintenant à appliquer ces choses à notre propre cas, sous le regard sévère et terrible que la divine Providence vient de jeter sur nous en enlevant par la mort cet honorable personnage revêtu de l’autorité et du gouvernement publics, habitant de cette ville, membre de cette congrégation et de cette Église, qui est mort à Boston le dernier jour du Seigneur.
Il fut éminemment une verge forte aux égards que nous avons dits. Quant à ses capacités naturelles, à sa force de raisonnement, à la grandeur et à la clarté de son discernement et à la profondeur de sa pénétration, il était du premier rang : on peut douter qu’il ait laissé, en ces parties du monde, quelqu’un qui lui soit supérieur à ces égards. C’était un homme d’un génie vraiment grand, et son génie était particulièrement propre à l’intelligence et à la conduite des affaires publiques.
Et si sa capacité naturelle était grande, la connaissance qu’il avait acquise ne l’était pas moins, son intelligence ayant été grandement cultivée par une étroite application d’esprit aux choses dont il était appelé à s’occuper, par une observation très exacte de ces choses et par une longue expérience. Il avait vraiment une grande pénétration de la nature des sociétés publiques, des mystères du gouvernement et des affaires de la paix et de la guerre : il avait, comme bien peu en ont, le discernement des choses en quoi consiste le bien public, et de celles qui exposent les sociétés publiques, et des moyens propres à éviter celles-ci et à procurer celui-là. Il était prompt dans son discernement, en ce que, dans la plupart des cas, surtout dans ceux qui relevaient de sa charge propre, il voyait du premier coup d’œil plus loin que la plupart des hommes après qu’ils avaient fait de leur mieux ; et pourtant il avait une merveilleuse faculté de perfectionner ses propres pensées par la méditation, et de porter ses vues de plus en plus loin par une longue et étroite application d’esprit. Il avait une capacité extraordinaire de distinguer le juste de l’injuste au milieu des complications et des circonstances qui tendaient à embrouiller et à obscurcir une cause : il savait peser les choses, pour ainsi dire, dans une balance, et distinguer ce qui était solide et de poids de ce qui n’avait qu’une belle apparence sans substance ; ce qu’il montrait manifestement dans sa manière exacte, claire et simple d’exposer les causes au jury et de les lui remettre, du haut du siège, comme d’autres l’ont observé. Il distinguait merveilleusement la vérité de la fausseté, et les causes les plus laborieuses semblaient toujours se présenter clairement à son esprit, ses idées étant bien rangées — et il avait, plus que presque personne, le talent de les mettre à la portée de l’intelligence de chacun ; et si quelqu’un s’égarait, ce n’était pas que la vérité et la fausseté, le juste et l’injuste, n’eussent pas été bien distingués.
Il fut probablement l’un des plus habiles politiques que la Nouvelle-Angleterre ait jamais produits : il avait une connaissance très peu commune de la nature humaine, et une merveilleuse capacité de pénétrer les humeurs et les dispositions particulières de ceux avec qui il avait affaire, et de discerner la manière la plus convenable de les traiter, de façon à les influencer le plus efficacement possible vers toute fin bonne et sage.
Et jamais peut-être il n’y eut personne qui eût une connaissance plus étendue et plus approfondie de l’état de ce pays et de ses affaires publiques, et des personnes qui y avaient part avec lui : il connaissait ce peuple et sa situation, et ce que sa situation exigeait ; il discernait les maladies de ce corps, et quels en étaient les remèdes propres, en médecin habile et consommé. Il connaissait fort bien les colonies voisines, et aussi les nations voisines de ce continent, avec lesquelles nous avons affaire dans nos affaires publiques : il avait une connaissance bien plus grande que toute autre personne du pays des diverses nations d’Indiens de ces parties septentrionales de l’Amérique, de leurs humeurs, de leurs mœurs et de la manière convenable de les traiter, et il était plus largement connu d’elles que personne d’autre dans le pays ; et aucune autre personne revêtue d’autorité dans cette province ne connaissait comme lui le peuple et le pays du Canada, la terre de nos ennemis.
Il était extrêmement éloigné de toute disposition et de tout empressement à se mêler des affaires d’autrui ; mais pour ce qui relevait des charges qu’il remplissait et des affaires importantes dont il avait le soin, il avait une grande intelligence de ce qui s’y rapportait. J’ai souvent été surpris de la portée de ses vues, et de ce que j’ai vu de sa capacité à prévoir et à déterminer les conséquences des choses, même à une grande distance, et bien au-delà de la vue des autres hommes. Il n’était ni hésitant ni changeant dans ses opinions : sa manière n’était jamais de porter un jugement à la légère ; il avait coutume de délibérer d’abord à fond et de bien peser une affaire ; et en cela, malgré ses grandes capacités, il était heureux de s’aider [de] la conversation et de l’entretien avec d’autres, et il parlait souvent du grand avantage qu’il y trouvait ; mais quand, après mûre réflexion, il avait arrêté son jugement, il ne s’en laissait pas aisément détourner par de fausses couleurs, par des prétextes et des apparences spécieux.
