Sermons choisis de Jonathan Edwards
La résolution de Ruth

Chapitre 4 · 35 min de lecture · 45 min d’écoute

La résolution de Ruth

Ruth 1:16. — Ruth répondit: Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi! Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu.


Les faits historiques de ce livre de Ruth semblent avoir été insérés dans le canon de l’Écriture principalement pour deux raisons :

Premièrement, parce que Christ descendait de Ruth. Le Saint-Esprit jugea bon de prendre particulièrement note de ce mariage de Boaz avec Ruth, d’où est issu le Sauveur du monde. Nous pouvons souvent observer que le Saint-Esprit, qui a inspiré les Écritures, prend souvent note de petites choses, d’événements minimes, qui ne se rapportent que de loin à Jésus-Christ.

Deuxièmement, parce que cette histoire semble être une figure de la vocation de l’Église des Gentils, et même de la conversion de chaque croyant. Ruth n’était pas d’Israël à l’origine ; elle était Moabite, privée du droit de cité en Israël ; mais elle abandonna son propre peuple et les idoles des Gentils pour adorer le Dieu d’Israël et se joindre à ce peuple. En cela, elle semble être une figure de l’Église des Gentils, et aussi de tout converti sincère. Ruth fut la mère de Christ ; il sortit de sa postérité : de même l’Église est la mère de Christ, telle qu’elle est représentée au début d’Apocalypse 12. Et de même tout vrai chrétien est aussi sa mère (Matthieu 12:50) : « quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. » Christ est celui dont l’âme de chacun des élus est en travail dans la nouvelle naissance. Ruth abandonna toutes ses relations naturelles et son propre pays, la terre de sa naissance, et tous les biens qu’elle y avait possédés, pour l’amour du Dieu d’Israël ; comme tout vrai chrétien abandonne tout pour Christ. Psaume 45:11 : « Écoute, ma fille, vois, et prête l’oreille; Oublie ton peuple et la maison de ton père. »

Naomi retournait alors du pays de Moab au pays d’Israël avec ses deux belles-filles, Orpa et Ruth ; elles nous représenteront deux sortes de gens qui font profession de religion : Orpa, ceux qui font, il est vrai, une belle profession et semblent bien partir, mais ne durent qu’un temps, puis retournent en arrière ; Ruth, ceux qui sont sains et sincères, et qui sont donc fermes et persévérants dans le chemin où ils se sont engagés. Dans les versets qui précèdent, Naomi représente à ses belles-filles les difficultés qu’elles rencontreraient à quitter leur pays pour aller avec elle. Et l’on peut observer dans ce verset,

1. La conduite et le comportement remarquables de Ruth en cette occasion ; avec quelle résolution inflexible elle s’attache à Naomi et la suit. Quand Naomi se leva d’abord pour retourner du pays de Moab au pays d’Israël, Orpa et Ruth partirent toutes deux avec elle ; et Naomi les exhorte toutes deux à s’en retourner. Et toutes deux pleurèrent, et semblèrent ne pouvoir supporter la pensée de la quitter, et parurent résolues à aller avec elle : verset 10 : « Non, nous irons avec toi vers ton peuple. » Puis Naomi leur dit encore : « Retournez, mes filles, allez! », etc. Alors elles furent de nouveau vivement émues, et Orpa s’en retourna et s’en alla. La fermeté de Ruth dans son dessein subit alors une plus grande épreuve, sans pourtant être vaincue : « Ruth s’attacha à elle », verset 14. Puis Naomi lui parle encore, verset 15 : « Voici, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux; retourne, comme ta belle-sœur. » Et alors elle montre son inébranlable résolution dans le texte et dans le verset suivant.

2. Je voudrais observer particulièrement en quoi consiste la vertu de cette résolution, à savoir que c’était pour l’amour du Dieu d’Israël, et afin d’être du nombre de son peuple, qu’elle était ainsi résolue à s’attacher à Naomi : « ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » C’était pour l’amour de Dieu qu’elle agissait ainsi ; c’est pourquoi sa conduite est ensuite présentée comme une conduite vertueuse, au chapitre 2:11,12 : « Boaz lui répondit: On m’a rapporté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère depuis la mort de ton mari, et comment tu as quitté ton père et ta mère et le pays de ta naissance, pour aller vers un peuple que tu ne connaissais point auparavant. Que l’Éternel te rende ce que tu as fait, et que ta récompense soit entière de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue te réfugier! » Elle quitta son père et sa mère, et le pays de sa naissance, pour venir se confier à l’ombre des ailes de Dieu ; et elle reçut en effet une pleine récompense, comme Boaz le lui avait souhaité ; car, outre les bénédictions spirituelles immédiates pour son âme et les récompenses éternelles dans l’autre monde, elle fut récompensée par une condition extérieure abondante et prospère dans la famille de Boaz. Et Dieu suscita de sa postérité David et Salomon, et établit la couronne d’Israël (le peuple qu’elle avait préféré à son propre peuple) dans sa descendance ; et — ce qui est bien plus — il suscita de sa postérité Jésus-Christ, en qui toutes les familles de la terre sont bénies.

