Sermons choisis de Jonathan Edwards
Les nombreuses demeures

Chapitre 5 · 28 min de lecture · 36 min d’écoute

Les nombreuses demeures

Jean 14:2. — Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père.


On peut observer deux choses dans ces paroles :

1. La chose décrite, à savoir la maison du Père de Christ. Christ, dans le chapitre précédent, parlait à ses disciples comme quelqu’un qui était sur le point de les quitter. Il leur dit, au verset 31 : « Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui » ; puis il se met à leur donner des conseils, les exhortant à vivre dans l’unité et à s’aimer les uns les autres, comme quelqu’un qui s’en allait d’auprès d’eux. Ce qui sembla les surprendre quelque peu, et ils ne savaient trop qu’en penser. Et l’un d’eux, à savoir Pierre, lui demanda où il allait ; verset 36 : « Simon Pierre lui dit: Seigneur, où vas-tu? » Christ ne lui répondit pas directement en lui disant où il allait, mais il l’indique dans ces paroles du texte, à savoir à la maison de son Père, c’est-à-dire au ciel ; et plus loin, au verset 12, il leur dit clairement qu’il s’en allait à son Père.

2. Nous pouvons observer la description qui en est donnée, à savoir qu’il s’y trouve plusieurs demeures. Les disciples semblaient très attristés à la nouvelle du départ de Christ, mais Christ les console par ceci : dans la maison de son Père, où il allait, il n’y avait pas seulement de la place pour lui, mais aussi pour eux. Il y avait plusieurs demeures. Il n’y avait pas seulement une demeure pour lui, mais il y avait assez de demeures pour eux tous ; il y avait assez de place pour eux dans le ciel. Quand les disciples s’aperçurent que Christ s’en allait, ils manifestèrent un grand désir d’aller avec lui, et particulièrement Pierre. Pierre, à la fin du chapitre précédent, lui demanda où il allait, dans le dessein de pouvoir le suivre. Christ lui dit qu’il ne pouvait pas le suivre maintenant là où il allait, mais qu’il le suivrait plus tard. Mais Pierre, qui ne se contentait pas de cette réponse de Christ, semblait avoir grande envie de le suivre dès maintenant : « Seigneur, lui dit Pierre, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant? » De sorte que les disciples avaient encore grande envie d’être avec Christ, et Christ, dans les paroles du texte, leur fait entendre qu’ils seront avec lui. Christ leur fait savoir qu’il s’en retournait à la maison de son Père, et il les encourage en leur assurant qu’ils seront avec lui là-haut en temps voulu, puisqu’il y avait là plusieurs demeures. Il y avait une demeure préparée non seulement pour lui, mais pour eux tous (car Judas n’était pas présent alors), et non seulement pour eux, mais pour tous ceux qui croiraient jamais en lui jusqu’à la fin du monde ; et s’il partait le premier, il ne partait que pour préparer une place à ceux qui le suivraient.

Le texte est une phrase claire ; il est donc inutile d’en tirer une doctrine exprimée en d’autres termes, de sorte que je bâtirai mon discours sur les paroles mêmes du texte. Ces paroles renferment deux propositions, à savoir : I, que le ciel est la maison de Dieu ; et II, que dans cette maison de Dieu il y a plusieurs demeures.

Prop. I. Le ciel est la maison de Dieu. Une maison de culte public est une maison où le peuple de Dieu se réunit de temps en temps pour assister aux ordonnances de Dieu, qui est mise à part pour cet usage, et qu’on appelle la maison de Dieu. Le temple de Salomon était appelé la maison de Dieu. Dieu y était représenté comme y habitant. Il y avait son trône dans le saint des saints, à savoir le propitiatoire au-dessus de l’arche et entre les chérubins.

