Chapitre 21 · 1 h 6 min de lecture · 1 h 26 min d’écoute
Discours XIX. Instructions aux convertis
DISCOURS XIX.
INSTRUCTIONS AUX CONVERTIS.
Texte. — Pais mes agneaux. — Jean 21:15.
VOUS qui lisez votre Bible, vous vous rappelez dans quel contexte se trouvent ces paroles, et qui les a prononcées. Elles furent adressées par le Seigneur Jésus-Christ à Pierre, après que celui-ci eut renié son Seigneur, puis fait profession de repentance. L’un des desseins que Christ avait en vue, en permettant à Pierre de pécher si gravement qu’il renia son maître, était probablement de produire en lui une œuvre de grâce plus profonde, et de le rendre ainsi propre à la tâche particulière à laquelle il entendait l’appeler : poser les fondements de l’Église chrétienne et veiller sur les intérêts spirituels des convertis. Il fallait une œuvre de grâce particulière dans son âme pour le rendre capable de conduire les autres à travers ces scènes d’épreuve et de tentation auxquelles les premiers chrétiens, en particulier, étaient exposés.
Il est évident que, bien que Pierre eût des qualités naturelles particulières pour une telle œuvre, il n’était encore qu’un saint bien superficiel. Il était probablement converti avant cela, mais il était faible, et il lui restait tant de sa rudesse naturelle et de la fougue de son tempérament qu’il était encore prêt à se hérisser à la moindre occasion et à s’offenser de tout ce qui le contrariait ; de sorte qu’il était encore tout à fait impropre à l’œuvre particulière à laquelle il était destiné. Christ le destinait à un service si particulier qu’une chose, semble-t-il, était indispensable pour l’y préparer et faire de lui un saint tel que l’opposition future ne l’irriterait pas, que les difficultés ne le décourageraient pas, et que le succès et les honneurs ne le gâteraient pas en enflant son cœur d’orgueil. C’est pourquoi Christ prend le moyen efficace que rapporte notre texte, pour régler son cas une fois pour toutes et assurer dans son âme une œuvre complète.
Il lui posa cette question, pour lui rappeler d’une manière touchante à la fois son péché et l’amour de Christ : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci? » Ce qui laissait fortement entendre qu’il doutait de son amour. Pierre répond : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Puis il répéta la question, comme s’il voulait lire au plus intime de son âme : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu? » Pierre demeura ferme, et répond de nouveau sans hésiter : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. » Jésus lui posa encore la question, une troisième fois, avec insistance. Il semblait presser le point, comme s’il voulait sonder ses pensées les plus secrètes, pour voir si Pierre le renierait jamais encore. Pierre fut touché ; il fut attristé, est-il dit ; il ne s’emporta pas — il ne se vanta pas, comme il l’avait fait en une autre occasion : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai pas » ; mais il fut attristé, il fut dompté, il parla avec tendresse, il en appela au Sauveur lui-même, comme pour le supplier de ne plus douter de sa sincérité : « Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. » Christ lui donna alors sa dernière charge : « Pais mes brebis. »
Par les termes de brebis et d’agneaux, le Sauveur désignait sans aucun doute les chrétiens — les membres de son Église ; les agneaux représentent probablement les jeunes convertis, ceux qui n’ont encore que peu d’expérience et peu de connaissance de la religion, et qui ont donc besoin qu’on leur accorde une attention et des soins particuliers, pour les garder du mal et les former à se rendre utiles plus tard. Et quand notre Sauveur dit à Pierre de paître ses brebis, il faisait sans doute allusion au rôle important que Pierre devait remplir en veillant sur les Églises nouvellement fondées dans les différentes parties du monde, en formant les jeunes convertis et en les conduisant vers une vie utile et heureuse.
Mon dernier discours portait sur la manière de donner de justes instructions aux pécheurs inquiets. Cela m’amène naturellement, dans cette série de discours, à considérer comment il faut traiter les jeunes convertis et quelles instructions il faut leur donner.
INSTRUCTIONS AUX JEUNES CONVERTIS.
En traitant ce sujet, je me propose :
I. D’exposer plusieurs choses qu’il faut considérer au sujet des espérances des jeunes convertis.
II. Plusieurs choses concernant leur profession de religion et leur entrée dans l’Église.
III. L’importance de donner aux jeunes convertis une instruction juste.
IV. Ce qu’il ne faut pas enseigner aux jeunes convertis.
V. Les choses particulières qu’il est spécialement nécessaire d’enseigner aux jeunes convertis.
VI. Comment les membres de l’Église doivent traiter les jeunes convertis.
I. Je dois exposer plusieurs points au sujet des espérances des jeunes convertis.
1. Il ne faut rien leur dire pour faire naître en eux une espérance. En règle générale, il ne faut rien insinuer aux personnes qui sont sous la conviction du péché qui soit propre à leur faire penser qu’elles ont fait l’expérience de la religion, avant qu’elles ne le découvrent d’elles-mêmes. Je n’aime pas cette expression, « avoir fait l’expérience de la religion », et je ne l’emploie que parce qu’elle est d’usage courant. Elle est absurde en elle-même. Qu’est-ce que la religion ? L’obéissance à Dieu. Supposez que vous entendiez un bon citoyen dire qu’il a fait l’expérience de l’obéissance au gouvernement de son pays. Vous voyez que cela n’a pas de sens. Ou supposez qu’un enfant parle d’avoir fait l’expérience de l’obéissance à son père. S’il savait ce qu’il dit, il dirait qu’il a obéi à son père, exactement comme l’apôtre Paul dit aux croyants de Rome : « vous avez obéi de cœur à la règle de doctrine dans laquelle vous avez été instruits. »
Ce que je veux dire, c’est qu’en règle générale il vaut mieux laisser leur espérance, ou leur conviction d’être convertis, naître spontanément dans leur propre esprit. Il arrive parfois que des personnes soient réellement converties, mais qu’à cause de certaines notions qu’on leur a enseignées sur la religion, elles ne s’en rendent pas compte. Leurs idées sur ce qu’est la religion, et sur son effet sur l’esprit, sont si totalement éloignées de la vérité qu’elles ne pensent pas l’avoir. Je vais vous donner un exemple de ce que je dis.
Il y a quelques années, je travaillais dans une localité où un réveil était en cours, et il s’y trouvait une jeune femme de Boston. Elle avait été élevée dans l’unitarisme ; elle avait reçu une instruction considérable et était éclairée sur bien des sujets, mais en matière de religion elle était très ignorante. Elle finit par être convaincue de péché. Elle prit terriblement conscience de son horrible inimitié contre Dieu. Son éducation lui avait donné le sens des convenances, mais son inimitié contre Dieu devint si grande, et éclata d’une façon si effrayante, qu’il était horrible de l’entendre parler. Elle venait aux réunions pour les âmes inquiètes, où nous nous entretenions avec chacun séparément. Et ses sentiments d’opposition à Dieu étaient tels qu’elle y causait du trouble. Dès que j’arrivais à deux ou trois places d’elle, là où elle pouvait entendre ce que je disais à voix basse aux autres, elle se mettait à faire des remarques en réponse, de façon à être entendue. Et elle disait les choses les plus amères contre Dieu, contre sa providence et sa manière d’agir envers les hommes, comme si Dieu était un tyran infini. Elle parlait de lui comme de l’être le plus injuste et le plus cruel de l’univers. J’essayais de la faire taire et de la faire tenir tranquille, parce qu’elle détournait l’attention des autres. Parfois elle s’arrêtait et maîtrisait son humeur un moment ; parfois elle se levait et sortait. J’ai rarement vu un cas où l’inimitié du cœur se soit élevée si haut contre Dieu. Un soir, à la réunion pour les âmes inquiètes, après qu’elle se fut montrée très agitée, comme je m’approchais d’elle, elle commença comme d’habitude à répliquer ; mais je la fis taire, je lui dis que je ne pouvais pas m’entretenir avec elle à cet endroit, et je l’invitai à venir dans ma chambre le lendemain matin : je lui parlerais alors. Elle promit de venir, mais, dit-elle : « Dieu est injuste, il est infiniment injuste. N’est-il pas tout-puissant ? Pourquoi donc ne m’a-t-il jamais montré mon inimitié auparavant ? Pourquoi m’a-t-il laissée continuer si longtemps ? Pourquoi laisse-t-il mes amis de Boston dans cette ignorance ? Ils sont ennemis de Dieu tout autant que moi, et ils vont en enfer. Pourquoi ne leur montre-t-il pas la vérité sur leur état ? » Et c’est dans cette disposition qu’elle quitta la salle.
Le lendemain matin, elle vint dans ma chambre, comme elle l’avait promis. Je vis dès son entrée que son visage avait changé, mais je n’en dis rien. « Oh, dit-elle, j’ai changé d’avis sur ce que je disais hier soir de Dieu ; je ne pense pas qu’il m’ait fait aucun tort, et je pense que j’obtiendrai la religion un jour, car maintenant j’aime penser à Dieu. J’ai eu tout à fait tort ; si je n’avais jamais connu mon inimitié auparavant, c’est que je ne le voulais pas. Je lisais la Bible, mais je passais toujours les passages qui m’auraient fait sentir que j’étais une pécheresse perdue, et les passages qui parlaient de Jésus-Christ comme Dieu, je les passais sans y réfléchir ; et maintenant je vois que c’était ma faute, et non la faute de Dieu, si je n’en savais pas davantage sur moi-même ; maintenant j’ai changé d’avis. » Elle n’avait aucune idée que ce fût là la religion, mais elle était maintenant encouragée à espérer la religion pour plus tard, parce qu’elle aimait tant Dieu. Je ne dis rien qui pût lui faire imaginer que je la tenais pour chrétienne, mais je la laissai le découvrir. Et pendant un temps, son esprit fut si entièrement occupé à penser à Dieu qu’elle ne sembla jamais se demander si c’était là la religion ou non.