Des paroles ainsi exposées, je tire ce sujet pour mon présent discours :

Quand ceux avec qui nous avons autrefois vécu dans la familiarité se tournent vers Dieu et se joignent à son peuple, nous devrions prendre la ferme résolution de ne pas les quitter, mais de faire que leur peuple soit notre peuple, et leur Dieu notre Dieu.

Il arrive parfois que, parmi ceux qui ont vécu dans la familiarité les uns des autres, qui ont demeuré ensemble comme voisins, qui ont souvent été ensemble comme compagnons, ou qui ont été unis par une proche parenté, et qui ont été ensemble dans les ténèbres, la servitude et la misère au service de Satan, quelques-uns soient éclairés et voient leur esprit changé, soient amenés à voir le grand mal du péché, aient le cœur tourné vers Dieu, et soient poussés par le Saint-Esprit de Dieu à quitter la compagnie de ceux qui sont du côté de Satan, pour aller se joindre à cette bienheureuse compagnie de ceux qui sont avec Jésus-Christ ; ils sont rendus disposés à abandonner les tentes de la méchanceté, pour habiter la terre de droiture avec le peuple de Dieu.

Et parfois cela se révèle une séparation, un éloignement définitif entre eux et ceux avec qui ils vivaient autrefois. Bien que ce ne soit peut-être pas une séparation quant aux choses extérieures, qu’ils puissent encore demeurer ensemble et converser les uns avec les autres, à d’autres égards cela les met à une grande distance les uns des autres : l’un est enfant de Dieu, et l’autre ennemi de Dieu ; l’un est dans une condition misérable, et l’autre dans une condition heureuse ; l’un est citoyen de la Sion céleste, l’autre est sous une condamnation qui le voue à l’enfer. Ils ne sont plus ensemble sous les rapports où ils avaient coutume de l’être. Ils avaient coutume d’être d’un même esprit pour servir le péché et faire l’œuvre de Satan ; maintenant ils sont d’esprits contraires. Ils avaient coutume d’être ensemble dans la mondanité et la vanité coupable ; maintenant leurs dispositions sont extrêmement différentes. Ils sont séparés comme le sont les sujets de royaumes différents ; l’un demeure dans le royaume des ténèbres, l’autre est transporté dans le royaume du Fils de son amour. Et parfois ils sont définitivement séparés sous ces rapports : tandis que l’un habite le pays d’Israël et la maison de Dieu, l’autre, comme Orpa, vit et meurt au pays de Moab.

Or, il est lamentable qu’il en soit ainsi. Il est terrible d’être séparés de la sorte. Il est douloureux, quand, parmi ceux qui ont autrefois été ensemble dans le péché, quelques-uns se tournent vers Dieu et se joignent à son peuple, que cela devienne une séparation entre eux et leurs anciens compagnons et connaissances. Nous devrions, en pareil cas, prendre la résolution ferme et inflexible que ce ne sera point une séparation, mais que nous les suivrons, que leur peuple sera notre peuple, et leur Dieu notre Dieu ; et cela pour les raisons suivantes :

I. Parce que leur Dieu est un Dieu glorieux. Il n’y en a point comme lui, qui est infini en gloire et en excellence. Il est le Dieu Très-Haut, magnifique en sainteté, digne de louanges, opérant des prodiges. Son nom est magnifique sur toute la terre, et sa majesté est au-dessus de la terre et des cieux. Nul n’est comme lui parmi les dieux ; nul dans le ciel ne peut se comparer à lui, et nul parmi les fils des puissants ne lui est semblable. Leur Dieu est la source de tout bien, et une source inépuisable ; il est un Dieu tout-suffisant, capable de les protéger et de les défendre, et de tout faire pour eux. Il est le Roi de gloire, l’Éternel fort et puissant, l’Éternel puissant dans les combats : un rocher fort et une haute tour. Nul n’est semblable au Dieu de Jeschurun, qui est porté sur les cieux pour venir à leur aide, et avec majesté sur les nuées. Le Dieu d’éternité est leur refuge, et sous eux sont des bras éternels. C’est un Dieu qui tient toutes choses en ses mains, et qui fait tout ce qu’il veut : il fait mourir et il fait vivre ; il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter ; il appauvrit et il enrichit : à l’Éternel sont les colonnes de la terre. Leur Dieu est un Dieu infiniment saint ; nul n’est saint comme l’Éternel. Et il est infiniment bon et miséricordieux. Beaucoup de ceux que d’autres adorent et servent comme des dieux sont des êtres cruels, des esprits qui cherchent la ruine des âmes ; mais celui-ci est un Dieu qui prend plaisir à la miséricorde ; sa grâce est infinie et dure à toujours. Il est l’amour même, une source et un océan infinis d’amour.