Et outre sa connaissance des choses qui relevaient de sa vocation particulière de magistrat, il avait aussi un haut degré d’intelligence des choses qui relèvent de sa vocation générale de chrétien. Ce n’était pas un théologien négligeable. C’était un sage casuiste, comme je le sais par le grand secours que j’ai trouvé de temps à autre dans son jugement et ses conseils sur des cas de conscience où je l’ai consulté ; et à vrai dire, je ne connais guère de théologien que j’aie jamais trouvé plus capable que lui d’aider et d’éclairer l’esprit en de tels cas. Et il n’avait pas une mince connaissance des choses qui touchent à la religion d’expérience ; mais il avait coutume de discourir sur de tels sujets non seulement avec d’exactes distinctions doctrinales, mais comme quelqu’un qui connaissait ces choses intimement et pour les avoir senties.
Il n’était pas seulement grand en connaissance spéculative, mais sa connaissance était pratique, propre à guider sagement la conduite dans les affaires, les occupations et les devoirs de la vie, de manière à mériter proprement le nom de sagesse, et à le revêtir proprement et éminemment du caractère d’un homme sage. Et il n’était pas seulement éminemment sage et prudent dans sa propre conduite, mais il était, dans toute affaire difficile, l’un des conseillers les plus habiles et les plus sages pour autrui.
La grandeur et la noblesse de sa disposition répondaient à l’étendue de son intelligence. Il était naturellement d’une grande âme. À cet égard, il était vraiment de race illustre. Il avait en grande horreur les choses basses et sordides, et semblait incapable de s’y prêter. Combien il était éloigné de la frivolité et des futilités dans sa conversation ! Combien éloigné d’une disposition affairée et indiscrète ! Combien éloigné de toute menée sournoise et clandestine pour remplir ses poches de ce qui aurait été frauduleusement retenu ou violemment extorqué à l’ouvrier, au soldat ou à l’officier subalterne ! Combien éloigné de tirer avantage de sa commission ou de son autorité, ou de quelque pouvoir supérieur qu’il eût en main, ou de l’ignorance, de la dépendance ou des besoins d’autrui, pour grossir ses propres gains de ce qui appartenait aux autres et de ce qu’ils pouvaient justement attendre comme juste récompense de quelqu’un de leurs services ! Combien il était éloigné d’accepter en secret des présents offerts pour l’engager à favoriser quelqu’un dans sa cause, ou à faire avancer quelqu’un, par son pouvoir ou son crédit, à quelque place de confiance publique, d’honneur ou de profit ! Combien il avait en horreur le mensonge et les faux-fuyants ! Et combien il était inébranlablement attaché à l’exacte vérité ! Sa haine des choses basses et sordides était si manifeste et si connue, qu’il était évident que les hommes redoutaient de paraître en sa présence en quoi que ce soit de cette nature.
C’était un homme remarquablement doué d’esprit public, un vrai ami de son pays, et il avait en grande horreur qu’on sacrifiât le bien public à l’intérêt privé.
Il était très éminemment doué de l’esprit de gouvernement. Le Dieu de la nature semblait l’avoir formé pour le gouvernement, comme s’il avait été fait tout exprès et coulé dans un moule qui devait le rendre en tous points propre à la charge d’un homme revêtu de l’autorité publique. Il lui était naturel d’avoir une tenue et une conduite propres à maintenir son autorité, à inspirer aux autres crainte et respect, et à donner force et efficacité à ce qu’il disait et faisait dans l’exercice de son autorité. Il ne portait pas l’épée en vain : il était vraiment la terreur des malfaiteurs. Ce que je voyais en lui me rappelait souvent cette parole du sage, Proverbes 20:8 : « Le roi assis sur le trône de la justice Dissipe tout mal par son regard. » C’était un homme qui ne craignait pas la face des hommes ; et chacun savait qu’il était vain d’essayer de le détourner de faire ce que, après mûre réflexion, il avait jugé devoir faire. Tout en lui était grand et convenait à un homme dans sa charge publique. Jamais peut-être n’a paru en Nouvelle-Angleterre un homme à qui le nom de grand homme convînt plus proprement.