Parfois l’univers entier est représenté dans l’Écriture comme la maison de Dieu, bâtie de divers étages les uns au-dessus des autres : Amos 9:6 : « C’est lui qui bâtit ses étages dans les cieux » ; et Psaume 104:3 : « Il forme avec les eaux le faîte de sa demeure. » Mais le plus haut des cieux est représenté tout spécialement dans l’Écriture comme la maison de Dieu. Quant aux autres parties de la création, Dieu les a destinées à des usages inférieurs ; mais cette partie, il se l’est réservée pour sa propre demeure. Il nous est dit que les cieux sont les cieux de l’Éternel, mais qu’il a donné la terre aux fils de l’homme. Dieu, bien qu’il soit présent partout, est représenté, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, comme étant au ciel d’une manière spéciale et particulière. Le ciel est le temple de Dieu. C’est ainsi que nous lisons qu’il y a un temple de Dieu dans le ciel (Apocalypse 15:5). Le temple de Salomon était une figure du ciel ; il fut fait extrêmement magnifique et coûteux, en partie dans ce dessein, afin qu’il fût la figure la plus vive du ciel. L’apôtre Paul, dans son épître aux Hébreux, appelle à plusieurs reprises le ciel le saint des saints, comme étant l’antitype non seulement du temple de Salomon, mais du lieu très saint de ce temple, qui était le lieu de la résidence la plus immédiate de Dieu : Hébreux 9:12 : « il est entré une fois pour toutes dans le lieu très saint » ; verset 24 : « Car Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, en imitation du véritable, mais il est entré dans le ciel même. » Les maisons où des assemblées de chrétiens adorent Dieu sont, à certains égards, des figures de cette maison de Dieu qui est en haut. Quand Dieu y est adoré en esprit et en vérité, elles deviennent les ouvrages avancés du ciel, et comme ses portes. De même que dans les maisons de culte public d’ici-bas il y a des assemblées de chrétiens qui se réunissent pour adorer Dieu, de même il y a dans le ciel une glorieuse assemblée, ou Église, qui adore Dieu continuellement : Hébreux 12:22,23 : « Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le chœur des anges, de l’assemblée des premiers-nés inscrits dans les cieux. »

Le ciel est représenté dans l’Écriture comme la maison où Dieu habite ; Psaume 113:5 : « Qui est semblable à l’Éternel, notre Dieu? Il a sa demeure en haut » ; et Psaume 123:1 : « Je lève mes yeux vers toi, Qui sièges dans les cieux. » Le ciel est le palais de Dieu. C’est la maison du grand Roi de l’univers ; il y a son trône, et c’est pourquoi le ciel est représenté comme sa maison ou son temple ; Psaume 11:4 : « L’Éternel est dans son saint temple, L’Éternel a son trône dans les cieux. »

Le ciel est la maison où Dieu habite avec sa famille. Dieu est représenté dans l’Écriture comme ayant une famille ; et bien que quelques-uns de cette famille soient maintenant sur la terre, ils y sont pourtant comme au loin et non chez eux, mais ils s’en retournent tous à la maison : Éphésiens 3:15 : « duquel tire son nom toute famille dans les cieux et sur la terre. » Le ciel est le lieu que Dieu a bâti pour lui-même et pour ses enfants. Dieu a beaucoup d’enfants, et le lieu qui leur est destiné est le ciel ; c’est pourquoi il est dit des saints, parce qu’ils sont enfants de Dieu, qu’ils sont de la maison de Dieu (Éphésiens 2:19) : « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. » Dieu est représenté comme un maître de maison ou un chef de famille, et le ciel est sa maison.

Le ciel est la maison où Dieu n’a pas seulement son trône, mais où il tient aussi, pour ainsi dire, sa table, où ses enfants s’assoient avec lui à sa table, et où ils sont traités d’une manière royale, digne des enfants d’un si grand Roi : Luc 22:30 : « afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume » ; Matthieu 26:29 : « Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. »

Dieu est le Roi des rois, et le ciel est le lieu où il tient sa cour. Là sont ses anges et ses archanges, qui, comme les nobles de sa cour, se tiennent à son service.

Prop. II. Il y a plusieurs demeures dans la maison de Dieu. Par plusieurs demeures, il faut entendre plusieurs sièges ou lieux de séjour. Comme c’est le palais d’un roi, il y a plusieurs demeures. Les maisons des rois sont d’ordinaire bâties très vastes, avec beaucoup de pièces et d’appartements somptueux. Ainsi il y a plusieurs demeures dans la maison de Dieu.

Quand cela est dit du ciel, il faut l’entendre principalement dans un sens figuré, et les choses suivantes semblent nous y être enseignées.