Tel est leur Dieu ! Telle est la gloire de Jacob ! Tel est le Dieu de ceux qui ont abandonné leurs péchés et se sont convertis ! Ils ont fait un choix sage, ceux qui l’ont choisi pour leur Dieu. Ils ont fait vraiment un heureux échange, ceux qui ont échangé le péché et le monde contre un tel Dieu !

Ils ont un Sauveur excellent et glorieux, qui est le Fils unique de Dieu ; le reflet de la gloire de son Père ; celui en qui Dieu, de toute éternité, a pris un plaisir infini ; un Sauveur d’un amour infini ; celui qui a versé son propre sang et a livré sa vie en sacrifice pour leurs péchés, et qui peut les sauver parfaitement.

II. Leur peuple est un peuple excellent et heureux. Dieu les a renouvelés, a imprimé sur eux sa propre image, et les a rendus participants de sa sainteté. Ils sont plus excellents que leurs prochains (Proverbes 12:26). Bien plus, ils sont les excellents de la terre (Psaume 16:3). Ils sont aimables aux yeux des anges ; et leur âme est ornée de ces grâces qui, aux yeux de Dieu lui-même, sont d’un grand prix.

Le peuple de Dieu est la société la plus excellente et la plus heureuse du monde. Ce Dieu qu’ils ont choisi pour leur Dieu est leur Père ; il leur a pardonné tous leurs péchés, et ils sont en paix avec lui ; et il les a admis à tous les privilèges de ses enfants. Comme ils se sont consacrés à Dieu, Dieu s’est donné à eux. Il est devenu leur salut et leur portion : sa puissance, sa miséricorde et tous ses attributs sont à eux. Ils sont dans un état sûr, à l’abri de toute possibilité de périr : Satan n’a aucun pouvoir de les détruire. Dieu les porte sur des ailes d’aigle, bien au-dessus de la portée de Satan et de tous les ennemis de leurs âmes. Dieu est avec eux en ce monde ; ils ont sa présence pleine de grâce. Dieu est pour eux ; qui donc sera contre eux ? Comme des montagnes entourent Jérusalem, ainsi Jéhovah les entoure. Dieu est leur bouclier et leur très grande récompense ; et leur communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Et ils ont la promesse et le serment de Dieu que, dans le monde à venir, ils habiteront à jamais dans la présence glorieuse de Dieu.

Il peut bien suffire, pour nous engager à résoudre de nous attacher à ceux qui abandonnent leurs péchés et leurs idoles pour se joindre à ce peuple, que Dieu soit avec eux (Zacharie 8:23) : « Ainsi parle l’Éternel des armées: En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront un Juif par le pan de son vêtement et diront: Nous irons avec vous, car nous avons appris que Dieu est avec vous. » Ainsi devrait-on, pour ainsi dire, saisir par le pan de leur vêtement ses voisins et ses compagnons qui se sont tournés vers Dieu, et résoudre d’aller avec eux, parce que Dieu est avec eux.

III. Le bonheur ne se trouve nulle part ailleurs qu’en leur Dieu et avec leur peuple. Il existe beaucoup d’êtres qu’on appelle dieux, et beaucoup de seigneurs. Les uns font de leurs plaisirs leurs dieux ; d’autres choisissent Mammon pour leur dieu ; d’autres font des dieux de leurs prétendues excellences, ou des avantages extérieurs qu’ils ont sur leurs voisins : les uns choisissent une chose pour leur dieu, et les autres une autre. Mais les hommes ne peuvent être heureux en aucun autre Dieu que le Dieu d’Israël : il est la seule source du bonheur. Les autres dieux ne peuvent secourir dans la calamité, et aucun d’eux ne peut fournir ce dont la pauvre âme vide a besoin. Que les hommes adorent ces autres dieux autant qu’ils voudront, qu’ils les invoquent avec toute l’ardeur possible, qu’ils les servent avec toute la diligence imaginable, ils n’en demeureront pas moins des créatures pauvres, misérables, insatisfaites et perdues. Tous les autres peuples sont malheureux, hormis le peuple dont l’Éternel est le Dieu. — Le monde est divisé en deux sociétés. Il y a le peuple de Dieu, le petit troupeau de Jésus-Christ, cette compagnie dont nous lisons en Apocalypse 14:4 : « Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges; ils suivent l’agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’agneau. » Et il y a ceux qui appartiennent au royaume des ténèbres, qui sont sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. Tous ceux de cette dernière compagnie sont misérables et perdus ; ils sont les ennemis de Dieu, et sous sa colère et sa condamnation. Ce sont les esclaves du diable, qui le servent les yeux bandés, qu’il abuse et prend dans ses pièges, et qu’il entraîne sur la voie large vers la perdition éternelle.