Mais bien qu’il fût grand parmi les hommes, élevé au-dessus des autres par ses capacités, par la grandeur de son âme et par sa place de gouvernement, et qu’il ne craignît pas la face des hommes, il craignait Dieu. Il était strictement consciencieux dans sa conduite, tant en public qu’en particulier. Je n’ai jamais connu d’homme qui parût agir plus constamment et plus inébranlablement par principe, et selon des règles et des maximes établies et fixées dans son esprit par les décisions de son jugement et de sa conscience. C’était un homme d’une stricte justice et d’une stricte fidélité. La fidélité était éminemment son caractère. Quelques-uns de ses plus grands adversaires, qui ont été du parti opposé au sien dans les affaires publiques, ont pourtant ouvertement reconnu cela de lui, qu’il était un homme fidèle. Il était remarquablement fidèle dans les charges publiques qui lui étaient confiées : il ne trahissait pas bassement le dépôt qui lui était remis, par crainte ou par faveur. Il était vain de l’attendre, quelles que fussent l’opposition ou la négligence des hommes à son égard, et si grands qu’ils fussent. Il ne négligeait pas non plus l’intérêt public, là où il lui était confié, pour son propre repos ; mais il veillait et travaillait pour lui avec diligence et labeur, nuit et jour. Et il était fidèle dans les affaires privées aussi bien que dans les publiques : il était un ami très fidèle, fidèle à quiconque, en quelque cas que ce fût, lui demandait conseil ; et l’on pouvait compter sur sa fidélité dans toute affaire qu’il entreprenait pour l’un de ses voisins.
Il était un exemple notable de la vertu de tempérance, invariable en elle, en tous lieux, en toutes compagnies, et au milieu de toutes les tentations.
Bien qu’il fût un homme d’une grande âme, il avait pourtant un remarquable empire sur son esprit, et il excellait dans le gouvernement de sa langue. Au milieu de toutes les provocations qu’il rencontrait parmi les multitudes avec lesquelles il avait affaire, et de la grande multiplicité des affaires embarrassantes dont il s’occupait, et de toute l’opposition et de tous les reproches dont il fut à quelque moment l’objet, qu’est-il jamais sorti de sa bouche dont ses ennemis aient pu se saisir ? Aucun langage profane, aucun propos vain, téméraire, inconvenant et peu chrétien. Si parfois il s’exprimait avec beaucoup de chaleur et de vigueur, cela semblait venir du principe et de la détermination de son jugement plutôt que de la passion. Quand il s’exprimait avec force et véhémence, ceux qui le connaissaient et l’avaient bien observé de temps à autre pouvaient voir clairement que cela se faisait par suite de la réflexion et du jugement, après avoir pesé les circonstances et les conséquences des choses.
Le calme et la constance de sa conduite en particulier, notamment dans sa famille, parurent remarquables et exemplaires à ceux qui eurent le plus l’occasion de les observer.
Il était solidement établi dans les principes et les doctrines religieuses des premiers pères de la Nouvelle-Angleterre, qu’on appelle d’ordinaire les doctrines de la grâce, et il avait en grande détestation les erreurs opposées de la théologie à la mode de notre temps, comme très contraires à la parole de Dieu et à l’expérience de tout vrai chrétien. Et comme il était ami de la vérité, il était aussi ami de la piété vivante et de la puissance de la piété, et il l’appuya et la favorisa toujours, en toute occasion.
Il avait en horreur l’impiété ; il était d’un esprit sérieux et digne, et il traita toujours les choses sacrées avec révérence. Il était exemplaire par la dignité de sa présence au culte public de Dieu. Qui l’a jamais vu, de façon irrévérencieuse et inconvenante, se vautrer et pencher la tête pour dormir, ou regarder fixement et promener les yeux de tous côtés dans le temple pendant le service divin ? Et comme il était capable (ainsi qu’on l’a observé plus haut) de discourir très intelligemment de la religion d’expérience, il donna à quelques personnes avec qui il était très intime, en s’entretenant de ces choses, des indications assez claires qu’il s’agissait de choses de sa propre expérience. Et quelques personnes sérieuses revêtues de l’autorité civile, qui différaient ordinairement de lui dans les affaires de gouvernement, ont pourtant, à la suite de quelque entretien intime et occasionnel avec lui sur les choses de la religion, manifesté une haute opinion de lui quant à sa piété réelle et vécue.
Comme on le savait homme sérieux et ennemi de toute conversation profane ou vaine, il était craint pour cette raison des grands et des petits. Quand il était dans la pièce, sa seule présence suffisait à maintenir la bienséance, bien qu’il s’y trouvât beaucoup de gens qui passaient pour des gentilshommes et de grands personnages, et qui autrement étaient disposés à prendre dans leurs propos et leur conduite beaucoup plus de liberté qu’ils n’osaient le faire en sa présence.
Il n’était pas oublieux de la mort, ni insensible à sa propre fragilité, et la mort ne le prit pas au dépourvu. Depuis quelques années, il a beaucoup parlé à certaines personnes de mourir et d’entrer dans le monde éternel, donnant à entendre qu’il ne s’attendait pas à demeurer longtemps ici-bas.