1. Il y a de la place dans cette maison de Dieu pour un grand nombre. Il y a de la place dans le ciel pour une immense multitude, et même assez de place pour tout le genre humain, pour tous ceux qui sont ou qui seront jamais ; Luc 14:22 : « Maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place. »

Il n’en est pas du temple céleste comme il en est souvent des maisons de culte public en ce monde, qui se remplissent et deviennent trop petites et trop étroites pour ceux qui voudraient s’y réunir, de sorte qu’il n’y a pas de place commode pour tous. Il y a assez de place dans la maison de notre Père céleste. C’est en partie ce que Christ voulait dire dans les paroles du texte, comme on le voit clairement par l’occasion où il les prononça. Les disciples manifestaient un grand désir d’être là où était Christ, et c’est pourquoi Christ, pour les encourager en leur assurant qu’il en serait comme ils le désiraient, leur dit que dans la maison de son Père, où il allait, il y avait plusieurs demeures, c’est-à-dire assez de place pour eux.

Il y a en Dieu assez de miséricorde pour admettre au ciel une multitude innombrable. Il y a assez de miséricorde pour tous, et il y a assez de mérite en Christ pour acquérir le bonheur céleste à des millions de millions, à tous les hommes qui ont jamais été, qui sont ou qui seront. Et il y a dans la source du bonheur du ciel de quoi pourvoir, remplir et rassasier tous : il y a, à tous égards, assez pour le bonheur de tous.

2. Il y a des logements suffisants et convenables pour toutes les différentes sortes de personnes qui sont dans le monde : pour les grands et les petits, pour les élevés et les humbles, les riches et les pauvres, les sages et les insensés, les esclaves et les libres, des personnes de toutes nations, de toutes conditions et de toutes situations ; pour ceux qui ont été de grands pécheurs aussi bien que pour ceux qui ont mené une vie morale ; pour les saints faibles et ceux qui sont des enfants en Christ aussi bien que pour ceux qui sont plus forts et plus avancés dans la grâce. Il y a dans le ciel de quoi suffire au bonheur de toute sorte de gens ; il y a un logement convenable pour toute créature qui voudra écouter les appels de l’Évangile. Nul de ceux qui veulent venir à Christ, quelle que soit sa condition, n’a besoin de craindre que Christ ne lui prépare pas au ciel une place qui lui convienne.

Cela semble être une autre chose impliquée dans les paroles de Christ. Les disciples étaient des personnes d’une condition très différente de celle de Christ : il était leur Maître, et ils étaient ses disciples ; il était leur Seigneur, et ils étaient les serviteurs ; il était leur Guide, et ils étaient ceux qui le suivaient ; il était leur Capitaine, et eux les soldats ; il était le Berger, et eux les brebis ; [il était, pour ainsi dire, le] Père, [et eux les] enfants ; il était le Fils de Dieu, glorieux et saint, ils étaient des hommes pauvres, pécheurs et corrompus. Mais pourtant, bien qu’ils fussent dans une situation si différente de la sienne, Christ les encourage en leur assurant qu’il n’y aura pas seulement de la place dans le ciel pour lui, mais aussi pour eux ; car il y avait là plusieurs demeures. Il n’y avait pas seulement une demeure pour recevoir le Seigneur, mais aussi les disciples ; non seulement le chef, mais les membres ; non seulement le Fils de Dieu, mais ceux qui sont par nature des hommes pauvres, pécheurs et corrompus : comme dans le palais d’un roi il n’y a pas seulement une demeure ou une chambre d’apparat bâtie pour le roi lui-même et pour son fils aîné et héritier, mais il y a beaucoup de chambres, des demeures pour toute sa nombreuse maison, enfants, gens de la suite et serviteurs.

3. Il est en outre impliqué que le ciel est une maison qui a été effectivement bâtie et préparée pour une grande multitude. Quand Dieu fit le ciel au commencement du monde, il le destina à être la demeure éternelle d’une multitude immense et innombrable. Quand le ciel fut fait, il fut destiné et préparé pour toutes ces personnes particulières que Dieu avait de toute éternité résolu de sauver : Matthieu 25:34 : « Venez, vous qui êtes bénis [de mon Père; prenez possession du royaume] qui vous a été préparé [dès la fondation du monde]. » Et c’est là une très grande et innombrable multitude : Apocalypse 7:9 : « Après cela, je regardai, et voici, il y avait une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l’agneau, revêtus de robes blanches. » Le ciel, ayant été bâti à dessein pour ceux-là, a été bâti en conséquence ; il a été bâti de manière à recevoir le plus commodément toute cette multitude : comme une maison bâtie pour une grande famille est bâtie vaste et avec beaucoup de pièces ; comme un palais bâti pour un grand roi qui tient une grande cour, avec une suite nombreuse, est bâti extrêmement grand, avec un très grand nombre d’appartements ; et comme une maison de culte public bâtie pour une grande assemblée est bâtie très vaste, avec beaucoup de places.