IV. Quand ceux avec qui nous avons autrefois vécu dans la familiarité se tournent vers Dieu et vers son peuple, leur exemple devrait nous influencer. Leur exemple devrait être regardé comme l’appel de Dieu qui nous invite à faire comme ils ont fait. Dieu, quand il change le cœur de l’un, appelle l’autre ; et il appelle surtout à haute voix ceux qui ont été leurs amis et leurs connaissances. Nous avons été influencés par leur exemple dans le mal ; et cesserons-nous de les suivre quand ils font le choix le plus sage qu’ils aient jamais fait, et la meilleure chose qu’ils aient jamais faite ? Si nous avons été leurs compagnons dans la mondanité, dans la vanité, dans des conversations inutiles et coupables, ce sera une triste chose s’il faut maintenant nous séparer, parce que nous ne voulons pas être leurs compagnons dans la sainteté et le vrai bonheur. Les hommes sont grandement influencés par la vue de la prospérité les uns des autres en d’autres choses. Si ceux qu’ils ont beaucoup fréquentés s’enrichissent et obtiennent quelque grand avantage terrestre, cela éveille leur ambition et un ardent désir d’une prospérité semblable. Combien plus devraient-ils être influencés et poussés à les suivre et à leur ressembler, quand ils obtiennent ce bonheur spirituel et éternel qui vaut infiniment plus que toute la prospérité et toute la gloire de ce monde !

V. Nos résolutions de nous attacher à ceux qui se tournent vers Dieu et se joignent à son peuple, et de les suivre, doivent être fermes et fortes, à cause de la grande difficulté de la chose. Si nous voulons nous attacher à eux, et avoir leur Dieu pour notre Dieu et leur peuple pour notre peuple, il nous faut mortifier et renier toutes nos convoitises, contrarier tout appétit et tout penchant mauvais, et nous séparer à jamais de tout péché. Mais nos convoitises sont nombreuses et violentes. Le péché nous est naturellement extrêmement cher ; s’en séparer est comparé à arracher notre œil droit. Les hommes peuvent s’abstenir pour un peu de temps de leurs voies de péché habituelles, et renier leurs convoitises en partie, avec moins de difficulté ; mais c’est une œuvre qui déchire le cœur que de se séparer définitivement de tout péché, de donner à nos convoitises les plus chères une lettre de divorce, de les renvoyer entièrement. Mais c’est ce que nous devons faire, si nous voulons suivre ceux qui se tournent véritablement vers Dieu. Bien plus, il ne nous faut pas seulement abandonner le péché, mais, en un sens, abandonner le monde entier (Luc 14:33) : « quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple. » C’est-à-dire qu’il doit tout abandonner dans son cœur, et parvenir à une disposition entière et à une promptitude à quitter effectivement tout pour Dieu et pour les glorieux privilèges spirituels de son peuple, chaque fois que le cas l’exigera ; et cela sans aucune perspective de rien de semblable, ni d’aucune chose de ce monde quelle qu’elle soit, pour l’en dédommager ; et tout cela pour aller dans un pays étranger, une terre jusqu’ici jamais vue ; comme Abraham, qui, appelé de Dieu, « s’en alla de son pays, de sa patrie et de la maison de son père, vers un pays que Dieu devait lui montrer, sans savoir où il allait ».

Ainsi ce fut une chose difficile pour Ruth d’abandonner son pays natal, son père et sa mère, sa parenté et ses connaissances, et toutes les choses agréables qu’elle avait au pays de Moab, pour habiter le pays d’Israël, où elle n’était jamais allée. Naomi lui en exposa les difficultés à plus d’une reprise. Elles furent trop fortes pour sa sœur Orpa ; leur considération la fit retourner en arrière après qu’elle se fut mise en route. Sa résolution n’était pas assez ferme pour les surmonter. Mais Ruth était si fermement résolue qu’elle passa par-dessus tout ; elle demeura ferme dans sa résolution de ne pas quitter sa belle-mère, quelle que fût la difficulté. Ainsi les hommes ont besoin d’être très fermes dans leur résolution, pour vaincre les difficultés qui se trouvent sur le chemin quand on veut s’attacher à ceux qui se tournent véritablement du péché vers Dieu.

Notre attachement à eux, le fait d’avoir leur Dieu pour notre Dieu et leur peuple pour notre peuple, dépend de notre résolution et de notre choix ; et cela sous deux rapports.

1. La fermeté de la résolution dans l’usage des moyens qui y conduisent est le chemin pour rendre les moyens efficaces. Il y a des moyens institués pour que nous devenions du nombre du véritable Israël et ayons leur Dieu pour notre Dieu ; et l’usage entier de ces moyens est le chemin du succès, mais non un usage relâché ou superficiel. Et pour que nous soyons entiers, il faut de la force de résolution, une disposition et une pente d’esprit fermes et inflexibles à faire usage de tous les moyens, à faire de toute notre force ce que nous faisons, et à y persévérer. Matthieu 11:12 : « le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. »

2. Choisir leur Dieu et leur peuple avec une pleine détermination et de toute son âme est la condition de l’union avec eux. Dieu laisse à chacun le choix en cette affaire, comme Orpa et Ruth eurent le choix d’aller avec Naomi au pays d’Israël ou de rester au pays de Moab. Un homme naturel peut choisir d’être délivré de l’enfer ; mais aucun homme ne choisit jamais de tout son cœur Dieu et Christ, et les bienfaits spirituels que Christ a acquis, et le bonheur du peuple de Dieu, avant d’être converti. Au contraire, il a de l’aversion pour eux ; il n’y trouve aucun goût, et il ignore entièrement leur prix et leur valeur inestimables.