À toutes ces choses que nous avons mentionnées et qui faisaient de lui éminemment une verge forte, s’ajoutaient beaucoup de circonstances propres à lui donner l’avantage pour déployer sa force au profit du bien public. Il était d’une naissance honorable, était un homme d’une fortune considérable, avait été longtemps revêtu de l’autorité, était largement connu et honoré au dehors, était tenu en haute estime par les nombreuses tribus d’Indiens du voisinage des colonies britanniques, et avait ainsi sur elles une grande influence, plus que tout autre homme de la Nouvelle-Angleterre ; Dieu l’avait doué d’une belle prestance et d’une majesté de visage qui convenaient aux grandes qualités de son esprit et à la place où Dieu l’avait établi.
Dans l’exercice de ces qualités et de ces dons, avec ces avantages, il a été pour ainsi dire un père pour cette partie du pays, dont le comté tout entier dépendait, sous Dieu, dans toutes ses affaires publiques, et surtout depuis le commencement de la guerre présente. Combien le poids de toutes les affaires militaires du comté (qui, plus qu’aucune autre partie du pays, est exposé à l’ennemi) a reposé sur ses épaules, combien il a été le ressort de tout mouvement et l’auteur de tout ce qui s’est fait, et avec quelle sagesse et quelle fidélité il a conduit ces affaires, je n’ai pas besoin de l’apprendre à cette congrégation. Vous savez bien qu’il prenait soin du comté comme un père d’une famille d’enfants, ne négligeant pas la vie des hommes et ne faisant pas bon marché de leur sang, mais s’appliquant continuellement, avec une grande diligence, une grande vigilance et une grande prudence, aux moyens propres à assurer notre sûreté et notre bien-être. Et c’est surtout cette ville, sa ville natale, où il a demeuré depuis son enfance, qui a recueilli le bienfait de son heureuse influence : sa sagesse a été, sous Dieu, notre guide dans une large mesure, et son autorité notre appui et notre force, et il a été un grand honneur pour Northampton et un ornement pour notre Église.
Il demeura en pleine capacité de servir tant qu’il vécut ; il était, il est vrai, assez avancé en âge, mais les forces de son esprit n’avaient pas sensiblement diminué, et la vigueur de son corps n’était pas tellement affaiblie qu’il ne pût faire de longs voyages, par une chaleur et un froid extrêmes, et en peu de temps.
Mais maintenant cette « verge forte est brisée et desséchée », et assurément le jugement de Dieu en cela est bien terrible, et la dispensation est de celles qui peuvent bien servir de complainte. Nous sentirons probablement davantage la valeur et l’importance d’une telle verge forte quand elle nous manquera. La voix terrible de Dieu dans cette providence mérite l’attention de toute cette province, et surtout du peuple de ce comté, mais d’une manière plus particulière la nôtre, à nous qui sommes de cette ville. Nous avons maintenant ce témoignage du déplaisir divin ajouté à tous les autres sombres nuages que Dieu a fait passer dernièrement sur nous, et à ses regards sévères et terribles sur nous. C’est une dispensation qui, à bien des égards, nous appelle grandement à nous humilier et à craindre devant Dieu ; une terrible manifestation de sa domination suprême, universelle et absolue, qui nous appelle à adorer la souveraineté divine et à trembler en la présence de ce grand Dieu. Et c’est un vivant exemple de la fragilité et de la mortalité humaines. Nous voyons que nul n’est hors de l’atteinte de la mort, que nulle grandeur, nulle autorité, nulle sagesse ni sagacité, nulle dignité de personne ou de rang, nul degré de valeur et d’importance n’exempte du coup de la mort. C’est donc un avertissement fort et solennel à toutes sortes de gens de se préparer à leur départ d’ici-bas.
Et la mémoire de cette personne qui nous a maintenant quittés, et qui fut une si grande bénédiction tant qu’elle vécut, doit nous engager à témoigner respect et bonté à sa famille. Nous devons le faire tant par respect pour lui que pour son père, votre ancien et éminent pasteur, qui fut en son temps, d’une manière remarquable, un père pour cette partie du pays dans les choses spirituelles, et surtout pour cette ville, comme ce fils l’a été dans les choses temporelles. — Dieu fut grandement irrité quand les enfants d’Israël ne témoignèrent point de bonté à la maison de Jerubbaal, qui avait été pour eux l’instrument de tant de bien : Juges 8:35, « Et ils n’eurent point d’attachement pour la maison de Jerubbaal… après tout le bien qu’il avait fait à Israël. »
Chapitre 7 terminé
Une verge forte brisée et desséchée