C’est en général un grand mal d’encourager les gens à espérer qu’ils sont chrétiens. Il se peut fort bien que vous jugiez prématurément. Et même si ce n’est pas le cas, il vaut mieux qu’ils le découvrent eux-mêmes, quand bien même ils ne le verraient pas tout de suite. Il se peut qu’ils soient brisés plus bas que jamais, et alors ils en sortiront si clairs et si décidés qu’ils sauront où ils en sont.
2. Quand vous voyez des gens exprimer une espérance, et pourtant exprimer aussi des doutes, c’est généralement parce que l’œuvre n’est pas complète. S’ils sont convaincus de péché, ils ont besoin d’être brisés. Ils s’attardent encore autour du monde, ou bien ils n’ont pas rompu efficacement avec leurs péchés, et ils ont besoin d’être repoussés en arrière plutôt que poussés en avant. Si vous voyez une raison de douter, ou si vous constatez qu’eux-mêmes ont des doutes, il y a très probablement quelque bonne raison de douter. Il arrive que des gens expriment une espérance en Christ, puis se rappellent quelque péché qui doit être confessé aux hommes, ou quelque cas où ils ont calomnié ou fait tort à autrui, où il est nécessaire de réparer, et où leur réputation ou leur bourse est si profondément engagée qu’ils hésitent et refusent de faire leur devoir. Cela attriste l’Esprit, jette naturellement les ténèbres sur leur esprit, et les amène à juste titre à douter qu’ils soient vraiment convertis. Si une âme est vraiment convertie, on trouvera généralement, quand il y a des doutes, que sur quelque point ces gens négligent leur devoir. Il faut les sonder comme avec une lampe allumée, les amener à accomplir leur devoir, et ne pas leur permettre d’espérer avant qu’ils ne l’aient fait. C’est généralement le moment même de lancer quelque vérité claire et pénétrante qui les transperce, quelque chose qui consume leurs espérances comme la teigne. Faites-le pendant que l’Esprit de Dieu agit sur eux, et faites-le de la bonne manière, et il n’y a aucun danger que cela fasse du mal.
Pour l’illustrer : j’ai connu une personne qui était membre de l’Église, mais une abominable hypocrite, comme sa conduite le prouva et comme elle l’avoua pleinement par la suite. Lors d’un réveil religieux, elle fut réveillée et profondément convaincue de péché, et au bout de quelque temps elle obtint une espérance. Elle alla trouver un pasteur pour lui parler de son espérance, et il fit pénétrer la vérité dans son esprit de telle manière qu’il anéantit toutes ses espérances. Elle resta alors bien des jours sous la conviction du péché, et finit par reprendre espérance. Le pasteur connaissait son tempérament et savait ce dont elle avait besoin, et il lui arracha de nouveau son espérance. Alors elle fut brisée jusqu’à terre, au point de ne plus pouvoir se tenir debout ni marcher. L’Esprit de Dieu SONDA son cœur si profondément que, pendant un temps, cela lui ôta toute force corporelle. Puis elle en sortit domptée. Auparavant, elle avait été l’une des rebelles les plus orgueilleuses qu’il y eût jamais contre le gouvernement de Dieu ; mais alors elle fut humiliée, et devint l’une des chrétiennes les plus modestes, les plus tendres et les plus aimables. Il n’y a pas de doute que c’était là exactement la manière de la traiter. C’était exactement le traitement que son cas exigeait.
Il est souvent utile de traiter les gens de cette manière. Certaines personnes sont naturellement d’un caractère peu aimable et d’un comportement déplaisant. Et il est particulièrement important de traiter ces personnes de la manière la plus approfondie dès qu’elles commencent à exprimer une espérance en Christ. À moins que l’œuvre en elles ne soit, dès le départ, d’une profondeur et d’une solidité peu communes, elles seront infiniment moins utiles, moins attachantes et moins heureuses qu’elles ne l’auraient été si la sonde avait été appliquée à leur cœur à fond et avec habileté. Si on les encourage dès le début sans les avoir traitées à fond, si on les laisse aller tout droit sans les sonder et les briser suffisamment, ces traits de caractère déplaisants resteront indomptés, et ne cesseront de ressurgir, au grand détriment à la fois de leur paix personnelle et de leur influence générale et de leur utilité comme chrétiens.
Il est important de profiter de ce que de tels caractères se trouvent justement dans ces circonstances particulières, afin qu’ils puissent être façonnés comme il convient. N’épargnez personne, fût-ce un enfant, un frère, un mari ou une femme. Que ce soit une œuvre complète. S’ils expriment une espérance, et que vous trouviez qu’ils portent l’image de Christ, ils sont chrétiens. Mais si cela paraît douteux — s’ils ne paraissent pas entièrement changés, arrachez tout simplement leur espérance en les sondant par la vérité la plus pénétrante, et laissez l’Esprit faire l’œuvre plus profondément. Si l’image n’est toujours pas parfaite, recommencez — brisez-les jusqu’à ce qu’ils aient un esprit d’enfant, et alors laissez-les espérer. Ils seront alors des chrétiens clairs et complets. Par un tel traitement, j’ai souvent vu des gens au caractère naturel le plus tortueux et le plus odieux transformés en quelques jours au point de paraître des êtres différents. On aurait dit que l’œuvre de toute une vie de culture chrétienne avait été accomplie d’un seul coup. Tel était sans doute le dessein de notre Sauveur dans sa manière d’agir envers Pierre. Il avait été converti, mais il s’était enflé d’orgueil spirituel et de confiance en lui-même, et alors il tomba. Après cela, Christ le brisa de nouveau, en le sondant trois fois par cette question : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu? » Après quoi il semble avoir été un saint ferme et dévoué tout le reste de ses jours.
3. Il n’est pas nécessaire que les jeunes convertis aient ou expriment des doutes sur leur conversion. Il n’est pas plus nécessaire qu’une personne doute d’être maintenant favorable au gouvernement de Dieu, qu’il ne l’est pour un homme de douter s’il est favorable à notre gouvernement ou à un autre. Il est en fait manifestement absurde qu’une personne parle de douter sur un tel point, si elle est intelligente et comprend ce dont elle parle. On a longtemps supposé que c’était une vertu, et une marque d’humilité, de douter qu’on soit chrétien ; et cette idée qu’il y a de la vertu à douter est une invention du diable. « Dites-moi, voisin, êtes-vous favorable à notre gouvernement, ou préférez-vous celui de la Russie ? » « Ma foi, j’ai quelque espérance d’aimer notre propre gouvernement, mais j’ai bien des doutes. » Admirable ! « Femme, aimez-vous vos enfants ? » « Eh bien, monsieur, j’ai parfois l’espérance tremblante de les aimer, mais vous savez que les meilleurs ont des doutes. » « Épouse, aimez-vous votre mari ? » « Je ne sais pas — je pense parfois que oui, mais vous savez que le cœur est tortueux, et nous devons être prudents et ne pas être trop sûrs de nous. » Qui voudrait d’une telle épouse ? « Homme, aimez-vous votre femme, aimez-vous votre famille ? » « Ah ! vous savez que nous sommes de pauvres créatures, nous ne connaissons pas notre propre cœur. Je pense bien que je les aime, mais peut-être suis-je dans l’illusion. » Ridicule !
En règle générale, le seul fait qu’une personne exprime des doutes rend sa piété véritablement douteuse. Un vrai chrétien n’a pas besoin de douter. Et quand quelqu’un est plein de doutes, vous devez en général douter pour lui et l’aider à douter. L’affection envers Dieu relève autant de la conscience que n’importe quelle autre affection. Une femme sait qu’elle aime son enfant. Comment ? Par la conscience qu’elle en a. Elle a conscience d’exercer cette affection. Et puis, elle la voit se traduire en actes chaque jour. De la même manière, un chrétien peut savoir qu’il aime Dieu, par la conscience qu’il a de cette affection, et en voyant qu’elle influe sur sa conduite de chaque jour.
Dans le cas des jeunes convertis, de ceux qui le sont vraiment, ces doutes viennent généralement de ce qu’on les a mal traités, et qu’ils n’ont pas été suffisamment instruits ou suffisamment humiliés. En tout cas, il ne faut jamais les laisser dans un tel état, mais les amener, si possible, à un changement si complet qu’ils ne douteront plus. Il est incompatible avec la plus grande utilité qu’un chrétien nourrisse toujours des doutes. Non seulement cela le rend sombre, mais cela fait de sa religion une pierre d’achoppement pour les pécheurs. Que pensent les pécheurs d’une telle religion ? Ils disent : « Ces convertis ont toujours peur de penser qu’ils ont obtenu quelque chose de réel. Ils tremblent toujours et se demandent si c’est une réalité ; et ils devraient bien savoir s’il y a quelque chose là-dedans ou non ; car si c’est quelque chose, ces gens semblent l’avoir, et je suis porté à trouver la chose plutôt douteuse. En tout cas, je vais la laisser de côté pour le moment ; car je ne crois pas que Dieu me damnera pour n’avoir pas fait attention à ce qui paraît si incertain. » Non, une espérance joyeuse et ferme en Christ est indispensable pour être utile ; vous devez donc traiter les jeunes convertis de manière à les conduire à une espérance conséquente, bien fondée et stable. En règle générale, cela peut se faire, si l’on s’y prend sagement, au moment voulu, c’est-à-dire au commencement de leur vie religieuse. Et il ne faut pas les laisser tant que ce n’est pas fait.