Beaucoup d’hommes charnels semblent choisir ces choses, mais ne le font pas réellement : comme Orpa sembla d’abord choisir d’abandonner Moab pour aller au pays d’Israël. Mais quand Naomi vint à lui en exposer la difficulté, elle retourna en arrière ; et elle montra par là qu’elle n’était pas pleinement déterminée dans son choix, et que son âme tout entière n’y était pas, comme y était celle de Ruth.

APPLICATION

L’usage que je ferai de ce qui a été dit est de porter les pécheurs à cette résolution à l’égard de ceux d’entre nous qui se sont récemment tournés vers Dieu et se sont joints au troupeau de Christ. Par l’abondante miséricorde et la grâce de Dieu envers nous en ce lieu, on peut dire de beaucoup d’entre vous qui êtes dans un état sans Christ que vous avez récemment été quittés par ceux qui étaient autrefois avec vous dans un tel état. Il y en a, parmi ceux avec qui vous avez autrefois vécu dans la familiarité, qui ont récemment abandonné une vie de péché et le service de Satan, qui se sont tournés vers Dieu, ont fui vers Christ, et se sont joints à cette bienheureuse compagnie qui est avec lui. Ils étaient autrefois avec vous dans le péché et dans la misère ; mais maintenant ils ne sont plus avec vous dans cet état ni dans ce genre de vie. Ils sont changés, et ont fui la colère à venir ; ils ont choisi une vie de sainteté ici-bas et la jouissance de Dieu dans l’au-delà. Ils étaient autrefois vos associés dans la servitude, et étaient avec vous dans les affaires de Satan ; mais maintenant vous n’avez plus leur compagnie en ces choses. Beaucoup d’entre vous ont vu ceux avec qui ils vivent, sous le même toit, cesser d’être avec vous dans le péché pour être avec le peuple de Jésus-Christ. Ceux d’entre vous qui sont maris ont vu, pour quelques-uns, leur femme ; et celles d’entre vous qui sont épouses, leur mari ; quelques-uns d’entre vous qui sont enfants, leurs parents ; et des parents, leurs enfants ; beaucoup d’entre vous, leurs frères et leurs sœurs ; et beaucoup, leurs proches voisins, leurs connaissances et leurs amis particuliers ; beaucoup d’entre vous qui sont jeunes, leurs compagnons : oui, je le dis, beaucoup d’entre vous ont vu ceux à qui ils étaient ainsi liés les quitter, abandonner cette vie lamentable et cet état misérable où vous demeurez encore. Dieu, selon son bon plaisir et sa grâce merveilleuse, a fait récemment qu’en ce lieu des multitudes ont abandonné leurs anciennes demeures au pays de Moab et sous les dieux de Moab, et sont allées au pays d’Israël, pour se réfugier sous les ailes de l’Éternel, le Dieu d’Israël. Bien que vous et eux ayez été proches parents, que vous ayez demeuré ensemble, ou que vous ayez été souvent ensemble et intimement liés les uns avec les autres, ils ont été pris et vous, jusqu’ici, laissés. Oh ! que ce ne soit pas le fondement d’une séparation définitive ! Mais suivez-les avec ardeur ; soyez fermes dans votre résolution en cette affaire. Ne faites pas comme Orpa, qui, bien qu’elle eût d’abord fait mine de vouloir suivre Naomi, retourna en arrière quand on lui en eut exposé la difficulté : mais dites comme Ruth : « Je ne te quitterai pas ; mais où tu iras j’irai : ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » Dites ce qu’elle dit, et faites ce qu’elle fit. Considérez l’excellence de leur Dieu et de leur Sauveur, et le bonheur de leur peuple, l’état bienheureux où ils sont, et l’état lamentable où vous êtes.

Vous qui êtes de vieux pécheurs, qui avez longtemps vécu au service de Satan, vous avez vu récemment quelques-uns de ceux qui étaient avec vous, qui ont marché avec vous dans les sentiers du péché pendant tant d’années, qui ont joui avec vous de grands moyens et de grands avantages, qui ont reçu avec vous des appels et des avertissements, qui ont traversé avec vous des temps remarquables d’effusion de l’Esprit de Dieu en ce lieu, qui ont endurci leur cœur et tenu bon avec vous, et qui ont vieilli avec vous dans le péché ; oui, je le dis, vous avez vu quelques-uns d’entre eux se tourner vers Dieu, c’est-à-dire que vous avez vu en eux des marques d’après lesquelles vous pouvez raisonnablement juger qu’il en est ainsi. Oh ! que ce ne soit pas une séparation définitive ! Vous avez été si longtemps ensemble dans le péché et sous la condamnation ; prenez la ferme résolution, s’il est possible, d’être encore avec eux maintenant qu’ils sont dans un état saint et heureux, et de les suivre dans la terre sainte et agréable.