4. Quand il est dit : [« Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père »], cela signifie qu’il y a des sièges de dignité diverse et des degrés et des conditions différents d’honneur et de bonheur. Il y a plusieurs demeures dans la maison de Dieu parce que le ciel est destiné à divers degrés d’honneur et de félicité. Les uns sont destinés à y être assis à des places plus élevées que d’autres ; les uns sont destinés à être élevés à de plus hauts degrés d’honneur et de gloire que d’autres ; c’est pourquoi il y a dans le ciel des demeures diverses, et des demeures et des sièges plus honorables les uns que les autres. Bien qu’ils soient tous des sièges d’un honneur et d’une félicité extrêmes, certains le sont pourtant plus que d’autres.

C’est ainsi qu’un palais est bâti. Bien que chaque partie du palais soit magnifique, comme il convient au palais d’un roi, il y a cependant beaucoup d’appartements d’honneur divers, et les uns sont plus somptueux et plus coûteux que les autres, selon le degré de dignité. Il y a un appartement qui est la salle d’audience du roi ; il y a d’autres appartements pour le plus proche héritier de la couronne ; d’autres pour les autres enfants ; et d’autres pour les gens de leur suite et les grands officiers de la maison : l’un pour le grand intendant, un autre pour le chambellan, et d’autres pour les officiers et les serviteurs de moindre rang.

Une autre image de cela se trouvait dans le temple de Salomon. Il y avait plusieurs demeures de divers degrés d’honneur et de dignité. Il y avait le saint des saints, où se trouvait l’arche, qui était le lieu de la résidence immédiate de Dieu, où seul le souverain sacrificateur pouvait entrer ; il y avait un autre appartement appelé le lieu saint, où les autres sacrificateurs pouvaient entrer ; et ensuite venait le parvis intérieur du temple, où les Lévites étaient admis : et là ils avaient beaucoup de chambres ou de demeures bâties pour servir de logements aux sacrificateurs ; ensuite venait le parvis d’Israël, où le peuple d’Israël pouvait entrer ; et ensuite le parvis des Gentils, où les Gentils, ceux qu’on appelait les « prosélytes de la porte », pouvaient entrer.

Et nous en avons une image dans les maisons bâties pour le culte des assemblées chrétiennes. Dans ces maisons de Dieu, il y a beaucoup de places d’honneur et de dignité différents, depuis la plus honorable jusqu’à la plus humble de l’assemblée.

Ce n’est pas que nous devions entendre les paroles de Christ dans un sens aussi littéral, comme si chaque saint dans le ciel devait avoir un siège, une chambre ou un lieu de séjour déterminé, où il serait fixé localement. Ce n’est pas le dessein des Écritures de nous renseigner beaucoup sur les circonstances extérieures du ciel, ou sur l’état du ciel considéré quant au lieu ; mais nous devons entendre ce que dit Christ principalement dans un sens spirituel. Les hommes seront placés à des degrés différents d’honneur et de gloire dans le ciel, comme cela est abondamment montré dans l’Écriture : ce qui peut fort bien être représenté à notre imagination par l’existence de sièges différents, d’honneur divers, comme il en était dans le temple, comme il en est dans les cours des rois. Certains sièges seront plus près du trône que d’autres. Certains seront assis tout près de Christ dans la gloire : Matthieu 20:23 : « pour ce qui est d’être assis à ma droite et à ma gauche, cela ne dépend pas de moi, et ne sera donné qu’à ceux à qui mon Père l’a réservé. »

Christ a sans doute en vue, dans le texte, ces différents degrés de gloire. Quand il s’en allait au ciel et que les disciples étaient attristés à la pensée de se séparer de leur Seigneur, il leur fait savoir qu’il y a dans la maison de son Père des sièges ou des demeures de divers degrés d’honneur, qu’il n’y en avait pas seulement une pour lui, qui était le Chef de l’Église et le frère aîné, mais aussi pour eux, qui étaient ses disciples et ses frères cadets.