Je sais qu’il y a quelques exceptions ; il y a des cas où les meilleures instructions resteront sans effet, mais ils dépendent généralement de l’état de santé et de la condition du système nerveux. On trouve parfois une personne incapable de raisonner sur un certain sujet, si bien que ses erreurs ne cèdent pas à l’instruction. Mais le plus souvent, ces personnes se méprennent sur l’état de leur propre cœur parce qu’elles en jugent sous l’influence d’une maladie physique. Parfois des personnes atteintes d’une dépression nerveuse vont presque jusqu’au désespoir. Je ne prendrai pas le temps maintenant de montrer le lien, mais ceux qui connaissent la physiologie expliqueront facilement la chose, et cela montrera clairement que la seule manière de traiter de tels cas est d’abord de rétablir leur santé et de remettre leur système nerveux dans un état convenable, écartant ainsi la cause physique de leur tristesse et de leur abattement ; alors ils seront capables de recevoir vos instructions et de les appliquer à l’état de leur esprit. Mais si vous ne pouvez pas dissiper ainsi leur tristesse, leurs doutes et leurs craintes, vous pouvez du moins éviter de faire aucun mal positif en leur donnant de fausses instructions. J’ai vu même des chrétiens expérimentés se laisser imposer cette erreur, pensant qu’il était nécessaire, ou vertueux, ou que c’était une marque d’humilité d’être toujours dans le doute ; et Satan en profitait, ainsi que de l’état de leur santé, pour les pousser presque au désespoir. Vous devez vous en garder en évitant cette erreur dans l’enseignement des jeunes convertis. Enseignez-leur qu’au lieu qu’il y ait aucune vertu à douter, c’est un péché d’avoir quelque raison de douter, un péché de douter sans raison, et un péché d’être sombre et de dégoûter les pécheurs par son découragement. Et si vous leur enseignez à fond ce qu’est la religion, si vous leur faites VOIR CLAIREMENT ce que Dieu veut qu’ils fassent, et si vous les amenez à le faire promptement et résolument, en règle générale ils ne seront pas tourmentés par les doutes et les craintes, mais seront des chrétiens clairs, au cœur ouvert, joyeux et en pleine croissance, un honneur pour la religion qu’ils professent et une bénédiction pour l’Église et pour le monde.
II. J’en viens à quelques points dignes de considération au sujet de leur profession de religion, ou de leur entrée dans l’Église.
1. Les jeunes convertis doivent, en règle générale, se présenter immédiatement pour être admis dans quelque Église de Christ. Quand je dis immédiatement, j’entends qu’ils doivent le faire à la première occasion qu’ils ont. Ils ne doivent pas attendre. S’ils commencent leur vie religieuse en attendant, ils attendront très probablement toujours et ne feront jamais rien de bien utile. Si on leur enseigne à attendre sous la conviction du péché avant de se donner à Christ, ou si on leur enseigne à attendre après leur conversion avant de se donner publiquement à Dieu en entrant dans l’Église, ils iront probablement toute leur vie en boitant et en trébuchant. La première chose qu’il faut toujours leur enseigner, c’est : NE JAMAIS ATTENDRE QUAND DIEU VOUS A MONTRÉ VOTRE DEVOIR. Nous faisons profession d’avoir abandonné le système de l’attente ; allons jusqu’au bout et soyons conséquents.
Si je dis que c’est le devoir des jeunes convertis de se présenter immédiatement à l’Église, je ne dis pas qu’ils doivent dans tous les cas être reçus immédiatement. Mais l’Église peut prendre la responsabilité de les recevoir immédiatement ou non, et elle en a incontestablement le droit. Si l’Église n’est pas satisfaite dans un cas donné, elle a le pouvoir de demander aux candidats d’attendre jusqu’à ce qu’elle puisse prendre des renseignements, ou s’assurer de quelque autre manière de leur caractère et de leur sincérité. Cela est plus nécessaire dans les grandes villes qu’à la campagne, parce que l’Église est exposée à recevoir tant de demandes de personnes qui lui sont entièrement étrangères, et qu’il faut alors prendre des renseignements avant de les admettre à la communion. Mais si l’Église juge nécessaire d’ajourner un candidat, la responsabilité n’est pas la sienne. Lui n’a pas différé d’obéir au commandement de Christ mourant ; il n’a donc pas attristé l’Esprit et ne l’a pas éloigné, et il peut ne pas en souffrir essentiellement s’il est fidèle à d’autres égards. Tandis que si lui avait négligé ce devoir volontairement, il tomberait bientôt dans les ténèbres, et très probablement deviendrait rétrograde.
S’il n’y a pas de raison particulière de différer, l’Église doit en général les recevoir quand ils le demandent. S’ils sont suffisamment instruits en matière de religion pour savoir ce qu’ils font, et si leur caractère général est tel qu’on puisse se fier à leur sincérité et à leur honnêteté lorsqu’ils font profession, je ne vois aucune raison pour qu’ils attendent. Mais s’il y a, aux yeux de l’Église, des raisons suffisantes pour les faire attendre un temps raisonnable, qu’elle le fasse, sous sa responsabilité envers Jésus-Christ. Qu’on se souvienne toutefois de la responsabilité que l’on assume, et que, si l’on tient hors de l’Église ceux qui devraient y être, on pèche et on attriste le Saint-Esprit.
Il est impossible de poser sur ce sujet des règles particulières applicables à tous les cas. Il y a une si grande variété de raisons qui peuvent justifier qu’on fasse attendre des personnes qu’aucune règle générale ne peut les embrasser toutes. Notre pratique, dans cette Église, est de proposer publiquement les personnes pendant un mois après leur demande, avant de les recevoir à la pleine communion. La raison en est que le conseil de l’Église ait l’occasion de se renseigner sur les individus qui se présentent, tant d’entre eux étant des étrangers. Mais à la campagne, où il y a des assemblées régulières, où tout le monde a été instruit dès sa jeunesse dans les doctrines de la religion, et où chacun est parfaitement connu, le cas est différent, et en règle générale je ne vois aucune raison pour que des personnes de bonne réputation ne soient pas admises immédiatement. Si une personne n’a pas été un ivrogne, ou de quelque autre manière de mauvaise réputation, qu’elle soit admise sur-le-champ, dès qu’elle peut rendre un compte raisonnable et satisfaisant de l’espérance qui est en elle.
C’est évidemment ainsi que faisaient les apôtres. Il n’y a pas la moindre preuve, dans le Nouveau Testament, qu’ils aient jamais fait attendre une personne qui voulait être baptisée et entrer dans l’Église. Je sais que cela ne satisfait pas certaines gens, parce qu’ils pensent que le cas est différent. Mais je ne le vois pas ainsi. Ils disent que les apôtres étaient inspirés. C’est vrai ; mais il ne s’ensuit pas qu’ils fussent inspirés pour lire dans le caractère des hommes, de manière à ne commettre aucune erreur en cette matière. Au contraire, nous savons qu’ils n’étaient pas inspirés de cette manière, car nous savons qu’ils commirent effectivement des erreurs, tout comme les pasteurs peuvent en commettre aujourd’hui ; il n’est donc pas vrai que le fait qu’ils étaient des hommes inspirés change le cas sur ce point. Simon le magicien passa pour chrétien, fut baptisé et admis à la communion, et demeura en règle jusqu’au jour où il entreprit d’acheter le Saint-Esprit à prix d’argent. Les apôtres admettaient les convertis venus du paganisme immédiatement et sans délai. S’ils pouvaient recevoir des personnes qui n’avaient peut-être jamais entendu plus d’un sermon de l’Évangile, qui n’avaient jamais eu de Bible, ni fréquenté de leur vie une école du dimanche ou une classe biblique, il n’est assurément pas nécessaire de soulever de tels cris et de telles alarmes quand une Église juge à propos de recevoir des personnes de bonne réputation, qui ont eu la Bible toute leur vie, ont été formées à l’école du dimanche et se sont assises sous la prédication de l’Évangile, et dont on peut donc supposer qu’elles comprennent ce qu’elles font et ne professent pas ce qu’elles ne ressentent pas.
Je sais qu’on peut dire que ceux qui font aujourd’hui profession de religion ne sont pas obligés de faire pour leur religion d’aussi grands sacrifices que les premiers croyants, et que, par conséquent, les gens peuvent être plus enclins à jouer les hypocrites. Et, dans une certaine mesure, c’est vrai. Mais d’un autre côté, il faut se souvenir qu’avec les instructions qu’ils ont reçues en matière de religion, ils ne se laissent pas aussi facilement aller à se tromper eux-mêmes que ceux qui étaient convertis sans avoir eu d’abord l’avantage d’une éducation religieuse. Ils peuvent être fortement tentés de tromper les autres ; mais j’affirme qu’avec les instructions qu’ils ont reçues, les convertis de ces grands réveils sont deux fois moins exposés à se tromper eux-mêmes et à se contenter d’une fausse espérance qu’on ne l’était aux jours des apôtres. Et c’est pour cette raison que je crois que les Églises qui sont fidèles dans leur manière de traiter les jeunes convertis, et qui manifestent habituellement la puissance de la religion, ne risquent pas de recevoir autant de personnes non converties que les apôtres.
Il est important que les Églises agissent sagement sur ce point. Un grand mal a été fait par cette pratique qui consiste à tenir longtemps les gens hors de l’Église pour voir s’ils sont chrétiens. C’est presque aussi absurde que de jeter un jeune enfant à la rue pour voir s’il vivra, et de dire : s’il vit et promet d’être un enfant en bonne santé, nous prendrons soin de lui — alors que c’est justement le moment où il a besoin d’être nourri et soigné, au moment où la balance penche vers la vie ou vers la mort. Est-ce ainsi qu’il faut traiter les jeunes convertis ? L’Église doit-elle jeter ses nouveau-nés à tous les vents et dire : s’ils vivent là, qu’on les élève ; mais s’ils meurent, c’est qu’ils devaient mourir ? Je ne doute pas que des milliers de convertis, par suite de ce traitement, aient traversé la vie sans jamais entrer dans aucune Église, se traînant pleins de doutes, de craintes et de ténèbres, qu’ils aient passé ainsi leurs jours et soient descendus au tombeau sans les consolations ni l’utilité dont ils auraient pu jouir, simplement parce que l’Église, dans sa folie, les a laissés attendre hors de l’enclos, pour voir s’ils grandiraient et prospéreraient sans les ordonnances que Jésus-Christ a instituées tout particulièrement pour leur bien.