Vous qui parlez d’avoir cherché le salut pendant bien des années — sans doute d’une manière pauvre et languissante, en comparaison de ce que vous auriez dû faire —, vous avez vu obtenir miséricorde quelques-uns de ceux qui étaient avec vous à cet égard, qui étaient de vieux pécheurs et de vieux chercheurs, comme vous l’êtes. Dieu les a récemment tirés de leur torpeur, leur a fait changer de manière, et les a portés à des efforts plus entiers ; et maintenant, après si longtemps, ils ont entendu la voix de Dieu et ont fui pour chercher refuge auprès du Rocher des siècles. Que cela éveille en vous l’ardeur et la résolution. Résolvez de ne pas les quitter.

Vous qui êtes dans votre jeunesse, combien en avez-vous vu, de votre âge et de votre condition, qui, ces derniers temps, ont, selon toute espérance, choisi Dieu pour leur Dieu et Christ pour leur Sauveur ! Vous les avez suivis dans le péché, et peut-être les avez-vous suivis dans de vaines compagnies ; et ne les suivrez-vous pas maintenant jusqu’à Christ ?

Et vous qui êtes des enfants, il y en a eu récemment quelques-uns de votre sorte qui se sont repentis de leurs péchés, qui ont aimé le Seigneur Jésus-Christ, qui se sont confiés en lui, et qui sont devenus enfants de Dieu, comme nous avons lieu de l’espérer : que cela vous pousse à résoudre de chercher Dieu de tout votre pouvoir et de crier à lui, afin que le même changement se fasse dans votre cœur, que leur peuple soit votre peuple, et leur Dieu votre Dieu.

Vous qui êtes de grands pécheurs, qui vous êtes rendus coupables plus que d’autres par les pratiques mauvaises dans lesquelles vous avez vécu, il y en a quelques-uns de votre sorte qui ont récemment (comme nous avons lieu de l’espérer) eu le cœur brisé à cause du péché, qui l’ont abandonné, qui se sont confiés au sang de Christ pour en obtenir le pardon, qui ont choisi une vie sainte et se sont engagés dans les voies de la sagesse : que cela vous excite et vous encourage à vous attacher résolument à eux et à les suivre avec ardeur.

Considérez ici les choses suivantes :

1. Que votre âme est aussi précieuse que la leur. Elle est immortelle comme la leur ; elle a autant besoin de bonheur, et peut aussi mal supporter la misère éternelle. Vous êtes nés dans la même condition misérable qu’eux, la même colère de Dieu demeurant sur vous. Vous devez comparaître devant le même Juge, qui sera aussi strict dans son jugement envers vous qu’envers eux ; et votre propre justice ne vous servira pas plus devant lui que la leur ; c’est pourquoi vous avez un besoin aussi absolu d’un Sauveur qu’eux. Les confiances charnelles ne peuvent pas plus répondre à votre but qu’au leur ; et ce monde ou ses jouissances ne peuvent pas plus vous rendre heureux sans Dieu et sans Christ qu’eux. Quand l’époux vient, les vierges folles ont autant besoin d’huile que les sages (Matthieu 25, au début).