Christ peut aussi, probablement, avoir en vue non seulement différents degrés de gloire dans le ciel, mais des conditions différentes. Bien que l’occupation et le bonheur de toute l’assemblée céleste doivent être en général les mêmes, il n’est pourtant pas improbable qu’il y ait des différences de circonstance. Nous savons ce qu’[est] leur occupation en général, mais non en particulier. Nous ne savons pas comment l’un peut être employé à servir et à accroître le bonheur d’un autre, et tous à s’aider les uns les autres. Certains peuvent y être placés à un endroit pour une fonction ou une occupation, et d’autres [à] une autre, comme il en est dans l’Église sur la terre. Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu ; l’un est l’œil, l’autre l’oreille, un autre la tête, etc. Mais parce qu’il n’a pas plu à Dieu de révéler expressément comment il en sera à cet égard, je n’y insisterai pas, mais je passerai à faire quelque

APPLICATION

de ce qui a été proposé.

I. Voici un encouragement pour les pécheurs qui sont préoccupés et travaillés au sujet du salut de leur âme, qui craignent de n’aller jamais au ciel ni d’y être admis en aucun lieu de séjour, et qui sentent qu’ils sont jusqu’ici dans un état et une condition lamentables, parce qu’ils sont hors de Christ, et n’ont ainsi aucun droit à un héritage dans le ciel, mais sont en danger d’aller en enfer et d’y avoir fixé le lieu de leur séjour éternel. Vous pouvez être encouragés par ce qui a été dit à chercher le ciel avec ardeur ; car il y a là plusieurs demeures. Il y a là assez de place. Quel que soit votre cas, il s’y trouve pour vous une provision convenable ; et si vous venez à Christ, vous n’avez pas à craindre qu’il ne vous prépare pas une place ; il veillera à ce que vous soyez bien logés dans le ciel.

Mais II. Je voudrais appliquer cette doctrine par une double exhortation.

1. Que tous soient donc exhortés à chercher avec ardeur à être admis dans une demeure au ciel. Vous avez entendu que c’est la maison de Dieu ; c’est son temple. Si David, quand il était dans le désert de Juda, et au pays de Gueschur et des Philistins, désirait si ardemment retourner au pays d’Israël afin d’avoir une place dans la maison de Dieu ici-bas sur la terre, et prisait tant une place en ce lieu, ne fût-ce que celle de portier, quel grand bonheur ce sera d’avoir une place dans ce temple céleste de Dieu ! Si l’on regarde comme jouissant d’un haut privilège ceux à qui l’on a assigné un siège dans les cours des rois ou des appartements dans les palais des rois, surtout ceux qui y ont leur demeure en qualité d’enfants du roi, combien grand sera donc le privilège d’avoir un appartement ou une demeure qui nous soit assignée dans le palais céleste de Dieu, et d’y avoir une place comme ses enfants ! Combien grands sont la gloire et l’honneur de ceux qui sont admis à être de la maison de Dieu !

Et puisqu’il y a là plusieurs demeures, assez de demeures pour nous tous, notre folie sera d’autant plus grande si nous négligeons de chercher une place dans le ciel, ayant l’esprit follement occupé des choses sans valeur et périssables de ce monde. Considérez ici trois choses :

(1) Combien peu de temps vous pouvez avoir une demeure ou un lieu de séjour en ce monde. Vous avez maintenant une habitation parmi les vivants. Vous avez une maison ou une demeure à vous, ou du moins une qui est actuellement à votre usage, et vous avez maintenant une place dans la maison de Dieu ; mais combien peu de temps cela durera ! Encore très peu de temps, et le lieu qui vous connaît maintenant en ce monde ne vous connaîtra plus. L’habitation que vous avez ici sera vide de vous ; vous en serez emporté mort, ou vous mourrez loin d’elle, et vous n’y rentrerez jamais plus, ni dans aucune autre demeure de ce monde. Votre demeure ou votre lieu de séjour en ce monde, si commode ou si agréable qu’il soit, n’est qu’une tente qui sera bientôt abattue, rien qu’une hutte dans un champ de concombres. Votre séjour n’est pour ainsi dire que d’une nuit. Votre corps lui-même n’est qu’une maison d’argile qui va bientôt tomber en poussière et s’écrouler, et vous n’aurez ici-bas, en ce monde, d’autre habitation que le tombeau.

C’est ainsi que Dieu, dans sa providence, vous en fait souvenir par les exemples répétés de mort qui se sont produits dans la ville au cours des deux semaines passées, tous deux dans une même maison : par cette mort, il a montré sa souveraineté sur les vieux et sur les jeunes. Le fils fut enlevé le premier, avant le père, dans toute sa force et à la fleur de ses jours ; et le père, qui était alors en bonne santé et ne présentait aucun signe de mort prochaine, le suivit en peu de jours : et leur habitation et leur place dans la maison de Dieu en ce monde ne les connaîtront plus.