Jésus-Christ dit à son Église : « Tiens, prends ces agneaux, nourris-les, abrite-les, veille sur eux et protège-les » ; et que fait l’Église ? Eh bien, elle les met dehors, seuls, sur les montagnes froides, parmi les bêtes sauvages, pour y mourir de faim ou y périr, pour voir s’ils sont vivants ou non. Tout ce système est aussi peu philosophique qu’il est peu scripturaire. Jésus-Christ a-t-il dit à ses Églises de faire ainsi ? Le Dieu d’Abraham a-t-il enseigné une telle doctrine au sujet des enfants d’Abraham ? Jamais. Il ne nous a jamais appris à traiter les jeunes convertis d’une manière aussi barbare. C’est le meilleur moyen qu’on puisse prendre pour rendre douteux qu’ils soient convertis. Le moyen même de les jeter dans les doutes et les ténèbres, c’est de les tenir éloignés de l’Église, de sa communion et de ses ordonnances.
J’ai appris qu’il existe, non loin d’ici, une Église qui a adopté une résolution portant qu’aucun jeune converti ne sera admis avant d’avoir eu une espérance pendant au moins six mois. Où a-t-elle pris une telle règle ? Ni dans la Bible, ni dans l’exemple des premières Églises.
3. En examinant les jeunes convertis pour leur admission dans l’Église, il ne faut pas prendre leur conscience au piège en les interrogeant trop longuement ou trop minutieusement sur des points de doctrine. À voir la manière dont les examens sont conduits dans certaines Églises, on dirait qu’on s’attend à ce que les jeunes convertis connaissent tout d’un coup l’ensemble du système théologique et soient capables de répondre à toutes les questions épineuses de la théologie. Il en résulte que les jeunes convertis sont embarrassés et troublés, qu’ils donnent leur assentiment à des choses qu’ils ne comprennent pas, et qu’ainsi leur conscience est prise au piège et, par conséquent, affaiblie. Mais l’un des grands buts de la réception des jeunes convertis dans l’Église est de leur enseigner les doctrines ; si l’on doit les tenir hors de l’Église jusqu’à ce qu’ils comprennent tout le système des doctrines, ce but est manqué. Les tiendrez-vous dehors jusqu’à ce que l’un des principaux buts de leur réception soit atteint par d’autres moyens ? C’est absurde. Il y a certaines doctrines cardinales du christianisme qui sont comprises dans l’expérience de tout vrai converti. Et de celles-là, les jeunes convertis rendront témoignage à leur examen, si on les interroge de manière à faire ressortir ce qu’ils savent, et non de manière à les embarrasser et à les confondre. Les questions doivent être propres à faire ressortir ce qu’ils ont appris par expérience, et non ce qu’ils ont pu acquérir en théorie avant ou depuis leur conversion. Le but n’est pas de découvrir combien ils en savent, ni s’ils sont de bons élèves en théologie, comme on examinerait une école ou un groupe de jeunes gens qui concourent pour un prix. Il s’agit de découvrir s’ils ont un changement de cœur, de savoir s’ils ont fait l’expérience des grandes vérités de la religion par leur puissance dans leur propre âme. Vous voyez donc combien il doit être absurde, et nuisible aussi, de les examiner, comme on le fait parfois, à la manière d’un avocat à la barre qui contre-interroge un témoin suspect. Ce devrait plutôt être à la manière d’un médecin fidèle, soucieux de découvrir le véritable état de son patient, et qui conduit donc son esprit, par des questions et des suggestions, à révéler les vrais symptômes de son mal.
Vous trouverez toujours, si vous posez bien vos questions, que les vrais convertis voient clairement ces grands points fondamentaux : l’autorité divine des Écritures, la nécessité des influences du Saint-Esprit, la divinité de Christ, la doctrine de la dépravation totale et de la régénération, la nécessité de l’expiation, la justification par la foi, et la justice du châtiment éternel des méchants. Par une suite de questions appropriée, vous verrez tous ces points ressortir comme faisant partie de leur expérience, si vous posez vos questions de manière qu’ils les comprennent.
Le conseil d’une Église de cette ville a, nous dit-on, voté qu’aucune personne ne pourra entrer dans cette Église avant d’avoir donné son assentiment à toute la Confession de foi presbytérienne et de l’avoir adoptée comme sa « règle de foi, de conduite et d’obéissance chrétienne ». C’est-à-dire qu’il faut lire d’un bout à l’autre ce livre, qui est environ trois fois aussi gros que ce recueil de cantiques, le comprendre et y adhérer en entier, avant de pouvoir être admis dans l’Église, avant de pouvoir faire profession de religion ou obéir au commandement de Christ. De quel droit une Église dit-elle que personne ne sera admis à sa communion avant d’avoir compris tous les points et toutes les subtilités de cette longue confession de foi ? Est-ce là sa charité, de faire avaler de force toute cette confession de foi à un jeune converti avant de le laisser seulement venir à la communion ? Il dit : « J’aime le Seigneur Jésus-Christ, et je désire obéir à son commandement. » « Fort bien, mais comprenez-vous et adoptez-vous la Confession de foi ? » Il dit : « Je ne sais pas, car je ne l’ai jamais lue ; mais j’ai lu la Bible, je l’aime, et je désire suivre les directions qu’elle donne et venir à la table du Seigneur. » « Aimez-vous la confession de foi ? Sinon, VOUS NE VIENDREZ PAS », répond ce conseil charitable, « vous ne vous assiérez pas à la table du Seigneur avant d’avoir adopté toute cette confession de foi. » Jésus-Christ a-t-il jamais autorisé le conseil d’une Église à parler ainsi — à dire à cet enfant de Dieu, qui se tient là en larmes et demande la permission d’obéir à son Seigneur, qui comprend les fondements de sa foi et peut rendre une raison satisfaisante de son espérance, à lui dire qu’il ne peut pas entrer dans l’Église avant d’avoir compris la confession de foi ? Sans aucun doute, Jésus-Christ est irrité contre une telle Église, et il manifestera son mécontentement d’une manière qui ne laisse place à aucune méprise, si elle ne se repent pas. Fermer la porte aux jeunes convertis jusqu’à ce qu’ils aient avalé la confession de foi ! Et une telle Église prospérera-t-elle ? Jamais.
Aucune Église sur la terre n’a le droit d’imposer sa longue confession de foi à un jeune converti qui admet les points fondamentaux de la religion. Elle peut faire connaître au jeune converti sa propre foi sur autant de points qu’elle voudra, et elle peut l’examiner sur sa croyance, si elle le juge nécessaire ; mais supposez qu’il ait des doutes sur certains points qui ne sont pas essentiels à l’expérience chrétienne, comme la doctrine du baptême des enfants, ou de l’élection, ou de la persévérance des saints, et supposez qu’il vous dise honnêtement et franchement qu’il n’est pas encore fixé sur ces points. Un pasteur ou une Église a-t-il le droit de dire qu’il ne viendra pas à la table du Seigneur avant d’avoir terminé toutes ses recherches sur ces sujets ? Qu’il n’obéira pas à Jésus-Christ avant de s’être pleinement fait une opinion sur chacun de ces points sur lesquels des chrétiens, et des chrétiens dévoués, diffèrent entre eux ? Je me couperais la main droite plutôt que d’écarter un converti dans de telles circonstances. J’instruirais un jeune converti aussi bien que je le pourrais dans le temps qui précéderait sa demande, je l’examinerais avec franchise sur ses vues, et une fois qu’il serait dans l’Église, je m’efforcerais de le faire croître dans la connaissance à mesure qu’il croîtrait dans la grâce. Et autant j’ai la certitude que mes propres doctrines sont les doctrines de Dieu, autant je m’attendrais à les lui faire adopter, si je pouvais obtenir de son esprit une audience équitable. Mais jamais je ne dirais à quelqu’un que je tiens charitablement pour un enfant de Dieu de se tenir éloigné de la table de son Père, parce qu’il ne voit pas tout ce que je vois, ou ne croit pas tout ce que je crois, dans tout le système de la théologie. La chose est absolument déraisonnable, ridicule et méchante.
4. Il arrive que des personnes dont on sait qu’elles nourrissent une espérance n’osent pas faire profession de religion, de peur de se faire illusion. Je traiterais toujours de tels cas avec fermeté. Une espérance qui ne justifie pas une profession de religion est manifestement pire que pas d’espérance du tout, et plus tôt on l’arrache, mieux cela vaut. Un homme espérera-t-il qu’il aime Dieu, et pourtant n’osera-t-il pas obéir à Jésus-Christ ? C’est insensé. Il vaut mieux renoncer tout de suite à une telle espérance.
5. Il arrive que des personnes qui se disent converties s’excusent de ne pas se joindre à l’Église en prétendant qu’elles peuvent jouir tout aussi bien de la religion sans cela. C’est toujours suspect. Je me méfierais de ces gens-là. Il est presque certain qu’ils n’ont point de religion. D’ordinaire, si quelqu’un ne désire pas être associé au peuple de Dieu, c’est qu’il est pourri à la racine. C’est qu’il veut se tenir à l’écart des responsabilités d’une profession publique. Il sent en lui qu’il aimerait mieux rester libre, afin de pouvoir, plus tard, s’il lui en prend envie, retourner au monde sans encourir le reproche d’inconstance ou d’hypocrisie. Jouir tout aussi bien de la religion sans obéir à Jésus-Christ ! C’est faux, à première vue. Il oublie que la religion consiste justement à obéir à Jésus-Christ.