2. À moins que vous ne les suiviez dans leur conversion à Dieu, leur conversion sera le fondement d’une séparation éternelle entre vous et eux. Vous aurez des intérêts différents et serez dans des états extrêmement différents aussi longtemps que vous vivrez : eux, enfants de Dieu, et vous, enfants de Satan ; et vous serez séparés dans l’autre monde ; quand vous viendrez à mourir, une vaste séparation se fera entre vous (Luc 16:26) : « D’ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, ou de là vers nous, ne puissent le faire. » Et vous serez séparés au jour du jugement. Vous serez séparés dès la première apparition de Christ sur les nuées du ciel. Tandis qu’ils seront enlevés sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, pour être toujours avec le Seigneur, vous resterez en bas, confinés sur cette terre maudite, qui est gardée en réserve, réservée pour le feu, pour le jour du jugement et de la ruine des hommes impies. Vous paraîtrez séparés d’eux tandis que vous vous tiendrez devant le grand tribunal, eux étant à la droite, tandis que vous serez placés à la gauche (Matthieu 25:32,33) : « Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d’avec les autres, comme le berger sépare les brebis d’avec les boucs; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. » Et vous paraîtrez alors dans des conditions extrêmement différentes. Tandis que vous vous tiendrez avec les démons, à l’image et dans la difformité des démons, dans une horreur et une stupeur indicibles, ils paraîtront dans la gloire, assis sur des trônes, comme assesseurs de Christ, et prononçant comme tels le jugement sur vous (1 Corinthiens 6:2). Et quelle honte et quelle confusion vous couvriront alors, quand tant de vos contemporains, de vos égaux, de vos voisins, de vos parents et de vos compagnons seront honorés, ouvertement reconnus et confessés par le Juge glorieux de l’univers et le Rédempteur des saints, et que vous les verrez assis avec lui dans une telle gloire, et qu’il apparaîtra que vous avez négligé votre salut, que vous n’avez pas mis à profit vos occasions, et que vous avez rejeté le Seigneur Jésus-Christ, cette même personne qui paraîtra alors comme votre grand Juge, et que vous serez les objets de la colère et, pour ainsi dire, foulés aux pieds dans un mépris et un opprobre éternels ! Daniel 12:2 : « Les uns ressusciteront pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, pour la honte éternelle. » Et quelle vaste séparation la sentence alors prononcée et exécutée mettra entre vous et eux ! Quand vous serez chassés de la présence du Juge avec indignation et horreur, comme des créatures maudites et répugnantes, et qu’eux seront doucement accueillis et invités dans sa gloire comme ses amis chers et les bénis de son Père ! Quand vous, avec toute cette vaste foule d’hommes méchants et maudits et de démons, descendrez avec de grandes lamentations et des cris horribles dans ce gouffre affreux de feu et de soufre, et serez engloutis dans cette grande fournaise éternelle, tandis qu’eux, avec joie et avec de doux cantiques de gloire et de louange, monteront avec Christ et toute cette belle et bienheureuse compagnie de saints et d’anges dans la félicité éternelle, dans la présence glorieuse de Dieu et les doux embrassements de son amour ; et que vous et eux passerez l’éternité dans une telle séparation et dans des conditions immensément différentes ! Et cela, quelque intimement que vous vous soyez connus, quelque proches parents que vous ayez été, quelque étroitement unis et familiers que vous ayez été ici-bas en ce monde, et quelque plaisir que vous ayez pris à la compagnie les uns des autres ! En sera-t-il ainsi, qu’après avoir été longtemps ensemble, chacun de vous occupé à se perdre, à aggraver sa culpabilité et à amasser la colère, leur si sage changement d’esprit et de conduite, et le choix d’un tel bonheur pour eux-mêmes, devienne maintenant enfin le commencement d’une séparation si grande et si éternelle entre vous et eux ? Combien il sera terrible d’être séparés ainsi !

3. Considérez le grand encouragement que Dieu vous donne à lutter avec ardeur pour obtenir la même bénédiction que d’autres ont obtenue. Il y a dans la parole de Dieu un grand encouragement pour les pécheurs à chercher le salut : dans la révélation qui nous est faite de l’abondante provision préparée pour le salut même du premier des pécheurs, dans l’institution de tant de moyens dont les pécheurs doivent user, et qui doivent être employés envers eux, en vue de leur salut, et dans la bénédiction que Dieu, dans sa parole, attache aux moyens qu’il a institués. Il y a donc un grand encouragement pour tous, en tout temps, qui voudront être entiers dans l’usage de ces moyens. Mais maintenant Dieu donne un encouragement extraordinaire dans sa providence, en répandant si remarquablement son Esprit parmi nous, et en ramenant à lui pour le salut toutes sortes de gens, jeunes et vieux, riches et pauvres, sages et insensés, gens sobres et gens vicieux, vieux chercheurs pleins de leur propre justice et gens de vie dissolue : aucune sorte n’en est exceptée. Il y a maintenant, en ce jour, parmi nous, l’appel le plus fort, le plus grand encouragement et la porte la plus large ouverte aux pécheurs pour échapper à un état de péché et de condamnation que Dieu ait peut-être jamais accordés en Nouvelle-Angleterre. Qui donc, ayant une âme immortelle, serait assez stupide pour ne pas mettre à profit une telle occasion, et ne pas se remuer maintenant de toutes ses forces ? Combien la négligence est déraisonnable, et combien le découragement est hors de saison en un jour comme celui-ci ! Serez-vous assez stupides pour négliger votre âme maintenant ? Un seul mortel parmi nous sera-t-il assez déraisonnable pour traîner en arrière, ou regarder en arrière avec découragement, quand Dieu ouvre une telle porte ? Que chacun soit pleinement éveillé ! Que chacun s’encourage maintenant à presser en avant et à fuir pour sauver sa vie !