Recevez l’avertissement de ces avertissements de la Providence, et mettez à profit votre temps afin d’avoir une demeure dans le ciel. Nous avons parmi nous une maison de culte nouvellement élevée, où vous avez maintenant une place, et dont vous êtes probablement charmés par les ornements ; et bien que vous ayez une place dans une si belle maison, vous ne savez pourtant pas combien peu de temps vous aurez une place dans cette maison de Dieu. Voici deux hommes enlevés par la mort, qui ne s’y étaient réunis que quelques fois, qui en ont été arrachés avant qu’elle fût entièrement achevée, et qui n’y auront jamais plus de place. Vous ne savez pas combien tôt vous pourrez les suivre, et alors il vous importera grandement d’avoir une place dans la maison de Dieu qui est en haut. Les deux personnes récemment décédées ne cessèrent, sur leur lit de mort, d’avertir les autres de mettre à profit leur temps précieux. Le premier d’entre eux exprima souvent le sentiment qu’il avait de l’immense importance d’avoir part à Christ, comme j’en fus témoin, et pressait instamment les autres de mettre à profit leur temps, d’aller jusqu’au bout, d’obtenir une part en Christ ; et il semblait très désireux que les jeunes gens reçoivent de lui conseil et avertissement, comme les paroles d’un mourant, afin de faire tout leur possible pour s’assurer de leur conversion ; et peu avant sa mort, il me laissa la prière d’avertir les jeunes gens à sa place. Dieu vous a avertis par sa mort et par la mort de son père, qui la suivit de si près. Les paroles des mourants devraient avoir pour nous un poids particulier, car ils sont alors dans une situation où ils sont le plus capables de voir les choses telles qu’elles sont et d’en juger droitement, — comme entre les deux mondes. Situation où nous devrons tous nous trouver.

Que nos jeunes gens reçoivent donc de là un avertissement, et qu’ils ne soient pas assez insensés pour négliger de chercher une place et une demeure dans le ciel. Les jeunes gens sont particulièrement enclins à se laisser prendre aux choses agréables de ce monde. Peut-être êtes-vous maintenant fort charmés par les espérances de votre condition future en ce monde ; [et peut-être êtes-vous maintenant fort] charmés par les ornements de cette maison de culte où vous avez une place avec d’autres. Mais hélas ! ne considérez-vous pas trop peu combien tôt vous pourrez être enlevés à toutes ces choses, et n’avoir plus jamais aucune part à aucune demeure, à aucune maison, à aucune jouissance ni à aucun bonheur sous le soleil ? Que votre principal souci soit donc de vous assurer pour l’avenir une habitation éternelle.

(2) Considérez que, lorsque vous mourrez, si vous n’avez pas de demeure dans la maison de Dieu au ciel, il vous faudra avoir votre lieu de séjour dans l’habitation des démons. Il n’y a pas de lieu intermédiaire entre les deux, et quand vous partirez d’ici, il vous faudra aller à l’un ou à l’autre. Les uns ont une demeure qui leur a été préparée dans le ciel dès la fondation [du monde] ; les autres sont chassés comme maudits dans les flammes éternelles préparées pour le [diable et pour ses anges]. Considérez combien doivent être misérables ceux qui auront leur habitation avec les démons pendant toute l’éternité. Les démons sont des esprits impurs, les grands ennemis de Dieu. Leur habitation est l’obscurité des ténèbres ; un lieu de souillure, d’abomination, de ténèbres, d’opprobre et de tourment extrêmes. Oh ! combien vous aimeriez mieux, dix mille fois, n’avoir aucun lieu de séjour, n’avoir pas d’existence, que d’avoir une place [avec les démons] !

(3) Si vous mourez sans être convertis, vous aurez une place d’autant plus mauvaise en enfer que vous aurez eu un siège ou une place dans la maison de Dieu en ce monde. De même qu’il y a plusieurs demeures, des places de différents degrés d’honneur dans le ciel, de même il y a en enfer divers séjours, et des places ou des degrés de tourment et de misère ; et ceux-là auront la pire place qui, [mourant sans être convertis, ont eu la meilleure place dans la maison de Dieu ici-bas]. Salomon parle d’un spectacle particulièrement terrible qu’il avait vu, celui d’un méchant enseveli qui s’en était allé [du lieu saint] (Ecclésiaste 8:10). Ceux qui ont eu un siège dans la maison de Dieu ont été en un sens élevés jusqu’au ciel, placés à la porte du ciel ; [s’ils meurent sans être convertis, ils seront] précipités en enfer.