III. J’ai à considérer l’importance de donner aux jeunes convertis un enseignement juste.
D’ordinaire, leur caractère chrétien, pour toute la vie, est moulé et façonné selon la manière dont on les traite au moment de leur conversion. Il y en a beaucoup qui ont d’abord été mal enseignés, mais qui ont été ensuite convertis de nouveau ; et si on les traite alors comme il faut, on peut encore en faire quelque chose. Mais le moment propice pour le faire, c’est quand ils viennent d’être amenés, quand leur esprit est encore souple et tendre et cède aisément à la vérité. On peut alors les conduire avec un cheveu, s’ils pensent que c’est la vérité de Dieu. Et toutes les notions religieuses qu’ils reçoivent à ce moment-là, ils sont enclins à s’y attacher pour toujours. Il est presque impossible d’arracher à un homme les notions qu’il a reçues quand il était jeune converti. Vous pouvez le réduire au silence par vos raisonnements, il s’y cramponne quand même. Combien de fois n’arrive-t-il pas que des personnes à qui l’on a enseigné certaines choses au moment de leur conversion, si elles ont plus tard un nouveau pasteur qui enseigne un peu différemment, se dressent contre lui, comme s’il allait renverser la foi, entraîner l’Église dans l’erreur et tout jeter dans la confusion ! Vous voyez donc que les jeunes convertis sont remis entre les mains de l’Église, et qu’il dépend de l’Église de les modeler et d’en faire des chrétiens de bonne trempe. Une grande part de leur consolation et de leur utilité futures dépend de la manière dont on les instruit au départ. Le caractère futur de l’Église, le progrès des réveils, la venue du millénium dépendent de ce qu’on donne un enseignement juste, et une juste direction de pensée et de vie, à ceux qui sont de jeunes convertis.
IV. J’ai à mentionner certaines choses qu’il ne faut pas enseigner aux jeunes convertis.
1. « Vous ne sentirez pas toujours comme maintenant. » Quand le jeune converti se réjouit en son Sauveur et compte vivre pour la gloire de Dieu et le bien des hommes, que de fois ne reçoit-il pas cette réponse : « Vous ne sentirez pas toujours ainsi » ! On prépare ainsi son esprit à s’attendre à rétrograder, et à n’en être guère surpris quand cela arrive. C’est exactement ainsi que le diable veut qu’on traite les jeunes convertis : que de vieux chrétiens viennent leur dire que leurs sentiments ne dureront pas, et que tôt ou tard ils seront aussi froids que nous. Cela m’a fait saigner le cœur de le voir. Quand le jeune converti a épanché son cœur brûlant devant quelque vieux professant, s’attendant à rencontrer les élans chaleureux d’une âme sœur qui réponde à la sienne, que trouve-t-il ? Cette froide réponse, qui passe sur son âme comme un vent du nord : « Vous ne sentirez pas toujours ainsi. » HONTE ! C’est préparer tout simplement le jeune converti à s’attendre à rétrograder comme une chose qui va de soi ; de sorte que, lorsqu’il commence à décliner — et, sous l’influence même de cet enseignement, il est très probable qu’il déclinera —, cela ne provoque dans son esprit ni surprise ni alarme ; il y voit une chose toute naturelle, il fait comme tout le monde.
J’ai entendu prêcher, et aussi dire dans la prière, que les saisons de déclin sont nécessaires pour éprouver l’Église. On dit : « Quand il pleut, on trouve de l’eau partout ; ce n’est qu’en temps de sécheresse qu’on peut dire où sont les sources profondes. » Merveilleuse logique ! Ainsi vous voudriez enseigner que les chrétiens doivent devenir froids et stupides, et s’éloigner de Dieu ; et pour quelle raison ? Eh bien, vraiment, pour montrer qu’ils ne sont pas des hypocrites. Étonnant ! Vous voudriez prouver qu’ils sont des hypocrites afin de montrer qu’ils ne le sont pas.
Une pareille doctrine est la toute dernière qu’on devrait enseigner aux jeunes convertis. Il faut leur dire qu’ils n’ont fait que commencer la vie chrétienne, et que leur religion doit consister à y avancer. Il faut leur apprendre à aller toujours de l’avant et à croître continuellement dans la grâce. Ne leur apprenez pas à amincir leur religion, à la laisser devenir de plus en plus petite jusqu’à ce qu’elle se termine en pointe. Dieu dit : « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante, Dont l’éclat va croissant jusqu’au milieu du jour. » Or, de qui est-ce le sentier, celui qui va s’obscurcissant de plus en plus jusqu’au milieu de la nuit ? Il faut les amener à un tel état d’esprit que les premiers signes de déclin dans leur spiritualité ou leur zèle les alarment et les aiguillonnent vers le devoir. Il n’est pas nécessaire que les jeunes convertis rétrogradent comme ils le font. Paul n’a pas rétrogradé. Et je ne doute pas que cette doctrine même, « Vous ne sentirez pas toujours ainsi », ne soit l’une des grandes ruses de Satan pour amener le résultat qu’elle prédit.
2. « Apprenez à marcher par la foi et non par la vue. » On dit parfois cela aux jeunes convertis à propos du fait qu’ils continuent à manifester la puissance de la religion, et c’est une évidente perversion de l’Écriture. S’ils commencent à perdre leur foi et leur zèle, et à tomber dans les ténèbres, quelque vieux professant leur dira : « Ah ! vous ne pouvez pas vous attendre à avoir toujours le Sauveur avec vous ; vous avez marché par la vue, il faut apprendre à marcher par la foi et non par la vue. » C’est-à-dire : il faut apprendre à devenir froid comme la mort, et puis vous cramponner à la doctrine de la persévérance des saints comme à votre seul motif d’espérer que vous serez sauvé. Et c’est cela, marcher par la foi. Cessez de persévérer, et cramponnez-vous ensuite à la doctrine de la persévérance. « L’une des bévues du péché, et le plus grand éclat de rire de l’enfer. » Et vivre dans la jouissance de la faveur de Dieu et des consolations du Saint-Esprit, ils appellent cela marcher par la vue ! Supposez-vous que les jeunes convertis voient le Sauveur au moment où ils croient en lui ? Quand ils sont si remplis des délices du ciel, supposez-vous qu’ils voient le ciel, et qu’ainsi ils marchent par la vue ? C’est absurde, à première vue. Ce n’est pas la foi, c’est la présomption qui fait qu’un rétrograde se cramponne à la doctrine de la persévérance, comme si elle devait le sauver, sans aucun exercice sensible de piété dans son âme. Ceux qui essaient de marcher par la foi de cette manière feraient bien de prendre garde, ou ils entreront en enfer avec leur foi. La foi, vraiment ! La foi sans les œuvres est morte. Une foi morte peut-elle faire vivre l’âme ?
3. « Attendez de voir si vous pourrez tenir bon. » Quand un jeune converti est plein de zèle et de chaleur, et veut se dépenser pour Dieu, quelque vieux professant prudent l’avertira de ne pas aller trop vite. « Vous feriez mieux de ne pas vous avancer trop en religion, jusqu’à ce que vous voyiez si vous pourrez tenir bon ; car si vous prenez une position si élevée et qu’ensuite vous tombiez, vous déshonorerez la religion. » C’est-à-dire, en bon français : « Ne faites rien de ce qui constitue la religion, jusqu’à ce que vous voyiez si vous avez de la religion. » La religion consiste à obéir à Dieu. Or ces sages docteurs disent à un jeune converti : « N’obéissez pas à Dieu jusqu’à ce que vous voyiez » — quoi ? — jusqu’à ce que vous voyiez si vous lui avez obéi ; ou bien, jusqu’à ce que vous voyiez si vous avez obtenu cette substance, cette chose mystérieuse qu’ils s’imaginent être créée et mise dans un homme comme un morceau de chair nouvelle, et qu’ils appellent la religion. Ce système d’attente se ressemble partout, et il est partout faux. Il n’y a dans l’Écriture aucune autorité pour dire à quelqu’un d’attendre, quand le commandement de Dieu pèse sur lui et que le chemin du devoir est devant lui. Qu’il avance.
Il faut enseigner pleinement aux jeunes convertis que c’est là la seule manière cohérente de découvrir s’ils ont de la religion. — La seule preuve qu’ils puissent avoir, c’est de constater qu’ils sont engagés de tout cœur à faire la volonté de Dieu. Lui dire d’attendre, avant de faire ces choses, jusqu’à ce qu’il ait obtenu sa preuve, c’est donc renverser l’ordre des choses, et c’est absurde.
4. « Attendez d’avoir des forces avant de prendre la croix. » On applique cela à divers devoirs religieux. Parfois on l’applique à la prière, comme si la prière était une croix. Mais j’ai vu conseiller à de jeunes convertis de ne pas essayer de prier en famille, ou de ne pas essayer tout de suite de prier dans les réunions et les cercles d’amis. « Attendez d’avoir des forces. » Comme s’ils pouvaient acquérir des forces sans exercice ! La force vient par l’exercice. Vous ne pouvez acquérir des forces en restant couché. Qu’un enfant reste couché dans son berceau toute sa vie, et il n’aura jamais aucune force ; il pourra grandir en taille, mais il ne sera jamais rien de plus qu’un grand bébé. C’est une loi de la nature. Rien ne remplace l’exercice pour produire la force. Le corps, chacun le sait, ne peut être fortifié que par l’exercice. Cela tient à la nature des choses. Et il en est exactement de même de l’esprit. Il en est ainsi des affections, ainsi du jugement, ainsi de la conscience. Toutes les facultés de l’âme sont fortifiées par l’exercice. Je n’ai pas besoin d’entrer maintenant dans la philosophie de la chose. Tout le monde sait qu’il en est ainsi. Si l’esprit n’est pas exercé, le cerveau ne se développera pas, et l’homme deviendra un idiot. Si les affections ne sont pas exercées, il deviendra un stoïcien. Parler à un converti de négliger l’action chrétienne jusqu’à ce qu’il ait des forces, c’est absurde. S’il veut acquérir des forces, qu’il se mette à l’œuvre.
5. Il ne faut pas donner aux jeunes convertis un esprit sectaire. Il ne faut pas leur apprendre à s’arrêter sur les distinctions entre les sectes, ni à être pointilleux sur les points de secte. Ils doivent examiner ces points, au moment voulu et de la manière voulue, et se faire une opinion par eux-mêmes, selon l’importance de ces questions. Mais il ne faut pas leur apprendre à s’y arrêter, ni à en faire grand cas au début de leur vie religieuse. Autrement, il y a grand danger que toute leur religion ne tourne en esprit de secte. J’ai vu des exemples bien tristes et bien affligeants des effets de cela sur de jeunes convertis. Et chaque fois que je vois des gens qui se disent convertis s’attacher fortement aux particularités d’une secte, quelle que soit la dénomination chrétienne, j’ai toujours des doutes à leur sujet. Quand je les entends demander : « Croyez-vous à la doctrine de l’élection ? » ou : « Croyez-vous à l’aspersion ? » ou : « Croyez-vous à l’immersion ? » je suis attristé. Je n’ai jamais vu de tels convertis valoir grand-chose. Leur zèle sectaire aigrit bientôt leurs sentiments, ronge tout le cœur de leur religion, et moule tout leur caractère en une coupable étroitesse de secte. En général, ils deviennent extrêmement zélés pour la tradition des anciens, et fort peu soucieux du salut des âmes.
V. Je passe à quelques-unes des choses qu’il importe d’enseigner aux jeunes convertis.
1. L’une des premières choses qu’il faut enseigner aux jeunes convertis, c’est de distinguer, en religion, entre l’émotion et le principe. Me comprenez-vous ? Je vais expliquer ce que je veux dire, mais je veux que vous saisissiez bien les mots et qu’ils se fixent dans votre esprit. Ce que je veux, c’est que vous fassiez la distinction entre l’émotion et le principe.
Par émotion, j’entends cet état d’esprit dont nous avons conscience et que nous appelons sentiment : un état d’esprit involontaire, qui naît naturellement quand nous nous trouvons dans certaines circonstances ou sous certaines influences. Il peut y avoir des sentiments très exaltés, ou bien ils peuvent s’apaiser jusqu’à la tranquillité, ou disparaître entièrement. Mais il faut soigneusement distinguer ces émotions du principe religieux. Par principe, je n’entends pas quelque substance, racine, semence ou pousse implantée dans l’âme. J’entends la décision volontaire de l’esprit, la ferme détermination d’accomplir son devoir et d’obéir à la volonté de Dieu, par laquelle un chrétien doit toujours être gouverné. Quand un homme est pleinement déterminé à obéir à Dieu, parce qu’il est JUSTE qu’il obéisse à Dieu, j’appelle cela un principe. Qu’il éprouve ou non sur le moment une vive émotion religieuse, il fera son devoir gaiement, promptement et de tout son cœur, quel que soit l’état de ses sentiments. C’est là agir par principe, et non par émotion. Beaucoup de jeunes convertis ont des vues erronées sur ce sujet, et dépendent presque entièrement de l’état de leurs sentiments pour avancer dans le devoir. Certains ne veulent pas présider une réunion de prière, à moins de sentir qu’ils pourraient faire une prière éloquente. Une multitude de gens sont mus presque entièrement par leurs émotions, et ils s’y abandonnent comme s’ils se croyaient sans aucune obligation envers le devoir à moins d’y être poussés par quelque forte émotion. Ils seront très zélés en religion quand le cœur leur en dit, quand leurs émotions sont chaudes et vives ; mais ils ne mettront pas leur religion en pratique avec constance, et ne la porteront pas dans toutes les affaires de la vie. Ils ne sont religieux que lorsqu’ils sont emportés par un jaillissement de sentiment. Mais ce n’est pas là la vraie religion.
Il faut enseigner soigneusement aux jeunes convertis, quand le devoir est devant eux, à l’accomplir. Si ternes que soient leurs sentiments, si le devoir appelle, FAITES-LE. N’attendez pas le sentiment, mais FAITES-LE. Très probablement, les émotions mêmes que vous voudriez attendre seront mises en mouvement quand vous commencerez à faire votre devoir. Si le devoir est la prière, par exemple, et que vous n’ayez pas les sentiments que vous souhaiteriez, n’attendez pas les émotions pour prier, mais priez, et ouvrez grand la bouche. Et en le faisant, il est très probable que vous aurez les émotions que vous étiez enclin à attendre, et qui constituent le bonheur conscient de la religion.
2. Il faut enseigner aux jeunes convertis qu’ils ont renoncé à la propriété de tous leurs biens, et d’eux-mêmes, ou que, s’ils ne l’ont pas fait, ils ne sont pas chrétiens. Il ne faut pas les laisser penser que quoi que ce soit leur appartienne : leur temps, leurs biens, leur influence, leurs facultés, leur corps ou leur âme. « Vous ne vous appartenez point à vous-mêmes » ; tout appartient à Dieu ; et quand ils se sont soumis à Dieu, ils lui ont fait librement l’abandon de tout, pour qu’il en dispose et en règle l’usage à son gré. Ils n’ont pas le droit de dépenser une seule heure comme si leur temps était à eux. Pas le droit d’aller où que ce soit, ni de faire quoi que ce soit pour eux-mêmes ; mais ils doivent tenir tout à la disposition de Dieu, et tout employer pour la gloire de Dieu. S’ils ne le font pas, ils ne devraient pas se dire chrétiens, car l’idée même d’être chrétien, c’est de renoncer à soi-même et d’être entièrement consacré à Dieu. Un homme n’a pas plus le droit de retenir quoi que ce soit à Dieu qu’il n’a le droit de voler ou de dérober. C’est un vol au sens le plus élevé du terme. C’est un crime infiniment plus grave que ne le serait, pour un commis de magasin, d’aller prendre l’argent de son patron et de le dépenser pour ses convoitises et ses plaisirs. Je veux dire que, pour un homme, retenir quelque chose à Dieu est un crime plus grave contre LUI qu’aucun crime qu’un homme puisse commettre contre son semblable, puisque Dieu est le propriétaire de toutes choses en un sens infiniment plus élevé que l’homme ne peut être propriétaire de quoi que ce soit. Si Dieu les appelle à employer quelque chose de ce qu’ils ont — leur argent, ou leur temps — ou à donner leurs enfants, ou à se consacrer eux-mêmes à l’avancement de son règne, et qu’ils refusent, parce qu’ils veulent en user à leur manière ou qu’ils préfèrent faire autre chose, c’est infiniment plus blâmable que pour un commis ou un agent d’aller détourner l’argent que son patron lui a confié, et de le dépenser pour sa famille, ou de le placer en actions de banque ou en spéculations pour son propre compte.
Dieu est, en un sens infiniment plus élevé, le propriétaire de tout, qu’aucun patron ne peut être dit propriétaire de ce qu’il possède. Et l’Église de Christ ne prendra jamais une position élevée, ne sera jamais dégagée du monde, ne pourra jamais avancer sans ces déclins et ces rechutes continuels, jusqu’à ce que les chrétiens, et les Églises en général, prennent cette position et s’y tiennent : qu’un membre d’Église qui renie dans la pratique sa qualité d’intendant relève de la discipline tout autant que s’il niait la divinité de Christ, et que l’avarice dûment prouvée doit exclure un homme de la communion aussi certainement que l’adultère.
L’Église est extrêmement orthodoxe dans ses notions, mais très hérétique dans sa pratique ; mais le temps doit venir où l’Église sera tout aussi vigilante à garder l’orthodoxie dans la pratique que l’orthodoxie dans la doctrine, et tout aussi prompte à rejeter les hérétiques de la pratique que les hérétiques qui corrompent les doctrines de l’Évangile. En fait, c’est infiniment plus important. Le seul but de la doctrine est de produire la pratique ; et l’Église ne semble pas comprendre que, puisque la vraie foi « est agissante par la charité et purifie le cœur », l’hérésie dans la pratique est une preuve concluante d’hérésie dans les sentiments. L’Église est très pointilleuse sur la saine doctrine, et très insouciante de la sainteté de la vie. C’est absurde. En est-on venu là, que l’Église de Jésus-Christ doive se contenter de notions justes sur quelques points abstraits, sans jamais réduire son orthodoxie en pratique ? Qu’il n’en soit plus ainsi.
Il est grand temps de remettre ces choses en ordre. Et la seule manière de les remettre en ordre, c’est de commencer comme il faut avec ceux qui entrent tout juste dans la religion. Il faut dire aux jeunes convertis qu’ils sont tout aussi dignes de la damnation, et que l’Église ne peut pas et ne veut pas rester en communion avec eux, s’ils montrent un esprit d’avarice et font la sourde oreille quand le monde entier crie au secours, que s’ils vivaient dans l’adultère ou dans le culte quotidien des idoles.
3. Enseignez-leur comment cultiver une conscience délicate. J’ai souvent été stupéfait de trouver si peu de conscience, même chez ceux que nous espérons être chrétiens. Et nous en voyons ici la raison. Leur conscience n’a jamais été cultivée. On ne leur a jamais enseigné ni dit comment cultiver une conscience délicate. Ils n’ont même pas une conscience naturelle. Ils ont traité leur conscience si rudement, et lui ont résisté si souvent, qu’elle s’est émoussée et n’agit plus. L’utilité d’un chrétien dépend grandement de ce qu’il sache cultiver sa conscience. Il faut apprendre aux jeunes convertis à garder leur conscience aussi délicate que la prunelle de l’œil. Ils doivent veiller sur leur conduite et sur leurs motifs, et que leurs motifs soient si purs et leur conduite si désintéressée qu’ils n’offensent, ne blessent ni n’étouffent la conscience. Ils doivent garder une telle habitude d’écouter leur conscience qu’elle soit toujours prête à prononcer un verdict sévère en toute occasion. C’est étonnant de voir combien la conscience peut être cultivée par une conduite convenable. Si l’on y veille comme il faut, elle peut devenir si pure et si puissante qu’elle répondra toujours exactement à la parole de Dieu. Présentez à un tel chrétien un devoir quelconque, ou un renoncement, ou une souffrance, montrez-lui seulement la parole de Dieu, et il le fera sans dire un mot. En quelques mois, s’ils sont bien enseignés et bien suivis, de jeunes convertis peuvent avoir une conscience si délicatement équilibrée que le poids d’une plume les fera pencher. Apportez seulement un « Ainsi parle l’Éternel », et ils seront toujours prêts à le faire, quoi que ce soit.
4. Il faut enseigner aux jeunes convertis à prier sans cesse. C’est-à-dire qu’ils doivent toujours veiller sur leur esprit et être continuellement dans un esprit de prière. Il faut leur apprendre à prier toujours, quoi qu’il arrive. Faute d’un enseignement juste sur ce point, beaucoup de jeunes convertis subissent une perte et s’éloignent beaucoup de Dieu. Par exemple, il arrive parfois qu’un jeune converti tombe dans quelque péché ; il lui semble alors qu’il ne peut pas prier, et au lieu de surmonter cela, il est si affligé qu’il attend que le tranchant de sa détresse soit passé. Au lieu d’aller droit à Jésus-Christ au milieu de son angoisse, de confesser son péché de toute la plénitude de son cœur et d’obtenir un nouveau pardon et le retour de la paix, il attend que toute la vivacité de ses sentiments se soit apaisée ; et alors sa repentance, s’il se repent, est froide et tiède. Laissez-moi vous dire, bien-aimés, de ne jamais faire cela ; mais quand votre conscience vous presse, allez à l’instant droit à Christ, confessez pleinement votre péché, et épanchez votre cœur devant Dieu.
Il arrive que des gens négligent de prier parce qu’ils sont dans les ténèbres et ne sentent aucun désir de prier. Mais c’est précisément le moment où ils ont besoin de la prière. C’est précisément la raison pour laquelle ils devraient prier. Vous devriez aller droit à Dieu et lui confesser votre froideur et les ténèbres de votre esprit. Dites-lui exactement ce que vous éprouvez, dites-lui : « Ô Seigneur, je n’ai aucun désir de prier, mais je sais que je dois prier. » Et avant même que vous vous en aperceviez, l’Esprit peut venir et entraîner votre cœur dans la prière, et tous les sombres nuages se dissiperont.
5. Il faut mettre fidèlement en garde les jeunes convertis contre l’adoption d’une fausse mesure en religion. Il ne faut pas les laisser se ranger derrière les vieux professants et garder ceux-ci devant leurs yeux comme la mesure d’une vie sainte. Ils doivent toujours regarder à Christ comme à leur modèle. Ne pas viser à être d’aussi bons chrétiens que les vieux membres de l’Église, et ne pas penser qu’ils font assez bien parce qu’ils sont aussi éveillés que les anciens membres de l’Église. Mais ils doivent viser à être saints, et ne pas se tenir pour satisfaits avant d’être aussi parfaits que Dieu. L’Église a subi un grand dommage faute d’attention à ce point. Des jeunes convertis se sont présentés, le cœur brûlant et le zèle assez ardent pour viser une mesure élevée ; mais on ne les a pas dirigés comme il fallait, et ainsi ils se sont bientôt installés dans l’idée que ce qui est assez bon pour les autres est assez bon pour eux ; et c’est pourquoi ils ne visent jamais plus haut que ceux qui les ont précédés. Et de cette façon, l’Église, au lieu de s’élever à chaque réveil toujours plus haut dans la sainteté, reste à peu près stationnaire.
6. Il faut enseigner aux jeunes convertis à faire tout leur devoir. Ils ne doivent jamais transiger avec le devoir, ni penser à dire : « Je ferai ceci en compensation de ce que je néglige cela. » Ils ne doivent jamais se tenir pour satisfaits avant d’avoir fait leur devoir en tout genre : envers leur famille, l’Église, les écoles du dimanche, les impénitents qui les entourent, l’emploi de leurs biens, la conversion du monde. Qu’ils fassent leur devoir tel qu’ils le sentent quand leur cœur est brûlant ; et qu’ils ne cherchent jamais à trier et à choisir parmi les commandements de Dieu.
7. Il faut leur faire sentir qu’ils n’ont pas d’intérêt séparé. Il est temps qu’on fasse réellement sentir aux chrétiens qu’ils n’ont absolument aucun intérêt séparé de l’intérêt de Jésus-Christ et de son règne. Ils doivent comprendre qu’ils sont incorporés à la famille de Jésus-Christ comme membres à part entière, de sorte que tout leur intérêt est identifié au sien. Ils se sont embarqués avec lui, ils sont montés à bord et ont tout emporté avec eux. Et désormais ils n’ont rien à faire, rien à dire, si ce n’est ce qui se rattache à cet intérêt et se rapporte à la cause et au règne de Christ.
8. Il faut leur apprendre à garder un motif unique. Les jeunes convertis ne doivent pas commencer à avoir l’esprit partagé sur quelque sujet que ce soit, ni laisser des motifs égoïstes se mêler aux bons motifs dans rien de ce qu’ils font. Mais cela ne peut jamais être, tant qu’on permet aux chrétiens de garder un intérêt séparé qui leur soit propre, distinct de l’intérêt de Jésus-Christ. S’ils sentent qu’ils ont un intérêt séparé, il est impossible de les empêcher d’y avoir égard, et d’y avoir l’œil aussi bien qu’à l’intérêt de Christ, dans beaucoup de choses qu’ils font. Ce n’est qu’en se consacrant entièrement à Dieu, et en abandonnant tout à son service, qu’ils peuvent jamais garder l’œil simple et les motifs purs.
9. Ils doivent partir avec la résolution de viser à être utiles au plus haut degré possible. Ils ne doivent pas se contenter d’être simplement utiles, ou de rester dans une situation où ils peuvent faire quelque bien. Mais s’ils voient une occasion de faire plus de bien, ils doivent la saisir, quel que soit le sacrifice pour eux-mêmes. Peu importe ce qu’il leur en coûtera, peu importe le danger ou la souffrance, peu importe le changement que cela entraînera dans leur situation extérieure, leurs habitudes ou leurs occupations. S’ils sont persuadés qu’à tout prendre ils feront plus de bien, ils ne doivent pas même hésiter. Comment autrement pourraient-ils être semblables à Dieu ? Comment peuvent-ils penser porter l’image de Jésus-Christ, s’ils ne sont pas prêts à faire tout le bien qui est en leur pouvoir ? Quand un homme est converti, il entre dans un monde nouveau, et il doit se considérer comme un homme nouveau. S’il trouve qu’il peut faire le plus de bien en restant dans son ancienne occupation, qu’il en soit ainsi. Mais s’il peut faire plus de bien d’une autre manière, il est tenu de changer. C’est faute d’attention à ce sujet, au départ, que les chrétiens ont des idées si basses sur la question du devoir. Et c’est la raison pour laquelle il y a tant de membres inutiles dans nos Églises.
10. Il faut leur apprendre à viser, non au bien-être, mais à l’utilité en religion. Il y a dans les Églises un grand nombre d’épicuriens spirituels, qui cherchent sans cesse à être heureux en religion, tout en prenant très peu de peine pour être utiles. Ils aiment bien mieux passer leur temps à chanter des cantiques joyeux et à répandre leurs sentiments heureux en un flot jaillissant d’exultation et de triomphe, qu’à le passer dans l’agonie de la prière pour les pécheurs, ou à aller ici et là arracher du feu les hommes qui périssent. Ils semblent sentir comme s’ils étaient nés pour jouir d’eux-mêmes. Mais je ne pense pas que de tels chrétiens portent des fruits qui fassent de leur exemple un modèle à imiter. Tel n’était pas l’esprit des apôtres. Ils étaient en travail d’enfantement pour les âmes, et peinaient dans le travail et dans la peine, souvent en danger de mort, pour sauver les pécheurs. Ce n’est pas non plus prudent. D’ordinaire, les chrétiens ne sont pas en état de boire à longs traits à la fontaine de la joie. Dans les cas ordinaires, une profonde agonie de prière pour les âmes est plus profitable que de hautes envolées de joie. Qu’on enseigne clairement aux jeunes convertis à ne pas compter sur une vie de joie et de triomphe. Ils peuvent être appelés à traverser des épreuves de feu. Satan peut les cribler comme le froment. Mais ils doivent avancer, en comptant moins sur le bonheur que sur l’utilité, en parlant non de bien-être mais de devoir, en ne désirant pas des envolées de joie et de triomphe, mais en ayant faim et soif de la justice, en ne cherchant pas comment se procurer de nouvelles envolées de ravissement, mais comment connaître la volonté de Dieu et la faire. Ils seront bien assez heureux dans le ciel. Là, ils pourront chanter le cantique de Moïse et de l’agneau. Et ils jouiront en fait, ici-bas, d’un bonheur plus solide et plus raisonnable en n’y pensant pas du tout, mais en se consacrant patiemment à faire la volonté de Dieu.
11. Il faut leur apprendre à avoir du courage moral, et à ne pas craindre d’avancer dans le devoir. La Bible insiste pleinement sur la hardiesse et le courage chrétiens dans l’action comme sur un devoir. Je ne veux pas dire qu’ils doivent se livrer à des fanfaronnades, comme Pierre, en disant ce qu’ils feront et en se vantant de leur courage. Le vantard est généralement un lâche au fond du cœur. Mais j’entends le courage moral, une décision humble et ferme du dessein, qui avance dans tout devoir, sans colère et sans crainte, avec la douceur et la fermeté du Fils de Dieu.
12. Il faut les instruire de manière qu’ils soient sains dans la foi. C’est-à-dire qu’il faut les rendre de bonne heure, autant que possible, complets et exacts quant à leur croyance doctrinale. Aussitôt que possible, sans détourner leur esprit de leurs devoirs pratiques — l’avancement de la gloire de Dieu et le salut des hommes —, il faut leur enseigner pleinement et clairement toutes les grandes doctrines de la Bible. La connaissance doctrinale est indispensable à la croissance dans la grâce. La connaissance est la nourriture de l’esprit. « Le manque de science, dit le Sage, n’est bon pour personne. » L’esprit ne peut pas grandir sans connaissance, pas plus que le corps sans nourriture. Et c’est pourquoi il importe que les jeunes convertis soient solidement instruits dans la doctrine, et qu’on leur fasse comprendre la Bible. Par instruire dans la doctrine, je n’entends pas enseigner le catéchisme, mais leur apprendre à puiser la connaissance à la source même. Créez dans leur esprit un tel appétit de connaissance qu’ils mangent la Bible, qu’ils la dévorent, qu’ils l’aiment et l’aiment tout entière. Toute Écriture est utile, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre.
13. Il faut prendre grand soin de préserver les jeunes convertis de l’esprit de censure. Les jeunes convertis, quand ils viennent de se déclarer du côté du Seigneur et qu’ils sont tout brûlants et zélés, trouvent parfois les vieux professants si froids et si morts qu’ils sont fortement tentés de les censurer. Il faut corriger cela immédiatement, sinon cette habitude empoisonnera leur esprit et détruira leur religion.
14. Il faut qu’ils apprennent à dire non. C’est une leçon très difficile pour beaucoup. Voyez cette jeune femme. Autrefois elle aimait le cercle des mondains et faisait ses délices de leurs plaisirs. Elle s’est jointe à l’Église, et elle s’est alors trouvée à l’écart de toutes ses anciennes compagnies. On ne l’invite plus maintenant aux bals et aux soirées, parce qu’on sait qu’elle ne s’y joindra pas ; et peut-être même se tient-on entièrement à distance pendant un temps, de peur qu’elle ne leur parle de leur âme. Mais peu à peu on s’enhardit un peu, et quelques-uns se risquent à lui demander de venir simplement faire une promenade en voiture avec quelques amis. Elle n’aime pas dire non. Ce sont ses vieux amis, il n’y en aura que quelques-uns, et une promenade est assurément une récréation si innocente qu’elle accepte l’invitation. Mais maintenant qu’elle a commencé à céder, la glace est rompue, et ils l’ont de nouveau pour l’une des leurs. Cela continue, et elle se met à assister à leurs visites mondaines — « rien que quelques amis », vous savez —, jusqu’à ce qu’un beau jour on roule le tapis pour danser ; et la chose suivante, peut-être, c’est qu’elle part en traîneau le samedi soir, rentre chez elle après minuit, et dort ensuite toute la matinée du sabbat pour se rattraper — peut-être un sabbat de communion, par-dessus le marché. Tout cela faute d’avoir appris à dire non.
Voyez ce jeune homme. Pendant un temps, il était toujours à sa place, à l’école du dimanche et à la réunion de prière. Mais peu à peu ses anciens amis recommencent à lui témoigner des attentions, et ils l’entraînent pas à pas. Chaque pas semble une bien petite chose, et ce serait, semble-t-il, de la grossièreté que de refuser une chose si petite. Il se dit que, s’il refuse de les accompagner dans des choses innocentes, il perdra son influence sur eux. Et il continue ainsi, jusqu’à ce que la réunion de prière, la classe biblique, et même la Bible et le cabinet de prière soient négligés. Ah ! jeune homme, arrête-toi là ! Va seulement un peu plus loin sans apprendre à dire non, et tu es perdu. Si tu ne veux pas livrer la cause de Christ au mépris et à la dérision, apprends à résister aux commencements de la tentation. Autrement, elle viendra sur toi, tôt ou tard, comme lorsqu’on vient à ouvrir une digue.
15. Il faut leur enseigner ce qui est, et ce qui n’est pas, l’expérience chrétienne. Il est nécessaire, tant pour leur consolation que pour leur utilité, qu’ils comprennent cela, afin de ne pas se jeter dans une détresse inutile faute de ce qui n’est nullement essentiel à l’expérience chrétienne, ni se flatter d’avoir plus de religion qu’ils n’en exercent réellement. Mais je ne puis m’arrêter sur ce sujet ce soir.
16. Apprenez-leur à ne compter pour un sacrifice rien de ce qu’ils font pour Dieu. Certaines personnes parlent toujours des sacrifices qu’elles font en religion. Je n’ai aucune confiance en une telle piété. Pourquoi parler sans cesse de leurs sacrifices, comme si tout ce qu’elles font pour Dieu était un sacrifice ? Si elles aimaient Dieu, elles ne parleraient pas ainsi. Si elles considéraient leurs propres intérêts et l’intérêt de Christ comme identiques, elles ne parleraient pas de faire des sacrifices pour Christ ; ce serait comme parler de faire des sacrifices pour elles-mêmes.
17. Il est de grande importance qu’on enseigne aux jeunes convertis à être strictement honnêtes. J’entends par là plus que vous ne le penseriez peut-être. C’est une grande chose que d’être strictement honnête. C’est être très différent du monde en général, et très différent même de la grande masse de ceux qui font profession de religion. L’homme le plus saint que j’aie jamais connu, qui était chrétien et pasteur depuis bien des années, me fit un jour cette remarque : « Frère, c’est une grande chose que d’être strictement honnête, intègre, droit en toutes choses, de sorte que l’œil pur de Dieu puisse voir que l’esprit est parfaitement droit. »
Il est de la plus haute importance que les jeunes convertis comprennent ce que c’est qu’être strictement honnête en toutes choses, afin de pouvoir garder une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes. Hélas, hélas ! qu’il y a peu de conscience ! Qu’il y a peu de cette honnêteté réelle, de cette droiture pure et simple qui devrait marquer la vie d’un enfant de Dieu ! Combien peu de gens tiennent compte même d’une promesse formelle ! J’ai entendu parler l’autre jour d’un certain nombre de personnes qui avaient souscrit en faveur de la Société antiesclavagiste, et pas la moitié d’entre elles ne paieront leur souscription. Le prétexte, c’est qu’elles ont signé sous le coup de l’excitation, et qu’elles n’ont pas envie de payer. Comme si le fait d’avoir été excitées les déliait de l’obligation de tenir leur promesse ! Mais c’est tout aussi malhonnête que de refuser de payer un billet à ordre. Elles ont promis, elles ont signé de leur nom, n’est-ce pas, et maintenant elles ne veulent pas payer ? Et elles appellent cela de l’honnêteté !
J’ai entendu dire qu’il y a dans la ville un certain nombre d’hommes qui ont souscrit des centaines de dollars pour l’Institut d’Oneida, promettant de payer l’argent à la première demande ; et quand on le leur a demandé, ils ont refusé de payer. Et la raison en était qu’on était devenu tout entier abolitionniste à l’Institut. Fort bien. Supposons qu’il en soit ainsi. Cela change-t-il votre promesse ? Avez-vous signé à la condition que, si l’on introduisait là l’abolitionnisme, vous seriez quitte ? Si oui, vous êtes quitte. Mais si vous avez donné votre promesse sans aucune condition, il est tout aussi malhonnête de refuser que si vous aviez signé un billet à ordre. Et pourtant certains d’entre vous se fâcheraient presque si quelqu’un vous accusait de refuser de payer de l’argent que vous avez promis.
Considérez cela sérieusement. Qui, selon Dieu, ira au ciel ? Lisez le Psaume 15, et voyez. « Il ne se rétracte point, s’il fait un serment à son préjudice. » Que pensez-vous de cela ? Si un homme a promis quelque chose, à moins que ce ne soit de commettre un péché, qu’il tienne sa promesse, s’il entend être honnête ou aller au ciel. Mais voici des gens qui font des promesses et, parce qu’on ne peut pas les poursuivre en justice, les rompent aussi aisément que si ce n’était rien. Ils ne laisseraient pas protester un billet à la banque. Pourquoi ? Parce qu’ils perdraient leur crédit et seraient poursuivis. Mais l’Institut d’Oneida, la Société antiesclavagiste et d’autres sociétés ne les poursuivront pas pour l’argent ; c’est pourquoi ces gens-là s’offusquent de quelque chose et refusent de payer. Est-ce honnête ? Une honnêteté comme celle-là les fera-t-elle admettre au ciel ? Quoi ? Rompre vos promesses, et monter devant Dieu en tenant un mensonge dans votre main ? Si vous refusez ou négligez d’accomplir votre promesse, vous êtes un menteur ; et si vous persistez, votre part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre. Je ne voudrais pas, pour dix mille mondes, mourir avec entre les mains de l’argent que j’aurais injustement retenu à quelque autre œuvre à laquelle je l’aurais promis. Un tel argent « rongera comme la gangrène ».
Si vous n’êtes pas en état de payer l’argent, c’est une bonne excuse. Mais alors dites-le. Mais si vous refusez de payer ce que vous avez promis parce que vous avez changé d’avis, comptez-y bien, vous êtes coupable. Vous ne pouvez pas prier tant que vous n’avez pas payé cet argent. Que prierez-vous ? « Ô Seigneur, j’avais promis de donner cet argent, mais j’ai changé d’avis et j’ai rompu ma promesse ; pourtant, ô Seigneur, je te prie de me bénir et de me pardonner mon péché, bien que je garde mon argent, et de me rendre heureux dans ton amour. » De telles prières seront-elles exaucées ? Jamais.
Mais, frères, je vois qu’il m’est impossible de toucher à tous les points dont j’avais l’intention de parler ; aussi vais-je m’arrêter ici, et j’achèverai ce sujet une autre fois.
Chapitre 21 terminé
Discours XIX. Instructions aux convertis