4. Considérez combien ceux qui ont obtenu désirent ardemment que vous les suiviez, et que leur peuple soit votre peuple, et leur Dieu votre Dieu. Ils désirent que vous ayez part à ce grand bien que Dieu leur a donné, et à cette félicité ineffable et éternelle qu’il leur a promise. Ils le souhaitent et y aspirent. Si vous n’allez pas avec eux et ne restez pas de leur compagnie, ce ne sera pas faute de bonne volonté de leur part, mais de la vôtre. Cette parole de Moïse à Hobab est le langage que vous tient tout vrai saint de votre connaissance (Nombres 10:29) : « Nous partons pour le lieu dont l’Éternel a dit: Je vous le donnerai. Viens avec nous, et nous te ferons du bien, car l’Éternel a promis de faire du bien à Israël. » Comme Moïse, lors de son voyage à travers le désert, suivant la colonne de nuée et de feu, invita Hobab, qu’il avait connu et auquel il était étroitement allié, à sortir du pays de Madian, où Moïse avait autrefois demeuré avec lui, pour aller avec lui et son peuple en Canaan, et avoir part avec eux au bien que Dieu leur avait promis ; ainsi ceux de vos amis et de vos connaissances vous invitent à sortir d’un pays de ténèbres et de méchanceté, où ils ont été autrefois avec vous, pour aller avec eux vers la Canaan céleste. La compagnie des saints, la véritable Église de Christ, vous invite. L’aimable épouse vous appelle au festin de noces. Elle a autorité pour inviter des convives à ses propres noces ; et vous devez regarder son invitation et son désir comme l’appel de Christ, l’époux ; car c’est la voix de son Esprit en elle (Apocalypse 22:17) : « Et l’Esprit et l’épouse disent: Viens. » Il semble y avoir là une allusion à ce qui avait été dit au chapitre 19:7-9 : « les noces de l’agneau sont venues, et son épouse s’est préparée, et il lui a été donné de se revêtir d’un fin lin, éclatant, pur. Car le fin lin, ce sont les œuvres justes des saints. Et l’ange me dit: Écris: Heureux ceux qui sont appelés au festin de noces de l’agneau! » C’est au sujet de ce festin de ses noces qu’elle dit, poussée par l’Esprit de l’agneau qui est en elle : Viens. De sorte que vous êtes invités de toutes parts ; tous s’unissent pour vous appeler. Dieu le Père vous invite : c’est lui le roi qui a fait des noces pour son fils ; et il envoie ses serviteurs, les ministres de l’Évangile, inviter les convives. Et le Fils lui-même vous invite : c’est lui qui parle en Apocalypse 22:17 : « Et que celui qui entend dise: Viens. Et que celui qui a soif vienne; et que celui qui veut vienne. » Il nous dit qui il est dans le verset précédent : « Moi, Jésus, le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin. » Et les ministres de Dieu vous invitent, et toute l’Église vous invite ; et il y aura de la joie devant les anges de Dieu à l’heure où vous accepterez l’invitation.

5. Considérez quelle lamentable compagnie sera celle qui restera quand ce temps extraordinaire de miséricorde sera passé. Nous avons lieu de penser qu’il en restera un certain nombre. Nous lisons que, lorsque les eaux salutaires d’Ézéchiel s’accrurent si abondamment, et que leur effet salutaire fut si général, il y eut pourtant certains lieux, où l’eau parvint, qui ne furent jamais assainis (Ézéchiel 47:9-11) : « Tout être vivant qui se meut vivra partout où le torrent coulera, et il y aura une grande quantité de poissons; car là où cette eau arrivera, les eaux deviendront saines, et tout vivra partout où parviendra le torrent. Des pêcheurs se tiendront sur ses bords; depuis En-Guédi jusqu’à En-Églaïm, on étendra les filets; il y aura des poissons de diverses espèces, comme les poissons de la grande mer, et ils seront très nombreux. Ses marais et ses fosses ne seront point assainis, ils seront abandonnés au sel. » Et même au temps des apôtres, alors que l’Évangile avait un si merveilleux succès, il y en avait pourtant, partout où ils allaient, qui ne croyaient pas (Actes 13:48) : « Les païens se réjouissaient en entendant cela, ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. » Et au chapitre 28:24 : « Les uns furent persuadés par ce qu’il disait, et les autres ne crurent point. » Nous n’avons donc aucune raison de nous attendre à autre chose qu’à voir quelques-uns laissés parmi nous. Il est à espérer que ce sera une petite compagnie. Mais quelle lamentable compagnie ce sera ! Combien leur état paraîtra sombre et terrible ! Si vous êtes de cette compagnie, combien vos amis et vos parents pourront se lamenter sur vous, et déplorer votre situation sombre et périlleuse ! Si vous ne voulez pas être de leur nombre, hâtez-vous, ne tardez pas, et ne regardez pas derrière vous. Toutes sortes de gens obtiendront-ils, chacun se pressera-t-il pour entrer dans le royaume de Dieu, tandis que vous vous attarderez en arrière dans un état lamentable et perdu ? Chacun prendra-t-il le ciel, tandis que vous resterez sans autre portion que ce monde ? Prenez maintenant cette résolution : s’il est possible, vous vous attacherez à ceux dont le seul refuge a été de saisir l’espérance qui leur était proposée. Calculez la dépense d’une poursuite du salut entière, violente et perpétuelle, et abandonnez tout, comme Ruth abandonna son pays et toutes les douceurs dont elle y jouissait. Ne faites pas comme Orpa, qui partit, puis se découragea et retourna en arrière ; mais tenez bon avec Ruth à travers tout découragement et toute opposition. Quand vous considérez d’autres qui ont choisi la bonne part, que cette résolution demeure toujours ferme en vous : « Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. »


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