2. La seconde exhortation que je voudrais tirer de ce qui a été dit est de chercher une place élevée dans le ciel. Puisqu’il y a dans le ciel plusieurs demeures de différents degrés d’honneur et de dignité, cherchons à obtenir une demeure d’une gloire éminente. Il nous est révélé qu’il y a différents degrés de gloire, afin que nous recherchions les plus hauts degrés. Dieu a offert de hauts degrés de gloire dans ce dessein, afin que nous les recherchions par une sainteté éminente et par de bonnes œuvres : 2 Corinthiens 9:6 : « celui qui sème peu [moissonnera peu, et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment]. » Il ne convient pas que les hommes soient trop inquiets d’avoir un siège élevé dans la maison de Dieu en ce monde, car c’est l’honneur qui vient des hommes ; mais nous ne saurions rechercher trop ardemment un siège élevé dans la maison de Dieu qui est en haut, en recherchant une sainteté éminente, car c’est l’honneur qui vient de Dieu.

Cela ne vaut guère la peine pour nous de poursuivre l’honneur en ce monde, où le plus grand honneur n’est qu’une bulle qui s’évanouira bientôt, et où la mort nivellera tout. Les uns ont des maisons plus somptueuses que d’autres, les uns occupent des charges plus élevées que d’autres, et les uns sont plus riches que d’autres et ont dans la maison de réunion des places plus élevées que d’autres ; mais toutes les tombes sont de niveau. Un cadavre qui pourrit et se corrompt est aussi vil qu’un autre ; les vers sont aussi hardis avec une dépouille qu’avec une autre.

Mais les demeures de la maison de Dieu qui est en haut sont des demeures éternelles. Ceux à qui des places y sont assignées, qu’elles soient d’une dignité plus grande ou moindre, plus proches du trône ou plus éloignées, les garderont pendant toute l’éternité. Cela est promis en Apocalypse 3:12 : « Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le temple [de mon Dieu, et il n’en sortira plus]. » S’il vaut la peine de désirer et de rechercher des places élevées dans la maison de réunion, où vous êtes un jour par semaine, et où vous ne viendrez jamais que peu de jours en tout ; s’il vaut la peine de priser beaucoup une place plus qu’une autre dans la maison de culte, uniquement parce que c’est le banc ou la place qui est classé le premier par son numéro, et pour être vu ici pendant quelques jours, combien vaudra-t-il la peine de rechercher une demeure élevée dans le temple de Dieu, et dans ce lieu glorieux qui est l’habitation éternelle de Dieu et de tous ses enfants ! Vous qui êtes contents de vos places dans cette maison parce que vous êtes placés haut, ou à un endroit que ceux qui sont assis tout autour regardent comme honorable, et parce que beaucoup peuvent vous voir, considérez combien peu de temps vous jouirez de ce plaisir. Et s’il en est qui ne sont pas satisfaits de leurs places parce qu’elles sont trop basses pour eux, qu’ils considèrent que, dans très peu de temps, il vous [sera] tout à fait égal d’avoir été assis haut ou bas ici-bas. Mais il vous importera infiniment et éternellement de savoir où sera votre place dans l’autre monde. Que votre grand souci soit, tant que vous êtes en ce monde, de mettre à profit vos occasions dans la maison de Dieu en ce monde, que vous soyez assis haut ou bas, de telle sorte que vous puissiez avoir une demeure éminente et glorieuse dans la maison de Dieu au ciel, où vous puissiez être fixés à votre place dans cette glorieuse assemblée, dans un repos éternel.

Que la principale chose que nous prisions dans la maison de Dieu soit, non pas ses ornements extérieurs ou un siège élevé, mais la parole de Dieu et ses ordonnances. Et passez votre temps ici à chercher Christ, afin qu’il vous prépare une place dans la maison de son Père, et que, lorsqu’il reviendra en ce monde, il vous prenne avec lui, afin que là où il est, vous y soyez aussi.


Page 1 / 1 · 28 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant