Samuel Ajayi Crowther (Pour ados)
« Je n’en suis pas digne »

Chapitre 10 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

« Je n’en suis pas digne »

« De la poussière il retire le pauvre, Du fumier il relève l’indigent, Pour les faire asseoir avec les grands. Et il leur donne en partage un trône de gloire » — 1 Samuel 2:8

En 1864, la mission du Niger avait des pasteurs africains dans plusieurs stations, et elle avait besoin d’un évêque qui puisse en ordonner d’autres, confirmer les nouveaux croyants et vivre parmi eux. Henry Venn, le responsable de la société missionnaire, croyait que le but d’une mission était de se rendre inutile : fonder une Église, former des responsables locaux, puis se retirer. Sa réponse allait de soi. Le Niger devait avoir son propre évêque, et cet évêque devait être un Africain. L’homme tout désigné était Samuel Crowther.

Tout le monde n’était pas d’accord. Certains missionnaires européens d’Afrique de l’Ouest avaient de sérieux doutes sur un évêque africain, et ils le dirent. Mais celui qui s’y opposa le plus fortement, ce fut Crowther lui-même.

C’est son fils qui raconta cette histoire des années plus tard, alors prends-la avec un peu de recul, mais elle s’accorde avec tout ce que nous savons par ailleurs. Crowther se présenta devant le comité, à Londres, vêtu d’un vieux et lourd caban de pilote à boutons de cuivre, et certains membres en rirent. Quand Venn lui exposa le projet, il répondit : « Je n’en suis pas digne. Non, monsieur, je suis leur serviteur sur le terrain ; je ne peux pas accepter. » Venn le renvoya réfléchir pendant deux jours. Il revint et refusa de nouveau. Alors Venn lui demanda : « Samuel Adjai, mon fils, me refuseras-tu le dernier vœu que je te demande avant de mourir ? » Crowther répondit avec les mots du vieil Éli : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui lui semblera bon ! » Les deux hommes s’agenouillèrent ensemble, et Venn pleura.

Le 29 juin 1864, dans la cathédrale de Cantorbéry, il fut sacré premier évêque africain de l’Église anglicane. D’après son biographe, l’officier de marine qui l’avait libéré, devenu l’amiral sir Henry Leeke, était dans l’assistance. Il y avait aussi une vieille veuve, Mme Weeks, qui, sous le nom de Mme Davey, avait été son institutrice à Bathurst. On raconte qu’elle trouva sa place réservée à quelqu’un d’autre et refusa de bouger : « Ce pasteur noir qu’on va sacrer évêque ce matin, c’est moi qui lui ai appris l’alphabet. » Elle resta.

Un journal présenta l’événement comme un démenti aux savants qui prétendaient que les Africains étaient mentalement inaptes au travail intellectuel. Réfléchis à cela : en 1864, même ceux qui soutenaient Crowther estimaient devoir prouver qu’un Africain était capable de penser. Et il y avait des limites. On ne le fit évêque que des terres situées « au-delà des limites » du territoire britannique. Un évêque africain pour des Africains, c’était acceptable. Un évêque africain pour des Anglais, pas encore.

Il demanda qu’on l’appelle « Très Révérend Évêque, et jamais Monseigneur ». Il dit au comité qu’il savait être désormais « une sorte de point de repère » et que « tout faux pas de ma part fera du tort à toutes les Églises indigènes ». De retour en Afrique, alors qu’il ordonnait des pasteurs africains sur les rives du Niger, il écrivit : « Cela peut-il être réel ? » Dans la même ville, au même moment, les funérailles d’un prince comprenaient des sacrifices humains, parmi lesquels une fillette de huit ans. Son titre avait changé. Le Niger, non. Il restait tout à faire.

Le cantique d’Anne, dans 1 Samuel, dit que Dieu relève l’indigent de la poussière « pour les faire asseoir avec les grands ». La mère de Crowther, baptisée Hannah, la forme anglaise du nom de cette Anne, était encore en vie pour le voir. Mais remarque comment Crowther a vécu cette élévation : il ne la voulait pas, il ne l’a pas saisie, et une fois qu’il l’a reçue, il l’a portée comme un fardeau, pas comme une couronne.

Une chose à faire cette semaine : la prochaine fois qu’on te confie un poste, quel qu’il soit — capitaine, chef de groupe, délégué de classe, une responsabilité à l’église —, fais le test de Crowther : demande-toi ce qu’il en coûterait aux gens que tu sers si tu faisais un faux pas. Puis fais cette semaine une chose qui serve quelqu’un qui est « en dessous » de toi.

Questions pour réfléchir

Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.

Pourquoi Crowther a-t-il d’abord refusé de devenir évêque ?

Il disait qu’il n’en était pas digne et voulait rester « leur serviteur sur le terrain ». Il n’accepta qu’après l’appel de Venn, en disant : « C’est l’Éternel, qu’il fasse ce qui lui semblera bon ! »

Quelles limites furent posées à son autorité d’évêque ?

On ne le fit évêque que des terres situées au-delà du territoire britannique : il n’avait donc aucune autorité sur les missionnaires européens des colonies britanniques comme la Sierra Leone ou Lagos.

Comment Crowther a-t-il vécu sa nouvelle fonction une fois qu’il l’a eue ?

Comme une responsabilité plutôt que comme un honneur : il refusa qu’on l’appelle « Monseigneur » et savait que tout faux pas pouvait nuire à toutes les Églises africaines.

Chapitre 10 terminé

« Je n’en suis pas digne »

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